TAG
Dieu, tout comme celui que les catholiques rendent aux anges et aux saints; que si le premier était une idolâtrie criminelle, le second ne l'est pas moins.
Beausobre, le plus téméraire de tous, dans son Hist. du Manich., 1. 9, c. 4, § 4, pose pour principe que jamais les païens n'ont confondu leurs dieux avec le Dieu suprême; que jamais ils ne leur ont attribué l'indépendance ni la souveraineté. Ils ont bien su, dit-il, que ces dieux n'étaient ou que des intelligences nées du Dieu suprême, et qui en dépendaient comme ses ministres, ou que des bommes illustres par leurs vertus et par leurs services. Si donc par le polythéisme l'on entend la croyance de plusieurs dieux souverains et indépendants, il n'y eut jamais de polythéisme dans l'univers.
Il conclut que le culte, rendu par les païens aux dieux vulgaires, se rapportait au Dieu suprême; qu'ainsi ce culte n'était pas défendu par la loi naturelle, mais seulement par la loi divine positive que les païens ne connaissent pas. Voilà un chaos d'erreurs et d'i»npostures que nous avons à réfuter.
Remarquons d'abord que la question n'est pas de savoir si les païens, ignorants ou philosophes, ont admis un premier Etre formateur du monde, que l'on peut appeler le Dieu suprême ; mais s'ils lui ont attribué une providence, une attention, une action, une inspection sur ce qui arrive dans le monde, et principalement sur le genre humain. Dussions-nous le répéter dix fois, un premier Etre sans providence n'est ni Dieu, ni maître, ni souverain; on ne lui doit ni culte, ni respect, ni attention quelconque.
Or, nous défions Beausobre et tous les critiques les plus habiles , de prouver que les païens, soit ignorants, soit philosophes, ont admis un Etre suprême occupé du gouvernement de ce monde, dont les dieux populaires ne sont que les ministres, et auquel ils sont comptables de leur administration. Non-seulement ilri'ya aucun vestige de cettecroyancc dans les anciens monuments, mais il
y a des preuves positives du contraire (I).
l°Mosheim, plus sincère que Beausobre, convient dans ses Notes sur Cudworth, c. 4, § 15 et 17, qu'aucun des témoignages allégués par ce savant anglais ne prouve la croyance dont nous parlons. Bayle est de même avis, Continuation des pensées div.
§ 26, 66 et suiv. ; Rép. aux questions d'unProv., c. 107 et 110, etc. Le docteur Leland, Nouv. démoust. écanf/., l re part. c. 14, fait voir qu'aucun des philosophes anciens n'a professé clairement et constamment le dogme d'un Dieu suprême, père et gouverneur de l'univers ; que si quelquefois, ils ont semblé l'admettre, d'autres fois ils ont partagé le gouvernement du monde entre plusieurs dieux indépendants. Saint Augustin, liv. 20, contra Faust., c. 19, avait dit que les païens n'ont jamais perdu la croyance d'un seul vrai Dieu, mais dans la suite il a observé que Platon est le seul (2) qui ait enseigné que tous les dieux ont été faits par un seul ; De Ciïit., Dei, 1. 6, c. { ; que les autres philosophes ne savaient qu'en penser,
(l)M. Bergier semble oublier qu'il a prouvé luimême le dogme de la providence, pur la croyance de tous tes peuples, u Lo dogme de la providence, dit-il, est la foi du genre humain; le culte de la Divinité dans tous les temps et dans tons les lieux, atteste la confiance de tous les hommes au pouvoir et aux soins du Créateur, u Traité de la craie Religion, t. I, page 244, in-8°, Besançon. 1S-20.)
GoUSSBT.
Bonne réponse personnelle faite a Bergier par M. Gousset. Seulement, M. Gousset uvoc toute l'école de Lamennais, prétendait que cette preuve par lo sens commun du genre humain élait la seule qui eût de la valeur, et que toutes celles que donnent la raison et la philosophie n'en ont point; or, par cette négation de la valour de la raison philosophique, il professait la plus grave des erreurs, celle qui conduirait tout droit au scepticisme universel. Après avoir lutté, sans écho, pendant toute notre jeunesse, contre l'invasion de cette négation erronée, nous avons la satisfaction de pouvoir dire, depuis le concile du Vatican, que ce concile en a fait une hérésie.
Le Nom.
(2) Cette assertion est matériellement fausse. Saint Augustin, au eliap. 1 du liv. VI de la Cité de lii'u, loin de parler de Platon seul, ne Je n-iuima môme pas, et parle des philosophes au pluriel : « Plusieurs, dit-il, de leurs plus célèbres phîloso. phes, (des philosophes du paganisme) ont enseigné que celte pluralité, do dieux avait été créée et mise en hiérarchie par le seul et véritable Dieu. »
Lb Nom.
PAG
PAG
1. 9, c. 17 (I). Nous avons vu ailleurs, en rapportant le système de Platon, que, selon lui, l'Etre suprême a seulement fait les dieux visibles, les astres, le globe de la terre, les éléments; que les dieux visibles ont engendré dans la suite les dieux invisibles, les dieux populaires, et que ce sont ces derniers qui ont formé les hommes et les animaux.
2" Loin d'attribuer à l'Etre suprême une providence à l'égard des nommes, Platon suppose qu'il n'a pas seulement daigné les former (2).
