‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 47 sur 148 · VIII. SIGLES, ABRÉVIATIONS, LIGATURES. ■ — Les · texte numérisé non relu

VIII. SIGLES, ABRÉVIATIONS, LIGATURES. ■ — Les

sigles se composent de l'initiale du mot, par exemple, M. pour WIARCUS, V.C.pour vir clarissimus, D.M. pour DIS M AN I BUS. L'abréviation ordinaire est une réduction des mots, soit à ses premières lettres prises en groupe compact, ce qui est le cas le plus fréquent, parexemple, DIAC. pour DIACONUS, CONS. pour CONSULE.soit à plusieurs lettres prises à inter-

valles dans le corps du mot, par exemple, IHS pour IHCOTC ou JESUS. Souvent un trait horizontal indique qu'il manque des lettres. Les ligatures sont obtenues quand on relie tellement entre elles les lettres qui se suivent, qu'elles ont des traits en commun {lilterie ligatie), par exemple, sur le marbre d'Abercius et les signes monogrammatiques. A consulter, en dehors de l'excellent manuel de .M. Gagnât, les indications de Mowat dans le Bulletin épigraphique, 1884, p. 127 sq., du P. Leclercq, dans Cabrol, Dictionnaire, t. i, col. 155 sq., de Kraus, Roma sotteiranea, 2 ''édit., p. 614 sq., et Real-Encyklopddie, t. ii, p. 47-51, de Martigny, Dictionnaire, p. 37.5-378, de Kaufmann, Uandbuch, p. 199, 200.

IX. LA CHRONOLOGIE. — L'importance des textes dépend pour une large part de leur antiquité. Passablement d'inscriptions sont datées : la plus ancienne, aujourd'hui au musée du Latran, p. iv, 1, paraît être de l'an 71. Rares au ii« siècle, elles sont déjà assez nombreuses au iii'= et deviennent plus fréquentes dès le iv« siècle.

Les monuments ne sont point datés partout de la même manière, pas plus que chez les païens. Souvent on ne marquait que les consuls ordinaires qui entraient en charge le 1""' janvier. Dès la flnduiV siècle, les noms des empereurs figurent sur certains monuments. A l'aide des listes consulaires publiées par De Rossi, Inscript, christ., t. i, p. 587-613, et reproduites par Marucchi, op. cit., p. 176-179; Kaufmann, Handbuch, p. 258-274; le P. Xystus, op. cit., t. ii a, p. 357-392, il est facile de réduire ces indications chronologiques aux dates de l'ère chrétienne. Plus tard, on marque aussi le nom des rois barbares. Le plus ancien monument est celui qui porte le nom du Visigot Turismond (451-453). Leclercq, Dictionnaire, t. Il, col. 1070. Théodoric le Grand est mentionné sur plusieurs monuments d'Italie. Le nom des papes n'y figure pas avant le iv« siècle, comme note chronologique. Jules !«■' est le premier que nous rencontrons. Voir plus loin, col. 319. En 397, nous trouvons mêlé à d'autres notes chronologiques le nom d'un évêque Pascaslo. De Rossi, Inscript, christ., t. i, p. 192, n. 442. Dès le commencement du v« siècle, on rencontre des dates déterminées par les indictions. Parfois cette dernière est seule employée. Dans ce cas, elle est pratiquement sans valeur. A Rome, on avait l'ère de la fondation de la ville. Dans certaines provinces on en suivait d'autres. L'ère d'Espagne, sera hispana, en usage pendant des siècles dans la péninsule ibérienne, part du 1" janvier 38 avant Jésus-Christ (716 de la fondation de Rome); celle de Maurétanie du 1«' janvier de l'an 40. L'ère phrygienne, qu'on rencontre, par exemple, sur la stèle d'Alexandre, dont le texte n'est qu'une copie incomplète de celui d'Abercius, commence à l'année 84 après Jésus-Christ. L'ère syrienne, dite aussi d'Antioche, a pour point de départ l'année 49 avant Jésus-Christ et ne doit pas être confondue avec l'ère des Séleucides qui remonte à l'an 312 avant Jésus-Christ. En Orient, par exemple, en Egypte, on connaît encore une ère particulière aux chrétiens, l'ère dite des martyrs, sera marlyrum, à-Ko (j.apTÙpu)v, qui commence avec le règne du cruel Dioclétien, en 284. Quant aux jours du mois ou de la semaine, on suivait tout d'abord l'usage païen. A partir du iii<' siècle, on rencontre des dénominations chrétiennes, par exemple, dies dominica à côté de dies solis, sabbatum à côté de dies Saturni. De Rossi, Inscript, christ., t. i, p. 225, n. 529 (a. 404); p. Lxxi, note 6. A peu près en même temps on commence à se servir comme dates des fêtes de martyrs : NATALE DOMNI ASTERI; NATALE D || OVINES (sic) SITIRETIS (So/em); (NATAL)e DOMNES (sic)

