II
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une année ou une date mahommétane à une année ou date chrétienne.
Le Noir.
MOISSON. Moïse avait ordonné aux Hébreux, lorsqu'ils moissonneraient un champ, de ne pas couper exactement tous les épis, mais d'en laisser une petite partie pour les pauvres et les étrangers, et de leur permettre de glaner. Lévit., c. 23, y 22; c'était une loi d'humanité. Nous en voyons l'exécution dans le livre de Ruth, c. 2, f 7 et suiv., où Booz invite cette femme moabite à glaner dans son champ, et lui fait encore une aumône.
La moisson de l'orge ne devait se faire qu'après la fête de Pâques, pendant laquelle on offrait au Seigneur la première javelle; et celle du froment qu'après la fête de la Pentecôte, pendant laquelle on devait offrir le premier pain de blé nouveau. Levit., c. 23, f 10 et 17. Voyez Prémices.
Dans la suite, les Juifs ajoutèrent beaucoup de cérémonies à ce qui était ordonné par la loi pour l'ouverture des moissons. Reland Antiq.
sacrx vet. Ihbrxorum, p. 234, 237.
Bergier.
MOLÉCULES ET ATOMES PHY- SICO-CHIMIQUES (Th6ol. mixt. scien.
et philos, chim. et ontol.) — Quelque peu métaphysicien que l'on soit dans notre époque, on ne peut pas débarrasser son esprit des problèmes que la métaphysique introduit de force dans la physique, et y maintient envers et contre tous; on retourne comme malgré soi à ces problèmes en prétendant ne faire que do la chimie; mais comment y retourne-ton? et où conduisent des vingt années de travaux comme celles qu'a passées M. Gaudin pour établir ce qu'il appelle l'architecture des atomes, c'est-à-dire de la détermination, à jamais insondable pourtant parce qu'elle porte sur un pur fantôme, du nombre et des rapports de juxtaposition des éléments atomiques des corps.
La première hypothèse positiviste qu'ait conçue le monde greco-romain sur ce sujet, est celle de Démocrite, d'Epicure, de Lucrèce, etc. Celte liy-
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pothèse est l'hypothèse atomistique par excellence : elle imagine une multitude en nombre infini d'éléments éternels doués de mouvement, de formes crochues en toutes manières, ainsi que de poids, et indivisibles par là même qu'ils sont éléments, dont les combinaisons diverses ont fourni les mondes au sein du vide, soit par leur propre vertu, soit par la vertu d'une puissance éternelle comme eux. Cette hypothèse aboutit à se reposer l'esprit, haletant et à bout de forces, sur plusieurs contradictions évidentes, dont voici les trois principales : 1° une multitude en nombre infini n'est autre chose qu'une contradiction immédiate, et par suite une absurdité ; qu'est-ce qu'un nombre infini? un nombre sans premier ni dernier; or, cette absence de premier et de dernier, constituant l'infinité supposée, détruit l'essence même du nombre, en sorte que dire : nombre irtjlni équivant à dire : nombre sans-nombre, nombre qui n'est pas nombre, nombre nonnombre, un oui-non. 2° Des atomes crochus de toutes sortes de figures, et pourtant indivisibles pour être des éléments et non des composés dont il faudrait chercher les éléments, équivaut à dire : des êtres essentiellement étendus qui sont essentiellement inétendus puisqu'ils sont indivisibles ; y a-t-il contradiction plus évidente et plus directe? 3° des atomes qui se meuvent de toute éternité, auxquels par conséquent leur mouvement est essentiel, et qui pourtant s'accrochent, s'entr' arrêtent, s'entre-modifient leur mouvement pour former les mondes, n'est-ce pas encore dire le oui et le non tout ensemble, dire à la fois que leur mouvement, étant éternel et essentiel, ne peut être modifié et cependant peut l'être et l'est en effet, puisqu'ils s'accrochent, et s'entre-modifient dans leur mouvement? troisième contradiction aussi claire que les autres. On en pourrait compter plus d'une demi-douzaine encore comme celles-là.
Voilà à quoi se réduit la première hypothèse positiviste, celle d'Epicure : à une bêtise.
La seconde hypothèse positiviste
qu'ait conçue la philosophie, est celle de Descartes et d'une partie de son école. C'est l'hypothèse non plus des atomes divisibles et non divisibles tout à la fois, mais de l'étendue substantielle divisible à l'infini. Or, il nous faut nécessairement dire, malgré le grand respect que nous portons à Descartes, de cette hypothèse ce que nous venons de dire de l'autre, qui est sa mère avec réserve de la création de l'étendue qui n'est plus éternelle. Cette étendue créée divisible à l'infini, vous jette au nez de prime saut la contradiction dans l'idée et dans les termes; dire étendue divisible à l'infini, c'est dire étendue qui n'est pas, puisque c'est nier à cette étendue tout élément, assignabie par Dieu même; c'est dire que le créateur aurait pu faire un composé étendu dont il ne pourrait plus lui-même assigner les éléments premiers puisqu'il fuient à l'infini, puisqu'ils sont introuvables, puisqu'il travaillerait lui-même en vain, à les trouver durant son éternité tout entière. C'est lui donner aussi la puissance absurde de faire uu composé sans composants, de composer sans composer, de faire sans faire ; nouvelle contradiction.
C'est lui donner enfin la puissance absurde de réaliser substantiellement et simultanément dans un être étendu, à dimensions déterminées, et existant au moment où je parle, — tel est le premier bloc de matière venu — un nombre infini, un nombre qui se détruit lui-même et qui n'est pas un nombre ; troisième contradiction non moins évidente.
Voilà la seconde hypothèse positiviste, celle de la philosophie moderne; à quoi se réduit-elle encore?
A une bêtise.
Mais il y en a deux autres qui ne sont pas dans le même cas : celles-là ont pour interprèles, dans le monde greco-romain, et dans la philosophie moderne, Platon, Malebranche, Léibnitz, Berkeley; et dans le mondeindien tous les philosophes poètes. C'est dans Leibnitz et dans Berkeley qu'elles se formulent et se distinguent.
Dans ces deux hypothèse*, on lie trouve plus trace des contradictions
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que nous venons de signaler; mais elles n'ont rien de positiviste ; elles sont la négation même du positivisme; etl'on n'en ferajamais d'autres en dehors des deux que nous venons de voir se détruire elles-mêmes. Pourquoi celles-là n'impliquent-elles point de contradiction ? Parce qu'elles réduisent, l'une comme l autre, aussi bien le monadisme leibnitzien que l'idéalisme berkeleyen, l'étendue, dans le corps, à un 'produit pur de la faculté Imaginative de l'esprit, par lequel il limite l'être substantiel créé de Dieu, et nécessairement imparfait, nécessairement exclusif de l'immensité et de l'infinité. Celle de Berkeley ôte l'en soi du corps pour ne laisser que celui de l'esprit avec sa faculté imaginative. Celle de Leibnitz n'ôte pas l'en soi du corps; elle le laisse subsister, mais le réduit à des unités sans étendue, à des ensembles d'êtres qui sont de la même nature que les esprits, et détruit, par conséquent, comme celle de Berkeley, l'étendue substantielle, la réduit, comme nous le disons plus haut, à une manière selon laquelle l'esprit incréé et les esprits créés se la représentent, le premier par la vertu de son logos éternel, les seconds pur leur imagination aidée de leurs sens.
Cette vue générale étant posée, suivons un instant M. Gaudin dans ses petites profondeurs.
Il s'appuie sur des données fournies par la chimie et par la physique, par Dumas , par Ampère et par d'antres, pour établir des calculs qui conduisent à nous représenter un grain de poussière comme un édifice admirable d'atomes vibrants, allignés entre eux avec une précision mathématique, et formant une multitude dont il donne l'idée par des suppositions. Il prend un grain de métal de la grosseur d'une tète d'épingle, suppose par la pensée qu'une main délicate en détache un milliard par seconde , et arrive à cette conclusion que, pour que cette maiu vint à bout de les compter tous en nlhnii avec cette vitesse d'un milliard à la seconde, elle rait 2ù'0 millions d'années.
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emploie-
Voici d'autres résultats des calculs de M. Gaudin sur les atomes chimiques. La distance entre les centres de deux de ces atomes est tellement petite, que dans une goutte d'eau pesant un décigramme et grosse comme un pois, il y a autant d'atomes d'oxygène et d'hydrogène qu'il faudrait de grains de sable d'un millimètre de diamètre pour remplir le bassin des mers, eu le supposant couvrir la moitié de la surface terrestre sur une profondeur moyenne de 500 mètres.
En résumé général, du centre d'un atome entrant dans la composition d'une molécule, au centre de l'atome voisin, la distance maximum est d'un dix-millionième de millimètre, et la distance probable la plus ordinaire est d'un cent-millionième de millimètre c'est-à-dire de la centième partie d'un millioniène de millimètre.
D'après M. Gaudin, une molécule chimique est une aggrégation d'atomes chimiques équilibrée et symétrique, formée d'éléments linéaires à 3, 5 et 7 atomes qui se placent parallèlement entre eux , de manière à former un solide géométrique à 3, 4 ou 5 côtés. Dans les corps gazeux, les molécules sont entre elles à une distance constante; dans les liquides et les solides, la distance des molécules varie , mais la distance des atomes dans chaque molécule est constante.
11 faut reconnaître, d'après lemème auteur, une grande différence entre les corps composés purement chimiques et les corps composés organiques. L 'architecture des atomes, dans les premiers, n'est soumise qu'aux lois mathématiques de morphogénie atomique et de cristallogénie moléculaire, qu'il formule en généralités ; mais dans les seconds cette architecture échappe à ces lois : il existe dans les germes organiques originaires et dans leurs développements, des manques de symétrie; l'axe s'y forme selon des règles fantaisistes « qui ne peuvent s'expliquer, dit M. Gaudin, que par une intention volontaire et libre, en d'autres ternies, par une puissance créatrice et ordonnatrice. »
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Les atomes et les molécules de la matière sous ces trois états, l'état solide, l'état liquide et l'état gazeux, ne sont jamais en contact; dans toute molécule, les atomes composants oscillent entre eux, dans tout corps les molécules oscillent entre elles. Mais dans les solides, malgré leur oscillation, les molécules gardent la même place relativement les unes aux autres, en s'écartant au gré de la température, et ne pivotant pas quand le corps est cristallisé. Dans les liquides il y a un déplacement incessant des molécules, ainsi qu'un pivotement ; et dans les gaz ce déplacement et ce pivotement sont encore plus considérables. La distance des molécules entre elles dans ces derniers est dix ou douze fois plus grande que dans les liquides et les solides, à la pression ordinaire. C'est à une vitesse acquise d'êcartement qu'est due la force de dilatation des gaz.
Les atomes chimiques sont des sphéroïdes de grosseurs différentes. Il est probable que ces sphéroïdes résultent d'un groupement des particules de l'éther sous forme sphéroïdale , propre à recevoir un mouvement gyratoire qui engendre des pôles.
Dans toute combinaison, les éléments s'équilibrent à nouveau en vue de former une polyèdre symétrique, et dans la libration, tout atome d'une espèce se place entre deux autres d'une autre espèce qui font balances; en sorte que les atomes se placent, comme on l'a dit, par lignes de 3, S, 7.
Les équilibres des molécules résultent de ceux des atomes et s'établissent de même.
Enfin laissant tous les détails de la chimie, que M. Gandin rattache trèsingénieusement à ses lois, disons seulement, pour résumer, que, d'après son architectonique atomique et moléculaire, toutes les constructions de la chimie ne sont que des résultantes do la mécanique céleste, avec celte différence, pour user de ses termes, « que pour les atomes une seconde est un siècle, tandis que, pour les astres, un siècle est une seconde. »
'j '1 est, dans ses idées fondamentale les plus à la portée de tout le
monde, le livre de M. Gaudin qui fut, publié en 1873, et que notre grand chimiste Dumas présenta à l'Académie avec un gi'and éloge, le regardant, dit-il, comme devant rester un monument très important delà physique et de la chimie moléculaires de notre époque.
Avant de présenter notre critique, hâtons-nous d'avouer qu'il y a dans cette œuvre une grande théorie scientifique de chimie générale, hypothétique, il. est vrai, mais propre à généraliser les explications des faits et, partant, à rendre de grands services.
Ce furent toujours, selon nous, les spéculations hypothétiques qui appelèrent les plus notables progrès, en lançant les observateurs dans la voie des recherches raisonnées. L'hypothèse est le coup d'index du génie, faisant signe à l'armée des piocheurs.
Aussi remercierons-nous, pour notre part, M. Gaudin des portes nouvelles qu'il ouvre à la science par ses théories considérées en tant que purement chimiques, ne s'occupant point de la nature des corps, et se mettant absolument en dehors de la métaphysique de la matière, objet direct et exclusif des quatre systèmes philosophiques que nous avons d'abord exposés.
Mais cette réserve faite, nous lui demanderons à ce dernier point de vue, où tout cela peut mener, et que peuvent importer tous ces chiffres énormes de molécules et d'atomes, dans son grain de métal? Sur chacun de ces atomes si petits que retire la pensée, nous lui dirons :
Etes-vous atomiste comme Epicure?
En ce cas vous arrêtez là, comme lui, votre investigation; l'atome est l'élément. Mais viennent aussitôt les contradictions que nous avons signalées, et tous vos travaux de vingt années, s'ils n'aboutissent qu'à cela, se résolvent dans une sottise.
Etes-vous infinitiste comme Descartes? En ce cas, votre calcul du nombre et de l'arrangement est bien inutile ; car après l'avoir fait sur la molécule, il vous faudra le recommencer
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sur Yatome, puis sur les atomes de l'atome, etc., et quand vous l'aurez recommencé de la sorte pendant toute votre existence, que dis-je, pendant l'éternité, sur les atomes des atomes, quel que soit le point où vous vous arrêterez, vous n'aurez rien fait, puisqu'il vous faudra recommencer encore. Notre métaphysique a fait mieux en un seul saut; elle vous a montré avec évidence les contradictions renfermées clans cet infinitisme, les absurdités qui le condamnent à n'être qu'une sottise, aussi bien que l'atomisme.
