‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 14 sur 122 · MI U · texte numérisé non relu

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miracles clans l'établissement du christianisme. Ou les apôtres, dit-il, ont fait des miracles pour persuader aux juifs et aux païens les mystères

ni l'industrie humaine, ne peuvent atteindre à ees

guérisous subites et durables, que Jésus opérait d'an seul mot. De pareilles œuvres portent 1 empreinte manifeste d'une vertu surnaturelle. Que servirait Je choisir dans le nombre des miracles moins éclatants en apparence, et de s'efforcer, en les atténuant, d'en rendre les raisons physiques? Il faut tout expliquer, jusqu'à la résurrection des morts, ou recoimâïtre jartoutla main du Tout-Puissant.

A l'évidence, à l'éclat des œuvres, se trouve réunie la publicité des lieux et des personnes. Les miracles de l'Evangile ne sont pas, comme ces faux prodiges que l'on affecte de leur comparer, des faits obscurs et clandestins, qui se dérobent an grand jour, et dont on ne cite qu'un petit nombre de témoins affidés ,ustement suspects. JS'egue enim in angulo quidquam horum geêium est. (Act., c.2G. ) C'est dans toutes les villes de la Palestine, à Jérusalem et dans les places publiques, dans le temple, à f'rpoqne do ces fûtes solennelles qui rassemblent toute la nation, que Jésus fait éclater sa puissance. Ceux qui eu ont ressenti les effets sont désignés par leur nom, par leur demeure, parleur profession -, ils habitent, après leur guérison, les v^les, ies bourgades qui les ont vus malades. Le double fait do leur maladie et de leur gnérison subite est connu de leurs parents, de leurs voisins, de tous leurs compatriotes. Leur présence rappelle seule à

tout un peu

>le le

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el ils doivent la

santé; on accourait pour voir Lazare ressuscita, et les chefs de la synagogue cherchaient à le faire périr, parce, qu'il était cause qu'un grand nombre de Juifs croyaient en Jésus.

II. Considérés en eux-mêmes, les miracles de l'Evangile ne présentent rien qui appelle, ou plutôt rien qui ne repousse le soupçon de fraude ou d'illiis ion : je viens de vous le prouver. Mais si vous étudiez les circonstances qui les accompagnent, et particulièrement la disposition des esprits, vous n'y verrez que des obstacles dont la vérité seule (.x.uvait triompher.

Jésus compte pour ennemis tout ce qu'il y a parmi les Juifs de plus puissant et de plus éclairé. Les prêtres et les scribes, les pharisiens et les saddoeéeus, suspendant leur animosité invétérée, se réunissent tous contre un homme qui leur reproche hautement leurs vices et leurs erreurs, et dont la doctrine attaque ouvertement l'oidre de choses auquel ils doivent leur fortune et leur considération. Us n'ignorent pas les prodiges, réels ou supposés, sur lesquels Jésus fonde son autorité'. Souvent ils en sont eux-mêmes les témoins ; ils voient l'impression qu'ils font sur le peuple. Voilà, disent-ils, que tout le monde le suit : Er.ce mundus ti-tus post eum abiit : ils ne se dissimulent pas le danger qui les menace, si, à la faveur de ses miracles, leur adversaire se fait reconnaître pour le Fils de Dieu. La haine, la jalousie, l-enr intérêt, d'accord avec celui de la religion, tout leur prescrit de mettre au grand jour l'imposture de ces miracles. Toute la force publique e*t en leurs mains : il leur est facile de constater la fraude par des informations juridiques. Les témoins ne manquent pas, même parmi leurs partisans; et qui doute que, dans le nombre des disciples du Thaumaturge, il ne s'en trouve à qui la crainte du supplice, l'espoir de quelque récompense, le remords et le dépit seul arrachera des aveux décisifs?

Des miracles aussi publics, qui n'eusseni été que

et le? événements surnaturels qu'ils prêchaient, ou les peuples ont cru, sans voir aucun miracle, les choses du monde qui devaient leur paraître

le produit de l'artifice ou l'effet de l'illusion, n'auraient pas résisté à un examen légal dirigé par des hommes puissants, et souverainement intéressés à dévoiler l'imposture. S'il paraissait trop difficile de les attaquer tous, il suffisait d'en réfuter un seul, pour acquérir le droit de s'inscrire en faux contre tous les autres. Nul antre motif que leur propre conviction, et la crainte de donner à ces miracles odieux uns plus grande authenticité, ne pouvait empêcher les chefs- do ]a synagogue de ies soumettre à un examen juridique. Or, nous sommes bieu assurés qu'ils n'oot pas employé ce moyen si facile de confondre leur ennemi, et de détremper la multitude, ou que du moins ils l'ont employé sans succès, puisqu'au lieu do s'éteindre, la foi en Jésus-Christ et en ses prodiges n'a cessé de se répandre et de se fortifier d^: jour en jour.

Cependant je trouve deux conjonctures remarquables, où les chefs de la synagogue commencent une information ; mais bientôt ils se voient forcés de la suspendre, parce qu'elle les ouvre de confusion : c'était a l'occasion d'un aveugle-né à qui Jésus avait rendu la vue, et d'un boiteux guéri par les apôtros à la porte du temple. Ces deux faits sont racontés avec toutes leurs circonstances dans l'Evangile de saint Jean, ch. 9, et dans les Actes des apôtres, chap. 3. 11 serait trop long de les rapporter en eutier, et l'on ne peut les abréger sans dépouiller le récit de ce caractère inimitable de candeur et de simplicité, qui porte la persuasion dans l'âme du lecteur. Prenez en main le nouveau Testament, lisez attentivement les deux endroits indiqués, et reconnaissez par vous-même dans tout3 la conduite des chefs de la tymgogue, cet embarras, ces craintes, ces tergiversations qui décèlent évidemment latnauvaUe foi. Voyez comment tous leurs efforts ne servent qu'à confirmer par de nouvelles preuves les faits qu'ils avaient entrepris de détruire.

Mais rien ne démontre plus sensiblement l'impuissance où se trouvaient les ennemis de Jésu3 de contredire et de réfuter ses miracles, que la procédure monstrueuse qui prépara son supplice. No pouvant eux-mêmes le condamner à une puîné capitale, parce que les Romains leur avaient ôtè le droit de vie et do mort, ils se ren 'ont ses accusateurs auprès du gouvernement de La Judée j ils le dénoncent comme rebelle, et non eu mue imposteur; ils le chargent d'avoir voulu soulever la nation contre César, ot non d'avoir séduit le peuplo par de faux prodiges. Ils no produisent pas de témoins qui déposent contre ses prétendus miracles. Ni le fils de la veuve do Naiin, ni la fille de Jaîre, ni Lazare, ni l'aveugle-iié et tant d'antres qui publiaient hautement ses bienfaits et sa puissance, ne sont mis en jugement, et poursuivis comme complices d'une fourberie sacrilège. Tontes les accusations portent sur la doctrine et sur les discours de Jésus, tant la vérité de ses miracles était constante et inattaquable.

III. Considérons maintenant le caractère, pesons l'autorité des témoins qui rapportent les miracles de Jésus-Christ.

Nous observerons, avant tout, que l'histoire de ces miracles nous a été transmise par huit auteurs contemporains, presque tons témoins oculaires et acteurs dans les faits qu'ils racontent. C'est une çou m jiienca évidente do rainhenlicité du nouveau Testament j car il faut compter pour historiens do

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les plus incroyables; dans ce ca?, marqué, c'est que ce raisonnement

leur foi même est le plus grand des est également applicable à l'établis*

miracles. De CiviL, Dei, 1. 22, c. 5. sèment du judaïsme, et à celui de la

Mais ce qu'on n'a pas assez re- religion des patriarches. Comment,

Jésus -Christ, non-seulement les quatre évangêlistes, mais encore ceux d'entre les apôtres dont il nous reste des épîtres, où les faits de l'Evangile sont expressément rapportés, ou manifestement supposés. De ces huit écrivains, cinq, Matthieu, Jean, Pierre, Jacques et Jude, étaient du nombre des apôtres. Ils avaient accompagné Jésus pendant toute la durée de sa prédicatîou. Chacun d'eux pouvait dire comme saint Jean : n Ce que nous avons vu i) de nus vaux, entendu de nos oreilles, touché de » nos maioSj nous vous l'attestons, et nous vous » l'annonçons, u Les évangélistes Marc et Luc n'étaient pas du collège apostolique, mais ïl est probable qu'ils étaient du nombre des soixantedouze disciples ; du moins on ne peut douter qu'ils ne fussent contemporains. Saint Luc écrivait sa propre histoire dans le livre des Actes ; et tous les anciens pères ont cm que saint Marc avait composé son évangile par 1 ordre et on quelque sorte sous la dictée de saint Pierre. Enfin saint Paul doit aussi être compté parmi les historiens originaux, non-seulement parce qu'il a vécu avec les apôtres et les disciples, mais parce qu'il atteste que Jésus lui a apparu après sa résurrection, et qu'il se porte pour témoin d'une infinité de faits nécessairement liés avec la vérité des faits évangeliques.

Du reste, q^and j'ai dit que l'histoire de Jésus et de ses miracles nous avait été transmise par huit témoins oculaires, je ne parlais que de ceux dont il non" reste des écrits. On sait d ailleurs, et les incrédules n'oserai mt le nier, que dons le môme temps, tous les apôtres et tous les disciples de Jésus, au nombre do plus de 80, faisaient profession d'attester tous les faits rapportés par les auteurs du nouveau Testament. Co sont encore autant de témoins dont la déposition ne nous est pas moins connue, et n'a pas moins de force que si elle eût été enseignée dans les livres.

Il résulte do là une conséquence importante : savoir, que parmi les faits les plus célèbres et les plus constants do l'antiquité, il n'en estpoint d'aussi bien attestés que les miracles de l'Evangile. L'hinoire de Socrate n'a pour garants que deux de ses disciples, Platon et Xénopbon. La mort de César, qu'on peut proposer comme un exemple de la certitude historique portée an suprême degré, n'est pas appuyée sur le rapport d'un aussi grand nombre de contemporains. Quiconque ose nier les faits de l'Evangile ne peut échapper au reproche de partialité et d'inconséquence, qu'en se plongeant dans toutes les absurdités du pyfrhonisrae historique.

Quel motif de récusation alléguerez-vous contre cette nuée de témoins qui, soit par écrit, soit de vive voix, nous ont transmis l'histoire de Jésus- Christ? Prétendrez-vous qu'ils ont été trompés par leur maître? Direz-vous qu'ils se sont concertés pour tromper l'unitf.Ts?