Aussi lorsqu'il veut prouver la providence, dans son dixième livre des Lois, ce n'est point à l'Etre suprême qu'il l'attribue, mais mix dieux en général ; ce sont ces derniers, et non l'Etre suprême, qu'il invoque dans ce livre et dans le Timée, aiin de pouvoir parler sagement de la naissance du monde et de l'existence des dieux;; il n'ose dans l'un ni dans l'autre de ces ouvrages réfuter les fables de la mythologie, il les laisse telles qu'elles sont. Cicéron, dans ses livres de la Nature des dieux, a rapporté et comparé les sentiments de tous les philosophes : nous m'y voyons aucun vestige de la prétendue croyance d'un
(1) Nous do trouvons pas cola daos ce chapitre, ni dans ceux qui précèdent et dans ceux qui suivent. Nous y trouvons seulement chap. xvi, «qu'Apulée en impose lorsqu'il attribue à Platon d'avoir dit que la divinité n'a pas de communication avec les hommes, h ce qui est, en effet, un pur mensonge démenti par toutes les pages du philosopha grec. Nous y trouvons de belles paroles de Platon citées par Apulée sur ■ le Dieu souverain, créateur de toutes choses, lo vrai Dieu, le seul qui soit au-dessus de toutes nos expressions, etc., dont les sages peuvent comprendra soulement quelque chose par la vigueur de l'esprit, au sein de leurs ténèbres, elc. • (inénie chap. 1 ix). Nous y trouvons seulement, chap. xvu, que si Augustin renvoie à ces belles paroles du platonieien Plotin : . Il faut fuir vers relte belle et éclatunte patrie, où l'on trouve lo pèro de l'univers et avec lui toutes choses ; et pour y fuir, il faut devenir semblable à Dieu, • parolos rtODt Augustin s'apfoiie et qu'i commente eo y ajoutant la phrase suivante non moins bello : . L'Ame de l'homme ressemble d'autant moins A cet être éternel ot immuable qu'elle a plus do passion pour les choses muables et passagères. ■ Il en est aïo-i partout dans saint Augustin; quelle distanco de ces hauteurs aux ineeqniDM avocasseries de notre théologien ! Slais au moins devrait-il être fidèle dans ses citations.
(t) Ne snffil-il pas, pour répondre, de la phrase magnifique que nous citons plus haut dans une note? Platon met cette phrase même en tète de son préambule des lois.
La Nom.
Dieu suprême, gouverneur de l'univers, et arbitre du sort des hommes.
Il serait singulier qu'en faisant l'énumération de toutes les opinions philosophiques, Cicéron eût passé sous silence la seule qui soit vraie et raisonnable, et qui, selon nos adversaires, était la croyance commune des païens. Nous y apprenons seulement que, suivant l'avis des stoïciens, l'Etre suprême était l'âme du monde.
Or cette âme n'avait pas plus d'empire sur les phénomènes de la nature, que notre âme n'en a sur l'économie animale de notre corps, sur la circulation du sang, sur le cours des esprits animaux, sur les mouvements convulsifs, ou sur les douleurs qui nous arrivent. A plus forte raison l'âme du monde n'avait-elle rien à voir aux actions des hommes, aux biens ou aux maux qu'ils éprouvent ; tout cela se faisait selon les lois irréformables du destin, ou par une nécessité fatale (1).
3° Puisque d'ailleurs le peuple n'entendait rien aux spéculations des philosophes, nous voudrions savoir dans quelles leçons le commun des païens avait puisé la connaissance d'un Dieu suprême, servi et obéi par des dieux inférieurs : serait-ce chez les poètes et chez les mythologues ? Suivant leur doctrine, les premiers dieux étaient nés du chaos et du vide, les plus anciens donnèrent la naissance aux autres; celui qui se trouva le plus fort devint le maître des autres, leur distribua leurs emplois, et se réserva le tonnerre pour les faire trembler. Mais de quel droit
(1) Si, quand on applique à Dieu cette exiression l'âme du mon/le, on entend assimiler cette Ame de de l'univers a notre Auio au point où vient de le faire Bergier dans l'explication qui ] :
évident qu'on se jette dans une hérésie [ lnlosophique qui est le panthéisme lui-même si ou dit la monde éternel, et qui n'est qu'une m iii>e.jueuce si on le dit créé ; mais nous ne ci ne les
grands esprits, parmi lesslniciens. ai npns
ïenr Ame du monde; à coup snr Abailnrd oo l'entendait point einsi quand il se servit de la même expression. Et quand nous l'avons neu ployée, nous étions certes bien éloigné .1 . vernlrs pareille chose. Dieu est bien, par sa prov.dence el par sa grAce, l'Ame du nosjda et i mie de oos Ames; mais il ost indépendant de son o-uvre, la vivifie avec liberté et n'aurait qu'à se rei : t d'elle pour qu'elle retombât en son premier né.int.
U Nota.
PAG
PAG
aurait-il empêché les autres de commettre des injustices et des crimes?
Suivant les fables, aucun Dieu n'en commit jamais autant que lui. Il est à présumer que si le commun des païens avait eu quelque notion d'un Dieu suprême, duquel ces derniers dépendaient, on lui aurait souvent fait des plaintes de la mauvaise conduite de ses ministres.
Il est donc incontestable, quoi qu'en dise Beausobre, que le polythéisme était la croyance de plusieurs dieux souverains et indépendants, puisque chacun d'eux l'était dans son département. Neptune n'attendait point les ordres de Jupiter pour soulever ou pour calmer les Ilots de la mer, non plus que Pluton pour exercer son empire dans les enfers ; Mars ni Vénus ne demandaient à personne la permission d'inspirer aux hommes, l'un la fureur guerrière, l'autre le penchant à la volupté; personne ne s'informait si Jupiter lui-même avait lancé la foudre sur les bons ou sur les méchants.
4° Ce critique nous citera peutêtre le sentiment de Celse et des nouveaux platoniciens; mais qui ne sait pas que ces imposteurs avaient changé en plusieurs choses la doctrine des anciens philosophes et qu'ils l'avaient rapprochée de celle du christianisme, pour parer aux arguments des docteurs chrétiens? Mosheim l'a fait voir dans une Dissertation sur la Création, § 29 et suiv. Beausobre n'a pas ignoré que Porphyre, plus sincère et meilleur logicien que les autres, enseigne qu'il faut sacrifier aux dieux, mais qu'on ne doit rien présenter au Dieu suprême, qu'il est inutile de s'adresser à lui, même intérieurement. De Abstin., 1. 2, n. 34. II a cité ce passage, mais il l'a falsifié, Jlist. du Munich., 1.9, c. 5, § 3. Enfin il s'est réfuté lui-même, ibid., § 8, en avouant que le paganisme du peuple ne doit point être comparé à celui des philosophes; que c'étaient deux religions bien différentes. Ainsi quand il |serait vrai que les philosophes ont admis un Dieu suprême, que les dieux inférieurs n'étaient que ses ministres, que le culte rendu à ceuxci pouvait se rapporter à lui, cela ne
conclurait encore rien à l'égard du commun des païens. Non-seulement ceux-ci n'avaient aucune connaissance du prétendu Dieu suprême des philosophes, mais Platon, dans le Timée, avoue qu'il est très-difficile de le découvrir, et impossible de le faire connaître au peuple. (1)
En effet, les païens le connaissaient si peu, que, quand les chrétiens vinrent l'annoncer au monde, ils furent regardés comme des athées parce qu'ils ne voulaient pas adorer les dieux populaires.
