‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 108 sur 122 · TAG · texte numérisé non relu

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les biens et les maux tombent au hasard sur les bons et sur les méchants, les hommes religieux sont souvent plus maltraités par la fortune que les impies; si le monde était gouverné par une sage Providence, les choses sans doute iraient tout autrement.

Puisqu'il n'y a que doute et incertitude sur ce point, pouvons-nous mieux faire que de nous en tenir à ce que nos ancêtres ont établi, de garder la religion telle qu'ils nous l'ont transmise, d'adorer les dieux qu'ils nous ont fait connaître, et qui, à la naissance du monde, ont sans doute instruit et gouverné les hommes?

N. 6. Aussi chaque nation a-t-elle ses dieux particuliers ; les Romains, en les adoptant tous et en joignant la religion à la valeur militaire, sont devenus maîtres du monde ; ils ont été sensiblement protégés par tous ces dieux auxquels ils avaient préparé des autels.

N. 7. Home est remplie de monuments des faveurs miraculeuses qu'elle a reçues du ciel en récompense de sa piété. Jamais, dans une calamité, elle n'a invoqué les dieux en vain, et plus d'une fois elle a été secourue par des inspirations et des révélations surnaturelles.

N. 8. Malgré l'obscurité répandue sur l'origine des choses et sur la nature des dieux, l'opinion qu'en ont les différentes nations est néanmoins constante et la mémo partout. C'est donc une témérité et une impiété de vouloir détruire une religion si ancienne, si utile, si auguste; plusieurs athées célèbres l'avaient entrepris, ils ont porté la peine de leur crime et leur mémoire aat en exécration. Souffrirons-nous qu'une troupe d'hommes vils et ignorants déclament contre les dieux, forment dans las ténèbres une faction impie, s'engagent les uns aux aulrcs, non peu des serments sai -rés, mais par des crimes, conjurent de détruire la religion de nos pères?

Pour cacher leurs lui-faits, ces malheureux ne s'assemblent que la nuit, ne parlent qu'en secret, ne s'adressent qu'aux femmes et aux imbéciles, fuient nos temples, méprisent nos dieux, Uniment en ridicule nus eéréinonies, regardent nos prêtres avec dédain;

ili préfèrent leur nudité et leur misère aux honneurs, aux charges et aux fonctions civiles; ils bravent les tourments présents par une vaine terreur des supplices à venir; ils endurent ici bas la mort, de peur de mourir dans une autre vie, et se consolent de tous les maux par de frivoles espérances.

N. 9. Après avoir détaillé les crimes horribles dont on accusait les chrétiens, il leur reproche d'adorer un homme puni du dernier supplice, et d'honorer la croix, digne objet de culte, dit-il, pour des gens qui l'ont méritée. Il faut bien que leur religion soit honteuse ou criminelle, puisqu'ils la cachent. Pourquoi n'avoir ni temples, ni autels, ni simulacres ; pourquoi ne s'assembler et ne parler que dans l'obscurité, si ce n'est parce que leur culte est digne ou de mépris ou de châtiment? Quel peut être ce Dieu isolé, mystérieux, abandonné , qu'ils honorent , qui n'est connu d'aucune nation libre, pasmême des superstitieux romains?

Les Juifs, nation vile et méprisable, n'ont aussi qu'un seul Dieu ; mais ils l'honorent publiquement par dos temples, des autels, des sacrifices, des cérémonies; et la faiblesse de ce Dieu est assez prouvée par l'esclavage auquel les Romains l'ont réduit avec toute sa nation.

N. tO. Et quelles absurdités les chrétiens n'ont-ils pas forgées sur la Divinité? Ils prétendent que leur Dieu, curieux, inquiet, jaloux, imprudent, se trouve partout, sait tout, voit tout, même les plus secrètes pensées des hommes, se mêle do tout même de leurs crimes; comme si son attention poDvait suffire et au gouvernement général du monde et aux soins minutieux de chaque particulier.

N" II. Ils poussent la frénésie jusqu'à menacer l'univers entier d'un incendie général, comme si l'ordre étemel el divin de la nature pouvait être cliaugé, et a se flatter de survivre eux-mêmes à cette ruine universelle, en ressuscitrtnt après leur mort. Ils en parlent rr • autant d'assurance que si i était déjà

fait ; abusés par cette illusion, ils se

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promettent une vie éternellement heureuse et menacent les autres d'un supplice éternel. Qu'ils soient injustes, je l'ai déjà fait voir; mais, quand ils seraient justes, cela cerait égal, puisque, selon leur opinion, tout vient d'une espèce, de fatalité.

