‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 29 sur 122 · I.e Nom · texte numérisé non relu

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sur l'Histoire de la terre et de l'homme, combien les réflexions d'un physicien qui a beaucoup vu et qui a tout examiné avec attention, sont supérieures aux conjectures d'un philosophe qui médite dans son cabinet.

M. de Luc n'admet aucune des suppositions de Bull'on, savoir, que J le soleil est une masse de matière fondue et ardente, que les planètes en ont été tirées par le choc d'une comète, que la terre a été d'abord un globe de verre fondu; il attaque même directement cette dernière hypothèse. De ce que tout est vitrescible dans notre globe, et peut être réduit en verre par l'action du feu, il ne s'ensuit pas que tout ait été vitrifié en effet, puisqu'il n'y existe point de verre que celui qui a été fait artificiellement ; on n'y trouve aucune matière qui soit absolument vitreuse, ou qui soit réellement du verre ; il y en a même plusieurs qui ne peuvent être réduites en verre par leur mélange avec d'autres corps. Il prouve que la chaleur de notre globe augmente plutôt qu'elle ne diminue.

Il fait voir par la manière dont sont construites les haules Alpes, montagnes primordiales, s'il en fut jamais, qu'il est faux que le globe ait jamais éprouvé une vitrification universelle. L'on trouve dans leur sein différentes espèces de pierres ; des matières calcaires, aussi bien que des matières vitrescibles; il en est de même dans les autres chaînes de montagnes. Il y en a dont le noyau est de matière vitrescible recouverte par des matières calcaires; d'autres sont construites d'une manière tout opposée. Il est faux qu'en général il ne se trouve point de coquillages ni de corps marins dans les montagnes formées de matières vitrescibles ; il est seulement vrai qu'ils y sont beaucoup plus rares que dans les montagnes construites dematières calcaires.

Voyez Montagnes.

11 soutient qu'aucun fait ne prouve que la quantité des eaux diminue, ni que la mer ait jamais changé de lit par une progression insensible. Si elle en avait changé, il aurait fallu que l'axe de la terre changeât, et cela n'est point arrivé. Il est faux

que la mer mine les côtes orientales des deux mondes. L'ou peut expliquer par l'histoire du déluge universel la plupart des phénomènes sur lesquels les physiciens se fondent, beaucoup plus aisément que par les suppositions arbitraires auxquelles ils ont recours. Voyez Mer.

De toutes ces observations M. de Luc conclut que la Genèse est la véritable histoire du monde; que plus on examine la structure de notre globe, mieux on sent que Moïse avait été instruit par révélation.

Le dessein de cet historien n'était certainement pas de nous enseigner la physique, mais de nous transmeltre les leçons que Dieu lui-même avait données à nos premiers parents; jusqu'à présont néanmoins les philosophes ne sont pas venus à bout de détruire aucune des vérités qu'il a écrites. Les livres saints nous disent que Dieu a livré le monde aux disputes des raisonneurs ; mais ils nous apprennent aussi quel sera le succès de toutes leurs spéculations. « Depuis » le commencement du monde jus- » qu'à la fin, l'homme ne trouvera » pas ce que Dieu a fait, à moins » que Dieu lui-même n'ait trouvé bon » de le lui révéler. » Eed.,c. 3, ^ 11.

L'histoire de la création nous représente Dieu comme un père qui, en fabriquant le monde, n'est occupé que du bien de ses enfants, qui ne fait parade ni de son industrie, ni de sa puissance, qui ne pense qu'à les rendre heureux et vertueux. Parmi les philosophes, les uns veulent se passer de Dieu et prouver que le monde a pu se former tout seul ; les autres, plus sensés, nous font admirer sa sagesse et sa puissance, mais ils oublient de nous faire aimer sa bonté. Ils veulent que Dieu ait agi par les moyens les plus simples et les plus courts, comme s'il y avait des moyens longs ou compliqués à l'égard d'un ouvrier qui opère par le seul vouloir ; le degré de leur intelligence est la mesure de celle qu'ils prêtent à Dieu. Il nous parait mieux de nous en tenir à ce qu'il a daigné nous révéler.

Pendant que d'habiles physiciens admirent la sagesse de la narration

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de Moïse, quelques incrédules demisavants prétendent qu'elle est absurde, et s'efforcent de jeter du ridicule sur toutes ses expressions. Celse, Julien, les manichéens, ont été leurs prédécesseurs; Origène, saint Cyrille, saint Augustin dans ses Livres sur la Genèse, ont répondu à leurs objections. Nous n'en copierons que quelques-unes; on en trouvera d'autres aux mots Cataracte, Ciel, Jour, etc.

l re Objection. Le premier verset de la Genèse porte : Du commencement les Dieux fit le ciel et la terre; voilà une manière préexistante et plusieurs dieux clairement désignés. C'est une imitation de la cosmogonie des Phéniciens.

Réponse. L'hébreu porte, bereschit, au commencement; et c'est ainsi que l'ont entendu les paraphrastes chaldéens et les Septante. La préposition be signifie dans, et non de; reschit n'a jamaisdésigné la matière. Elohim, nom de Dieu, quoique pluriel, est joint à un verbe singulier, il ne désigne donc pas plusieurs dieux; il est construit de même dans tout ce chapitre et ailleurs. D'autres termes hébreux, malgré la terminaison du pluriel, n'expriment qu'un seul objet; chaim, la vie; maim, l'eau; phanim, la face; schammaim, le ciel ; adonim, seigneur; bahalim , un faux dieu.

Souvent les Hébreux disent, Jehovah elohim, le Dieu qui est : titre incommunicable, consacré à exprimer ,1e vrai Dieu. Le pluriel se met pour augmenter la signification, et alors il équivaut au superlatif; Elohim est le Très-Haut : les poètes latins font souvent de même. Moïse fait ainsi parler Dieu : « Sachez que je suis le » seul Dieu, et qu'il n'y en a point » d'autre que moi. » Deut., c. 32, $ 39. Et Isaïe : « J'ai fait seul l'im- » mensité des cieux, et par moi seul » j'ai formé l'étendue de la terre, »

c. 45, f 24. Les Phéniciens n'ont jamais fait une profession de foi semblable. Dans leur cosmogonie rapportée par Sanchoniaton, il n'est question ni d'un Dieu, ni de plusieurs dieux pour faire le monde. Eusèbe a remarqué que c'est une profession d'athéisme ; mais on prétend que le traducteur grec l'a mal rendu.