La première supposition est trop insoutenable. Quelque idée que vous puissiez vous former des disciples de Jésus, vous ne vous persuaderez jamais que, pendant trois années consécutives, leur maître ait pu leur en imposer sur des faits journaliers, aussi nombreux et aussi éclatants. Des hommes capables d'une pareille illusion ne se rencontrent pas dans la nature : l'ignorance, la crédulité, le fanatisme, ne vont pas jusque-là. Il y a dans cette snpposition une absurdité si révoltante, qu'on ne peut s'y arrêter un moment, même pour la corn- Jbattre : la nature des faits y répugne visiblement:

et je n'ai pas besoin d'insister sur la contradiction manifeste qui se trouve entre le caractère des apôtres, tel qu'il faudrait l'admettre d»ns cette hypothèse, et celui qui résulte de leurs écrits, de leurs travaux et de leurs succès.

Passons à la seconde supposition, et voyons si l'on peut dire avec queLque vraisemblance que les apôtres aient voulu en imposer.

Reportez-vous à l'origine du christianisme : considérez en quel temps, en quels lieux, et devant qui les apùttesont publié les miracles de leur maître. C'est à l'époque même où les choses venaient de se passer; c'est dans la ville de Jérusalem qui avait été le théâtre des principaux événements , c'est au milieu d'une multitude innombrable de témoins prétendus, dont le silence tout seul eût suffi pour les confondre. Vous en conviendrez, et le temps, et les lieux et les personnes, étaient bien mal choisis pour une imposture.

Parmi les prodiges qu'annonçaient les apôtres, il en est un, à la vérité, la résurrection de Jésus, dont ils se donnent pour les témoins exclusifs. A, l'égard de tous les autres, ils en appellent hautement à la nation tout entière, à leurs ennemis, à leurs persécuteurs.

A leurs persécuteurs I Mais comment des imposteurs si absurdes avaient-ils pu se l'aire des ennemia ? que pouvaient craindre d'une fable si mal ourdie les prêtres et les magistrats do Jérusalem ? n'eût-il pas été plus sage d'en abandonner les auteurs h Ja risée publique, que de leur donnée quelque importance en les persécutant? Avouez que l'imposture dont on accuse les apôtres ne ressemble à rien de ce que nous connaissons en co genre.

Et voyez quels sont les hommes que l'on accu-e. Rappelez-vous le caractère moral des premiers dni> teurs du christianisme. Considérez la simplic té, l'ingénuité, la noble assurance do leurs discours et de leurs récits, la sainteté de leurs meeurs toujours d'accord ave", la pureté de leur doctrine, lecouiaga héroïque avec lequel ils ont rempli la mission périlleuse qu'ils disaient avoir reçue du ciel, lewt constance inébranlable dans les tourments, le témoignage irrécusable qu'ils rendent, en expirant, à la vérité de l'histoire qu'ils avaient enseignée tonte leur vie N A ces traits si frappants de sincérité; da sagesse et de vertu, reconnaissez-vous les auteurs de l'imposture la plus extravagante ot la plus criminelle que l'on puisse imaginer?

Je finis par une réflexion sur [histoire écrite que les apôtres et los disciples nous ont laissée de leur maître. Des imposteurs ou des romanciers n'eussent pas manqué, après avoir concerté leur fable, de rassembler dans un seul livre les faits et les points de doctrine dont ils seraient convenus. Au défaut de la vérité et de l'intime conviction, il n'y avatt qu'un livre commun qui put mettre de l'uniformité dans leur enseignement. Les apôtres ont néglige cette précaution. Ils se dispersent, et chacun enseigne ce qu'il a vu et entendu. Ils avaient déjà rempli de leur doctrine la Judée et les provinces voisines, lorsqu'on vit paraître la première histoire de Jésus-Christ, l'Evangile de saint Matthieu. Les trois autres furent composés en des temps et ea des lieux différents, sans que les auteurs se fussent entendus, soit entre eux, soit avec ^es apôtres qui se contentaient d'enseigner de vive voix.

Si l'Evangile de saint Marc peut être regardé

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au milieu des erreurs dont toutes les nations étaient prévenues, un homme tel que Moïse aurait-il pu, sans miracles, persuader l'unité de Dieu, sa

providence universelle, etc., à un peuple aussi grossier, aussi intraitable, aussi porté à l'idolâtrie que les Juifs, et leur faire recevoir des lois

comme nn abrégé de saint Matthieu, ceux de saint Luc et de saint Jean diffèrent totalement, et pour le style, et pour le choix des faits, et pour les circonstances des mêmes faits. Celte diversité va quelquefois jusqu'à l'apparence de la contradiction, et il en résulte, dans l'histoire évangélique, des difficultés qui embarrassent les commentateurs, et que des faussaires n'auraient pas manqué de prévenir. Le mensonge est circonspect : s'il doit passer par des pin mes différentes, il s'attache a. une scrupuleuse et servile uniformité. IL u'y a poiut de dépositions plus unanimes que celles îles faux témoins lorsqu'ils ont pu s'aboucher. Mais l'écrivain que dirige et qu'inspire la vérité, rapporte ce qu'il sait, sans avoir besoin de s'informer de ce que l'on a dit avant lui. 11 ne craint ai démenti, ni contradiction. Si, dans son récit comparé avec les autres, il se rencontre des variantes difficiles à concilier, il se met au-dessus de ces minutieuses critiques, et se repose sur la vérité elle-même du soin de résoudre des difficultés qu'il D'à pas daigné prévoir.

IV. Les apôtres sont des téu.oîns irréprochables, puisqu'il est certain, d'une part, qu'ils n ont pu être trompés, et, de l'autre, qu'ils n'ont pas voulu tromper eux-mêmes. J'ajoute que, s'ils l'eussent voulu, ils ne seraient jamais parvenus, je ne dis pas à établir une religion on a fonder une secte, mais à se faire un seul prosélyte.

Parcourez l'histoire immense des erreurs ot «les superstitions; cherchez dans les opinions populaires, dans la politique, dans !a séduction ou dans la terreur, les différentes causes auxquelles les fausses religions ont dû leur établissement et Leurs progrès: vous n'en trouverez aucune qui favorisât l'imposture des apôtres. L'autorité des lois, la force publique; les sentiments religieux, les préjugés, les passions, l'intérêt, tout s'élevait contre leur doctrine: les miracles seuls parlaient en leur faveur. Mais ces miracles eux-mêmes, s'ils n'eussent pas été incontestables, offraient à leurs nombreux et puissants adversaires nn moyen sur et facile de les confondre. On peut disputer sans fin sur des opinions spéculatives ; mais s'il est question de faits publics et récents, la discussion ne peut être ni longue, ni douteuse. C'est déjà beaucoup que, dans des circonstances aussi défavorables, les apôtres, soutenus de l'autorité des miracles, aient pu se faire écouter : tniis qoe, sans miracles, ou ce qui est encore plus fort, avec des miracles notoirement faux, ils eussent réussi à fonder une nouvelle religion, ce serait un phénomène inexplicable, incompréhensible, mille fois plus jncroyablo que tous les miracles du christianisme.

Nous avons donc, pour juger des miracles de Jésus-Christ, une règle de critique aussi certaine que facile, l'opinion de ceux à qui les apôtres les ont annoncés. Les témoins étaient présents, et en grand nombre ; les coati adicteurs avaient toute liberté de parler; tout était préparé pour l'instruction du procès. Le jugement porté à cette époque est un jugement en dernier ressort que nous entreprendrions vainement de réformer, nous qui sommes placés à une si grande distance, et à qui il ne reste qu'une partie des pièces originales que les premiers juges avaient sous les yeux.

Mais qui nous apprendralejugement qu'ont porté desmiiacles de Jésus-Christ les contemporains et les auditeurs des apôtres?

Des faits éclatants, incontestables et encore sub-

sistants; des faits tellement liés avec la vérité des miracles évangélianes, qu'il est impossible de leur assigner une autre cause.

Nous sommes assurés par les témoignages réunis de l'histoire ecclésiastique et de l'histoire profane que partout où les apôtres ont enseigné, il s'est formé des églises nombreuses. La première est celle de Jérusalem, qui commence cinquante-trois jouis après la moit de Jésus-Christ. Bientôt après, la foi s'établit à Samane, à Damas, à Lydda, à Joppé, à Césarée, â Antioche, où les sectateurs delà nouvelle religion commencent à être désignés par le nom de leur maître. De la Palestine et de la Syrie, les apôtres passent dans l'Asie mineure, dans la Grèce, dans la Macédoine; ils pénètrent en Italie, ety jettentles fondements de cette église principale, comme l'appelle saint Irénée, à laquelle toutes les autres ressortîront, et qui fera de Rome la capitale du inonde, même après la destruction de son empire. Premier fait constant, et reconnu par les iacréJules eux-mêmes.

Dans toutes ces église?, on faisait hautement profession de croire les miracles que les apôtres avaient attestés de vive voix, ou par écrit. Voilât un second fait non moins avéré que le premier, et dont la démonstration, si l'on osait le oier, se trouverait dans toutes les èpitres du nouveau Testament.

Un troisième fait, qui est la conséquence évidente des deux antres, c'est que les premiers fidèles n'out embrassé le christianisme que sur l'autorité des miracles attribués à Jésus-Christ.

Ainsi dans les lieux, dans les temps où Jésus- Christ avait vécu, et lorsque Jérusalem pouvait compter autant de témoins du ses courras que d'habitants, des milliers de personnes de toutes les conditions se sont montrées tellement convaincues de la réalité de ses miracles, qu'elles ont abandonné leur religion pour se déclarer ses disciples. Quant aux fidèles des autres églises, s'ils ne furent pas témoins des miracles de Jésus-Christ, la vérité leur en fut prouvée par ceux des apôtres; et nous devons les ranger aussi rarmi ceux qui ne se sout rendus qu'à l'autorité des miracles.