Si d'autres attribuent tout au destin,, eux attribuent tout à Dieu; ils en font donc un mallre injuste qui veut non des adorateurs par leur propre choix, mais des élus; qui punit dans les hommes le sort et non la volonté.

Je vous demande, continue Cécilius, si les prétendus ressuscites seront sans corps; mais sans le corps il n'y a ni âme, ni intelligence, ni vie ; seront-ils avec leur propre corps qui est réduit en poudre depuis plusieurs siècles ? S'ils ont un autre corps, ce ne seront plus les mêmes hommes, mais de nouveaux individus. Il serait bon du moins que quelqu'un fût revenu de l'autre monde, pour nous convaincre par expérience ; mais vous avez maladroitement copié les fables des poètes, pour les mettre sur le compte de votre Dieu.

N. 12. Jugez plutôt de votre sort futur par votre condition présente.

Vous êtes pour la plupart pauvrer

nus, méprises,

abandonnés; votre

Dieu le souffre ; vous êtes poursuivis, condamnés, livrés au suppliée, attachés aux croix que vous adorez ; quoi, ce Dieu qui doit vous ressusciter ne peut vous conserver la vie?

Sans lui les Romains régnent, triomphent, dominent sur l'univers et sur vous, pendant que vous renoncez aux commodités de la vie et à tout plaisir même permis. Objets de pitié aux yeux des dieux et des hommes, reconnaissez votre erreur ; vous ne ressusciterez pas mieux que vous ne vivez à présent : si donc il vous reste un peu de bon sens, cessez de raisonner sur le ciel et sur la destinée du monde; regardez seulement à vos pieds, c'est assez pour des ignorants tels que vous.

N. 13. Si cependant vous avez la fureur de philosopher, imitez Socrate; lorsqu'on l'interrogeait sut les choses du ciel, il disait : Ce qui est au-dessus de nous n'a point de rapport à nous.

La secte des académiciens .se tenait

dans un doute modeste sur toutes les questions; Simonide n'osa jamais répondre, quand on lui demanda ce qu'il pensait des dieux 11 faut donc laisser les choses douteuses telles qu'elles sont, ne prendre aucun parti, de peur de tomber dans la superstition ou de détruire toute religion.

Par ce simple extrait qui est fort au-dessous de l'original, on peut voir s'il est vrai qu'à la naissance du christianisme la religion païenne était absolument décréditée, que l'on en était dégoûté, qu'il n'y avait rien de plus aisé que de la délruire, comme la plupart des incrédules ont osé le soutenir.

Octavius, pour réfuter relie apologie, représente à son adversaire', n. 1G, que l'ignorance et la pauvreté des chrétiens ne font rien à la question; puisqu'il s'agit uniquement de savoir s'ils ont la vérité pour eux; plusieurs philosophes ont été dans le même cas, avant de se faire une réputation. Les riches, occupés de leur fortune, ne pensent guères aux choses du ciel; souvent Dieu leur a donné moins d'esprit qu'aux pauvres.

Lorsque les ignorants exposent la vérité sans le fard de l'éloquence,, si elle triomphe, c'est uniquement par sa propre force.

N. 17. Je consens, dit-il, que nous nous bornions à chercher ce que c'est que l'homme, d'où il vient et pourquoi il est; peut-on le connaître sans savoir d'où vient l'univers, par qui et comment il a été formé?

Puisque l'homme très-différent des animaux porte sa tète vers le ciel, pendant que la leur est courbée vers la terre, il faut être privé d'esprit, de bon sens et des yeux, pour chercher dans la poussière du globe le principe de la raison, de la pensée, de la parole, par lesquelles nous connaissons, nous sentons et nous imitons la Divinité. Voilà ce que font ceux qui prétendent que le monde s'est fait par le concours fortuit des atomes,

Ici notre auteur trace en raccourci le tableau de la nature, il fait remarquer l'ordre et la beauté de l'univers, le rapport de toutes ses parties, la.