5° Il est étonnant que nos critiques modernes veuillent nous donner du paganisme une idée plus avantageuse que les philosophes mêmes.
Porphyre, ibid., n. 35, avoue « que » plusieurs de ceux qui s'appliquent » à la philosophie cherchent plus à » se conformer aux préjugés qu'à » honorer Dieu ; qu'ils ne songent « qu'aux statues, et ne se proposent « point d'apprendre des sages quel » est le véritable culte;» n. 38, il distingue de bons démons, qui ont pour principe l'âme de l'univers, et qui ne font que du bien aux hommes, et de mauvais génies qui ne font que du mal; n. 40, ceux-ci, selon lui, sont la cause des fléaux de la nature, des erreurs et des passions des hommes ; ils ne cherchent qu'à tromper et à séduire, à donner aux hommes de fausses idées de la Divinité et du culte qui lui est dû; ils inspirent, dit-il, ces opinions non-seulement au peuple, mais aussi à plusieurs philosophes, etc. Aujourd'hui on veut nous persuader que non-seulement les philosophes, mais le commun des païens avaient des idées très-justes de la Divinité, qu'ils connaissaient un Dieu suprême, et que le culte rendu aux démons ou génies, bons ou mauvais, se rapportait à lui.
6° Beausobre déraisonne, en soutenant que ce culte n'était pas défendu par la loi naturelle, mais seulement par la loi divine positive ; ce qu'il dit pour justifier les martyrs de la Perse, qui souffrirent la mort
(1) N'est-ce pas encore (le mémo aujourd'hui ?et
ne seru-co pas toujours de même ?
Le Noir.
'PAG
PAG
plutôt que d'adorer le soleil, n'est qu'un tissu d'inepties. 11 est certainement défendu par la loi naturelle d'adorer plusieurs dieux, de rendre le culte suprême à d'autres êtres qu'au vrai Dieu; surtout de le rendre à des êtres fantastiques et imaginaires, auxquels on attribue d ailleurs tous les vices et tous les crimes de l'humanité ; or tels étaient les prétendus dieux des païens. Tout le monde convient qu'à la réserve de la sanctitication du sabbat, tous les préceptes du Décalogue ne sont autre chose que la loi naturelle écrite ; or le premier précepte que nous y voyons est, vous n'aurez point d'autre Bieu que moi. De là même il s'ensuit qu'il est défendu par la loi naturelle de faire aucune action qui puisse paraître un renoncement au culte du vrai Dieu. Ainsi le vieillard Eléazar obéit à la loi naturelle, lorsqu'il aima mieux mourir que de manger de la chair de pourceau, parce que dans la circonstance où il se trouvait, cette action aurait été prise pour une profession de paganisme. Les chrétiens, qui refusaient de jurer par le génie de César, agissaient par le même principe; les païens en auraient conclu qu'ils renonçaient au christianisme. Les martyrs de la Perseavaient donc raison de ne vouloir pas adorer le soleil, puisque les Perses l'exigeaient comme un acte d'apostasie.
Saint Siméon de Séleucie ne voulut pas même se prosterner devant le roi do Perse, comme il avait coutume de faire, parce qu'alors on voulait le forcer à renier le vrai Dieu, Sozom., Ilist. cédés., 1. 2, c. 9. C'est ce qui devrait empêcher les Hollandais de fouler aux pieds l'image du crucifix en entrant au Japon, parce que cette action est regardée par les Japonais comme une abnégation de la religion chrétienne. Voilà ce que le bon sens dicte à tout homme capable de réflexion; mais Beausobre a été aveuglé par ses préjugés, au point de ne pas voir qu'il a fourni des armes aux déistes pour se défendre contre les preuves de la nécessité d'une révélation.
l'n philosophe moderne, mieux instruit que lieausobre, a donné du
paganisme une idée très-juste. Les païens, dit-il, avaient des cérémonies dans leur culte, mais ils ne connaissaient point d'articles de foi (1), ni de théologie dogmatique ; ils ne savaient pas seulement si leurs dieux étaient de vrais personnages, ou des symboles des puissances naturelles, comme du soleil, des planètes, des éléments. Leurs mystères n'étaient point des dogmes, mais des pratiques secrètes, souvent ridicules et absurdes ; il fallait les cacher poulies garantir du mépris. Les païens avaient leurs superstitions, ils se vantaient de miracles, tout était plein chez eux d'oracles, d'augures, de présages, de divination ; les prêtres inventaient des marques de la colère ou de la bonté des dieux dont ils prétendaient être les interprètes.
Cela tendait à gouverner les esprits par la crainte et par l'espérance lies événements humains; mais if grand avenir d'une autre vie n'était guère envisagé ; on ne se mettait point en peine de donner aux hommes de véritables sentiments de Dieu et de Pâme. Esprit de Lelbnits, t, 1, p. 40o.
Ce tableau du paganisme n'est pas différent dans le fond de celui qu'en a tracé Varron, le plus savant des Romains, dans saint Aug., I. 0, de Civit. Dei, c. o. Il distingue trois espèces de théologie païenne ou de •croyance touchant la Divinité ; celle des poètes contenue dans les fables, celle que les philosophes enseignaient dans leurs é - ' s, Mie que l'on suivait dans la pï dans
la société civile. Il couvrent que la
(i) Ceci ne parait pas sWor !er avec ce qne M. Borgier dit ai. leurs. Il a prouvé, par la i générale et constanto dn genre btuuain les donnai de l'existence d'un litre de l'uni-
niver», de «a prondeoM, de la apiril iali»é et de l'immortalité de fin». Riojwlerartielea Dusu, Au»,
PlluVIDBSCB.
■ SiT.
