‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 12 sur 122 · RONDELLE · texte numérisé non relu

RONDELLE

Quel instinct merveilleux que celui qui conduit ces multitudes d'êtres ailés à. travers les plaines de l'air, aux lieux où les appellent les nécessités de leur existence et de leur reproduction? quelle intelligence, à la fois obscure et lumineuse, machinale et transcendante, les emporte et les ramène de la sorte en masses innombrables par des routes sans jalons?

H en faut une ; elle n'est point dans

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l'individu; elle est dans l'ensemble ; c'est l'intelligence de la nature, machinale dans l'être qu'elle emporte, souverainement lumière en ellemême; c'est Dieu, la cause et le soutien de tous les êtres, et une des preuves de cette vérité fondamentale qui se révèle a priori au métaphysicien, comme elle se manifeste a posteriori dans toute existence, c'est qu'il y a aussiles petits insectes émigranls, tels que le Phylloxéra, dont les émigrations envahissantes sont des fléaux qu'il s'agit pour l'homme de combattre (Voy. Philloxera), et même les plantes nomades, telle que la manne des déserts d'Arabie (Voy. Manne).

Ce n'est plus même l'instiuct qui conduit ces êtres organiques de régions en régions; ce sont les harmonies générales de la nature, ses forces, les Ilots, les torrents, les vents, les tourbillons, les inondations ; mais n'est-ce pas, également, l'intelligence universelle qui pourvoit, par tous les moyens, à la multiplication de la vie et qui combine les détails entre eux de^ manière à ce que la résultante qu'elle a conçue se réalise?

Le Noir.

MIKADO ou Mikado ou Daïri ou Daïro, TAICOUN ou Cubo et DAI- MIOS (Thêol. mixt. scien. géogr. rel, et polit.) — Le Mikado ou Daïri du Japon est aujourd'hui à la fois le souverain pontife du sintos ou sintoïsme, la vieille religion de ce pays, et le souverain politique de cet empire.

Ce grand chef civil et religieux qui se prétend descendre des anciennes divinités du sintoïsme, avait toujours été regardé comme le seul souverain à tout point de vue; mais en 1583 il se lit au Japon une révolution par l'instigation de Taïko-Sama, homme de génie qui, après avoir été esclave, devint lieutenant d'un général qui s'était rendu maître de quelques provinces, et finit par réussir à usurper sur le Dairi toute la souveraineté temporelle, en sorte que ce Daïri, ou mieux Mikado, n'était plus que le souverain religieux ; les héritiers de Taïco-Sama avaient, depuis ce temps, la même puissance que le fondateur de leur dynastie, et dans

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ce pays, par conséquent, il y avait séparation des deux pouvoirs entre deux chefs également souverains chacun dans leur ordre. Mais, pourtant, c'était toujours le Mikado qui était considéré comme étant le seul souverain suprême de droit radical, primitif et originaire ; il disait, pour réserver ses droits politiques, ainsi que le fait chez les lamas du Thibet le Dalaï-Lama, à l'égard du souverain chinois, que le ïaïcoun exerçait seulement le pouvoir civil en son nom et par une concession qu'il avait jugé à propos de lui faire pour se débarrasser des soins et des embarras temporels. Les choses en étaient là, lorsque se lit, à une date assez récente quinous a été donnée, mais que nous avons oubliée, une nouvelle révolution qui renversa le Taicoun et réintégra le Mikado dans ses anciens droits sur le civil aussi bien que sur le religieux. Le palais du Taïcoun, à Ieddo, capitale politique (1), fut même, dans cette révolution, livré au pillage, et l'on y trouva ce tableau, peint sur soie, de l'enfer bouddique, que l'on a vu dans une exposition chinoise et japonaise, à Paris; les criminels y sont représentés voyant leurs vices passés dans des miroirs, et ils sont tourmentés de toutes les manières les plus affreuses par des êtres horribles dans le genre des démons de certains tableaux de Michel-Ange ; il y a des flammes ardentes et toutes sortes de supplices.

Aujourd'hui le Mikado, l'unique souverain, est, comme l'empereur de la Chine, un jeune homme à idées larges dont le gouvernement est novateur et libéral, relativement aux traditions de sa famille et de son pays ; mais les Daîmios, qui sont les grands seigneurs féodaux du Japon et les gouverneurs des provinces persistent dans des sentiments contraires ; aussi les a-t-il réduits à une condition à peu près analogue à celle de nos préfets, point capital duquel suivent une foule de réformes ; mais ceux-ci n'entendentpas accepter cette

(l) C'esl Miako qui est la capitale religieuse ; elle est située à 200 kilomètres Je Icddo, et le Mikado y a va palais magnifique de 20 kilomètres de circonférence»

transformation; ils se ré\ oltent et menacent le Mikado de lui ravir, de nouveau, sa puissance politique; ils ont organisé des forces, et une armée de rebelles, au mois de février dernier (1874), était à peu de distance de Nagasaki, grande ville très-commerçante de l'ile Kiou-Siou, dont le Daïmio est resté plus puissant que la plupart des autres.

Nous avons eu laplupartdes renseignements qui précèdent sur le Mikado redevenu l'unique souverain dans les deux ordres, contrairement à ce qu'on lit dans toute les géographies et dans tous les dictionnaires les plus modernes, par un de nos élèves, M. Paul de Turenne, qui est attaché à l'ambassade du Japon. V.Slntoisme.

Le Noir.

MILÈVE (conciles de) (Théo!, hist.

conc.) — 11 se tint à Miléve , en Afrique, au temps de saint Augustin, deux conciles, qui eurent une grande importance et une grande célébrité, et dont les actes ont été perdus ou du moins sont devenus l'objet de difficultés historiques. Le premier fut tenu en 402 et le second en 416. Le recueil d'Isidore (1) contient 27 canons sous le titre du deuxième concile de Miléve, Canones concilii milevitani secundi ; mais il suffit d'un court examen pour reconnaître que c'est une erreur : la préface de ces canons porte pourdate leconsulatd'Arcadius et d'Honorius ; or cette date ne convient point h l'année 416, pendant laquelle ce n'étaient pas Arcadius et Honorius qui étaient consuls, mais Théodose et Palladius. De plus, dans ces 27 canons, c'est Xantippe qui est donné comme le doyen et le primat des évêques de Numidie; or, saint Augustin dit dans ses lettres (128 e , 129« et 140°) que c'était Sylvain qui était ce doyen et ce primat lors du 11° concile de Miléve. Par contre, ces deux conditions, du consulat d' Arcadius et d'Honorius et de Xantippe doyen et primat, conviennent à l'année 402, à laquelle se rapporte le premier concile de Miléve.

Mais d'autres difficultés s'élèvent :

(1) Voy. Isidore di Séville et Isidore (le Pseudo).

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des 27 canons dont il s'agit, les 8 premiers concernent l'hérésie de Pelage, dont il n'était pas encore question lors du premier concile de Miléve en 402, puisqu'elle n'éclata en Afrique que vers 411. Baronius, pour cette raison, attribua ces 8 canons au concile de 416, en supposant qu'ils s'étaient trouvés réunis dans le recueil d'Isidore, à des canons d'origine différente. Mais, d'après M. Wôrter, ces 8 canons sont du concile de Cartilage de 418, attendu que le codex gandavensis, l'un des plus anciens manuscrits, et le même que celui de l'Eglise romaine, les attribue à ce concile de Cartilage, que Photius, qui possédait les actes de ces conciles, les lui attribue également, que ni la lettre synodale du concile de Miléve de 416,' ni le rescrit papal aux évêques d'Afrique, n'en font mention et qu'enfin saint Augustin y fait une sorte d'allusion dans son traité De anima et ejus origine, écrit vers la lin de 419, un an après le concile de Carthage en question.

Quant aux autres canons, depuis le canon 9 jusqu'à la fin, il parait qu'il faut les attribuer, partie au premier concile de Miléve, et partie à d'autres conciles du nord de l'Afrique; Hardouin donne au premier concile de Miléve les canons 13, 14 et 15.

La question étant ainsi résolue quant aux 27 canons du recueil d'Isidore, il reste à conclure que les actes authentiques des deux synodes de Miléve ont été perdus, et qu'on ne peut raisonner avec certitude que sur le second dont il reste la lettre synodale au pape, et la réponse du pape aux évèques d'Afrique. C'est ce qui fait la seconde partie de notre tâche dans ce petit article.

Pelage, orateur très-insinuant et très-adroit, avait réussi en Palestine, ainsi que le raconte en détail saint Augustin dans son écrit De gestis Pelagii, à se faire absoudre par le concile de Diospolis en 415, de l'accusation d'hérésie sur la doctrine de la grâce, qu'avaient élevée contre lui les deux évèques gaulois Héros et Lazare; et le pélagianïsme tendait à envahir l'Afrique, malgré la condam-

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nation dont il avait été déjà l'objet' dans la personne de Célestius, de la part d'un concile de Carthage en 412, Ce fut dans ces conjonctures que les évèques du nord africain proposèrent de soumettre les propositions de Pelage à une révision. Soixante-huit de ces évèques se réunirent dans l'année même 416 à Carthage, condamnèrent Pelage, en dépit de la décision prise à Diospolis, et envoyèrent au Pape une lettre synodale, le priant d'ajouter le poids de son autorité a.

leurs décrets. Mais aussitôt après, la même année, les évèques de Numidie tirent comme ceux de Carthage et se réunirent à Miléve au nombre de soixante et un, durant l'automne.

Saint Augustin siégeait parmi eux.

Nous avons dit que les actes de leurs délibérations sont perdus, mais qu'il reste leur lettre synodale au souverain pontife, et le rescrit de celui-ci.

Ils résument d'abord, dans cette lettre les principales propositions hérétiques de Pelage et de Célestius ; et ces propositions revenaient aux deux suivantes :

Posse hominem in hac vita, prœceptis Dei cognitis, ad tantam perfectionem jiistitise, sine adjutorio gratim Salvatoris, per solum liberum voluntatis arbitrium pervenire, ut ei non sit jam necessarium dicere : Dimitte nobis débita nostra.

Pueros quoque pai'vidos, etsi nidlis innoventur Christianse gratis sacramentis, habiluros vitam œternam.

Les évoques faisaient observer que s'il en était comme l'enseigne la première proposition, l'apôtre aurait dit en vain : Non volentis, neque currentis, sed miserentis est Dei, et que les passages x, 13delaI re épitreauxCor.,xxn, 23 de saint Luc, xxvi, 40 de saint Matth. n'auraient plus de sens.

Ilsfaisaient observer sur la seconde, que les Pôlagiens enlevaient, par elle, toute force aux textes v, n de l'ép. aux Rom. etxv, 22 delà I r0 épit.

aux Cor., en niant le péché originel et la nécessité du baptême.

Puis ils priaient le Pape decondamner ces erreurs, sans demander pourtant que Pelage et Célestius fussent séparés de la communion, alléguant

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pour raison que l'hérésie nouvelle avait déjà beaucoup d'adhérents, et qu'il convenait de l'empêcher de se propager davantage.

De plus ils se reportaient, pour plus de développements, à la lettre synodale déjà envoyée par le synode de Cartilage, et ajoutaient à leur accord, dont se chargeait un d'entre eux, l'évêque Jules, 1° un traité d'Augustin, en réponse à un écrit de Pelage; c'était le traité De naturel et gratia; 2° une lettre particulière de cinq d'entre eux : Aurélius, Alypius, Augustin, Evode et Possidius, qui était un véritable traité dogmatique sur la grâce, dans laquelle on rendait lumineuses les diiférences entre la doctrine catholique et le système pélagien.

Le pape répondit par trois tertres séparées, datées du 27 janvier 417, (VI Kalen d.Fe6ra(n\417),qu'il adhérait entièrement à leurs opinions dogmatiques, qu'il déclarait comme eux, la doctrine de Pelage hérétique et qu'il excluait Pelage et Célestius de la communion de l'Eglise jusqu'à ce qu'ils fussent revenus à la saine doctrine. Il ordonnait aussi qu'on excommuniât ceux qui persévéreraient avec opiniâtreté dans cette hérésie.

Le Nom.

MILITANTE (Eglise). En prenant le terme d'Eglise dans sa signification la plus étendue, on distingue l'Eglise militante qui est la société des fidèles sur la terre; l'Eglise souffrante; et ce sont les âmes des fidèles qui sont en purgatoire ; l'Eglise triomphante, qui s'entend des saints heureux dans le.

ciel. La première est appelée militants, parce que la vie du chrétien sur la terre est regardée comme une milice, comme un combat qu'il doit livrer au monde, au démon et à ses propres passions. Voyez Eglise.

MILL (Jnhn-Stuart) (Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Cet économiste anglais, que nous citons dans notre article Economie sociale, naquit à Londres en 1806 et mourut en France à la fin de 1872, ou au commencement de 1873. On a de lui: Système de

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logique, 2 vol. in-8°, Lond. 1842 et 1831 ; il se mit, par ce livre, à la tête d'une école qu'on a nommée l'école des associationistes , et qui procède par association des idées en se basant sur le raisonnement et l'induction; mais elle accorde trop à cette dernière; en n'admettant pas avec la fermeté du vrai logicien les principes a priori, les associationistes font écrouler tout l'édifice de la certitude humaine ; l'école de Bûchez en France mérite à peu près le même reproche; il manque à tous ces hommes la condition fondamentale, celle qui constitue le philosophe. M. Stuart Mill cherche, dans ses autres ouvrages, les applications sociales de sa logique ; Essais d'économie politique, in-8°, 1 844 ; Principes d'économie politique, 3 vol.

in-8°, 1848; c'est le même ouvrage que le précédent prenant les proportions d'un traité complet; l'auteur devient, par ce livre, un des plus forts promoteurs du libre échange ; mais, d'autre part, il y exagère les idées de Malthus sur le principe de population, donne à ce principe trop d'importance, et porte une grave atteinte, à la morale et à la liberté en ne voyant le salut des sociétés civilisées que dans des mesures législatives que prendrait l'Etat pour imposer des limites au développement de la population. Un des derniers ouvrages de Stuart Mill est intitulé la Liberté.