2 e Objection. Dire que Dieu a fait le ciel et la terre, est une expression ridicule. La terre n'est qu'un point en comparaison du ciel ; c'est comme si l'on disait que Dieu a créé les montagnes et un grain de sable. Mais cette idée si ancienne et si fausse, que Dieu a créé le ciel pour la terre, a toujours prévalu chez les peuples ignorants, tels qu'étaient les Juifs.

Réponse. L'expression de Moïse prévaut encore et prévaudra toujours, même chez les savants, en dépit de l'esprit chicaneur des incrédules.

Selon l'énergie de l'hébreu, au commencement Dieu créa schammaim, ce qui est le plus élevé au-dessus de nous, et erts, ce qui est sous nos pieds; où est le ridicule, sinon dans la censure d'un critique qui n'entend pas seulement la signification des termes?

Il ne sert de rien à l'homme de connaître l'immensité du ciel et le système du monde ; mais il lui est trèsutile de savoir qu'en le créant Dieu a pourvu au bien-être des habitants de la terre : cette réflexion nous rend reconnaissants et religieux.

3 e Objection. La terre, selon Moïse, était tohu bohu; ce terme signifie chaos, désordre, ou la matière informe : sans doute Moïse a cru la matière éternelle, comme les Phéniciens et toute l'antiquité.

Réponse. Il est absurde de supposer que Moïse, après avoir dit que Dieu a créé le ciel et la terre, prend celle-ci pour la matière éternelle, et se contredit en deux lignes. Tohu bohu est, à la vérité, synonyme du chaos des Grecs; mais chaos signifie vide ou profondeur, et non désordre ou matière informe; c'est mal à propos qu'Ovide l'a rendu par rudis indigestaque moles. Moïse donne à eatendre que la terre, environnée des eaux, ne présentait dans toute sa surface qu'un abîme profond couvert de ténèbres.

Il est faux que toute l'antiquité ait cru la matière éternelle; c'a été le sentiment des philosophes, et non celui du commun des hommes. Moïse est plus ancien que les écrivains de Phénicie ; il n'a rien emprunté d'eux.

Il est clair que les trois premiers versets de la Genèse expriment distinctement la création des quatre éléments.

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4 e Objection. Ces mots : Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut, ne sont point un trait d'éloquence sublime, quoi qu'en ait pensé le rhéteur Longin; mais le passage du psaume 148, il a dit et tout a été fait, est vraiment sublime, parce qu'il fait une grande image qui frappe l'esprit et l'enlève.

Réponse. Celse, de son côté, jugeait que ces mots, sit lux, exprimaient un désir; il semble, dit-il, que Dieu demande la lumière à un autre. Voilà comme les censeurs de Moïse ont raisonné de tout temps. Mais nous eu appelons au jugement de tout lecteur sensé ; peut-on mieux faire entendre que Dieu opère par le seul vouloir, ni exprimer avec plus d'énergie le pouvoir créateur? Le Clerc est le premier qui ait su mauvais gré au rhéteur Longin de l'avoir compris; et en cela il ne s'est pas fait beaucoup d'honneur. Nous demandons au philosophe qui l'a copié si, lorsque le psalmiste a rendu la même pensée, il a supposé la matière éternelle. Voyez Création.

5 e Objection. Une opinion fort ancienne est que la lumière ne vient pas du soleil, que c'est un lluide distingué de cet astre, et qui en reçoit seulement l'impulsion; Moïse s'est conformé à cette erreur populaire, puisqu'il place la création de la lumière quatre jours avant celle du soleil. On ne peut pas concevoir qu'il y ait eu un soir et un matin avant qu'il y eût eu un soleil.

Réponse. S'il y a ici une erreur, elle n'est certainement pas populaire ; c'est une vieille opinion philosophique soutenue par Empédocle, renouvelée par Descartes, et encore suivie par d'habiles physiciens; mais le peuple n'y a jamais pensé. Puisque l'hébreu our signifie le feu aussi bien que la lumière, pour qu'il y ait eu un matin et un soir, il suflit que Dieu ait créé d'abord un feu ou un corps lumineux quelconque, qui ait fait sa révolution autour de la terre, ou autour duquel la terre ait tourné (I).

(i) Voyez sur tout cela nos articles, et, pour une idée générale, ceux qui dépendent du mot Agks, déjà indiqué dans la note précédente.

Le Noir.

6° Objection. Selon Moïse, Dieu fit deux grands luminaires, l'un pour présider au jour, l'autre pour présider à la nuit, et les étoiles. Il ne savait pas que la lune n'éclaire que par une lumière empruntée ou réfléchie; il parle des étoiles comme d'une bagatelle, quoiqu'elles soient autant de soleils dont chacun a des mondes roulants autour de lui.

Réponse. Sans doute l'auteur a vu ces mondes, et il a voyagé ; bientôt il nous apprendra ce qui s'y passe. Ce n'est pas Moïse, c'est Lucrèce qui a douté, après son maître Epicure, si la lune a une lumière propre, ou seulement une lumière réfléchie. Pour Moïse, il a eu de bonnes raisons de parler sans emphase des étoiles et des autres astres ; on sait qu'une admiration stupiie de l'éclat et de la marche de ces globes lumineux a été l'origine du polythéisme et de l'idolâtrie chez toutes les nations. Plus sensé que les philosophes, Moïse ne fait envisager les astres que comme des flambeaux destinés par le Créateur à l'usage de l'homme; il le répète ailleurs, afin d'ôter aux Israélites la tentation d'adorer ces corps inanimés. Deut., c. 4, Jf 19.