Etes-vous monadiste avec Leibnitz ou bien idéaliste avec Berkeley? Oh alors, les contradictions disparaissent ; mais à quoi vous sert de dessiner vos alliguements d'atomes et d'en compter les nombres? puisque ce ne sont plus que des esprits sans étendue, si vous êtes monadiste, puisque ce ne sont plus que des images mentales délimitantes si vous êtes idéaliste; puisque, dans les deux cas, l'étendue n'est qu'un fantôme à l'état fixe dans les âmes. Ces hypothèses peuvent être très-utiles pour généraliser des applications scientifiques de faits observés dans leurs apparences extérieures, mais ne peuvent servir à rien pour l'explication métaphysique des corps. A quoi bon porter si haut la division, quand on sait qu'il ne s'agit que d'une ombre sur laquelle l'imagination peut se dilater à plaisir?
Etablissez vos lois; elles serviront à raisonner et à prédire les faits dans la chimie comme l'hypothèse des deux fluides de nom contraire sert à raisonner et à prédire les faits d'électricité dans la physique, comme l'hypothèse de l'attraction newtonienne sert à raisonner et à prédire les faits sidéraux dans la cosmologie, etc. Mais d'aller aussi loin dans le calcul divisionnaire est au moins parfaitement inutile.
Terminons par deux observations relatives à la question de Dieu.
M. Gandin nous dit que, dans la matière organique sa loi mathématique est déconcertée, et que les axes des germes révèlent une fantaisie ordonnatrice. Mais est-ce que l'application de sa loi,- toute mathématique
qu'elle puisse être, aux atomes chimiques, n'en révèle pas une également? Quelle nécessité, en soi; y avait-il dans un cas plutôt que dans l'autre? Votre loi des atomes est mathématique et mathématiquement suivie, selon les principes que vous avez posés, soit; mais il n'y avait pas plus de nécessité pour le Créateur de suivre ce système plutôt que tel ou tel autre. Quelle nécessité y avait-il, par exemple à ce que vos atomes chimiques se symétrisassent et s'équilibrassent par 3, S, 7 plutôt que par 2, 4, 8, etc., comme le font les cellules de l'embryon dans le végétal et dans l'animal? On ne voit pas plus la nécessité de l'un que la nécessité de l'autre; on ne voit de nécessité mathématique que dans le développement du système, après que le système a été posé. Vous reconnaissez que Dieu n'a pas suivi ce même système dans la formation des axos des germes organiques ; donc rien ne le forçait à le suivre dans la formation des .axes chimiques; et le fait seul de l'avoir suivi,. dans cet ordre, mathématiquement est lui-même an fait de fantaisie. Quand Dieu a posé une majeure et une mineure, il tire nécessairementla conclusion logique, et toute sa puissance ne peut pas faire que cette conclusion ne suit point une conséquence; or il y a dus majeures qui sont elles-mêmes nécessaires et contre lesquelles il ne peut rien ; telle est celle de son être ; telles sont celles de tous ses attributs essentiels; telles sont aussi certaines vérités absolues relatives aux créatures elles-mêmes, par exemple celle vérité, sur laquelle repose ce qu'on nomme en mécanique le parallélogramme des forces, que deux forces contradictoires se neutralisent, si elles sont égales et restent égales, etc.
Ces sortes de majeures sont nécessaires, et leurs conséquences, après la pose des mineures qui les appliquent, le sont également ; la puissance de Dieu ne peut rian contre elles; mais il y a aussi des majeures qui ne sont point nécessaires, qui sont au contraire contingentes, et dont la mise en jeu dépend de sa fantaisie; ces majeures-là suivies de leurs mineures
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engendreront des lois mathématiques, s'il les pose, mais rien ne l'oblige à les poser. Or, quelle nécessité y avaitil pour lui, en supposant que votre système soit le vrai, à poser l'ordre et la loi d'équilibre que vous imaginez entre les atomes? Il y a une nécessité ; c'est celle qui fait qu'un atome ne peut pas être divisible à l'infini, ne peut pas renfermer un nombre sans nombre d'éléments, et partant ne peut être substantiellement étendu, et de cette nécessité découle celte conséquence que, comme explication métaphysique de la matière, tout votre système est inutile.
Voilà une nécessité ontologique; mais quant à la formation de ce que vous appelez les axes élémentaires, elle est tout aussi bien de fantaisie, comme choix de système, dans votre ordre chimique que dans l'ordre organique, dans la mécanique céleste que dans les mécaniques de tous les règnes de la nature organisée, et la chimie ne peut pas plus se passer d'un Dieu libre comme cause originelle que ne peut s'en passer l'histoire naturelle des êtres vivants. Votre atome chimique, aussi bien que l'atome organique, quel qu'il soit en lui-même, a besoin d'une cause qui a choi-i le système auquel il sera soumis, et partant démontre Dieu.
« Les siècles, dites-vous avec raison, sont des secondes pour les astres, et les secondes sont des siècles pour les atomes. » Suivez la loi mathématique delà proportionnalité, que s'ensuivra -t-il? il s'ensuivra que pour l'être éternel et absolu, qui réalise à la fois, les deux limites inattingibles, celle de l'infiniment petit en tant qu'être et celle de l'inliniment grand, les siècles infinis, comme les espaces sans tin, deviennent par tous leurs bouts, par leur passé et par leur avenir, un point simultané.
Cette idée de M. Gaudin est digne des métaphysiciens du xvn e siècle ; mais si tout le reste devient jamais scientifique, fût-ce au degré des lois de Kepler et de l'attraction newtonnienne, il n'en aura ni plus ni moins de valeur entant qu'explication de la nature intrinsèque des corps ,
parce que, à ce point de vue, sa valeur est nulle.
Le Nom.
MOLÉCULES ORGANIQUES VI- VANTES (Théol. mixt. scien. physiol.) — V. Génération.
MOLIÈRE (Jean-Baptiste Poquelin de) (Théol. hist. biog, et bibliog.) — Ce grand comique français, né à Paris vers 1622, et mort en 1673 le jour même oùil donnait la quatrième représentation du Malade imaginaire, sans avoir été admis à l'Académie française, est resté et restera la gloire, sans rivalité possible, de notre théâtre dans la comédie. Il débuta à Lyon comme auteur, par l'Etourdi, pièce qui n'a point d'égale pour l'abondance des ressources, la vivacité du mouvement, l'entrain, et la facture du vers ; nous n'avons jamais pu trouver dans cette comédie, les négligences de style dont on l'a accusée. Les plus grands chefsd'œuvre de Molière sont pour la vérité profonde du comique, l'Ecole des femmes, et pour la critique philosophique sérieuse, le Misanthrope et le Tartuffe.
Le Nom.
MOLINA (Louis) [Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Cejésuite espagnol et théologien célèbre, naquit à Cuença, en 153o, professa pendant vingt ans la théologie à Évora, en Portugal, etmourutà Madrid en 1601.
Ses ouvrages principaux sont :
De Justifia et Jure, 6 vol., Mayence, 16S9, dans lequel Molina fait preuve d'une grande connaissance de la science du droit.
Commentariiin pr. parte D. Thomx, -1593. « Dans la première partie de sa Somme, dit M. Klolz, saint Thomas traite, quœst. 14, de la science, quxst. 19, de la volonté de Dieu, quxst. 22, de la Providence, et quxst. 23, de la prédestination et de la réprobation. Molina pensa que ce qu'il y avait de mieux à faire pour démontrer l'existence simultanée de la liberté humaine, de la science divine, de la Providence, de la prédestination et de la réprobation,
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c'était de réunir dans un livre spécial tout ce qui se trouvait disséminé à ce sujet dans les divers ouvrages de saint Thomas. C'est ainsi que naquit l'œuvre principale de Molina, intitulée : Liberi arbitra cum gratiae donis, divinaprœscientia, providentiel, prédestinations et reprobatione, concordia, qu'il publia avant ses Commentaires, en 1388, à Lisbonne, et qu'il fit suivre en 1589 d'un Appendice justificatif de sa doctrine. »
MOLINISME, système de théologie sur la grâce et sur la prédestination, imaginée par Louis Molina, jésuite espagnol, professeur de théologie dans l'université d'Evora en Portugal.
Le livre où il explique ce système, intitulé : Liberi arbûrii cum gratis donis, etc., concordia, parut à Lisbonne en 1588 ; il fut vivement attaqué par les dominicains, qui le déférèrent à l'inquisition, en accusant son auteur de renouveler les erreurs des pélagiens et des semi-pélagiens. La cause ayant été portée à Rome, et discutée dans les fameuses assemblées qu'on nomme les congrégations deAuxiUis.
depuis l'an 1587 jusqu'en 1697, demeura indécise. Le pape Paul V, qui tenait alors le siège de Rome, ne voulut rien prononcer; il défendit seulement aux deux partis de se noter mutuellement par des qualifications odieuses. Depuiscette espèce de trêve, le molinisme a été enseigné dans les écoles comme une opinion libre ; mais il a eu des adversaires implacables d ;ns les augustiniens vrais ou faux, et dans les thomistes. Ceux-ci d'une part, et les jésuites de l'autre, ont publié chacun des histoires ou des actes de ces congrégations conformes à leur intérêt et à leurs prétentions respectives : devinera qui pourra, dit Mosheim, de quel côté il y a le plus de vérité et de modération*
Quoi qu'il en soit, voici le plan du système de Molina, et l'ordre que cet auteur imagine entre les décrets de Dieu.
1° Dieu, par la science de simple intelligence, voit tout ce qui est possible, et par conséquent des ordres inûnis de choses possibles.
2° Par la science moyenne, Dieu voit certainement ce que, dans chacun de ces ordres, chaque volonté créée, en usant de sa liberté, fera, si Dieu lui donne telle ou telle grâce.
Yoy. Science de Dieu.
3° Il veut d'une volonté antécédente et sincère sauver tous les hommes, sous condition qu'ils voudront euxmêmes se sauver, c'est-à-dire qu'ils correspondront aux grâces qu'il leur donnera. Voyez Conditionnelle.
4° Il donne ù tous les secours nécessaires et suffisants pour opérer leur salut, quoiqu'il eu accorde aux uns plus qu'aux autres, selon son bon plaisir.
5° La grâce accordée aux anges et à l'homme dans l'état d'innocence, n'a point été efficace par elle-même, mais versatile; dans une partie des anges, elle est devenue efficace par l'événement ou par le. bon usage qu'ils en.ont fait ; dans l'homme, eile a été ineflicace, parce qu'il y a résisté.
6° Il en est de même dans l'état de nature tombée, nuls décrets absolus de Dieu, efficaces par eux-mêmes et antécédents à la prévision du consentement libre de la volonté .humaine ; par conséquent nulle prédestination à la gloire éternelle avant la prévision des mérites de l'homme : nulle réprobation qui ne suppose la prescience des péchés qu'il commettra.
7° La volonté que Dieu a de sauver tous les hommes, quoique souillés du péché originel, est vraie, sincère et active ; c'est elle qui a destiné Jésus-Christ à être le Sauveur du genre humain ; c'est en vertu de cette volonté et des mérites de Jésus- Christ, que Dieu accorde à tous plus ou moins de grâces suffisantes pour faire leur salut.
8° Dieu , par la science moyenne, voit avec une certitude entière ce que fera l'homme placé dans telle ou telle circonstance, et secouru par telle ou telle grâce, par conséquent qui sont ceux qui en useront bien ou mal. Quandil veut absolument et efficacement convertir une âme ou la taire persévérer dansle bien,ilformeledécret de lui accorder les grâces auxquelles il prévoit
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qu'elle consentira, et avec lesquelles elle persévérera.
9 a Par la science de vision qui- suppose ce décret, il voit qui sont ceux qui feront le bien et persévéreront jusqu'à la fin, qui sont ceux qui pécheront ou ne persévéreront pas. En conséquence de cette prévision de leur conduite absolument future, il prédestine les premiers à la gloire et réprouve les autres.
La base de ce système est que la grâce suffisante et la grâce efficace ne sont point distinguées par leur nature, mais que la même grâce est tantôt efficace et tantôt inefficace, selon que la volonté y coopère ou y résiste . Ainsi, l'efficacité de la grâce vient du consentement de la volonté de l'homme, non, dit Molina, que ce consentement donne quelque force à la grâce, ou la rende efficace in actu primo, mais parce que ce consentement est la condition nécessaire pour que la grâce soit efficace in actu secundo, ou lorsqu'on la considère comme jointe à son effet ; à peu près comme les sacrements, qui sont par eux-mêmes productifs de la grâce, et dépendent néanmoins des dispositions de ceux qui les reçoivent pour la produire en effet. C'est ce qu'enseigne formellement ce théologien dans son livre de la Concorde, disput, 1, q. 30, 40 et suiv.
Selon les molinistes, la différence entre la grâce efticace in actu primo, ei la gi^ce inefficace, consiste en ce que la première est donnée aans une circonstance dans laquelle Dieu prévoit que l'homme en suivra le mouvement, au lieu que la seconde est donnée dans une circonstance où Dieu prévoit que l'homme y résistera; d'où il s'ensuit, disent-ils, que la grâce efficace est déjà in actu primo, un plus grand bienfait de Dieu que la grâce inefficace, puisqu'il dépend absolument de Dieu de donner l'une oul'au'vj. Ainsi ce n'est point l'homme qui se discerne luimême, mais Dieu, comme le veut saint Paul.
Molina et ses défenseurs ont vanté beaucoup ce système, en ce qu'il dénoue une partie des difficultés que les Pères, et surtout saint Augustin,
ont trouvées à concilier le libre arbitre avec la grâce. Mais leurs adversaires tirent de ces motifs mêmes une raison pour le rejeter, puisque, selon les Pères, l'action de la grâce sur la volonté humaine est un mystère. Cependant il nous parait que le mystère subsiste toujours, en ce que l'action de la grâce ne peut être comparée, sans inconvénient, ni à l'action d'uue cause physique, ni à l'action d'une cause " morale. Voyez Grâce § 5.