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régularité deses mouvements, ensuite la structure admirable du corps humain. Partout il montre, n. 18, les soins d'une Providence attentive et bienfaisante.

( Cette vérité une fois démontrée, il n'est plus question que de savoir si le monde est gouverné par un seul Dieu ou par plusieurs. Un grand empire ne peut avoir qu'un seul maître, Rome elle-même n'a pu en supporter deux. Admettons-nous dans le ciel une division qui détruit tout sur la terre? Dieu, Père de toutes choses, n'a ni commencement ni lin, l'éternité est son partage ; il a donné l'être à tout ce qui est ; il est donc seul. Avant que le monde fût, il était son monde à lui-même. Invisible, inaccessible à nos sens, immense, infini, lui seul se connaît tel qu'il est ; notre esprit trop borné ne peut en avoir une idée digne de lui, aucun nom ne peut exprimer son essence.

Le peuple même, en levant les mains au ciel, atteste par ses exclamations l'unité de Dieu.

N. 19. Les poètes etles philosophes l'ont souvent reconnu ; Octavius cite leurs paroles : tous, sous le noti de Dieu, ont entendu l'esprit, la raison, l'intelligence qui gouverne le monde, leur langage est le même que celui du christianisme.

N. 20. Puisqu'une seule volonté, une seule providence régit l'univers, nous ne devons ajouter aucune foi aux fables par lesquelles nos aïeux imbéciles se sont laissé tromper; faudra-t-il croire tout ce qu'ils ont cru, la chimère, les centaures, les métamorphoses, etc. ? Octavius démontre l'absurdité, l'indécence, l'impiété des fables du paganisme, la manière dont l'idolâtrie s'est introduite, par le culte des morts; il rapporte le sentiment d^s auteurs qui ont soutenu que les dieux des païens étaient originairement des nommes.

Il fait voir l'excès et le ridicule de la superstition des Domains qui ont soutenu toutes les rêveries des Grecs et des Egyptiens, la puérilité de leurs cérémonies, les folies et les crimes par lesquels leur culte était souillé.

X. -•. Quand on dit, continue Octavius, que cette superstition a été la

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source de la prospérité des Domains, I on oublie que leur république a été fondée par des crimes, leur domination étendue par des perfidies et par des rapines, leur empire enrichi par les dépouilles des dieux, des temples et des prêtres des autres nations.

Chacun de leurs triomphes était une impiété, ils y étalaient les images des dieux vaincus; ils ont donc été, non pas religieux, mais impunément sacrilèges; ils n'ont adoré des .lieux étrangers qu'après les avoir insultés.

Ces dieux, trop faibles pour protéger leurs premiers adorateurs, ne sontils devenus puissants et bienfaisants qu'à Dôme?

Religion bien respectable, sans doute, qse celle qui a commencé par honorer la déesse des cloaques, par élever des temples à la peur, à la pâleur et à la fièvre, et par diviniser des prostituées! Sont-ce ces dieux tutélaires qui ont vaincu le Mars des Thraces et le Jupiter des Cretois, la Junon d'Argos ou deSamos, la Diane taurique et les monstres des Egyptiens? N'est-ce pas dans leurs temples mêmes et par leurs prêtres que se préparent et se commettent les plus grands crimes, l'impudicité, la prostitution, l'adultère? Avant les Domains l'on a vu les Assyriens, les Mèdes, les Perses, les Grecs, les Egyptiens, faire des conquêtes sans avoir des collèges de pontifes, des augures, des vestales, et des poulets sacrés dont l'appétit devait décider du sort de la république.

N. 26. Veuons à ces auspices et à ces présages tant respectés à Rome, dont l'observation a été si salutaire et le mépris si fatal. Sans doute Claudius, Flaminius et Junius ont perdu leur armée, parce qu'ils n'avaient pas attendu que les poulets sacrés se fussent égayés au soleil; mais Régulus avait consulté les augures, et il fut pris : Mancinus avait gardé le cérémonial, et il fut mis sous le joug; les poulets avaient mangé en faveur de Paultis, et il fut défait à Cannes avec toutes le< forces de Rome. Les auspices et les augures avaient défendu à César de i luire sa Hotte en Afrique avant l'hiver, il n'en tint aucun compte; sa naviga-

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tion et son expédition n'en furent que pins heureuses. On sait le cas que faisait Démosthènes des oracles de la Pythie, etc.