EPIGRAPHIE CHRETIENNE

THE(llcte): NATALE SANCTI LAURENTI; NATALE SANCTI WIARCI; éopTYi iriçxupi'a; \i.o\t Aouzta;. Nuovo buUet., 1900, p. 168, 169; 1904, p. 96, 97; Kaufmann, Handbuch, p. 204; De Rossi, Inscript, christ., t. I, p. 536, n. 1185; Ana/. bolland., t. xxii (1903), p. 492; t. XXVIII (1909), p. 179; Wilpert, La più antica epigrafe con data cristiana, dans Miscellanea di storia eccles., 1904, p. 91-94.

Pour les monuments qui sont dépourvus de notes chronologiques proprement dites, on détermine la date approximativement à l'aide de certains critères, dont voici les principaux : la forme du monument, la langue, la paléographie, la nomenclature, le formulaire cpigraphique, le système d'ornementation, etc. Les indications que nous donnons ici sur ce point «uffiront au lecteur.

,Y. LE FORMULAinE OU LA PHRASÉOLOGIE ÉPIGRA- ■PBIQUE ; LA DÉCORATION IlOSOGRAPUlQUE. Ce SOnt

surtout les èpitaphes proprement dites que nous avons ici en vue.

1» Le formulaire cpigraphique, pas plus que l'art chrétien, n'a été créé d'un coup; il s'est développé à peu près, 'surtout à Rome, dans cet ordre : les inscriptions les plus anciennes sont les plus simples. Elles donnent le nom du défunt au datif ou au nominatif, ainsi qu'on peut le voir sur plusieurs des dipinti, à Sainte-Priscille. Quant au système païen d'inscrire les trois noms, il est d'un usage rare dans l'épigraphie chrétienne et atteste une haute antiquité. Ensuite on ajoute une pieuse acclamation d'une forme très concise : pax, pax tecum, glpr^'ir,, îîpT,vY) 00'., in pace, èv àprivr,, in Deo; ou bien un symbole, comme l'ancre, lé poisson, la colombe, le bon Pasteur, l'orante, l'amphore. Depuis la seconde moitié du 111"= siècle on mentionne aussi la sépulture, la déposition : depositio, depositus, xaTïOcTti;. On marque l'âge du défunt, parfois aussi, mais encore très rarement, la date consulaire. On donne au défunt quelque épithète se rapportant à son mérite ou à son caractère. Les indications très brèves au sujet de la parenté avec celui qui a posé le monument deviennent moins rares. Les acclamations se développent également quelque peu : Vivas in Deo; in bono; in refrigcrio; Deus tibi refrigerel et d'autres se rencontrent fréquemment. Rom. Quarlalschrift, t. xx (1906), p. 11 sq. Parfois, en Orient, on rencontre le titre de chrétien, •/pi(jTiavô;. L'Église devenue libre, la simplicité primitive cesse. Souvent on exprime la douleur causée aux survivants par la mort de celui qui n'est plus. Les indications sur la profession soit civile soit ecclésiastique, rares avant 300, deviennent fréquentes. Les acclamations changent aussi, du moins en partie, |)our disi)araître ensuite presque complètement. Un peu plus tard, on rapporte la préparation de la tombe, l'achat du locuhis ou du sarcojjhage, le fossor qui s'y est prêté, le prix qu'on a payé, l'endroit où se trouve la sépulture. Puis on fait encore connaître certaines circonstances de la vie ou de la mort du défunt. L'épithètc sanctus ne reçoit sa signincalion stricte qu'à la fm du iv siècle. A sa place on trouve assez souvent le mot donmus. Anal, bolland., t. xxviii (1909), p. 161-200. Enfin, des formules d'anathèmes contre les violateurs des tombeaux, très rares avant Constantin, surtout en Occident, deviennent beaucoup plus fréquentes et sont d'une raideur parfois étonnante. Voir, à ce sujet, les textes nombreux publiés par Diehl, op. cit., p. 29-38; licalencyklopddie fUr pro lestant. Théologie und Kirchc, t. x, p. 829-831 ; Michel, dans Dictionnaire d'archéoL, t. i, col. 1932-1935.