Nul espoir temporel, nul attrait, nulle séduction ne pouvait alors donner des sectateurs au christianisme. Les apôtres, à l'exemple de leur maître, ne promettaient que des croix et les afflictions, et ils ne dissimulaient pas aux néophytes, que si toutes leurs espérances étaient renfermées dans ce monde, ils devaient se regarder comme les plus malheureux des hommes. Quel degré de conviction ne fallait-il pas pour déterminer les premiers fidèles an sacrifice de tous leurs préjugés et de tous leurs intérêts? Quelle attention n'ont-ils pas dû apporter à l'examen de ces miracles qui décidaient de leur sort et pour la vie présente, et p iur la vie future ? Ce n'e&t nî l'amour de la nouveauté, ni nn aveugle enthousiasme, qui a transformé en chrétiens zélés tant de juifs et de païens, jnsquôs alors superstitieusement attachés à la religion de leurs pères. C'est l'autorité, c'est l'évidence des miracles de Jésus- Christ. Chacun de ces premiers fidèles, par le seul fait de sa conversion, en devient un nouveau témoin.

V. En vain l'on opposerait à la foi de ces Juifs convertis l'incrédulité du reste de la nation. Cette incrédulité n'a pas eu pour motif la fausseté reconnue des miracles de l'Evangile.

onéreuses qui devaient les rendre odieux à toutes les autres nations?

Vu le penchant universel de tous les peuples vers le polythéisme et l'ido-

1.88 scribes, les prêtres, les pharisiens ennemis de Jésus n'ont jamais nié ses miracles : que dis-je ? ils les ont expressément reconnus ; et c'est en avouant la vérité des faits, qu'ils s'efforcent d'en affaiblir l'autorité et d'ea éluder les conséquences. Tantôt ils attribuent ces œuvres merveilleuses a la puissance du prince des démons, tantôt ils accusent Jésus de violer la loi, en guérissant des malades le jour du sabbat; d'autres fois ils sont réduits à confesser leur bonté et leur impuissance. « Les pon- » tifes et les pharisiens s'assemblèrent donc, et ils n disaient: Que faisons-nous? Cet homme fait plu- » sieurs miracles : si nous le laissons, tous croiront m en lui. [Joan., c. 11 .) Us ordonnèrent à Pierre et » à Jean de sortir de la salle du conseil, et ils déli- « béraîent entre eux, disant : Que ferons-nous à » ces hommes? Le miracle qu'ils ont opéré est H connu de tous les habitants de Jérusalem : le fait » est manifeste, et nous ne pouvons le nier. « Marti festum est, et non possumits negare. (Aet., c. 4.)

La trahison de Judas offrait à la synagogue une occasion bien favorable pour confondre; l'imposture, et détromper la multitude. Rien n'était plus précieux que la déposition et Les aveux d'un complice; rien n'était plus propre à motiver la condamnation de Jésus. Mais, ou les chefs de la syoagogue comprirent qu'il était inutile d'interroger Judas, ou les réponses de ce misérable ne fournirent aucun moyen de conviction. Il ne paraît point dans toute la suite du jugement. Tout ce que nous savons de 'ui après sa trahison, c'est qu'il périt de la mort la plus funeste, en proie aux remords et au désespoir.

Ces détails tous paraîtraient-ils suspects, parce que nous ne les tenons que des disciples de Jésus? Quoi donc! exigeriez-vous que les pharisiens eussent pris soin de transmettre à la postérité des faits qui dévoilent leur injustice et leur mauvaise foi? Oublions pour un moment le caractère des -apôtres et de leur véracité; ne consultons que la ■vraisemblance, elle est toute en faveur de leur rôtit.

D'abord, pour ce qui est de la mort de Judas, ils la racontent comme un fait connu de toute la ville de Jérusalem : Notum facium est omnibus habitaniibus Jérusalem. Son repentir est attesté par le nom du champ que les prêtres achetèrent de l'ar- Çent qu'il leur avait rapport' 1 : on l'appela Haceldama, le Champ du Sang, Nous avons pour garants île cette histoire, non-seulement saint Matthieu et l'auteur du livre des Actes, mais l'apôtre saint Pierre dans un discours prononcé quarante jours a près la mort de Judas, en présence de cent vingt personnes, qui toutes avaient connu le traître, et ne pouvaient ignorer de quelle manière il avait fini.

Quant aux aveux des piètres et des pharisiens, à leurs vains subterfuges pour éluder les conséquences dus miracles qu'ils étaient foi ces de reconnaître, à la faiblesse, à l'embarras, aux contradictions qui décèlent leur mauvaise loi, on ne peut raisonnablement soupçonner les évangélistes d'en avoir imposé.

Premièrement, tout ce récit porte avec lui des caractères de bonne foi et de vérité qui ne peuvent échapper à un lecteur attentif. La conduite des enleiuis de Jésus se soutient depuis le commencement jusqu'à la fin : on y voit les progrès naturels de la jalousie, de la haine, de la rage, de l'aveu- ^leuH'irt. Placés en do telles circonstances, et avec Jes dispositions qu'on leur connaît, les prêtres et

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latrie, dans des siècles où il n'était pas encore question de philosophie, comment trouve-t-on uns suite de familles patriarcales qui ont constam-

les pharisiens ne devaient ni ne pouvaient agir d'une autre manière. Mais quelque naturelle que soit leur conduite, jamais les historiens sacrés n'auraient su inventer uu caractère si neuf. Dans ce mélange, jusque-là sans exemple, de faits naturels et de faits surnaturels, ils n'auraient pas atteint le vraisemblable, s'ils ne se fussent pas inviolablemant attachés au vrai.

En second lieu, les auteurs du nouveau Testament n'ont écrit que ce que les apôtres avaient dit publiquement dans Jérusalem, sous les y«ux des piètres et des pharisiens; et il n'est pas permis de supposer que les apôtres aient été assez impudents et assez maladroits tout ensemble, pour imputer aux chefs de la nation des discours et des démarches entièrement opposés à la conduite qu'on leur aurait vu tenir.

Voulez-vous enfin une preuve non suspecte de l'opinion des anciens Juifs à l'égard des miracles de l'Evangile? vous la trouverez dans les deux Talmnds de Babylone et de Jérusalem, où l'on dit gravement que Jésus avait dérobé le nom ineffable de Dieu, qu'il suffit de prononcer pour opérer les plus grands prodiges. Nul écrivain de cette nation, daos les premiers siècles du christianisme, n'a osé démentir les évangélistes. Maimonidu, le plus savant et le plus judicieux des rabbins, ne répond à l'argument pris des miracles de Jésus-Christ, qu'en soutenant que le Messie ne devait ras faire des miracles. Dans tous les temps, les Juifs incrédules ont tenu le langage que les évangélistes mettent dans la b>mche des prêtres et des pharisiens. Si les contemporains de Jésus s'étaient inscrits en faux contre ses miracles, s'ils avaient allégué quoique fait, quelque témoignage qui tendit à les infirmer, les rabbins, héritiers de leur doctrine et de leur haine contre le christianisme, se seraient-ils vus réduits à chercher une explication de ces prodiges dans la fable ridicule rapportée par les compilateurs du Talmud.

VI. Parmi les païens, comme parmi les Juifs, la religion chrétienne a trouvVa des prosélytes et des adversaires. Les premiers, de mémo que les juifs convertis, sont, dans un sens véritable, autant de témoins des miracles du christianisrre. Pour ce qui est des autres, leur incrédulité, comme celle des Juifs, peut avoir eu un autre motif que la fausseté reconnue de ces miracles. Il faut tâcher de découvrir quelle était leur opinion à cet égard; et danB cette vue, nous consulterons non-seulement leurs propres écrits, mais aussi les écrits composés par les chrétiens pour la défense de leur religion.

L'opinion des païens à l'égard des miracles de Jésus et des apôtres doit se trouver dans les anciennes apologies du christianisme, car les auteurs de ces apologies ayant pris à tâche de défendre la foi chrétienne contre les incrédules de leur temps, on ne peut supposer qu'ils aient passé sous silence, encore moins qu'ils aient altéré ce qu'on aurait objecté sur un point aussi essentiel : or, il ne faut que parcourir les anciens apologistes, pour voir que, dans les premiers temps, la controverse entre les deux religions ne roulait pas sur la réalité des miracles. Saint Justin, Athénagore, Tertullien, Minutius '.''élix, Origène, parlent des miracles de l'Evangile avec confiance, comme de faits avérés que personne ne leur disputait. Les idolâtres se contentaient d'y opposer les prodiges fabuleux de leurs divinités. Les philosophes cherchaient dans leurt

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ment fait profession d'adorer un seul Dieu, et qui lui ont rendu un culte pur, si Dieu lai-même ne les a pas miraculeusement instruites et préser-

systèrueg des moyens d'échapper aux conséquences qu'en tiraient les chrétiens. Ni les uns ni les autres n'osaient encore les contredire ouvertement.

Daos la suite, et à mesure qu'on s'éloignait de l'origine du christianisme, l'incrédulité est devenue plus hardie. Nous voyous qu'Eusèbe, saint Chrysostôme, saint Jérôme, saint Augustin, se sont crus obligés de défendre l'histoire évangéliqne contre les critiques de leur temps. Mais ces critiques venaient trop tard; ei saint Augustin avait raison de leur opposer la conversion du monde, et do regarder comme une espèce de prodige leur obstination à nier des faits consacrés par la foi du genre humain.

Quelques personnes accoutumées a la méthode et aux principes de la critique moderne, ont de la peine à concevoir pourquoi les anciens apologistes n'ont pas insisté pins fortement sur les preuves des miracles de Jésus -Christ, et peu s'en faut qu'elles ne les accusent d'avoir mal défendu la cause de la religion. On n'a pas fait attention que la défense doit être modifiée par l'attaque, et qu'il eût été hors de propos d'accumuler les raisonnements pour établir ce qui n'était pas contesté. Or, quoique nous ayons perdu les ouvrages des anciens adversaires du christianisme, les fragments cités par Origène, par saint Cyrille d'Alexandrie, par saint Jérôme, suffisent pour nous montrer que les païens ne songeaient point alors à contester les miracles de Jésus-Christ.

On reproche encore aux anciens apologistes d'avoir admis les prodiges et les oracles du paganisme. On croit pouvoir opposer cet aveu à celui des païens en faveur des miracles du christianisme. On en conclut du moins que, dans cette controverse, on a méconnu de part et d'autre les principes de la critique;

Je réponds d'abord que tous les anciens Pères n'ont pas admis les prodiges et les oracles du paganisme. Eiisèbe, en particulier, les combat victorieusement dans sa Préparation éuangélique. Si la plupart ne les ont pas niés, c'est qu'ils avaient une autre réponse plus expéditive, plus populaire et non moins décisive, Au lieu d'examiner tous ces faits l'un après l'antre, ce qui les aurait entraînés dans une longue et fastidieuse discussion, ils s'attachèrent à prouver qu'ils ne pouvaient être que l'ouvrage des mauvais génies, et ils fire.it rougir les païens des divinités auxquelles on les attribuait : manière de raisonner légitime en elle-même, puisqu'elle était fondée sur les principes des adversaires, et d'autant plus concluante qu'elle attaqnait l'idolâtrie dans les objets mêmes de son culte.