M. Gousset a raisim ; il y a onlro le il.Tgiorde l'article ti.iM ci:o . t le Bargier do l'uni le do paganisme, nne contradiction vérital) paganisme fui, de tontes les forti celle qui -M. t 1» plus di 1 quée par une anarchie dogmatique, et qu'j ce point do vue, il fut bien inférieur .1 t'ius les cultes antiques de
ht, il [rardai I i rtielea de
niques fendarawitsni qui servaient!»
baae a les iuLdus mythologiques elles-méuiea.
La N'oie.
PAG
PAG
première, qui attribuait aux dieux des faiblesses et des crimes, était absurde et injurieuse à la Divinité; il dit que la seconde, qui consistait à rechercher s'il y a des dieux ou s'il n'y en a point, s'ils sont éternels ou nés dans le temps, de quelle nature et de quelle espèce ils sont, etc., serait intolérable en public, qu'elle doit être renfermée dans l'enceinte des écoles; que la troisième se borne au cérémonial religieux. Saint Augustin n'a pas de peine à faire voir que celle-ci n'est point dilférente de la théologie fabuleuse ; que les fêtes, les spectacles, les cérémonies du paganisme étaient exactement conformes à ce que l'on disait des dieux dajis les fables, mais il n'est pas moins évident que la religion ou la croyance populaire n'avait aucun rapport aux questions agitées parmi les philosophes, et que nos critiques modernes ont très-grand tort de vouloir lier l'une avec les autres (1).
§ IV. Peut-on excuser le paganisme en quelque manière (2) ? De tous ceux qui ont entrepris d'en faire l'apologie, personne n'y a travaillé avec plus de zèle et de sagacité que le lord Herbert de Cherbury, célèbre déiste anglais, dans son livre de Religione gentilium. Selon hii toute religion véritable doit professer les cinq dogmes suivants : 1° Qu'il y a un Dieu suprême ; 2° qu'il doit être le principal objet de notre culte; 3o que ce culte consiste principalement dans la piété intérieure et dans
(1) Tout ce qui précède, depuis le commenceméat de l'article, est un mélange passionne devrai et de faux. Quand Bergier se lance ainsi sur certaines matières, il devient no polémiste, véritable avocat, qui décoche à tort et à travers sans peser la valeur de ses traits. 11 en est a peu près de môme de ce qui suit.
(2) L'idolâtrie 63t un crime qui ne peut être justifié. Voyez l'article Idolâtrie.
Goussf.t.
M. Gousset insinue par cette comte note que ce qu'il convient de reprocher au paganisme, c'est bien plutôt l'idolâtrie comme crime pratique que l'ignorance et l'aborration dogmatique, ce qui revient à rejeter à peu près tout ce que Bergier Va dire. 11 y a peut-être de l'eïcès dans cette insinuation : s'il n'y avait pas l'ignorance presque absolue que semble supposer Bergier, il y avait assez de nuages sans doute pour que lo crime que semble flnpposer M. Gousset, ne fût pas commun.
L« Noi.
la vertu; 4° que nous devons nous repentir de nos péchés et que Dieu nous pardonnera; 5° qu'il y a des récompenses pour les bons et des -supplices pour les méchants. Or ces cinq vérités, dit-il, ont été. professées dans le paganisme. Voici comme il le prouve.
Il faut savoir d'abord que chez les païens le mot Dieu signiiiait seulement un être d'une nature supérieure à la nôtre, plus intelligent et plus puissant que nous. Selon le sentiment commun, le Dieu suprême, renfermé en lui-même et tout occupé de son bonheur, avait laissé le soin de gouverner l'univers à des esprits inférieurs qui étaient les ministres et les lieutenants de sa providence ; ainsi le culte qui leur était rendu était relatif, il ne dérogeait point à celui qui était adressé au Créateur. Les païens ont donc adoré les astres et les éléments, parce qu'ils les croyaient animés et gouvernés par des esprits, et qu'ils les envisageaient comme une production de la Divinité. Le ciel était nommé Jupiter; l'air Junon, le feu Vulcain et Vesta, l'ean Neptune, la terre Cybèle, Rhéa,. Cérès, Plutou ; le soleil Apollon, la lune Diane, les autres planètes Vénus, Mars, Mercure, Saturne. Les autres personnages désignaient ou des dons de la Divinité, ou quelques-uns des caractères empreints sur ses ouvrages.
Le titve optimus maximus, constamment donné au Dieu suprême, attestait sa providence ; c'est à lui qu'était du le culte intérieur, la reconnaissance, la confiance, l'amour, la soumission; le culte extérieur, l'encens; les .sacrifices étaient pour les dieux inférieurs. Les honneurs divins accordés aux héros bienfaiteurs de l'humanité atlosLaient la croyance de l'immortalité de l'âme et des récompenses promises à la vertu; on les appelait dieux, c'est-à-dire saints et bienheureux. Ce que l'on disait des enfers était un témoignage des peines destinées aux méchants. En divinisant les vertus, comme la piété, la concorde, la paix, la pudeur, la bonne foi, l'espérance, la droite raison sous le nom de mens, etc., on
PAG
PAG
apprenait aux hommes que c'étaient des dons du ciel, et les seuh moyens de parvenir au bonheur. Les expiations faisaient souvenir les pécheurs qu'ils devaient se repentir et changer de vie, pour se réconcilier avec la Divinité. Si dans la suite des temps il s'est glissé des erreurs et des abus dans toutes ces pratiques, c'a été la faute des prêtres qui les introduisirent par intérêt et pour rendre leur ministère nécessaire.
Suivant ce système avidement embrassé par les déistes, il n'y eut jamais de polythéistes dans le monde, puisque tous reconnaissaient un Dieu suprême; ni d'idolâtres, puisque le culte rendu aux statues s'adressait aux dieux ou aux génies qu'elles représentaient : les premiers principes de la morale ont été connus et professés partout, principalement dans les écoles de philosophie.
De là les déistes ont conclu que les Pères de l'Eglise ont mal représenté le paganisme, qu'ils n'ont pas su en prendre l'esprit, ou qu'ils l'ont défiguré exprès aiin de le rendre odieux, que dans le fond ce n'était autre chose que la religion naturelle, quoiqu'elle ne lût pas sans abus.