7° Objection. Les Hébreux, comme toutes les autres nations, croyaient la terre fixe et immobile, plus longue d'orient en occident que du midi au nord; dans cette opinion, il était impossible qu'il y eût des antipodes; aussi plusieurs Pères de l'Eglise les ont niés.

Réponse. Cependant les écrivains hébreux désignent souvent la terre par le mot thcbcl, le globe; on peut le prouver par vingt passages : ils ne la croyaient donc pas plus longue que large. Dans le livre de Job, eh. 26, jr 7, il est dit que Dieu a suspendu la terre sur le rien, ou sur le vide. Selon le psaume 18, f 7, le soleil part d'un point du ciel, et fait sou circuit d'un bout à l'autre. Comme cette révolution se fait en ligne spirale, Job la compare aux replis tortueux d'un serpent, c. 26, ^ 13. Peu importait aux Hébreux de savoir si c'est la terre ou le soleil qui tourne.

Quant à ce que les Pères de l'Eglise ont pensé des antipodes, voyez ce mot.

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Nous n'avons pas le courage de copier les puérilités que le même philosophe a objectées contre la création de l'homme; on en trouvera quelque chose à cet article.

Mais il faut répondre à un grief plus sérieux. Vingt auteurs ont écrit que Galilée fut persécuté et puni par l'inquisition à cause de ses découvertes astronomiques, et pour avoir expliqué le vrai système du monde; on se sert de ce trait d'histoire pour rendre odieux le tribunal de l'inquisition, pour faire voir dans quelle ignorance l'Italie était encore plongée pendant le siècle passé.

Heureusement nous savons à présent ce qu'il en est. Dans le Mercure de France, du 17 juillet 1784, n° 29, il y a une dissertation dans laquelle l'auteur prouve, par les lettres de Galilée lui-même, par celles de Guichardin et du marquis Nicolini, ambassadeurs de Florence, amis et disciples de Galilée, qu'il ne fut point persécuté comme bon astronome, mais comme mauvais théologien, pour s'être obstiné à vouloir montrer que le système de Copernic était d'accord avec l'Ecriture sainte. Ses découvertes, dit l'auteur, lui firent, à la vérité, des ennemis ; mais c'est sa fureur d'argumenter sur la Bible qui lui donna des juges, et sa pétulance des chagrins.

Dans son premier voyage à Rome, en 161 1, Galilée fut admiré et comblé d'honneurs par les cardinaux et par les seigneurs auxquels il lit part de ses découvertes, et par le pape luimême Il y retourna en 1615. Sa présence déconcerta les accusations formées contre lui par les jacobins, entêtés de la philosophie d'Aristote, et inquisiteurs. Le cardinal del Monte, et plusieurs membres du saint-office, lui tracèrent le cercle de prudence dans lequel il devait se renfermer, pour éviter toutes les disputes; mais son ardeur et sa vanité l'emportèrent.

11 exigea, dit Guichardin, que le pape et l'inquisition déclarassent que le système de Copernic est fondé sur la Bible; il écrivit mémoires sur mémoires. Paul V, fatigué par ses instances, arrêta que cette controverse serait jugée dans une congrégation.

Rappelé à Florence au mois de juin 1616, Galilée dit lui-même dans ses lettres : « La congrégation a seu- » lement décidé que l'opinion du » mouvement de la terre ne s'ac- » corde pas avec la Bible...; je ne » suis point intéressé personnelle- » ment dans l'arrêt. » Avant son départ, il avait eu une audience trèsamicale du pape ; le cardinal Bellarmin lui fit seulement défense, au nom du saint Siège, de reparler davantage de l'accord prétendu entre la Bible et Copernic, sans lui interdire aucune hypothèse astronomique.

Quinze ans après, en 1632, sous le pontificat d'Urbain VIII, Galilée imprima ses dialogues délie massime Système del Mundo, et il fit reparaître ses mémoires écrits en 1610, où il s'efforçait d'ériger en question de dogme la rotation du globe sur son axe. On dit que les jésuites aigrirent le pajs contre lui. « Il faut traiter » cette affaire doucement, écrivait le » marquis Nicolini, dans ses dépê- » ches du 5 septembre 1632; si le » pape se pique, tout est perdu ; il ne » faut ni disputer, ni menacer, ni » braver. » C'est ce que Galilée n'avait cessé de faire. Cité à Rome, il y arriva le 3 février 1633. Il ne fut point logé à l'inquisition, mais au palais de Toscane. Un mois après, il fut mis, non dans les prisons de l'inquisition, mais dans l'appartement du fiscal, avec pleine liberté de communiquer au dehors. Dans ses défenses, il ne fut poici question du fond de son système, mais de sa prétendue conciliation avec la Bible; après la sentence rendue et la rétractation exigée, Galilée fut le maitre de retourner à Florence.

C'est encore lui qui en rend témoignage ; il écrivit au père Receneri, son disciple : « Le pape me croyait, » digne de son estime... Je fus logé » dans le délicieux palais de la Tri- » niLé-du-Mont.... Quand j'arrivai au » saint-office, deux jacobins m'inti- » mèrent très-honnêtement de faire.

» mon apologie... J'ai été obligé de » rétracter mon opinion en bon ça- » tholique. » Mais, son opinion sur le sens de l'Ecriture sainte était fort étrangère à l'hypothèse de la rotation

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de la (erre. « Pour me punir, ajoute » Galilée, on m'a défendu les dialo- » gués, et congédié après cinq mois » de séjour à Rome... Aujourd'hui » je suis à ma campagne d'Arcètre, » où je respire un air pur auprès de « ma chère patrie. »

Cependant l'on s'obstine encore à écrire que Galilée fut persécuté pour ses découvertes, emprisonné à l'inquisition, forcé d'abjurer le système de Copernic, et condamné à une prison perpétuelle ; Mosheim et son traducteur l'ont ainsi affirmé, et on le répétera tant qu'il y aura des hommes prévenus contre l'Eglise romaine (1).

Bergieh.

