‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 54 sur 148 · C. VlîRSCIIAFFEL · texte numérisé non relu

C. VlîRSCIIAFFEL

EPISCOPALIENNE (ÉGLISE). On appelle de ce nom une communion chrétienne qui prétend occuper une sorte de position intermédiaire entre le catholicisme et le protestantisme. Klle conserve de nombreuses institutions catholiques, la hiérarchie entre autres, d'où le nom sous lequel elle est généralement désignée. En même temps, privée d'une autorité spirituelle capable de s'imposer, elle a peine à se défendre contre les influences protestantes. La lutte entre la « haute Église» (hii/li Chiirch), plus « romani- •santc », et la ■- basse Église » {loiu Clnirrh), plus rapprochée du protestantisme continental, :i|ii)arait à toutes les époques de l'histoire de l'épiscopalisme. • Partout ailleurs qu'en Angleterre, dit justement .M. C. V. Langlois, où les institutions, même peu viables en principe, durent quand elles sont établies, quitte à se transformer et à s'adapter à de nouveaux modes

d'existence, l'établissement anglican se serait décomposé de bonne heure; la moitié de ses fidèles serait retournée au catholicisme romain..., l'autre moitié l'aurait abandonné pour le protestantisme proprement dit. » Art. Église dans la Grande encyclopédie, t. XV, p. C31.

C'est, en effet, en Grande-Bretagne, dans les colonies anglaises et aux États-Unis, que l'Église épiscopalienne a réussi à se maintenir et à se développer, malgré les éléments de dissolution qu'elle porte en elle. En Angleterre, elle prend le nom de Churcli of Engtand. Voir Anglicanisme, t. i, col. 1281 sq. En Irlande, celui de Chiirch of Ire.land. En Ecosse où la religion ofTicielle est le presbytérianisme, celui de ScollislHEpiscopcd) Clmrch. Aux États-Unis depuis 1785, son nom officiel est : Prolestant episeopcd Cliurcli, mais en 1877, ;i la convention générale, la majorité des ecclésiastiques présents votèrent le changement de ce nom en celui de American brandi of Ihe Chiirch Calholic. Voir Amérique, t. i, col. 1050, 1074 sq.

Des synodes « panauglicans » réunissent de temps à autre des représentants des diverses liranches de l'église épiscopalicnne. Le i)lus récent, le plus brillant aussi, s'est tenu à Londres du 15 au 21 juin 1908; il compta plus de 7 000 délégués laïques ou ecclésiastiques et 240 évèques. A la cérémonie de clôture, « service d'action de grâces », qui eut lieu à Saint-Paul de Londres, le 24 juin, les métropolitains présents se groupèrent sur les degrés, devant le grand autel, dans l'ordre suivant : premier degré, l'archevêque de Canterbury; second degré, les archevêques d'York et de Dublin, et le primus de l'Église épiscopalicnne d'Ecosse; troisième degré, l'archevêque de Hupertsland, l'évêque président des États-Unis, l'archevêque de Toronto; quatrième degré, l'archevêque de Brisbane, l'archevêque de Melbourne, l'archevêque de Sidncy, l'évêque de Oalcutta, l'archevêque des Indes occidentales. L'archevêque de Cantcrbury, qui officiait, donna seul la bénédiction, reçue à genoux par les autres métropolitains. Du 6 juillet au 5 août, L''S 240 évêques présents tinrent une Conférence au palais de Lambeth. Le congrès n'émettait pas de vœux et se bornait à un échange de vues; les rapports, fort intéressants, do ses sept sections ont été rassemblés par la Society for promoling Christian knowlcdge, en sept vol., Londres, 1908 : Pananglican congrcss, gênerai report. Les articles très soignés du Times, qui rendaient com])le cliaque jour des séances, ont été réunis dans une broclmre, plus abordable au commun des lecteurs et munie d'un utile Index : The pananglican congrcss, Londres, 1908.

La Conférence de Laml)eth a publié une encyclique et des résolutions officielles, précédées des rapports des commissions et suivies d'intéressants appendices : Conférence of tlie bishops of the anglican communion, Londres, 1908.

Rien ne peut mieux donner une idée de la vitalité de l'Église épiscopalicnne, do la magnillquc floraison de ses œuvres économiques, charitables, éducatrices, comme aussi de son incurable faiblesse dans le domaine proprement religieux. Qu'il s'agisse <U' l'authenticité des Livres saints, de l'administratio:) des sacrements, de l'admission de tel ou tel formu laire de foi, c'est toujours la même impuissance à réaliser cette « unité sans uniformité » que le congrès a])pclait de tous ses vœux. Un rédacteur de la grande revue catholique le Tablct concluait en ces termes une étude fort sympalhitiue consacrée au congrès et à la conférence : « Deux cents évêques instruits, pieux, zélés à leur manière, ont traversé mers et terres pour tenir une conférence, » rassenil)lés, nous dit-on, pour ■ de hauts débals, groupés pour une action cilicacc. >

ÉPISCOPALIENNE (ÉGLISE;

EPISCOPIUS

Et voilà qu'en vcrlu même de leur .système, ils sont absolument incapables de produire avec autorité une seule décision dogmatique, au sujet des controverses qui ruinent la paix de l'Église, de ])roduirc un seul canon dogmatique ou disciplinaire qui puisse être imposé avec autorité à ses membres... Le congrès nous a montré à l'évidence l'excellence, l'industrie, le sens religieux profond du peuple anglican. Il découvre au monde entier la désespérante impuissance dogmatique de l'Église anglicane. » Tuhlcl, 18 juillet 1908, p. 83 sq.