Somme toute, cet écrivain représenta à peu près l'école positiviste anglaise.

Le Noir.

MILLÉNAIRES. Au second et au troisième siècle de l'Eglise, on a nommé ainsi ceux qui croyaient qu'à la fin du monde Jésus-Christ reviendrait sur la terre, et y établirait un royaume temporel pendant mille ans, dans lequel les fidèles jouiraient d'une félicité temporelle, en attendant le jugement dernier, et un bonheur encore plus parfait dans le ciel ; les Grecs les ont appelés chiliastes, terme synonyme à millénaires.

Cette opinion était fondée sur le ch. 20 de l'Apocalypse, où il est dit que les martyrs régneront avec Jésus-Christ pendant mille ans; mais il est aisé de voir que cette espèce

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de prophétie, qui est très-obscure en elle-même, ne doit pas être prise à la lettre. Papias, évoque d'fliéraple, et disciple de saint Jean l'évangéliste, passe pour avoir été l'auteur de cette opinion; mais Mosheim a prouvé qu'elle vient originairement des Juifs.

Elle fut suivie par plusieurs Pères de l'Eglise, tels que saint Justin, saint Irénée, Népos, Vietoiïn, Lactance, Tertullicn, Sulpice Sévère,, Q. Julius Hilai'ion, Comrnodianus, et d'autres moins connus.

Il est essentiel de remarquer qu'il y a eu des millénaires de deux espèces ; les uns, comme Cérinthe et ses disciples, enseignaient que, sous le règne de Jésus-Christ sur la terre, les justes jouiraient d'une félicité corporelle qui consisterait principalement dans les plaisirs des sens ; jamais les Pères n'ont embrassé ce sentiment grossier; au contraire, ils l'ont regardé comme une erreur.

C'est par cette raison même que plusieurs ont hésité pour savoir s'ils devaient moitié l'Apocalypse au nombre des livres canoniques; ils craignaient que Cérinthe n'en fût le véritable auteur, et ne l'eût supposé sous le nom de saint Jean, pour accréditer son erreur.

Les autres croyaient que, sous le règne de mille ans, les saints jouiraient d'une félicité plutôt spirituelle que corporelle, et ils en excluaient les voluptés des sens. Mais il faut encore remarquer, 1° que la plupart ne regardaient point cette opinion comme un dogme de foi; saint Justin qui la suivait dit formellement qu'il y avait plusieurs chrétiens pieux et d'une foi pure, qui étaient du sentiment contraire, Dial. cum Tri/ph., n» 80. Si, dans la suite du dialogue, il ajoute que tous les chrétien., qui pensent juste sont de môme avis, il parle, delà résurrection future, ci non du règne de mille ans, comme l'ont très-bien remarqué les éditeurs de saint Justin. Barbeyrac et ceux qu'il cite ont donc tort de dire que ces Pères soutenaient le règne 'de mille ans comme une vérité apostolique, Traité de la morale dis Véres, c. 1, p. 4, n. 2.

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2° La principale raison pour laquelle les Pères croyaient ce règne, est qu'il leur paraissait lié avec le dogme de la résurrection générale; les hérétiques qui rejetaient l'un, niaient aussi l'autre. Cela est clair par le passage cité de saint Justin, et par ce que dit saint Irénée, Adv.

Hser., liv. 5, c. 31, n. 1. Ainsi, lorsqu'il traite d'hérétiques ceux qui ne sont pas de son avis, quoiqu'ils passent, dit-il, pour avoir une foi pure et orthodoxe, cette censure ne tombe pas tant sur ceux qui niaient le règne de mille ans, que sur ceux qui rejetaient la résurrection future, comme les valentiniens, les marciouites et les autres gnostiques.

3° Il s'en faut beaucoup que ce sentiment ait été unanime parmi les Pères. Origèue, Denis d'Alexandrie, son disciple; Caïus, prêtre de Rome; saint Jérôme et d'autres, ont écrit contre le prétendu règne de mille ans, et l'ont rejeté comme une fable.

Il n'est donc pas vrai que cette opinion ait été établie sur la tradition la (ilas respectable ; les Pères ne fout point tradition lorsqu'ils disputent sur une question quelconque. Les protestants ont mal choisi cet exemple pour déprimer l'autorité des Pères et de la tradition, et les incrédules qui ont copié les protestants ont montrébien peu de discernement.

Mosheim a fait voir qu'il y avait parmi les Pérès au moins quatre opinions dill'érentes Louchant ce prétendu règne de mille ans, Eist. christ., ssec. 3, § 38, note.

Quelques auteurs ont parlé d'une autre espèce de millénaires, qui avaient imaginé que de mille ans en mille ans il y avait pour des damnés une cessation des peines de l'enfer; celle rêverie était encore fondée sur l'Apocalypse. Bergier.

MILLERISTESADVENTISTES (les) (Théol. hist. sect. rel.) — Ces sectaires portent le nom à'Adventistes, parce qu'ils annoncent un prochain avènement du Seigneur. « William Miller, dit M. Gains, prêcha en 1833, dans les rues et les places de New- York et de Boston, que la fin du monde était

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proche et qu'il fallait se préparer par la pénitence à une venue prochaine du Seigneur. Il se fondait sur le chapitre vin de Daniel, en prétendant que les deux mille trois cents jours dont il y est question sont autant d'années ; d'après son calcul le monde ne devait exister que pendant dixlmit cent dix ans après la résurrection, d'où il suivait qu'il devait être détruit en 1843. »

Malheureusement le monde survécut à la fatale année; alors Miller révisa ses calculs et reconnut qu'il s'était trompé, mais de quatre années seulement, en sorte qu'il renvoya le grand dénouement au 23 octobre de l'année 1847. Le jour prédit arriva, et déception nouvelle. Cependant les fidèles de Miller ne perdirent pas la foi ; la preuve en est qu'il existe encore environ 30,000 Adventistes qui attendent à tout moment la lin du monde : A chaque instant un ange va venir les enlever au ciel en corps et en âme pour former le cortège du Sauveur revenant juger la terre. Ils ont un journal qui en est peut-être à présent à son o0° volume et qui est intitulé YAdvent Herald. Ce journal n'ose plus hasarder la détermination du jour fatal, mais il dit que « l'humanité est dans l'attente et a besoin de nouvelles révélations pour être mieux éclairée. »

« Au moment, ajoute M. Gams, où devaient se réaliser à deux époques différentes, les prophéties de Miller sur la fin du monde, les Adventistes interrompirent tous leurs travaux.

Concorde, petite ville du New-Hampshire, se laissa presque tout entière gagner par cette imposture ; les habitants des environs de Boston vendaient leurs propriétés pour contribuer à établir la tente sous laquelle les fidèles, vêtus de blanc, devaient attendre leur ascension au ciel. La spéculation elle-même s'empara de la folle préoccupation de ces fanatiques, et on put lire sur les affiches des magasins : « Magniiiques vêtements blancs, à très-bon marché, pour toute taille et d'après la dernière mode, pour l'ascension du 23 octobre. » A Boston la foule remplit la tente pendant toute la nuit, prêtant l'oreille

au premier son de la trompette qui devait leur donner le signal du départ. On n'entendit pas de trompette, et la salle d'attente fut transformée plus tard en salle de spectacle (1). »

Le Noir.

MILNE EDWARDS (Théol. hist.

biog. et bibliog.) — V. Edwards.

MILTIADE (Théol hist. biog. et bibliog.) — Cet apologiste du n c siècle est nommé par Tertullicn Ecclesiarum sophista et mis par lui, à côté de Justin et d'Irénée, parmi les auteurs sanctitate etprœstantia, qui réfutèrent les Valentiniens dans des ouvrages instruit issimis. Il fit un livre contre les Montanistes, dont il est parlé dans Eusèbe, qui ajoute que « Miltiade laissa encore d'autres preuves de son zèle théologique dans les écrits qu'il dirigea contre les Grecs (les païens) et contre les Juifs. » Que « chacun de ces ouvrages contient deux livres » et qu'il composa en outre « une apologie de la philosophie (c'est-à-dire du christianisme) qu'il professait, laquelle était adressée aux gouverneurs des provinces. »

Saint Jérôme parle de même de Miltiade et vante surtoutson écrit Contra gentes qu'il nomme volurnen egregium.

MILTON (Jean) (Théol. hist. biog.

et bibliog.). — Ce grand poète épique de l'Angleterre, né à Londres en 1008 mourut près de Bunhill-Fields en 1G74.

Ilperditlavue dès 16S2, et de cemoment, fut assisté par deux des trois filles qu'il avait eues de sa première femme, — il se maria Irois fois — lesquelles faisaient près de lui l'oflice de lectrices en huit langueskjuoiqu'elles ne connussent que l'anglais. Milton était républicain et fut inquiété non sans motif lors du rétablissement de la royauté, mais fut pourtant sauvé par des amis; son livre fameux Pro populo anglicano, que traduisit notre Mirabeau sous le titre Théorie de la royauté, le prouve avec éclat; il prouve même qu'il avait applaudi à l'exécution de Charles I er . Sa première

(1) Ami de la Religion, 29 uai 1852.

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femme s'était séparée de lui pour cette raison, et pourtant lui était revenue. Milton acheva son Paradis perdu au temps de la peste de Londres, dans le Cfimté de Buckingham, et le publia en ] 67 . On publia ses ouvrages en prose, Histoire d'Angleterre, etc., à Londres en 1608. On lui a élevé un monument à Westminster. On l'avait surnommé, au collège de Cambridge, à cause de la délicatesse de ses traits, la dame du collège du Christ. Il avait débuté par quelques petites pièces parmi lesquelles un cite le Camus.

Milton est un très-grand poëte, un des plus grands qu'ait produits l'humanité; il vient, après Homère et "Virgile, à la suite de Dante. C'est l'idée religieuse qui a la gloire d'avoir produit ces premiers génies du grand art. Le Noir.

MINÉENS. C'est le nom que saint Jérôme, dans sa lettre 89, donne aux nazaréens, qu'il suppose être une secte de juifs. Voyez Nazaréens. Aujourd'hui les rabbins appellent minium ou minéens les hérétiques, ceux qui ont une religion différente de la leur; ce terme hébreu nous parait synonyme au mot Secte, Séparation, Schisme.

Bergier.

MINEURE. Seconde thèse de théologie que doit soutenir un bachelier en licence, sur la troisième partie de la Somme de saint Thomas, qui traite des sacrements : cette thèse dure six heures. Voyez Degré.

Bergier.

MINEURS (ordres). On distingue quatre ordres mineurs, qui sont ceux d'acolyte, de lecteur, d'exorciste, et de portier. Voyez-les chacun sous leur nom. Ils sont appelés mineurs, parce que leurs fonctions ne sont pas aussi importantes que celles des ordres majeurs.

Plusieurs théologiens pensent que le sous-diaconat et les quatre ordres mineurs sont des sacrements; et comme l'on convient qu'aucun ordre ne peut être reçu deux fois, ils contluent que tout ordre, soit majeur,

soit mineur, imprime un caractère ineffaçable. Les Grecs et les autres chrétiens orientaux séparés de l'Eglise catholique, regardent comme des ordres le sous-diaconat, l'office de lecteur et celui des chantres ; ils n'admettent point d'autres ordres mineurs. Cette différence de sentiments est cause que la plupart des théologiens estiment que ces ordres ne sont pas des sacrements, Perpét.

de la foi, t. 5, 1. 3, c. G. Vuyez Ordre.

Bergier.

MINEURS (frères), religieux de l'ordre de saint François. C'est le nom que les cordeliers ont pris dans leur origine, par humilité ; ils se sont appelés fratres minores, moindres frères, et quelquefois minoritse.

Voyez Franciscain, Cordelier.

Bergier.

MINEURS (clercs). C'est une congrégation de clercs réguliers qui doit son établissement à Jean-Augustin Adorne, gentilhomme génois ; il l'institua l'an 1588 à Naples, avec Augustin et François Caraccioli : en IGOo le pape Paul V approuva leurs constitutions. Leur général réside à Rome, dans la maison de Saint-Laurent, et ils ont un collège dans la même ville, à Sainte-Agnès de la place Navone.

Leur destination, comme celle des autres clercs réguliers, est de remplir exactement tous les devoirs de l'état ecclésiastique. Voyez Clerc régulier.

Bergier.

MINGRÉLIENS, peuples de l'Asie qui habitent l'ancienne Colchide, ou les pays situés entre la mer Noire et la mer Caspienne ; nous n'avons à parler que de leur religion.

Elle est à peu près la même que celle des Grecs ; mais c'est un christianisme très- corrompu. Quelques historiens ecclésiastiques ont dit que le roi, la reine et les grands de la Colchide, en Ibôrie, avaient été convertis à la foi chrétienne par une fille esclave, sous le règne de Constantin.

Socrate, liv. 1, c. 20; Sozomène, 1. 2, c. 7. D'autres prétendent que ces peuples doivent la connaissance du

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christianisme a un nommé Cyrille, que les Esclavons nomment en leur langue Chiusi, qui vivait vers Tan 806.

Peut-être la religion s'était-elle éteinte dans ce pays-là pendant le temps qui s'est écoulé depuis le cinquième siècle jusqu'au neuvième. Les Mingréliens montrent sur le bord de la mer, près du Meuve Corax, une grande église, dans laquelle ils assurent que saint André a prêché ; mois ce fait est trèsapocryphe. Le primat ou principal évêque de la Mingrélie y va une fois dans sa vie pour y consacrer l'huile sainte ou le chrême, que les Grecs appellent myron. Autrefois ces peuples reconnaissaient le patriarche d'Antioche; aujourd'hui ils sont soumis à celui de Constantinople. Ils ont néanmoins deux primats de leur nation, qu'ils nomment catholicos, l'un pour la Géorgie, l'autre pour la Mingrélie. Il y avait autrefois douze évêchés; il n'eu reste que sis, parce que les six autres ont été changés en abbayes.