MONDE (antiquité du) (2). De tout temps les philosophes ont disputé sur ce sujet; plusieurs des anciens croyaient bp monde éternel, parce qu'ils ne voulaient point admettre la création ; les épicuriens soutenaient que le monde n'était pas fort vieux, et qu'il s'élait formé de lui-même par le concours fortuit des atomes.

La même diversité d'opinions subsiste encore parmi les modernes; mais la plupart s'accordent à prétendre que le monde est beaucoup plus ancien que l'histoire sainte ne le suppose.

Selon le texte hébreu, il ne s'est écoulé qu'environ six mille ans depuis la création jusqu'à nous; et, l'an du monde 1656, le globe a été submergé par un déluge universel qui en a changé la face. La version des Septante donne au monde dix-huit cent soixante ans de durée de plus que le texte hébreu ;le Pentateuque samari-

(1) La manière uVmt Bergier explique l'affaire de Galilée n'est point confirme aux faits maintenant parfaitement connus, grâce aux pièces du procès dont les manuscrits originaux existent à la bibliothèque du Vatican, et ont été communiqués. Voyez dans notre dissertation préliminaire sur le concile du Vatican (t. I), le résumé historique que nous en donnons ; ce résumé est impartial et conforme a la vérité. Le Noia.

(2) 11 faut appliquer à cet article de Bergier ce que nous avons dit dans des notes précédentes des articles de ce théologien sur les questions sciontili'pies. On ne doit considérer ces articles que comme dos documents historiques qui servent à montrer comment on traitait ces questions do soience au temps où il écrivait. IIi trouvent leurs correctifs dans les nôtres, tel que celui qu'on peut lire au mot Chronologies. |. k Nom.

tain ne s'accorde avec aucun des deux.

Suivant l'hébreu, le déluge est arrivé deux mille trois cent quarante-huit ans avant Jésus-Christ; selon les Septante, trois mille six cent dix-sept : voilà près de treize cents ans de différence.

Pour découvrir l'origine de cette variété de calcul, les critiques ont suivi différentes opinions; les uns ont pensé que les Juifs ont abrégé, de propos délibéré, le calcul du texte hébreu, sans que l'on puisse en deviner la raison ; les antres, que les Septante ont allongé le leur, pour so conformer à la chronologie des Egyptiens. Chacune de ces deux lrypothèses a eu des partisans ; ni l'une ni l'autre n'est exempte de difficultés.

Plusieurs savants se sont attachés au Pentateuque samaritain, et sont iumbés dans d'autres inconvénients.

Le savant auteur de l'Histoire de l'Astronomie ancienne a prouvé, qu'eu égard aux différentes méthodes selon lesquelles les divers peuples ont calculé le temps, toutes leurs chronologies s'accordent, et ne diffèrent que de quelques années sur les deux époques les plus mémorables, savoir, la création et le déluge universel; que toutes se réunissent encore à supposer la même durée depuis le commencement du monde jusqu'à l'ère chrétienne, en suivant le calcul des Septante. « Chez tous les anciens » peuples, dit-il, du moins chez tous » ceux qui ont été jaloux de conser- » ver les traditions, l'on retrouva » l'intervalle de l,a création au déluge » exprimé d'une manière assez exacte » et assez uniforme; la durée du » monde jusqu'à notre ère s'y trouve » également à peu près la même. »

HisK. de l'Astron. ancienne, liv. 1 , § 6 ; Eclairciss., liv. I, § M et suiv.

C'est plus qu'il n'en faut pour nous tranquilliser ; nous n'avons pas besoin d'examiner les différentes hypothèses imaginées par les savants pour parvenir à une conciliation parfaite, ni de rechercher les causes de la variété qui se trouve entre l'hébreu, le samaritain et le grec des Septante, ni de réfuter les prétentions de quelques nations qui se donnent une antiquité prodigieuse. L'auteur de l'Antiquité

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dévoilée par les usages, soutient que l'entêtement des Chaldéens, des Chinois, des Egyptiens, sur ce point, m'est fondé que sur des périodes astronomiques, arrangées après coup ipar les philosophes de ces nations, tome 2, 1. 4, c. 2, p. 309. Nous som- ,mes encore moins tenté de répoudre aux sophismes parlesquels un célèhre incrédule a voulu prouver que le monde est coéternel à Dieu.

Aujourd'hui l'on a .principalement -.recours à des observations de physique et d'histoire naturelle, pour démontrer l'antiquité du monde; nous avons vu que Buffon, dans ses Epoques de la nature, suppose que le monde a commencé à se peupler d'animaux et d'hommes, quinze mille ans avant nous ; mais il convient lui-même que ce n'est là qu'un aperçu, c'est-à-dire une conjecture sans fondement.

On y oppose des observations positives qui méritent plus d'attention.

M. de Luc, qui a beaucoup examiné les montagnes, a remarqué que, par les éboulements, elles s'arrondissent peu à peu; que par la pluie et par les mousses, il s'y forme une couche de terre végétale; qu'ainsi elles arriveront insensiblement à un point où elles ne pourront plus changer de forme. Il en est de même de plusieurs plaines autrefois incultes, et qui sont aujourd'hui cultivées, parce qu'il s'y est formé de la terre végétale. Mais le peu d'épaisseur de cette couche, soit dans les plaines, soit sur les montagnes, démontre qu'elle n'est pas fort ancienne ; si elle l'était, la culture y aurait commencé plus tôt, et la population serait plus avancée.

Il s'est convaincu que les glaces augmentent dans les Alpes, et s'y étendent de jour en jour; si les glaciers étaient fort anciens, ils ne formeraient plus qu'une glace continue.

Après avoir attentivement considéré le sol de la Hollande, et les divers cantons dans lesquels on a fait des conquêtes sur les eaux, il a toujours retrouvé les mêmes preuves de la nouveauté de nos continents, et du petit nombre de siècles qu'il a fallu pour les amener au point où ils sont aujourd'hui. D'où il conclut que les

conséquences qui se tirent de l'état actuel du globe sont beaucoup plus sûres que les chronologies fabuleuses des anciens . peuples ; et toutes ces conséquences concourent à prouver que nos continents ne sont pas aussi anciens que Buffon et d'autres physiciens les supposent.