N. 27. Vos dieux sont des démons; ainsi en ont jugé les mages, les philosophes et Platon lui-même. Leurs oracles sont faux, leurs dons empoisonnés, leurs secours meurtriers; ils font du mal en paraissant faire du bien. Nous leur faisons avouer ce qu'ils sont, lorsque, par des exorcismes et des prières, nous les chassons des corps dont ils s'étaient emparés.

Adjurés au nom du seul vrai Dieu, ils frémissent, et sont forcés de quitter la place.

N. 28. Sentez l'injustice de vos préventions contre nous, par le repentir que nous avons d'avoir autrefois pensé et agi comme vous. On nous avait persuadé que les chrétiens adoraient des monstres ou des objets obscènes, que dans leurs assemblées ils égorgeaient un enfant, le mangeaient, et commettaient des impudicités 'horribles; nous ne faisions pas réflexion que ces calomnies n'ont jamais été prouvées, qu'aucun chrétien ne les a jamais avouées au milieu des tortures , quoique sûr d'obtenir sa grâce par cet aveu. Nous tourmentions comme vous ceux qui étaient accusés, non pour leur taire confesser leurs crimes, mais pour leur faire renier leur religion. Si la violence des tourments en faisait succomber quelqu'un, dès ce moment nous prenions sa défense, comme si l'apostasie avait expié tous ses forfaits.

Voilà ce que vous faites encore. Si vous agissiez par raison et non par la suggestion d'un mauvais esprit, vous ne mettriez pas les chrétiens à la torture pour leur faire abjurer leur religion, mais pour les faire convenir des actions infâmes et cruelles que vous leur reprochez.

N. 29. Ce n'est pas nous qui commettons :es abominations ; c'est vousmêmes; elles sont consacrées chez vous par vos fables, par vos cérémonies, par vos mœurs. Octavius le prouve en détail.

N. 32. Vous croyez, continue-t-il, que c'est afin de cacher notre culte

que nous n'avons ni temples, ni autels, ni simulacres ; niais la plus belle image de Dieu est l'homme, son temple est le monde entier , son sanctuaire est une âme innocente. La meilleure victime est un cœur pur, la prière la plus agréable à Dieu est une œuvre de justice ou de charité.

Voilà nos cérémonies. Parmi nous l'homme le plus juste est censé le plus religieux. Dieu, quoique invisible, nous est présent par ses ouvrages, par sa providence, par ses bienfaits. Vous pensez qu'il ne peut tout voir ni tout savoir : erreur.

Présent partout, créateur et conservateur de tout, comment peut-il ignorer quelque chose? 11 a tout créé par une parole, il gouverne tout par un seul acte de volonté.

N. 33. Vous dites que les Juifs n'ont rien gagné à l'adorer, vous vous trompez ^encore : lisez leurs livres, ceux de Flavius-Josèphe ou d'Antonius Julianus, vous verrez que les Juifs ont été favorisés de Dieu et comblés de ses bienfaits, tant qu'ils ont été fidèles à sa loi. Ils n'ont donc pas été, faits captifs avec leur Dieu, comme vous l'avancez par un blasphème : c'est leur Dieu au contraire qui vous les a livrés, parce qu'ils lui étaient rebelles.

N. 3i. Douter de la ruine et de l'embrasement futur du monde, est un préjugé populaire; tous les sages conviennent que tout ce qui a commencé doit finir; c'est le sentiment des stoïciens, des épicuriens et de Platon. Pythagore a cru une espèce de résurrection. Les philosophes pensent donc comme nous ; mais ce n'est pas à leur parole que nous ajoutons foi. Le bon sens seul nous fait comprendre que Dieu, qui a tout fait, peut tout détruire : que, puisqu'il a formé l'homme, il peut à plus forte raison lui donner une nouvelle forme. Rien ne périt entièrement, tout se renouvelle dans la nature.

N. 35. Nous ne sommes pas les seuls non plus qui croyons les enfers et un feu vengeur qui punit les méchants ; vos poètes en ont souvent tracé le tableau. Qui ne sent pas la justice et la nécessité des peines et des récompenses de l'autre vie? Oc-

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tavius prouve cette justice par la eomparaison des mœurs des païens avec celles des chrétiens.

