‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 40 sur 148 · II. LA DOCTRINE ECCLÉSIASTIQUE EN ORIE NT DEPUIS LE · texte numérisé non relu

II. LA DOCTRINE ECCLÉSIASTIQUE EN ORIE NT DEPUIS LE

VIII^ SIECLE. — 1° L'opinion de saint Jeun Damascènc et son influence. — Pour avoir méconnu, sousTinduence de préoccupations polémiques, l'emploi très orthodoxe du mot anlilijpe, désignant, chez les anciens Pères, l'eucharistie même après la consécration (anlitype du corps du Christ signifiant sacrement du corps du Christ), saint Jean Damascène (f 749) est amené à dire que, si ce mot se trouve dans la liturgie de saint Basile, c'est avant la consécration. Or, nous l'avons dit au début de cet article, c'est au commencement de la formule d'épiclèse, et donc après les paroles de l'institution, que le terme antitype se trouve dans la messe byzantine de saint Basile. On y lit, en effet : «... Après vous avoir offert les antitypes du saint corps et du sang de voire Christ, npo^i-ns.; Ta àvricuTra -où

à-fio'j T(i;j.aT!)î y.x\ 3.'!\i.%-'j; to-j XpiaroC <Toy, nous vous prions et vous supplions, ô Saint des saints, que par une faveur de votre bonté, votre Esprit- Saint vienne sur nous et sur ces dons, qu'il les bénisse, les sanctifie et fasse de ce pain le corps précieux de notre S?igneur. Dieu et Sauveur, Jésus-Christ, et de ce calice le sang précieux... » Brightman, op. cit., p. 405-406. Or, saint Jean Damascène, parlant du pain et du vin consacrés, s'exprime ainsi : « Le pain et le vin ne sont pas le type du corps et du sang du Christ, loin de là; mais le corps même du Christ rempli de la divinité, le Seigneur lui-même ayant dit : Ceci est non point le type de mon corps, mais mon corps. > De fide orthodo.xa, 1. IV, c. xiii, P. G., t. xciv, col. 1148. Après cela, le Damascène explique à sa manière le mot anlitype de la messe de saint Basile : « Si certains ont appelé le pain et le vin anlitypes du corps cl du sang du Seigneur, comme l'a fait le tliéophore Basile [dans sa liturgie], ils ont parlé ainsi, non après la consécration, mais avant, donnant ce nom à l'oblation. » Ibid., col. 1152-1153.

Ainsi, saint Jean Damascène enseignerait la doctrine de la consécration par l'épiclèse? « Comment le nier? » écrit le P. Jugie. « En lisant attentivement tout ce chapitre où il parle de l'eucharistie, on voit que le saint docteur, tout en admettant que les paroles du Seigneur sont une condition sine qua non de la transsubstantiation, dit cependant clairement que le changement se produit au moment même de l'épiclèse. I/explicalion qu'il donne du mot antitype confirme d'une manière évidente que telle est bien sa véritable pensée. Il n'y aurait qu'un moyen d'établir le contraire, ce serait de regarder tout ce passage comme apocryphe et de déclarer comme l'a fait .Vrcudius, De concordia Ecclesiœ orienlalis et occid. in seplem sacramentorum administratione, Paris, 1672, p. 307, qu'il a été interpolé depuis l'origine de la controverse. Mais impossible de nous arrêter à cette idée, car Allatius, De Ecclesiœ occidenlalis alque orient, perpétua consensione. Cologne, 1648, col. 1225, nous affirme avoir vu à la bibliothèque Vaticane et à la bibliothèque Barberini des manuscrits de la Foi orthodoxe, contemporains de saint Jean Damascène et portant tout le texte cité. Il ne reste donc plus qu'à faire comme le cardinal Bessarion, à s'étonner de l'horreur qu'avait saint Jean Damascène pour le mot anlitype, à se souvenir qu'il était homme et qu'il a pu se tromper, et à lui demander respectueusement pardon comme des fils à leur père, si, placés en face de deux amis, lui et la vérité, nous préférons la vérité. » L'épiclèse cl le mot antitype de la messe de saint Basile, dans les Échos d'Orient, 1906, t. ix, p. 196. De ce texte très clair il faut conclure que, pour le Damascène, c'est l'épiclèse qui consacre : les paroles de l'institution sont seulement une semence que la vertu du Saint-Esprit vient ensuite féconder. Son enseignement, à ce sujet, est trop important pour n'être point transcrit ici en entier.

Le saint docteur vient de rappeler le récit évangcliquc de la cène, en paraissant bien, d'ailleurs, attribuer aux paroles du Clirist ; Ceci est mon corps..., ceci est le calice de mon sang..., la vertu de la première consécration, de la consécration du cénacle. Puis il ajoute : « Si la parole de Dieu est vivante et efficace; si le Seigneur, comme dit l'Écriture, fait tout ce qu'il veut; s'il a dit : Que la lumière soil, et qu'elle ait existé; Que le firmament soil, et qu'il ait été fait; si les cieux ont été affermis par sa parole, et que toute leur vertu vienne du souffle de sa bouche; si le ciel et la terre, l'eau, le fou, l'air et tout ce que le monde a de beau, a été fait et achevé par la parole de Dieu, aussi bien que l'homme, cette créature si admirable; si le Verbe de Dieu s'est fait homme parce

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

qu'il l'a voulu; et s'il s'est formé un corps du sang pur et immaculé de sa Mère toujours vierge, est-il concevable qu'il ne puisse du pain faire son corps, et du vin mêlé d'eau faire son sang ? Il dit autrefois : Que la terre produise de l'herbe verte, et la terre, arrosée par la pluie du ciel, en produit encore tous les jours par la vertu et la fécondité que lui conféra ce commandement de Dieu. Dieu a dit : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, faites ceci en mémoire de moi; et par l'effet de son commandement absolu, cela s'accomplit tous les jours jusqu'à ce qu'il vienne, selon l'expression de l'apôtre; et, par l'invocation, la vertu du Saint-Esprit, qui couvre de son ombre cotte nouvelle moisson, lui est comme une douce rosée qui la rend féconde. Car, comme autrefois Dieu fit toutes choses par l'opération du Saint-Esprit, ainsi maintenant c'est encore la vertu du même Esprit qui accomplit ce qui surpasse la nature et que la foi seule peut saisir.

Comment cela se fera-l-il en moi, dit la sainte Vierge, puisque je ne connais point d'homme? L'archange Gabriel répond : Le Saint-Esprit descendra sur toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre. Et maintenant, si vous me demandez comment le pain devient le corps du Christ, et le vin mêlé d'eau son sang, je vous dis, moi aussi : L'Esprit-Saint survient et opère ces mcrveiUes qui sont au-dessus de toute parole et de toute pensée. On y emploie- du pain et du vin, parce que Dieu sait que la faiblesse des hommes leur fait concevoir de l'horreur peur les choses qui ne leur sont pas familières. Ainsi, selon sa condescendance habituelle, il opère ces choses qui sont au-dessus de la nature, par le moyen de celles qui sont ordinaires à la nature. Et comme au l)aptcme, parce que les hommes ont coutume de se laver avec de l'eau, et de s'oindre avec de l'huile. Dieu a uni à l'eau et à l'huile la gi'âce du Saint-Esprit et en a fait un bain de régénération; de même aussi parce que les hommes ont coutume de manger du pain et de boire du vin et de l'eau, il leur a uni sa divinité et en a fait son corps et son sang, afm que par des choses usuelles et conformes à la nature nous fussions élevés à celles qui déi)assent la nature. C'est véritablement le corps uni à la divinité, le corps qui a été pris de la Vierge : non que le corps même qui a été élevé en haut descende du ciel, mais parce que le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Dieu. Si vous me demandez la manière dont cela se fait, il vous suffit de savoir que c'est par l'Esprit- Salnt, tout comme c'est aussi par l'Esprit-Saint que le Seigneur s'est formé une chair à luimcmc et en lui-même du sang de la sainte Mère de Dieu. Nous ne savons rien de plus, sinon que la parole de Dieu est véritable, efficace et toute-puissante, mais que la manière dont elle oi)èrc est impénétrable. Il ne sera cependant pas hors de propos de dire que comme naturellement le pain, le vin et l'eau sont changés, par le moyen du boire et du manger, au corps et au sang de celui qui mange et qui boit, et ne deviennent pas un autre corps que celui qu'il avait auparavant; de même le pain, le vin et l'eau de i'oblation sont surnaturcllcment transformés au cor|)s et au sang du Clirist par l'invocation et la descente du Saint-Espril, cl ce ne sont pas deux corps, mais un seul et même corps. » Ibid., col. 1140-114.5.

Suit le passage déjà cité, afTIrmant que l'eucharistie n'est pas seulement la figure ou le type du corps du Christ, mais son véritable corps. Entre ce passage et l'alinéa concernant le mot aniilijpe, il se trouve une phrase que je liens à transcrire parce qu'elle contient une attestation du sacerdoce du Christ. A propos des figures de l'eucharistie, saint Jean Damascènc signale l'offrande de Melchisédecli,

et il s'exprime ainsi : « Abraham, revenant après la défaite des rois étrangers, fut reçu par Melchisédech, le prêtre du Très-Haut, avec du pain et du vin. Cette table figurait la table des nos mystères, comme ce prêtre représentait notre véritable pontife le Clirist, dont il est dit : Vous êtes prîire à jamais, selon l'ordre de Melchisédech. » Ibid., col. 1149, Cf. Ilomil. in sabb. sanct., 35, P. G., t. xcvi, col. C37- 640, où il est dit que le pain et le vin sont transformés au corps et au sang du Christ par l'invocation; affirmation à laquelle on joint une brève allusion aux paroles de l'institution en ajoutant : « car il ne trompe pas, celui qui en a fait la promesse. »

Quelle que soit la dépendance littéraire et doctrinale de la Lettre à Zacharic et du petit traité De corpore et sanguine Christi par rapport à saint Jean Damascène, il est certain que le même enseignement y est donné, touchant l'opération conséeratrice du Saint-Esprit. Cf. P. G., t. xcv, col. 404,409. Dans ce dernier passage, la formule d'épiclèse se trouve même citée textuellement : « Le prêtre dit, comme l'ange : Que l'Espril-Saint descende cl qu'il sanclific ces éléments, qu'il fasse de ce pain le saint corjis du Christ, et de ce calice le sang précieux du Christ; et par une cérémonie qui n'est pas naturelle, mais surnaturelle, il se fait un seul corps et non deux... » Notons toutefois que, un peu plus haut, le même auteur attribue à la vertu des paroles : Ceci est mon corps, la première consécration du cénacle : « Prenant le pain et la coupe de vin et d'eau, il rendit grâces, bénit et dit : Ceci est mon corps; et par une économie surnaturelle, le pain et le vin mêlé d'eau, par le moyen de sa parole, devinrent son corps et son sang. » Ibid., col. 408.