La plupart des partisans de la grâce efticace par elle-même, ont soutenu que le molinisme renouvelait le semi-pélagianisme ; mais le père Alexandre, quoique dominicain et thomiste, dans son Eist. eccUs. du.
cinquième siècle, c. 3, art. § 13, répond à ses accusateurs que le, système de Molina n'ayant pas été condamné par l'Eglise, et étant toléré comme les autres opinions de l'école, c'est blesser la vérité, la charité et la justice, de le comparer aux erreurs, soit des pélugiens, soit des semi-pélagiens. Bossuet, dans son premier et dans son second Avertissement aux protestants, montre solidement, et par un parallèle exact du molinisme avec le semi-pélagianisme, que l'Eglise romaine, en tolérant le système de Molina, ne tolère point les erreurs des semipélagiens, comme le ministre Jurieu avait osé le lui reprocher.
Il est fâcheux que, malgré ces apologies et malgré la défense de Paul V, la même accusation renaisse toujours. Molina enseigne formellement que, sans le secours de la grâce, l'homme ne peut faire aucune action surnaturelle et utile au salut ; Concorde, l ro question, disput. S et* suiv. Vérité diamétralement opposée à la maxime fondamentale du pélagianisme. Il soutient que la grâce est toujours Drévenaute, qu'elle est opérante ou coopérante lorsqu'elle est efficace ; qu'ainsi elle est cause efficiente des actes surnaturels, aussi bien que la volonté de l'homme ; disp. 39 et suiv. Autre vérité antipélagienne. Il dit et répète que la prévision du consentement futur de la volonté à la grâce, n'est point la
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cause ni le niolifqui détermine Dieu à donner la grâce ; que Dieu donne une grâce efficace ou inefficace uniquement parce qu'il lui plait ; qu'ainsi, à tous égards, la grâce est purement gratuite ; il se défend contre ceux qui l'accusaient d'enseigner le contraire, Troisième question des causes de la prédestination, disp. 1, quest. 23, p. 370, 373, 380 de l'édition d'Anvers, en 1585. C'est saper le semi-pélagianisme par la racine.
Le premier devoir d'un théologien est d'être juste.
En second lieu, nous nous croyons obligé de justifier de toute erreur le système de Moliua, sans vouloir pour cela le prouver ni l'adopter. Des théologiens célèbres, en admettant le fond de ce système, en ont adouci quelques articles et prévenu les conséquences ; c'est ce qu'on appelle le r.ongruisme mitigé, et il y a déjà de l'injustice à le confondre avec le moUnisme, Mais il est encore plus douloureux de voir des théologiens taxer de pélagianisme et de serr.ipélagianisme tous ceux qui ne pensent pas comme eux, lorsque l'Eglise n'a pas prononcé, et que les souverains pontifes ont défendu -de donner de pareilles qualifications. Ce procédé n'est pas propre à prévenir les esprits judicieux en faveur de l'opinion qu'ont embrassée et que soutiennent ces censeurs téméraires.
Voyez Conghuisme.
Bergier.
MOLINISME [Théol. pur. grâe.) — — V. Grâce et liberté. Nous pruposons, dans ce traité sommaire de la grâce et du libre arbitre, une conciliation théologico-philosophique entre le moUnisme et le thomisme de Bannez, dans laquelle nous rappelons ce thomisme à celui de saint Thomas. Cette théorie syncrétiste remonte haut dans nos annales intellectuelles ; nous l'avions conçue à peu près, dès notre âge de dix-neuf ans, durant nos études théologiques ; nos condisciples nous surnommèrent, à ce propos, le Docteur de la grâce, bien petit docteur sans doute qui ne devait jamais porter aucun titre officiel, mais qualification de séminaire qui prouvait que notre
esprit n'était pas sans travailler, dans sa solitude intérieure, sur les hautes questions.
Le Nom.
MOLINOS (Michel de) (Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce théologien, devenu si célèbre par sa Guide spiriludle dont le succès fut immense, el par la condamnation de son quiéti :. j et de sa personne, naquit à Palaeina en Aragon, d'une grande famille, en 1627, et mourut en prison à Rome âgé de soixante-dix-huit ans, après avoir été forcé d'abjurer solennellement ses erreurs, revêtu d'un habit de pénitent, sur un échafaud dressé dans une des églises de Rome. Ce fut en 1 075 qu'il publia son fameux livre; il avait alors la plus belle réputation; sa vie était sans tache; il passait pour un directeur des âmes plein d'expérience; son désintéressement était sans bornes, et sa modestie parfaite; la Guide spiritu '.le mit le comble à toutes ces gloires. Mais bientôt se formèrent des conveulicules mystico-piélistes qui faisaient bon marehé des institutions de l'Eglise et de ses pratiques, et qui s'appuyaient sur son spiritualisme exagéré. Le cardinal Caraccioli en lit, à Nazies, en 1082, le première observation, sous le pape Innocent XI ; le Père Paul Ségnéri, de la compagnie de Jésus, entra le premier en lice avec Molinos par un opuscule (Concordia laboris cum quieti in oratione) qui fut censuré comme une calomnie cortre un saint, mais auquel on rendit justice plus tard. Eu 1085 les plaintes s'élevèrent de tous côtés contre le quiétisme, et Moiinos, malgré son odeur de sainteté, fut arrêté par l'inquisition, avec un grand nombre de ses disciples et amis, parmi lesquels des gens de haut parage. Une enquête fut faite et en 1087, comme on le dit dans l'article suivant, eut lieu la condamnation.
Voici l'analyse que donne M. A IIgayer de la Guide spirituelle de Molinos.
« L'âme est le centre, la demeure et le royaume de Dieu. Quiconque veut parvenir à une haute perfection doit se retirer, se recueillir dans ce centre, de manière à ce que, dans le
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saint et profond silence de toutes ses facultés, il meure à lui-même et à toutes ses puissances naturelles. Que l'âme ne se trouble pas alors de ne plus pouvoir méditer, car c'est là son plus grand bonheur. En effet la méditation, d'après la doctrine de tous les saints, ne mène pas à la perfection, à l'union avec Dieu; elle sème, mais c'est la contemplation qui récolte; elle broie la nourriture, c'est la contemplation qui goûte et jouit.
Quand on ne peut plus méditer dans la prière, il n'y a pas lieu de s'en inquiéter, il faut pt.ticnter, se taire et marcher les yeux bandés, sans pensée ni réflexion. C'est sans doute un grand martyre que de s'arracher à toutes les alfections douces et consolantes de la dévotion ordinaire, de suivre, dans l'obscurité de la foi seule, les voies sombres et solitaires de la perfection ; mais la dévotion véritable est habituellement unie non à la jouissance, à la douceur, à l'onction, aux larmes, elle l'est aux épreuves, aux ténèbres, à la sécheresse ; dans cette voie aride, mais féconde, la réllexion, la pensée, les vues particulières finissent par mourir, et l'unique obstacle au progrès spirituel et à l'union avec Dieu est vaincu. Aussi les pénitences et les mortifications que l'homme choisit et s'impose sont inutiles, ce qu'il fait par ses propres forces ne sert à rien; car de même que l'agriculteur estime les plantes qu'il a luimême semées et soignées plus que celles que la nature produit d'ellemême, ainsi Dieu préfère la vertu qu'il plante à toutes les vertus que le fidèle s'efforce d'acquérir par ses propres forces. La sécheresse, les ténèbres et la tentation sont par conséquent nécessaires à celui qui aspire à la perfection, parce que l'àme est tellement dénaturée , superbe et égoïste, qu'elle ne pourrait être sauvée si Dieu ne la domptait et ne la tenait dans ses mains par l'épreuve. Il faut qu'elle soit plongée dans un océan de douleurs et d'angoisses ; il faut que le courant des facultés spirituelles se dessèche en elle de telle façon qu'elle ne puisse plus méditer, ni même avoir une bonne pensée.
D'invisibles ennemis viendront l'as-
saillir et la remplir de doutes, do présomptions criminelles, de pensées honteuses et de désirs impuis, la pousser à l'orgueil, à l'impatience, au blasphème, au sacrilège. Elle concevra le dégoût et l'horreur de toutes les choses divines et tombera dans un tel abîme de pusillanimité, de faiblesse et de désespoir, que, dans la surabondance de son amertume, elle nepourraplus réveiller en elle le moindre acte de foi, d'espérance et de charité, qu'elle croira qu'il n'y a plus de Dieu pour elle, que ses tourments seront comme ceux des damnés dans l'enfer, et qu'elle s'imaginera finalement être dans la possession même du diable. Ces souffrances sont plus cruelles que les tortures des martyrs, car, tandis que celles-ci duraient tout au plus un jour et étaient contrebalancées par une lumière intérieure, par une assistance de Dieu toute spéciale et par la vue d'une récompense prochaine et infaillible, rame quiveut mourir à elle-même goûte à chaque instant l'amertume de la mort sans la moindre consolation; son état -est une agonie prolongée, un supplice sans répit et sans terme. Autrefois les témoins sanglants de Jésus-Christ traînés au supplice par des hommes, étaient consolés par Dieu même. Aujourd'hui c'est Dieu qui frappe et qui se cache, ce sont les démons qui sont les bourreaux et qui tourmentent le corps et l'âme avec autant de cruauté que de persévérance.
» Toutefois, dit Molinos, ne perdez pas contenance, car vous n'êtes pas dans l'état où vous vous imaginez être. Jamais vous n'avez aimé Dieu avec plus d'ardeur, jamais vous n'en avezétéplus estimé que dans le temps de ce délaissement apparent. Quand le soleil s'enveloppe de nuages, il ne perd ni sa lumière ni sa chaleur, et ne s'arrête pas dans sa course. Soupirez, pleurez, gémissez; Dieu se réjouit dans le plus profond de votre être. C'est là que, pour pouvoir résister à toutes les épreuves, il faut vous tenir quand la tempête vous assaille ; supportez les épreuves avec indifférence et dédain, traitez le diable comme si vous ne vous aperceviez pas de ses attaques, car rien ne l'irrite
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plus que ce mépris, et rien n'est plus dangereux que de lui répondre par des raisonnements. Cette paix intérieure, unie même aux pensées les plus téméraires, les plus inconvenantes, les plus honteuses, cette indifférence souveraine, cet abandon et cet anéantissement moral plaisent plus à Dieu que les meilleurs propos et les plus fermes résolutions prises au moment de l'épreuve; car les doutes et les angoisses qui enveloppent l'âme, qu'elle le sache ou non, ne sont autre chose que la surabondance même de l'amour. Avez-vous commis une faute ; ne vous en agitez et ne vous en inquiétez pas : c'est une suite fatale de notre nature souillée par le péché originel. Si vous vous irritez et vous inquiétez, vous prouvez manifestement que l'orgueil se cache au fond de vous-même. Un cœur humble ne s'effraie pas de la vue de ses défauts et de ses imperfections, quelque douloureuse que soit cette découverte.
» Un moyen excellent pour parvenir au calme intérieur et à la paix du cœur est la communion fréquente.
Mais il y a une double manière de se préparer au saint Sacrement de l'autel. La première, qui convient à l'âme extérieure, à celle qui est au degré de^ la méditation, consiste à reconnaître ses péchés, à se retirer de l'agitation du dehors, à se tenir dans un pieux silence et à considérer quel est Celui qu'elle va recevoir, combien est grand l'acte auquel elle se prépare, combien est précieuse la grâce qui permet à l'impur de s'unir au Pur, à la créature de recevoir son Créateur. La préparation de l'âme intérieure consiste à vivre dans une pius grande pureté, dans une abnégation plus entière de toutes choses, dans une dévotion permanente et un recueillement incessanL. L'âme, dans cet état n'a plus besoin de se préparer spécialement à la sainte communion, puisque sa vie est une préparation continue et parfaite. Il ne faut pas non plus qu'elle soit détournée de la sainte table parce qu'elle se sent aride, froide, défectueuse, car la fréquente communion est un re-
mède qui guérit des défauts et mul tiplie les vertus.
» Mais peut-on entrer dans ce recueillement intérieur par la méditation de la sainte humanité de Jésus- Christ? Il y a, suivant Molinos, deux manières de penser à la sainte humanité de Jésus. La première consiste à examiner en particulier les mystères, les faits, la vie, les souffrances et la mort du Sauveur. Mais l'âme exercée au recueillement intérieur n'a pas besoin de passer par cette voie; elle peut et elle doit, c'est la seconde méthode, méthode plus noble et plus spirituelle que la première, contempler la sainte humanité et la Passion de Jésus-Christ dans un simple acte de foi et d'amour, en pensant qu'il est le temple de la Divinité, le commencement et la fin de la béatitude, qu'il est né, qu'il a souffert, qu'il est mort pourl'homme. C'est là la méthode qui fait avancer les âmes intérieures, et qui empêche la pensée sainte, pieuse, mais fugitive, de la sainte humanité de Jésus-Christ, d'être un obstacle au recueillement véritable, qui doit devenir permanent. Vous ètes-vous, dit Molinos, consacré avec amour et sans réserve à la volonté divine : il ne faut plus qu'une chose, qui est de persévérer dans cet abandon.
Disposez-vous donc à la prière de telle façon que vous puissiez vous livrer par un acte de foi et de sacrifice total aux mains de Dieu, dans la convielion que vous êtes en sa divine présence ; persévérez dans ce silence paisible et sacré ; maintenez-vous dans ce premier acte de contemplation par la foi et l'amour pendant toute la journée, pendant toute votre vie. Il ne faut pas croire que l'accomplissement journalier des devoirs de votre état et de votre vocation vous puisse enlever à ce recueillement. Si au temps de l'oraison vous vous sentez entraîné par quelque passion, alors seulement vous ferez bien de renouveler votre acte de foi et d'abandon, pour revenir à Dieu et à sa divine présence. Cependant cela n'est pas nécessaire si vous vous trouvez dans un état de sécheresse, car cette sécheresse estbonneetsalutaire, et ne
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peut, quelque grande qu'elle soit, détourner de la présence de Dieu les âmes consolidées dans la foi. C'est d-ans le recueillement intérieur, c'està-dire dans l'effort paisible que vous faites pour abolir toute activité propre, ennemie née de l'activité divine, en acceptant les souffrances, les troubles et les tentations les plus multiples, que consiste la contemplation active ou acquise, contemplatio acquisita seu activa, tandis que la contemplation passive ou infuse, ou infusa, est un pur don de la grâce divine. Combien Tàme est déjà lieureuse par cette contemplation active, dans laquelle^ elle rentre complètement en elle-même, demeure dans son néant, c'est-à-dire dans la partie la plus élevée d'ellemême, sans réiléckir à ce qu'elle fait, sans savoir si elle est intérieurement recueillie ou dissipée, si elle agit bien ou mal, si elle est oisive ou non, sans avoir besoin de rien demander à Dieu, sans être obligée de lui dire qu'elle lui consacre sa foi, son espoir, son amour.