N. 30. Que personne, dit-il, ne se tranquillise en mettant ses crimes sur le compte du destin, la fortune ne peut détruire la liberté de l'homme ; al est jugé, non sur son sort, mais sur ses actions ; il n'y a point d'autre destinée que celle que Dieu a faite:

et comme il prévoit tout, il la règle selon les mérites de chacun. Loin de rougir de notre pauvreté, nous en faisons gloire; nos vraies richesses sont nos vertus. Dieu sait pourvoir au besoin de toutes ses créatures, et récompenser leurs souffrances; par

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la il les éprouve sans les abandonner.

N. 37. Y a-t-il aux yeux de Dieu un plus grand spectacle qu'un chrétien aux prises avec la douleur et invincible dans les tourments? Il triomphe de ses persécuteurs et de ses bourreaux, il ne cède qu'à Dieu ■ vos histoires élèvent jusqu'aux nues Ja constance de Mutius Scœvola, d'Aquihus, de Régulus; parmi nous les termmes et les enfants en fout autant Juges aveugles, vous n'estimez que la félicite de ce monde; mais sans la connaissance do Dieu y a-t-il une felioité solide, dès qu'il faut mourir'' Ici Octavius décrit les fêtes insensées et les plaisirs licencieux des païens.

11 tait voir combien les chrétiens sont sages d'y renoncer. Il tourne en ridicule le scepticisme orgueilleux et adecté des philosophes; pour nous, dit-il, nous montrons la sagesse, non par notre habit, mais par nos sentiments; la vraie grandeur, non par nos paroles, mais par nos actions.

Qu'y a-t-il donc à désirer encore, des que Dieu a daigné enJin se faire connaître dans notre siècle? Jouissons avec gratitude de ce bien précieux ; réprimons la superstition, bannissons 1 impiété et retenons Ja vraie religion.

C'est ainsi qu'Octavius conclut son Discours.

L extrait que nous en donnons paraîtra peut-être un peu long; unis il e,| bon de m. mirer en quoi consistait la dispute entre nos apologistes et les défenseurs du paganisme; les premiers raisonnent certainement

mieux que leurs adversaires, et ils n ont laissé aucune objection sans y donner une réponse solide.

r Si l'on veut consulter l'es autres écrivains du paganisme qui ont détendu leur religion contre les épicuriens, on verra qu'ils ont raisonné tout comme ceux qui argumentèrent dans la suite contre les chrétiens.

Le pontife Cotta, que Cicéron fait parler dans son troisième livre sur la Nature des dieux, soutient qu'en lait de religion l'on ne doit pas consulter les philosophes, mais s'en tenir a la tradition des anciens et à ce que les lois ont établi. Pour prouver

I existence des dieux, il apporte les mêmes preuves qu'Octavius allègue dans Miuutius Félix pour prouver qu'il y a un Dieu. Mais quant à l'obligation et à la manière d'adorer plusieurs dieux, il ne peut en donner d'autres raisons que celles du païen Cécilius, et que nous avons vues; Platon, dans le Timée, déclare que, quoique la croyance vulgaire touchant les dieux ne soit fondée sur aucune raison certaine ni probable, il faut néanmoins s'en tenir au témoignage des anciens qui se sont dits enfants des dieux, et qui devaient connaître leurs parents. Faible preuve; mais on sentait la nécessité absolue d'une religion pour maintenir l'ordre dans la société, et l'on ne voyait rien de mieux que ce qui était établi parles lois et parla coutume, on concluait qu'il ne fallait pas y toucher, et qu'il fallait proscrire toute religion nouvelle.

§ VIII. Les protestants sont-ils venus à bout de prouver que le culte rendu pur les catholiques aux saints, a leuxs imago» et a leurs reli'/ues est une idotdùne? Nous avons déjà démontré ailleurs que ce crime est imaginaire; qu'il est même impossible, à moins qu'un catholique ne fasse violence à sa profession de foi et au cri de sa conscience; mais les protestants ne démordent pas.

