IV. LA TECHNIQUE OU L'ÉLÉMENT MATÉlilEL DES
INSCRIPTIONS. — 1° Les inscriptions chrétiennes, comme les profanes, peuvent se diviser en plusieurs classes : les inscriptions gravées avec le ciseau, les inscriptions écrites, les inscriptions tracées à la pointe, les inscriptions en mosaïque. De même, toutes les matières solides ont été plus ou moins employées : la pierre, en particulier le marbre et la pierre calcaire, parfois aussi le travertin, l'argile, les métaux, le verre, l'ivoire, le bois, etc.
1. Les inscriptions gravées en creux sur la pierre, appelées tituli, sont de beaucoup les plus nombreuses et les plus importantes. Assez souvent les caractères sont rendus plus visibles par l'emploi de la couleur rouge dans le creux des lettres. Sur certains monuments on a même remarqué de la dorure dans le vide
ÉPIGRAPHIE CHRETIENNE
des traits, par exemple, sur l'épitaphe de l'évêque Flavius de Verceil. Gazzera, op. cit., p. 106.
2. Pour un certain nombre d'inscriptions les lettres sont écrites au minium, appliqué à l'aide du pinceau soit sur la brique, ce qui est généralement le cas, De Rossi, Biillcl., 1881, pi. vu, viii, soit sur des plaques de marbre, soit sur l'enduit des murs. On les appelle du nom italien dipinti. Citons comme plus connues l'inscription de Philoméne à Sainte-Priscille, celle de la vierge Adcodate à Syracuse et l'épitaphe de Severa, illustrée par le P. Lupi et conservée aujourd'hui au Latran. Niiovo bullel., 1906, p. 258; Fuhrer, Forschiingen, p. 116. Au même musée on voit d'autres monuments dont le texte est tracé au charbon ou à l'aide d'une autre substance noire; de même à Sainte-Priscille. Rom. Quuilalschrifl, t. xx (1906), p. 15 sq., pi. v-vi; De Rossi. Bullel., 1892, pi. iv.
A Sainte-Agnès on a trouvé une matière blanche sur une brique rouge; il en est de même d'une pierre du Latran. Marchi, Moniimcnli délie cuti eiistinnc, p. 112; Rcim. Qnartalsclirijl, t. xix(1905), p. 142. n. 1.
3. Les inscriptions en mosaïque sont composées de petits cubes de pierre ou de verre comme les autres parties de cette peinture monumentale. Elles sont rares dans les catacombes de Rome, plus fréquentes dans les églises et aussi sur les monuments funéraires d'Afrique. Boldetti, Osservazioni, p. 547; Lcclercq, dans Dictionnaire d'archéologie chrétienne, 1. 1, col. 71.5- 723; Revue archéologique, 4<' série, t. iv (1904), p. 352; Hùbner, Inscr. llisp. Supplem., p. 83, n. 410 (du ive-v« siècle).
4. Les graffiti sont des inscri|)tions tracées à la pointe sur la chaux fraîche des loculi, sur l'enduit sec des parois ou encore, quoique plus rarement, sur la pierre. Les premiers, qu'on pourrait appeler graffiti sépulcraux, datent du moment de la sépulture, les autres proviennent de pèlerins qui ont visité les cimetières et les sanctuaires chrétiens et sont faciles à distinguer des premiers, même au sinqjle iioint de vue paléographique. Quelques-uns |)ortcnt une indication chronologique, par exemple, celui de 374, découvert à Sainte-Priscille. De Rossi, Bullel., 1888-1889, pi. vi-vii; 1890, p. 72-80. A cause de rcnchcvctremcnt des mots la lecture n'en est pas toujours facile. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'œil soit sur les graffiti de la chapelle des pai)es, publiés par De Rossi, Borna sotter., t. n, p. 17 sq., pi. 161, et reproduits avec la transcrii)tion dans les manuels de .Marucchi, p. 246, 247, de Kaufmann. p. 254, 255, du P. Xystus, t. II o, p. 3.36, 337, soit sur les graffiti de la crypte des Saints-Pierre-et-Marcellin que nous donne le \uovo bulleltino. 1898. pi. xiii-xvi. Disons dès maintenant, pour ne pas y revenir plus loin, que les graffiti ont une importance considérable, non seulement au point de vue arcliéologiquc et to])ographique, par exem|)le, pour la détermination des cryptes historiques, mais encore au point de vue dogmatique. Ils nous attestent l'usage de visiter les tombeaux et de |)rierpour les morts. Plusieurs d'entre eux renferment des invocations analogues h celles que nous trouvons sur les marbres épigrajjliiques : invocations adressées soit à f^ieu et aux saints pour les défunts, soit aux défunts |)our les survivants. En outre, ils i)rouvent que dès la plus haute antiquité on venait de bien loin en pèlerinage visiter les tombeaux des saints, se recommander à leur intercession puissante, invoquer leurs recours pour la vie et pour la mort. Voir Communion des saints, t. m col. 454 sq., et Saints (Culte des). C'est à tort qu'on a associé aux graffiti les petites inscriptions qu'on trouve parfois sur des médailles, des vases, des sceaux, des verres à fond d'or. Pour ces petits objets on s'est servi très souvent d'une technique spéciale
qui intéresse plus particulièrement l'archéologie.
2° Les inscriptions opislographes sont des pierres qui sont écrites sur les deux côtés. Pour gagner du temps, ou surtout par économie, les chrétiens se servaient parfois de marbres portant déjà un texte soit chrétien, soit païen, soit profane, et gravaient sur le revers la nouvelle inscription en tournant vers l'intérieur de la tombe le texte primitif. De Rossi, Inscript, christ., t. I, p. 44, n. 122; p. 117, n. 238; p. 172, n. 391 (a. 391); p. 176, n. 403 (a. 392), etc.
3" Notons enfin pour la forme des épitaphes que les dalles plus minces ont servi à la fermeture des loculi; celles de Rome sont généralement antérieures à l'an 410. Celles qui sont plus épaisses couvraient des tombeaux à ciel ouvert ou du moins placés horizontalement. Les pierres en forme de cippe ou de stèle sont moins rares en Orient qu'en Occident et attestent toujours une haute antiquité. Tels sont les monuments d'Abercius, d'Alexandre et d'autres.