» La véritable humilité est le fruit de cette contemplation active. Celui qui est véritablement humble ne se laisse arracher la paix de l'âme ni par les pensées les plus pénibles, dont le diable le tourmente, ni par les tentations, les souffrances et le désespoir; il se répute indigne, tout en s'en réjouissant, de ce que le Seigneur l'éprouve, par l'intervention de Satan, instrument vulgaire des volontés divines.
» Quant au rapport de la contemplation active et de la contemplation passive, l'état heureux et parfait de l'anéantissement de l'âme, auquel doit conduire la contemplation active, est le dernier acte qui prépare la transformation et l'union complète avec Dieu que produit la contemplation passive. Quand l'âme est morte à elle-même, Dieu a soin de l'élever, sans qu'elle s'y attende, au repos absolu, à la contemplation surnaturelle. Alors Dieu se révèle à l'homme d'une manière qui dépasse toute pensée et tout sentiment ; alors le pur esprit de Dieu seul domine et protège l'âme, de sorte que, complètement transformée en Dieu, elle se
sent assez forte pour tout souffrir», tout supporter, et pratiquer les vertus les plus parfaites. A ce degré suprême la paix intérieure ne peut plus être troublée; l'âme n'a plus absolument aucune tache ; elle vit en Dieu et de Dieu, et brille plus que mille soleils. Sans doute le prince des ténèbres s'approche encore d'elle avec tout le pouvoir des enfers et par d'effroyables tentations, mais elle résiste à ces attaques comme une solide colonne. De même que durant une tempête on voit une profonde vallée se couvrir d'épaisses ténèbres, être ravagée par des torrents de pluie, ébranlée par le tonnerre et les éclairs, livrée comme en proie à l'enfer déchaîné, tandis que les hautes • cimes des montagnes apparaissent plus que jamais splendides, pures et dégagées, dans la lumière du soleil, de même la partie inférieure de l'âme est troublée par des luttes, des tristesses, des ténèbres, des désespoirs, des angoisses, des épreuves, des tentations sans nombre, tandis que daiïs la partie élevée de l'âme règne le vrai Soleil des esprits, avec son éclat et sa chaleur. Là se révèlent des mystères de la foi ; là régnent l'humilité parfaite, l'abnégation, la chasteté et la pauvreté de l'esprit, la liberté et la pureté du cœur, le silence et le recueillement intime, l'anéantissement de soi-même. « Alors, dit Molinos, l'âme se compte et compte toutes choses dans le monde pour rien; elle 'aime et adore Dieu sans aucune espérance propre; elle est parvenue à l'indifférence divine, à la prière permanente, à la contemplation pure , à la communauté céleste, à la paix parfaite, celle dont l'âme bienheureuse peut dire ce que le Sage a dit de la sagesse, qu'il a reçu avec elle tous les biens. »
Le Dict. encycl. de la théol. cathol.
fait suivre cette analyse des observations suivantes :
« On ne peut pas démontrer à la lettre que les soixante-huit propositions (1) condamnées soient contenues dans la Guide spirituelle; mais
(i) Voir les soixante-huit propositions condamnées dans Bossuet, t. VIII, p. 146, éd. Lelèvre,
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la plupart ne sont que des conséquences directes et nécessaires de l'esprit du système, et il ne faut pas oublier qu'au moment de l'arrestation de Molinos on saisit plus de vingt mille lettres à son adresse.
S'il est vrai qu'on exprime ses sentiments et ses vues bien plus sincèrement et plus nettement dans des lettres, adressées surtout à des amis, à des affidés, que dans des ouvrages destinés au public, il est probable que les lettres saisies ont dû être exploitées pans l'enquête de l'Inquisition et ont dû lui fournir une abondante matière d'accusation. S'il y avait encore des documents à cet égard à Rome, il serait fort à désirer qu'ils fussent mis à la disposition des savants.
» Enfin il ne faut pas oublier que Molinos fut aussi interrogé et qu'il eut à s'expliquer verbalement sur sa doctrine. C'est pourquoi Bossuet dit avec raison que Molinos fut convaincu d'être l'auteur des propositions condamnées, tant par des preuves écrites que par ses propres aveux.
» Deux autres, Sfondrata, dans sa Gallia vindkuta (1), et Itamsay, dans sa Biographie de Fénelon (2), racontent que Molinos, qui, comme nous l'avons dit, jouissait de la meilleure réputation, avait profané son sacerdoce par des actes coupables. Nous n'avons pas de détails sur ce que l'enquête établit à cet égard. Toutefois le dire de Sfondrata et de Ramsay ne parait pas invraisemblable si l'on examine par exemple les propositions que l'Inquisition censura sous les n° s il, 42, 47 et 48 (3). On ne peut guère comprendre comment un homme vraiment pur et moral a pu
(1) Pape 763.
(2) Page 205.
m 41. Deuspcrmittit et vult, ad nos humiliandos et ad veram traosformationem perducendos, quod in aliqnibus animabus perfeetis etiam non arreptitiis, dœuion violentiom inférât eorum corporibus, easquo actus earnales commutera faciat, etiam in vigilia et sine mentis bjFojeatûffle, movendo pbjsice iilia manus et alia meinbra, coutra earum vuluntatem. Et idem dicitur quoad illos actus per se peccaminosos, in qiw casu non sunt peccata, quia in his non adest conensns. — 42. Potest dari cnsns quo hujusmodi violentiœ ad actus caruah-s continuant eodom tempore ex parte dnaru.n nereonarum, scilicet maris et iemina, et ex part'; iitriusque sequntur actus.
les enseigner. La sévérité du jugement qui frappa Molinos semble également confirmer cette opinion. »
Le Noir.
MOLINOSISME, doctrine de Molinos, prêtre espagnol, sur la vie mystique, condamnée à Rome, en 1687, par Innocent XI. Ce pontife, dans sa bulle, censure soixante-huit propositions tirées des écrits de Molinos, qui enseignent le quiêtisme le plus outré et poussé jusqu'aux dernières conséquences.
Le principe fondamental de cette doctrine est que la perfection chrétienne consiste dans la tranquillité de l'àme, dans le renoncement à toutes les choses extérieures et temporelles, dans un amour pur de Dieu, exempt de toute vue d'intérêt et de récompense. Ainsi une âme qui aspire au souverain bien doit renoncer non-seulement à tous les plaisirs des sens, mais à tous les objets corporels et sensibles, imposer silence à tous les mouvements de son esprit et de sa volonté, pour se concentrer et s'absorber en Dieu.
Ces maximes, sublimes en apparence, et capables de séduire les imaginations vives, peuvent conduire à des conséquences affreuses, Molinos et quelques-uns de ses disciples ont élé accusés d'enseigner, tant dans la théorie que dans la pratique, que l'on peut s'abandonner sans péché à des dérèglements infâmes, pourvu que la partie supérieure de l'âme demeure unie à Dieu. Les propositions 25, 41 et suivantes de Molinos, renferment évidemment cette erreur abiiiiiinable. Toutes les autres tendent à décréditer les pratiques les plus saintes de la religion, sous prétexte qu'une âme n'en a plus besoin lorsqu'elle est parfaitement unie à Dieu.
Mosheim assure que dans le dessein de perdre ce prêtre, on lui attribua des conséquences auxquelles il n'avait jamais pensé. Il est certain que Molinos avait à Rome des amis puissants et respectables, très à portée de le défendre s'il avait été possible.
Sans les faits odieux dont il fut convaincu, lorsqu'il eut donné une
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rétractation formelle, il n'est pas probable qu'on l'aurait laissé en prison jusqu'à sa mort qui n'arriva qu'en 1696.
Mosheim suppose que les adversaires de Molinos furent principalement indignés de ce qu'il soutenait, comme les protestants, l'inutilité des pratiques extérieures et des cérémonies de religion. Voilà comme les liommes à système trouvent partout de quoi nourrir leur prévention. Selon l'avis des protestants, tout hérétique qui a favorisé en quelque chose leur opinion, quelque erreur qu'il ait enseignée d'ailleurs, méritait d'être absous. La bulle de condamnation de Molinos censure non- seulement les propositions qui sentaient le protestantisme, mais celles qui renfermaient le fond du quiétisme, et toutes les conséquences qui s'ensuivaient. Mosheim lui-même n'a pas osé les justifier, Hist. ecclésiast. du dix-septième siècle, sect. 2, l re part. cap. 1, § 49.
Il faut se souvenir que les quiétistes, qui firent du bruit en France peu de temps après, ne donnaient point dans les erreurs grossières de Molinos; ils faisaient, au contraire, profession de les détester. Voyez.
Quiétisme.
Bergier.
MOLKENBUHR (Marcellin) (Théol.
hist. biog. et bibliog.) — Cet écrivain catholique allemand, né à Rheiné près de Munster en 1741, ordonné prêtre en 1767, et mort dans le couvent des Franciscains à Paderborn après 181 S, a laissé vingt et une dissertations et plusieurs écrits polémiques, par exemple :
Contre la Gazette mensuelle de Mayence, 1787 ; — contre un écrit de Christmann, Trois Réponses aux accusations de tyrannie élevées contre les moines, Paderborn, 1799-1802; — Réfutation du Siècle de la Raison, de Thomas Paine, etc., Paderborn, 1797, 2 e édit, Munster, 1802; — deux Apologies : 1° contre le livre du P. Guido Schultz, intitulé la Vie et la Destinée; 2° contre le livre intitulé Pensées d'un Chrétien évangélique (dirigées contre le comte de Stolberg et la religion
catholique), Munster, 1803; — Réfutation de la nouvelle méthode d'interprétation de l'Ancien Testament, de Wecklein, professeur à Munster, Dorsten, 1806 ; — Réfutation de la nouvelle interprétation du eh. I er de l'Evangile de S. Jean, contraire à la divinité de Jésus-Christ, de J. de Muth, professeur à Erfurt, Dorsten, 1807 ; — Où est la plus ancienne et la plus importante Église épiscopale dans la Chrétienté ? chez les Latins ou chez les Grecs? Paderborn, 1815 ; — De l'arrivée de l'apôtre S. Pierre à Rome et à Antioche, et de quelques prétendues anciennes contestations faites par les évêques au Pape, Dorsten, 1816; — Remarques sur les nouvelles traductions allemandes du Nouveau Testament, de Charles et Léandre Van Ess, et sur la punition de Céphas, ib., 1817 ; — Historia religionis Christianse in compendio et ordine chronico exhibita, T. I, ab anno 1-326. Paderbornœ, 1818.
MOLLUSQUES (les) [Tkéol. mixt.
scien. zool.) — Les zoologistes ont qualifié de mollusques, du latin mollis, mou, un des quatre embranchements du règne animal ; ces quatre embranchements sont les vertébrés, les annelés ou articulés, les mollusques et les rayonnes ou zoophxjtes. Ces animaux tout dépourvus de tout squelette intérieur ou extérieur, ne sont point divisés par anneaux successifs, sont pour la plupart aquatiques, et ont une peau dans laquelle s'insèrent leurs muscles, et qui produit le plus souvent une coquille. Le système nerveux est formé de plusieurs masses éparses qu'on nomme ganglions et qui communiquent par des filets; plusieurs de ces ganglions sont placés au-dessus de l'œsophage et correspondent au cerveau des vertébrés, aux ganglions cérébraux des articulés. Le sang des mollusques est incolore, et la respiration est aquatique et se fait par des branchies, excepté chez les gastéropodes pulmonés où elle est aérienne et se fait par des poumons. La limace de nos jardins est un mollusque sans coquille; l'escargot, l'huître sont des mollusques à coquille.
Le créateur a donné à la vie toutes
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les manifestations et toutes les formes, mais non point par un éparpillement sans méthode et sans plan.
Un des progrès de la science consiste à retrouver les plans du créateur, et l'objet des classifications est de mettre en tableau ces plans mêmes. Ce n'est que dans notre siècle et avec Cuvier que la classification des animaux s'est approchée de la perfection : tous se rattachent aux quatre types que nous venons d'indiquer, et c'est ce qu'on ne savait pas auparavant.
Le Noir.
MOLOCH, dieu des Ammonites; ce nom, dans les langues orientales, signifie roi ou souverain. Dans le Lévitique, c. 18, t 21 ; c. 20, f 2, et ailleurs, Dieu défend aux Israélites, sous peine de mort, de consacrer leurs enfants à Moloch. Malgré cette loi, les prophètes Amos, c. 5, f G ; Jérémie, c. 19, y 5 et 6 ; Sophonie, c. 1, y 1, et saint Etienne, Act., c.7,j^43, reprochentaux Juifs d'avoir adoré cette fausse divinité, et semblent désigner le même Dieu sous les noms de Moloch, de Baal et de Melchom. La coutume des idolâtres était de faire passer les enfants par le feu à l'honneur de ce faux dieu, et il paraît que souvent l'on poussait la barbarie jusqu'à les brûler en holocauste, comme faisaient les Carthaginois et d'autres à l'honneur de Saturne.
D. Calmet prouve très-bien que Moloch était le soleil, adoré par les différents peuples de l'Orient sous plusieurs noms divers. Bible d'Avignon, t. 2, p. 355 et suiv. Mais ce que l'on dit de la figure de ce dieu et de la manière dont on lui consacrait les enfants, n'est pas également certain. Mémoires de l'Acad. des Inscriptions, t. 71, in-12, p. 179 et suiv.