Tel est, très sommairement esquissé, le développement de la phraséologie funéraire. Naturellement, les exceptions sont nombreuses, surtout dans les provinces plus éloignées, moins en Gaule et en Afrique.

Assez nombreuses aussi sont les expressions ou formules particulières aux différentes régions ou pays. Pour ces détails, nous renvoyons le lecteur aux manuels de Le Blant et Kaufmann, aux dictionnaires de Martigny et Kraus et aux indices des recueils d'inscriptions orientales.

2° La décoration graphique. — Elle se compose de signes idéographiques, de symboles, de scènes tirées de la Bible, d'images faisant allusion au métier du défunt ou d'autres tracées tantôt seules, tantôt à plusieurs sur les mêmes pierres.

L'ancre est peut-être le plus ancien symbole et se maintient assez longtemps; de même la palme, la colombe seule ou à plusieurs, le poisson, l'agneau, le paon, la couronne, l'orante seule, avec le bon Pasteur, au milieu de brebis et d'oiseaux, le navire seul ou se dirigeant vers le port, le cheval, le vase seul ou flanqué d'oiseaux qui s'apprêtent à s'y désaltérer, le boisseau. Perret, op. cit., t. v, pi. 21, 18, 44 et 20, 21,70. 73, 5, 9 et 67, 16 et 41, 50, 41 et 57, 22. A la Bible sont empruntées plus particulièrement les scènes d'Adam et Eve à côté de l'arbre, Noé dans l'arche. Moïse et le rocher, Daniel dans la fosse aux lions, Jonas et la baleine, l'adoration des mages, la résurrection de Lazare, le bon Pasteur, la traditio legis au prince des apôtres, le ciel, séjour de lumière. Perret, op. cit., pi. 12, 77, 63, 12, 57, 12, 13, 15, 3, 24. Rarement on voit les images des princes des apôtres. Perret, op. cit., pi. 11; Nnovo bullet., 1901, pi. IX. Plus fréquent est le portrait du défunt en buste. Perret, op. cit., pi. 12, 41, 44, 67. On peut y voir aussi le défunt exerçant son métier : un marchand de graines, le semeur, un brodeur, le forgeron frappant l'enclume, l'enfant qui prend des oiseaux. Perret, loc. cit., pi. 26, 52, 52; Musée du Latran, p. xvi, n. 3 ;£)(c//on. d'arch. chrét.,t.i, col. 3145. Souvent on se contente de tracer sur la pierre les instruments du défunt, les pinceaux et compas du décorateur, l'équerre, la règle et le ciseau du tailleur de pierres, le rasoir et la glace du barbier, etc. Perret, loc. cit., pi. 6, 47, 26. L'administration du baptême figure sur un marbre d'Aquilée, les symboles eucharistiques sur une pierre du musée Kircher, à Rome, le jugement de l'âme sur une autre du Latran. Wilpert, Inschriftcn Aquileias, p. 39; cf. t. ii, col. 234; Perret, loc. cit., pi. 47, 22. Un marbre d'Urbino présente un tombeau, un candélabre à sept branches, une balance, une maison et un poisson. De Rossi, Inscript, christ., t. i, p. 210, n. 489; un autre, du Latran, une scène champêtre. Perret, loc. cit., pi. 12. Cette décoration variée, dont le sens symbolique sera expliqué à l'art. Symbolisme, se trouve encore ailleurs qu'à Rome, par exemple, en Afrique. Delattre, dans les Missions catholiques, 1902, p. 357. Par contre, elle est beaucoup plus rare dans les Gaules et I)resque inconnue en Orient.

Le signe graphique le plus connu est le monogramme du Christ, .\vant Constantin on le rencontre parfois comme conipendium scripturicou sigle du nom Xpiarôç. A partir du régne de ce prince, il présente plusieurs formes: celle du Labarum £ subsiste jusqu'à la fin du v<-' siècle. Les lettres A et CO s'y ajoutent fréquemment depuis le milieu du iv et se maintiennent jusque vers le milieu du y. La croi.x monogrammatique, J! ou .^, appartient à peu près à la même période. Dès le v'^ siècle, la croix nue, très rare avant Constantin, paraît fréquemment. La crux grammata ft), appelée aussi Svastika, se rencontre avant et après

la paix derÉglise(iii<'etiv«siècles).Le signe ANK ni,

d'origine égyptienne, est surtout fréquent dans les contrées du Nil. Notons enfm qu'on trouve sur