Ce que disent quelques voyngeurs des richesses du primat et des évèques mingréliens, du la magnificence de leur habillement, des extorsions qu'ils font, et des sommes qu'ils exigent pour la messe, pour la confession, pour l'ordination, etc., ne s'accorde guère avec ce que d'autres relations nous apprennent de la pauvreté de ce peuple en général ; il doit y avoir exagération de part ou d'autre. Il est plus aisé de croire ce que l'on nous raconte touchant l'ignorance et la corruption du clergé en général, et des particuliers de cette nation. L'on dit que les évèques, quoique fort déréglés dans leurs mœurs, se croient néanmoins très-réguliers, parce qu'ils ne mangent point de viande, et qu'ils jeûnent exactement le carême, qu'ils disent la messe selon le rit grec, mais avec peu de cérémonies et beaucoup d'irrévérence; que les prêtres peuvent se marier, non-seulement avant leur ordination, mais après, passer même à de secondes noces, avec une dispense ; que les évoques yont à la chasse et à la guerre avec leur souverain, etc.

Aussitôt qu'un enfant est venu au monde, un prêtre lui fait une onction

du chrême en forme de croix sut- le front, et diffère le baptême jusqu'à l'âge d'environ deux ans; alors on baptise l'enfant en le plongeant dans l'eau chaude ; on lui fait des onctions presque sur toutes les parties du corps, on lui donne à manger du pain bénit et du vin à boire. Ces prêtres n'observent pas exactement la forme du baptême ; et au lieu d'eau, ils se sont quelquefois servis de vin pour baptiser les enfants des personnes considérables. Lorsqu'un malade les appelle, ils ne lui parlent point de confession, mais ils cherchent dans un livre la cause de sa maladie, et l'attribuent à la colère de quelqu'une de leurs images qu'il faut apaiser par des offrandes.

Il y a en Mingrélie des religieux de Tordre de saint Basile, que l'on appelle lierres ; ils sont habillés comme les moines grecs, et observent la même façon de vivre. Un abus trèscondamnable est que les pères et mères sont les maîtres d'engager à cet état leurs enfants dès luge le plus tendre, et avant qu'ils soient en état de faire un choix. Il y a aussi desreligieuses de cet ordre qui observent les mêmes jeûnes et la même abstinence que les moines, et qui portent un voile noir; mais elles ne gardent point la clôture et ne font point de vœux ; elles peuvent renoncer à cet état quand il leur plaît.

Les églises cathédrales sont propres, ornées d'images peintes, et non en relief, enrichies, dit-on, d'or et de pierreries; mais les églises paroissiales sont très-nègligées. On ajoute que les Mingréliens ont beaucoup de reliques précieuses qui leur furent portées par les Grecs, lorsque Constantinople fut prise par les Turcs, entre autres un morceau de la vraie croix long de huit pouces; mais la bonne foi des Grecs, en fait de reliques, a été de tout temps sujette à caution.

C'est plus qu'il n'en faut pour juger que les Mingréliens sont un peuple ignorant, superstitieux, corrompu, dont toute la religion consiste en pratiques extérieures souvent abusives.

Ils ont quatre carêmes, l'un de quarante-huit jours avant Pâques, l'autre

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da quarante jours avant Noël, le troisième d'un mois avant la fête de saint Pierre, le quatrième de quinze jours à l'honneur Ûe la sainte Vierge. Leur grand saint est saint Georges, qui est aussi le patron particulier des Géorgiens, des Moscovites et des Grecs.

Ils rendent aux images un culte qu'il est difficile de ne pas taxer d'idolâtrie; ils leur offrent des cornes de cerf, des défenses de sanglier, des ailes de faisans et des armes, afin d'avoir un heureux succès à la chasse et à la guerre. On prétend même qu'ils font, comme les Juifs, des sacrifices sanglants, qu'ils immolent des victimes, et les mangent ensemble; qu'ils égorgent des animaux sur la sépulture de leurs parents; qu'ils y versent du vin et de l'huile, comme faisaient les païens. Ils s'abstiennent de viande le lundi, par respect pour la lune, et le vendredi est pour eux un jour de fête. Ils sont très-grands voleurs; le larcin ne passe pas chez eux pour un crime, mais pour un tour d'adresse qui ne déshonore point ; celui qui en est convaincu, en est quitte pour une légère amende.

Les théatins d'Italie ont établi, en 1627, une mission en Mingrélie, de même que les capucins en Géorgie, et les Dominicains en Circassie ; mais le peu de succès de ces missions les a fait souvent négliger et même abandonner entièrement. On conçoit que des peuples qui ont ajouté aux préjugés et à l'antipathie des Grecs les erreurs les plus grossières en fait de religion, ne sont pas fort disposés à écouter des missionnaires latins.

D. Joseph Zampi, théatin, Relation de Mingrélie ; Cerry, Etat présent de l'Eglise romaine; Chardin, Voyage de Perse, etc.

Beiigieii.

MINIMES. Ordre religieux fondé dans la Galabre par saint François de Paule, l'an 1436, confirmépar Sixte IV en 1474, et par Jules II en 1507. On donne à Paris le nom de bonshommes aux religieux de cet institut, parce que les rois Louis XI et Charles VIII les nommaient ordinairement ainsi, ou plutôt parce qu'ils furent d'abord établis dans le bois de Vincennes,

dans le monastère des religieux de Grandmont, que l'on appelait les bonshommes. En Espagne, le peuple les appelle les pères de la Victoire, à cause d'une victoire que Ferdinand V remporta sur les Maures, et qui lui avait été prédite par saint François de Paule.

Ce saint par humilité fit prendre à ses religieux le nom de minimes, c'està-dire les plus petits, comme pour les rabaisser au-dessous des franciscains, qui se nommaient frères mineurs.

Outre les trois vœux monastiques, les minimes en font un quatrième, d'observer un carême perpétuel; c'est-àdire de s'abstenir de tous les mets dont on ne permettait pas autrefois l'usage en carême. L'esprit de leur institut est la retraite, la mortification et le recueillement. Cet ordre a donné aux lettres quelques hommes" illustres, entre autres le père Mersenne, contemporain et ami de Descartes.

MINISTRE signifie serviteur. Saint Paul nomme les apôtres ministres de Jésus-Christ , et dispensateurs des mystères de Dieu, I. Cor., c. 4, f 1.

Lorsqu'un ecclésiastique se dit ministre de l'Eglise, il se reconnaît serviteur de la société des fidèles; et s'il ne leur rendait aucun service, il manquerait essentiellement au devoir de son état.

Il n'est pas nécessaire, sans doute, que tous remplissent les fonctions de pasteurs ; mais il est du devoir de tous de contribuer en quelque chose au culte de Dieu et au salut des fidèles, au moins par la prière et par le bon exemple. Selon la règle tracée par Jésus-Christ, l'homme le plus grand dans l'Eglise est celui qui lui rend le plus de services. « Que celui, dit-il, » qui veut èlre le premier soit le ser- » viteurde tous... Le Fils de l'homme » n'est pas venu pour être servi, mais » pour servir les autres. » Marc., cap. 9, ^ 34; c. 10, f 45. Par la même raison, celui qui n'en rend aucun est le dernier de tous et le plus méprisable.

Saint Paul nous fait remarquer qu'il y a des devoirs et des fonctions

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de plus d'une espèce : s'instruire soimême pour se rendre capable d'instruire les autres, contribuer à la pompe et à la majesté du service divin, enseigner, catéchiser, prêcher, exhorter, assister les pauvres, consoler ceux qui souffrent, soulager les pasteurs d'une partie de leur fardeau : tout cela, dit l'apôtre, sont des dons de Dieu ; chacun doit en user selon la mesure de la grâce et du talent qu'il- a reçus, Rom., c. 12, y 6. Qu'aurait-il dit de ceux qui jugent ces fonctions indignes d'eux, qui croient avoir acquis, par une dignité ou par un bénéiice, le privilège d'être oisifs, qui préfèrent l'honneur d'être serviteurs d'un prince ou d'un grand, à celui de servir l'Eglise?

A la naissance de la prétendue réforme, les prédicants prirent le titre de ministres du saint évangile : le nom seul de ministres leur est resté; et comme ils rendent moins de services aux fidèles que les pasteurs catholiques, il est naturel qu'ils soient aussi moins respectés. Cet exemple nous convainc que les peuples ne sont point dupes des apparences; qu'ils estiment les hommes à proportion de l'utilité qu'ils en retirent; que le faste et l'orgueil ne leur en imposent point.

Bergieh.

MINISTRE DES SACREMENTS. En parlant de chacun des sacrements en particulier, nous avons soin de dire qui en est le ministre, ou qui a le pouvoir de l'administrer. Tout homme raisonnable qui sait ce que c'est que le baptême, peut le donner validement. Dieu a voulu que cela fût ainsi, à cause de la nécessité de ce sacrement : mais les protestants ont tort de prétendre qu'il en est de même de tous les autres; que, pour en être le ministre, il n'est pas nécessaire d'être revêtu d'aucun caractère : l'Evangile nous enseigne clairementle contraire.

C'est à ses disciples, et non à d'autres, qua Jésus-Christ a dit, en instituant l'eucharistie : Faites ceci en mémoire de moi; les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez, etc. Les fidèles baptisés recevaient le Saint- Esprit par l'imposition des mains des

apôtres, mais ils ne le donnaientpas.

Saint Paul ne parlait pas du commun des chrétiens, mais des apôtres, lorsqu'il disait : « Que l'homme nous re- » garde comme les ministres de Jésus- » Christ, et les dispensateurs des mys- » tères ou des sacrements de Dieu. »

I Cor., c. 4, y 15. C'est à Tite et à Timothée, et non aux simples fidèles, qu'il donnait lacommission d'imposer les mains à ceux qu'il fallait destiner au sacerdoce. Saint Jacques veut que l'on s'adresse aux prêtres de l'Eglise, et non aux laïques, pour recevoir l'onction en cas de maladie.

Le concile de Trente n'a donc pas eu tort, sess. 7, can. 10, de condamner les protestants, qui soutiennent que tous les chrétiens ont le pouvoir de prêcher la parole de Dieu et d'administrer les sacrements. Eux-mêmes n'accordent pas à chaque particulier le droit de faire ce que font leurs ministres ou leurs pasteurs; mais les réformateurs trouvèrent bon d'enseigner d'abord le contraire, soit pour flatter leurs prosélytes, soit pour persuader qu'ils n'avaient pas besoin de mission.

Le même concile, ibid., can. H, a décidé que, pour la validité d'un sacrement, il faut que le ministre ait au moins l'intention de faire, par cette action, ce que fait l'Eglise. Dès lors les protestants n'ont pas cessé de nous reprocher que nous faisons dépendre le salut des âmes de l'intention intérieure d'un prêtre, chose de laquelle on ne peut jamais avoir aucune certitude.

Mais si les protestants attribuent quelque vertu au baptême donné à un enfant, peuvent-ils croire que ce sacrement serait valide et produirait son elfet, quand même il serait administré par un impie qui n'aurait point d'autre dessein que de se jouer de cette cérémonie, de tromper les assistants, ou de causer la mort de l'enfant par un poison mêlé avec l'eau?

Des étrangers, qui n'entendent pas la langue dont un ministre se sert, ne peuvent pas être sûrs qu'il n'a pas changé les paroles du baptême, et que leur enfant est validement baptisé. Eux-mêmes peuvent en imposer, et dire que leur enfant a été baptisé

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pendant qu'il n'en est rien. Quelques anglicans ont eu la bonne foi d'avouer qu'ils tombent dans le même inconvénient que nous, en exigeant qu'un ministre des sacrements ait été validement ordonné. Soutiendra-t-on que, si 1 eucharistie était consacrée avec le fruit de l'arbre à pain, et avec une liqueur qui ressemblerait à du vin, mais qui n'en serait pas, le sacrement n'en serait pas moins valide? Voilà des supercheries qui peuvent tromper les hommes les plus attentifs.

Il ne s'ensuit pas de là que nous mettons le salut des âmes à la discrétion des prêtres : nous croyons, tout comme les protestants, que le désir du baptême en tient lieu, lorsqu'il n'est pas pussible de le recevoir en elfet; à plus forte raison, le désir des autres sacrements peut- il y suppléer, et nous obtenir la grâce divine, lorsqu'on ne peut pas faire autrement.

Voyez Sacrements.

Berc.ier.

MINUTIUS FÉLIX, orateur ou avocat romain, né en Afrique, vivait au commencement du 111 e siècle; il a écrit, vers l'an 211, un dialogue intitulé Octaoius, dans lequel il prouve l'absurdité du paganisme, la sagesse et la vérité du christianisme. Cet ouvrage, qui est très-court, a été singulièrement estimé dans tous les temps, soit à cause de la beauté du style, soit à cause des faits et des réflexions qu'il renferme. Il y en a eu plusieurs bonne.s éditions en Angleterre, en Hollande et en France : au mot Paganisme, § 10, nous donnerons un court extrait de cet ouvrage (1).

(1) Mintitius Félix raconte lui-même ainsi qu'il suit, ce qui avait donné lien à son dialogue VOctavius : « Minutius avait un ami nommé Cécilius Naialis, qui demeurait avec lui à Rome et qui était encore païen. Un autre de ses amis, l'avocat Januaius Octave, avait embrassé, avec Minutius, la foi chrétienne, mais il avait quitté Rome. Etant venu un Tourfttire visite à ses ami-, les trois jeunes gens Erent une promenade ensemble. En passant devant une statue de Sérapis, Cécilius, suivant la coutume des païens, envoya nu baiser à l'idole. Octave fit une critique aiuère de cette coutume, ce qui amena «ne conversation sur le mérite des religions païenne et chrétienne. Minutius fut choisi comme arbitre ; les deux amis plaidèrent dovant lui eu faveur de leur religion, Cécilius d'abord, puis Octave. Ce dernier ayant achevé sa plaidoirie, Cécilius déclara, sans attendre la décision de Miautius, qu'il était

Barbeyrac, qui ne voulait pas qu'aucun auteur ecclésiastique put échapper à sa censure, a fait plusieurs reproches à celui-ci. Il tourne en ridicule ce qui a été dit par cet écrivain et par d'autres Pères, touchant la figure de la croix; nous les avons justifiés ailleurs. Yoy. Croix.