II y a cependant contre eux un argument auquel ils ne répondront jaunis. Idolâtrer, c'est rendre à la créature les honneurs divins, ou qui ne -ont dm qu'à Dieu; or, non-seulement les honneurs que nous ren-

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dons aux saints ne sont pas dus à Dieu, mais ce serait une insulte et une impiété, s'ils lui étaient adressés. En effet, le principal honneur que nous faisons aux saints est de les invoquer, et cette invocation consiste, suivant le concile de Trente,

sess. 25, c. 2, a prier

les -saints a" in-

tercéder pour nous, afin d'obtenir les grâces de Dieu par Jésus -Christ. Il y aurait de la folie à s'adresser ainsi à Dieu; la créature seule peut prier et demander des grâces, et les obtenir par un autre, c'est-à-dire par Jésus- Christ; nous attribuons donc aux saints le seul pouvoir qui convienne essentiellement aux créatures. Ilist.

des Variât., iota. S, p. 331.

2° Nous accusera-t-on de prêter aux saints des attributs divins, et de les déiigurer encore comme les païens, en les supposant joints aux passions et aux vues de l'humanité?

3° Nous n'avons jamais cru comme eux que les personnes divines, les anges, les saints, sont présents dans leurs images ; nous n'accordons à celles-ci point d'autre vertu que celle d'exciter l'attention, de fixer l'imagination, d'instruire les ignorants par les yeux. On les bénit et on les consacre comme les vases du saint sacrifice et les autres instruments du culte divin. Nous les respectons et nous témoignons ce respect par des signes extérieurs, parce que toute représentation d'un personnage ou d'un objet respectable doit être respectée à cause de lui. Ce culte, ce respect sont religieux, puisqu'ils partent d'un motif de religion, et qu'ils ont pour objet d'honorer dans les saints, non les dons de la nature, mais les mérites de la grâce.

Cependant, par une affectation malicieuse, les mêmes censeurs qui soutiennent que le culte des païens n'était pas une idolâtrie, parce qu'il se rapportait au dieu représenté, et non à sa représentation, nous accusent de borner nos respects à une image, sans penser à l'objet qu'elle représente : ils nous font la grâce de nous supposer plus stupides que les païens.

4* Il n'est jamais arrivé aux caV^o-

liques d'honorer dos images indécentes ou scandaleuses, ni de mêler dans le culte des saints des pratiques absurdes ou criminelles ; ou du moins si ce désordre a eu quelquefois lieu parmi le peuple grossier dans les temps d'ignorance, il a toujours été blâmé et censuré par les pasteurs de l'Eglise. Voy. Image.

Mais aucune raison ne touche nos adversaires, et pour satisfaire leur haine, les contradictions ne leur coûtant rien. Comme les Pérès de l'Eglise ont accusé les manichéens de rendre un culte idolâtre au soleil et à la lune, Beausobre n'a rien omis pour justifier ces hérétiques, et pour prouver que ce culte n'était pas une idolâtrie. Il convient que les manichéens regardaient ces astres comme des êtres animés, comme des âmes pures et bienheureuses, comme le siège et le séjour de la sagesse et de la vertu du Sauveur; conséquemment, dit-il, les manichéens ne les ont point honorés comme des dieux souverains, mais comme des ministres de la Divinité, comme les instruments vivants de ses bienfaits. Il conclut- qu'on ne doit point les taxer d'idolâtrie, 1° parce que plusieurs Pères de l'Eglise ont pensé de même; 2° parce que les manichéens n'ont point offert de sacritices à ces deux astres; 3° ils ne les ont point invoqués ; 4° ils ne les ont point adorés.

En effet, continue Beausobre, l'adoration intérieure n'est autre chose que l'estime infinie que l'on a pour un être auquel on attribue les souveraines perfections, auquel on se soumet et se dévoue entièrement, auquel on donne toute son admiration, sa conliance, sa vénération, sa reconnaissance, son obéissance. L'adoration extérieure consiste dans les actes religieux destinés à exprimer les sentiments intérieurs -de l'âme, comme les prosternemonts, les génuflexions, l'encens, les sacrifices, les prières, les actions de grâces.

L'Ecriture, dit-il, a défendu de rendre à tout autre qu'à Dieu seul, l'une et l'autre de ces adorations ; aussi les manichéens n'ont rendu ni l'une ni l'autre au soleil ni à In lune. 11 excuse par la môme raison les Persans,

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lesSabaïtes et les Esséniens, qui ont été aussi accusés d'adorer ces deux astres. Hist. du manich., liv. 9, ch. 1, §11 et suiv., et ch. 4, § 7.

