‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 49 sur 148 · II. L'ÉPIGRAPHIE CriRÉTIEXXE, LIEU THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

II. L'ÉPIGRAPHIE CriRÉTIEXXE, LIEU THÉOLOGIQUE

— Tout le inonde admet aujourd'hui l'importance de l'épigraphie chrétienne comme source théologique.

Des inscriptions en général on a dit qu'elles constituent les sources les plus sûres de l'antiquité qui nous montrent les hommes et les choses tels qu'ils étaient réellement et nous font connaître des situations dont aucun ne parle, tandis que les documents écrits ont souvent été altérés par suite des copies qu'on en a faites et même parfois intentionnellement corrompus. Larfeld, Griechische Epigraphik, 1. 1 (1908),. p. 9. Or, ceci vaut entièrement pour les textes épigraphiques chrétiens, d'autant plus qu'on n'y rencontre nulle part ces exagérations ou faussetés dont certains textes officiels profanes ne sont pas même exempts. Ensuite, tous ces monuments dont nous nous occupons, ont un caractère essentiellement religieux, le grand nombre même un caractère funéraire, c'est-à-dire qu'ils se rapportent à la sépulture et reflètent avant tout les idées, les croyances qui ont trait à la mort, au tombeau et à [l'éternité. D'autres croyances religieuses y sont également exprimées» quoique d'une manière plutôt secondaire. On y rencontre aussi certaines allusions aux controverses suscitées à Rome, au m'' siècle, au sujet de la Trinité ou, du temps de Dioclétien, au sujet de la réconciliation des lapsi. De Rossi, Bullel., 1866, édit. ital.,. p. 77 sq.; 1877. édit. franc., p. 29. Du reste, l'hérésie avait également ses monuments. Telle épigraphe de 318 mentionne une» synagogue des marcionit es», au sud de Damas, Le Bas et Waddington, Inscripl. grecques et latines, t. ni (1870), p. 582, n. 2558; telles autres parlent du manichéisme, du gnosticisme, du montanisme. Revue d'histoire ecclésiastique de Louvain, t. IX (1908), p. 19-20; Batiffol, La litiéralure grecque, Paris. 1897, p. 115; Corp. insc. lai., t. vnu n. 2272. Le donatisme a produit une épigraphie dont l'étendue et l'importance nous ont été récemment révélées par M. Monceaux, dans la Revue de philologie,. 1909, t. XXXIII, p. 112-161.

En outre, ces textes se distinguent généralement par un langage très clair, très simple, et il n'est pas rare d'y trouver des paroles, des formules empruntées directement à l'Écriture sainte, aux prières liturgiques, parfois même aux Pères de l'Église.

Notons encore qu'un petit nombre seulement de ces inscriptions est dû à des personnages officiels : comme documents publics elles ont une valeur plus grande. Les autres proviennent des gens du peuple, reflètent les idées du peuple, ont été posées pour être lues par le peuple et forment ainsi une véritable littérature populaire. Comme telles, elles sont l'expression s|)ontanée et naturelle de ce qu'il sent, de ce qu'il croit, de ce qu'il espère. Ici, le côté individuel, subjectif, que nous trouvons si souvent dans les documents, disparaît. C'est l'ensemble du peuple chrétien qui se fait connaître, ce peuple qui, loin d'être pour nous une nation inconnue et morte, a vécu dans les premiers siècles d'une institution à laquelle nous

ÉPIGRAPHIE CHRETIENNE

appartenons, que nous continuons encore aujourd'hui.

Pour apprécier cette valeur des monuments au point de vue théologique, pour la déterminer, il faut d'abord bien connaître les textes, le formulaire général avec les particularités propres à certaines régions, en fixer l'âge selon les indications données.

Tout cela présuppose une connaissance au inoins sommaire de l'épigraphie classique. Il faut ensuite, pour bien comprendre les textes, avoir une connaissance approfondie de l'esprit chrétien tel que nous le révèlent la littérature religieuse du temps et l'art chrétien avec son symbolisme. Puis il faut s'en servir avec justesse et pour cela ne pas torturer des formules d'ordinaire claires et faciles à comprendre, pour y découvrir des données, des subtilités auxquelles personne alors n'a pensé, et distinguer entre les monuments qui reflètent les idées du commun des fidèles et ceux qui ont pour auteurs des personnages ofiiciels. Enfin, il faut tenir compte de l'âge des monuments.