Il dit que Minutius Félix condamne absolument les secondes noces, et les regarde comme un adultère. Cela est vrai à l'égard des secondes noces et des suivantes, qui se faisaient après les divorces; nous soutenons qu'en cela les Pères avaient raison, et qu'ils n'ont rien dit de trop, eu égard à la licence qui régnait alors chez les païens. Voyez Bigame. Le sens de notre auteur est évident par le passage que Barbeyrac a cité lui-même, Octav., c. 24. « Il y a, dit Minutius, » des sacrifices réservés aux femmes » qui n'ont eu qu'un mari; et il y en « a d'autres pour celles qui en ont eu » plusieurs : on cherche scrupuleused ment celle qui peut compter un « plus grand nombre d'adultères. »

Nous ne pensons pas qu'il soit ici question de celle qui avait enterré un plus grand nombre de maris, mais de celle qui avait fait un plus grand nombre de divorces.

Il trouve mauvais que Minutius Félix et d'autres anciens aient réprouvé dans un chrétien l'usage de se couronner de fleurs; usage, selon lui, très-indifférent : il l'est, sans doute, si on le considère absolument en luimême; mais il ne l'était pas, suivant les mœurs des païens. Si l'on veut se donner la peine de lire le Livre de ïertullien, de Corona, l'on verra qu'aucune des causes pour lesquelles les païens se couronnaient, n'était absolument innocente; que toutes tenaient plus ou moins à l'idolâtrie ou au libertinage. Voy. Couronne.

La censure de Barbeyrac est fausse et injuste à tous égards.

Bergier.

MIRABEAU ( Honoré- Gabriel -Riquetti comte de) (Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce grand orateur qui

vaincu, et il promit do se faire instruira plus à fond des vérités de la foi et de demander ie baptême, i

Ll Naia,

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passe pour le plus fort de tous ceux que la France a produits, et dont la jeunesse fut si dissipée que son père fut obligé de le faire enfermer, naquit en 1749, fut rejeté par la noblesse de nos Etats-Généraux de 1789, mais nommé représentant par le Tiers-État, tonna, ainsi qu'on le sait, comme la foudre, dans l'Assemblée constituante, ne résista pas, à ce qu'il paraît, aux propositions d'argent que lui lit la cour, et commença d'écraser les Jacobins, mais mourut d'une maladie aiguë en 1791. Ses cendre»:; furent déposées au Panthéon, mais en fieront retirées plus tard pour y être remplacées par celles de Marat. On a de Mirabeau :

Histoire secrète de la cour de Berlin ; un livre sur la Bastille et les lettres de cachet ; Lettres sur la banque de saint Charles ; Lettres à Sophie ; Monarchie prussienne ; des écrits politiques, et les grands discours dont l'histoire parlementaire de son temps est remplie.

MIRACLE. Dans le sens exact et philosophique, un miracle est un événement contraire aux lois de la nature, et qui ne peut être l'effet d'une cause naturelle. Toutes les définitions que l'on a données des miracles reviennent à celle-là, quoique les philosophes elles théologiens aient varié dans les termes dontils se sont servis.

Jamais on n'a tant écrit sur cette importante matière que dans notre siècle; elle serait assez éclaircie, s'il n'y avait pas toujours des raisonneurs intéressés par système à l'embrouiller.

On peut la réduire à quatre questions :

1° Un miracle est-il possible? 2° Si Dieu en faisait un, pourrait-on le discerner d'avec un fait naturel, et le prouver? 3° Les miracles peuvent-ils servir à confirmer une doctrine et une religion? 4° Dieu en a-t-il fait véritablement pour servir de témoignage à la révélation? On comprend que nous sommes forcé d'abréger toutes ces questions.

1. Un miracle est-il possible ? Personne ne peut en douter, dès qu'il admet que c'est Dieu qui a créé le monde, et qu'il l'a fait avec une pleine liberté, en vertu d'une puis-

sance infinie. En effet, dans cette hypothèse, qui est la seule vraie, c'est Dieu qui règle l'ordre et la marche de l'univers, tels qu'ils sont; c'est lui qui a établi la liaison que nous apercevons entre les causes physiques et leurs effets, liaison de laquelle nous ne pouvons point donner d'autre raison que la volonté de Dieu; c'est lui qui a donné aux divers agents tel degré de force et d'activité qu'il lui a plu : tout ce qui arrive est un effet de cette volonté suprême, et les choses seraient autrement, s'il l'avait voulu (1).

Cet ordre qu'il a établi est connu aux hommes par l'expérience, c'est-àdire par le témoignage constant et uniforme de leurs sens ; témoignage qui est le même depuis six mille ans.

Les détails de cet ordre sont ce que nous nommons les lois de la nature, parce que c'est l'exécution de la volonté du souverain arbitre de toutes choses. Ainsi il est constant, par l'expérience, que quand un homme est mort, c'est pour toujours; telle est donc la loi de la nature; s'il arrive qu'un homme ressuscite, c'est un miracle, puisque c'est un événement contraire au cours ordinaire de la nature, une dérogation à la loi générale que Dieu a établie, un effet supérieur aux forces naturelles de l'homme. De même il est constant, par l'expérience, que le feu appliqué au bois le consume ; ainsi, lorsque Moïse vit un buisson embrasé qui ne se consumait point, il eut raison de penser que c'était un miracle, et non l'effet d'une cause naturelle.

Mais Dieu, en réglant de toute éternité qu'un homme mort le serait pour toujours, que le bois serait consumé par le feu, ne s'est pas ôtô à lui-même le pouvoir de déroger à ces deux lois, de rendre la vie à un homme mort,

(1) ft Dieu peut-il faire îles miracles, c'est-à dire x peut-il déroger aux lois qu'il a établies ? Cette » question, sérieusement traitée, répund J. J. Rousi seau, serait impie si elle n'était absurde ; ce se- » rait faire trop d'honneur à celui qui la résoudrait i négativement, que de 1* punir : il suffirait del'eu- » fermer. Mais aussi quel homme a jamais nié que » Dieu pût faire des miracles ? Il fallait être Hé- » bren pour demander si Dieu pouvait dresser des » tables dans le désert, a {Lettres de ta Aîonttpgne.)

Gousset»

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de conserver un buisson au milieu d'un feu, lorsqu'il le jugerait à propos, afin de réveiller l'attention des hommes, de les instruire, de leur intimer des préceptes positifs. S'il l'a fait à certaines époques, il est clair que cette exception à la loi générale avait été prévue et résolue de Dieu de toute éternité, aussi bien que la loi ; qu'ainsi la loi et l'exception, pour tel cas, sont l'une et l'autre l'effet de la sagesse et de la volonté éternelle de Dieu, puisque, avant de, créer le inonde, Dieu savait ce qu'il voulait faire et ce qu'il ferait dans toute la durée des siècles.

Lorsque, pour prouver l'impossibilité des miracles, les déistes disent que Dieu ne peut pas changer de volonté, défaire ce qu'il a fait, déranger l'ordre qu'il a établi; que cette conduite est contraire à la sagesse divine, etc., ou ils n'entendent pas les termes, ou ils en abusent. C'est trèslibrement, et sans aucune nécessité, que Dieu a établi tel ordre dans la nature; il pouvait le régler autrement. 11 ne tenait qu'à lui de décider que du corps d'un homme mort et mis en terre il renaîtrait un homme, comme d'un gland semé il renaît un chêne; la résurrection n'est donc pas un phénomène supérieur à la puissance divine. Quand il ressuscite un homme , il ne change point de volonté, puisqu'il avait, de toute éternité, résolu de le ressusciter, et de déroger ainsi à la loi générale. Cette exception ne détruit point la loi, puisque celle-ci continue à s'exécuter, comme auparavant, à l'égard de tous les autres hommes. (I) Une résurrec-

(1) Quand on dit «[ti'un miracle est une interruption dans lea lois ordinaires de ia nature, cola no signifie joint qu'on miracle Bnspend l'effet de tontes les lois physiques dans l'univers ; il suspend seulement l'effet de la loi particulière qui était applicable à tel corps. Lorsqne Dieu apparut à Moïse dans un buisson ardent qui ne se consumait point, il n'ôta point au feu en général la force de biùler le bois, il ne suspendit point dans le reste de l'univers la loi selon laquelle tout bois enflammé se consume ; il n'oia cette force qu'au volume de feu particulier qui embrasait le buisson, partout ailleurs le fou continuait d'opérer son effet naturel. Lorsque Josué arrêta le soleil, ou plutôt le cours do la lumière jetée suc la terre par le soleil, et qu'il en résulta vingt-quatre heures de jour continuel, il ne fut pas nécessaire de suspendre la marche do tous ■les corps célestes, mais seulement de faire décrire

tion neporle donc a-icune atteinte à.

l'ordre établi, nia la sagesse éternelle dont cet ordre est l'ouvrage. De même que l'ordre civil et l'intérêt de la société exigent que le législateur déroge quelquefois à une loi, et y fasse une exception dans un cas particulier, le bien général des créatures exige aussi quelquefois que Dieu déroge à quelqu'une des lois physiques, en faveur de l'ordre moral, pour instruire et corriger les hommes, pour leur intimer des lois positives, etc.

Cela n'est pas nécessaire, disent les déistes : Dieu n'est-il donc pas as puissant pour nous faire connaître, sans miracle, ce qu'il exige de nous?

Prouvera-t-on qu'il lui est plus aisé de ressusciter un mort, que de nous éclairer?

Nous répondons que rien n'est impossible ni difficile à une puissance infinie; qu'il est donc absurde d'argumenter sur ce qui est, plus facile ou difficile à Dieu. Mais nous supplions nos adversaires de nous dire de quel moyen Dieu doit se servir pour nous imposer une loi positive;

de quelle manière Dieu a

sy

prendre pour donner une religion vraie à Adam et aux patriarches, aux juifs, aux païens, pour tirer de l'idolâtrie toutes les nations qui y étaient plongées. Lorsqu'ils l'auront assigné, nous nous chargeons de leur prou que ce moyen quelconque sera un miracle. En effet l'ordre de la nature que Dieu a établi [n'est point d'instruire immédiatement par lui-même chaque homme en particulier, mais do l'instruire par l'organe des antres hommes, par dos fait-, par l'e: péaienee, par la réflexion. Ainsi, vot I t que Dieu instruise chaque individu par une révélation ou une inspii , lion particulière, ite exigent réellemei miracle pour chacun, mais miracle très-suspect, qui favoris ni! l'illu ion et le fanatisme, ou qui ressemblera

une ligne cour! e aux rayons solaires. C'est donc une vaine objection de la part des in rédules de soutenir que, par un miracle, Dion suspei rirait le cours entier de la nature, dérangerait la machine de l'univers ; il ne fait qu'interrompre rla s un corps particulier l'effet de la loi générale qui continue rt'o erer partout ailleurs, — Bergier, Traité de la vraie Hctiyion.

Gousset»

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à l'instinct général auquel nous ne sommes pas les maîtres de résister. Aussi tous ceux qui ont nié la possibilité des miracles, ont été forcés de soutenir l'impossibilité d'une révélation.

Les athées et les'matérialistes, qui disent que l'ordre de la nature et ses lois sont immuables, puisque c'est une suite de la nécessité éternelle et absolue de toutes choses, ne sont pas plus raisonnables. Outre qu'il est absurde d'admettre un ordre sans une intelligence qui ordonne, des fois sans législateur, et une nécessité dont on ne peut donner aucune raison, il l'est encore de borner, sans aucune cause, la puissance de la nature. Lorsque Spinosa a dit que, s'il pouvait croire la résurrection de Lazare, il renoncerait à son système, Bayle lui a fait voir qu'il déraisonnait : puisque, selon Spinosa, la puissance de la nature est infinie, de-quel droit pouvait-il regarder comme impossible aucun des événements merveilleux rapportés dans l'Ecriture sainte? bict. Crit.

Spinosa, R. Un matérialiste plus moderne a senti cette inconséquence; mais il ne l'a évitée que par une contradiction. Il dit que nous ne savons pris si la nature n'est point occupée à produire des êtres nouveaux, si elle ne rassemble pas des éléments propres à faire éclore des générations toutes nouvelles, et qui n'auront rien de commun avec celles qui existent à présent. Syst. de la ÎSat., i re part. c. 6, p. 86. Ainsi, selon ce philosophe, tout est nécessaire, et tout pont changer.

Par la même raison, nous ne savons pas si, du temps de Moïse, la nature n'a pas fait éclore toutes les plaies de l'Egypte, la séparation des flots de la mer Rouge, la manne du désert, etc., et si, du temps de Jésus-Christ, elle n'a pas opéré toutes les guérisons, les résurrections et les autres prodiges dont nous soutenons qu'il est l'auteur.

11 y a plus de bon sens et de liaison dans les idées des nations les plus stupides. Les peuples mêmes qui ont cru que plusieurs dieux ou génies avaient concouru à la formation du monde, ont pensé aussi que ces mêmes intelligences le gouvernaient ; ils ont conclu qu'elles pouvaient en

changer l'ordre et la marche quand elles Je jugeaient à propos, par conséquent opérer des miracles à leur gré ; et c'est pour cela même qu'ils leur ont adressé leurs vœux et rendu leurs hommages.