N'était l'argument de Vantili/pc, ces diverses déclarations pourraient être susceptibles d'une interprétation conforme à la doctrine catholique touchant la forme de l'eucharistie, comme nous l'avons indiqué pour les écrivains antérieurs. C'est même à ce ])arti que se rangent Le Quien et Combefis dans leurs annotations aux passages cités du Damascène. Mais l'explication damascénienne du mot antiltjpe donne à tous ces passages un sens exclusif qui, certainement, fausse la tradition. Le désir de défendre contre toute interprétation symboliste le dogme de la présence réelle est la meilleure excuse du saint docteur. Mais on est iiien forcé de reconnaître que, n'étant pas infaillilile, il s'est trompé. Son énergie à soutenir une doctrine !)ien traditionnelle, le réalisme eucharistique, l'a empêché de voir, au moins dans toute sa force, une autre doctrine non moins traditionnelle, à savoir la vertu exclusivement consécratoire des paroles du Christ : « Avant lui, il jiouvait y avoir... harmonie d'ensemble et essentielle entre la théorie grecque et la théorie latine. Après lui, entre celle-ci et celle-là un fossé est creusé, dont le temps et la logique de l'erreur se chargeront d'éloigner les deux bords. » Varaine, op. cit., p. 58.

De fait, l'explication damascénienne du mot antilijpe, et, avec elle, plus ou moins explicitement, l'affirmation de la consécration par l'épiclèse, est bien vite devenue classique dans la théologie byzantine. " Elle va même, dit le P. Jugie, art. cit., jouer un rôle tout à fait imprévn et servir aux défenseurs des saintes images pour réfuter les iconoclastes, tout comme elle fournira plus tard à .Jérémie II une réponse commode :mx objections des luthériens. »

Les iconoclastes s'avisèrent de dire qu'il n'y a qu'une seule véritable image du Christ <Iigne de nos hommages, l'eucharistie. S'il était i)rouvé qu'ils émirent cette idée du vivant du docteur de Damas, nous aurions là le motif de polémique qui suggéra à celui-ci son explication d'un terme considéré par

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lui comme synonyme d'image. En tout cas, le premier document qui nous signale cette idée iconomaque de l'eucharistie, seule véritable image du Christ, est l'opo; ou définition formulée par le conciliabule iconoclaste d'IIiéria en 753, quatre ans avant la mort de saint Jean Damascène, arrivée en 749. Voir, au sujet de cette date, un article du P. Vailhé. dans les Échos d'Orient, 1906, t. ix, p. 28-30.

De cette définition iconomaque on fit, au IP concile de Nicée (787), une longue réfutation, qui fut lue à la vi" session de la manière suivante. Grégoire, évêque de Néocésarée, lisait quelques lignes del'opoi; : le diacre Jean, bientôt remplacé par le diacre Èpiphane, réfutait aussitôt le passage. Les deux docu ments réimis ne tiennent pas moins de 160 pages dans Mansi, t. xiii, col. 205-364. Quel est l'auteur de la réfutation? On l'ignore. Certains mettent en avant le nom de saint Taraise, patriarche de Constantinople. D'autres, avec Allatius, y voient l'œuvre d'une commission conciliaire.

"Voici tout d'abord un passage de l'opo; du conciliabule de 753, relatif à l'eucharistie : « Que ceux-là se réjouissent et tressaillent de joie qui fout avec une âme très pure la vraie image de Jésus- Clirisl, qui la désirent, qui la vénèrent et qui l'offrent pour le salut de leur âme et de leur corps, cette image que Jésus-Christ, notre Souverain Pontife et Dieu, donna lui-même en figure et en souvenir à ses disciples au temps de sa passion salutaire... Il est évident que [l'eiicharislie] est l'image non trompeuse de l'incarnation de Jésus-Christ, notre créateur et notre Dieu, qu'il nous a lui-même recommandée de sa propre bouche. » Mansi, Concil., t. xiii, col. 261.

Le diacre Épiphane répond : « Nul des apôtres ou des plus illustres Pères qui ont été les trompettes du Saint-Esprit n'a appelé du nom d'image du corps de Jésus-Christ ce sacrifice non sanglant qui s'opèr^^ en mémoire de la passion de Jésus-Christ, notre Dieu... En effet, le Seigneur ne dit pas à ses disciples : Prenez, mange/ l'image de mon corps... Il est bien vrai que quelques Pères ont cru pouvoir nommer le pain et le vin antitypes, avant l'accomplissement de la consécration. De ce nombre a été saint Eustathe... comme aussi le grand Basile... Celui-ci, ainsi que le savent tons ceux qui célèbrent le saint sacrifice, parle ainsi dans la prière de la divine oblation : O Dieu, après vous avoir offert les antitypes du corps et du sang de votre Christ, nous vous prions et nous vous conjurons. Et ce qui suit fait bien voir encore plus clairement que la pensée de ce Père est qu'ils sont appelés antitypes avcml la consécration; mais qu'après la consécration ils sont appelés, ils sont et ils sont crus proprement corps et sang. » Ibid., col. 264.

Ce qui suit, dans la messe de saint Basile, le membre de phrase contenant la mention de l'antitype, c'est l'épiclèse. Par conséquent, d'après l'auteur ou les auteurs de la réfutation, c'est au moment même de l'épiclèse que s'accomplit la transsubstantiation; après les paroles de l'institution, le changement du pain et du vin au corps et au sang du Christ n'a pas encore eu lieu.

« Inutile de dire, remarque le P. Jugie, art. cit., que cette longue réfutation ne constitue pas une définition de foi, pas plus que les autres pièces si nombreuses lues au même concile, excepté évidemment l'opoç ou définition unanimement acclamée à la vii« et à la viii« session et qui ne renferme aucune allusion au mot antitype. On sait, d'ailleurs, que tout ce qui se fit au VII« concile ne fut point agréé à Rome, comme, par exemple, la canonisation du concile in Trullo et les 22 canons disciplinaires portés par le concile de Nicée lui-même. Hefele, Hist.

des conciles, édit. Leclercq, t. m, p. 775 sq. Il n'y a de vraiment dogmatitjue que 1' fjpoç. Il ne faudrait donc pas que les orthodoxes viennent nous accuser d'aller contre le Vil» concile œcuménique, parce que nous n'admettons pas la doctrine exprimée dans le passage de la réfutation que nous avons cité et qui, il faut en convenir, est nettement favorable à leur opinion sur la forme de l'eucharistie. Cela ne saurait surprendre, quand on songe que tous les membres du concile, excepté les deux légats du pape, étaient des Grecs. L'influence de saint Jean Damascène était déjà prépondérante. On dut accepter d'autant plus facilement son interprétation du mot antitype, qu'elle permettait de répondre à peu de frais à une objection, qu'on eût pu résoudre d'une manière plus conforme à la vérité, puisque, quoi qu'en dise la réfutation, beaucoup de ces trompettes du Saint-Esprit qui sont les saints Pères ont appelé l'eucharistie image, antitype du corps du Seigneur, même après la consécration. » Échos d'Orient, t. ix, p. 197-198.

Les polémistes iconophiles postérieurs au VII« concile parlent tous comme le diacre Épiphane, expliquent comme lui le mot antitype de la messe de saint Basile et témoignent par là qu'ils croient, eux aussi, à la consécration par l'épiclèse. Saint Nicéphore surtout est particulièrement explicite. Il emprunte les expressions de saint Jean Damascène et déclare que la transformation eucharistique du pain et du vin s'accomplit d'une manière surnaturelle, grâce à l'épiclèse prononcée par le prêtre et à la descente du Saint-Esprit : « car, ajoute-t-il de son propre fonds, c'est là ce que demande le prêtre. » Antir. rhet. adv. Const. Copron., P. G., t. c, col. 336. Vient ensuite l'interprétation damascénienne du mot antitype. Cf. Antirrhct. contra Eus., c. xlv, dans Pitra, Spicilegium Solesmense, t. i, p. 440.

Saint Théodore Studite (f 826) ne veut pas davantage entendre parler d'image du corps de Jésus- Christ dans l'eucharistie, et il réfute de la même manière l'objection iconolaste. P. G., t. xcix, col. 340. Même tactique dans les auteurs suivants : Pierre le Sicilien (f 870), P. G., t. av, col. 1349; Thcophylacte (xi" siècle), /n Matth., xxvi, 26; In Marc., XIV, 23; In Joa., vi, 48-52; In I Cor., xiv, 16, P. G., t. cxxiii, col. 444, 449, 1308; t. cxxiv, col. 741; Samonas de Gaza (f 1056), Dial. cum Achmed Sarrac, P. G., t. cxx, col. 824, 825, 828; Euthyme Zigabénos (xii» siècle), Panopl. dogm., tit. xxv, P. G., t. cxxx, col. 1269, 1273; et chez bien d'autres écrivains encore. » Tous sont unanimes à rejeter le mot antitype et à enseigner plus ou moins explicitement la consécration par l'épiclèse. Nicolas Cabasilas n'aura rien à inventer pour combattre la doctrine latine. Ses prédécesseurs lui fourniront des arguments tout prêts, et en particulier celui de l'antitype. » M. Jugie, toc. cit.