Mais celte pompeuse apologie du paganisme a été complètement réfutée par le docteur Leland dans sa nouvelle Démonstration évangélique; il n'en est pas un seul article auquel il n'ait opposé des faits et des monuments; nous nous bornerons à en extraire quelques réflexions.
1° Elle nous parait renfermer des contradictions. Suivant l'observation de Cherbury à laquelle nous acquiesçons, les païens, sous le nom de Dieu, entendaient seulement un être plus puissant et plus intelligent que nous : qui donc leur avait donné l'idée d'un Etre suprême, souverain maître de l'univers? Certainement l'idée rétrécie qu'ils s'étaient faite de la Divinité n'était pas propre à les élever à la notion sublime d'un premier Etre éternel, existant de soiiii.ine, tout-puissant, père de l'univers, etc. Nous voudrions savoir où les païens avaient pu la puiser. Eu second heu, l'on nous dit que cet Etre suprême, renfermé en lui-même
et tout occupé de son bonheur, avait laissé à des dieux inférieurs le soin de gouverner l'univers, et cependant on^ lui attribue une providence; qu'est-ce donc que la providence, sinon le soin de gouverner l'univers?
Dès que le Dieu suprême ne s'en mêlait pas de peur de troubler son bonheur, les dieux inférieurs n'étaient plus de simples ministres, de purs lieutenants ; ils étaient souverains absolus, selon toute la force du terme. Dans ce cas, nous demandons à quel titre on devait un culte intérieur à un être qui n'en exigeait point, de la reconnaissance ou de la conliance à un monarque qui ne donnait rien et ne disposait de rien, de la soumission à un fantôme qui ne commandait rien, etc.? Il est donc faux que le culte rendu aux dieux inférieurs, seuls gouverneurs du monde, dût se rapporter à lui en aucune manière.
2° Il est encore faux que le titre optimas maximus ait désigné le Dieu suprême ni attesté sa providence. On a trouvé dans les Alpes l'inscription, Deo Penino optimo maximo; elle ne signifiait certainement pas que ce Dieu était l'Etre suprême ni qu'il gouvernait l'univers entier; quand elle aurait exprimé quelque chose de plus, lorsqu'elle était appliquée à Jupiter, jamais elle n'a donné à entendre qu'il était l'Etre éternel, existant de soi-même, formateur et souverain maître de toutes choses ; ce n'était la croyance ni du peuple ni des philosophes.
3° Tout le monde convient que les païens n'ont jamais attribué au Dieu suprême une providence dans l'ordre moral, la qualité de législateur, de juge, de rémunérateur de la vertu, de vengeur du crime, d'inspecteur de toutes les actions et des pensées des hommes. Celse, dans Origène, liv. i, n. 99, soutient qu'à la vérité Dieu prend soin de tout, ou de la machine générale du monde, mais qu'il ne se fiche pas plus contre les hommes que contre les singes et contre les mouches, et qu'il ne leur fait point de meviaces. Le païen Cécilius, dans Minutius Félix, n. ii, prétend que la nature suit sa marche éternelle, sans
PAG
PAG
qu'un Dieu s'en mêle ; que les biens et les maux tombent au hasard sur les bons et sur les méchants; que, si le monde était gouverné par une sage Providence, les choses sans doute iraient tout autrement : n. 10, il tourne en ridicule le Dieu des chrétiens, Dieu curieux, inquie-t, jaloux, imprudent, qui se trouve partout, fait tout, voit tout, même les plus secrètes pensées des hommes, qui se mêle de tout, même de leurs crimes, comme si son attention pouvait suffire au gouvernement général du monde et aux soins minutieux de chaque particulier. Tacite, Annal., 1. 6, c. 22, observe que le dogme de la providence des dieux est un problème parmi les philosophes, et lui-même ne sait qu'en penser en considérant les désordres de son siècle. Dans le troisième livre de Cicéron, sur la Nature des dieux, l'académicien Cotta combat de même la providence par la multitude des désordres de ce monde. Nous savons très-bien que le peuple attribuait une espèce de providence aux dieux qu'il adorait ; mais qu'il l'ait supposé dans un Etre suprême ou supérieur aux génies qu'il nommait des dieux, nous chercherions vainement par quel moyen ce dogme aurait pu se graver dans l'esprit du commun des païens.
4° Quelques philosophes ont dit à la vérité que le culte religieux consiste principalement dans la piété intérieure et dans la vertu, mais aucun n'a enseigné que ce culte était réservé pour le Dieu suprême, pendant que les cérémonies étaient le partage des dieux inférieurs. Dès que les païens avaient satisfait au cérémonial, ils croyaient avoir accompli toute justice, et ces pratiques étaient des absurdités ou des crimes. De quel prix pouvait être la piété et la vertu aux yeux des dieux, dont la plupart étaient censés vicieux et auteurs des passions des hommes? Jamais les païens n'ont demandé aux dieux, dans leurs prières, la sagesse, la justice, la tempérance, la chasteté ; Cicéron, Sénèque, Horace et d'autres, jugeaient que c'était à l'homme seul de se les procurer ; comment les dieux auraient-ils donné ce qu'ils n'avaient
pas? On se bornait à leur demander la santé, les richesses, la prospérité, souvent l'accomplissement des désirs les plus déraisonnables. Lactance n'avait pas tort de soutenir aux païens que leur religion, loin de les porter à la vertu, ne servait qu'à les exciter au crime. Divin. Instit., 1. 5,c.20, etc.
5° Ce serait donc une illusion de croire qu'en divinisant quelques vertus, comme la paix, la bonne foi, la piété filiale, on ait voulu apprendre aux hommes que c'étaient des dons du ciel et des moyens de parvenir au bonheur. D'ailleurs, à quoi servait de leur ériger des autels, pendant qu'il y avait des temples consacrés aux vices, a un Jupiter débauché, à un Mars vindicatif, à une Vénus impudique, etc. ? Cicéron, 1. 2, de Nat. deov., n. 61, dit que les noms de Cupidonet de Vénus ont été divinisés, quoiqu'ils signilient des passions vicieuses et contraires à la nature bien réglée, parce que ces passions agitent violemment notre âme, et parce qu'il faut un pouvoir divin pour les vaincre. Ainsi les païens cherchaient à excuser leurs vices, en les attribuant au pouvoir de certaines divinités.