Mais quoi qu'il en soit de l'opinion des Pères à l'égard des prodiges du paganisme, on ne peut rien conclura de leurs aveux en faveur de quelques faits isolés qui se perdaient dans une antiquité fabuleuse, et ctoot il ne restait qu'un souvenir traditionnel, sans preuve certaine, sans monument authentique. U n'eu est pas de môme des aveux et du silence des païens à l'égard des miracles du christianisme, miracles récents, appuyés sur une tradition certaine et sur des écrits contemporains, et dont l'examen était aussi facile qu'il devait paraître nécessaire aux défendeurs do l'idolâtrie.

Cependant l'épicurien Celse, l'un des plus ardents et des plus savants adversaires du christianisme, les avoue expressément; et malgré les principes de sa philosophie, il a recours à la magie

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vées de l'erreur.? Voilà deux grands phénomènes que Ton n'expliquera jamais par des moyens naturels, mais que l'Ecriture sainte nous fait conce-

pour les expliquer. Il ne veut pas qu'on regarde Jésus comme un Dieu, pour avoir guéri quelques aveugles et quelques boiteux. Julien parle avec un mépris affecté dos malades guéris dans les Innrgades de Bjthsaïde et de Bétharjio. Porphyre et d'anu-e3 philosophes, au rapport d'Arnobe, plaçaient Jésus au nombre des magiciens. On ne peut douter que Philostrate n'ait composé son roman d'Apollonius de Thyane, pour l'opposer à l'histoire évangélique, et pour contre-balancer, par les prodiges fabuleux do cet impu^teur, l'impression que faisaient sur les esprits les miracles du christianisin^.

Telle était en effet, parmi les païens, la renommée de Jé^ns-Christ, que l'empereur Tibère, sur le rapport de Ponce-Pilate, proposa au sénat de le mettre au nombre des dieux. Ce fait, attesté par Tertullien et ensuite par E'usèbe.et d'ailleurs assez conforme au caractère du polythéisme, a piru suspect à quelques critiques modernes. Mais les prétendues improbabilités qu'ils allèguent, ne doivent pas l'emporter sur des témoignages aussi positifs.

Un écrivain païen attribue aux empereurs Adrien et Alexandre Sévère un projet semblable à celui de Tibère. Selon Lampride, Alexandre Sévère voulut placer le Christ parmi les dieux, et lui bâtir un " te:nple. Il en fut détourné par les arnspices, qui lui représentèrent que tout le moude se forait chrétien, et que les temples des dieux seraient abandonnés. Adrien, continue Lampride, avait eu la même idée. Dans toutes les villes on avait construit par ses ordres des temples sans idoles, destinés, à ce que l'on croit, à l'exécution de ce dessein, et qui s'appellent encore Adrianés, du nom deceprince, parce qu'ds ne sont dédiés à aucune divinité.

Saint Justin et Tertullien, dans leurs apologie-*, en appellent à une relation de la mort et des miracles de Jésus-Christ, que Pilate avait envoyée à Tibère. Cette relation, ou ces actes de Pilate, ont été célèbres dans l'antiquité ecclésiastique. Nous apprenons d'Ensèbe, que l'empereur Maximin, l'un des plus cruels persécuteurs, fit composer et ré-. pandre dans tout l'empire de fa<ix actes, sous le nom de Pilate, remplis de calomnies et d'invectives contre Jésus-Christ. Les actes véritables avaient disparu. Les païona qui les avaient soustraits, en empruntèrent le titre pour tromper les ignorants. M vis ces faux actes, dont les curetions n'eurent pas de peine ù démontrer l'imposture, prouvent du moins qu'il y en avait eu de véritables, comme le disent saint Justin et Tertullien. Fabr.cius a recueilli dans ses Apocryphes deux lettres de Pdate à Tibère. Ces deux pièces sont modernes, et portent des caractères manifestes de supposition.

Chalcidius, dans son Commentaire sur le limée de Platon, parle de l'étoile qui conduisit des sages de la Cbaldéo aux pieds d'un Dieu qui venait de naître.

On trouve, dans les Saturnales de Macroba. un mot de l'empereur Auguste, qui coulirme ro que dit saint Matthieu, du massacre des enfants nés à Bethléem et aux environs. 11 vaut mieux, dit ce prince, être le pourceau d'Hérode que son fils. Oa 'lui avait rapporté qu'un fils d'Hérode avait été ouveloppé dans le massacre général, ce que l'évangélisle ne dit pas. Ce passage de Macrobe est important, d'abord parce qu'il détruit l'argument négatif pris du silence de Josèphe, et surtout parce que le fait du massacre de Bethléem est nécessairement-

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voir très -clairement, par le moyen d'une révélation surnaturelle donnée de Dieu depuis le commencement du monde.

Le don des miracles ne s'est pas terminé à la mission et à la prédication des apôtres; saint Paul atteste ou du moins suppose qu'il était commun parmi les fidèles, I. Cor., c. 12, 13, 14 ; et les Pères de l'Eglise sont témoins qu'il a continué dans les siècles suivants.

Saint Justin, Apol. 2, n. 6- Liai cum Trijph., n. 82, atteste que les démons sont chassés au nom de Jésus- Llinst, et que l'esprit prophétique a passe des Juifs aux chrétiens. Saint Irénée ajoute que plusieurs guérissent les maladies par l'imposition des mains, et que quelques-uns ont ressuscité des morts, Ado. Hier., 1. 2 c. 56 et 57. Tertullien prend à témoin les païens du pouvoir qu'ont les chrétiens de chasser les démons, Apol., c. 23, ad Scapulam, c. 2. Origene atteste qu'il a vu plusieurs malades guéris par l'invocation du nom de Jesus-Ciiiist, et par le signe de la croix, CantraCds., 1.3, n, 24, etc. :

t U 5oa ' P emonsL 6mng., 1. 3, p. 109 et iil ; Laciance, Divin. Instit., 1. 4,

lié avec les prodiges qui, dons le récit do saint Matthieu, ont accompagné la naissance dé Jésus- Christ. Combien de témoignages collatéraux, semblables a celui-ci, ne pourrions-nous pas citer en faveur de 1 histoire évaugélique, si tous les écrits des païens étaient venus jusqu'à nous ?

Phlégon affranchi de l'empereur Adrien, cité dans la Chronique d'Ensèbe, avait fait mention de 1 éclipse, ou, pour mieux dire, do l'obscurcissement du soleil, et îles tremblements déterre qui signalèrent le moment ou Jésus expira. Il paria de cette éclipse comme d un phénqmène dont il uV avaitpas d exemple, parce qu'en effet elle eut lieu au temps de la pleine lune, et ,1 la rapporte à l'an iv de 1 olympiade Î02, qui est l'année même de la mort deJésus-Chnst. Thrallus, autre éerÏYatn pëmn d„ premier siècle, cité aussi par Eusèbe, avait dit la même chose. Tertullien, dans .son Apologétique assure que ce prodige avait été connu à Rome et consigné clans les registres publics. Eum mundi casum relation in arehims vestris habetis.

elrofn 3 , V 6nX ' mi V °" le Eilence n °" ™i"s concluant des ,u,r, et des païens, nous fournissent donc une nouvelle preuve de ces miracles, déjà si bien COD.UW. par la nature des fait,, par 'le nombre des h stonens originaux, par le caractère «es témoin, que Ion ne peut soupçonner ni d'erreur, ni d'imposture, par 'effet qu'ils ont produit' sur un nombre inbn, de spectateurs. Quelle histoire sera regardée comme authentique et certaine, si l'histoire évangéhque ne l'est pas? Extrait d I a Otmonstrahon eoangélique de N. Duvoisin.

Gousset.

• c. 27 ; Saint Grégoire de Nazianzo et Iheodoret rendent le même témoignage. Saint Grégoire de Néocésarée fut nommé Thaumaturge, à cause du grand nombre de ses miracles. Saint Ambroise rapporte, comme témoin oculaire, les miracles opérés au tombeau des saints martyrs Gervais et Protais ; et saint Augustin ceux oui se taisaient de son temps par les reliques de saint Etienne, 1. 22, de Civil vei, c. 8, etc.

La réalité de ces miracles est encore prouvée par l'accusation de magie si souvent répétée par les païens contre es fidèles, et par l'affectation des philosophes du quatrième siècle de vouloir opérer des miracles par là theurgie, afin de pouvoir les opposer a ceux des chrétiens.

Les prolestants n'ont pas été peu embarrassés à celte occasion; ils ont senti quil n'était pas possible de récuser toutes ces preuves, sans donner atteinte à la solidité des témoignages qui constatent les miracles de Jésus- Uirist et des apôtres; que, d'autre part, on ne peut guère ajouter foi aux miracles opérés dans les trois ou quatre premiers siècles do l'Eglise sans donner aussi croyance à des écrivains respectables qui attestent des miracles opérés dans l'Eglise ro-

Ï35i e P £ndant les siècles postérieurs.

Middleton, auteur anglais, prit, en 1 '+9, le parti de soutenir que, depuis le temps des apôtres, il ne s'était plus tait de miracles dans l'Eglise ; il donna pour raison, 1° que les Pères, oui ont prétendu qu'il s'en faisait de leur temps, étaient des hommes crédules et sans critique; ajoutons qu'en général ils ont été accusés de fraudes pieuses et de mauvaise foi par la plupart des critiques protestants; 2" parce que, s'il fallait croire ces prétendus miracles cités par les Pères, il faudrait admettre aussi ceux desquels les catholiques veulent se prévaloir pour etayer leurs opinions. Ce livre fit grand bruit, et futréfutô parplusieurs protestants.

Mosheim, Ilist. christ, sœc. 2, S ''O note, accuse Middleton d'avoir voulu' par cette tournure, faire rôvoqner en doute les miracles de Jésus-Christ et des apôtres. 11 lui représente qu'il

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n'est pas besoin d'une grande critique pour être en état de juger si un miracle dont ou est témoin esterai ou faux ; qu'une accusation générale de crédulité et d'incapacité, faite contre les Pères, est téméraire et ne prouve rien. Il n'a pas compris que l'on peut répondre la môme chose au reproche de mauvaise foi qu'il a souvent répété lui-même contre les Pères en général. Il ne répond rien non plus au parallèle que l'on peut faire entre les preuves qui attestent les miracles des trois ou quatre premiers siècles, et celles que nous donnons des miracles opérés dans les siècles postérieurs. L'objection ^ de Middleton méritait cependant d'être résolue.