2' Maintien de la tradition concernant l'epicacité consécratoire des paroles de l'institution. — 1. C/icr plusieurs écrivains grecs de l'époque byzantine. — L'argumentation commune des auteurs iconophiles que nous venons d'énumérer, va directement à affirmer contre le symbolisme des iconoclastes le réalisme eucharistique. La question de la forme de l'eucharistie ne se pose pas elle-même à ces esprits. Ils prennent seulement comme une arme facile l'explication damascénienne de l'antitype, sans songer à se demander si elle est dûment forgée du pur métal de la tradition. Le besoin de la polémique porte leur réflexion sur l'affirmation de la présence réelle, nullement sur la détermination du moment précis où s'opère la consécration. Aussi bien, les deux Églises d'Orient et d'Occident ne soupçonnent même pas encore qu'elles sont en désaccord mutuel sur ce der-

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nier point. Ni l'un ni l'autre des deux agents principaux du schisme oriental, ni Photius ni Michel Cérulaire ne songea à signaler cette doctrine comme divergence entre les deux Églises. Hergenrœther, Photius, t. III, p. 601, 769.

D'ailleurs, une fois terminée ou simplement hors ■de perspective la polémique antiiconoclaste, l'argument de l'antitype suspend, pour ainsi dire, son influence, et le sens de la véritable tradition patristitîue réapparaît. Cf. Orsi, op. cil., p. 28, 83 sq. De cette réapparition il ne serait pas impossible de retrouver des vestiges jusque dans les auteurs iconophiles précédemment cités, sauf à souligner, dans •cette sorte de contradiction inconsciente, l'inconscience même de la déviation infligée par eux à l'enseignement autlientique des anciens. Tel Euthyme 7igabénos aflirmant, par exemple, que « c'est le Verbe qui opère la consécration par une opération iiieffablc. • P. G., t. cxxix, col. 668.

Au surplus, outre que nombre d'auteurs byzantins se contentent d'attribuer la transsubstantiation au Saint-Esprit, sans dire si elle s'opère au prononcé des paroles de l'institution ou à l'épiclèse, on trouverait facilement plusieurs textes où cette attribution ne laisse pas d'aller de pair, comme chez le; anciens docteurs, avec la croyance à l'efTicacité des paroles du Clirist. Tel est, par exemple, le passage suivant de la Vie du moine Arsène, d'après la recension de Siméon Métaphraste (x« siècle) : « Quoique ■ce ffit auparavant du pain et du vin, ils sont cliangés au corps même et au sang du Christ par l'invocation <les prières et par la formule sacrée, le Saint-Esprit descendant sur eux : en sorte que c'est la chair, le sang du Seigneur que nous recevons. C'est pour cette raison, ajoutent les vieillards (qui parlaient au moine tenté contre la foi), que le prCtre s'écrie, conformément à la parole du Christ noire Di u dont il revêt la personnalité ; Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Tsereteli, Jiliéjié vo sviatikh olsa nachégo Arsinia Véiikago ( Vie de saint Arsène le Grand, d'après trois manuscrits grecs de la bibliothèque sy- Jiodale de Moscou), Saint-Pétersbourg, 1899, p. 18-19.

Cette affirmation que les paroles de l'institution ■sont dites par le prêtre in persona Chrisli, se retrouve dans le traité liturgique de Théodore d'Andéda (xi"xii« siècle), en déi>it des explications quelque peu embarrassées que cet auteur donne de l'épiclèse : ' Quant à ce que le prêtre dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps, ne le dit-il pas comme de la part du Christ lui-même ? » P. G., t. cxl, col. 45G, cf. col. 417,

UnealTirmation identique du sacerdoce du Christ et de l'efTicacité de ses paroles, est répétée à plusieurs reprises dansle commentaire liturgique comiu sous le nom de saint Germain. P. G., t. xcviii, col. 388-389, 433, 436-437. On y trouve même, très clairement «xprimée, la conciliation de l'action du Christ avec <'elle du Saint-Esprit, ce qui constitue, nous l'avons dit, la résultante dernière de la tradition patristique et la véritable solution catliolique du problème de l'épiclèse : le Christ est le prêtre du sacrifice; la vertu (le son sacerdoce, c'est le Saint-Esprit. Ibid., col. 433. Voir M. Jugic, De sensu epicleseos juxla Gcrnianum Constantinopolilanum, dans Slavorum lillerae theo- Jogicœ, 1908, t. iv, p. 38.5-391.

Jean Phournès, moine grec du xii" siècle, appartenant au groupe des théologiens antilatins, nous fournit, dans une lettre au sujet des changements survenus dans les rites et spécialement dans ceux de la communion (lettre éditée par Allatius), un témoignage intéressant dont la signification naturelle est qu'il voit ddns les paroles de l'institution la forme essentielle de l'eucharistie. Pour faire entendre (|ue

les prières actuelles de la messe sont le résultat d'une certaine évolution liturgique, il dit : « Quant au pain eucharistique, nous voyons les apôtres le consacrer au simple prononcé de ces paroles : « Ceci « est le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est i( rompu pour vous en rémission des péchés, «selon ce qu'ils avaient appris du Maître; et donc, sans toute la série des rites sacrés qui s'accomplissent maintenant régulièrement, composés de l'évocation des oracles propliétiques, des prédications apostoliques et évangéliques, des oraisons qui précèdent et qui suivent. » Allatius, De Ecclesiee occidentalis et orient, perp. consens., 1. III, c. xiii, n. 7, Cologne, 16-18, col. 1155-1150, 1159.

2. C/iez fes syriens. — Outre ces témoignages d'auteurs byzantins, qu'une recherche méthodique pourrait sans doute multiplier encore, il faut noter que l'Église syrienne ne parait pas avoir subi l'influence de saint Jean Damascène relativement à la conclusion tirée par lui de l'emploi liturgique du mot antitype. Nous voyons, en effet, Jean de Dara, évêque monophysite du ix'^ siècle, déclarer sans ambages que les paroles consécratoires du corps et du sang du Christ, ce sont les paroles rapportées par les évangélistes et par saint Paul : « Ceci est mon corps, ceci est le calice de mon sang. » Comment, in c. il ceci, hierarch. S. Dionysii, dans Pctrus Benedictus, ^4/!lirrhelicon alteruni..., c. xi, à la fin des Opéra syriaia S. Ephrem, t. ii, p. 48. Cf. Lainy, Dissertalio de Syrorum fide et disciplina in re eucharistica, Louvain, 1859. p. 36.

De même Denys Bar Salibi, métropolite jacobite d'Amida (f 1171), affirme avec insistance que le prêtre, à l'autel, représente le Christ, sacerdotem loco Clirisli esse, spécialement lorsqu'il prononce en son nom les mots : « Ceci est mon corps » : Porro nolum est eum loco Chrisli esse e.v illo : Hoc est enim corpus meum. Cette répétition des paroles du Christ par le prêtre montre que c'est encore le Christ qui consacre à l'autel, comme autrefois à la cène... Proferl eliam ea verba quse dixit Dominas nosler in cenaculo quando mysterium confecil; ut per verha illa manifeslel tune quoqnc ab ipso Chrixlo species sanctificari qux ponunlur super altare per volunlalem Patris et operationem Spirilus ope sacerdotis qui formai cruces et verba proferl. Non cnim qui ministral, sed qui invocatur super mysleria est consecrator. Cette plirase me paraît une excellente formule de solution catholique pour la question de l'épiclèse et de la consécration. Aussi bien, lorsqu'il en vient au commentaire de l'épiclèse, Denys Bar Salibi secontente-t-il de demander « pourquoi le Siint Esprit descend sur le pain et le vin, alors que le Fils est déjà venu » les consacrer. La réponse qu'il y fait est influencée par sa doctrine cliristologique.car elle n'est autre que l'analogie entre les deux mystères de l'incarnation et de la transsubstantiation, et nous n'avons pas à y insister ici. Mais sa pensée sur le moment de la consécration, qui est celui où le prêtre prononce les paroles du Christ, ne saurait faire de doute. Expositio lilurgiiv, c. vi. viii, X, XIV, édit. .J. Labourt, dans le Corpus scriplorunt clirislianorum orienlatiurn, de ,I.-R. Ciiabot {Scriplores Syri, 2» série, t. xciii), Paris, 1903, p. 52, 61, 73, 80, 82. Sur l'importance extrCine du témoignage de Denys Bar Salibi au point de vue de la tradition syriaque, voir Orsi, op. rit., p. 17, 23 sq.

Citons enfin libedjésu Bar Berika, un des derniers écrivains de la littérature syriaque nestorienne (t 1318), métropolitain de Nisibe, d'où le nom de Ebedjcsus Sobensis qu'on lui donne parfois, Soba désignant cette ville. I-;n exposant la doctrine eucharistique, cet auteur rappelle les paroles que le prêtre répète à l'autel : « Ceci est mon corps, ceci est mon

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sang... Faites ceci en mémoire de mol. » Puis, il ajoute : « C'est donc par ce précepte du Seigneur que le i)ain est changé en son corps sacré et le vin en son précieux sang... 11 (Jésus-Chrisl) a pris pour matière le froment et le vin, parce qu'ils ont une grande affînité avec le corps et le sang. Quant à la forme, il l'a donnée dans sa parole vivante et dans la descente du Saint-Esprit. »... Liber Margarilee de veriiaie christianœ rcligionis, tr. IV, De sncramcnlis, c. v. De oblalione, dans Mai, Scriptonim veterum nova colleclio, t. X, p. 333, 358-359. Ce n'est pas seulement en vertu du commandement réitéré par le Christ de renouveler la cène, que s'accomplit la consécration : c'est par ce commandement même, c'est-i'i-dire par ses propres paroles. Sans doute, la descente du Saint- Esprit est mentionnée ici comme dans un grand nombre de textes d'Orient ou d'Occident; mais tout nous induit à penser que c'est pour indiquer, si je puis dire, le conimcn/ du mystère, et nullement pour attribuer à l'épiclèse l'eflicacité consécratoire déjà réalisée, de l'aveu de notre auteur, par les paroles de l'institution. Voir Échos d'Orienl, 1910, t. xm, p. 321-321. Il n'est pas téméraire d'espérer que les nombreux manuscrits sjTiaques encore inédits nous réservent une plus ample moisson de témoignages favorables à la doctrine catholique sur la forme de l'eucharistie et permettront d'augmenter le groupe des auteurs très explicitement fidèles à la tradition représentée par saint Jean Chrysostome et Sévère d'Antioche.