Comment expliquer d'une manière honnête le culte qu'on leur rendait?
comment le rapporter au vrai Dieu?
6° L'apothéose des héros attestait sans doute la croyance de l'immortalité de l'âme ; c'aurait été un encouragement à la vertu, si l'on n'avait accordé cet honneur qu'à des personnages respectables par leurs mœurs et par leurs services Mais Hercule, Thésée, Romulus, etc., avaient été plus célèbres par leurs vices que par leurs vertus. Les païens ne plaçaient dans le Tartare ou dans l'enfer, que les âmes des scélérats qui s'étaient rendus odieux par d'énormes forfaits; l'Elisée renfermait plusieurs personnages qui auraient été punis chez une nation policée, et le bonheur dont ils y jouissaient n'était pas assez parfait pour exciter puissamment les hommes à la vertu.
7° On nous trompe en disant que le repentir et le changement de vie faisaient partie essentielle des expiations et de la pénitence des païens ; jamais ils n'ont été instruits de cette
PAG
PAG
importante vérité, et ceux mêmes qui la leur prêtent ne l'ont apprise que dans le christianisme. Lorsque la cérémonie de l'expiation était exactement accomplie, tout était Lien; un guerrier, qui, au retour du combat, expiait ses homicides en lavant ses mains dans une eau vive, n'avait certainement pas beaucoup de repentir d'avoir tué un grand nombre d'ennemis. On expiait une rencontre sinistre, un mauvais présage, un songe fâcheux, plus souvent que des crimes volontaires.
8» Enfin Cherbury, après avoir fait tous ses efforts pour justifier le paganisme, est forcé de se rétracter. Dans le dernier chapitre de son livre, il convient que l'opinion des païens touchant la providence dégradait la Divinité, que le culte des dieux inférieurs lui était injurieux, que le peuple ne comprenait peut-être pas trop bien comment ce culte pouvait être relatif et remonter au Dieu suprême, et que l'on ne peut pas l'absoudre d'idolâtrie. II avoue que les fables avaient absolument étouffé la religion, que l'abus était irréformable, que c'est ce qui a fait le triomphe du christianisme.
Il n'est donc pas vrai que les apologistes de notre religion et les Pfires de l'Eglise aient mal représenté le paganisme; ils l'ont peint tel qu'ils le voyaient pratiquer et tel qu'il était expliqué par ses propres défenseurs.
Celse, Julien, Porphyre, Cécilius dans Mmutius Félix, Hiéroclès, Maxime de Madaure, etc., n'ont reproché aux Pères aucune infidélité, aucune accusation fausse, ils ont été de meilleure foi que les déistes ; et dans le § 7 nous ferons voir que les Pères ont exactement réfuté toutes les raisons dont se servaient les païens pour pallier la turpitude et l'absurdité de leur religion.
Beausobre, plus obstiné que Cherbury, soutient que les païens n'adoraient pas leurs dieux, ne leur rendaient pas le culte suprême L'adoration, dit-il, consiste 1° dans les idées que l'on a de l'excellence et des perfections d'un être ; 1" dans les sentiments qui naissent de ces idées et qui doivent y être proportionnés ;
idolâtrie dans Manich. 1. 9,
contraire que de tous les po-
3° dans les actions extérieures qui sont les témoignages des sentiments de l'âme. Cela étant, la première idolâtrie consiste- à transférer à quelque créature que ce soit le pouvoir, l'excellence et les perfections divines, et à croire que cette créature les possède en propre et par elle-même ; or il n'y a jamais eu.
que je sache, de telle ' le monde. Hist. du C 4, §7.
Nous soutenons au telle a été l'idolâtrie ..
lythéistes du monde ; tous ont attribué à leurs dieux les perfections divines, non telles que la révélation nous les montre dans le Créateur, mais telles que la raison humaine les concevait pour lors ; savoir, la connaissance de ce que l'on faisait pour leur plaire ou pour les outrager, la science de l'avenir, le pouvoir'absolu de faire du bien ou du mal aux nations et aux particuliers, d'agiter les corps et les âmes, d'inspirer les passions aux hommes, d'opérer des prodiges supérieurs aux forces humaines, de disposer des bienfaits ou des fléaux de la nature. On ne prouverajamais que les païens ont eu la notion de quelque être supérieur en perfections aux dieux qu'ils adoraient ni d'un culte plus parfait que celui qu'ils leur rendaient. Ces dieux, selon la croyance des païens étaient donc autant d'èfres suprêmes, puisque l'on n'en connaissait aucun qui fût au-dessus d'eux ; le cuite qu'on leur rendaitétait l'adoration stiptème, puisque l'on n'imaginait aucune manière plus énergique de leur témoigner du respect, de la confiance et de la soumission. Mais Beausobre avait ses raisons pour prêter aux païens l'idée d'un Etre suprême, tel que la révélation nous l'a fait connaître; nous verrons dans la suite l'usage qu'il en a voulu faire.
§ V. Les lois que Moiseavait portées contre l'idolâtrie étaient-elles injustes "H trop sévères! Ce législateur dit aux Juifs : « Si votre frère, votre fils » et votre fille, votre époux mi votre » ami vous dit en secret, allons ado-
itez » point, n'en ayez point de pitié, ne
PAG
PAG
» le cachez point ; vous le mettrez à » mort, vous jetterez contre lui la » première pierre, et le peuple le la- „ pidera... Si vous apprenez que » dans une de vos villes il est dit que » quelques hommes pervers ont se- » duit leurs concitoyens, et leur ont >, dit, allons servir des dieux étrangers, » vous vous informerez exactement » du fait, et s'il se trouve vrai, vous » détruirez cette ville et ses habi- » tants par le fer et par le feu, et » vous en ferez un monceau de «ruines. » Beut:, c. 13, f 6 et suiv.
Voilà, disent, les incrédules, deux lois abominables. Il est aisé à un fanatique de se persuader que sa femme ou son fils veulent lo fane apostasier, et s'ils les tue sur ce prétexte, il se croira un saint. D autre part, c'est le comble de la barbarie de détruire une ville entière, parce que quelques citoyens ont embrassé un culte différent du culte public.