Quelques autres protestants ont répondu qu'il a pu se faire des miracles dans l'Eglise romaine, pour confirmer les vérités générales du christianisme, sans qu'il s'ensuive rien en faveur des dogmes particuliers à cette Eglise. Mais les miracles opérés par la sainte eucharistie, par l'invocation des saints, par l'attouchement de leurs reliques, confirment certainement la croyance des catholiques à l'égard de ces'divers objets. Dieu n'a pas pu les confirmer, par des miracles, dans une foi et une confiance fondées sur des erreurs ; et il faut faire attention que plusieurs miracles, opérés de cette manière, sont attestés par les auteurs même du troisième ou du quatrième siècle, dont les protestants n'ont pas osé rejeter absolument le témoignage.

D'autre part, les incrédules opposent à nos preuves la réponse que Minutius Félix faisait aux païens, lorsqu'ils vantaient les prétendus miracles de leurs dieux. « Si tout cela » était arrivé autrefois, leur disait-il, » il arriverait encore aujourd'hui; v mais ces prodiges n'ont jamais été » faits, parce qu'ils ne peuvent pas » se faire. »

Nous soutenons que cette maxime n'est pas applicable aux miracles qui prouvent la vraie religion. Les miracles du paganisme n'ont pas pu se faire, 1° parce que la plupart étaient des crimes; on supposait que plusieurs personnes avaient été punies, métamorphosées en animaux ou en

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arbres, pour des actions très-innocentes, ou parce qu'elles n'avaient pas voulu se prêter aux passions brutales des dieux ? 2° parce que ces prétendus miracles n'avaient pas pour but de porter les hommes à la vertu, mais de les confirmer dans la pratiqued'une religion évidemment fausse, absurde, et injurieuse à la Divinité, ou de satisfaire les passions injustes des nations ou des particuliers; 3° parmi ces prodiges il y en avait très-peu qui pussent être envisagés comme des bienfaits; c'étaient plutôt des effets de la colère des dieux que de leur bienveillance. Tous supposaient que le gouvernement de ce monde était livré au caprice d'une multitude de génies bizarres, vicieux et malfaisants, très-mal d'accord entre eux, etc. Peut-on faire aucun de ces reproches contre les miracles que nous alléguons en faveur de la vraie religion ?

Minutius Félix avait raison de dire que si les dieux avaient fait autrefois tant de prodiges, et s'ils étaient aussi puissants que le prétendaient les païens, ils auraient dû surtout faire éclater ce pouvoir à la naissance du christianisme, et multiplier les miracles, pour prévenir la chute de leur culte que cette religion détruisait peu à peu ; c'est ce que l'on n'a pas vu.

Mais aujourd'hui les incrédules auraient très-mauvaise grâce d'exiger qu'il se fit de nouveaux miracles pour confirmer le christianisme, dès qu'il est suffisamment prouvé par la multitude de ceux qui ont été faits depuis le commencement du monde jusqu'à nous. On peut même dire des incrédules modernes ce qui a été dit des anciens : Quand ils verraient ressusciter des morts, ils ne croiraient pas, Luc, c. 16,^.31. Plusieurs l'ontformellement déclaré.

Ils ont donc le plus grand tort d'objecter que si Moïse avait fait autant de miracles qu'on le dit, les Égyptiens ne se seraient pas obstinés à poursuivre les Hébreux, et que ceux-ci ne se seraient pas si souvent révoltés contre lui ; que si Jésus- Christ et les apôtres avaient opéré des miracles si fréquents et si éclatants, il ne serait pas resté un seul

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incrédule parmi les juifs ni parmi les païens. L'opiuâtreté des incrédules d'aujourd'hui ne nous fait que trop ssutir de quoi ceux d'autrefois ontété capables. Un miracle, quelque éclatant qu'il soit, ne convertit point les hommes sans une grâce intérieure qui les rende dociles, et il n'est aucune grâce à laquelle des cœurs endurcis ne puissent résister. Lorsqu'un miracle opère un grand nombre de conversions, ce changement des esprits et des cœurs doit nous surprendre autant que le surnaturel du miracle, et que l'interruption du cours de la nature. Voyez la Dissertation sur les miracles, Bible d'Avignon, t. 2, p. 25. Bergiek.

Couronnons toutes ces discussions parla citation suivante de l'abbé Tounissoux sur le trop de facilité à croire au merveilleux, surtout parmi les gens de la campagne.

« Il est vraiment humiliant pour les campagnes, dit-il, qu'on y trouve des gens qui croient à peine en Dieu et qui aient foi en toutes les sottises que la superstition a inventées. F&utiî parler de nos trois ou quatre dévotes qui voient des miracles partout, comme si cette propension au merveilleux faisait partie d'une piété solide et éclairée? Puisqu'un miracle est un fait sensible dérogeant à des lois naturelles bien connues, quand un phénomène se produit sans qu'on puisse en expliquer la cause, le parti le plus sage est de supposer, jusqu'à preuve contraire, que ce phénomène est l'effet de lois inconnues jusqu'alors.

Le miracle est possible ; mais, comme toute exception, il a besoin d'être prouvé ; il doit s'imposer par une certitude complète. Seule, la loi peut être supposée, à moins de preuves irréfragables établissant le contraire.

» Au reste, est-ce que l'accomplissement ordinaire de la loi ne publie pas la grandeur et la bonté de Dieu?

Si l'on me prouve que la terre est arrêtée dans sa rotation, je ne pourrai pas m'empêcher de reconnaître qu'il V a miracle; mais je ne me sens aucun besoin de supposer ce miracle avant les preuves suffisantes ; car la rotation de la terre est elle-même une

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manifestation admirable de la puissance et de la sagesse de Dieu. » [Les Travers du paysan. Biblioth. Franklin).

Nous aimons ces petits livres simples dans lesquels parle le bon sens.

Le Noir.

MIRAGE (Théol. mixt. scien. phys.

opt.) — Parmi les illusions d'optique que l'on était porté à attribuer à des causes surnaturelles quand la science n'en avait pas encore donné l'explication, celle du mirage est une des plus curieuses. Il importe que le théologien soit plus que tout autre sur ses gardes en fait de croyance au miraculeux, lorsque les phénomènes sont susceptibles d'une explication naturelle; s'est à cette condition qu'il conservera de Fautorité et de l'intluence sur les esprits; il doit sans cesse cherchera les purifier de tout ce qui n'est que superstition; et c'est pour le mettre à même de bien accomplir ce devoir que nous expliquons, dans ce livre, à l'occasion, ces sortes de choses à apparences mystérieuses et extraordinaires.

Il y a plusieurs espèces de mirages.

Le plus commun est le mirage latéral; celui-là s'observe dans tous les pays, près des murs chaulfés par le sole'il ; les objets placés à distance convenable envoient les rayons lumineux qui doivent former leur image vers le mur ; si ce mur était une glace, il les réfléchirait en représentant aux yeux l'objet dans sa perfection ; or, dans le cas du mirage, il devient une sorte (le glace imparfaite, non point lui-même, mais une couche d'air échauffée qui en est voisine ; cette couche réfléchit selon un certain angle les rayons qui partent de l'objet, et si l'œil de l'observateur se trouve placé à point, il en voit l'image le long du mur. Dans les cas où l'objet est mobile, soit un animal qui marche, un oiseau qui vole, etc., l'effet peut devenir des plus étranges et des plus curieux ; l'image renvoyée par la couche d'air et l'objet luimême paraissent se rapprocher ou s'éloigner, et même quelquefois se pénétrer et se confondre en partie.

On a ainsi, tout éveillé, une vision, singulière qui n'a rien que de naturel,

et que l'homme simple, qui en ignore la cause, pourraitfacilement prendre pour une apparition.

Une seconde espèce de mirage qui n'est pas rare, non plus, dans les plaines sablonneuses échauffées par le soleil, c'est le mirage inférieur du désert. On ne trouve qu'un mot sur ce phénomène dans les auteurs anciens, mais ce mot suffit pour prouver qu'il était connu d'eux et qu'ils l'attribuaient avec raison à la chaleur :

Quinte-Curce dit dans son récit de l'expédition d'Alexandre dans la Sogdiane que, « par l'effet de la chaleur les plaines parurent comme une vaste étendue d'eau. » Mais si les anciens n'en ont pas parlé davantage, il n'en est pas de même des Arabes; leurs livres mentionnent souvent ce mirage, et pouvait-il en ètreautrementavecla fréquence de ce phénomène dans les plaines de l'Arabie et de l'Egypte ?

Notre expédition de 1798 dans ces pays y fut souvent prise; elle voyait devant-elle des lacs 1 orsqu'elle mourait de soif, et ce n'était qu'un spectacle qui fuyait à mesure que l'on courait après. L'explication qu'en donna Monge sur place, a été généralement admise et est devenue classique : la voici : les rayons calorifiques du soleil refléchis par le sable échauffent les couches d'air d'autant plus que ces couches sont plus voisines du sol, et par suite ces couches sont d'autant moins denses qu'elles sont plus basses ; les rayons qui représentent le ciel de l'horizon qu'on a devant soi et qui viennent en biais pénétrer ces couches de moins en moins denses, sont réfractés de manière à former une courbe et à retourner vers l'œil avant de toucher la surface du sol; c'est l'effet du passage d'un rayon d'un milieu plus dense dans un milieu moins dense; par conséquent l'œil reçoit l'image du ciel, réfractée et réfléchie au lieu de recevoir celle du sol ; et la couche atmosphérique devient pour lui comme un grand miroir ou comme une nnpped'eau où se peintle firmament. On peut désirer que la science trouve encore à compléter l'explication; mais au moins faut-il avouer que l'explication est bien commencée et très-ingénieuse.

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Une troisième espèce de mirage est le mirage supérieur qui, au lieu de montrer le ciel en bas et dans la terre, montre les objets terrestres en haut et dans le ciel. C'est l'inverse du précédent. Il suffit, pour le comprendre en gros, de supposer que les rayons qui partent de l'objet aillent en peindre l'image sur une région du ciel, soit nuage, soit couche d'air convenablement disposée comme température et autrement, qui formera écran et renverra l'image à l'œil de l'observateur, comme l'écran de la lanterne magique et du microscope solaire; l'objet, dans ce cas, se mire dans le ciel, comme dans une glace.