Ceux qui disent que les miracles sont peut-être l'effet d'une loi inconnue de la nature, nous paraissent aussi abuser des termes. En quel sens peut-on supposer qu'une exception particulière à la loi générale est une loi? A la vérité, la loi et l'exception sont également un effet de la volonté du souverain législateur, comme nous l'avons déjà remarqué; mais cette volonté n'est censée loi, et ne peut être nommée telle, qu'autant qu'elle est générale et connue par une expérience constante. Donner à l'exception le nom de loi inconnue, c'est évidemment confondre toutes les notions.

Saint Augustin a dit que les miracles ne se font pas contre la nature, mais contre la connaissance ou contre l'expérience que nous avons de la nature, puisque la nature des choses n'est autre que la volonté de Dieu, 1. C, de Genesi ad litt., c. 13, lib. 21 ; de Civit. Bel, cap. 8. Cela se conçoit. Mais pour que nous puissions nous entendre et ne pas nous contredire, il faut distinguer la volonté générale de Dieu d'avec une volonté particulière; la première peut être appelée loi de la nature, et cours de la nature, puisqu'elle s'exécute ordinairement et constamment; la seconde, qui est une exception, ne peut être nommée loi que dans un sens très- impropre et abusif : or, l'abus des termes ne contribue jamais à éclairer une question.

Selon Clarke, la seule différence qu'il y a entre un événement naturel et un fait miraculeux, c'est que le premier arrive ordinairement et fréquemment, au lieu que l'autre se voit très-rarement. Si les hommes, dit-il, sortaient ordinairement du tombeau, comme le blé sort de la semence, cela nous paraîtrait naturel ; et au contraire, la manière dont ils sont engendrés aujourd'huiserait regardée comme miraculeuse. Cette observation est juste à l'égard des choses

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que Dieti fait immédiatement par lui-même, sans Je concours des hommes. Leibnitz, de son côté, soutenait que la rareté ne suffit pas pour caractériser un miracle, qu'il faut encore que ce soit une chose qui surpasse les forces des créatures ; et cela est encore vrai, quand il s'agit des choses que Dieu opère par le ministère des créatures. Si ces deux philosophes avaient fait cette distinction, ils auraient été d'accord.

Recueil des -pièces de Clarke, de Leibnitz, etc., p. 105 et 201.

De là on doit conclure que, quoique la transusbstantiation se fasse tous les jours et toutes les fois qu'un "prêtre dit la messe, c'est cependant un miracle parce que c'est un elfet infiniment supérieur aux forces naturelles des hommes dont Dieu se sert pour l'opérer. Au contraire les saints mouvements que Dieu produit è en nous par sa grâce, quoique surnaturels, ne sont pas des miracles, parce que Dieu les produit en nous sans nous, immédiatement par lui-même, et très-fréquemment. Voy. Naturel.

Comme nous ignorons cruelles sont les facultés et le degré de force que Dieu a donnés aux anges hons ou mauvais, nous ne pouvons ni les mettre au nombre des agents naturels, ni décider si tout ce qu'ils font est naturel ou miraculeux. Nous voyons seulement dans l'histoire sainte que, quand Dieu s'est servi de leur ministère, c'était, ou pour annoncer aux hommes des événements que ceux-ci n'auraient pas pu connaître, ou pour faire des choses que les hommes ne pouvaient pas faire. Leur mission et leurs actions étaient donc miraculeuses, puisqu'il n'est pas dans l'ordre commun et journalier de la Providence d'en agir ainsi à l'égard du genre humain. Quant aux opérations des esprits de ténèbres, nous pouvons encore moins en raisonner, parce que l'Ecriture en parle moins que des bons anges. Nous y voyons seulement que les mauvais esprits ne peuvent rien faire sans une permission particulière de Dieu. Voyez Démo».

II. Peut-on discerner certainement un miracle d'avec un fait naturA, et

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le prouver? Il est assez étonnant que nous soyons obligé de discuter scrupuleusement deux questions aussi aisées à résoudre ; mais il n'est aucun sujet sur lequel les incrédules aient poussé plus loin l'entêtement et les contradictions.

Pour distinguer sûrement, disentils, un miracle d'avec un fait naturel, il faudrait connaître toutes les lois de la nature, et savoir jusqu'où s'étendent ses forces : or, nous ne savons ni l'un ni l'autre; donc nous ne pouvons jamais décider si tel événement est l'effet d'une loi de la nature, ou si c'est une exception.

Nous répondons que, par une expérience de six mille ans, la nature nous est assez connue pour savoir certainement qu'un mort ne peut ressusciter en vertu d'aucune loi de la nature ; qu'ainsi toute résurrection est une exception ou un miracle. II en est de même des autres faits que l'histoire sainte nous donne pour des événements miraculeux. Par une inconséquence grossière, les incrédules soutiennent, d'un côté, que Dieu no peut pas déroger à une loi de la nature ; de l'autre ils supposent que Dieu a établi des lois opposées: l'une, par laquelle il a décidé qu'un mort l'est pour toujours ; l'autre, par laquelle il a réglé qu'un mort peut, sans miracle, être rendu à la vie.

Les athées, il est vrai, ne peuvent mettre aucune borne aux forces de la nature; ils sont obligés de les supposerinfinies, puisqu'ils ne peuvent assigner aucune cause qui les ait limitées. Pour nous, qui admettons un Créateur intelligent et sage, une Providence attentive et bienfaisante, nous sommes très-assuré que les forces de la nature sont bornées, et que ses lois sont constantes, parce que Dieu les a établies pour le bien des créatures sensibles et intelligentes.

Il est d'ailleurs évident que l'ordre moral porte sur la constance de l'ordre physique : si les lois de la nature pouvaient changer, nous ne serions plus assurés de rien, il n'y aurait plus de certitude dans la règle de nos devoirs. Nous sommes donc absolument certains que Dieu n'a

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point établi des lois physiques opposées l'une à l'autre, qu'il ne changera point l'ordre de la nature tel qu'il nous est connu, que les miracles ne deviendront jamais des effets naturels.

Conséquemment nous sommes assurés que Dieu ne donnera jamais à aucun agent naturel le pouvoir de troubler et de changer l'ordre pby- ' sique du monde et le cours ordinaire de la nature, que les esprits bons ou mauvais n'ont point ce pouvoir, encore moins les magiciens et les imposteurs, et nous prouverons que cela n'est jamais arrivé.

Entre les différents événements rapportés par l'histoire sainte, il en est dont le surnaturel saute aux yeux de tout homme de bon sens, et sur lesquels il n'est besoin ni de dissertation, ni d'examen. Qu'un malade guérisse par des remèdes, lentement, en reprenant des forces peu à peu, c'est la marche de la nature; qu'il guérisse subitement à la parole d'un homme, sans conserver aucun reste ni aucun ressentiment de la maladie, c'est évidemment un miracle. Qu'un thaumaturge, par sa parole ou par un simple attouchement, rende la vie aux morts, la vue aux aveugles-nés, l'ouïe aux sourds, la voix aux muets, la force et le mouvement auxparalytiques ; marche sur les eaux, calme les tempêtes sans laisser aucune marque d'agitation sur les flots, rassasie cinq mille hommes avec cinq pains, etc., ce ne sont certainement pas là des œuvres naturelles; pour en décider, il n'est pas nécessaire :l'ètre médecin, philosophe ou naturaliste, il suffit d'avoir la plus légère dose de bon sens. Lorsque les circonstances peuvent laisser quelque doute sur le naturel d'un fait, c'est le cas de suspeudre notre jugement, et de ne pas affirmer témérairement un miracle.

Mais voici un argument auquel les incrédules ne répondront jamais.

S'il est impossible de discerner certainement un miracle d'avec un fait naturel, pourquoi rejetez-vous les événements de l'histoire sainte, qui vous paraissent miraculeux, pendant que vous admettez sans difficulté

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ceux dans lesquels il n'y a rien que de naturel? Vous ne voulez pas croire les premiers, parce que ce sont des miracles, et vous soutenez en même temps que si ces faits sont arrivés, on n'a pas pu savoir certainement que c'étaient des miracles :

peut-on se contredire d'une façon plus grossière ?

Il s'agit de savoir, en second lieu, si un miracle peut être constaté, si l'on peut en prouver la réalité.

Ici nouvelle contradiction de la part des déistes; c'en est une, en effet d'avouer, d'une part, que Dieu peut faire des miracles, et de soutenir, de l'autre, que Dieu n'est pas assez puissant pour les rendre tellement sensibles et reconnaissables, que personne ne puisse en douter raisonnablement : dans ce cas, à quoi serviraient les miracles?

Toute la question se réduit à savoir si un miracle est ou n'est pas un fait sensible, si le surnaturel du fait empêche que la substance du fait ne puisse tomber sous les sens ; il y aurait de la folie à le soutenir.

Déjà, dans les articles Fait et Certitude, nousavons démontré qn'unmirade est susceptible des mèmespreuves qu'un fait naturelquelconque, qu'il peut être métaphysiquement certain pour celui qui l'a éprouvé en luimême; physiquement certain pour celui qui en a été témoin oculaire ; qu'il peut donc être moralement certain pour les autres par le témoignage irrécusable de ceux qui l'ont vu et de celui qui l'a éprouvé. Nous ne répéterons point les raisons que nous en avons données ; mais il nous reste des objections à résoudre.

La pins éblouissante au premier coup d'œil, est celle que D. Hume a traitée fort au long dans son dixième Essai sur l'Entendement humain, où il s'est proposé de prouver qu'aucun témoignage ne peut constater l'existence d'un miracle. Uu miracle, dit-il, est un effet ou un phénomène contraire aux lois de la nature; or, comme une expérience constante et invariable nous convainc de la certitude de ces lois, la preuve contre le miracle, tirée de la nature même du fait, est aussi

entière, qu'aucun argument que l'expérience puisse fournir. Elle ne peut donc être détruite par aucun témoignage, quel qu'il puisse être. En effet, la foi que nous ajoutons à la déposition des témoins oculaires est aussi fondée sur l'expérience, c'est-àdire sur la connaissance que nous avons que ce témoignage est ordinairement conforme à la vérité. Si donc ce témoignage tombe sur un fait miraculeux, 11 se trouve deux expériences opposées, dont l'une détruit l'autre, ou du moins dont la plus forte doit prévaloir à la 'plus faible. Or, comme il est beaucoup plus probable que des témoins se trompent ou veulent tromper, qu'il ne l'est que le cours de la nature est interrompu, l'on doit plutôt s'en tenir à la première supposition qu'à la seconde. De là D. Hume conclut qu'un miracle, quelque attesté qu'il soit, ne mérite aucune croyance.

Pour peu que l'on y fasse attention, 1 on verra que ce sopbisme ne porto que sur une équivoque et sur l'abus du terme d'expérience. En effet, en quoi consiste l'expérience ou la connaissance que nous avons de la constance du cours de la nature? En ce que nous ne l'avons jamais vu changer, si nous n'avons jamais été témoins d'aucun miracle; mais s'ensuitîl que ce changement est impossible, parce que nous ne l'avons jamais vu?

Ce n'est donc ici qu'une expérience négative, si l'on peut ainsi parler, un simple défaut de connaissance, une pure ignorance. D. Hume l'a reconnu lui-même dans son quatrième Essai, ou il avoue que nous ne pouvons prouver, à priori, l'immutabilité du cours de la nature. N'est-il pas absurde de vouloir qu'un simple défaut de connaissance de notre part l'emporte sur la connaissance positive et sur l'attestation formelle des témoins qui ont vu un miracle?

Si l'argument de D. Hume était solide, il prouverait que quand nous voyons pour la première fois un fait étonnant, nous devons récuser le témoignage de nos yeux, parce qu'alors il se trouve contraire à notre prétendue expérience passée, que nous

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devons même nous défier du sentiment intérieur, lorsque nous éprouvons en nous-mêmes un symptôme que nous n'avions jamais senti. Ce sophisme attaque donc de front la certitude physique et la certitude métaphysique, aussi bien que la certitude morale. Voyez Expérience.

En second lieu, cst-il vrai que nous nous fions au témoignage humain seulement, parce que nous avons reconnu par expérience que ce témoignage est ordinairement conforme à la vérité? Il n'en est rien; nous nous y fions par un instinct naturel qui nous fait sentir que, sans cette confiance, la société humaine serait impossible. Nous nous y fions clans l'enfance avec plus de sécurité que dans l'âge mûr; et plus nous devenons vieux et expérimentés, plue nous devenons défiants.

Mais celte défiance, poussée à l'excès, serait aussi déraisonnable que celle des incrédules. Lorsqu'un fait sensible et palpable, naturel ou miraculeux, est attesté par un grand nombre de témoins qui n'ont pif avoir un intérêt commun d'en imposer, qui n'ont pas pu même user ensemble de collusion, qui paraissaient d ailleurs sensés et vertueux, il est impossible que leur témoignage soit taux ; nous y déférons alors avec une entière certitude, en vertu de la connaissance intime que nous avons de la nature humaine. Ce n'est ici ni une simple présomption, ni une expérience purement négative, ou une ignorance , ma>s une connaissance positive et réfléchie. Dans ce cas, il est absurde de dire qu'il est plus probable que les témoins se sont trompés ou ont voulu tromper, qu'il ne l'est que. le cours de la nature est interrompu; pour que l'un ou l'autre de ces inconvénients eût lieu, il faudrait que le cours de la nature humaine fût changé.

Nous avons donc alors un témoignage toi que David Hume l'exige, un témoignage de telle nature, que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu'il doit établir. Dieu peut avoir de sages raisons d'interrompre pour un moment l'ordre physique et le cours de la nature, mais il ne peut

en avoir aucune de renverser l'ordre moral et la constitution de la nature humaine : le premier de ces miracles n'a rien d'impossible ; le second serait absurde et indigne de Dieu.

■ David Hume ne raisonne pas mieux lorsqu'il prétend que, quand il s'agit d'un miracle qui tient à la religion, tous les témoignages humains sont nuls, parce que l'amour du merveilleux et le fanatisme religieux su f lisent pour tourner toutes les tètes, et pervertir tous les principes.