Fausse explication, et fausses conséquences. Il n'est pas vrai que la première de ces lois autorise un particulier à tuer lui-môme sa femme ou son fils sans forme de procès. Il lui est ordonné de ne pas cacher leur crime, mais de le dénoncer à 1 assemblée du peuple ; puisque le peuple devait lapider le coupable, c'était donc au peuple de le juger et de le condamner, et ce n'est qu'après la condamnation que le dénonciateur devait jeter contre lui la première pierre. Ainsi le prétendu jugement de zélé, par lequel on suppose que tout Israélite avait droit de tuer sans forme de procès quiconque idolâtrait ou voulait porter les autres à l'idolâtrie, est une vision des rabbins, adoptée sans examen par quelques critiques imprudents. Voy. la Bible de Chais sur cet endroit.
Dans la seconde loi il n est pas seulement question de quelques citoyens qui ont pratiqué l'idolâtrie, mais d'hommes pervers qui y ont entraîné tous les habitants d une ville, qui ont séduit leurs concitoyens.
La loi suppose donc que tous ont eu part au crime, du moins par leur silence et leur tolérance ; par conséquent, qu'ils n'ont point exécute la loi précédente, qui ordonne de mettre
à mort tout citoyen qui parlera d'à dorer des dieux étrangers.
Si cette rigueur parait d abord excessive, il faut se souvenir que, dans la république juive, L'idolâtras était non-seulement un crime de religion, mais un crime d'état. Dieu avait attaché la conservation et la prospérité de cette nation au culte de lui seul ; toutes les fois qu'elle s'en écarta, elle en fut rigoureusement punie. Tout homme qui portail see concitoyens à l'idolâtrie était aussi coupable que s'il avait amené la [.esta parmi eux ; suivant la maxime salas vopulisupremalex esto, il devait être exterminé. Aujourd'hui encore chez les nations les mieux policées, tout ce que l'on appelle crime d'état est privilégié ; pour le punir, on n'observe ni toutes les formalités m toutes les précautions que l'on a cou-, tume de garder pour les cas ordinaires : on suppose que l'intérêt do l'état, salus popidi, doit prévaloir à tout autre intérêt.
Depuis l'établissement du christianisme, tout acte d'idolâtrie de la.
part d'un chrétien, toute pratique qui avait un rapport direct ou indirect au paganisme, fut regardé comme un signe d'apostasie el punie comme telle par les lois ecclésiastiques. Voy. Lapses.
§ VI. Y a-t-il des Pères de l Eglise qui aient justifié ou qui aient Irop condamné l'idolâtrie? Des protestants, qui se sont rendus célèbres par leurs calomnies contre les Pères de l'Eglise, accusent Clément d'Alexandrie et saint Justin d'avoir imprudemment justifié le culte des païens; Barbeyrac, Traité de la morale des Pérès, c. S, § 50 ; Beausobrc, Rem.
sur les Actes des Apôtres, chap. 17, f 23 et 30. Jurieu a fait le même reproche à Origène, à Tertullien et à saint Augustin, Hist. ont des dogmes et des pratiques de V Eglise, 4° part., pag 711. Voici le passage de Clément dont ils abusent : « Quoique Dieu » connût, par sa prescience, que les » gentils ne croiraient point, cepen- » dant, afin qu'ils pussent acquérir la » perfection qui leur convenait, il » leur a donné la philosophie, même » avant la foi ; il leur a donné aussi
PAG
» le soleil et la lune pour les rendre » religieux. Dieu a fait les astres pour » les gentils, dit la loi, de peur que » s ils étaient entièrement athées, ils ne » tussent perdus sans ressource. Mais » eux, ne faisant pas même attention » a ce précepte, se sont attachés à » adorer des images taillées, de sorte » qu a moins qu'ils ne se soient re- » pends, ils sont condamnés, les uns » parce que pouvant croire en Dieu » ils ne l'ont pas voulu, les autres, ; » parce que, quoiqu'ils le voulussent » ils n ont pas fait tous leurs eiforts » pour devenir fidèles. Bien plus * ceux-là même qui ne se sont pas » élevés du culte des astres à leur » Créateur, seront aussi condamnés ; » car c était là un chemin que Dieu » avait ouvert aux gentils, afin que » par le culte des astres, ils s'éle- » vassent à Dieu. Pour ceux qui » n ontpas voulu s'en teniraux astres » lesquels leur avaient été donnés » mais se sont abaissés jusqu'aux » pierres et aux bois, ils sont, dit » 1 tenture, réputés comme la pous- » siere de la terre. » Strom., 1. 6 cap- H, p. 795.
( Tout ce qui résulte de ce passage c est que, suivant l'opinion de Clément, Dieu voulait se servir de l'aveuglement des païens qui adoraient Je soleil et la lune, pour les élever à la connaissance du Créateur : mais dans 1 Exhortation aux gentils, pag. 22, ce Père lait un crime aux païens d'avoir engé les astres en divinités. Sa pensée, dans le fond, revient à celle du Sage, qui, pour excuseren quelque manière les adorateurs des astres, ait: « llssontles moins coupables • » ils s'égarent peut-être en cherchant » Dieu et en désirant de le trouver- » ils le cherchent dans ses ouvrages » desquels ils admirent la perfection:' » Us ne sont cependant pas rardon- » mibles. » Sop.,c. 13, } 6.
Afin de travestir le sens de Clément, au heu de ces mots pour les rend,, religieux, Barbeyrac traduit pour leur rendre (aux astres) un culte reloj'-ur. Au lieu de dire s'ils étaient entièrement athées, il met s'ils étaient s divinités, afin dsiaire
entendre que Dieu avait donné aux païens les astres pour divinités. Le
PAG
précepte dont parle Clément était le précepte d'être religieux; Barbe vrac prétend que c'était le précepte d'adorer le soleil et la lune ; conséquemment, aces paroles lesquels leur avait nt été donnés, il ajoute de son chef pour les adorer. Ainsi il suppose que ce Père a condamné les gentils pour avoir fait une chose que Dieu voulait qu ils fissent, c'est-à-dire pour avoir adore les astres. Avec cette méthode 1 on çeut faire dire aux Pères tout ce que 1 on veut, mais est-elle une preuve de la bonne foi de ceux qui s'en servent ?
Le reproche que ce critique fait à saint Justin n'est pas plus équitable.