Mais de leur côté ils allèguent aussi des observations; il est à propos de voir si elles prouvent ce qu'ils prétendent.

1° Lameracertainement un mouvement d'orient en occident, qui lui est imprimé par celui qui pousse la terre en sens contraire : or, ce mouvement seul doit insensiblement déplacer la mer dans la succession des siècles.

On s'aperçoit que le fond de la mer Baltique diminue; on voit encore un canal par lequel elle communiquait autrefois à la mer Glaciale, mais qui s'est comblé par la succession des temps. La nature du sol qui sépare le golfe Persique d'avec la mer Caspienne, fait juger que ces deux mers formaient autrefois un même bassin.

Il y a aussi beaucoup d'apparence que la mer Rouge communiquait à la Méditerranée, dont elle est actuellement séparée par l'isthme de Suez.

Ces changements arrivés sur le globe sont plus anciens que nos connaissances historiques. 11 paraît que l'Amérique était encore couverte des eaux il n'y a pas un grand nombre de siècles, et qu'elle n'est pas habitée depuis fort longtemps. Enfin, la multitude des corps marins dont notre hémisphère est rempli prouve invinciblement [qu'il a été autrefois sous, les eaux de l'Océan. Combien n'a-t-il pas fallu de milliers de siècles pour mettre la terre dans l'état où elle est aujourd'hui?

Réponse. A l'article Mer, nous avons fait voir que son mouvement prétendu d'orient en occident est absolument faux ; qu'il est impossible et contraire à toutes les lois du mouvement. De tous les phénomènes que l'on nous cite, il n'y en a pas un seul qui puisse servir à le prouver.

Pour séparer la mer Baltique de la mer Glaciale, il a fallu que la première se retirât du côté du midi ; il

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en a été de même du golfe Persique à l'égard de la mer Caspienne, et de la mer Rouge à l'égard de la Méditerranée. L'on prétend qu'en effet la mer Rouge a reculé du côté du midi, et qu'elle s'étendait autrefois davantage du côté du nord ; conséquemmentil seraitplus difficile aujourd'hui que jamais de percer l'isthme de Suez pour joindre ces deux mers. Voy. le Voyage de Niébuhr en Arabie. Que peut-il s'ensuivre de là en faveur d'un mouvement habituel des eaux d'orient en occident?

De quoi a pu servir ce mouvement pour découvrir le sol de l'Amérique?

Ce mouvement tendrait à l'engloutir de nouveau du côté oriental, et non à prolonger ses côtes. On ne peut pas prouver que l'Amérique a gagné plus de terrain du côté de l'occident que du côté qui nous est opposé.

Quant aux corps marins que l'on trouve dans les entrailles de la terre, et jusque dans le sein des montagnes de l'un et de l'autre hémisphère, il est évident qu'ils n'ont pas pu y être déposés pendant un séjour tranquille et habituel de la mer sur le sol que nous habitons ; il a fallu pour cela un bouleversement de toute la superficie, et nous n'en connaissons point d'autre que celui qui est arrivé par le déluge universel. Voyez Déluge.

Quand nous supposerions faussement, comme quelques physiciens, que la quantité des eaux diminue, quand nous admettrions pour un moment le prétendu mouvement de la mer d'orient en occident, il ne s'ensuivrait encore rien en faveur de l'antiquité du monde. Il faudrait savoir quelle était la quantité précise des eaux au moment de la création, alin de pouvoir calculer le temps qu'il a fallu pour les réduire à l'état où elles sont aujourd'hui. Dans la seconde hypothèse, il faudrait savoir s'il n'est point arrivé de révolution brusque sur le globe, qui ait changé le lit de la mer, et qui ait mis à sec le terrain qui est actuellement habi lé.

îl est bien absurde de fonder des calculs sur des suppositions que l'on ne peut pas prouver, et qui sont

détruites d'ailleurs par l'examen des phénomènes que nous avons sous les yeux, ou qui sont attestés par l'histoire.

2 6 Observation. L'on voit par toute la terre des marques certaines d'anciens volcans; il y en a plusieurs bouches dans les montagnes d'Auvergne ; on en trouve des vestiges en Angleterre et le long des bords du Rhin. Le marbre noir d'Egypte n'est autre chose que de la lave; il faut donc qu'il y ait eu un volcan près de Thèbes; mais il était si ancien que la mémoire ne s'en est pas conservée.

Le lit de la mer Morte a été creusé par un volcan : le terrain des environs en fait foi; selon le témoignage de Tournefurt, le mont Ararat a autrefois jeté des flammes. A présent nous ne voyons des volcans que dans les îles et sur les bords de lamcr ; il est donc probable que l'eau de la mer et l'huile qu'elle charrie sont un ingrédient nécessaire pour allumer les volcans: conséquemment il faut que la mer ait autrefois baigné tous les terrains dont nous venons de parler, mais qui eu sont aujourd'hui assez éloignés.

L'Etna brûle depuis un temps prodigieux ; il faut deux mille ans pour amasser sur la lave qu'il jette une légère couche de terre: or, près de cette montagne, l'on a percé au iravers de sept laves placées les unes sur les autres, et dont la plupart sont couvertes d'un lit épais de très-bon terreau : il a donc fallu quatorze mille ans pour former ces sept couches. Le Vésuve porte des marques d'une très-haute antiquité, puisque le pavé d'IIerculanum est fait de lave; le Vésuve avait donc déjà fait des éruptions avant que cette \ille fût bâtie : or, elle l'a été au moins mille trois cent trente ans avant notre ère.

Réponse. En supposant que l'eau de la mer est nécessaire pour allumer les volcans, il s'ensuivra seulement que ceux qui sont aujourd'hui dans l'intérieur des terres n'ont brûlé qu'immédiatement après avoir été détrempés par les eaux du dèluço ; et l'on n'en peut rien conclure en faveur

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de l'antiquité du monde. Ces volcans seront un monument de plus pour prouver l'inondation générale du globe L'existence d'un ancien volcan dans l'Egypte est attestée par la fable de Typhon, fable analogue à celle qu'Hésiode et Homère ont forgée sur le mont Etna.