Si l'image est renversée, comme il arrive ordinairement, c'est que les rayons qui la forment ont traversé une couche ou des couches d'air qui ont réfracté ces rayons de manière à les renverser comme fait la lentille de la lanterne magique. C'est ce qui eut lieu lorsque, en 1 822, le capitaine Scoresby aperçut, dans le ciel, le vaisseau de son père renversé et le reconnut, quoiqu'il fut à dix lieues plus loin en mer et au-dessous de l'horizon.

La fameuse fata Morgana, (la fée Morgana) du détroit de Messine, dont on aperçoit quelquefois les prétendus enchantements, de la ville de Reggio en regardant du côté de Messine, sont des phénomènes de mirage soit supérieur, soit inférieur. Le père Kircherfit en 1636 un voyage à Reggio pour voir la fata Morgana et ne réussit pas ; mais le père Angeluni qui la décrivit un des premiers, la vit parfaitement une fois, après avoir refusé d'y croire pendant vingt-six ans. On aperçoit soit dans l'eau, soit sur la surface de l'eau, soit dans l'air au-dessus de la surface, des colonnades, des tours, des palais, toute une fantasmagorie; c'est, parait-il bien, la reproduction de la ville de Messine, que l'on voit ainsi quoiqu'elle soit à 13 kilomètres plus loin. Quant au fameux spectre de Broken et à Vombrede l'Etna, il semble qu'on les puisse expliquer simplement par l'ombre des objets.

Il peut arriver, sans le moindre doute, que des illusions optiques de

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ce genre soient prises pour des apparitions surnaturelles. Il est sage de prévenir contre ces choses les imaginations, presque toujours trop portées vers le fanatisme.

Le Nom.

M1R/EUS (Aubertj (Théol, Mit.

biog. et bibKog.) — Cet historien ecclésiastique, né à Bruxelles en '1873, chanoine à Anvers en 1398, doyen du chapitre d'Anvers en 1624, et mort dans cette ville en 161-0, a laissé:

Bibliotheca ecclesiastica [scriptorum eeclesiasticorum), 2 vol. in-folio, Anvers, 1639-161-9. Une'nouvelle édition de cet ouvrage parut à Hambourg en 1718, publiée parJ.-Alb. Fabricius, qui dit dans sa préface ; Yir, et hoc, et tôt aliis monumentis in lucem editis, non minus de veteri memoria quant de postcritate ornni insigniter promeritus.

De statu Religionis Christianx per totum or&em, Ilelnistadt, 1 67 1 .

Notitia hpiscopatuum orbis Christiani, Anvers, 1613.

Gcograplda ecclsiastica .

Codex Regularum et Constitutionum clericalium, in-fol.

Chronicon Cisterciense , avec un traité sur l'Origine des Béguines, Cologne, 1614.

Origines Cœnobiorum Benedictinorum, Carthusianorum, etc.

Opéra historicaet diplomatica; Eloqia Ulustrium Belgii scriptorum ; Chronicon rerum Belgicarnm; Chronicon rerum toto orbe gestarum, etc., etc.

Tous les ouvrages de Mirœus ont paru dans une édition en 4 vol. infolio, Bruxelles, 1733.

Le Noir.

MIRAMIONES, congrégation de filles vertueuses qui, sans faire des vœux, se consacrent à l'instruction des jeunes personnes de leur sexe, et au soin des malades. Elles furent fondées à Paris en 160o, par madame de Miramion, veuve pieuse et charitable, sous le titre de communauté de Sainte-Geneviève.

Bergier.

MIRANDOLE ou MIRANDE (Jean- Pic de la) (Thcol. hist. biog, et bibliog.) — Ce savant théologien philosophe,

la principale gloire de l'Académie néoplatonicienne de Marcile Fiein à Florence, naquit en 1463 et mourut à l'âge de trente-deux ans, en 1494, après avoir vendu tous ses biens patrimoniaux qui étaient considérables, et les avoir distribués en grande partie aux pauvres.

« Après avoir passé, dit M. Schrodl, sept années dans diverses universités il se rendit, en 1486, à Rome, et y invita tous les savants de l'Europe à une discussionpublique sur neuf cents propositions tirées de toutes les parties de la philosophie, des mathématiques et de la théologie, en promettant de défrayer de leurs dépenses ceux qui entreprendraient le voyage.

Mais cette proposition, en éveillant l'attention générale, suscita des récriminations de toute espèce; on désigna même comme hérétiques un certain nombre des thèses que Mirandote se proposait de soutenir; le Pape fit examiner les thèses, et on en trouva, en effet, quelques-unes suspectes. La discussion ne put donc avoir lieu ; du reste, Mirandole lit une apologie des treize thèses attaquées, en déclarant se soumettre en tout au jugement du Saint-Siège, et le pape Alexandre VI lui donna en 1493 un Bref ad cautelam, dans lequel il le déclarait exempt des erreurs dont on l'avait accusé. »

Les termes dont vient de se servir M. Sclirôld par rapport aux treize thèses qui furent extraites des neuf cents de Pic de la Mirande, ne sont pas tout à fait exacts. Ces propositions furent d'abord condamnées, en 1487, par Innocent VIII; c'est au moins ce qui résulte de l'étude que nous avons faite de ce point historique; et six années après, (1493) Alexandre VI en donna un bref d'absolution à leur auteur qui, par une apologie dans laquelle il s'expliquait et promettait de se soumettre, en avait appelé d'un premier jugement du Saint-Siège à un second jugement mieux informé.

Parmi ces treize thèses, qu'on peut lire dans le continuateur de Fleury, ann. 1487, liv. 116 e , il y en a une qui est fort intéressante sur l'eucharistie ; elle consiste à dire que le pain et le vin peuvent devenir véritablement et

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proprement le corps et le sang de Jésus-Christ, sans cesser d'être naturellement du pain et du vin. C'était l'énoncé du système explicatif de Durand, évèque de Mende au su siècle, lequel sera repris et développé, d'après les principes cartésiens, par Cailly de Caen au xvir 3 et accepté par Fénelon (V. Eucharistie). Pic de la Mirandole se justifiaitprincipalement, dans son apologie, en faisant observer qu'il ne donnait pas ses propositions comme disant ce qui est, mais seulement comme exprimant une simple possibilité explicative de nature à satisfaire la raison. L'Eglise n'a jamais condamné ces explications, et ce qu'on vient de raconter du fameux Pic de la Mirande en est une preuve de plus.

Pic de la Mirandole eut un neveu Giovani-Francesco, seigneur comme lui, de Mirandole et de Concorde, qui écrivit sa biographie et celle de Savonarole, et lit beaucoup d'autres ouvrages sous le nom de Pic de la Mirandole le jeune; ces ouvrage; parurent avec ceux de l'oncle sous le titre : Pici utrinsque opéra, Basileœ, t. H in-fol; 1373, et 1601.

« Tous les ouvrages, ajoute M.

Schrôdl, de Pic de la Mirandole l'ancien, dit Du Pin, présentent les caractères del'élégance,dela facilité, de la clarté, de la sagacité et de la plus rare érudition. Pic le jeune n'a pas toutes ces qualités au même degré, mais il est plus solide et plus égal que son oncle. »

Le Noir.

MIRMICE (Théol. mixt. scien. zool.) — C'est une espèce de fourmi à aiguillon qui se fait des galeries dans la terre, sous les pierres, dans les troncs des vieux arbres, en ayant soin de les soutenir par des piliers.

La principale et la plus grande variété de cette espèce est la fourmi rouge; c'est une de celles qui montrent le plus d'adresse pour sucer la liqueur des pucerons; elle recueille cette liqueur à la partie postérieure du puceron, avec les bouts renflés de ses antennes, puis la porte à sa bouche. Y. Fourmi. Celle-là pique assez vivement. Le Noir.

MIROIRS {Théol. mixt. scien. opt.) — Une explication scientifique sur les miroirs sortirait de notre cadre; nous parlerons seulement de quelques effets de lumière et de cbaleur extraordinaires que l'on peut obtenir à l'aide de miroirs, et nous en parlerons pour la même raison qui nous a fait parler des mirages, dans le petit article qui porte ce titre. Il suit de ce préambule, que nous devons dire quelque chose des miroirs magiques et des miroirs ardents.

I. Miroirs magiques. — Il y a une espèce de miroir magique, que les Chinois, fort ingénieux dans ces sortes de choses, possèdent depuis un temps immémorial. C'est une glace en métal qui porte, partie en relief et partie en creux, sur sa face postérieure des figures de toute sorte; on a soin de la fondre dans un moule qui lui communique ces figures et de la faire mince; puis on la polit sur l'autre face de manière à en faire un miroir métallique. Or, qu'arrive-t-il en la polissant? Les parties qui sont soutenues par des reliefs solides sont plus résistantes sous le polissoir que les parties qui sont en creux, et il y a des parties moyennes qui tiennent le milieu comme résistance; donc l'opération seule du polissage représente très-légèrement sur la face polie les figures, en sorte que ces figures y sont invisibles à l'œil et n'en existent pas moins. Si donc l'on regarde la surface polie, on se voit simplement dedans comme dans tout miroir; mais si l'on présente cette face au soleil et qu'on renvoie le faisceau solaire sur un écran, on verra se dessiner dans l'image du soleil toutes les figures marquées derrière la glace, comme si elles traversaient l'épaisseur de la glace pour aller se reproduire sur la muraille. C'est un effet qui parait miraculeux à celui qui ne connaît ni le secret ni l'explication scientifique.

Cette explication revient à ceci : que les parties du poli qui ont gardé quelque courbure à cause des reliefs qui sont dessous comme nous l'avons dit, dispersent à droite et à gauche une partie des rayons qu'ils renvoient sur l'écran, tandis que les parties quelque peu concaves concentrent les

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leurs; il en résulte des différences d'intensité lumineuse sur l'écran, lesquelles, par les contrastes, rendent visibles les images des ligures. M. Lerebours a fait des miroirs de ce genre avec des plaques daguerriennes, et les a réussis aussi bien que les Chinois. Ce furent MM. Arago et Babinet qui trouvèrent l'explication.