Ces conditions remplies, nous verrons que « bien que les pierres sépulcrales n'aient jamais été dans l'antiquité, pas plus qu'en aucun autre temps, un compendiiim du catéchisme et moins encore de la théologie dogmatique, » comme l'a fort bien remarqué De Rossi, Ballet., 1S77, édit. franc., p. 28, cependant on peut y trouver des indications, des allusions très précieuses au sujet de la foi de nos ancêtres. Pour plus de clarté, nous suivrons l'ordre adopté dans l'art. Art chrétien primitif.

;. L'ÉPianAPUiE canÉTiENXE et la tuéolucie dogmatique oÉxÉUALE. — 1° L' Écriture sainte. — 1. Des inscriptions moins anciennes s'expriment parfois sur les relations des deux Testaments, par excmiile, celle ([ue saint Paulin de Noie, vers 403, destinait à un double portique (o(//o) qui réunissait deux églises, séparées par un baptistère construit parSulpice Sévère, P.L., t. Lxi, col. 333;LeUlant,o/j. (■;7.,t.ii, p. 391:

Aula duplex tectis ut ecclesia testamentis

Una, sed ambobus gratia fontis adest.

Lex antiqua novam firmat, veterem nova complet.

In veteri spes est, in novitate fides.

Sed vêtus atque novum conjungit gratia Christi :

Propterea medio tons datas est spatio.

2. En examinant de plus près le formulaire épigraphique, on constate facilement {|ue nos pères dans la foi ont souvent puisé dans les saints Livres. Sur un marbre de 302, un mari ap|)elle sa femme Costa siA. De Hossi, Inacripl. christ., t. i, p. 8,'j, n. l.ôl. L'expression est évidemment empruntée à la (lenèse, II, 22. L'n autre, du m'" siècle au jjIus tard, nous fait connaître le péché d'Adam et la peine (jui l'a suivi. Musée du Latran, p. xiv, n. 7. Cf. De Hossi, Biittcl., 1884-188.5, j). 73 sq. Sur un troisième, apiiartcnant à une vierge chrétienne, on inscrit le passage du livre de la Sagesse, iv, 13 : rt vila hrcvi e.xplevil tenipora milita. Wilpert, Jiiiu/fraurii, p. 9.7. Fréquemmenl on rencontre des versets, plus ou moins complets, <|ui sont tirés des psaumes dont le cliant et la récitalion jouaient un très grand rôle dans l'ollice liturgi(|ue et dans les rites funèbres des |)reiniers siècles. Voir de Waal et Wagner dans la Komisctie Qiiarlalsrhrifl, t. x (1890), |). 340 sq.; t. xii(lS98), p. 24.7 sq.; et Michel, O'cftr/ uiid liild in /rUhchristliclirr Zcil,\,v\\)y.\(i, 1902, p. 3.3, dans.l. I-'icker, Slinlien iihrr clirisllirhe Denkmuler, nouv. série, fasc. l*"'. Le verset : JC.rsiirf/al Deits et dissipenlur inimici rjiis du |)s. i.xvii se lit sur une lame de [)loml) opistographe du vf siècle, trouvée à Heggio, en Calabre, lioni. Qnartalschrill, l. i (1887), 1)1. 197, pi. IV ; LeclerCfj. Dictionnaire d'arch. chrél-, 1. 1. col. 1802; le premier verset du ps. xc.sur des amulettes et ailleurs, Lcclercq. <*/n cil., t.i.col. 1822; les paroles : In pacc dormiam cl requicscaniôu ps. iv, 9, sur