J'ai résumé en deux articles, dans les Études, les travaux du congrès et de la conférence : Le congrès pananglican de Londres et la conférence de Lanibeth, Éludes, 1908, t. cxvi, p. 721 sq. ; t. cxvii, p. 13 sq.

J. DE LA SeRVIÈRE.

ÉPISCOPAT. Voir Évêques.

EPISCOPIUS Simon, de son vrai nom Bisho]). naquit à Amsterdam le 8 janvier 1583. Envoyé aux frais de la ville compléter ses études àLeydeen 1600, il y devient maître-ès-arts (ICOC). Dans la querelle entre gomaristes et arminiens (voir Armimus), qui partageait alors la Hollande, il était du parti de ceux-ci. Attiré à Franeker en 1609, par la réputation de l'hébraïsant Jean Drusius, il y soutint contre le ministre Sibrandus Lubbertus des disputes à la suite desquelles il quitta la ville. En 1610, il est ministre à Bleiswiclv près Rotterdam. Au milieu de l'agitation qui suit la mort d'Arminius et la remontrance d'Uytenbogaert, Episcopius prend part aux conférences infructueuses de la Haye (1611) et de Delft (1011), où se rencontraient en nombre égal les ministres des deux partis. En 1612, par un choix qu'on a imputé, soit à la modération du jeune remonstrant, suit à l'influence de son parti, Episcopius est nommé professeur à Leyde poiu" y succéder ù Gomar. Lors du synode de Dordrecht, où le parti gomariste, appuyé par Maurice de Nassau, était maitre absolu, une assemblée de remonstrants à Rotterdam (2 décembre 1618) avait désigné Episco|)ius pour y être leur porte-parole. Les États généraux avaient convoqué ce synode (auquel prenaient part des Allemands, des Anglais et desÉcossais) pour y mettre lin à ces dissensions; mais, les remonstrants n'y furent admis qu'à la xxii" session (6 décembre), et n'étaient d'ailleurs autorisés qu'à comparaître comme accusés. Episcopius y prit la parole avec fermeté; son discours, examiné et approuvé à Rotterdam, dura une heure et demie. Il assurait les intentions droites et la volonté ])acirique des remonstrants, tandis que leurs adversaires les qualifiaient d'hérétiques à cause des cinq articles. Ils venaient devant le synode librement, non comme accusés; ils réprouvaient la prédestination absolue, ils blâmaient la division actuelle; ils réclamaient la tolérance mutuelle, et reconnaissaient le pouvoir du magistrat civil dans les choses ecclésiastiques. Les discussions se prolongèrent plus d'un mois avec une extrême violence, et les députés des États généraux intervinrent à plusieurs reprises sans grand succès ; les contre-remonstrants se refusaient absolument à entendre la réfutation de leurs propres doctrines contraires aux cinq articles. Le 14 janvier, à la lvii^ session, le président Bogerman congédia les remonstrants par un discours passionné : « Vous êtes entres ici avec un mensonge, et c'est encore avec un mensonge que vous sortez, etc. » Episcopius répondit : € Nous nous tairons avec notre rédempteur Jésus- Christ qui jugera un jour nos traudes et nos mensonges. »

Les prédicants remonstrants sont dé])osés; et comme ils se refusent à tenir compte de cette déposition, ils sont bannis. Episcopius se retira à Anvers. Il y com-

posa quelques-uns de ses ouvrages de polémique relatifs au synode de Dordrecht : V Anlidotum continens pressiorem declaralioncni propria: cl genuiiise scntcnliœ quœ in sijnodo nationali Dordraccna adscrta est et stabilita;et la Confessio seu declarcitio scntentisc pcistorurn, qui in fœderato Belgio remonslranlcs vocanlur super prœcipuis arliculis rcligionis christianœ. Antoine de Wale et d'autres professeurs de Leyde ayant publié une censure de cette confession, Episcopius y répondit par une Apologia. A cette querelle se rattache encore le Bodekcrus ineptiens, qu'il écrivit plus tard contre Nicolas Bodckcr, transfuge du jKirti remonstrant.