3. Chez les écrivains arméniens. — Ce que nous venons de dire des écrivains syriens peut être dit aussi de maints auteurs arméniens. C'est ainsi que Chosrov le Grand, évêque d'Antzevatziq (f 972), en dépit de quelques imprécisions concernant l'épiclèse qui ont pu doimer le change à certains auteurs (par exemple, P. Vetter, Chosroœ magni, episcopi inonophysitici, Explicatio preciim missse e lingua cirmeniaca in lalinam versa, Fribourg-en-Brisgau, 1880, p. x; voir Arménie, t. i, col. 1956; F. Tournebize. Histoire poUlique et religieuse de l'Arménie, Paris, 1910. p. 584), demeure fidèle à l'enseignement de saint Jean Clirysostome dont il cite même expressément le passage, signalé plus haut, de la lxxxii« homélie 7/î ISIatth., n. 5. Voir mon article, Consécration et cpiclése d'après Chosrov le Grand, dans les Échos d'Orient, 1911, t. xiv, p. 9 sq., où j'ai étudié les textes à l'appui de cette assertion. On trouvera ces textes dans l'édition de Vetter, p. 26, 27, 28, 31, 35, 36; cf. pour l'épiclèse et le rôle eucharistique du Saint-Esprit, p. 17, 29, 35-37.

Nersés de Lamprou, au xii" siècle, suppose manifestement la doctrine catholique sur la forme de l'eucharistie, lorsque, dans son traité Du mystère de la messe, arrivé à ces paroles qui suivent immédiatement le récit de l'institution : Et tna ex tuis tibi offerimus per omnia et pro omnibus, ï\ en donne ce commentaire : Dum DEDIT (sacerdos) nujslerium in manns (Pairis), et ACVEPir ab illo in se rationabile sacrificium, Deum suum et regem; deindc addit : quod hoc munus, quod vclnti nobis concorporeum et de nobis hominem dcdi tibi, Domine , tua est inrffabilis gencratio atque Filins. Nos autem, qui servi .<!unuis, quamquam velut nostrum et de nobis istum habeamus, allamen Deum tibi cosequalem profitemur. El nunc nos veluti tuum Filium et a te nobis datum iterum de nobis damus islam tibi oblationem pro omnibus cl munus reconciliationis. Avedichian, Suite correzioni dei libri ecclesiaslici arment, Venise, 1868, p. 343.

Aussi Grégoire de Tahtev, célèbre controversiste schismatique du xiv^ siècle, attaché jusqu'à l'excès à toutes les traditions arméniennes, avait-il pleinement raison de pas croire aller contre elles en professant la doctrine catholique sur la forme de l'eu-

charistie et en l'énonçant à la manière précise des scolastiques. C'est ainsi qu'on peut lire dans son Livre des questions, œuvre d'ardente polémique contre les catlioliques, cette aiïirmation sans réplique : Forma hujus sacramenti quoad panem est : Hoc est corpus meum. Et quoad calicem : Hic est sanguis meus novi testamenti in expiationcm, etc. Livre des questions, art. de l'eucharistie, Constantinople, p. 594. Et il y revient à plusieurs reprises avec insistance, p. 596, 597, 610. Cf. Avedichian, op. cit., ]\ 344-345; Galano, Conciliatio Ecclesiie Arménie cum Romana, Rome, 1661, t. m, p. 549.

Nous aurons l'occasion de présenter d'autres preuves du maintien de la tradition catholique sur ce pohit chez les Arméniens jusqu'à une époque relativement récente. Mais il nous faut maintenant revenir aux grecs pour voir l'opinion damascénienne poussée à ses dernières conséquences, et, à l'occasion des controverses avec les latins, la théorie de l'épiclèse consécratrice se poser en divergence dogmatique entre l'Église byzantine et l'Église romaine.

3° La théorie de Cabasilas {xiv siècle) cl la controverse au concile de Florence. — La question de l'épiclèse ne fut pas soulevée au concile de Lyon (1274). convoqué pour traiter de la réunion des deux Églises. On ne dut se mettre à l'agiter qu'au commencement du xiv« siècle, et il semble bien que l'initiative de la controverse doive être attribuée à certains litins séjournant en Orient. Des missionnaires catholiques s'aperçurent que les grecs d'alors attribuaient à l'épiclèse la vertu consécratrice. Ils les attaquèrent aussitôt. Voir Renaudot, op. cit., t. i, p. 226. C'est à eux, à ces AaTïvot Ttve;, P. G., t. cl, col. 428; t. clv, col. 733, que répondent Nicolas Cabasilas (f vers 1363) et l'un de ses plus célèbres successeurs, Siméon de Thessalouique.

Ces deux auteurs, qui sont d'ailleurs des théologiens et des liturgistes remarquables, rééditent en somme la théorie damascénienne, en l'expliquant et en l'aggravant encore. Ils affirment • — et là gît leur erreur — • être en conformité avec la tradition patristique en ne reconnaissant aux paroles de l'institution, prononcées par le prêtre, que la valeur d'un simple récit. Ce récit, il est ^Tai, a le pouvoir consécrateur conféré par le Christ à ses prêtres, mais ce pouvoir a besoin d'être fécondé par la i)rièrc de l'épiclèse. L'influence du Damascène est visible dans cet enseignement que ses successeurs du xiv« et du xv^ siècle prétendent, à son exemple, baser sur un passage de saint Jean Chrysostome, détourné par eux comme par lui de son véritable sens. Pour eux, les paroles de l'institution et la prière qui les suit cons tituent l'une et l'autre la forme totale, essentielle, nécessaire de la consécration. Mais celle-ci n'est achevée qu'après l'épiclèse, et c'est donc, en définitive, l'épiclèse qui consacre. De cette épiclèse, ajoutent-ils, la liturgie latine n'est nullement privée : l'oraison Supplices te rogamus en fait fonction d'après Cabasilas, tandis que pour Siméon, c'est l'oraison Quam oblationem avant le récit de la cône; de sorte que, à les enteidre, ce n'est pas l'Église latine qui est opposée à leur croj'ance, mais seulement « quelques Latins », amis de la nouveauté. Nicolas Cabasilas, I.iturgiœ cxposilio, c. xxvii-xxxii, P. G.. t. CL, col. 425-440; cf. xlvii, xlix, li, col. 469, 477, 481, 485; Siméon de Thessalonique, Exp. de divine templo, n. 86, 88, P. G., t. clv, col. 733-740.

Au fond, toute l'argumentation des deux célèbres controversistes grecs ne repose que sur des malentendus. Le point de vue liturgique et le point de vue théologique se trouvent confondus; dès lors, la question est mal posée; et la réponse qui y est faite, en

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

dépit de l'apparente précision de certaines formules, ne laisse pas de présenter dans l'ensemble maints éléments contradictoires. C'est ainsi que l'on n'aurait pas de peine à découvrir dans les pages de ces deux auteurs byzantins tous les principes théologiques qui doivent logiquement amener un esprit droit à la conclusion catliolique.

Cabasilas, par exemple, affirme clairement que c'est le Christ, en la personne du prêtre, qui offre le sacrifice, col. 428 ; cf. col. 4(59, même idée avec allusion aux paroles de l'institution; et surtout col. 477, où il est piquant de trouver sous la pluiue de ce polémiste antilatin des expressions et un raisonucm nt allant directement à prouver la thèse catholique. Voici ce passage qui réfute péremptoirement Cabasilas par Cabasilas lui-même. On ne saurait mieux préciser la distinction entre les prières dites par le prêtre en son propre nom et les paroles prononcées au nom du Christ qu'il représente. < Quoique ce soit lui (le Christ) qui accomplit l'action sacrée, n'allons pas pour autant lui attribuer tout ce qui s'y fait ou s'y dit. L'acte même du sacrifice et son effet, c'està-dire la consécration des éléments et la sanctification des fidèles, c'est lui seul qui l'opère. Mais les prières, invocations, supplications qui encadrent ces clioses essentielles, sont le fait du prêtre. Là c'est l'œuvre du Seigneur; ici celle d'un serviteur. Celui-ci prie, celui-là réalise les prières. C'est le Sauveur qui donne, le prêtre se contente de rendre grâces pour les dons accordés. Le prêtre présente les offrandes, le Seigneur les reçoit, l^e Seigneur, il est vrai, offre lui aussi, mais il s'offre lui-même au Père et il offre ces oblations quand elles sont devenues lui-même, quand elles ont été transformées en son corps et en son sang, c. xlix, col. 477, cf. col. 48L

Les théologiens catholiques ne raisonnent pas autrement, nous l'avons vu, pour montrer le bien fondé de la doctrine traditionnelle sur li forme de l'eucharistie. Jésus-Christ, disent-ils, est le prêtre en même temps que la victime du sacrifice eucharistique. La consécration des espèces étant évidemment de l'essence du sacrifice, c'est donc Jésus-Clirist qui doit l'opérer par le ministère du prêtre humain par lant en son nom. Or, parmi les prières qui constituent la messe, seules les paroles de l'institution peuvent être prononcées in persona Chrisli. Les autres prières, dans lesquelles est comprise l'épiclèse, sont dites par le prêtre en son propre nom et au nom de l'Église qu'il représente, mais non |)as directement au nom de .Jésus-Christ. C'est donc par les paroles de l'institution prononcées par le prêtre revêlant la personnalité de Jésus-Christ, et non |)oint par l'épiclèse, que s'opère la consécration. Inconséquent avec ses principes, Cabasilas n'en déclare pas moins de nouveau, quelques pages plus loin, que la transsubstantiation et le sacrifice s'accomplissent au moment de l'épiclèse, c. lt, col. 485.

De même Siinéon de Tliessaloniquc, dans un des passages où il expose de la manière la plus explicite sa théorie de l'épiclèse, nous fournit cette excellente formule ((ui pourrait servir de résumé à toute la doc trine caliiolitiue sur celte question : • Ce n'est pas l'homme qui agit, mais c'est le Ciirist dans le Saint- Esprit par le sacerdoce des prêtres. » De lemplo, n. 88, col. 1:M.