Eu admettant pour un moment les principes posés par Beausobre, nous lui demandons si les catholiques regardent les saints comme des dieux souverains, s'ils leur attribuent les souveraines perfections, s'ils leur accordent toute leur admiration, toute leur confiance, etc. S'ils leur offrent des sacrifices, si par conséquent les signes extérieurs de respect qu'ils leur adressent peuvent être appelés une adoration. Puisqu'il disculpe tous ceux qui ont honoré les astres, à quel titre ose-t-il nous taxer d'idolâtrie?

Nous avons prouvé ailleurs qu'il est faux que l'Ecriture ait défendu d'honorer par des signes extérieurs, de prier, d'invoquer d'autres êtres que Dieu seul, surtout lorsque l'estime, la confiance, le respect qu'on leur témoigne sont subordonnés à ceux que nous devons à Dieu. Voyez Anges, Saints, Idolâtrie. Beausobre lui-même avoue que ces sentiments ont leur cause dans l'opinon que l'on a des perfections et du pouvoir de l'être auquel on s'adresse, ibid.,c.i, § 7 ; donc dès que l'on reconnaît que cet être est inférieur, dépendant, soumis absolument à Dieu, en un mot, pure créature et rien de plus, il est impossible que le culte qui lui est rendu soit censé culte divin, culte suprême et injurieux à Dieu. Donc, quand il serait vrai que Dieu avait défendu aux Juifs toute espèce de culte rendu à d'autres qu'à lui, nous serions bien fondés à croire que cette défense était uniquement relative aux circonstances et au danger particulier dans lequel se trouvaient les Juifs; que les protestants ont tort de la prendre pour une loi absolue et générale pour tous les temps, puisque Beausobre pense que le culte en question n'est point défendu par la loi naturelle, en quoi il se trompe absolument, même suivant ses propres principes.

« L'expérience fait voir, dit-il, que » ces divinités subalternes, qui ne » sont que les ministres du Dieu su-

» prême, deviennent les objets de la » dévotion de l'homme, parce qu'il » les regarde comme les auteurs im- » médiats de sa félicité. Il perd de » vue la cause première, qui est dans » un trop grand éloignement, et il » s'arrête à la cause seconde. Quand » cela n'arriverait pas, il est bien » difficile de faire un juste partage » des sentiments de J'àme. On in- » vente bien des termes pour distin- » guer le culte souverain d'avec le » culte subalterne; mais ces distinc- » tions subtiles et métaphysiques ne » sont bonnes que pour l'esprit, le » cœur n'en fait aucun usage, etc.

» Aussi l'Ecriture a-t-elle interdit » tout culte religieux des créatures. »

ïbid.

Déjà nous avons refuté toute cette fausse théorie. 1° Si elle était vraie, Beausobre avait eu tort de dire que les sentiments du cœur ont pour cause l'opinion que l'on a dans l'esprit des perfections et du pouvoir de l'être que l'on honore : ici le cœur irait bien plus loin que l'esprit. 2° Si le danger de confondre l'un et l'autre culte dans la pratique est réel, les manichéens, les persans, les sabaïtes, les esséniens, en ont-ils été plus à couvert que les catholiques? Comment Beausobre sait-il que les premiers n'y ont pas succombé? 3° Dans ce cas il est faux que le culte subalterne ne soit pas défendu par la loi naturelle ; celte loi détend certainement non-seulement l'idolâtrie distincte et formelle, mais toute pratique capable de nous y faire tomber. L'inconséquence et la partialité percent de toutes parts au travers du verbiage et des dissertations de ce critique.

Posons donc pour principe que le culte, soit intérieur, soit extérieur, est toujours proportionné à l'idée que l'on a des perfections et du pouvoir de l'être auquel on l'adresse.

Si (.n croit cet être indépendant et puissant par lui-même, ce culte est nécessairement divin et suprême, et c'est le seul qu'on doit nommer adoration. S'il est adressé à un autre qu'au seul vrai Dieu, c'est polythéisme et idolâtrie, crime contraire à la loi naturelle et à la droite rai-

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son. Lorsqu'on ne prétend honorer qu'une créature dépendante, soumise au vrai Dieu, qui tient tout de lui, qui ne peut rien que par lui, quels que soient les signes extérieurs par lesquels on le témoigne, ce n'est plus ni culte suprême, ni adoration, ni par conséquent idolâtrie; le donner pour tel, c'est abuser malicieusement des termes pour tromper les ignorants.