KPIGRAP.HIE CHRETIENNE

quelques pierres des noms propres en forme de monogrammes. De Hossi, liiillcl., {^•dit. ital.. 1863, p. 33 sq. ; 1887, I). 19; 1892, p. 110; Niioi'o biilM., 1899, p. 29, n. 10; 1909, p. 208. n. G7; p. 211, 212, n. 73, 81; Perret, op. cil., 1)1. .30, n. 111; pi. 49, n. 23; pi. 57, n. 10; liôm. QiKirtal.scliri/l, t. xx (1906), p. 23; Xystus, Nolione.<i archœoL christ., t. ii h, p. ,3-52.

XI. ixscnii'rioxs métiiiques. — Elles sont assez rares aux ir et iii« siècles. Citons, comme monuments vraiment importants, le marbre d'Abercius, le monument d'Autun, l'inscription d'Agape à Sainte-Priscille, ainsi que celle de la martyre Zosima. Après l'an 300, elles deviennent plus nombreuses, surtout avec saint Damase, saint Ambroise et saint Paulin de Noie. Au v<' siècle appartiennent les inscriptions d'Achille, évêque de Spolète, du pape Sixte III et d'autres. Saint Damase lui-même fut imite par d'autres. Weyniann, dans la Rcinie d'Iiisloirc el de litiéralure religieuses, t. i (1896), p. 58 sq. Toutefois, certaines régions, par exemple, Syracuse et l'Afrique, n'en présentent que très peu. Leur forme dénote, en général, la décadence de la métrique. Les règles ne sont pas toujours fidèlement observées. Au iv et au v^ siècle, les quasi versus sont souvent employés. De Rossi, Inscripl. christ., t. i, p. cxv; Roma sollerranea, t. m, p. 45-48.

Pour le fond, il est certain, comme l'ont fait remarquer M. Le Blant et d'autres, que des vers entiers ou du moins des parties de vers sont empruntés à d'anciens poètes. Une inscription de la Villa Borghèse, du in«' siècle, reproduit un passage de l'Enéide, II, 143 sq. Le vers 11<" de l'inscription de l'évêque Alexandre de Tipasa. en Afrique, réunit deux hémistiches virgiliens. Leclercq, Dictionnaire d'arch. chrét.. 1. 1, col. 825. Les mots : abslulil alra dies et funere mersit acerbo (Enéide, VI, 429; XI, 28) reviennent à plusieurs reprises. De Rossi, Inscript, christ., t. i, p. IX ; Le Blant, op. cit., t. ii, p. 128, note 1. Une épitaphe gauloise termine par le vers 57 de la Ve églogue. Le Blant, lac. cit., p. 254, note 1. Le pape Damase imite fréquemment lepoètedeMantoue. Ihm, Danjasi epigrcunmcda, p. viii; Storuainolo, Osservazioni letterarie e filologiche sugli epigrammi damasiani, dans Sludi c documenti di storia e diritto. t. vu (Rome, 1886). D'autres emprunts ou allusions à Ménandre, à Virgile et à Horace sont cités par les Monumenta lit., n. 2788, ])ar Kirsch, Acclamationen, p. 35, note 2, et Kaufmann, Jenseitsdenkmdler, p. 98. Les termes : Tariarus, Slijx, nemus elysium, rector Olijmpi, etc., sont évidemment pris des auteurs classiques. Strazzula, dans Rôm. Quctrtalschrift, t. xi (1897), p. 507 sq.

La diction est assez lourde et peu naturelle, même dans les productions de saint Damase. Le style dénote beaucoup de rhétorique. On accumule épithète sur cpithète et on brille bien plus par les mots que par les pensées. Naturellement, la décadence s'accentue encore davantage auxv« et vi<' siècles où la simplicité classique des premiers temps a disparu. C'est un éloge oratoire, presque une oraison funèbre qu'on trouve dans ces textes. Disons, à l'excuse de leurs auteurs, que tous n'appartenaient pas à la classe des savants ou des poètes. De Rossi, Inscript, christ., t. ii, p. VII sq.; Weyman, dans Blàller fiir das Gymnasialschulwesen, Munich, t. xxxi (1895), p. 529-556. Voir, pour ce paragraphe. De Rossi, Inscripl. christ., t. lia, p. xxxi sq.

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