De même encore, les autres principes de solution traditionnels et catholiques, à savoir la coopération eucharistique des trois personnes divines et l'analogie avec l'incarnation sont très neltement mis en relief par les deux conlroversistcs. Pour Cabasilas, voir surtout Liltirr/iœ exposil., c. xxviii; pour Siméon, De lemplo, n. 88, col. 736-7.37. Mais l'explication da mascéniennc de l'anlitype, ibid., et la controverse

liICT. DE THÉOL. CATHOL.

avec les latins faussent leur perspective et les empêche de faire une sereine application de ces principes à l'objet du débat. Il faut dire, un peu à leur décharge, que les latins auxquels ils répondent paraissent bien ne s'être point bornés à attaquer seulement l'opinion théologique dérivée de saint Jean Damascène, mais avoir voulu s'en prendre directement à la formule liturgique de l'épiclèse. Cette exagération donne beau jeu aux deux polémistes bj'zantins pour bien souligner le caractère épiclétique des divers rites sacramentels dans toutes les liturgies. Mais la distinction, si clairement établie par Cabasilas et d'une manière équivalente par Siméon, op. cit., col. 736, entre les prières dites par le prêtre en son propre nom et celles dites au nom du Christ, aurait dû suffire à faire une complète mise au point. Nous constatons qu'elle ne l'a pas faite. Cf. Hoppe, op. cil., p. .5, note 13; p. 191, note 427.

Les contradictions que nous venons de signaler dans la théologie de Nicolas Cabasilas et de Siméon de Thessalonique, concernant la forme de l'eucharistie, montrent assez que les idées des Grecs sur ce point étaient assez confuses et qu'ils n'étaient pas sans éprouver quelque embarras à concilier le sens obvie des paroles de l'institution avec leur formule traditionnelle de l'épiclèse. Cet embarras éclata plus visiblement encore au cours des discussions qui eurent lieu au concile de Florence. On >■ demanda aux Grecs de s'expliquer sur la question de ré]iiclèse et de la consécration eucharistique. Cette demande embarrassa les Orientaux, qui, raconte l'Iiistorien grec du concile, Dorothée, avaient décidé de ne pas soulever cette question, parce qu'ils n'avaient pas sur ce sujet des idées bien claires. Mansi, Concf/., t. xxxi,coI. 1012.

Sans nier l'efficacité des paroles de l'inslilution, leur attachement à la tradition liturgique les inclinait à la théorie daniascénienne. Le métroiiDlite Isidore de Kiev défendit cette théorie au cours des discussions : Dico quod credimus id qiiod conftcit mijstcrinm esse scrinonem Domini, cl crcdimns donii~ nicam voccni cssc effeclriccm divinonim nuincruni; et illa vox scmper replicaliir a sricerdole, et .•iiiscipit saccrdos quod vox illa rcplicata aplclur el sit eadem vox ciun voce Domini. El ni ila aplclur, invocalur Spiriliis Sanclns el supplicnl saccrdos ul per virUitem Spirilus Scuuli conccdalur gralia, ut vox rcpctita effici(dur ila ef/ecliva, ul verbum Dei fuit. Et ila credimus consummalivam fieri per illam oralionem sacerdolis. El probo quod dominicœ voces habcnl opcrationrm ul semina, quia sine seminc non polcsl effici fructus : ila in luic dominica voce. Tamcn ubi cadil .^emcn, egcl aliis //i.sfrumenlis, ul sacerdolis, (dlaris et oralionum. Unde credimus per hoc vobiscuni esse concordes. Mansi, t. XXXI, col. 1686-1687.

(k'pendanl, le cardinal .lean de Torfpiemada insista pour poser la question sur son vrai terrain : Xccesse est ul in noslra cedula, si debeat dari dorlrina onwihus fidclibus, cl maxime simplicibus, qui possent dnbitarc an (dia verba sanctorum quœ apponunlur sint verba de subslanlia consecrationis, vcl non, quod ponatur hoc quod rcrbis Salvaloris fit consecratio. Sec aliquis débet moveri per hoc quod quis dicit quod missale estscriptum manu magni Sancli. Aliud est dieere : hoc missale est unius Sancli; el aliud quod Sanelus dicit quod omnibus contentis in hoc missali conficiatur corpus Chrisli. \on est credenduni bealum liasilium ncc alium dorlorcm dixissc quod cdiis verbis quam Chrisli conficiatur corpus,quanlumcumque sunl mullir oraliones cl prcccs ibi.

Le pape lùigènc IV ])arla dans le même sens, et ce fut néanmoins après les paroles du pape qu'Isidore de Kiev tint le langage que nous avons dit. lorqucmada insista encore sur la vraie portée de la ([ucstion et sur la nécessité de s'entendre sur une formule \w(.-

ÉPICLESE EUCHARISTIQUE

cise (le la croyance commune à la vertu consécraloire des paroles du (Christ. Isidore lui-même fut amené l)ar la vit,'oureuse argumentation du cardinal au véritable point de vue dogniaticpie, puiscju'il faisait partie de la commission des six orientaux qui, le 26 juin 1439, lirenl devant le pape et l'empereur la déclaration suivante : ... Sumiis parati publiée confiieri quod nos lenenuis sicul vos qiiod in ncrhis SOLIS dominicis confieiiur...

Il semjjle bien que c'est à la lumineuse précision lliéologique de Torquemada que les g-ecs durent de se rendre compte que la doctrine catliolitiue était conforme à la tradition, sans préjudice, d'ailleurs pour l'usage liturgique de l'épiclèse. Ils s'en rendirent si bien compte qu'ils affirmèrent n'avoir januiis cru autre chose et demandèrent que cet article ne fût pas inséré dans le décret d'union, afin de ne pas faire penser qu'on en eût jamais douté. Confessi sunl, ouditis lalionibus nostris, quod semper ienuerunt quod salis verbis dominicis conficereiur. Fuit inslifuluni ul hoc poneretur in di/finitione. Dixcrunt quod hoc non erot ncccssarinm : imo si poneretur, Ecclesia ipsorum reeipercl ignominiaw, ac si huelenus tennissent oliud. Unde cum semper fuerinins concordes, in hoc difflnitio non débet fieri nisi de dubiis... Unde Sanctissinnis dominus noster Iwc audito obtemperavil, ut non deduceretur in dubium quod numquam fuit. On accepta donc de ne pas insérer cet article dans le décret d'union, à condition que, avant la séance où ce décret devait être promulgué, les grecs formulassent, dans une assemblée générale, la profession de foi énoncée par leurs six délégués en séance privée.

I.a condition fut réalisée par la déclaration solennelle lue par Bessarion au nom de tous les grecs à la séance plénière du ,5 juillet et que nous avons citée au début de cet article. Pour souligner l'importance d'une telle déclaration, le pape se contenta d'ajouter ces paroles : Intelleximus quse per vcnerabilem jratrem noslrum Nicœnum dicta sunt; cl qucmwis in mente noslra non esset aliud, tamen gratum fuit audisse quee ore relcda sunt, quia ista est doclrina S. Joannis Chrijsoslomi et aliorum sanctorum qui prœcesserunt et postea scculi sunt et hanc doctrinam secuta est et semper sequetur Ecclesia romana, et gratum fuit audire ul qui aliud exislimassenl sint cerli de vestra bona opinionc. Orsi, op. cit., p. 150-172.

Ainsi l'Église grecque reconnaissait, à Florence, la doctrine de saint Jean Chrysostome comme la véritable doctrine traditionnelle, à la défense de laquelle Bessarion consacre, peu après, son traité spécial Desacraniento eucharistiœ, P. G., t. ci.xi, col. 494- 525. Marc Eugenikos, métropolite d'Éphèse, paraît avoir été le seul à protester contre cette profession de foi. Fougueux adversaire an l'union proclamée à Florence, il publia peu après le concile un petit traité contre lequel fut dirigé celui de Bessarion, et dont le titre suffit à résumer la doctrine : "0-t oO (jl(5vov àirb TÎ5; çwvrjç Tfôv SeiTTiOTixâiv pyifjLâTtov àXiaÇovTat ta. 6eïa 8(3pa, àXX' ex TÎjç [ierà Taûta EÙx^'i? ^°''' 6'jXoT'«î to\i Upéco; 5uvd(|j.£i toO kyiox) IIveijfjiaToç. P. G., t. CLX, col. 1080-1089. Il y reprend contre les latins la thèse de Cabasilas, mais d'une manière plus exclusive encore et sur un ton où l'on ne peut s'empêcher de voir l'effet d'une évidente mauvaise foi.

C'est ainsi qu'après avoir dit que « la parole du Seigneur n'opère pas sans prêtre, ni sans autel, » et que de même « elle a besoin de prières, de l'invocation, de la bénédiction, en vertu desquelles descend le Saint-Esprit qui accomplit tous les sacrements, » col. 1088, il établit un parallèle à sa façon entre les rites de la messe orientale et ceux de la messe latine. La description qu'il fait de ces derniers donnera une idée de sa sincérité : « Chez les latins, lo prêtre rap-

pelle, lui aussi, sous forme de récit (6ir,Yy,ixzTi/.à);), les paroles du Seigneur, et que lui-même a donne ce commandement : Prenez et mangez. Buvez-en tous. Faites cela en mémoire de moi. Il ne fait aucun rite sacré de plus, mais pense que ce récit des paroles suffit pour la consécration et le sacrifice. Puis, ce pain azyme, ... il le prend par un côté quelconque, l'élève, en rompt une parcelle et la jette dans le calice; le reste, ill' met dans sa bouche; et ayant bu de même tout le calice, il demande le baiser de paix aux diacres qui l'assistent, sans rien donner <à personne, lui qui se glorifie des paroles : Prenez et mangez, tous. Buvez-en tous. Cela ne trahit-il pas une contradiction manifeste avec les explications des liturgies qui nous ont été transmises, avec les paroles du Seigneur et avec les propres paroles de ces gens-là? Et après cela, ils auront l'audace de nous reprocher nos usages, qui sont si conformes aux enseignements des saints, de s'y ingérer et de les interpréter ? » Col. 1089. Puis il explique de la même manière que Cabasilas, c'est-à-dire en faussant comme lui le sens obvie du passage visé, la doctrine de saint Jean Chrysostome, et il termine en s'écriant : « Si ces raisons ne persuadent pas ces hommes d'humeur querelleuse, c'est qu'ils seraient dignes de pitié pour leur double ignorance et pour leur profond endurcissement. » Col. 1089.