Behgiek,
MOMIERS. Les momiers ne forment pas précisément une secte ou hérésie spéciale. Ce sont simplement des protestants rétrogrades, et plus inconséquents que ceux dont ils se sont séparés Le principe du libre examen, appliqué à la religion et à l'interprétation de la Bible, avait
conduit, entre autres, la vénérable compagnie des pasteurs de Genève, comme elle s'appelle, à ne plus reconnaître même la divinité de Jésus- Christ comme vérité certaine, comme dogme manifestement enseigné dans l'Evangile et tout le nouveau Testament. Ces messieurs étaient devenus et sont encore, à très-peu d'exceptions près, si tant est même qu'il y en ait, de véritables sociniens et de purs déistes. Les plus orthodoxes d'entre eux enseignent qu'il n'y a réellement que deux points fondamentaux à admettre pour être chrétien, à quelque secte et à quelque communion religieuse qu'on appartienne :
ce sont l'existence de Dieu et le jugement dernier. 11 n'y a que cela de parfaitement clair et évident dans toute l'Ecriture. Tout le reste des doctrines comprises dans les livres sacrés, est plus ou moins incertain, et se trouve dès lors indiffèrent à l'unité de la foi.
Or, c'est contre ces conséquences extrêmes, extraites du libre examen, par les passions et par la folie de la raison humaine, que se sont élevés les momiers. Ceux-ci ne veulent pas d'autre protestantisme que le protestantisme primitif, tel qu'il a été donné à la Suisse par Zwingle et Calvin. Ces deux patriarches de la informe ont consommé l'usage du libre examen, et fixé des bornes au delà desquelles il ne doit pas aller. Ce que Zwingle et Calvin ont rejeté des dogmes catholiques, c'est ce qu'à tout jamais il est permis à ses sectateurs de rejeter. Ce qu'ils en ont retenu, c'est ce qu'ils doivent en retenir eux-mêmes ; puisque leurs maîtres n'ont retenu que ce qu'ils voyaient clairement exprimé dans l'Ecriture, et que ce qu'ils voyaient clairement dans l'Ecriture, ne peut pas n'y être pas clair pour tout le, monde.
Les momiers sont très-fervents et très-zélés ; ils ont fait déjà beaucoup de progrès dans laSuisse protestante.
Mais ils sont très-peu conséquents ; car on ne voit pas comment ils peuvent refuser aux pasteurs de Genève d'aujourd'hui le droit de se séparer de Calvin, puisqu'ils accordent à,
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Calvin celui de se séparer de l'Eglise romaine, les titres des uns et des autres étant à cet égard absolument les mêmes, le libre examen et l'interprétation par la raison des doctrines contenues dans la Bible.
Le nom de momiers a été donné à ces sectaires par la vénérable compagnie des pasteurs de Genève, qui n'ont vu que des momerics dans leur zèle pour le protestantisme primitif, et particulièrementpour le dogme de la divinité de Jésus Cbrist.
Doney.
MONACHISME(27iéoZ. hist. gènér.) — Y. Moine, Monastère et Monastique.
MONADE [Théol. mixt. ■philos, ontol. — Y. Harmonie préétablie.
MONARCHIE. Dans l'article Daniel, on trouvera l'explication de la prédiction de ce prophète touchant les quatre monarchies qui devaient se succéder avant l'arrivée du Messie.
En Angleterre, sous le règne de Cromwel, on appela hommes de la cinquième monarchie, une secte de fanatiques qui croyaient que Jésus- Christ allait descendre sur la terre pour y fonder un nouveau royaume, et qui, dans cette persuasion, avaient dessein de bouleverser le gouvernement et d'établir une anarchie absolue. Mosheim, Hist. ecclës. du dixseptième siècle, sect. 2, 2° part. c. 2, § 22. C'est un des exemples du fanatisme que produisait en Angleterre la lecture de l'Ecriture sainte, commandée à tout le monde, et la licence accordée à tous de l'entendre et de l'expliquer selon lesrs idées particulières. Voyez Ecriture sainte.
Bergier.
MONASTÈRE, maison dans laquelle des religieux ou religieuses vivent en commun et observent la même règle.
Au mot Communauté, nous avons fait remarquer les avantages de la vie commune, soit relativement à l'intérêtpolitique,soilpar rapport aux mœurs ; nous nous sommes principalement servi des réflexions d'un philosophe protestant ; elles sont confirmées par l'expérience.
Dans l'Occident, après l'inondation des barbares, les monastères ont contribué plus que tout autre moyen à la conservation de la religion et des lettres. On y suivait toujours la même tradition, soit pour la célébration de l'office divin, soit pour la pratique des vertus chrétiennes ; l'exemple des anciens servait de règle aux plus jeunes. Dès qu'il y eut des monastères, on comprit qu'il était utile d'y faire élever les enfants, pour les former de bonne heure à la piété et à la vertu; plusieurs de nos rois n'ont point eu d'autre éducation. Une des principales occupations des moines fut de copier les anciens livres et d'en multiplier les exemplaires ; sans ce travail une quantité de ceux que nous possédons aujourd'hui seraient absolument perdus. Pendant longtemps il n'y eut point d'autres écoles pour cultiver les sciences, que celles des monastères et des églises cathédrales, presque point d'autres écrivains que des moines; la plupart des évêques avaient fait profession de la vie monastique, ou avaient été élevés dans les monastères. Comme ces maisons avaient été les seuls asiles respectés par les Barbares, elles furent aussi la seule ressource des peuples sousle gouvernementféodal ; lorsque le clergé séculier eut été dépouillé et anéanti, ce qui restait des biens ecclésiastiques tomba naturellement dans les mains des moines, qui étaient devenus à peu près les seuls pasteurs. Il ne faut pas perdre de vue ces réflexions, si l'on veut découvrir la vraie source de la richesse des monastères.
Aujourd'hui l'on dit que, depuis la renaissance des lettres et le rétablissement de l'ordre public, les services des moines ont cessé d'être nécessaires, qu'ainsi leurs richesses sont déplacées et inutiles, qu'il faut donc faire rentrer dans le commerce des biens qui n'en sont sortis que par le malheur des temps. Est-ilconvenable que des hommes qui ont fait vœu die pauvreté, soient plus superbement logés que les laïques les plus opulents? La magnificence de leurs édifices semble être une insulte faite a la misère publique. Les premiers
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moines ont habité des cavernes ou des chaumières; leurs successeurs ont-ils droit de se bâtir des palais ?
Dans un dictionnaire géographique, composé selon l'esprit de, notre siècle, on ne manque jamais, en parlant d'une ville ou d'un bourg dans lequel il y a un m astére, de faire contraster la somptui lé de ce bâtiment et l'opulence qui y régne, avec l'indigence et la misère des laboureurs, d'insinuer que, s'il y a beaucoup de pauvres dans la contrée, c'est parce que les moines se sont tout approprié.
Il semble que ce voisinage fatal ait rendu tous les bras perclus, et suftise. pour tarir la fertilité des campagnes
On confirme ces profondes réflexions en comparant la richesse et la prospérité des pays dans lesquels les monastères ont été supprimés, tels que l'Angleterre, [une partie de l'Allemagne, la Hollande et les autres Etats du Nord, avec la pauvreté, l'inertie et la dépopulation de ceux où il y a des moines, tels que la France, l'Espagne et l'Italie; d'où l'on conclut qu'une des plus belles opérations politiques de notre siècle serait la destruction des monastères. Ceux qui voudront comparer ces dissertations savantes avec le Traité du fisc commun que lit Luther en 1526, pour prouver la nécessité de piller les biens ecclésiastiques, y trouveront un peu plus de décence et beaucoup plus d'esprit, mais ils y verront le même caractère.
Examinons donc de sang-froid si la richesse des monastères est, dans l'origine, aussi odieuse qu'on le prétend; si l'usage en est contraire au bien publie ; si, en dépouillant les possesseurs, on produirait les heureux effets que l'on nous promet.
1° Nous avons déjà indiqué sommairementles divers moyens par lesquels les moines ont acquis les biens qu'ils possèdent. Ils ont défriché, soit par eux-mêmes, soit par leurs colons, une grande quantitéde terres incultes.
Parmi les seigneurs qui avaient usurpé les biens ecclésiastiques, à la décadence de la maison de Charlemng"", plusieurs, touchés do remords, restituèrent aux monastères ce qu'ils
avaient'enlevé au clergé séculier, parce que les moines avaient succédé à ses fonctions lorsqu'il fut anéanti. Fleury, Bise. 2. sur l'Hist. eeclès., Mezérai, Etat de l'Eglise de France au onzième siècle; Esprit des Lois, 1. 31, c. 11.
Parla même raison, la dime leur fut accordée lorsqu'ils remplissaient lea devoirs de pasteurs; et ils ont conservé dans un grand nombre de paroisses le titre de curés primitifs.
D'autres seigneurs leur vendirent une partie de leurs terres, lorsqu'ils partirent pour les croisades. Dans les siècles où il n'y avait point d'hôpitaux ni de maisons de charité que les monastères, les particuliers qui n'avaieni point d'héritiers y laissaient leurs biens ; ils aimaient mieux les destiner ainsi au soulagement des pauvres, que de les laisser tomber par déshérence, entre les mains des seigneurs desquels ils avaient souvent eu lieu de se plaindre. Enfin, nos rois, convaincus que les monastères étaient une ressource assurée pour les besoins de leurs sujets, en fondèrent plusieurs, et les dotèrent. La sagesse de leurs vues est encore attestée par la multitude de villages et de bourgs qui se sont formés sous les murs des monastères, et qui en portent le nom.
Par là il est démontré que ces établissements ont contribué à peupler les campagnes, auparavant désertes; aujourd'hui on soutientque c'est une cause de dépopulation. L'on imagine que ces fondations n'ont eu pour principe qu'une piété ignorante e) superstitieuse, une dévotion mal entendue, un aveuglement stupide ; cette ignorance prétendue n'est-elle pas plutôt le vice des censeurs téméraires? Dans les siècles dont nosts parlons, il n'y avait point de philosophes, mais du bon «ens.
Il était impossible que des biens administrés avec une sage économie ne s'augmentassent pas de jour en jour ; quelle cause aurait pu les diminuer'.'Aucune fortunene sedétruit, à moins que la mauvaise conduite du possesseur n'y influe de près ou de loin. Or, y a-t-il des titres de possession plus légitimes (pie la culture, le salaire des services rendus au pu-
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blic, les dons accordés par des motifs de bien général, et une sage administration ?
Si l'on doutait de celle-ci, il eu existe des monuments authentiques.
« C'est par là, dit un écrivain très- » instruit, que le fameux Suger par- » vint à doubler les revenus de » l'abbaye de Saint-Denis. Les mé- » moires de cet abbé sur son admi- » nistration, son testament (qui en » présente le résultat et une espèce » de bilan, la proclamation qu'il » avait publiée en 1145, sont dans la » Collection des Historiens de France, » par Duchesne Ces pièces peuvent » former un objet d'étude très-utile » pour ceux qui ont des colonies à » établir ou à diriger. » Londres, tome 3, page 150.
Au mot Communauté, n»us avons vu que ces réflexions sont adoptées par M. de Luc, bon physicien et sage observateur. Elles sont confirmées par le suffrage d'un militaire voyageur, qui n'avait pas plus ce qu'on appelle les préjugés du catholicisme, que M. de Luc. « Les bénédictins, » dit-il, sont les premiers cénobites » qui ont adouci les mœurs sauvages » de ces conquérants barbares qui ont » envahi les débris de l'empire romain » en Europe ; ils sont les premiers » qui ont défriché les terres incultes, » marécageuses et couvertes de forêts, » de la Germanie et des Gaules. Leurs » couvents ont été l'asile des déplora- » blés restes des sciences jadis cul- » tivées par les Grecs et par les Ro- » mains ; ils ne doivent leurs riches- » ses et leur bien-être qu'à leurs bras » et à la générosité des souverains ; » il est bien juste d'en laisser jouir » leurs successeurs, sans envie, d'au- » tant plus que ce sont les religieux » du monde les plus généreux et les » moins intéressés. » De l'Amérique et des Américains, par le philosophe Ladouceur, Berlin, 1771.
Il n'est donc pas ici question d'argumenter sur le haut domaine des souverains, ni sur le droit qu'ils ont toujours de reprendre ce qu'ils ont donné, sous prétexte d'en faire une destination plus utile. A ce titre, il n'y aurait pas dans le royaume une seule famille noble qui ne pût être
légitimement dépouillée d'une bonne partie de sa fortune. Jamais on n'a tant insisté qu'aujourd'hui sur le droit sacré de la propriété; les moines sont-ils les seuls à l'égard desquels ce droit n'est plus inviolable? C'est ici le cas d'appliquer la maxime : Summum jus summa injuria.
2° Nous ne voyons pas que l'usage que font les religieux de leurs revenus soit plus préjudiciable au bien public, que celui qu'en font les séculiers. Plusieurs de leurs accusateurs sont convenus qu'ils ne les dépensent pas pour eux-mêmes, que la plupart mènent une vie frugale, modeste, mortifiée ; que deviennent donc leurs revenus? On ne les accuse point de les enfouir ni de les transporter dans les pays étrangers. Nous présumons que leurs fermiers, leurs domestiques, les ouvriers qu'ils emploient, les hôtes qu'ils reçoivent, les pauvres, les malades, les hôpitaux qui les avoisinent, en absorbent du moins une partie. Ils contribuent à proportion de leur revenu aux subsides et aux dons que le clergé fait au roi; ils exercent généreusement l'hospitalité, et ceux qui possèdent des bénéfices en titre soulagent leurs familles.
Nous avouerons, si l'on veut, qu'ils n'imitent pas en toutes choses les séculiers opulents : ils ne prodiguent pas l'argent pour entretenir de somptueux équipages, pour nourrir une légion de fainéants, pour payer largement des danseurs, des musiciens, des acteurs dramatiques, etc. Mais ils ne ruinent ni le boulanger, ni le boucher, ni le marchand, ni le tailleur; ils font beaucoup travailler, et paient leurs ouvriers. Plusieurs de nos philosophes enseignent que c'est la seule manière louable de faire l'aumône ; par quelle fatalité les moines sont-ils répréhensibles d'en agir ainsi, et de donner encore aux pauvres qui ne peuvent pas travailler.