Pendant son séjour à Anvers, Episcopius entra en relations, ou en discussion, avec le jésuite irlandais Pierre Wadding, qui lui écrivit une lettre sur la foi, et une autre sur le culte des images (1620). Le P. Sommervogel n'en connaît pas d'autre édition que celle de Limborch, dans les Prœslanlium ac erudilorum virorum Epistolœ ecclesiasticœ et theologicœ, 2'^ édit., Amsterdam, 1684, p. 603-612. Quelques-uns des remonstrants exilés, Pierre Bertius,par exemple, étaient venus au catholicisme; Episcopius tenta la réfutation des lettres du P. Wadding dans une Responsio, à laquelle il ajouta plus tard d'autres traités de controverse : LabyrinUntSySii'e circulus pontificius; Responsio ad dilemmata decem ponlificii alicujus docloris. Il passa ensuite en France, séjourna à Paris, et surtout à Rouen. Au dire de ses adversaires, Episcopius à Paris aurait fréquenté le P. Coton, et évité Pierre du Moulin; cette seconde assertion est fort vraisemblable; du Moulin avait écrit une Anatomia arminianismi, qui lui avait valu des États « leur médaille et deux cents écus ». Bulletin de la Société d'histoire du protestantisme français, t. vu, p. 470. Mais, à l'avènement du stathouder Frédéric-Henri, plus clément que son frère, Episcopius revint à Amsterdam, comme ministre des remonstrants (1626). Il se maria l'année suivante avec Marie Pesser, veuve d'Henri de Nielles. En 1634, il fut fait recteur du collège remonstrant d'Amsterdam. Il mourut le 14 avril 1643. Ses œu\Tes ne furent éditées qu'en 1650 (2« édit., 1678) en 1 in-fol., par Etienne de Courcelles, gendre de Rembert Episcopius, frère de Simon.

Episcopius fut très laborieux; il avait une correspondance très étendue, et a laissé, outre trois volumes de sermons, des traités de controverse et des Institutions théologiques. Ce dernier ou\Tage, divisé en quatre li\Tes, traite: de la religion naturelle; de la révélation faite à Abraham; de la révélation faite à Moïse; de la révélation faite par Jésus-Christ. Dans ce dernier livre, l'auteur établit l'autorité de la sainte Écriture, puis examine ce qu'elle enseigne : l'existence de Dieu, ses perfections, la création, la providence et la rédemption. Le P. Mabillon, dans la 1'^ édition du Traité des Études monastiques, avait donné à ces Institutions, non sans réserve d'ailleurs, un éloge que lui reprochèrent vivement les jansénistes. Episcopius a été injustement accusé de socinianisme par Jurien, qui, Bayle en convient, avait falsifié deux textes du théologien remonstrant. Celui-ci connaissait fort bien la sainte Écriture, mais semble être resté étranger à l'antiquité ecclésiastique; il tolère quiconque admet la sainte Écriture d'une façon quelconque, et il admet des articles fondamentaux facultatifs.

Ph. Limborch, Hisloria vila^ S. Episcopii, Amsterdam, 1701; Opéra tlieologica, Amsterdam, 1650; voir la préface d'Etienne de Courcelles; Predicatien van M. Simon Episcopius, ecrtijds professor der H. tlieologie toi Lcyden, gedsen in de clirislelijke vergaderinge der Remonstr.. Amsterdam, 1693; Acla synodi nationalis, in nomine D. N. J. C, au- Uorilale DD.Ordinum Generalium fœderali Belgii provincia- Tum Dordrcchli liabitie, ann. 1619 cl 1620, Dordrecht, 1620'

EPISCOPIUS

EPITRES

(hostile à Episcopius, par exemple, p. 65); Th. Van Oppenraaij, La doctrine de la prédestination dans l' Église des Pays- Bas depuis l'origine jusqu'au si/node national de Dordrcelit en 1618 et 1619, Louvain, 1906; Du Pin, Bihliothèque des auteurs séparés de la communion de l' Église romaine du xvii^ siècle, t. ii, p. 472-495; Bayle, Dictionnaire historique et critique ; Nicéron, Mémoires, t. ii, p. 297 ; Realencijklopadie, t. V, p. 422-424; S. Episcopius en Ltjn geslacht. Nauorscher, 1. 1, p. 189; t. II, p. 214, 285, .351 ; Levens van Nederlandsche Alannen en Vroiuven, t. m, p. 84 ; Bcyerman, S. Episcopius. Bemonstrantschc Bra'derschap..l. v, p. 21; Schotel, .S'. Episcopius beschuldiqd dat de rcsurrectio S. C alleen moralis is. Godgeleer de Bijdragen, 1865, p. 279-002; A. Ilaentjcns, Simon Episcopius cds apologect v. h. remonstranlisme in ijn leven en werken ijcschelst, Leyde, 1899; J. Konijnenburg, Laudatio Simonis Episcopii. 1791; Frederick Gaïdar, Mcmoirs of Simon Episcopius, to which is addeda brief accounl of the sijnod o/ Dort., Londres, 1835.

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