Le nombre des couches de lave ne prouve point l'antiquité de celui-ci.

Herculanum subsistait-il il y a treize mille sept cents ans? Aujourd'hui il est à cent douze pieds sous terre ; pour arriver à cette profondeur, il faut traverser six couches de lave séparées comme celles de l'Etna par des couches de terre végétale. Il est clair que cette terre est do la cendre vomie par le volcan, et qu'il a pu s'en former plusieurs couches dans une même éruption. Qu'importe qu'Herculanum ait été bâti mille trois cent trente ans avant notre ère, dès qu'il s'était écoulé deux mille trois cent quarante-huit ans depuis le déluge jusqu'à la même époque? A la fondation de cette ville, il y avait plus de mille ans que le déluge était passé.

De même, quand la table isiaque et la statue de Memnon seraient de lave, ces ouvrages n'ont pu être faits que sous des rois de Thèbes déjà puissants, par conséquent depuis l'an 2300 du monde ; jusqu'alors l'Egypte avait été partagée en petites souverainetés , Chronologie égypt. , tom. 2, table, pag. 167; et il s'était écoulé plus de huit cents ans depuis le déluge.

L'auteur de V Introduction à l'histoire naturelle de l'Espagne, après avoir bien examiné les pétrifications et les vestiges des volcans, reconnaît qu'en cinq ou six mille ans il y a plus de temps qu'il n'en faut pour produire tous les phénomènes dont nous avons connaissance : or, selon le calcul le plus court, il s'est passé, depuis le déluge jusqu'à nous, quatre mille cent trente-deux ans, et, selon les Septante, cinq mille quatre cent un.

L'auteur des Recherches sur les Américains convient que l'on ne connaît aucun monument d'industrie humaine antérieur au déluge; on ne décou-

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vrira pas plus de phénomènes naturels capables d'en détruire la réalité ou l'époque.

3 e Observation. En Angleterre et en Hollande, il y a des forêts enterrées à une profondeur considérable. Les mines de charbon d'Angleterre, du Bourbonnais, et autres, paraissent venir de forêts embrasées par des volcans. Les corps marins que l'on déterre dans les mines et dans les carrières n'ont point leurs semblables dans les mers qui nous avoisinent, mais seulement à deux ou trois mille lieues denos côtes. Lesbancs immenses de coquillages qui sont en Touraine et ailleurs, ne peuvent y avoir été déposés que pendant un séjour très-long de la mer. Toutes ces révolutions n'ont pu se faire pendant le court espace de temps que l'on suppose écoulé depuis le déluge jusqu'à nous.

Réponse. Voici ce que dit, au sujet des forêts enterrées, l'auteur des Recherches sur les Américains : « Pour- » quoi veut-on attribuer aux vicissi- « tudes générales de notre globe ce » que des accidents particuliers ont » pu produire? C'est l'inondation de » la Chersonèse Cimbrique, arrivée, » selon le calcul de Picard, l'an 310 » de notre ère vulgaire, qui a noyé et » enterré les forêts de la Frise. Les » arbres fossiles qu'on exploite en * Angleterre, dans la province de » Lancastre, ont aussi passé long- » temps pour des monuments dilu- » viens ; mais on a reconnu que la » racine de ces arbres avait été cou- » pée à coups de hache, ce qui, joint » aux médailles de Jules-César que » l'on y a trouvées à la profondeur » de dix-huit pieds, suffit pour dé- » terminer à peu près la date de leur » dégradation. » Tome 2, lettres 3, page 330.

Il est faux que les mines de charbon de terre soient des forêts consumées par le feu. Buffon nous apprend que ce charbon, la houille, le jais, sont des matières qui appartiennent à l'argile. Hist. nat., t. 1, in-12, p. 403. M. de Luc pense' que la tourbe est l'origine des houilles ou charbons de terre, et il confirme

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cotte conjecture par des observations, tom. 5, lettre 126, p. 223. Les volcans n'y ont point de part |1).

Puisque plusieurs coquillages et autres corps marins, que l'on trouve dans la terre ou dans la pierre, n'ont leurs semblables que dans des mers très-éloignées de nous, il est évident qu'ils n'ont point été déposés sur le sol que nous habitons par un séjour habituel de la mer, mais par une inondation subite, accompagnée d'un bouleversement dans la surface du globe, telle qu'elle est arrivée pendant le déluge. Et l'on ne peut pas estimer la plus ou moins grande quantité de ces coquillages, qui a pu être déposée sur certaines plages.

Voy. Déluge.

Le monde, disait Newton, a été formé d'un seul jet. Nous cherchons une jeunesse à ce qui a toujours été vieux, une vieillesse à ce 'qui a toujours été jeune, des germes aux espèces, des naissances aux générations, des époques à la nature ; mais quand la sphère où nous vivons sortit de la main divine de son auteur, tous les temps, tous les âges, toutes les proportions s'y manifestèrent à la fois. Pour que l'Etna pût vomir ses feux, il fallut à la construction de ses fourneaux des laves qui n'avaient jamais coulé. Pour que l'Amazone put rouler ses eaux à

(1) Au temps de Bergier encore, c'est-à-dire à la fia du dernier siècle, on n'avait fias niênne l'idée de ce que pouvait être la houille. Ou peut juger par là au progrès, immense qu'a fait, presque tout è coup, la science de la géologie. Non-seulement on sait aujourd'hui qu'elle est le résultat de végé- 1aux accumulés et, en quelque sorte, cristallisés par des centaimes de miiie ans de dépôt, mais encore on fait des classifications des espèces qui la composent. Bernard de I'alissy avait pourtant jeté, dans ses cours, à Paris, quelques idées vraies sur tout cela, notamment sur les coquillages dont on trouve partout des sédiments qui prouvent un sé- |our des mers là où Bergier affirme avec assurance qu'elles n'ont jamais été ; mais on ne l'avait pas écouté ; ce n'était qu'un rêveur qui radotait, et oul'avait complètement CDU en oubli. Buflon cherchait pourtant à relever ses idées ; niais celui-là n'avait que le mérite du génie et du style enchanteur. Il fn I lait que Cuvier vînt meltre en évidence les fossiles mêmes des animaux qui avaient vécu dans es mers antiques sur les lieux mêmes où sont auourd'hui nos habitations. Rien n'est plus pardonjable que l'ignorame avant que les temps ne soient venus, mais les négations formelles ne sont point exrusahlesjil faut toujours, dans ces matières, être sur a réserve. ta Nom.