Un autre genre de miroir magique est le système de miroirs avec lequel on obtient dans les salles de spectacles, depuis que M. Dirsk, puis M. Pepper surtout, l'ont indiqué et exécuté, ce qu'on appelle les fantômes optiques. Le public en a été fortement impressionné; nous n'expliquerons pas les complications qu'on y introduit pour obtenir des fantômes qui se mêlent aux acteurs réels et agissent avec eux; nous donnerons seulement, par un exemple simple, le principe qui sert de base à ces illusions. On les obtient à l'aide de glaces artistement disposées par lesquelles l'image de ce qui se passe ailleurs est amenée sur la scène et mêlée aux acteurs réels. Qu'une personne se regarde dans une glace placée devant elle en biais sur un angle de 45 degrés, mais placée ainsi entre d'autres glaces avec tant de précautions qu'elle paraisse placée parallèlement comme une glace ordinaire ; puis que cette glace reçoive de côté, à 45 degrés également, l'image d'un autre objet, soit d'une autre personne, elle renverra vers la personne qui se regardera dedans croyant s'y voir elle-même, l'image de cette autre personne, et la première sera bien surprise de ne pas se reconnaître mais de voir à sa place, et comme étant sa propre image, un autre quelqu'un. En modifiant ce principe avec toutes les ressources dont on dispose dans les théâtres, on •obtient des effets merveilleux. C'est à l'aide de dispositions de glaces du même genre qu'on montre dans les foires ce qu'on appelle le décapité.

II. Miroirs ardents. — Si les rayons lumineux peuvent être modifiés de mille manières par les réflexions et les réfractions, les rayons caloriques peuvent aussi l'être. Les miroirs concaves, formant l'ultérieur d'une calotte de verre étamé ou de métal

poli, réfléchissent les rayons en un foyer plus ou moins rapproché selon qu'ils sont plus ou moins concaves, et auquel se produisent des effets calorifiques assez intenses, lorsque le miroir est grand; il suffit qu'il ait un diamètre de l m , à l m 20 pour y obtenir une température à fondre le fer.

Galien raconte, comme tout le monde le sait, qu'Archimède enflamma avec des miroirs ardents de cette espèce, la flotte romaine devant Syracuse; il est vrai que Tite-Live, Polybe et Plutarque passent ce fait sous silence, et qu'on en peut douter; mais d'autres témoignages, qui paraissent dignes de foi, l'attestent. Le père Kircher entreprit de démontrer que le fait était possible ; il soutint qu'Archimède s'était servi d'une combinaison de miroirs plans qui envoyaient tous les rayons qu'ils recevaient du soleil au même foyer, et il construisit anmiroir ardent de cette espèce, qui suffit pour démontrer que la chose n'était pas impossible. Buffon en construisit un également , très-compliqué , qui se composaitde 68 glaces, avec lequel on brûlait du bois à 200 pieds (65 mètres), et qui fondait les métaux à 44 pieds (14 m 5). Buffon donna à son miroir ardent, dont il a laissé une longue description dans V introduction à son Traité des minéraux, le nom de miroir d'Archiméde.

Mais aujourd'hui, tous ces effets sont devenus bien peu de chose, à titre de merveilleux, près de ceux que nous obtenons par l'électricité, par le galvanisme et par l'électro-magnétisme.

Le Noir.

MISÉRICORDE (frères delà) {Théol.

liist. ordr. rel.) — Les frères de la miséricorde ou de Saint-Jean de Dieu, tiennent, dit M. Sehr, un des premiers rangs parmi les divers ordres hospitaliers. Le fondement en fut posé par saint Jean de Dieu. Ce pieux personnage, après de longs égarements, ayant sérieusement songé à amender sa vie, prit la résolution de servir les pauvres et les malades. Il parcourut les rues de Grenade en s'écriant : « Faites du bien, mes chers frères, pour l'amour de Dieu! » et employa les aumônes qu'il recueillit

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à l'entretien des malheureux qu'il visitait. En 1540 il loua à Grenade une maison, qui devint à la fois l'origine du grand hôpital de cette ville et de l'ordre de Saint-Jean de Dieu. L'évoque de Grenade protégea la nouvelle fondation et la lit prospérer. Cependant ni lui ni saint Jean de Dieu n'avaient la pensée de créer un nouvel ordre; ils prétendaient simplement établir une association de gens du monde qui se voueraient aux soins des malades dans les hôpitaux, et ne se distingueraient des habitudes générales des laïques que par un costume particulier.

» Les premiers disciples et associés de saint Jean de Dieu furent Antoine Martin et Pierre Vélasco. Saint Jean ne leur avait donné aucune règle de son vivant; ils imitaient simplement son exemple et ses préceptes oraux.

Après sa mort, survenue en 1530, ils obéirent au frère Antoine Martin et le nommèrent leur aîné (major).

Martin, grâce aux riches dons de Philippe II, parvint à fonder un nouvel hôpital à Madrid, et bientôt après Cordoue, Lucéna et beaucoup d'autres villes d'Espagne eurent un hôpital conforme aux prescriptions de saint Jean de Dieu. Le 1 er janvier 1572, le pape Pie V approuva la nouvelle association et lui imposa la règle de Saint-Augustin, avec le pouvoir d'élire un supérieur (major) et d'avoir parmi leurs frères un prêtre, pour les confesser eux et leurs malades. Il les soumit en même temps à l'éyèque diocésain. Le frère Sébastien Arias, qui avait été envoyé à Rome demander cette autorisation pontificale, obtint des largesses de Don Juan d'Autriche les moyens de fonder à Naples l'hôpital de Notre-Damedes- Victoires ; durant un second voyage qu'il fit à Rome, il parvint à créer le fumeux hôpital de Milan.

Ainsi l'association s'étendait heureusement, et elle comptait déjà en 1586 dix-huit hôpitaux; elle tint son premier chapitre général à Rome et s'y occupa du projet de constitution de l'ordre. Un bref du 7 janvier 1611, du pape Paul V, reconnut les membres de l'association pour de légi-

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times religieux et approuvale 15 avril 1617 leurs constitutions.

» Depuis 1592 les Frères de Saint- Jean de Dieu d'Espagne ne sont plus en rapport avec les autres couvents de l'ordre, situés hors de laPéninsule ; c'est pourquoi l'ordre a deux généraux, un pour l'Espagne et les Indes occidentales, qui réside à Grenade, et un pour la France, l'Allemagne, la Pologne et l'Italie, qui a son siège à Rome. L'ordre compta bientôt quatre provinces dans les Indes; ses membres reçurent différents noms suivant les pays. En Espagne on les appelle Frères Hospitaliers, en Italie fate ben Fratelli ou ben Fratelli. En France ils furent admis par l'entremise de Marie de Médicis, et en obtinrent un hôpital à Paris, dans le faubourg Saint-Germain. En mars 1602, Henri IV leur donna des lettres patentes et l'autorisation d'accepter tous les hôpitaux qu'on leur offrirait dans le royaume. A la suite de ces mesures on leur confia vingt-quatre hôpitaux, qui étaient sous la haute surveillance d'un vicaire général résidant à Paris.

Ils envoyèrent des Frères de leur ordre en Amérique. La plupart des Frères tombèrent victimes de la révolution française ; mais leur œuvre était d'une utilité trop générale pour qu'elle ne fùtpas reprise et restaurée lorsque la paix se" rétablit. Ils ont donc reconquis de nombreuses maisons, et font infiniment de bien sous le nom de Frères de Saint-Jean de Dieu. Ils s'occupent spécialement des maladies mentales.

» Les religieux polonais de cet ordre étaient aussi placés sous un général spécial. Ils furent de bonne heure accueillis en Allemagne. Le prince Charles-Eusèbe de LichtensteiD ayant appris à les connaître à Rome, au commencement du dix-huitième siècle, emmena, à son retour en Allemagne, deux de ces utiles religieux.

Gabriel, comte de Ferrare, et Jean Baptiste Casinetti, et leur bâtit en 1605, à Felsberg, en basse Au triche, un couvent, qu'il dota et munit de tout ce qui était nécessaire pour y recevoir et soigner des ma lades. Ce fut le premier couvent de-

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cet ordre dans la monarchie autrichienne, et ii forma avec les autres maisons fondées plus tard une province unique, qu'on nomme la province allemande. En 1614 l'empereur Mathias leur donna une maison à Vienne. L'empereur Ferdinand II leur accorda, en 1624, outre maints privilèges et un secours annuel considérable, l'autorisation de faire des quêtes dans Vienne et dans les États héréditaires. A dater de cette époque diverses villes de la monarchie autrichienne furent dotées de maisons de Saint-Jean de Dieu. La peste qui éclata en 1713 à Vienne fit accourir tous les frères au lazaret, et la plupart 3' devinrent victimes de leur dévouement. Peu à peu le nombre des hôpitaux de l'ordre fut porié en Autriche à vingt-sept, outre deux maisons de convalescents. C'est le couvent de Vienne qui estàla tète de toutes cesmaisons et en forme comme la métropole. Tous ces couvents reçurent, par exemple, du l er novembre 1844 au 3! octobre 1845, gratuitement 24,023 malades de tous pays et de toute religion; il n'en mourut que 1,767. Parmi ces 27 hôpitaux 13 sont situés en Hongrie et les pays qui en dépendent, 3 en Bohème, 4 en Moravie, 3 en Autriche, 1 en Styrie, 1 dans la haute Silésie, 1 dans la Galicie orientale et 1 en Illyrie. Les deux maisons de convalescents sont à Vienne et à Presbourg. En 1845 on soigna aussi des femmes dans les couvents d'Agram etdeGôrz. En 1836 les Frères de Vienne acceptèrent le couvent de Neubourg, dans le diocèse d'Augsbourg, que leur fit offrir le roi de Bavière Louis, et ils érigèrent depuis lors deux au très couvents en Bavière.

» Les Frères de la miséricorde, c'est le nom qu'ils portent en Allemagne, se consacrent, par un quatrième vœu, à soigner toute leur vi'e les malades.

Le n jviciat dure un an ; mais après cette année révolue il faut, d'après une prescription du pape Alexandre VIII, du 10 juillet 1655, que le jeune profès fasse en quelque sorte un second noviciat d'un an dans la maison professe. La direction de l'hôpital est confiée à un supérieur laïque et

à un garde-malade général, qui doit èives un chirurgien expérimenté. Ils sont aidés par des garde-malades subordonnés et des assistants. Les membres de l'ordre peuvent employer leur temps libre à l'étude de la médecine et de la chirurgie. Ils ne peuvent faire ordonner prêtres qu'un petit nombre de leurs confrères, parce que les études et les pratiques du ministère détournent facilement du service des malades. Leur costume consiste en une soutane noire avec un scapulaire de la même couleur et un petit capuchon rond et raide. Ils portent un cordon pour ceinture.