Ces citations sont utiles à noter pour avoir «ne idée du chemin parcouru depuis saint Jean Damascène, et même depuis Nicolas Cabasilas ou Simcon de Thessalo nique. La dé\'iation de la doctrine traditionnelle, longtemps demeurée en quelque sorte i iconsciente, est maintenant devenue un prétexte liturgique et théologique de plus pour maintenir ia séparation de l'Église byzantine, par rapport à l'Église romaine.

Cette position une fois prise, on s'y tiendra généralement. Nous nous bornerons à signaler les documents officiels ou confessions de foi. La doctrine de la consécration par l'épiclèse se trouve formulée dans les lettres du patriarche Jécémie II aux luthériens allemands (1576-1581), Resp., I, c. x, édit. de Gédéon de Chypre, Leipzig, 1758, p. 49; cf. Mesoloras, Sv|j.êo).ixTi, Athènes, 1883, t. i, p. 147; dans la confession de foi de Pierre IVIoghila (1642), q. cvii, Michalcescu, D/e Bekenntnisse und die wichtigsten Glaubemzeugnisse der griechisch-orientalischen Kirche, Leipzig, 1904, p. 72, du moins dans la traduction grecque de ce document — car l'original latin rédigé par le célèbre métropolite de Kiev énonçait nettement la doctrine catholique. Échos d'Orient, 1909, t. XII, p. 25; E. de Hurmuzaki, Documente privilôre la isloria Romanilor, Bucarest, 1882, t. iv, p. 668, professée alors en Petite-Russie; dans la déclaration des Grecs au marquis de Nointel, en 1671, Covel, Some Account of the présent greek Church, p. 44; dans les actes du synode de Jérusalem, en 1672, Mansi, t. xxxiv, col. 1714; Michalcescu, p. 153; dans la confession de foi de Denys IV, patriarche de Constantinople (1672), Mansi, ibid., col. 1780; dans celle du jiatriarche Chrj-santhe, acceptée par le synode de Constantinople de 1727, Mansi-Petit, t. xxxvii, col. 899; enfin, dans la réponse patriarcale et synodale de l'Église de Constantinople à l'encyclique de Léon XIII, sur l'union en 1894. Citons ce dernier document pour montrer sous quel angle l'Église orthodoxe actuelle envisage la question : « L'Église des sept conciles 'rcuméniques, une. sainte, catholique, et apostolique, admettait que les oblations sacrées sont consacrées après la ])rièrc d'invocation au Saint-Esprit, par la bénédiction du prêtre, comme l'attestent les anciens rituels de Rome et des Gaules. .Mais en cela aussi

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

l'Église papale a innové par la suite, en admettant arbitrairement que la consécration des oblations sacrées a lieu au moment où sont prononcées les paroles du Seigneur : Prenez et mangez, ceci est mon corps; Buvez-en tous, ceci csl mon sang. » Dans 'E/x),/)- •fftauTixYi 'Alrfieix, Constantinople, 1895, t. xv, p. 244, n. X.

40 Persislcmce de la doctrine catholique en Orient et en Russie. — 1. Dans V Église grecque orthodoxe. — Cependant, en dépit de la clarté de ces documents officiels, la théorie de Cabasilas et de Marc d'Éplièse était loin d'être encore universellement reçue chez les grecs au xvii" siècle. Outre un certain nombre d'auteurs dont on pourrait citer des témoignages favorables à la doctrine catholique, plusieurs des réponses, officielles aussi, provoquées par le marquis de Nointel, par M. de Lilienthal ou d'autres personnages au sujet de la croyance eucharistique des Orientaux à opposer aux protestants, se prononcent sans arrière-pensée pour la consécration par les paroles du Christ. Pour ne venir qu'incidemment au cours des formules visant directement la foi à la transsubstantiation, ces attestations n'en sont pas moins intéressantes ni moins importantes. En attendant qu'elles soient publiées dans le supplément de la collection Mansi, on trouvera ces pièces, au moins en traduction, dans la Perpétuité de la foi, édit. Migne, à la fin des t. i et n. Bornons-nous à signaler ici : la profession de foi de Paisios Ligaridès, métropolite de Gaza, du 8 novembre 1G6G, op. cit., t. i, col. 1211, 1212; celle du synode de Chypre (avril 1668), ibid., ccl. 1241; celles du patriarche grec d'Antioche, Macaire, du 20 octobre 1G71, t. n, col. 1236, et de son successeur Néophyte, du 3 mai 1673. 7ftiV/., col. 1249. 2. Dans l'Église russe. — L'Église russe, qui aujourd'hui admet la doctrine de la consécration par l'épiclèse, ne s'y est rangée qu'à une époque relativement récente et non sans de vives discussions. La métropole de Kiev, la mère de toutes les Églises russes, a professé jusqu'au xviii« siècle la croyance catholique et enseigné que les paroles de l'institution constituent la véritable forme de l'eucharistie. Cette assertion repose sur de nombreuses attestations des livres liturgiques, des divers traités dogmatiques ou polémiques, des catéchismes et autres documents de ce genre jusqu'à l'époque indiquée.

.\ux conférences de Jassy (1642), il y eut de longues discussions entre Kiéviens et Grecs au sujet de l'épiclèse : les premiers soutenant la doctrine catholique; les seconds, représentés surtout par le célèbre théologien Mélèce Syrigos, la théorie de Cabasilas et de Marc d'Éphèse. ■ A la fin, pour ne pas compromettre l'approbation du livre de Moghila qu'ils allaient expédier au patriarcat recuincnique, les Russes firent semblant d'admettre les arguments de leurs adversaires. » J. Pargoiré, Mélétios Syrigos, ■sa vie et ses œuvres, dans les Échos d'Orient, 1909, t. xii, p. 25. Ce livre, qui n'est autre que la Confession de Pierre Moghila, contenait la doctrine catiiolique de consécration. C'est Mélèce Syrigos qui, dans la traduction grecque qu'il en fit, modifia ce passage dans le sens de l'opinion contraire. Moghila et les Kiéviens n'en continuèrent pas moins à croire et à enseigner que In consécration était opérée par les paroles de .Jésus-Christ. La preuve en est, entre autres, dans l'édition du Petit catéchisme de Moghila, parue en 1615; dans un ouvrage d'Innocent Ghisel. son disciple, intitulé : Miri ce liogom tchéloviékon {La paix del ' homme avec Dieu), Kiev, 1644, p. 114-120; dans le Vi/klad de l'higoumènc Théodosc Saphonovitch, 1667-1668, etc. Plusieurs des livres liturgiques, édités par Moghila, mettent plei-

nement en relief cette doctrine; et ils ont été imités en cela par un certain nombre d'éditions postérieures, même après la condamnation de l'opinion catholique par le patriarche moscovite en 1690. Cf. Charon, Le XV^ centenaire de S. Jean Chrysostome, p. 231, note 1; Auner et Bocian, dans les Chrysostomika, Rome, 1907, p. 766-767, 931-933.

La même croyance était aussi professée à Moscou. Déjà admise auparavant d'une manière implicite, en tant que contenue dans les livres liturgiques, elle y devint, surtout au xvii'^ siècle, gi'âce à l'influence des théologiens de Kiev venus s'établir à Moscou, l'objet d'un enseignement formel. Les plus célèbres de ces théologiens sont Siméon Polostkii et Sylvîstre Medviédev (f 1691). L'un et l'autre, ainsi que l'higoumène Innocent Monastyrslcii, du couvent de Saint-Cyrille à Kiev, et Dimitri Tuptalo, plus tard métropolite de Rostov,sc firent les défenseurs de cette doctrine au cours des discussions très vives qui s'élevèrent sur ce point vers la fin du xvii« siècle.

Quelle fut l'origine de ces discussions? Peut-être les corrections faites aux livres liturgiques par le patriarche Nicon (f 1681) : car on sait que les ras kolniks ou Starovières (vieux-croyants), qui se sépa rèrent àcetteoccasion de l'Égliseofficielle, défendirent, eux aussi, la doctrine catholique comme appartenant à l'ancienne foi. Le Scrijal (Loi) de Nicon se prononce, au contraire, pour la théorie orthodoxe. Les fidèles, d'ailleurs, prenaient eux-mêmes parti dans le débat et tenaient pour les coutumes établies dans les églises de Moscou et de Kiev : inclination de tête, bénédiction, adoration, sonnerie des cloches, au moment des paroles de Jésus-Christ considérées comme consécratoires. Voir L. Baurain, Notes de théologie russe, dans la Revue augustiniennc, 1906, t. IX, p. 85-89. « Les hommes, les femmes et les enfants, dit un chroniqueur, partout, n'importe où, dans les dîners, dans les cérémonies, à temps et à contretemps, discutaient sur le mystère des mystères..., comment sont transformés le pain et le vinà quel moment et par quelles paroles. •> Mihikof, Olcherki po islorii rousskoi koultoury, IP partie, p. 165. Cf. Troudy (Travaux) de l'Académie ecclésiastique de Kiev, 1908, p. 11-13.

Ce qui contrii)ua à augmenter l'acuité de la querelle, c'est que celle-ci n'était en réalité qu'un épisode de la lutte entre les deux civilisations qui alors se disputaient la Russie : la civilisation occidentale et la civilisation byzantine. Dans l'espèce, les partisans de la première défendaient la doctrine catholique de la consécration, ceux de la seconde se rail iaient à la théorie de l'épiclèse qui tendait de plus en plus à dominer dans l'Église byzantine. Voir G. Mirkovitch, O vriemeni precychlchcstvlcnia sv. darov {Du moment de la consécration des ablations saintes), Vilna, 1886, qui a bien montré cet aspect spécial de l'antagonisnie entre les deux écoles.

La controverse s'aviva lors<|ue, le 6 mars 1685, arrivèrent à Moscou deux moines grecs, les deux frères Likhoudès, Joannice et Sophrone, envoyés comme professeurs par Dositiiée de Jérusalem, sur la demande du patriarche moscovite Joachim. Les seuls titres de quelques-uns des ouvrages d'attaque et de riposte donneront une idée de l'àprcté (pie prit alors la polémi(|ue. Les Likhoudès. a])rés avoir commencé par fournir des armes au moine lùilhyme qui déjà bataillait contre Medviédev, lancèrent l'Akos on cure opposée à la morsure des serpents venimeux. Ils s'attirèrent la réponse intitulée : Moyen sommaire de faire cesser l'aboiement furieux contre la sainte Kglise orientale. Les deux (irecs ripostèrent par la Démonstration de la vérité ou réponse an furieu.t aboiement et par le Dialogue d'un professeur grec avec un jésuite

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

sur les divergence!; qui existent entre l'Église orientale et l'Église oecidenUdc. La 2" édition de ce dernier ouvrage porte encore un titre batailleur : Glaive spirituel pour la défense de la sainte Église orientale du Christ contre les contradictions et les entêtements de J' Église occidentale.