Si ces deux maladies étaient aussi communes et aussi violentes que le prétendent les déistes, on verrait éclore tous les jours de nouveaux miracles, et le monde en serait rempli.

L'amour du merveilleux peut entraîner les hommes, lorsqu'il n'y a rien à risquer pour eux, lorsqu'un fait n'est contraire ni à leurs préjuges m à leurs intérêts; mais lorsque des faits merveilleux doivent les obliger à changer de religion, d'opinion et de mœurs, mettre en danger leur fortune et leur vie, nous ne voyons pas qu'ils soient fort empressés de les admettre : alors le zèle de religion, loin de les disposer à croire les faits, les rend défiants et incrédules. Telles étaient les dispositions des Juifs et des païens à l'égard des miracles de Jésus-Christ et des apôtres : ils en ont cependant rendu témoignage, puisqu'un grand nombre se sont convertis, et que les autres n'ont pas osé les nier. Voy. Jésus-Christ, Apotkes, etc.

Peut-on se contredire plus grossièrement que le font les incrédules?

Suivant eux, nous devons nous lier a nos sens, plutôt qu'à toute espèce de témoignage, lorsqu'ils nous attestent que l'eucharistie n'est que du pain et du vin, puisque par nos sens nous y en apercevons toutes les qualités sensibles, et nous ne devrions plus nous y lier, si Dieu changeait visiblement ce pain et ce vin en une autre espèce de corps, quand même nous y apercevrions toutes les qualités sensibles d'un nouveau corps. Le té- ■ moignage de nos sens nous donne une entière certitude, lorsqu'il est négatif et qu'il ne nous atteste aucun miracle; mais il ne prouve rien, lors-

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qu'il est positif, et qu'il nous atteste un miracle évident et sensible. Un logicien sensé pose le principe directement contraire.

L'Essai de David Hume, sur les miracles, a été réfuté par Campbell, auteur anglais, Dissertation sur les miracles, etc., Paris, 1767.

D'autres déistes ont dit que les preuves morales, suffisantes pour constater les faits qui sont dans l'ordre des possibilités morales, ne suffisent plus pour constater les faits d'un autre ordre, et purement surnaturels; que des témoignages assez forts pour nous faire croire une chose probable n'ont plus assez de force, pour nous persuader une chose improbable, telle que la résurrection d'un mort.

Mais nous ne sommes pas assez habiles pour concevoir pourquoi un miracle n'est pas dans l'ordre des possibilités morales, dès que c'est Dieu qui l'opère: y a-t-il quelque fait supérieur à la puissance divine? Nous voudrions savoir encore ce que l'on entend par chose improbable. Est-ce une chose qui ne peut pas être prouvée? Tout ce qui est possible peut exister, tout ce qui existe peut être prouvé, dès qu'il tombe sous les sens; la mort d'un homme et sa vie sont de ce genre : jamais on n'a imaginé qu'il fut impossible de vérifier si un homme est mort ou vivant. Improbable signifie-t-il impossible? Alors il faut commencer par prouver qu'un miracle est absolument impossible?

jusqu'à présent les incrédules n'en sont pas venus à bout.

L'auteur des Questions sur l Encyclopédie a fait briller toute la sagacité de son jugement sur celle-ci, ou plutôt il a mis dans le plus grand jour les travers et l'opiniâtreté des incrédules. « Pour croire un miracle, » dit-il, ce n'est pas assez de l'avoir » vu, car on peut se tromper. Bien » des gens se sont crus faussement p sujets de miracles ; ils ont été tan- » tôt malades et tantôt guéris par » un pouvoir surnaturel; ils ont été » changés en loups ; ils ont traversé.

» les airs sur un manche à balai ; ils » ont été incubes et succubes.

» Il faut que le miracle ait été bien

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» vu par un grand nombre de gens » très-sensés, se portant bien, et » n'ayant nul intérêt à la chose. Il » faut surtout qu'il ait été solennel- » lement attesté par eux. Car si l'on ■» a besoin de formalités authentiques d pour les actes les plus simples, à » plus forte raison pour constater » des choses naturellement impos- » sibles, et dont le destin de la terre » doit dépendre.

» Quand un miracle authentique » est fait, il ne prouve encore rien; » car l'Ecriture dit en vingt endroits » que des imposteurs peuvent faire » des 7niracles. On exige donc que la » doctrine soit appuyée par des mi- » racles, et les miracles par la doc- » trine.

» Ce n'est point encore assez.

» Comme un fripon peut prêcher une » très-bonne doctrine , et faire des » miracles comme les sorciers de » Pharaon, il faut que ces miracles » soient annoncés par des prophètes ; n pour être sur de la vérité de ces » prophéties, il faut les avoir entendu » annoncer clairement, et les avoir » vu s'accomplir réellement; il faut » posséder parfaitement la langue » dans laquelle elles ont été con- » servées.

» Il ne suffit pas même que vous » soyez témoin de leur accomplis- » sèment miraculeux, car vous pouvez » être trompé par les apparences. Il » est nécessaire que le miracle et la » prophétie soient juridiquement » constatés par les premiers de la » nation, et encore se trouvera-t-il » des douteurs: car il se peut que la » nation soit intéressée à supposer » une prophétie et un miracle; et dès » que l'intérêt s'en mêle, ne comptez » sur rien. Si un miracle prédit n'est » pas aussi public, aussi avéré qu'une » éclipse annoncée dans l'almanach, » soyez sûr que ce miracle n'est » qu'un tour de gibecière ou un conte » de vieille.

» On souhaiterait, pour qu'un mii> racle fût bien constaté, qu'il fut fait » en présence de l'académie des » sciences de Paris, ou de la société » royale de Londres, et de la faculté » de médecine, assistée d'un déta- » chement du régiment des gardes,

» pour contenir la foule du peuple.»

Réponse. Pourquoi n'y pas appeler encore tous les incrédules, déistes, athées, matérialistes, pyrrhoniens et autres? Eux seuls sont les sages par excellence. Mais si ce n'est pas assez d'avoir vu un miracle pour le croire et pour en être sûr, de quoi servira.

la présence des académiciens, des médecins et de tout leur cortège ? Si personne n'est assuré de se bien porter, d'être dans son bon sens, de ' voir réellement ce qu'il voit, ni de sentir véritablement ce qu'il éprouve, nous ne croyons pas que ces savants soient plus privilégiés que les autres hommes. Le seul doute bien fondé qu'il y ait ici, est de savoir si un philosophe qui raisonne ainsi a la tète bien saine. Prescrire des règles de (certitude, et prétendre ensuite qu'en les réunissant toutes on n'aura encore rien de certain, est un pyrrhonisme insensé.

1° En quel lieu du monde, si ce n'est aux petites maisons, a-t-on vu des gens qui se croyaient sourds, muets, aveugles ou paralytiques, pendant qu'ils se portaient bien, ou qui se croyaient parfaitement guéris de ces infirmités , lorsqu'ils les avaient encore? Plusieurs, guéris par des remèdes, ont peut-être cru faussement leur guérison miraculeuse :

dans ce cas, il est bon de consulter des médecins, pour savoir ce qui en est; mais que leur témoignage soit nécessaire pour juger si ces infirmités ont cessé ou durent encore, c'est une absurdité.

De prétendus sorciers, après s'être frottés de drogues, ont pu rêver qu'ils allaient au sabbat sur un manche à balai; d'autres, dans le délire d'une imagination déréglée, ont pu rêver qu'ils étaient incubes ou succubes; mais les témoins des miracles de Jésus-Christ ne s'étaient frottés d'aucune composition pour rêver qu'ils voyaient ce qu'ils ne voyaient pas : ce n'est point dans les songes de la nuit, mais au grand jour et en public, qu'ils les ont vus.

2° Nous admettons volontiers que

les témoins d'un miracle doivent être

en grand nombre, très-sensés, se

portant bien, et sans aucun intérêt à

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la chose ; ils nous paraissent encore plus croyables, lorsqu'ils étaient intéressés à la révoquer en doute. Or, les Juifs contemporains de Moïse étaient intéressés à ne pas croire légèrement des miracles qui mettaient leur sort à la discrétion de ce législateur, qui les assujettissaient à une loi très-Sure et à des mœurs nouvelles, qui les rendaient odieux aux Ëgvptiens et aux Chananéens. Les apùtres étaient très-intéressés à ne pas croire sans examen les miracles de Jésus-Christ, qui déplaisaient aux Juifs, et à ne pas se charger témérairement d'une mission qui les exposait à la persécution des juifs et des païens. Ceux-ci, élevés dans des préjugés très-opposés au christianisme, avaient le plus vif intérêt à se délier des miracles de Jésus-Christ et des apùtres, qui devaient les engager à un changement do religion très-difficile et très-dangereux.

Quant aux formalités juridiques et aux procès-verbaux solennellement dressés, nous soutenons qu'ils ne furent jamais nécessaires pour constater des faits publiés, dont toute une ville ou toute une contrée ont été témoins. Avant l'invention de ces formalités était-on moins certain qu'aujourd'hui de ces sortes de faits?

Lorsque des miracles ont causé une grande révolution dans le monde, ieur effet est une preuve plus forte que toutes les informations et les procédures possibles. Le philosophe que nous réfutons suppose encore faussement que la certitude de tous les faits doit être plus grande, à proportion de leur importance, puisque les faits desquels dépendent notre vie, notre conservation, notre fortune, nos droits civils, sont ordinairement ceux dont nous avons le moins de certitude. Parce qu'un miracle peut intéresser toute une nation, s'ensuitil qu'il faut que chaque particulier en soit témoin oculaire ?

3° Il est faux que selon l'Ecriture sainte, les imposteurs et les magiciens puissent faire de vrais miracles ; elle nous assure au contraire que r.ieu seul peut en faire, et nous le prouverons dans le paragraphe suivant. Lorsqu'il s'agit de prouver la

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mission d'un homme, il n'est pas encorer question de doctrine ; c'est une absurdité de prétendre que les Juifs, opprimés en Egypte, devaient exiger la profession de foi de Moïse et le code de sa morale, avant de croire à sa mission; que les juifs et les païens étaient des hommes fort capables de juger de la doctrine de Jésus-Christ, pendant que les incrédules 11e les croient pas seulement capables d'attester ses miracles. Estil donc plus difficile de s'assurer d'un fait sensible, que de prononcer sur la bonté d'un catéchisme ?

4° Des miracles annoncés par des prophéties en sont d'autant plus authentiques et plus frappants ; mais cela n'est pas absolument nécessaire.

Une prophétie est elle-même un fait miraculeux ; il faudrait donc la vérifier par une autre prophétie, et ainsi à l'infini. Un fait surnaturel, sensible et palpable, doit être vérifié comme tout autre fait ; si nous sortons de là, nous ne trouverons plus que des règles absurdes.

5'° C'en est une de soutenir qu'il faut avoir entendu clairement la prophétie, et l'avoir vue s'accomplir réellement. Selon cette décision, Dieu ne pourrait pas prédire des miracles qui ne doivent être opérés que dans plusieurs siècles, puisque l'on veut que les mêmes hommes entendent prononcer les paroles du prophète, et en voient l'accomplissement. Au contraire, plus les événements sont éloignés, plus il est évident, lorsqu'ils arrivent, qu'ils n'ont pas pu être prévus par une lumière naturelle. Une prophétie, écrite depuis plusieurs siècles, n'est ni moins certaine, ni moins claire, ni moins frappante, que si elle avait été faite depuis peu ; elle l'est même davantage.

Notre critique est-il persuadé que les savants du dix-huitième siècle n'entendent pas l'hébreu, et ne peuvent prendre le sens des prophéties?

Mais les versions chaldaïque et grecque ont été écrites avant que les faits arrivassent, avant la naissance de Jésus-Christ; elles sont conformes aux versions syriaque, arabe, latine, qui ont été faites après, et la plupart sont l'ouvrage des Juifs, C'est là que nous

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prenons le sens du texte. Il a donc été entendu de même dans tous les siècles; ces prophéties n'étaient donc pas inintelligibles, ni même fort obscures.

6° Elles ont été, comme on le voit, authentiquement certifiées par les docteurs et les chefs delà nation juive, soit quant à la lettre, soit quant au sens, dans les Paraphrases chaldaïques et dans la version des Septante ; mais il n'est pas nécessaire que les chefs de la nation en aient certifié de même l'accomplissement dans le temps, ils ont pu avoir intérêt à contester les miracles de Jésus-Christ, à détourner le sens des prophéties, à s'aveugler sur leur accomplissement, comme ils fontencore aujourd'hui, puisqu'ils reconnaissent eux-mêmes que cet aveuglement était prédit. Cependant il n'a pas été général, puisque les docteurs juifs, tels que Nicodème, Gamaliel, saint Paul, et un grand nombre de prêtres, ont cru en Jésus-Christ : les autres même n'ont pas osé contester ses miracles.

En admettant pour un moment toutes les règles prescrites par notre critique, un ignorant est en droit de rejeter le témoignage de tous les philosophes, lorsqu'ils lui attestent des faits étonnants qu'il ne conçoit pas, et qui doivent lui paraître surnaturels. Mais en retranchant ce qu'il y a d'absurde dans ces règles, nous sommes en état de prouver que les miracles qui confirment la révélation ont été bien vus par des hommes sensés qui n'y avaient aucun intérêt, qui les ont attestés à la face des nations entières, en présence des chefs qui n'ont rien eu à y opposer; que ces miracles ont été faits pour appuyer une doctrine très-pure et très-digne de Dieu ; qu'ils ont été annoncés par des prophéties très-authentiques et très-claires, constamment entendues dans le sens que nous leur donnons, et que ce sont ces miracles qui ont converti les Juifs et les païens. Que faut-il de plus?