Voy. Culte.

Bergier.

PAGI (Antoine) (Théol. hist.biog.et bibliog.) — Ce franciscain, né à Rogne en Provence, en 1695, répondit aux centuries de Magdebourg en reprenant année par année les annales de Baronius, dans un ouvrage qu'il mit trente années à faire et qui est un appendice de celui de Baronius. Cet ouvrage parut à Genève en 1727, 4 vol.in-fol.

Le Noir.

PAGI (François) (Théol. hist. biog.

et bibliog.) — Neveu du précédent et franciscain également , né a Lambesc en 1034 et mort à Gand en 1721 , aida son oncle dans sa critique des Annales de Baronius et composa lui-même une Histoire des Papes, en 4 vol. in-4°. Le Noir.

PAIN. Ce mot dans l'Ecriture sainte signifie souvent toute autre espèce d'aliment comme l'eau désigne toute sorte de boisson. Isaïe, c, 3, ^ 1, dit que Dieu ôtera aux Juifs toute la force du pain et de l'eau, c'est-à-dire qu'il les punira par la disette d'aliments. On retrouve la même expression, c. 33, y 6. En français nous nous en servons dans le môme sens :

" donner du pain à quelqu'un, c'est lui fournir les moyens de subsister.

Ainsi lorsqu'il est dit qu'Abrabam, en renvoyant Agar et Ismaël, leur donna du pain et un vase.d'eau Gen., c. 21, y 14, cela peut très-bien signifier qu'il pourvut à leur subsistance; sans cela on ne peut pas concevoir comment ils auraient vécu dans un désert. De même dans l'Evaagile Jésus-Cbrist dit, Joan., c. 0, f 48: «Je » suis le pain de vie ; ^ 52, le pain » que je donnerai pour la vie du

» monde sera ma propre chair. vPain signifie nourriture. Lorsque nous demandons à Dieu notre pain quotidien, nous entendons par là tout ce qui est nécessaire à la vie.

Dans les parties de l'Orient où le bois est très-rare, le peuple est souvent obligé de faire sécher au soleil la fiente des animaux, de la brûler pour cuire ses aliments, et de faire cuire le pain sous cette cendre. Dieu, pour faire comprendre aux Juifs qu'ils seront réduits à cette triste extrémité, ordonne au prophète Ezéchiel de cuire ainsi son pain, et de le manger en présence du peuple, c. 4, f 13. Un de nos philosophes incrédules, aussi ordurier que malicieux, a osé soutenir que Dieu avait ordonné à Ezéchiel de manger son pain couvert de iiente d'animaux. Telle est la sagesse de la décence de nos professeurs d'incrédulité,

Bergier.

PAIN AZYME ou PAIN A CHAN- TER. Voy. Azime.

PAIN BÉNIT, pain que l'on bénit tous les dimanches à la messe paroissiale, et qui se distribue ensuite aux fidèles; les Grecs le nomment culogie, bénédiction ou chose bénite.

Dans les premiers siècles de l'Eglise, tous ceux qui assistaient à la célébration du saint sacrifice participaient à la communion; mais lorsque la pureté des mœurs et la piété eurent diminué parmi les chrétiens, on restreignit la communion sacramentelle à ceux qui s'y étaient préparés, et pour conserver la mémoire de l'ancienne communion qui était pour tous, on se contenta de distribuer à tous les assistants un pain ordinaire bénit par une prière.

L'objet de celte cérémonie est donc le même que celui de la communion, qui est de nous rappeler que nous sommes tous enfants d'un même père et membres d'une même famille, assis à la même table, nourris par les bienfaits d'une même Providence, appelés à posséder un même héritage, frères par conséquent, et obligés à nous aimer les uns les autres. Cette leçon ne fut jamais plus

PAI

nécessaire que dans un temps où le luxe a rais une énorme disproportion entre les hommes. « Nous sommes » tous, dit samt Paul, un même pain » et un même corps, nous qui participons a la même nourriture »

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