Ce Père, Dial. cum Trypk., n. 55, fait d«re au juif Tryphon, que, selon 1 Ecriture, Deut., cap. 4, f 19, Dieu a donne aux gentils le soleil et I
— o — •« ^iwi cl ia lune,
pour les adorer comme des dieux; parce que saint Justin ne réfute pas expressément cette fausse interprétation de 1 tenture, Barbeyrac conclut que ce saint docteur l'adopte, ce qui est faux, puisque dans ces deux apologies en parlant aux païens, il réprouve formellement leur culte comme une absurdité et une profanation. A la vérité, dans ce même dialogue, n. 121, il dit que Dieu avait donné d'abord le somlpour l'adorer, comme H est écritmais il entend pour adorer Dieu et non lesoleil, puisqu'il n'est écritnulla
part d'adorercet astre; qu'au cun traire cela est défendu, Deut., cap. i f 19au lieu qu'il est écrit, Ps., 18.' f 6* que Dieu a établi sa demeure dans lé soleil; il est donc permis de l'y adorer. Origène, in Joan., t. 2, n. 3 ; Tertullien et saint Augustin ont pensé et parlé de même.
Beausohre, dans l'endroit cité, a poussé la témérité plus loin; il dit « que les anciens chrétiens ont avoué » que les Grecs servaient le même » Dieu que les juifs et les chrétiens, » savoir, le Dieu suprême, le Créateur » du monde. » Ces anciens chrétiens se réduisent cependant à Clément d Alexandrie, Strum., liv. 6,c.;i,p.7u9 et suiv., .et il ne fonde son opinion que sur deux ouvrages ap crvphes, la Prédication dt saint Pierreet un écrit inconnu de saint Paul. Il ne dit pas mémo formellement ce que Beau-
PAG
PAG
sobre lui prête ; il dit que le seul et unique Dieu a été connu des Grecs, mais à la manière 'païenne ; que par la philosophie le Dieu tout-puissant a été glorifié par les Grecs. En elfet, il est incontestable que Platon, dans ce qu'il a ditde la formation du monde par un Dieu suprême, a témoigné le connaître, mais à la manière païenne, sans en avoir une véritable idée ; qu'il l'a glorifié en quelque façon, mais sans l'adorer ni le servir pour cela (I).
C'est le reproche que saint Paul fait aux philosophes en général, Rom., c. 1, f 21, en disant qu'ils ont connu Dieu, mais qu'ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces (2).
Beausobre a cependant voulu rendre saint Paul lui-même garant de l'opinion de Clément d'Alexandrie.
« L'apôtre, dit-il, par cesparoles des » Act., c. 17, ^ 30, Dieu méprisant ces y> temps d'ignorance, etc., peut bien » avoir voulu dire, Dieu a excusé les » les cultes que les gentils ont rendu » à des idoles pendant le temps ï de leur ignorance ; que, ne leur » ayant donné aucune loi, il veut » bien leur pardonner. » Il est évident que ce n'est point là le sens de saint Paul, puisqu'il ajoute que Dieu ordonne à tous de faire pénitence, parce qu'il les jugera tous avec équité; et cela ne s'accordait pas avec la condamnation rigoureuse que cet apôtre a faite du culte des païens, Rom., c. ), y 21 ; Epias., c. 2, J- 12, etc.
Au jugement de Barbeyrae, Tertullien est tombé dans un excès contraire; il condamne comme des pratiques idolâtres des actions indifférentes et innocentes en elles-mêmes ; comme de faire sentinelle à la porte d'un temple, de donner le nom de dieu à Esculape ou à un autre, allumer des flambeaux un jour de réjouissance publique, se couronner de tleurs,
(1) De quel droit jugez-vous ainsi la conscience de Platon, lorsque vous le voyez glorifier si bien son maître Socrate d'être mort pour 1 unité de Dieu ?
Lb Nom.
(2) Saint Paul ne nomme pas les philosophes et ne se sert pas de ce mot; c'est gratuitement qu'on leur attribue, plutôt qu'uux foules, ce qu'il dit en cet endroit.
Le Nom.
etc. Traité de la Morale des Pères, c. G, § 10 et suivants.
Mais si les païens eux-mêmes regardaient toutes ces pratiques comme une profession de paganisme, et si les chrétiens les envisageaient comme un signe d'apostasie, un fidèle pouvaitil se les permettre sans scandale ?
Saint Paul dit : « Si ce que je mange » scandalisait mon frète, de ma vie » je ne mangerais aucune viande, »
I Cor., c. 8, f 13. Les apôtres défendirent aux premiers fidèles de manger du sang et des viandes suffoquées, Act., c. 13, f 29 : c'était cependant une chose innocente en elle-même.
II est à présumer que Tertullim savait mieux que nous ce qui pouvait être de son temps un sujet de scandale. Aujourd'hui les protestants soutiennent que l'usage des images est mauvais en lui-même, puisque l'on s'en est abstenu dans les premiers siècles de l'Eglise ; mais si l'on s'en est abstenu seulement à cause des circonstances, comme des autres choses dont nous venons de parler, il ne s'ensuit pas que cet usage est mauvais en lui-même.
§ VII. Comment les éci'ivains du paganisme ont-ils justifié leur religion !
Moins mal que les incrédules d'aujourd'hui. Ils ne parlent ni de Dieu suprême ni de culte relatif; ils représentent l'idolâtrie telle qu'elle était. L'apologie la plus complète qui en ait été faite est dans Minutius Félix, n. 5 et suiv. Celse et Julien n'ont pas su défendre leur cause d'une manière aussi séduisante; Cécilius, qui en prend la défense, commence par attaquer le christianisme.
N. S. Nous ne sommes, dit-il, capables de connaître ni ce qui est audessus de nous ni ce qui est au-dessous; il y a de la témérité à l'entreprendre, ce serait bien assez si nous pouvions nous connaître nous-mêmes.
Que le monde se soit formé par hasard ou par une nécessité absolue, qu'est-il besoin d'un Dieu, quel rapport cela peut-il avoir avec la religion?
Toutes choses naissent et se détruisent par la réunion et la séparation des éléments : la nature suit sa marche éternelle sans qu'un Dieu s'en mêle;
PAG