un marbre gaulois. Le Blant, Inscripl. chrcL, 1. 1, p. 450, n.336C. Sur une pierre africaine on lit; //) Deosperabo; non limebo, quid michi (sic) facial honio, ps. lv, 11. Leclercq, Z)/ri(o/i/i«(re, t. i,col.713. Des citations plus complètes se rencontrent en Orient, par exemple, le ps. XIV sur une pierre de Chypre, du iv« siècle. Bulletin de correspondance hellénique, 1890, p. 349 sq. Voir encore Corp. inscr. lai., t. viii, n. 1120, 1127; Kôm. Quartalschrift, t. x (1896), p. 339; Analccta bolland., t. xxiv (1905), p. 121; pour l'Afrique, Leclercq, Dictionnaire d'arch. chrét., t. i, col. 040; pour la Syrie, Leclercq, Dictionnaire, t. i, col. 2402 sq. ; Revue bénédictine, t. xxii (1905), p. 431 sq.

Le Nouveau Testament est également cité. Le salut de l'ange à Marie : ô Kvp;o; (j.£Tà aoO,Luc.,i, 28, se trouve comme acclamation à l'âme défunte sur une des pierres les plus anciennes du cimetière de Sainte- Priscille. De Rossi, Bullrt., 1892, p. 91, 92. L'inscription d'Abércius fait allusion à la parabole du bon Pasteur. Joa., x, 11-10. Le Gloria in cvcelsis Deo... volunlalis se rencontre en Afrique, De Rossi, Ballet., 1878, édit. franc.,]). 12; Leclercq, Dictionnaire d'archéologie chrétienne, t. i, col. 040; P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, Paris, 1901, t. I, p. 155; le texte grec se lit sur des monuments de la Syrie, voir plus loin; le Notre Père sur un fragment de vase grec. Mitteihingen des Kaiserl. Deulsch. Archœol. hislituls (Alhen. Ableil.), 1900, p. 313-324. Les versets 37-39 de saint Jean, vu, sont en partie gravés sur l'arc intérieur de la piscine baptismale de Sainte-Priscille. Xuovo bulH., 1902, p. 220. Le salut apostolique : H XAPIC TOY KYPIOY IHCOY Wiee' YMCON n'est pas inconnu dans l'épigraphie chrétienne. Monunienla lit., t. i, p. cxxi.

La II« Épître de saint Paul à Timothée, iv, 7, a fourni le thème des derniers vers de l'éloge de la martyre Zosinia, morte vers 275. De Rossi, Ballet., 1807, édit. franc., p. 82; Leclercq, Dictionnaire d'arch. chrét., t. I, col. 1518; la P"^ de saint l'ierre, iv, 4. à l'épitaphe d'une vierge chrétienne. Wilpert, .Tunq-

fraiien, p. 49. Le monogramme constantinien )^, flan (]ué de l'alpha et de l'oméga depuis le milieu du iV siècle, ainsi que les lettres I A CO (.Jésus, .\lpha. Oméga) sur certains /i7(j/( de Sicile cités |iar Strazzula, op. cit., p. 94, rappellent l'Épître aux Hébreux, xiii, 8, et l'Apocalypse, xxi, 0. Cf. encore Le Blant, Inscript, chrét., t. Il, p. 253 (Phil., i, 21); p. 302, 303 (ps. xxx, 15, et Luc, xxiii, 40); Kaufmann. Handburh, p. 248; Leclercq, Dictionnaire d'arch. chrét., t. i, col. 1530, 1817; Delattre, Les citations bibliques dinis l'épi' graphie africaine, dans Compte rendu du ///<" Congrès scientifique internat, des catholiques, Bruxelles, 1895, p. 210-212.

3. Les figures ([ui. dès la fin du ir' siècle, accompagnent les inscriptions et qui rei)résentent des événements bil)li(pies nous donnent aussi des indications i)ar rap|)ort à 11 divulgation du texte sacré. Voir, i)lus haut, la décoration, col. 310.