L'ordre possède actuellement de nombreux couvents, surtout au Mexique.

L'Espagne les a ménagés dans les dernières agitations qui ont bouleversé l'Église de ce pays. »

Le Noir.

MISÉRICORDE DE DIEU. C'est le plus consolant des attributs divins, le seul qui fonde notre espérance, et c'est aussi celui dont les livres saints nous donnent la plus haute idée.

Dieu fait principalement consister sa gloire à pardonner aux pécheurs. Il dit qu'il fait justice jusqu'à la troisième et la quatrième génération, et miséricorde jusqu'à la millième, ou plutôt sans bornes et sans mesure, in millia, Exod., c. 20, ^ G. Selon l'expression du psalmiste, Dieu a pitié de nous comme un père a pitié de ses enfants, parce qu'il connaît la matière fragile dont il nous a formés, Ps. 102, f 13. Comme si la tendresse d'un père n'était pas encore assez touchante, Dieu compare la sienne à celle d'une mère ; il dit de la nation juive : « Jérusalem pense que le Sei- » gneur l'a oubliée et l'a délaissée; » une mère peut-elle donc oublier » son enfant, et manquer de pitié >> pour le fruit de ses entrailles? Quand » elle en serait capable, je ne vous » oublierai point, » Isa., c. 49, f 14.

Dans le psaume 135, tous les versets ont pour refrain que la miséricorde de Dieu est éternelle. Nous en voyons la preuve dans la conduite que Dieu a tenue envers les hommes depuis la création. Jésus -Christ, parfaite image de Dieu

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son Père, a été la miséricorde personnifiée et revêtue de notre nature; il n'a dédaigné, rebuté, humilié aucun péclieur; il n'a fait que pardonner.

La brebis perdue, l'enfant prodigue, la pécheresse de Naïm, Zachée, la femme adultère, saint Pierre, le bon larron, la prière qu'il a faite sur la croix pour ceux qui l'avaient crucifié ; quelles leçons ! Par ces traits, Jésus- Christ a prouvé sa divinité aussi efficacement que par ses miracles : c'est ainsi, dit saint Paul, que la bonté et la douceur de Dieu notre Sauveur s'est fait connaître. TU., c. 3, f 4. Un homme n'aurait pas poussé la miséricorde jusque-là.

Les Pères de l'Eglise ont épuisé leur éloquence à relever tous ces traits.

Pelage eut la témérité de soutenir qu'au jugement de Dieu aucun pécheur ne recevra miséricorde, que tous seront condamnés au feu éternel.

» Qui peut souffrir, lui répond saint » Jérôme, que vous borniez la miséy> ricorde de Dieu, et que vous dictiez » la sentence du juge avant le jour » du jugement? Dieu ne pourra-t-il, » sans votre aveu, pardonner aux » pécheurs s'il le juge à propos? »

Dialog. 1, contra Pelag., c. 9 : « Que » Pelage, dit saint Augustin, nomme » comme il voudra celui qui pense » qu'au jour du jugement aucun pé- » cheur ne recevra miséricorde; mais » qu'il sache que l'Eglise n'adopte » point cette erreur; car quiconque » ne fait pas miséricorde sera jugé » sans miséricorde. » L. de Gestis Pelagii, c. 3, n. 9 et 11. « Dieu est bon, » dit ce même Père, Dieu est juste; » parce qu'il est juste, il ne peut » damner une âme sans qu'elle l'ait j> mérité; parce qu'il est bon, il peut » la sauver sans mérites, et en cela il » ne fait tort à personne. » Contra Julian., lib. 3, c. 18, n. 35; contra duas Epist. Pelag., 1. 4, c. 6, n. 16.

« Lorsque Diea fait miséricorde, dit » saint Jean Chiysostome, il accorde » le salut sans discussion, il fait trêve » de justice, et ne demande compte » de rien. » Uom. in Ps. 50, f 1.

C'est le langage uniforme des Pères de tous les siècles, langage qui supposa cependant que les pécheurs retiendront sincèrement à Dieu pen-

dant qu'ils sont encore sur la terre, parce qu'il n'y a pas de salut à espérer pour ceux qui meurent dans leur péché. Bergier.

MISNA ou MISCHNA. Voyez Talmud.

MISSEL, livre qui contient les messes propres aux différents jours et fêtes de l'année. Le Missel romain a d'abord été dressé ou recueilli par le pape Gélase, mort l'an 496; mais il ne faut pas croire qu'il ait composé toutes les prières qu'il y a rassemblées, elles sont plus anciennes que lui. Saint Côlestin, qui a précédé Gélase de plus de soixante ans, dit dans sa lettre aux évêques des Gaules, c. 11, que les prières sacerdotales viennent des apôtres par tradition, et sont les mêmes dans tout le monde chrétien. Gélase ne fit donc que de mettre en ordre les messes que l'on était déjà dans l'usage de dire, et sans doute il en ajouta de nouvelles pour les saints dont le culte avait été récemment établi; c'est ce que l'on appelle le Sacramentaire de Gélase.

Saint Grégoire le Grand, mort l'an 604, fit de même; il retoucha le missel ou sacramentaire de Gélase ; il en retrancha quelques prières, ety ajouta peu de chose; il corrigea les fautes qui avaient pu s'y glisser, et rédigea le tout en un seul volume, que l'on a nommé le Sacramentaire grégorien, qui subsiste encore aujourd'hui. Voyez Liturgie, Sacramentaire.

Depuis le renouvellement des lettres, plusieurs évêques ont fait dresser des missels propres pour leurs diocèses , et quelques ordres religieux en ont de particuliers pour les saints canonisés dans les derniers siècles. Ces missels sont faits avec plus de soin et d'intelligence que les anciens; mais on n'y a pas touché au canon de la messe, il est encore le même que du temps de saint Grégoire et de Gélase; ces deux papes mêmes n'en sont pas les premiers auteurs ; il date certainement des temps apostoliques, et il est le même dans toute l'Eglise latine. Si les prétendus réformateurs avaient été mieux instruits, ils n'auraient pas affecté tant de mépris pour cette ancienne règle,

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qui est, après l'Ecriture sainte, ce que nous avons de plus respectable.

Voyez Canon.

Behgier.

MISSION. En parlant des personnes de la Sainte-Trinité, mission signifie l'envoi de Tune des personnes par une autre, pour opérer parmi les hommes un effet temporel.

Cette mission a nécessairement deux rapports, l'un à la personne qui envoie, l'autre à l'effet qui doit être opéré. Conséquemment, dans les personnes divines, la mission est éternelle quant à l'origine : ainsi le Verbe divin avait été destiné de toute éternité à être envoyé pour racheter le genre humain ; cette mission, ou l'exécution de ce décret, n'a eu lieu que dans le temps marqué par la sagesse divine, oudans la plénitude des temps, comme s'explique saint Paul, Gai., c. 4, f 4.

La mission, prise activement, est propre h la personne qui envoie ; si on la prend passivement, efle est propre à la personne qui est envoyée.

Comme Dieu le Père est sans principe, il ne peut pas être envoyé par l'une des autres personnes; mais comme il est le principe du Fils, il envoie le Fils. Le Père et le Fils, en tant que principes du Saint-Esprit, envoie le Saint-Esprit; mais le Saint-Esprit n'étant point le principe d'une autre personne, ne donne point démission.

Ce qu'on dit dans Isaïe, c. 61, jl, l'Esprit de Dieu m'a envoyé, etc., doit s'entendre de Jésus-Christ, en tant qu'homme, et non en tant que personne divirie, puisqu'à cet égard il ne procède en aucune manière du Saint-Esprit.

Les théologiens distinguent deux sortes de missions passives dans les personnes divines : l'une visible, telle qu'a été celle de Jésus-Christ dans l'incarnation, et celle du Saint-Esprit lorsqu'il descendit sur les apôtres en forme de langue de feu; l'autre invisible, de laquelle il est dit que Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils dans nos cœurs, etc.

Toutes ces distinctions et ces précisions sont nécessaires pour rendre le langage théologique exact et or-

thodoxe, pour prévenir les erreurs et les sophismes des hérétiques. Vainement les sociniens voudraient se prévaloir du terme de mission, pour conclure que le Fils et le Saint-Esprit ne sont que les envoyés du Père; que le Père a donc sur eux une supériorité ou une autorité; qu'ils ne sont par conséquent ni coéternels, ni consubstantiels au Père. En fait de mystères révélés, les arguments philosophiques ne prouvent rien; il faut s'en tenir scrupuleusement au langage de l'Ecriture sainte et de la tradition.

Voyez Trinité. Behgier.

MISSION, en parlant des hommes signifie un pouvoir et une commission spéciale que quelques-uns ont reçue de Dieu pour instruire leurs semblables, pour leur annoncer la parole et les lois de Dieu (I).

Lorsque Dieu a voulu révéler aux hommes des vérités qu'ils ne savaient pas, leur prescrire de nouveaux moyens de salut, leur imposer de nouveaux devoirs, il a donné une mission extraordinaire à certains hommes pour exécuter ses desseins .

Ainsi il a envoyé Moïse pour intimer sa loi aux Israélites, les prophètes pour annoncer ses bienfaits ou ses châtiments, Jésus-Christ pour fonder la loi nouvelle, les apôtres pour la prêcher. Sans cette mission bien prouvée, personne n'aurait été obligé de les croire ni d'écouter leurs leçons.

Pour prémunir son peuple contre les faux prophètes, Dieu déclare qu'il ne leur a point donné de mission, Ezech., c. 13, f 6; mais il menace Jeses vengeances quiconque n'écoutera pas un prophète qu'il a envoyé, Dcut., c 18, f 19. Jésus-Christ lui-même fonde son autorité d'enseigner sur la mission qu'il a reçue de son Père, Joan., c. 3, f 34; c. 5, f 23, 24. Il dit à ses apôtres : « Comme mon » Père m'a envoyé, je vous envoie. »

e. 20, f 21. Il menace de la colère de Dieu les villes et les peuples qui ne voudront pas recevoir ses envoyés.

(1) Voyez las articles Béformat&ur. Schisme, i

Apostoliq'J2, Juridiction, te.

GuUSMXt

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