Du moins les revenus d'un monastère sont dépensés sur le lieu même qui les produit ; s'ils étaient entre les mains d'un seigneur ou d'un financier, ils seraient mangés à Paris : où serait l'avantage pour le peuple des campagnes? Il est de toute notoriété que le très-grand nombre des abbayes
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et même des prieurés sont possédés en cornmende par des ecclésiastiques qui vivent au milieu de la société, qui en suivent le ton et les usages ; qu'une bonne partie des revenus est employée à la subsistance ou au bienêtre des familles nobles; nous ne voyons pas non plus en quoi cet usage nuit à l'intérêt public. Ce sont nos rois qui ont doté les abbayes, et ce sont eux qui les donnent.
Il est probable que si ceux qui sont jaloux des biens monastiques pouvaient s'en approprier une partie, ils se réconcilieraient avec les fondateurs; ils seraient plus indulgents que Mosheim, qui, pourvu de deux bonnes abbayes, n'a pas cessé de noircir les moines dans toute son Histoire ecclésiastique.
On nous fait remarquer le nombre des pauvres qui se trouvent autour des monastères; mais il y en a davantage, à proportion, à Paris et à Versailles ; il est naturel qu'ils se rassemblent dans les lieux où ils espèrent trouver de l'assistance ; ce fait, par lequel on veut nous faire douter de la cbarité des moines, est précisément ce qui la prouve.
La comparaison que l'on fait entre les pays dans lesquels on a détruit les monastères, et ceux dans lesquels ils subsistent encore, est-elle vraie?
Il est certain d'abord que les contrées de l'Allemagne où il n'y a plus de moines, ne sont ni plus peuplées, ni plus riches, ni mieux cultivées que celles qui ont conservé la religion catholique et les couvents; nous avons vu que M. de Luc approuve les luthériens qui ne les ont pas détruits.
Les cantons catholiques de la Suisse, qui sont dans le même cas, ne cèdent en rien, pour la fertilité ni pour la population, ans cantons protestants.
Voilà des faits positifs.
On ose écrire et répéter cent fois que la France est inculte et dépeuplée ; c'est une fausseté. Les étrangers qui viennent en France sont étonnés et souvent jaloux de la prospérité de nos provinces ; et des philosophes français, ingrats et traîtres envers leur patrie, ne rougissent pas de la calomnier aux yeux des autres nations. Il
faudrait les forcer d'aller vivre dans les pays qu'ils préconisent.
Que prouve l'inertie des Italiens et des Espagnols ? Que l'homme ne travaille qu'autant qu'il y est forcé par le besoin; que quand une terre naturellement fertile lui fournit une subsistance aisée, il n'est pas tenté de se fatiguer pour s'en procurer une meilleure. C'est pour cela que les peuples du Midi sont moins laborieux que ceux du Nord, et qu'un homme devenu riche, ordinairement ne travaille plus. En dépit de toutes les spéculations philosophiques, il en sera de même jusqu'à la lin du monde.
L'on sait d'ailleurs que la partie de l'Italie qui est la plus inculte est opprimée sous la tyrannie du gouvernement féodal.
Un écrivain, qui a beaucoup vu et beaucoup rélléchi, a prouvé qu'il n'est pas vrai que l'Espagne et le Portugal aient été ruinés par le monachisme ; qu'ils l'ont été par le nombre des nobles devenu excessif dans ces deux royaumes. Etudes de la Nature, t. 1, p. 464.
3° L'on nous vante les heureux effets qu'a produits en Angleterre la destruction des monastères, et l'on en conclut qu'elle ne serait pas moins salutaire en France. Nouveau sujet de réflexion. Nous ne parlerons point des atrocités qui furent commises à cette occasion; ce fut l'ouvrage du fanatisme antireligieux et de la rapacité des courtisans : il n'est ici question que des effets politiques.
Henri VIII, gorgé de richesses ecclésiastiques, ne s'en trouva que plus pauvre; deux ans après ces rapines, il fut obligé de faire banqueroute ; les complices de ce brigandage en absorbèrent la meilleure partie pour leur salaire. Son lils Edouard VI, sous le règne duquel on acheva de tout piller, n'en prolita en aucune manière : non-seulement il fut accablé de dettes, mais les revenus de la couronne dirai nuèreut considérablement.
Sous Elisabeth, on fut obligé de passer jusqu'à onze bils pour subvenir aux besoins des pauvres, et depuis ce temps-là il y a une taxe annuelle en Angleterre pour cet objet. Cela n'é-
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tait point lorsque les monastères subsistaient. On dit que ces asiles entretenaient la fainéantise ; nous ne voyons pas pourquoi des aumônes volontaires produisaient plutôt cet effet que des aumônes forcées, ou une taxe annuelle. Aujourd'hui les Anglais les plus sensés conviennent que leur pays n'a rien gagné à la destruction des monastères, et que la France y gagnerait encore moins.
Conversion de l'Angleterre, comparée à sa prétendue réformation, entret. 3, c. S et 7 ; Hume, Histoire de la maison de Tudor, t. 2, p. 33§ ; Londres, t. 2, p. 149; Annales littéraires et politiques, t. 1, p. î>6, etc.
« Si l'on veut, dit l'auteur des An- » noies politiques, un exemple plus » récent, on le trouvera dans la catas- » trophe des jésuites. Quels cris n'a- » t-on pas jetés contre leurs riches- » ses? Quelles masses d'or ne devait- » on pas trouver dans leurs dépouil- » les? Il semblait qu'il n'y eût pas en » Europe des trésors assez vastes pour » déposer le butin qu'on leur arra- » chait. Qu' a- t-il produit cependant?
» Les créanciers, auteurs ou prétextes » de leur désastre, ne sont pas payés ; » il est probable qu'ils ne le seront ja- » mais. » Ce qui en reste dans les provinces suffit à peine pour nourrir les hommes par lesquels on a été forcé de les remplacer.
Lorsque des spéculateurs avides dissertent sur l'usage d'une proie qui les tente, et dont ils espèrent d'enlever une partie, rien de si beau que leurs plans ; l'opération qu'ils proposent doit ramener l'âge d'or. Lorsque l'exécution s'ensuit et que les parts sont faites, chacun garde la sienne, et les projets d'utilité publique s'en vont en fumée.
On jugera sans doute que cette discussion politique est fort étrangère à la théologie ; mais enfin, l'état, les vœux, la profession monastique, tiennent essentiellement à la religion catholique qui les approuve, et qui a condamné sur ce sujet l'entêtement des protestants ; nous sommes obligé de défendre sa discipline contre les divers ennemis qui l'attaquent, et de répondre à
leurs arguments, de quelque nature qu'ils soient (1).
Bergier.
MONASTÉRIENS. V. Anabaptistes.
MONASTIQUE (Etat) ou RELI- GIEUX. On sait ce que c'est, par l'histoire que nous venons d'en faire (1).
Pour en juger avec plus d'équité que les esprits superficiels ou prévenus, il est à propos de consulter le huitième Discours de l'abbé Fleury sur Y Histoire ecclésiastique ; l'ouvrage intitulé de l'Etat religieux, Paris, 1784; le Mémoire d'un savant avocat sur l'état des Ordres religieux en France, qui a paru en 1787 ; les Vues d'un so~ litairs patriote, etc.
Nous avons déjà vu que les jugements qu'en portent les hérétiques et les incrédules sont contradictoires.
Suivant ces derniers, le christianisme est un vrai monachisme; les vertus qu'il recommande, les pratiques qu'il prescrit, le renoncement au monde qu'il conseille, ne conviennent qu'à des moines; c'est déjà nous dire assez que la profession religieuse n'est autre chose que la pratique exacte de l'Evangile. D'autre part, les protestants soutiennent que la vie monastique est directement contraire; que l'esprit de notre religion tend à nous réunir en société, nous porte à nous secourir les uns les autres, nous attache à tous les devoirs de la vie civile, au lieu que l'esprit du cloître nous rend isolés, indolents, insensibles aux besoins et aux maux de nos semblables. En attendant qu'ils se soient accordés, nous soutenons que l'état religieux est très-conforme à l'esprit du christianisme, qu'il n'est
(1) L'homr. : de bon sens et impartial donnera son adhésion à ces plaidoyers de notre théologien en faveur des moines j mais il n'en partagera pas moins la conviction de Leibnitz consistant à penser que, dans tons les temps, et aujourd'hui plus que jamais, les ordres religieux doivent avoir une utilité sociale directe et visible, résultant d'nn travail quelconque, soit matériel, soit scientifique, soit moral.
La lîoia.
(2) L'art. Monastère, qui précède venait, dan» Bergier, à la suite de l'art. Moinh, et celui-ci terminait co même article. Nous avous cru bien faire en les séparant. La Noir.
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point pernicieux, mais plutôt utile à la société.
Saint Jean nous avertit qu'il n'y a rien autre chose dans le monde, que convoitise de la chair, concupiscence des yeux, et orgueil de la vie, I. Joan., c. 2, f 16. Ce tableau n'était que trop vrai dans le temps auquel cet apôtre parlait, et il ne l'est pas moins aujourd'hui. Voilà le monde auquel Jésus-Christ nous ordonne de renoncer, duquel il dit à ses disciples : Vous n'êtes pas de ce monde, je vous ai tiré du monde, etc., et il était venu pour le réformer. Les moines ont-ils tort de s'en séparer? Ils ont renoncé aux convoitises de la chair par le vœu de chasteté et par la pratique de la mortification ; à la concupiscence desyeux, ou au désir des richesses, par le vœu de pauvreté ; à l'orgueil de la vie, par le vœu d'obéissance et par l'exactitude à suivre une règle. En quel sens cela est-il contraire à l'Evangile?
D'autre côté, il n'esi pas vrai que par ce renoncement les moines se rendent inutiles au monde et au secours de leurs semblables; il y a plusieurs manières de contribuer au bien commun, et il est permis de choisir. Jamais il ne sera inutile de prier assidûment pour nos frères, de leur donner l'exemple des vertus chrétiennes, de leur prouver que l'on peut trouver le bonheur, non en contentant les passions, mais en les réprimant. C'est la destination des moines. Toutes les fois qu'ils ont pu se rendre utiles à la société d'une autre manière, ils ne l'ont pas refusé. Déjà nous avons exposé plusieurs de leurs services, mais nous n'en avons pas fait une énnmération complète. Il y a des espèces de travaux qui ne peuvent être exécutés que par des sociétés ou de grandes communautés, pour lesquels il faut des ouvriers qui agissent de concert et qui se succèdent, comme les missions, les collèges, les grandes collections littéraires, etc. Une preuve que cela ne peut pas se faire autrement, c'est que jamais de simples laïques ne l'ont entrepris, et jamais les récompenses que les hommes peuvent donner ne feront exécuter ce qu'inspire la religion à des prêtres ou à des moines pauvres, détachés de ce monde,
pieux et charitables. Un protestant, plus sensé et plus judicieux que les autres, en est convenu dans un ouvrage très-récent. Voyez Communauté.
Même contradiction de la part de nos censeurs au sujet de la conduite des moines. Lorsqu'ils sont demeurés dans la solitude, on leur a reproché de mener la vie des ours; lorsque des révolutions fâcheuses les ont forcés de se rapprocher des villes, on a imaginé que c'était par ambition :
tant qu'ils se sont bornés au travail des mains et à la prière, on a insisté sur leur ignorance; dès qu'ils se sont livrés à l'étude, on les a Mâmés d'avoir renoncé à leur première profession, et l'on a prétendu qu'ils avaient retardé le progrès des sciences. Nos profonds raisonneurs ne pardonnent pas plus la vie austère et mortifiée dans laquelle les moines orientaux persévèrent depuis seize siècles, que le relâchement qui s'est introduit peu à peu dans les ordres religieux de l'Occident. S'ils sont pauvres, ils sont à charge au peuple ; s'ils sont riches, on opine à les dépouiller; s'ils sont pieux et retirés, c'est superstition et fanatisme; s'ils paraissent dans le monde, on dit que c'est pour s'y dissiper. Comment contenter des esprits bizarres, qui ne peuvent souffrir dans les moines ni le repos, ni le travail, ni la solitude, ni l'esprit de société, ni les richesses, ni la pauvreté?
Un écrivain récent, qui a publié ses voyages, a trouvé bon de se donner carrière sur ce sujet. « Dans toutes » les religions, dit-il, l'on a vu des » enthousiastes s'isoler dans les dé- » serts, passer leur vie dans les mor- » tifleations et les prières; mais cette n pieuse effervescence ne fut pas de » longue durée. Les descendants de » ces pieux anachorètes se rapprot chèrent bientôt des villes, et pa- » raissant ne s'occuper que de Dieu, » leurs regards se porlèrent avide- » ment sur la terre; ils voulurent » être honorés, puissants et riches, » quoiqu'ils affectassent le mépris des » grandeurs, le désintéressement et » l'humilité la plus profonde. S'ils re- » cueillaient de brillants héritages, ce » n'était que pour empêcher qu'ils ne » tombassent en des mains profanes,
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» ou pour faciliter aux hommes le » moyen de gagner le ciel par l'exer- » cice de la charité. S'ils bâtissaient « des palais superbes, ce n'était pas » pour se loger d'une manière agréa- » ble, mais pour laisser un monu- » ment de la piété généreuse de leurs » bienfaiteurs. Et comment ne pas les » croire? Ils avaient l'extérieur sipé- » nitent, leur mépris pour les jouis- » sances passagères de ce monde pa- » raissait être de si bonne foi, qu'on » les voyait se livrer à toutes les dou- » eeurs de la vie, sans se douter qu'ils » en eussent l'idée : tels ont été les » ministres de toutes les religions. »
Cette tirade satirique, assez déplacée dans une histoire de voyage, n'est fondée que sur une ignorance affectée des faits que nous avons établis; mais l'auteur l'a jugée nécessaire pour donner plus de mérite à sa relation, en la conformant au goût de ce siècle.