1. Parfois le texte diflère (piel(|ue peu de celui ((ue nous avons aujourd'hui et iiermet certaines conclusions par ra|)i)ort aux versions alors en usage, l'n graffito du V siècle, découvert i)ar Mgr Wilpert. nous donne le commencement du ps. xxii : Dominas régit me et nihil mici (sic) decsi. la Iraduction de saint .Icrôme met le futur décrit. Suovo bullct., 1900, p. 08; Himi. Qiiart<ilschrifl. t. xxii (1908). p. 88. Dans

Iliibner. Inscr. Ilisii.. p. 27. n. 9.'). nous lisons : A)fjCO Ij CREDO QUOD REDEMPTOR MEUS VIVET ET IN NOVISSIMO DIE 1 DE TERRA SUSSITABIT PE- LEM MEAM || ET IN CARNE MEA VIDEBO OOMI || NUM. Ces paroles sont du livre de .lob, xix. 25. 20, mais ((iiehiuc peu inodi liées. On i)eut comparer avec

ÉPIGRAPHIE CHRETIENNE

le texte qui précède un autre moins ancien que nous lisons dans Oazzcra, op. cit., p. lOG, 107; Muratori, op. cil., 1811. 5; 1805,1; 1899, 1; 1955, 1. Les inscriptions de la Syrie mentionnées plus haut donnent pour Luc, II, 14, le nominatif £Ù5oy.t'a au lieu du génitif eù^oxi'aç du texte ordinaire. Recherches de science rclif/ieiise, t. i (1910), p. 70 sq.; Revue bénédicline, t. xxii (1905), p. 431. Un marbre de Salonc porte : (e) CCI (sic) AGNUS|| (rf) El QUI TOL- LIT II (/«■(■) CATUM SECULI. De Hossi, Bz(//f/., 1891, p. 125. L'Évant,'ile donne pcccata mundi. .Joa., i, 29. Deux pierres africaines présentent, l'une la formule SALUTIS PRINCEPS, l'autre celle de DOMINUS DEUS QUI EST SERMON! (swmo) et rappellent ainsi, comme nous l'afllrment expressément Tertullien, Adv. Praxeam, 5, P. L., t. ii, col. 160, et "Vigile, cvêque de Tapse, Contra Eiitychen, 1. V, c. xvi, P. L., t. Lxii,col. 146, que dans ces pays on se servait d'une version qui, dans saint Jean, avait le mot sermo au lieu de verbiun et dans l'Épître aux Hébreux princeps scdutis au lieu de auclor salutis. De Rossi, Biillet., 1879, édit. franc., p. 163, 164. Voir encore d'autres monuments avec citations bibliques dans Diehl, op. cit., p. 39-42. Évidemment, la science philologique scripturaire n'a qu'à gagner à l'étude comparée. de ces monuments soit de l'Orient soit de l'Occident. J.E.'Walch, O/isc/yn/zo/îPS ni Mattha'um ex (jrsecis inscriptionibus, léna, 1779; G. Lefebvre, Fragments grecs des Évangile; sur ostraca, dans le Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale. Le Caire, 1904, t. iv; G. Tliieme, Die Inschriften von Magncsia am Mdander und das N. T., Gœttingue, 1906; Monceaux, //(s/o(>e littéraire de l'Afrique chrétienne, Paris, 1901, t. i, p. 155-156; A. Bludau, Gricchische Evangelienfragmcnte auf Ostraka, dans Biblische Zeilschrif'l, 1906, t. iv, p. 386-397; J. Gensichen, De Scriptunv sacne vcstigiis in inscriptionibus latinis christianis (Diss.), Greifswald, s. d. (1910). Cf. Dictionnaire apologétique de d' Aies, t. i, col. 1419-

5. C'est l'enfance de Marie, passée dans le temple, telle que nous la connaissons par les apocryphes (Pseudo-Matthieu) que rappelle une plaque de marbre du v" siècle, découverte à Saint-Maximin, en Provence, et représentant Marie orante employée au service du sanctuaire, comme le dit l'inscription placée au-dessus : MARIA VIRGO || MINESTER (sic) DE || TEMPULO (siV) GEROSALE (s;c). Le Blant, Sarcophages chrétiens de la Gaule, 1886, p. 148, pi. lvii, 1 ; Inscripl. chrét., t. ii, n. 542 a.