Pour affaiblir ces preuves, le même auteur a prétendu que les mahométans en avaient de semblables pour établir la réalité des miracles de Mahomet : nous avons réfuté cette com-

paraison fausse à l'article Mahométisme. D'autres ont dit, avant lui, que l'on pourrait encoreprouver de même la vérité des miracles du paganisme; mais aucun d'eux n'a pu alléguer ces preuves prétendues. Plusieurs ont objecté la multitude de miracles rapportés dans les légendes ; à cet article, nous avons fait voir que la plupart de ces prodiges sont absolument dénués de preuves. Quelques-uns enfin ont objecté les raisons par lesquelles on a voulu étayer les prétendus miracles du diacre Paris; nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'en démontrer la fausseté.

III. Les miracles peuvent-ils servira confirmer une doctrine, et à prouver la divinité d'une religion? L' on n'en avait pas douté avant qu'il y eût des déistes; et il a fallu, de leur part, un travers singulier d'esprit pour soutenir le contraire (1).

(I) II est incontestable que Dieu peut se révéler auxflottioK'S, soit pour les instruire, soit pour leur signifier ses volontés. Outre que la supposition d'une révélation divine ne pré>ente rien qui répugne à la sagesse de l'Etre suprême, qui ne s'accorde parfaitement avec l'idée que nous pouvons nous former de sa bonté et avec la faiblesse naturelle de la raison humaine, ce serait contredire sans aucune preuve î'opinioo de tous les peuples de la terre, qui n'ont jaunis connu que des religions positives ou révélées ; opinion respectable, non-seulement par sou universalité, mais aussi parce qu'il est impossible d'en expliquer l'origine, à moins d'admettre qu'il y a eu dans les premiers temps une révélation véritable, dont le souvenir confus a frayé la voie à tant de fausses révélations.

Or il n'est point d'autre moyen propre à constater une révélation divine, que les miracles. Ce qui ne sortirait pas de l'ordre naturel, ne prouverait point l'intervention du maître de la nature. Les propbéties elles-mêmes ne font preuve que par ce qu'elles ont de miraculeux.

La preuve qui résulte des miracles en faveur d'une révélation divine est infaillible: elle est a la portée de tous les hommes, elle impose par son éclat, prévient les raisonnements, et tranche les difficultés. Miracuîis concîMatur, auctoritas auctO' ritate fides impetrtttur. (S. Augustin.)

Prenons par exemple la résurrection d'un mort, prédite et opérée en preuve de la vérité d'un dogme religieux; supposons le fait constaté de manière à ne laisser aucun doute raisonnable dans l'esprit des spectateurs. Qui pourra se refuser à croire une doctrine accompagnée et soutenue d'un tel prodige ? Entre la vérité de cette doctrine et la résurrection d'un mort, il n'existe pas, il est vrai, une connexion naturelle; mais il existe une connexion conventionnelle en vertu de laquelle l'auteur de la nature, piis à témoin par le thaumaturge, s'interpose visiblement pour garant de la doctrine annoncée en son nom. Un miracle ne

Prouve pas la vérité d'un dogme, mais il prouve autorité de celui qui l'enseigne. « Qu'un homme

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En effet, puisque c'est Dieu qui, par sa toute-puissance, a réglé le cours de la nature, a établi l'ordre physique du monde tel qu'il est, lui seul a le pouvoir de le suspendre, d'y déroger, même pour un instant, d'arrêter l'effet de la moindre des lois dont il est l'auteur. Il n'a certainement donné à aucune créature la puissance de déranger son ouvrage, de troubler la tranquillité des hommes pour l'utilité desquels Dieu a fait les choses telles qu'elles sont. Vu la confiance que les hommes ont eue de tout temps à la constance de la marche de l'univers, et l'étonnement que leur ont toujours causé les miracles vrais ou apparents, leur sort, pour ce monde et pour l'autre, serait à la discrétion des mauvais esprits ou des imposteurs auxquels Dieu aurait donné le pouvoir d'opérer des prodiges supérieurs aux forces de la nature ; sa sagesse et sa bonté s'y opposent.

Aussi s'en est-il expliqué lui-même très-clairement; après avoir fait souvenir les Hébreux des prodiges qu'il a opérés en leur faveur, il leur dit :

« Voyez par là que je suis le seul » Dieu, et qu'il n'y en a point d'autre « que moi. » Beut., c. 32, t 39. Le psalmiste répète souvent que Dieu

a vienne nous tenir ce langage, dit le philosophe de a Genève: Mortels, je vous annonce la volonté du a Très-Haut ; reconnaissez à ma voix celui qui a m'envoie ; j'ordonne au soleil de changer sa a course, aux étoiles de former un autre arrange- » ment, aux montagnes de s'aplanir, aux flots de a s'élever, à la terre de prendre un autre aspect. a A. ces merveilles, qui ne reconnaîtra pas à l'insa tant le maître de la nature ? elle n'obéit point a aux imposteurs. »

Ces notions simples et puisées dans le sens commun suffisent à l'homme de bonne foi qui veut examiner les miracles du christianisme. Laissons de côté les sophismes de Diderot et de Hume, qui ont dénaturé la question en combattant les miracles de l'Evangile par des principes métaphysiques, tandis qu'il fallait les juger sur les principes et d'après les règles de la critique. Tout miracle par sa nature est un fait sensible ; les miracles du christianisme particulièrement sont des faits revêtus de la plus grande publicité. Us étaient, comme les faits naturels, l'objet de la vue et des autres sens ; ils sont l'objet propre du témoignage humain et de l'histoire. Ou peut mèoie se dispenser d'examiner si les mirai les sont possibles ou susceptibles des preuves ordinaires ; il suffit de savoir s'ils sont prouves. Le fait emporte lo droit, et quand l'histoire parle, il faut que la métaphysique se taise. Voyoz ta Démonstration évangélique, par M. Duvoisin,

ehap. 1.

Gousset.

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seul fait des miracles, Psalm. 71, f 18; 135, ^ 4, etc. Ezéchias, en lui demandant une délivrance miraculeuse, lui dit : « Sauvez-nous, Seigneur, afin » que tous les peuples de la terre » connaissent que vous êtes le seul » souverain Maître de l'univers. »

Isaî.j c. 37, f 20.

Lorsque Moïse lui demande comment il pourra convaincre les Hébreux de sa mission, Dieu lui donne le pouvoir d'opérer des miracles, et lui dit : « Va, je serai dans ta bouche, » et je t'enseignerai ce qu'il faudra » dire, » Exod., c. 4, f 1, 12. Moïse obéit, et c'est à la vue de ses miracles que les Israélites croient sa mission, et que le roi d'Egypte est forcé enfin de se rendre. Dieu donnait-il à son envoyé de fausses lettres de créance, des signes équivoques, et qui pouvaient être contrefaits par des imposteurs? Il dit qu'il exercera ses jugements sur l'Egypte, afin que les Egyptiens sachent qu'il est le Seigneur, Exod., c. 7, f 5. Comment auraient-ils pu le savoir, si des magiciens avaient pu faire les mêmes miracles que Moïse ?

C'est aussi à la vue du premier des miracles de Jésus-Christ que ses disciples crurent en lui, Joan., c. 2, f H.

Lorsque Jean-Baptiste lui envoya deux de ses disciples pour lui demander : « Etes-vous celui qui doit » venir, ou faut-il en attendre un » autre? » Jésus opéra plusieurs guérisons miraculeuses en leur présence, et répondit : « Allez dire à Jean ce » que vous avez vu, » Luc, c. 7, f 19.

Souvent il a dit aux Juifs : a Les œu- » vres que je fais au nom de mon » Père rendent témoignage de moi.

» Si vous ne voulez pas me croire, » croyez à mes œuvres, » Joan., c. 10, y 25, 38; et en parlant des incrédules, il dit : « Si je n'avais pas fait » parmi eux des œuvres qu'aucun » autre n'a faites, ils ne seraient pas » coupables, » c. 15, f 24. Au moment de quitter ses apôtres, il leur donne le pouvoir d'opérer des miracles pour prouver leur mission, Marc, c. 16, $ 15 et suiv. Devait-on s'arrêter à celte preuve, si des magiciens, des imposteurs, des faux prophètes, étaient capables d'en faire ?

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Saint Pierre déclare que Jésus- Christ est le Fils de Dieu, qu'il est ressuscité, qu'il faut croire en lui pour être sauvé, que lui et ses collègues en sont des témoins fidèles; et il le prouve par le miracle qu'il venait d'opérer, en guérissant un homme impotent depuis sa naissance, Act., c. 3, y 13 et suiv. Saint Paul dit qu'il a fondé sa prédication, non sur les raisonnements de la sagesse humaine, mais sur les dons du Saint- Esprit et sur une puissance surnaturelle, I Cor., c. 2, y 4; que les signes de son apostolat ont été .les prodiges etles miracles qu'il a opérés, II Cor., c. 12. y 12. 11 était donc bieu sur que ces signes ne pouvaient être imités par de faux apôtres.

Les incrédules ont donc tort d'avancer que quand même les miracles prouveraient qu'un îeomme est envoyé de Dieu, ils ne prouveraient pas que cet homme est infaillible ni impeccable Dès que Dieu a envoyé un homme pour annoncer de sa part une doctrine, et porter des lois, et qu'il lui a donné pour lettres de créance le pouvoir de faire des miracles, nous soutenons que la justice, la sagesse, la bonté divine, sont intéressées à ne pas permettre que cet homme se trompe ou veuille tromper les autres, en leur enseignant une doctrine fausse, ou en leur prescrivant de mauvaises lois. Autrement Dieu tendrait aux nations un piège d'erreur inévitable, et les mettrait dans la nécessité de se livrer à un imposteur. En quel sens pourrait-il dire qu'il est la vérité même, fidèle, ennemi de l'iniquité, juste et droit, DcuL, c. 32, y 4 ; qu'il est incapable de mentir et de tromper comme les hommes, Num., c. 23, y 19; qu'il est vrai dans toutes ses paroles, et saintdans toutes ses œuvres, Ps. 144, y 13, etc.?

Non-seulement Dieu avait promis à son peuple de lui envoyer des prophètes, mais il avait dit : « Si » quelqu'un n'écoute pas un prophète » qui parlera en mon nom, j'en » serai le vengeur; mais si un pro- » phète parle faussement de ma part, » ou au nom des dieux étrangers, il » sera mis à mort. » Deut., c. 18,

^ 19. Continuellement i! reproche aux Juifs qu'ils n'écoutent pas ses prophètes, et il menace de les punir.

Cette incrédulité cependant aurait été très-juste de la part des Juifs, s'il avait été possible qu'un prophète fit des miracles pour prouver une mission fausse. Dieu a-t-il pu menacer de les punir d'une juste défiance, et pour avoir suivi les règles de la prudence humaine?

Mais, répliquent les déistes, il y a dans l'Ecriture sainte d'autres passages qui semblent opposés à ceuxlà, et qui enseignent le contraire. Il est dit que les magiciens de Pharaon imitèrent les miracles de Moïse, fecerunt similiter. Exod., c. 7, y U , 22, etc. Moïse défend aux Juifs d'écouter un faux prophète, quand même il ferait des miracles. Deut., c. 13, y {.

Dieu permet à l'esprit de mensonge de se placer dans la bouche des prophètes, III Reg., c. 22, y 22. Il lui peiniet d'aflliger Job par des fléaux, qui sont de vrais miracles, Job, c. I, y 12. Il dit : « Lorsqu'un prophète » se trompera et parlera faussement, » c'est moi qui l'ai trompé ; je mettrai » la main sur lui, et je l'extermi- » nerai, » Ezech., c. 14, f 9. Jésus- Christ prédit qu'il viendra de faux christs et de faux prophètes, qui feront de grands prodiges et des miracles capables de tromper même les élus, Matt., c. 24, y 24. Saint Paul prédit la même chose de l'antechrist, II Thés., c. 2, y 9 II défend d'é :

coûter même un ange du ciel qui annoncerait un autre Evangile que le sien, Gnlat., c. 1, y 8. Les prodiges et les miracles ne prouvent donc rien ; c'est plutôt un piège d'erreur qu'un signe de vérité. Qu'importe qu'un miracle soit vrai ou faux, réel ou apparent, si ceux qui en sont témoins sont dans l'impossibilité de distinguer l'un et l'autre ?

Réponse. Nous soutenons qu'aucun de ces passages ne prouve le contraire de ceux que nous avons cités.

1° A l'article Magie, § 2, nous avons fait voir que les magiciens d'Egypte ne firent que des tours da souplesse; qu'ils n'imitèrent que très-imparfaitement les miracles da Moïse, qu'il était très-aisé de distin-

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guer, dans cette occasion, l'opération divine d'avec les prestiges de l'art; ainsi, lorsque l'histoire sainte dit qu'ils firent de même, cela ne signiiie pas une imitation parfaite et à laquelle on pût être innocemment trompé.

2° Moïse n'a jamais supposé qu'un faux prophète put faire des miracles; il dit : « S'il s'élève au milieu de vous )> un prophète ou un homme qui dise y> qu'il a eu un songe, et qui prédise » un signe ou un phénomène ; si ce » qu'il a prédit arrive, et qu'il vous s dise, allons adorer les dieux étran- » gers; vous n'écouterez point ce » prophète ou ce rêveur, parce que » c'est le Seigneur votre Dieu qui » vous éprouve, afin que l'on voie « si vous l'aimez ou non de tout » votre cœur et de toute votre âme.

» Ce prophète ou ce conteur de » songes sera mis à mort. » Annoncer un phénomène naturel qui arrive, ce n'est pas faire un miracle. Moïse prévient ici les Israélites contre la etupidité des idolâtres, qui adoraient les astres, et qui prenaient les phénomènes du ciel pour des signes de la faveur ou de la colère de ces prétendues divinités, Beut., c. 4. f 19.