1° Ce qu'il dit ne peut tomber que sur les ordres religieux de l'Occident, puisqu'il est incontestable que depuis seize cents ans les moines orientaux mènent une vie aussi austère, aussi retirée et aussi pauvre que dans leur origine. A peine peuton citer dans tout l'Orient et dans l'Egypte quelques monastères riches ou bien bâtis. Ce ne peut donc pas être l'appât d'une vie commodo qui engage les Grecs, les cophtes, les Syriens, les Arméniens ni les nesto riens, à embrasser la vie monastique.
Les voyageurs nous attestent qu'ils ont retrouvé parmi ces moines la discipline primitive établie par les fondateurs. Il n'est pas moins certain que ce furent les massacres comm/s par les Barbares dans les déserts de le Thébaïde, qui forcèrent les moines à se réfugier dans les villes. On ne peut pas nier que quand les évèques ont choisi des moines pour collègues, et que les peuples ont désiré de les avoir pour pasteurs, ils n'y aient été engagés par le mérite personnel et par les vertus de ceux sur lesquels on jetait les yeux. Cet usage persévère encore dans tout l'Orient, et lorsqu'un moine est élevé à l'épiscopat, â peine change-t-il quelque chose dans sa façon de vivre. Voilà
déjà une grande partie du monde chrétien, dans laquelle la censure de notre voyageur philosophe se trouve absolument fausse.
2° De même que dans l'Egypte la vie monastique a commencé à l'occasion des persécutions, ce sont les ravages causés par les Barbares qui l'ont fait naître, et qui ont multiplié les monastères dans l'Occident. Les moines ne se sont rapprochés des villes que quand le clergé séculier fut presque anéanti, et quand les peuples eurent besoin d'eux pour recevoir les secours spirituels. Plusieurs monastères, bâtis d'abord dans les lieux écartés, sont devenus des villes, parce que les peuples s'y réfugièrent dans les temps malheureux.
Comment se sont-ils enrichis? Par la quantité des terres incultes qu'ils ont défrichées, par la multitude des colons qu'ils ont rassemblés, par les restitutions des grands qui avaient pillé les biens ecclésiastiques, par la dime qui leur a été accordée lorsqu'ils servaient de curés et de vicaires, par les dons volontaires des riches, lorsque les monastères étaient les seuls hôpitaux et les seules ressources contre la misère publique.
Il n'a donc pas été nécessaire que les moines employassent l'hypocrisie, les fraudes pieuses ni la superstition, pour amasser des richesses; on leur donnait sans qu'ils demandassent, parce que la charité n'avait pour lors point d'autre moyen de s'exercer, et que les moines étaient les seuls ministres de charité. Quand on veut blâmer ce qui s'est fait dans les différents siècles, il faut commencer par en étudier l'histoire, et voir quelles ont été les vraies causes des événements.
3° Ces richesses ne pouvaient pas manquer d'introduire le relâchement dans les monastères ; mais d'autres causes y ont contribué : les pillages fréquents qu'ils ont essuyés ont eu des suites plus fâcheuses pour les mœurs que la possession paisible de leuis biens. Toutes les fois que ce malheur est arrivé, le peuple a cessé d'avoir pour les religieux le même respect et la même confiance; ce n'est pas dans les temps de relâche-
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ment qu'il a été tenté de leur faire des dons; jamais il n'a eu pour eux d'estime qu'à proportion de l'utilité qu'il en retirait, et de la régularité qu'il voyait régner parmi eux. 11 suffit de considérer sa conduite actuelle pour en être convaincu.
4° Le trait lancé par l'auteur contre les ministres de toutes les religions mérite à. peine d'être relevé. C'est une absurdité de vouloir nous donner des moines du christianisme la même idée que des bonzes de la Chine, des faquirs de l'Inde, des talapions siamois et des derviches mahométans.
A-t-on vu, parmi ceux-ci, les mômes vertus par lesquelles un grand nombre de moines se sont distingués ; et ont-ils jamais rendu à la société les mêmes services? (1) Dans un moment, nous répondrons au reproche d'inutilité que l'on fait à l'état monastique.
Mais les protestants sont allés plus loin; ils soutiennent qne cet état est par lui-même contraire à l'esprit du christianisme. 1° Jésus-Christ, disentils, commande principalement^ à ses disciples l'union et la charité; les moines, au contraire, veulent s'isoler et ne vivre que pour eux; ils fuient le monde, sous prétexte d'en éviter la corruption, et saint Paul nous enseigne que ce n'est point là un motif légitime de s'en séparer, I Cor., c. 5, f 10. L'Evangile ne commande
(1) Le bouddhisme n'est qu'un monachisme très développé (V. Bouddhisme), et il faut reconnaître que ce monachisme a rendu les plus grands services à l'immense société brahmanique, en minant chez elle, parla racine et pacifiquemimit, le régime des castes. Les vertus humaines des lamas, par exemple, telles que les décrit le P. Hue dans sou Voyaye au Thibet, sont admirables. Quel tort fait-on aux vertus des moines chrétiens en rendant cette justice aux vertua des lamas ? Le tout ne vient-il pas de Dieu l'inspirateur de tout bien ? Qu'un acte de bienfaisance soit inspiré par une maxime évangéliqne ou par une propension de la raison e)c de la conscience, qui sont radicalement bonnes, n'étant rendues mauvaises que par les circonstances extérieures, les motifs d'intérêt, et le reste, en sera-ce moins un acte de bienfaisance, un acte de bonté ? L'un peut mériter pour ce que nous appelons le ciel en Jésus-Christ, l'autre ne mériter que pour ce qne nous appelons le ciel naturel (V. nos articles dépendant du mot Dsmeujiks éternelles), ; mais ils n'en Bout pas moins l'un et l'antre ce qu'ils sont en soi, c'est-à-dire quelque chose de bon venant de Dieu, la source de toute boulé.
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point les mortifications, Jésus-Christ n'en a pas donné l'exemple ; elles peuvent nuire à la santé et abréger la vie, c'est une espèce de suicide lent et cruel. Lorsque saint Basile a recommandé aux moines un extérieur triste, négligé, dégoûtant, il a oublié que Jésus-Christ a défendu à ceux qui jeûnent de paraître tristes comme des hypocrites, Matth., c. 6, f 16.
Saint L'aul décide que celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger, II Thess.,cwp. 3, f 10; et la vie monastique est une profession publique d'oisiveté.
La méthode ordinaire des protestants est de chercher dans l'Ecriture sainte ce qui parait favorable à leurs opinions, et de passer sous silence tout ce qui les condamne.
Jésus-Christ répète souvent à ses disciples qu'ils ne sont pas de ce monde, que le monde les haïra, qu'il les a tirés du monde, Joan., c. 15, f 19; c. 17, f 14, etc. Saint Pierre lui dit : « Nous avons tout » quitté pour vous suivre, » Matth., c. 10, jr 17. Saint Jean dit à tous les fidèles : « N'aimez point le monde, » ni ce qu'il renferme : celui qui » l'aime n'aime pas Dieu, etc. »
Uoan., c. 2, ^ 15, etc. Dans le passage que l'on nous objecte, saint Paul dit que s'il fallait se séparer de tous les hommes vicieux, il faudrait sortir de ce monde ; cela n'est ni possible ni permis à ceux qui tiennent à la société par des fonctions, des devoirs, des ministères publics ouparticuliers qu'ils doivent remplir :
mais s'ensuit-il que ceux qui en sont exempts n'ont pas droit de profiter de leur liberté, lorsqu'ils sentent qu'il y a pour eux du danger à demeurer dans le monde ?
D'ailleurs, nous ne voyons pas en quel sens un homme qui se destine à vivre en communauté avec plusieurs autres, et à leur rendre tous les services qu'exige ce genre de vie, veut être isoié et ne vivre que pour lui. Une des meilleures manières d'exercer la charité envers nos semblables, est de leur donner bon exemple, de leur montrer ce que c'est que la vertu, c'est-à-dire ht force do l'âme, jusqu'où eïle peut aller, et
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de quoi l'homme est capable lorsqu'il veut se faire violence. Or, c'est la h cm que les moines, fidèles à leurs engagements ont donnée dans tous les temps. Ils ne se sont pas bornés à prier pour les autres, mais ils ont consenti à quitter la solitude, et à leur rendre service toutes les fois qu'il a été nécessaire. Saint Antoine en sortit deux fois pendant sa vie ; la première, pendant la persécution de Maximin, pour assister les fidèles exposés aux tourments ; la seconde, pendant les troubles de l'hérésie d'Arius, pour rendre un témoignage public de sa foi. Où est donc ici le défaut de charité chrétienne ?
Les protestants nous en imposent, lorsqu'ils disent que Jésus-Christ n'a donné ni leçons, ni exemples de mortifications. Nous avons déjà remarqué qu'il a loué la vie solitaire, pénitente , austère de saint Jean- Baptiste; il dit de lui-même qu'il n'avait pas où reposer sa tête, Luc, c. 9, f 58. Il ne tenait qu'à lui de vivre plus commodément, puisqu'il disposait souverainement de toute la nature. Saint Paul a loué de même la vie solitaire et mortifiée des prophètes; Hebr., c. 11, Jr 37 et 38 : Il dit : « le châtie mon corps et le réduis » en servitude, etc. »I Cor., c. 9, y 27.
« Nous portons toujours sur notre » corps la mortification de Jésus- ■ » Christ, afin que sa vie paraisse en » nous. » II Cor., c. 4, f 10. Selon le témoignage de Tertullien, les premiers chrétiens vivaient de même.
Voyez Mortification.
L'exemple des anciens moines n'est pas propre à nous persuader que la vie austère est contraire à la santé, et abrège nos jours. Saint Paul, premier ermite, après avoir passé quatrevingt-dix ans dans l'exercice de la pénitence, mourut à l'âge de cent quatorze ans ; et saint Antoine parvint à l'âge de cent six. Il y a plus de vieillards à la Trappe et à Sept- Fonts que dans aucun autre état de la vie à proportion. Lorsque saint Basile a voulu que les moines eussent un extérieur mortifié et pénitent, il n'a pas entendu qu'ils l'affecteraient par vanité, comme les hypocrites dont parle Jésus-Christ; un motif
vicieux suffit pour rendre criminelles les actions les plus louables.
Quant à l'oisiveté prétendue des moines, nous répondons qu'il y a des travaux de plusieurs espèces. Prier, lire, méditer, chanter les louanges de Dieu, rendre des services à ses frères, vaquer aux différents offices d'une maison, c'est être occupé; et ce genre de vie est plus laborieux que celui de la plupart des censeurs qui le blâment. Voyez Oisif, Oisiveté.
2° Cependant l'on s'obstine à dire que les moines sont inutiles au monde.
Nous avons observé, au contraire, que la plupart des ordres religieux ont été institués par des motifs d'utilité publique, et que dans les différents siècles ils ont rendu en effet les services que l'on en attendait. Les religieux hospitaliers, ceux qui se destinent aux missions, les bénédictins, célèbres par leurs recherches savantes, les religieux de la rédemption des captifs, ceux qui se chargent de l'enseignement, ceux qui prêtent leurs secours aux pasteurs dans les provinces où le clergé est peu nombreux, sont non-seulement très-utiles, mais nécessaires, et il en est peu qui ne soient employés à quelques-unes de ces fonctions.
Les hôpitaux, les maisons de correction, les asiles destinés aux vieillards ou aux orphelins, les collèges et les séminaires, ne peuvent être constamment et utilement desservis que par des hommes qui vivent en communauté, et animés par les motifs de charité et de religion. Que ces maisons soient séculières ou régulières, que les membres qui les composent demeurent libres d'en sortir, ou soient liés par des vœux, qu'importe au public, pourvu qu'ils remplissent fidèlement leurs devoirs? Toujours fautil que leur état soit stable ; il y aurait de la cruauté à renvoyer, dans l'âge avancé ou dans l'état d'infirmité, des sujets qui ont employé leur jeunesse et leurs forces au service de la société.
N'envisageons, si l'on veut, que l'intérêt politique. Chez les nations corrompues par le luxe, ii est trèsutile de faire subsister un grand nombre d'hommes avec le moins de
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dépenses qu'il' est possible; or, il en coûte beaucoup moins pour entretenir vingt hommes ensemble, que si on les séparait en trois ou quatre ménages. Il faut qu'il y ait au moins quelques états dans lesquels on puisse retrancher les superfluités du luxe, vivre avec frugalité et avec une sage économie. Il y a des personnes disgraciées par la nature, maltraitées par la fortune, flétries par des malheurs, qui traîneraient une vie misérable au milieu de la société ; il est bon qu'elles aieat une retraite où elles puissent passer leurs jours dans le repos et dans l'obscurité. N'est-il pas de l'humanité de laisser à tout particulier la liberté d'embrasser le genre de vie qui lui plait davantage, qui s'accorde le mieux avec son goût et avec son intérêt présent, lorsque la société n'en soutire pas? Mais l'humanité dont nos philosophes font parade n'est pas leur vertu favorite ; s'ils étaient les maîtres, ils asserviraient impérieusement à leurs idées le monde entier.
3° Il est impossible, disent ces censeurs rigides, que le relâchement ne s'introduise {bientôt dans les ordres religieux; sans cesse il faut de nouvelles réformes, et en fin de cause elles n'aboutissent à rien; de tout temps les moines ont été le scandale de l'Eglise.
On peut persuader ce fait aux ignorants, mais non à ceux qui savent l'histoire : nous soutenons au contraire que dans tous les siècles il y a eu des religieux très-édifiants, et que dans les temps môme les plus décriés ils ont encore fait plus de bien que de mal. Depuis quinze cents ans, l'on n'a remarqué presque aucun relâchement chez les momes orientaux ; ils sont encore tels qu'ils ont été institués, et toujours également attachés à la règle de saint Basile ou à celle de saint Antoine. Depuis sept siècles, les chartreux n'ont pas eu besoin de réforme. La plupart de celles qui ont été faites dans les autres ordres ont eu un seul homme pour auteur; où est donc l'impossibilité de corriger ceux qui en ont besoin ? Nous n'avons vu aucun ordre religieux se révolter contre les nouveaux règlements qu'on
leur a faits ; ceux mêmes que l'on a supprimés ont obéi sans résistance ; nous cherchons vainement parmi eux l'esprit inquiet, brouillon, séditieux, dont on les accuse. Lorsque les protestants ont voulu les détruire, il a fallu commencer par les calomnier, et l'on poussa la tyrannie jusqu'à leur faire signer les accusations atroces que l'on forgeait contre eux. Voyez la Conversion de l'Angleterre, comparé?
avec sa prétendue réformation, troisième entretien, c. 5.