2° Les Pères. — Plusieurs formules épigraphiques sont empruntées à des auteurs ecclésiastiques dont elles confirment les textes. Leclercq, Dictionnaire d'arch. chrét. ,i. i,col.411 sq., voit dans les paroles :curtrum (sic) nomina scit is, qui fecit, ou bien cujus nomen Deusscit, une allusion à la Passio sancti Jacobi et Mariant.L'inscription de l'enfant Magus, de provenance africaine, aujourd'hui au musée du Latran, p. ix, n. 31, est composée tout entière, sauf les premiers mots, de textes qu'on rencontre dans différents ouvrages de saint Cyprien. Le Blant, Inscript, chrét., t. i, p. 93; Cabrol, Dictionnaire d'arch. chrét., t. i, col. 597, et surtout Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. XI (1906), p. 232-239; Perret, op. cit., t. v, pi. 17, n. 20. Le texte des manuscrits est corrigé par les données de cette épitaphe. Le même Père de l'Église a fourni dans son livre £)e habitu virginum, 22, P. L., t. IV, col. 462, une phrase à une épitaphe d'Autun : PER S/ECULUM SINI {sine) sai \\ culi (sic) COLTA- CIONI (contagione) || TRANSIVIT... Le Blant, op. cit., t. II, p. 603. Une autre épitaphe, trouvée à Rome en 1893, rappelle un passage de son traité De mortaUtate,c. xx\i,P.L., t. iv, col. 601. De Rossi, Bullet.,

1894, p. 58. Dans Tertullien, Apo/o(/e/., xxxix, P.L.^ t. I, col. 541, nous lisons des paroles qui reviennent sur un marbre grec : \i.rfii'ia rj-Kriiai;, (j.T)5éva TtpoTxpojaai, à moins d'y voir un emprunt à II Cor., vu, 2. Saint Ambroise, £)e virginitate,\. II, c. ir, n. 7, P. L., t. XVI, col. 220, conseille à la vierge chrétienne : Kullum lirdere, bene vcllc omnibus. L'ne épitaphe d'Arles dit du défunt Florenlinus : NEQ. OPTARE MA- LUM STUDUIT NEC L/EDERE QUEMQUAM. Le Blant, op. cit., t. ii, p. 246 sq., n. 512. A plusieurs reprises on lit sur des monuments des vers de saint Jérôme ou de saint Grégoire le Grand; saint Paulin de Noie, Prudence et, un peu plus tard, Venance Fortunat ne sont pas restés sans influence sur le formulaire épigraphique. Le Blant, Épigraphie chrétienne, p. 61-70. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, une inscription de Saint-Pierre, à Rome, reproduite au vi*" siècle en Afrique, a été inspirée très probablement par les vers 249-255 du II" livre contre Syinniaque. P. L., t. lx, col. 198 sq. L'épitaphe du diacre L'rsinianus, de Trêves, publiée par Le Blant, Inscript, chrét., 1. 1, p. 399, n. 293, rappelle un passage de Maxime de Turin, Homil., lxxxi, P. L., t. lvii,. col. 427, 428; un marbre funéraire anglais orné du monogramme constantinien, les premières paroles du Te Deum. De Rossi, Bullet., 1892, p. 41, 42. Enfin, n'oublions pas que c'est l'épigraphe de la statue de saint Hippolyte, de lapremière moitié du iii'= siècle, qui nous donne, avec son cycle pascal, la liste de ses ouvrages, Kraus, Real-Encyclopœdie, t. i, p. 661-663; A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, Paris, 1906, p. III sq., 151 sq. ; Ficker, Die altchristl. Bildwerkey p. 169-175, et que sur un linteau de porte, à Éphèse, on lisait, au moins en partie, la correspondance apocryphe entre Jésus et Abgar d'Édesse. Commentarius authenlicus du /''' Congrès d'archéol. chrétienne,. Rome, 1900, p. 156, 163.