Le patriarche Joachini (1674-1691), d'abord favorable à la doctrine catholique, puis hésitant, se laissa finalement gagner par les Likhoudés. Après avoir sollicité et obtenu du patriarche de Constantinople Denys IV, une déclaration patriarcale et synodale que la doctrine de la consécration par l'épiclèse était la seule vraie et devait, par conséquent, être tenue par l'Église russe (1689-1690), Joachim condamna, dans un synode tenu à Moscou (1690), les partisans des doctrines « latinisantes ». Son successeur Adrien, bien qu'il eût lui-même auparavant professé la croyance ainsi anathématisée, ratifia cette condamnation. A la faveur des troubles politiques qui régnaient alors en Russie, on ajouta à ces mesures des moyens violents de répression, la querelle se termina par le triomphe de la théorie byzantine. Elle avait coûté la vie à Medviédev (1691), la liberté à Pierre Artémiev et à Gabriel Dometchki, tous trois défenseurs de la doctrine proscrite. Adrien inséra luie formule de la croyance grecque dans l'ofTice de l'orthodoxie et dans le serment imposé aux évêques le jour de leur sacre. « L'Église catholique orthodoxe, cst-il dit dans ce serment, croit et enseigne que la transsubstantiation du corps et du sang du Christ s'accomplit dans la divine liturgie par la descente et l'opération du Saint-Esprit, au moyen de l'épiclèse faite par l'évêque ou le prêtre dans sa prière à Dieu le Père, pour qu'il fasse ce pain..., etc. » Jastrebov, Leçon de théologie dogmatique sur l'eucharistie, dans les Troudy (Travaux) de l'Académie ecclésiastique de Kiev, janvier 1908, p. 10 sq. Cf. Hoppe, op. cit., p. 7, note 18.

A Kiev, on persista quelque temps encore à enseigner la doctrine catholique à laquelle cette métropole était toujours restée attachée; le métropolite Gédéon Tchtvertinskii la professait encore en 1701, Schliapkine, Sv. Dimilrii Uostovskii i ego, vrémia (S. Dimitri de Bostov et son /fmps), Saint-Pétersbourg, 1891, p. 224, note 1; mais on en vint peu à peu, sous la pression ofliciclle, à adopter là aussi la croyance opposée. Voir Cieplak, De momenlo quo transsubstaniiatio in augustissimo missœ sacrificio perugitur, Saint-Pétersbourg, 1901, p. 14-18, où l'on trouvera des références aux principaux ouvrages russes traitant de cette histoire. On peut voir, d'ailleurs, dans la Perpétuité de la foi, édit. Migne, t. i, col. 1189, 1226, 1227, d'intéressantes professions de foi faites par des Russes contre les protestants, en 1667 et 1668. La doctrine de l'efficacité consécratoire des paroles du Christ y est affirmée incidemment, mais avec clarté.

Ces faits ont une portée théologique et apologétique qui n'est pas à dédaigner. Ils ont l'avantage d'accuser nettement la persistance de l'enseignement traditionnel, et sa puissance de persuasion pour des esprits dégagés de l'influence byzantine.

3. Dans les autres Églises orientales. — C'est à cette même influence qu'est due la pénétration plus on moins complète de la théorie de l'épiclèse dans les autres Églises orientales. Les Arméniens grégoriens ou non-unis adoptent de nos jours l'opinion grecque. Mais il n'en a pas toujours été ainsi, et cette adoption paraît même être chez eux de date assez récente. Nous avons déjà entendu Chosrov le Grand, au x« siècle, Nersès de Lampron, au xii«, Grégoire de Tahtev, au xiv«, se prononcer pour les paroles de l'institution, comme forme de l'eucharistie, et le

pa|)e Clément VI (1342-1352) attester ofRciellement la croyance des Arméniens sur ce point. Ajoutons ici quelques indications supplémentaires.

Le concile de Sis, en Cilicie (1344-134.5?), pour ré|)ondre à l'accusation portée contre les Arméniens à ce sujet, fait cette déclaration formelle : " Tous les Arméniens sans exception croient et pensent que le pain et le vin sont véritablement changés au corps et au sang du Christ par les paroles du Christ. Les Arméniens ne croient pas que la consécration ait lieu au moment de l'épiclèse; ils savent qu'elle a déjà eu lieu. » Mansi, t. xxv, col. 1242-1243. Cf. Hefele, Ilist. des conciles, trad. Delarc, t. ix, p. 556; voir les accusations auxquelles cette déclaration répond, dans Denzinger-Bannwart,iinf/i(r(rf(on, n. 544 (1820- 1821).

(• Parmi les pièces recueillies par les auteurs de la Perpétuité de la foi, au x.vu" siècle, se trouvent plusieurs attestations de patriarches, évêques ou prêtres arméniens, attestations données à Rome, à Alep, au Caire, en 1668 et 1671, qui, tout en visant directement l'afTirmation de la croyance à la transsubstantiation, témoignent incidemment de la croyance des signataires à la doctrine catholique sur la fornude l'eucharistie. Op. cit., t. i, col. 1229-1230, 1234- 1235;t. II, col. 1271.

Enfin, dans la seconde moitié du xviii« siècle, un patriarche arménien grégorien de Constantinople, Jacques de Nalian, enseignait encore la même doctrine dans un catéchisme à l'usage des fidèles et dans plusieurs autres écrits. Avedichian, op. cit., p. 345,

On trouve également dans la Perpétuité de la foi des attestations très explicites dans le mêm'' sens : du patriarche des Syriens, à Alep, en date du 29 février 1668, t. i, col. 1235; des Syriens de Damas, t. ii, col. 1259; du patriarche des Coptes, ibid., col. 1265; des Maronites d'Antioche, le 12 juin 1673, ibid.^ col. 1229.

Cependant, des tentatives furent faites à plusieurs reprises pour inculquer aux Melkites l'erreur bj'zantine. Au commencement du xviii« siècle, l'erreur se propagea assez pour qu'un prélat melkite, Photius Habdelnour, évêque d'Héglon et de Ptolémaïs, allât jusqu'à lancer l'anathème contre ceux qui attribueraient aux paroles du Sauveur l'efTicacité consécratoire (1716). Pctrus Bencdictus, Antirrheticon allerum, c. iv, dans Opéra S. Ephreem syriaca, Venise, 1755-1756, à la fin du t. ii, p. 20. Cette pénétration et cette diflusion de l'erreur fut arrêtée parle décret de la Propagande, du 8 juillet 1729, approuvé par Benoît XIII et que nous avons signalé au début de cet article.

Moins d'un siècle plus tard, l'erreur reparaissait en Syrie par les écrits de Germanos Adam (f 1809), ai'chcvêque melkite d'Alep. Elle se répandit à ce point et divisa tellement les esprits, qu'il s'ensuivit un schisme temporaire. A Alep surtout, on vit se renouveler jusque parmi les fidèles les discussions qui s'étaient jadis produites à Kiev et à Moscou. La mort de Germanos Adam ne mit pas fin à ces divisions. Le 6 mars 1812, la Propagande envoya en Orient une instruction où elle exposait la doctrine de l'Église et où l'excommunication était lancée contre ceux qui oseraient soutenir la doctrine opposée. Enfin, le 8 mai 1822, Pie VII défendit aux Alépins et à tous les catholiques orientaux de discuter cette question, sous peine de suspense pour les évêques et les prêtres, d'excommunication pour les laïques, encourues ipso facto. Charon, L'Église grecque melkite catholique, dans les Échos d'Orient, 1902, t. v, p. 340-341; 1903, t. vi, p. 300 sq. On trouvera les documents romains dans la Collectio lacensis, t. ii,.

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col. 439-440, 451. Cf. pour le resciit de 1729, Mansi- Petit, t. XXXVII, col. 121 sq.

Le concile nielkite tenu à Aïn-Traz, en décembre 1835, can. 8, n. 8, a proclamé de nouveau la doctrine catholique. Collcclio lacensis, t. ii, col. 584. Le ■concile du Mont Liban, de 1736, avait déjà très nettement afTirmé la croyance des Maronites, part. H, «. XII, n. 8, 9, et concilie le fait de l'épiclèse avec l'efTicacité des paroles du Christ. Ibid., col. 196-197.

Quant aux Ruthènes, ils n"ont eu qu'à conserver la doctrine qui, nous l'avons vu, est restée généralement professée en Ruthénie, même par les orthodoxes, jusqu'à la fin du xyiii" siècle. Leur foi est attestée par leurs conciles de 1720, tit. m, n. 3, Cotleclio lacensis, t. ii, col. 30, de 1838 et de 1891.

En définitive, ce qui ressort de cet exposé historique concernant la doctrine orientale au sujet de la ■consécration depuis saint Jean Damascène, c'est, •croyons-nous, la continuité de la véritable tradition patristique et catholique, en dépit de la déviation que le docteur de Damas lui a fait subir pour son compte et pour celui des théologiens byzantins qui l'ont suivi aveuglément. Quel que soit le nombre de ces derniers, ils demeurent, en somme, des isolés au milieu des autres Orientaux, Syriens, Arméniens, Coptes ou Russes, qui ont conservé la tradition catholique aussi longtemps qu'ils ont su garder leur indépendance par rapport à l'Église du Phanar. Or, il est clair que celle-ci, à partir de Nicolas Cabasilas et de Marc d'Éphèsc, n'a fait que fausser plus encore, par son parti pris anticatholique, la direction, déjà inconsciemment erronée, imprimée sur ce point à la théologie byzantine par saint Jean Damascène. L'argument qui se dégage de ce fait nous paraît suffisant pour convaincre tout esprit sincère.