Si aujourd'hui il y a beaucoup de relâchement parmi les religieux, ils ont cela de commun avec tous les autres états de 1? société. Eu peut-on citer un seul dans lequel la décence, la régularité des mœurs, les vertus soient les mêmes qu'elles étaient dans le siècle passé? Lorsque la corruption est générale, tous les états s'en ressentent; mais ce n'est pas aux principaux auteurs du mal qu'il convient de le déplorer et de l'exagérer.
4° L'on ne cesse de répéter que les ordres mendiants sont une charge onéreuse au public, et que les autres sont trop riches; que les premiers emploient la séduction, les fausses dévotions, les fraudes pieuses, pour extorquer des aumônes; que les uns et les autres contribuent à la dépopulation du royaume.
Mais nous avons de la peine à concevoir en quel sens les mendiants sont à charge à ceux qui ne leur donnent rien, et nous ne connaissons encore aucune taxe qui ait été faite pour forcer le peuple à les nourrir.
Au mot Mendiant, nous avons fait remarquer qu'il y a dans toute l'Europe une autre espèce de mendicité beaucoup plus odieuse que la leur, et contre laquelle personne ne dit rien.
Quant aux dévotions vraies ou fausses, il n'appartient pas d'en juger à ceux qui n'ont plu*; de religion, et qui pensent que tout acte de piété est une superstition. Il s'est glissé des abus dans plusieurs maisons religieuses, nous en convenons; mais l'Eglise a toujours cherché et cherchera toujours à les réprimer.
A l'article Célibat, nous avons démontré par des faits, par des comparaisons, par des calculs incoutesta-
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blés, qu'il est faux que le célibat ecclésiastique et religieux soit une cause de dépopulation.
Leibnitz, philosophe protestant et bon politique, n'a blâmé ni l'institut, ni la multitude des ordres religieux; il voudrait seulement que la plupart fussent occupés à l'étude de l'histoire naturelle ; c'est alors, dit-il, que le genre humain ferait les plus grands progrès dans cette science. Esprit de Leibnitz, t. 2, pag. 33.
Nous savons très-bien qu'aux yeux des dissertateurs politiques le grand crime des moines rentes est dans les richesses qu'ils possèdent; il nous reste à examiner ce grief.
MONDAIN. Dans les écrits des moralistes et des auteurs ascétiques, ce terme signifie une personne livrée avec excès aux plaisirs et aux amusements du monde, et asservie à tous les usages de la société, bons ou mauvais; et ils appellent affections mondaines, les inclinations qui nous portent à violer la loi de Dieu. Saint Pierre exhorte les fidèles à fuir la convoitise corrompue qui règne dans le monde, II Pétri, c. 1,^4. «N'ai- » mez pas le monde, leur dit saint » Jean, ni tout ce qu'il renferme ; » celui qui l'aime n'est pas aimé de » Dieu. Dans le monde tout est con- *> cupiscence de la chair, convoitise » des yeux, et orgueil de la vie ; tout » cela ne vient pas de Dieu. Le » monde passe avec toutes ses con- » voitises, mais celui qui fait la vo- » lonté de Dieu demeure éternelle- » ment. » I Joan., c, 2, f 15.
Le but de ces leçons n'estpoint de nous détacher des affections louables, des devoirs, ni des usages innocents de la vie sociale, mais de nous préserver de l'excès avec lequel .
plusieurs personnes s'y livrent, et de l'oubli dans lequel elles vivent à l'égard de leur salut.
Bergier.
MONDE (physique du). C'est la manière dont le monde est construit et a commencé d'être. L'Ecriture sainte nous apprend que Dieu a créé et arrangé le monde tel qu'il est, qu'il l'a
fait dans six jours, quoiqu'il eût pu le faire dans un seul instant et par un seul acte de sa volonté.
Cette narration, qui suffit pour nous inspirer le respect, la soumission, la reconnaissance envers le Créateur, n'a pas satisfait la curiosité des philosophes; ils ont voulu deviner la manière dont Dieu s'y est pris, et la matière qu'il a mis en usage; ils ont forgé des systèmes à l'envi, et ne se sont accordés sur aucun. Descartes avait bâti l'univers avec de la poussière et des tourbillons (I); Burnet plus modeste, se contenta de donner la théorie complète de la formation de la terre ; Woodward, mécontent de cette hypothèse, prétendit que le globe avait été mis en dissolution et' réduit en pâte par le déluge universel; Wisthon imagina que la terre avait été d'abord une comète brûlante, qui fut ensuite inondée et couverte d'eau par la rencontre d'une autre comète. Buffon, après avoir réfuté toutes ces vi&ion-s, et s'être moqué des physiciens, qui font promener les comètes à leur gré, a eu recours à un expédient semblable pour construire à son tour la terre et les planètes.
Il suppose qu'environ soixantequinze mille ans avant nous, une comète est tombée obliquement sur le soleil, adétaché lasixcent cinquantième partie de cet astre, et l'a poussée à trente millions de lieues de distance ; que cette matière brûlante et liquide, séparée en différentes masses roulantes sur elles-mêmes, a formé les divers globes que nous appelons la terre et les planètes. Il a fallu, selon Buffon, deux mille neuf cent trentesix ans pour que cette matière vitreuse, brûlante et liquide, acquît de la consistance, fût consolidée jusqu'à son centre, formât un globe aplati vers les pôles, et plus élevé sous son équateur. C'est ce que notre grand naturaliste appelle la première époque de la nature.
(1) C'est ainsi qu'on jugeait, an temps de Bergier, avec quelques mots jetés à la légère, les magnifiques conceptions de Descartes et de Malebranche, desquelles on est rapproché aujourd'hui par les découvertes sur la lumière et les fluides impondérables. Voyez nos articles sur ces matières de notre théologie mixte. (Table générale, sect. théol. scient.)
La Noir.
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La seconde a duré trente-cinq mille ans, et c'est le temps qu'il a fallu pour que le globe perdit assez de sa chaleur pour y laisser tomber les vapeurs et les eaux dont il était environné. Mais, par le refroidissement, il s'est formé à sa surface des cavités et des boursoutlures, des inégalités prodigieuses; c'est ce qui a produit les bassins des mers et des hautes montagnes dont la terre est hérissée.
Excepté leur sommet, la terre se
trouva pour lors entièrementeouverte d'eau.
Pendant une troisième époque d'environ quinze à vingt mille ans, les eaux qui couvraient la terre et qui étaient dans un mouvement continuel, ont^ formé dans leur sein d'autres chaînes de montagnes postérieures à celles de la première formation, et ont déposé dans leurs diliérentes couches l'énorme quantité de coquillages et de corps marins que l'on y trouve.
A la quatrième époque les eaux ont commencé à se retirer, et alors les feux souterrains et les volcans ont joint leur action à celle des eaux pour bouleverser la surface du globe ; le mouvement des eaux d'orient en occidenta rongé toutes les côtes orientales de l'Océan, et comme les pôles ont été découverts et refroidis plus tôt que le terrain placé sous l'équateur, c'est dans le Nord que les animaux terrestres ont commencé à naître et à se multiplier.
Le commencement de la cinquième époque date au moins de quinze mille ans avant nous, pendant lesquels les animaux, nés d'abord sous les pôles, se sont avancés peu à peu dans les zones tempérées, et ensuite dans la zonetorride, à mesure que la terre se refroidissait sous Téquateur; et c'est là que se sont fixées les espèces de grands animaux qui ont besoin de beaucoup de chaleur.
La sixième époque est arrivée lorsque s'est faite la séparation de notre continent d'avec celui de l'Amérique, et que se sont formées les grandes iles que nous connaissons. LSuil'on place cette révolution à environ dix mille ans avant notre siècle.
Un système aussi vaste et aussi hardi, exposé avec tout l'avantage
d'une imagination brillante et d'un style enchanteur, ne pouvait manquer de séduire d'abord les esprits superficiels. Aussi l'a-t-on vanté comme une hypothèse qui explique tous les phénomènes et satisfait à toutes les difficultés.
Mais ce prestige n'a pas été de longue durée. Parmi plusieurs physiciens qui ont attaqué avec succès le système de Buffon, les auteurs d'un grand -ouvrage, intitulé tu Physique du monde, ont réfuté cette même hypothèse dans toute son étendue ; ils en ont détruit les principes et les conséquences. Ils ont prouvé :
1° Que, selon les lois de la physique les plus incontestables, une comète n'a pas pu tomber sur le soleil, en détacher la six cent cinquantième partie, la pousser à une aussi énorme distance, en former divers globes placés comme ils le sont, que la force d'attraction, dont Buffon fait usage pour donner de la solidité à une matière fluide, est une force supposée gratuitement ; qu'elleest inconcevable et insuffisante.
2<> Qu'il n'est pas vrai que la matière primitive de notre globe soit du verre ; que plusieurs des substances dont il est composé ne sont point vitrifiables; que, pourdevenirunehoule aplatie sous les pôles et gonflée suus l'équateur, il n'a pas été nécessaire que celte matière fût liquide ou en fusion, mais seulement flexible, comme elle l'est en effet.
3» Que le simple refroidissement d'une matière vitreuse n'a pas pu y produire les inégalités dont la surface du globe est hérissée; que les vapeurs, ni les eaux de l'atmosphère, n'ont pu tomber sur la terre avec assez de violence pour y produire les effets supposés par buffon ; que les progrès du refroidissement de la terre, tels qu'il le conçoit, portent sur un faux calcul.
4° Ajoutons que la différence admise par Buffon entre les montagnes primitives et les montagnes secondaires n'est pas juste; il suppose que les premières sont toutes de matière vitreuse, et se sont formées par les crevasses qui se sont faites surle globe, lorsqu'il a passé d'une extrême chaleur à l'état de refroidissement : or,j
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cela n'est pas ainsi, et le contraire est prouvé par des observations certaines. Il n'est pas vrai que toutes ces montagnes primitives soient composées de matières vitrescibles, et i i ■ les montagnes secondaires soient do matière calcaire ; que les unes soient construites de blocs de pierres jetées au hasard, les autres posées par couches horizontales ; les unes absolument privées de corps marins, lesautresrempLjes de coquillages, etc.
Cotte construction n'est point du tout uniforme.
'6° Le mouvement général des eaux d'orient en occident cet faussement supposé, et il est contraire à toutes 1 >s lois connues du mouvement. Les physiciens dont nous parlons ont observé que sur ce point Buifon se contredit; tantôt il dit que les côtes orientales de l'Océan sont les plus escarpées, et tantôt que ce sont les côtes occidentales; sa théorie sur le mouvement des eaux, est absolument contraire à toutes les observations.
Vfjlji :Z MhR.
6° Ils ont fait voir que la naissance spontanée des animaux terrestres, des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames, sous la zone glaciale, n'est qu'un rêve d'imagination. « Le » système des molécules organiques » vivantes et des moules intérieurs, » créé par Iiulfou, n'a plus de parti- » sans ni d'adversaires : son sort est » irrévocablement décidé. Les coups » que lui ont portés les Haller, les » Bonnet, et tant d'autres physiciens, » ont fixé l'opinion de tous les esprits.
» On ne croit pas plus aujourd'hui » aux générations spontanées qu'aux » vampires et à la production des » abeilles dans le corps d'un taureau.»
C'est ainsi qu'en pense M. de Marivetz.
Point de génération sans germes (1 :
or, où étaient les germes de l'espèce humaine et des animaux dans une masse de verre brûlant, et qui a demeuré dans cet état pendant soixantequinze mille ans, selon le calcul de Buifon? Les molécules organiques vivantes et les moules intérieurs pou-
(\)\Yoyez Génération et Générations spontanées. Le Nom.
vaient-ils mieux y subsister que des germes?
7° Conçoit-on que les poissons et les coquillages aient pu naître et se multiplier à l'infini dans le sein de la mer plusieurs milliers d'années avant que la terre fût assez refroidie pour que les animaux de la zone torride pussent vivre près du pôle ? Car enfin Buifon ne place la naissance des animaux terrestres qu'à la quatrième époque, et il a fallu que les coquillages fussent déjà formés à la troisième, pour être déposés dans le sein des montagnes où ils se trouvent aujourd'hui. Alors les eaux de la mer devaient encore être au degré de chaleur de l'eau bouillante : ce degré n'était pas fort propre à favoriser la naissance dos coquillages et despoissons. Le froid leur convient beaucoup mieux, puisque c'est dans la mer Glaciale que se trouvent les plus grands.
8° M. de Marivetz observe que Buffon ne donne aucune cause satisfaisante de la séparation des deux continents, ni de la naissance des grandes iles ; que la marche qu'il fait suivre aux animaux est "mal conçue et contraire à la vérité. Il conclut que ce grand naturaliste, entraîné par la chaleur de son imagination, n'a consulté ni les lois de la physique, ni l'expérience, ni la marche de la nature (1).
Toutes ces preuves de la fausseté du système de Buifon sont confirmées par les savantes observations de M. de Luc sur la structure du globe, et en particulier sur la construction des grandes chaînes de montagnes de l'Europe, telles que les Alpes, les Pyrénées, l'Apennin, et celles qui s'étendent depuis les Alpes jusqu'à la mer Baltique. On voit, par ses Lettres
(1) Ce n'est pas assurément l'hypothèse de Btiffon, cousidérée dans son développement, qui triomplio duos la science aujourd'hui ; niais cette hypothèse a la gloire d'avoir préludé à la science géologique moderne, et d'avoir, en quelque sorte, prophétisé a priori certaines de ses découvertes. Tontes ces sortes d'articles de Bergh r ne sont point au niveau du progrès scientifique moderne. Voyez Ages
COSMOLÛGIQUES... GÉOLOGIQUES... PAI.É0NT0L0GIQUE3.
et tous nos articles sur la cosmologie et la géologie.