3° L'Église. — 1. L'Église en général; ses caractères. — Sur les monuments des trois premiers siècles, le terme ecclesia, |y.y.).r,o-c'a, indique une communauté chrétienne locale. De Rossi, Bullet., 1864, édit. ital., p. 28, et ailleurs. Quant à l'Église embrassant l'universalité des fidèles, nous complétons ici les indications données t. m, col. 454 sq. L'Église est une vraie mère, mater. Elle donne à ses enfants la vie surnaturelle de la grâce comme la mère terrestre donne la vie physique du corps. Elle les conçoit de l'Esprit de Dieu dans ses chastes entrailles pour les mettre au monde au moment du baptême, comme le dit l'inscription de Sixte III (432-448), à Saint- Jean de Latran : GENS SACRANDA POLIS HIC SEMiNE NASCITUR ALMO, QUAM FECUNDATIS SPIRITUS EDIT AQUIS... VIRGINEO FŒTU GENETRIX EC- CLESIA NATOS, QUOS SPIRANTE DEO CONCI- PIT, AMNE PARI T. De Rossi, Inscript, christ., t. II a, p. 424; Grisar, Amdecta Romcma, t. i (1899), p. 106. Elle reçoit les nouveau-nés avec bonheur : Lœla novos geminis ut mater ecclesia parlus excipiat sinibus, quos aqua proluleril, pour les nourrir avec dévouement du lait de la foi, ainsi que le dit l'épitaphe du pape Libère : Hœc te nuscenlem suscepit eclesia (sic) maler \\ uberibus fidei nutriens devota. De Rossi, Bullet., édit. franc., 1883, p. 8; 1890, p. 131 ; Bucheler, Anthol. lat. epigr., p. 373, n. 787. Elle a donc des entrailles de mère, pia viscera matris, comme le dit le pape Damase. Ihm, op. cit., p. 20, n. 13; p. 36, n. 30 ; p. 42, n. 37. En même temps elle est vierge. Les fidèles de Lyon, en 177, et Hégésippe, vers 180, l'appellent ixr|Tr,p Tiapôévo;, maler virgo. Eusèbe, H. £., V, I, 45 ; IV, xxii, 4. De même. Clément d'Alexandrie, Pœd., 1. I, c. VI, P. G., t. VIII, col. 300. Aussi, M. Dôlger a vu, non sans raisons sérieuses, l'Église catholique désignée par les mots Tiapôsvo; à^vri de