travers l'Amérique, les Andes du Pérou durent se couvrir de neige, que les vents d'Orient n'y avaient point encore accumulée. Au sein des forêts nouvelles naquirent des arbres antiques, afin que les insectes et les oiseaux pusssenttrouver des aliments sous leurs vieilles écorces. Des cadavres furent créés pour les animaux carnassiers. Il dut naître dans tous les règnes des êtres jeunes, vieux, vivants, mourants et morts. Toutes les parties de cette immense fabrique parurent à la fois, et si elle eut un échafaud, il a disparu pour nous. Etudes de la Nature, tome 1, etc.

Beïigier.

MONDE (fin du). Si nous voulions en croire les ennemis de larel l'opinion de la fin du monck |>rochaine a été la cause de la plupart des révolutions qui sont arrivées dans les différents siècles. Les païens mêmes, philosophes et autres, étaient persuadés qu'un jour le monde devait périr par un embrasement général ; mais ils ont arbitrairement fixé l'époque à laquelle cette catastrophe devait arriver. Les Juifs, comme tes autres peuples, croyaient que le monde, après avoir été autrefois détruit par l'eau, devait l'être par le feu; ils fondaient cette opinion sur quelques prophéties dont le sens n'est pas fort clair. Le jubilé qu'ilscélébraient tous les cinquante ans-, pendant lequel les héritages aliénés devaient retourner à leurs ancîena possesseurs, et les esclaves étaient mis en liberté, semble avoir eu pour motif la persuasion dans laquelle étaient les Juifs que le monde devait finir au bout de cinquante ans.

Cette attente, continuent les incrédules, était répandue d'un bout de l'univers à l'autre ; lorsque Jésus- Christ parut sur la terre, il en profita pour publier qu'il était le Messie promis, et le préjugé général contribua beaucoup à le faire reconnaître pour envoyé de Dieu, pour juge des vivants et des morts. Luimême annonça que la fin du monde et le jugement dernier étaient prochains, et il donna l'ordre à ses apôtres de répandre cette terrible

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prédiction. Ils n'y ont pas manqué; leurs écrits sont remplis de menaces de la fin prochaine du monde, de la consommation du siècle, de l'arrivée d'un grand jour du Seigneur. C'est ce qui causa la conversion de la plupart de ceux qui embrassèrent le christianisme, et leur inspira le désir du martyre.

Bientôt ce préjugé donna lieu à celui des millénaires, ou à l'espérance d'un règne temporel de Jésus- Christ sur la terre, qui devait bientôt commencer. Toutes ces idées sombres inspirèrent aux chrétiens le détachement du monde, un goût décidé pour la vie solitaire et monastique, pour les mortifications, pour la virginité, pour le célibat. On vit renaître la même démence dansla suite, surtout pendant les malheurs du ix° siècle et des suivants; les moines surent en profiter pour s'enrichir. Ainsi, dans tous les temps, des terreurs paniques ont été le principal ou plutôt l'unique fondement de la religion.

Tel est le résultat des profondes réflexions des incrédules.

Pour les réfuter en détail, il faudrait une assez longue discussion; mais quelques remarques suffiront pour en démontrer la fausseté.

1° La philosophie païenne, surtout celle des épicuriens, était beaucoup plus capable que lareligion d'inspirer des doutes sur la durée du monde, et de répandre de vaines terreurs.

« Peut-être, dit Lucrèce, des trem- » blements de terre causeront dans » peu de temps un bouleversement » affreux sur tout le globe; peut-être » tout s'abîmera-t-il bientôt avec un » fracas épouvantable, » 1. 5, ^98.

En effet, quelle certitude peut-on avoir de ce qui doit arriver, si ce n'est pas un Dieu bon et sage qui a créé le inonde, qui le gouverne, qui a établi les lois physiques sur lesquelles est fondé l'ordre de la nature? L'éruption d'un volcan, un tremblement de terre, uneinondation subite, un météore quelconque, doivent faire craindre la destruction du globe entier. Un athée moderne nous avertit que nous ne savons pas si la nature ne rassemble pas actuellement dans son laboratoire immense les

éléments propres à faire éclore des générations nouvelles, et à former un autre univers. Il est singulier que les incrédules mettent sur le compte de la religion des terreurs absurdes que peut faire naître leur fausse philosophie.

Dans le système du paganisme, qui supposait toute la nature animée par des génies, tout phénomène extraordinaire, arrivé dans le ciel ou sur la terre, était un effet de leur courroux; savait-on jusqu'où ces êtres capricieux et malfaisants étaient capables de pousser leur malignité?

Quelques auteurs ont pensé que les différentes opinions, touchant la durée du monde, n'étaient fondées que sur des périodes astronomiques et sur des calculs arbitraires ; mais peu nous importe de savoir quelle en était la vraie cause.