3° Il est évident que ce qui est dit des faux prophètes, III Reg., c. 22, y 22, est une expression figurée trèscommune en hébreu ; l'esprit menteur n'est point un personnage ou un démon, mais l'esprit menteur du prophète lui-même. Lorsque l'auteur sacré ajoute que c'est Dieu qui a mis cet esprit dans la bouche des prophètes d'Acbab, cela signifie seulement que Dieu a permis qu'ils se trompassent et voulussent tromper, etqu'il ne les apasempêchés. C'estun hêbraïsme qui a été remarqué par tous les commentateurs, Glassius, Vhilolog. sacra., col. 814, 871, ete.

Nous avons donné des exemples de cette manière de parler en français à l'article Hêbraïsme, n. 11. Voyez Permission.

4° Le sens est le même dans Ezéchiel, c. 14, f 9, où il est dit que Dieu a trompé un faux prophète, et qu'il le punira ; pourrait-il justement punir un homme qu'il aurait trompé de même? C. 13, ? 3, on lit : « Mal-

» heur aux prophètes insensés qui » suivent leur propre esprit, et ne » voient xïen. » Leur propre esprit n'est donc pas celui de Dieu.

S Les fléaux dont Job fut affligé furent des miracles, sans doute ; mais rien ne nous force de les attribuer à l'opération immédiate du démon, plutôt qu'à celle de Dieu, ni de prendre à la lettre ce qui est dit de Satan : le sentiment des Pères de l'Eglise et des commentateurs n'est pas uniforme sur ce point. Voyez la Synapse clés critiques, Job, cl, ^6.

Quand on le prendrait à la lettre, il s'ensuivrait toujours que le démon ne peut pas faire une chose contraire au cours ordinaire delà nature, sans une permission expresse de Dieu ; et il n'y avait aucun danger que les hommes fussent trompés à cette occasion. Job lui-même dit que c'est Dieu qui lui a ôté ses biens, f 21 ; ce n'était donc pas le démon.

6° Jésus-Christ ne dit point que les faux christs feront des miracles, mais qu'ils donneront ou qu'ils montreront des signes et de grands prodiges.

On sait en effet qu'avant la ruine de Jérusalem il arriva des phénomènes singuliers dans le ciel et sur la terre, Josèphe les rapporte : ceux qui se donnaient faussement pour le Messie purent abuser de ces prodiges, et les donner comme autant de signes de leur mission : ce sens est confirmé par l'histoire. Voyez la Synopse, Matth., c. 24, f 24. En second lieu, Jésus-Christ ne dit point absolument que les élus ou les fidèles y seront trompés, mais qu'ils le seront, si cela peut se faire, après avoir été prévenus et avertis, comme il les prévient en effet. Voilà pourquoi il ajoute : Je vous ai prédit ce qui doit arriver. Après un pareil avertissement, personne ne pouvait plus y être trompé que ceux qui voulaient l'être.

On doit entendre de même ce que saint Paul ditdel'antechrist, II Thess., c. 2, f 3; si cependant il est question là de ce personnage, et non de quelqu'un des faux messies qui parurent en ce temps-là, ou de l'imposteur Alexandre, qui fit grand bruit an second siècle, ou enfin de quelqu'un

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des hérésiarques qui se vantèrent de faire des miracles; la plupart des commentateurs conviennent que cet endroit de saint Paul n'est pas facile à expliquer. Voy. Antéchrist.

7° Il serait absurde de supposer qu'un ange du ciel peut venir prêcher un faux Evangile; ce que saint Paul écrit aux Galates signifie donc seulement : Si un faux apôtre vient vous prêcher un autre évangile que celui que je vous ai annoncé, quand même il paraîtrait être un ange du ciel, dites-lui anathème. 11 n'est point question là de l'apparition miraculeuse d'un ange.

A la vérité, plusieurs Pères de l'Eglise semblent avoir été persuadés que la plupart des miracles vantés par les païens avaient été opérés par le démon; mais d'autres, dont le sentiment n'est pas moins respectable, ont pensé que ce n'étaient que des prestiges et des tours de souplesse. Voyez Magie, § 2. Quand on pourrait prouver le contraire, il ne s'ensuivrait encore rien contre la vérité que nous défendons ici, savoir, qu'un homme qui se donne pour envoyé de Dieu, et qui fait des miracles pour continuer «a doctrine, doit et peut être cru sans aucun danger d'erreur; les miracles du paganisme n'avaient pas été faits pour confirmer une doctrine.

Nous avons fait voir non-seulement que Moïse, Jésus-Christ et les apôtres ont fait des miracles, mais qu'ils les ont opérés directement pour prouver leur mission et la doctrine qu'ils annonçaient ; d'où nous concluons que c'est Dieu lui-même qui a autorisé cette mission et cette doctrine. Quand Dieu aurait permis que les démons lissent des miracles pour contenter la curiosité, ou pour satisfaire les autres passions de leurs adorateurs, il ne s'ensuivrait pas encore que ces prodiges ont été opérés directement pour confirmer la religion des païens; le paganisme était établi longtemps avant que des imposteurs entreprissent de faire des mirctdes pour nourrir la superstition des païens. Voyez Polythéisme, Idolâtrie.

On ne prouvera jamais que Dieu ait été obligé d'ôter du monde tous les moyens de séduction auxquels

les hommes se sont volontairement livrés; mais il ne pouvait, sans déroger à sa sainteté, donner à des imposteurs ou à des fanatiques le pouvoir d'interrompre le cours de la nature, pour établir une nouvelle religion fausse à la place du paganisme.

Il n'est pas croyable, disent encore les déistes, que Dieu ait fait des miracles pour une nation plutôt que pour une autre ; pour les Juifs, et nou pour les Egyptiens ou les Assyriens, pour les sujets de l'empire romain, et non pour les Indiens ou pour les Chinois. 11 peut, sans miracle, éclairer et convertir tous les peuples, et leur intimer telle doctrine ou telles lois qu'il juge à propos.

Réponse. Celle objection renferme presque autant d'absurdités qu'il y a de mots.

2° Il est absolument faux que Dieu ne puisse accorder à une nation, à une famille, ou à un homme, un bienfait, soit dans l'ordre naturel, soit dans l'ordre surnaturel, sans l'accorder de même à tous les peuples ou à tous les hommes. Nous avons démontré le contraire au mot Inégalité.

2° Les déistes supposent toujours que Dieu a fait des miracles pour les Juifs seuls, pendant que l'Ecriture sainte enseigne formellement le contraire. En parlant des plaies de l'Egypte, Dieu dit qu'il exercera ses jugements sur ce royaume, alin que les Egyptiens sachent qu'il est le Seigneur, Exod., c. 7, f S. Moïse avertit les Israélites que Dieu les rendra plus illustres que les autres nations qu'il a faites pour sa louange, pour son nom et pour sa gloire, Dent., c. 36, $ 19. L'auteur du livre de la Sagesse nous fait remarquer que Dieu, qui aurait pu exterminer d'un seul coup les Egyptiens et les Chananéens, les a punis lentement et par divers fléaux, alin de leur laisser le temps de taire pénitence ot de désarmer sa colère ; il conclut par ces paroles : « Vous » épargnez tous les pécheurs, Sei- » gneur, parce que tous sont à vous, » et que vous aimez leurs âmes. »

Sap., c. 11 et 12. Dieu dit aux Juifs qu'il a exécuté ce qu'il avait promis de faire en leur faveur, non à cause de leurs mârites, mais atin que soa

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nom ne fût pas blasphémé chez les nations, Ezech., c. 20, f 9, 14, 22. Le psalmiste demande la continuation des bienfaits de Dieu sur son peuple, et ajoute : « Non pas pour nous, Sei- » gneur ; mais rendez gloire à votre » nom par votre miséricorde, et par y> votre fidélité à remplir vos pro- » messes, afin que les nations ne » disent pas, où est leur Dieu? »

Ps. 113. Le Seigneur dit qu'il délivrera son peuple de la captivité à la face des Babyloniens et des Chaldéens, pour sa propre gloire, et afin qu'il ne soit pas blasphémé, Isa., c. 48, f 11. Il déclare qu'il punira les Sidoniens par le même motif, et afin qu'ils sachent qu'il est le Seigneur, Êzech., c. 28, f 22. Tous cespassages et beaucoup d'autres démontrent que Dieu n'a point perdu de vue le salut des peuples infidèles, et qu'il a fait des grâces à tous. Voyez Infidèles.

3° Conclure de là que Dieu a. donc dû susciter chez tous les peuples du monde un Moïse, leur donner une révélation, une législation, une religion comme aux Juifs, et par les mêmes moyens, c'est un trait de folie.

Savons-nous ce que Dieu a fait pour chaque peuple en particulier, et jusqu'à quel point tous ont résisté aux leçons qu'il leur a faites, et aux secours qu'il leur a donnés? Il est encore plus absurde de prétendre que Jésus-Christ devait donc naître, faire des miracles, mourir et ressusciter dans les quatre parties du monde, aussi bien que dans la Judée; qu'il devait même le faire dans chaque ville de l'univers, tout comme à Jérusalem. Ce qu'il a fait dans cette contrée devait servir à la conversion de l'univers entier, et il a envoyé ses apôtres prêcher à toutes les nations.

Il ne sert à rien de dire que des miracles, qui étaient une preuve frappante pour les témoins oculaires, ne le sont plus pour les peuples éloignés, à plus forte raison pour nous qui vivons dix-sept siècles après les faits.

Un fait qui a existé une fois ne cessera jamais d'avoir existé, et dès qu'il est prouvé une fois, il l'est pour tous les siècles et pour tous les hommes qui auront du bon sens.

4° Il est faux que Dieu puisse con-

vertir tous les peuples sans miracles; et déjà nous avons défié les incrédules d'assigner aucun moyen qui ne soit pas miraculeux. Changer tout à coup les idées, les préjugés, les habitudes, la croyance et les mœurs de toutes les nations, sans aucun signe extérieur et frappant qui les touche et leur inspire des réflexions nouvelles, est-ce.

un phénomène conforme au cours ordinaire de la nalure? On dit que Dieu peut donner à tous les hommes, une grâce intérieure et efficace qui les convertisse tous. Mais cette grâce universelle et uniforme qui agirait de même sur tous et produirait le môme effet, serait non-seulement un miracle inouï, mais un miracle absurde ; il conduirait les hommes comme ils sont conduits par l'instinct; il détruiraitleur liberté ; l'effet qui s'ensuivrait ressemblerait à un enthousiasme universel, dont on ne verrait ni la cause ni les motifs. Est-ce ainsi que Dieu doit gouverner le genre humain? Les déistes rejettent les miracles sages pour recourir à des miracles insensés qui seraient indignes de la sagesse divine.

Mais on demande, que prouvent les miracles? Ils démontrent d'abord une Providence, non-seulement générale, mais particulière; et de ce dogme une fois prouvé s'ensuivent toutes les autres vérités que l'on nomme la religion naturelle. Comme les hommes distraits par d'autres objets réfléchissent fort peu sur les merveilles journalières de la nature, il est quelquefois nécessaire que Dieu réveille leur attention, et les étonne par des événements contraires au cours ordinaire de la nature ; c'est la réflexion de saint Augustin, Tract. 8, in Joan., n. 1, et Tract. 24, n. I; de Civit. Dei, 1. 10, c. 12. D'ailleurs, l'ordre commun de la nature, loin d'éclairer les hommes, avait été l'occasion de leur erreur; ils en avaient regardé les diversphénomènescomme l'ouvrage d'autant de dieux différents :

il était donc nécessaire de les détromper par des miracles faits au nom d'un seul Dieu, créateur et souverain, maître de la nature. L'exemple de Pharaon et des Egyptiens, de Rahab, de Nabuchodonosor, d'Achior, chef

des Ammonites, de Naaman, etc., preuve l'eflicaeité de ce moyen. Quoi qu'en disent les déistes, il est plus eflicace que la contemplation de la nature.

En second lieu, les miracles prouvent la révélation, la vérité de la doctrine que prêchent ceux qui opèrent des miracles pour cette tin, comme nous l'avons fait voir. Si les miracles ne prouvaient rien, les incrédules ne feraient pas tant d'efforts pour en faire douter.

IV. Y a-t-il eu effectivement des miracles ? Si cela est indubitable, toutes les autres questions sont résolues ; il s'ensuit que les miracles ne sont ni impossibles, ni indignes de Dieu, ni inutiles ; qu'ils prouvent quelque chose, et qu'ils peuvent être prouvés ; or, à moins d'être athée, 'matérialiste ou pyrrhonien, on est forcé d'en admettre.

Les athée: mêmes conviennent que la création est le plus grand des miracles ; et que quiconque admet celui-là, ne peut raisonnablement nier Ja possibilité des autres : à moins de soutenir l'éternité de la race des hommes, on est obligé d'avouer que le premierindividun'a pu commencer d'exister que par miracle. Le déluge universel est attesté par l'inspection du globe entier, c'est incontestablcïnent un autre miracle ; toutes les hypothèses forgées par les philosophes pour en combattre la réalité, ou pour l'expliquer naturellement, sont aussi frivoles les unes que les autres.

Aux articles Jésus-Christ, Apôtres, Moïse, nous prouvons la vérité des miracles qu'ils ont opérés (2).

(1) Les principaux miracles opérés en faveur de la révélation sont rapportés dons le Pootateiique et les quatre Evangiles, dont l'authenticité et l'intégrité se trouvent établies aux articles Ecuiture sainte, Eva>gile et Pentateuqoe. Comme à l'article Muise on prouve les miracles de ce législateur, nous ne parlerons ici que des miracles de Jésus-Christ.

Pour j''ger du degré de confiance que mérite l'histoire des miracles de Jésus-Christ, il faut examiner attentivement la nature de ces miracles, les circonstances dans lesquelles ils se sont opérés, le nombre et le caractère des témoins qui les rapportent, l'impression qu'ils ontfaite sur les spectateurs, enfin l'opinion que s'en formaient cenx-niêmes qui refusaient d'en reconnaître l'autorité.

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