ÉPIGRAPHIE CHRETIENNE

l'inscription d'Aberciiis. Rom. Qucirtalschrift, t. xxiii (1909), p. 87-112 ;IXeYC, p. 87-112. Iillecstsai/i<e. L'expression sanrta maler se rencontre souvent au iv" siècle, par exemple, dans l'épitaphe du prêtre Sisinnius, attribuée à saint Damase, où on parle des pieux engagements ou prescriptions de cette mère, fœdera sanclas matris. Ihm,op.c(7.,p.33,n.28. De son vivant, le pape Siricius (384-399) reçoit le titre de episcopiis ecclesise sanctœ. Marucchi, op. cit., t. i, p. 10)7. De Romulus de Fiésole, du ivsiècle, on dit : /ECLESI/E SANCTŒ DIA- CONUS EST ORDINATUS HONORE. De Rossi, Ballet., 1883, édit. franc., p. 17; cf. Anal. 6o//o/!f/.,t. xxviii (1909), p. 172, n. 3. Elle est digne de vénération, vencranda\ecclesia. Anlh. lai. epiyr., 705. M. Dôlgcr voit également l'Église dans la Ba(Tt>îo-<ra yp'jaôtjroXo;, /pva-oTTÉSO.oçde l'inscription d'Abercius; il fait observer que saint Justin. Dial., 63, édit. Archambault, p. 300, et Hermas, Pastor, vis. IV, 21, en parlent dans des termes analogues. iW/M. Qucirtalschrift, toc. cil., p. 1G9. Elle est unii'crscllc ; comme telle elle embrasse les fidèles venus du judaïsme et du paganisme. Les deux matrones qui symbolisent l'Église sur la mosaïque du pape Célestin (422-432) à Sainte-Sabine, portent le double titre de ECLESIA EX GENTIBUS. ECLESIA EX ^CIRCUMCISIONE. Kaufmann, Handbuch, p. 248, et ailleurs. Elle est appelée catholique, surtout par rapport auxsecteshérétiques ou schismatiqucs. Dans un ^ra//îto du cimetière deThrason,de la première moitié du iv<= siècle, un certain Macedonius s'intitule cxorcista de kalolica. De même, en 362, un lector au cimetièredcDomitille.A'iioyo bullel., 1908, p. 144. L'évêque Alexandre de Tipasa, en Afrique, a parcouru les degrés hiérarchiques : honoribus in aeclesia catholira funclus. De Rossi, Bullel., 1894, p. 90. Cf. Leclercq, Dictionnaire darch. chrét., t. ii, col. 2624-2639. Elle est la seule vraie Église. Ainsi, au rapport de saint Damase, saint Hippolyte, fauteur d'un schisme dans la première moitié du m'' siècle, n'est devenu un vrai martyr du Christ que parce qu'il est revenu à l'Église catliolique : Sic nostcr nicruil confcssus marliir ut esset. Itim, op. cit., p. 42, n. 37. C'est elle qui dispose des sacrements. L'aieule d'un certain Floreiitius lui demande le baptême pour son ]irotégé mourant : PETIVIT DE AECLESIA (sic), UT FIDELIS DE SECULO RECESSISSET. Musée du Latran, p. ix, n. 39;.Uon. ///., t. r, n. 3429. D'après Dôlger, c'est d'elle qu'il est dit dans l'inscription d'Abercius qu'elle donne aux ■ amis >■ le poisson syml)oli(|ue. du pain et du via mélangé avec de l'eau. Rom. Quurlalschrifl, t. xxni (1909), p. 110-112.

2. Sa hiérarchie. — L'Église forme un immense troupeau gardé par le Christ, d'après saint Damase: Christas... Il numerum (/régis ipse tuetur. Ihm, op. cit., p. 20, n. 13. Abcrcius l'appelle « le saint Pasteur, itoitj.T,'/ â.-ri6q, qui conduit les brebis aux pâturages, sur les montagnes et dans les plaines;»c'est à luitfu'il doit les • enseignements fidèles, ypànnata «ittï ». C'est encore le Christ qui donne à l'Église son autorité et communique à ses sacrements leur efTicacité.

(/) La primauté de Pierre. — Dans l'Église, l'apôtre occupe une ])osition à part. Dans une inscription de Saint-Pierre in cirlo aureo, à Pavie, on lui fait dire : ...-.iiu lii'j-j /.«ivciv ()t(i.ijbi)-/p'Jti]> Tr|V 6EÔ(Y/)vrTov Ttétpav, iv r, 3e6r,y.(',); oJ y.)ov(o)C[j.(at...), c'est-à-dire le fondement inébranlable de rÉglise. c'est Pierre; le {Christ, Verbe de Dieu, est le fondement de Pierre. De Hossi, Inscript, christ., t. ii a, p. 33. Cette position est unique : il n'y a «lu'un siège de Pierre comme il n'y a qu'un seul et vrai baptême : una Pétri sedes, unum oerumque Uwacrum. Itun, op. cit., p. 9, n. Tj. C'est lui qui est le portier du ciel, dont il a les clefs : Petro, cui Iradila janua civli est; rui sidcrei commisit {Christus) limina regni, lisail-on, au iv siècle, au

baptistère de Sainte-Priscille. Ihm, op. cit., p. 9, n. 5; ]). 76, n. 72; Nuoi>o ballet., 1901, p. 87. Comme Moïse, il fait sortir du rocher mystérieux qui est le Christ, I Cor., X, 4, les eaux du salut. La [coupe de Podgoritza, aujourd'hui à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, montre cette scène biblique; elle porte comme texte : Pelras virga perqaodsclipercussit), fontes cipcrunt{s\c) quorere (currere). De Rossi, Ballet., 1877, édit. franc., pi. v-vi; Le Blant, Scacophages d'Arles, Paris, 1878,

Page 1