//y. l'e.\seigm;me.\i ecci.ésiasiiqije e.\ occidem' DEPilS LE viii'^ SIECLE. — 1° Uniformité de la doctrine traditionnelle jusqu'au y 17" siècle. — Isolée même en Orient, au sens que nous venons de dire, la théorie byzantine de l'épiclèse n'a point eu d'inlluence en Occident jusqu'au xvi<^ siècle. (Test seulement à partir de cette é])oque que quelques théologiens latins ont soutenu, relativement à l'efTicacité de l'épiclèse pour la consécration, une opinion se rapprochant plus ou moins de la doctrine grecque.

Nous avons suivi la tradition occidentale jus(|u'au viii'^ siècle, et nous avons constaté que si la croyance ■à l'efficacité consécratoirc des paroles du Sauveur y était générale, la croyance à l'intervention chi Saint- Esprit dans l'acte Iranssubstantiateur n'en était pas, pour autant, proscrite. La vertu invisible de 1 Esprit-Saint opère le sacrement de l'autel : c'est au prononcé des paroles du Christ <|ue s'accomplit le mystère : telles sont les deux iirojMisitions que nous avons retrouvées à travers une longue série de témoignages divers. Il serait facile de suivre les traces de cette double donnée dans la littérature euciiaristiquc du moyen âge, laquelle (failleurs est, on le sait, essentiellement traditionnaliste et patristi<|ue.

A la lin du vin" siècle, Alcuin, Disp. piierornm, c. X, De missa, P. L., t. ci, col. 1 1 3.") 1 1 .'ifl ; Liber sacramentnrum, col. 449, et les Livres rarolins, 1. II, c. xxvii, P. L., t. xcviii, col. 1093 1(19."), attestent la transmission de ce legs doctrinal.

.\u ix"" siècle, les témoignages abondent, avec saint Paschase Hadbert et toute la pléiade de ses contemporains : Théodulphe d'Orléans (821). Liber de tirdine ba/dismi, P. L., t. cv, col. 2.39-240; Agobard de Lyon (f 840), De privilegio et jure sarerdolii, P. L., t. civ, col. 142-143; Liber contra Amalar., S Vi,ibid., col. 347; le pape saint Nicolas I", dans sa réponse a l'empereur Michel, en 800, P. L., t. r.xix, col. 778; J<al)aii Maiir (770 8.')6), IJber de sacris ordinibu.i.

c. XIX, De ordine missœ, P.L., t. cxii, col. 1182-1183; Amalaire(f vers 850\ De eccles. officiis, I. III, c. xxiv, P. L., t.cv,col. 1140-1142; le concile de Quiercy (858), Epist. episcnporum ad Ludov. regeni German., c. xv, Mansi, t. xviii ft, col. 119; Ratramne de Corbie (f après 868), Liber de corporc ac sanguine Domini, c. ix-x, XVII, xL-XLii, p. L., t. cxxi, col. 131, 135, 144-145; Remid"Auxerre(f 908), Expos, missœ, P. L., t. CI, col. 1200;//î ICor.,c. xi,P. L., t.cxvii,col. 572-

Mais les attestations les plus intéressantes et les plus précises sont celles de Florus de Lyon (f 859) et de Paschase Radbert {f 865). Chez ces deux auteurs, l'efTicacité coisécratoire des paroles de l'institution et tout ensemble la vertu transsubstantiatrice du Saint-Esprit sont l'objet d'un enseignement arrêté et très précis, répété avec insistance en maintes occasions. Il faudrait citer d'eux des pages entières.

Paschase Radbert écrit : Vera uliquc Christi caro^ qnœ crucifixa est et sepulia, vere illius carnis sacramcntum, quod per sacerdotem super altare in verbù

CHIUSTI l'ER srinnVM .s .4 NCTUM 0/ VIXITUS CONSECRATUR /

unde ipse Doniinus clamât : hoc est corpus meum. De corp. et sang. Dom., iv, 3, P. L., t. cxx, col. 1279. Et encore : Vere rrcdere et indubitanter scire debenms intra catholicam Ecclesiam, ubi catholica fidc hoc nujsterium celebralur, nihil a bono majus, nihilque a malo minus pcrcipi saccrdotc, nihilque cdjud quam caro Christi et sanguis, dum ccdholice consecratur, quia non in mérita consecrantis, scd /.v verbo epfi-

CITER CRE.iTORIS ET VIRTCTE SPIRITi\-< SAM:TI, caro

Christi et scmguis, non alla quam quœ de Spiritu Sanclo creata est, vere fuie credalur et spiritali intelliyentia degustetur. Si cnim in merito esset saeerdotis, non ad Christum pertineret; nunc autem sicnt ipse est qui bapti:(d,ilaipriEEsrQi:i PE/lspJnITL^MS^^l■Tu^fu^\'c s|■AM EEFicir CARSEM et Iransjundit vinum in sanguinem. Quis enim alius in utero crcare potucrit, ut Verbuin caro ficret? Sic ilaque in hoc mijsterio crcdenduni est

quod EADEM VIRTUTE .</'//l/ï7 S .>;.1.V( 7/ PER VERBU.U

ciiRiSTi caro ipsius et sanguis effieiatur invisibili operatione. Unde et sacerdos : .fubc hœc perferri per manur, angeli lui in sublime altnre tuum in conspcctu divinie majestatis tuw; ut quid perferri illuc ea deposcil, nisi ut intelligatur quod in ejus saeerdotis istn fiant ... Prias autem quam corpus consccratione fi(d, obtatio saeerdotis est, sicui ipse cnnfitclur, vel cuiu-tx familix offerentis eam : sed /.v verbo et virtutb .TIRITUS sA.ycTl nova fit creqluru' in corpore crentoris ad nostrie reparatinnis saliitem, xii, 1, ibid., col. 1311-1312. Le c xv est intitule : Quibus vcrbis hoc nujslerium conficitur, et Paschase y consacre deux grandes i)ages à traiter ce sujet ce professa. Uetenons en seulement queUpies phrases, qui achôveront de montrer combien est ferme et précise sa doctrine sur la forme de l'eucharistie et l'Instant de la transsubstantiation, en dépit <!<• la part ([u'il fait à l'intervention de l'Esprit-Saint exprimée par ré|)iclèse. Hoc sacramcntum non nuiitis. non vcrbis hunianis, sed procul dubio divinis cffirilur et consc cratur mandat is... Proptere.t veniendum est ad vcrba Christi et credcndum quod in ejusdcm vcrbis isla confiriunl'ir. Heliqua vrroomnia quiv sacerdos dicit aut clerus canil, nihil aliud quam Uuidcs et griitiiuiim artiones sunt. aut rerte obsecrationes pdetium. poslnlationcs, pclitiones. Verba autem Christi, sicnt divina sunt, ut nihil aliud provenial quam quod jubcnf, quia ivterna sunt. Puis, il rappelle ces jiaroles du Christ telles qu'elles sont au canon de la messe, en remarquant (pi'elles n'ont pas seulement une valeur narrative, mais qu'elles possèdent aussi \nie vahiir ellicienle. Sed ne forte putares quod de illn unn tiuiluni pane

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et in illa una hnra (c'('sl-:\-clirc au cénacle) hoc eum esse fiisseril, scciiliis ad/unf/ens ail : Hoc facile in meam commcmoraliowm. Umle fatcndnm qiiod quidquid lune itiud ftiil qiiod aposloli ub eo perceperunl, hue totiim esl, quia id ipsiin^ esl; el si vclis aiidire qitid csl, Hoc esl, inqiiil. corpus meum, xv, 1-3, ibid., col. 1321-1324.

Florus de I.yon fait preuve d'une doctrine également précise dans son traité liturgico-théologique de la messe. Et son témoignage, ainsi que celui de Paschase, a d'autant plus de valeur qu'on peut le considérer comme la résultante définitive de toutes les données traditionnelles. 11 commence par donner à l'ensemble du canon le nom d'oraison de consécration : Posl lias laudes el graliarum aclioncs pro lanlu i/ralia redeinplionis noslrw, quie in illo divino nnjslerio ugilur el comnicndalur, fado lolius ceclcsiœ silcntio, in que cessanle omni slrepilu verboium, sola ail Dcnm dirigalur inlenlio cl devolio cordium, sociatis sibi omnium volis el desideriis, incipil sacerdos ohationem fvndere

QVA IPSUM ilYSTERIVM DOMIMCl CORPORIS ET SAXGUI- MS C0NSECRA7Uli. ExpOS. nÙSSœ, LXII, P. L., t. CXIX,

col. 43. Mais ce n'est point à dire ([ue l'idée d'un moment précis de la transsubstantiation au cours de cette longue prière soit étrangère à son esprit. Cet instant est pour lui, comme pour Paschase, celui où le prêtre prononce les ])aroles du Sauveur. Toutefois l'intervention du Saint-Esprit n'est pas exclue; le commentateur la met très nettement en relief dans son explication des oraisons qui précèdent le récit de la cène et de ce récit lui-même. Uli accepta habcas el benedicas, ac si suppliciler dicanl : Pclinuis ulhiec spiritu

TVO SANCTIFICES ATQUE ORE TUO DENEDKAS..., XLIV,

ibid., col. 44. Quam oblalionem ta. Drus, in omnibus... Ovatur omnipolcns ut oblationcm suis sacris allaiibus imposilam et tanlis prccibus commendatam IPSE PER rjRTUJE.v DEscEXDEMis spjRiTUS Ha Icyitimam el perfeclam eucliaristiam efftcial, ut in omnibus sit adscripla... SU quoque EJUSDE.^f spiRirus sascti opérante viRTUTE ridionabilis... ut... diinnœ bcnedictionis incffubiti potenlia cfficiatur corpus et srmguis unigeniti Filii Dci... Qui pridie quam pateretur, accepit pancm, etc., usque ad Hœc quoliescumque fccerilis, in mei memoriam fucielis... L\ uis verdis, sixe quibus

NULLA LINGUA, NULLA REGIO, NULLA CIVITAS, ID EST NULLA PARS ECCLESl.E lATUOLlC.E COXEICERE POTEST, ID EST COXSECRARE SACRAMESTVM CORPORIS ET SAN-

GUiNis DOMixi, ipse Dominas Iradidit apostolis, unde universalis Ecclesia jugem memoriam sui rcdcmptoris celcbret, et aposloli generaliter onmi Ecclcsiœ. CIIRISTI

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