2° La religion révélée de Dieu, loin de nourrir ces vaines frayeurs, n'a travaillé qu'à rassurer les hommes. Non-seulement elle nous enseigne que l'univers a été créé par un Dieu sage et atUntif à le gouverner, qui a dirigé toutes choses au bien de ses créatures, qui ne dérangera point l'ordre qu'il a établi, puisqu'il a jugé que tout est bien; mais elle nous montre qu'il n'a jamais détruit les hommes sans les en avertir d'avance. Dieu fit prédire le déluge universel six vingts ans avant qu'il arrivât; il avertit Abraham de la destruction prochaine de Sodome; il menaça les Égyptiens avant de les châtier; les Chananéens, tout impies qu'ils étaient, virent arriver de loin l'orage prêt à fondre sur eux, etc.; l'auteur du livre de fa Sagesse nous le fait remarquer, c. 14 et 42. Après le déluge, Dieu dit à Noé : « Je ne » maudirai plus la terre à cause des » hommes, et je ne détruirai plus » toute âme vivante comme j'ai t'ait; » tant que la terre durera, les se- » mailles et la moisson, l'été et » l'hiver, le jour et la nuit se succé- » deront sans interruption. » Gènes.

c.8, f 21. « Ne craignez point les » signes du ciel, comme font les » autres nations, » dit Jérémie aux Juifs, c. 10, f 2. Peut-on citer un seul endroit de l'ancien Testament

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dans lequel il soit question de la fin du monde ?

3° Les Juifs étaient donc préservés du préjugé des autres nations par leur religion même. Leur jubilé n'avait pas plus de rapport à la fin du monde, que la prescription de trente ans n'y en a parmi nous. Ils attendaient le Messie, non comme un juge redoutable et destructeur du monde, mais confine un libérateur, un sauveur, un bienfaiteur ; les prophètes l'avaient ainsi annoncé : sa venue était pour les Juifs un objet d'espérance et de consolation, plutôt que de trouble et de frayeur. A sa naissance, un ange dit aux bergers :

« Je vous annonce un grand sujet de » joie pour toute la nation; il vous » est né à Bethléem un Sauveur, qui » est le Christ, fils de David. » Zacharie, Siméon, la prophétesse Anne le publient ainsi, Jean- Baptiste, en l'annonçant, dit qu'il vient le van à la main séparer le bon grain d'avec la paille ; mais cette séparation n'était pas celle du jugement dernier, puisqu'il dit que Jésus est l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, Mallh., c. 3, f 12; Jbem., e.lj 29.

4° Jésus lui-même appelle sa doctrine Evangile ou bonne nouvelle, il commence sa prédication par des bienfaits, par des miracles, par la guérison des maladies. Il dit que Dieu a envoyé son Fils, non pour juger le monde, mais pour le sauver, Joan., c. 3, f 17. Il prêche le royaume des deux, et il ordonne à ses apôtres de faire de même; mais ce royaume est évidemment le règne du Fils de Dieu sur son Eglise, il n'a rien de commun avec \a fin du monde.

Quelque temps avant sa passion, ses disciples lui font remarquer la structure du temple de Jérusalem, Matth., c. 2b; Marc., c. 13; Luc., c. 21 ; il leur dit que cetédilice sera détruit, et qu'il n'en restera pas pierre sur pierre. Les disciples étonnés lui demandent quand ce sera, quels seront les signes de son avènement et de la consommation du siècle. Il y aura pour lors, dit-il, des guerres et des séditions, des tremblements de terre, des pestes et des famines; vous serez vous-mêmes persécutés et mis à mort ;

Jérusalem sera environnée d'une armée; le temple sera profané ; il paraîtra de faux prophètes ; il y aura des signes dans le ciel ; le soleil et la lune seront obscurcis, et les étoiles tomberont du ciel : alors on verra venir le Fils de l'homme sur les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté ; ses anges rassembleront les élus d'un bout du monde à l'autre, etc. Il annonce tout cela comme des événements dont ses apôtres seront les témoins, et il ajoute : « Je vous assure que cette gé- » nération ne passera point, jusqu'à » ce que toutes ces choses s'acconi- » plissent. »

Est-il question là de la fin du monde ?

Les sentiments sont partagés sur ce point. Plusieurs interprètes pensent que Jésus-Christ prédit uniquement la ruine de la religion, de la république et de la natiou juive, et que toutes les circonstances se vérifièrent lorsque les Romains prirent et rasèrent Jérusalem, et dispersèrent la nation; qu'il y a cependant quelques expressions qu'il ne faut pas prendre à la lettre, telle que, la chute des étoiles, etc. ; que Jésus-Christ a employé le même style et les mêmes images dont les prophètes se sont servis pour prédire d'autres événements moins considérables. Conséquemment ces commentateurs disent que ces paroles de Jésus-Christ, cette génération ne p>assera point, etc., signifient : les Juifs qui vivent à présent ne seront pas tous morts lorsque ces choses arriveront. En effet, Jérusalem fut prise et ruinée moins de quarante ans après. Selon ce sentiment, il n'est point question là de la fin du monde.

Les autres sont d'avis que Jésus- Christ a joint les signes qui devaient précéder la dévastation de la Judée avec ceux qui arriveront à la fin du monde et avant le jugement dernier ; que quand il dit : Cette génération ne passera point, etc., il entend que la nation juive ne sera pas jusqu'alors entièrement détruite, mais qu'elle subsistera jusqu'à la fin du monde. On ne peut pas nier que le terme de génération ne soit pris plusieurs fois en ce sens dans l'Evangile. Or, selon cette opinion même, il n'est pas vrai

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que Jésus-Christ ait prédit la fin du monde comme prochaine.

5 U II n'est pas mieux prouvé que les apôtres en aient parlé. Saint Paul dit, Rom., c. 13, f 11 : « Notre salut » est plus proche que quand nous » avons cru. » Il dit, I Cor., c. 1, j^ 7, que les iidèles attendent l'apparition de Jésus-Christ, et le jour de son avènement. Saint Pierre ajoute, I Petr., cap. 4, f 7, que cet avènement approche, et que ce jour viendra comme un voleur. Saint Jacques, c. S, ¥ 8 et 9, nous avertit qu'il est tout près, et que le juge est à la porte.

Saint Jean, Apoc, c. 3,f 11, etc. 22, ^ 12, lui fuit dire : «Je viens promp- » tement rendre à chacun selon ses » œuvres. » Tout cela est exactement vrai à l'égard de la proximité de la mort et du jugement particulier, et non à l'égard de la fin du monde ou du jugement dernier.

Saint Paul dit encore, I Cor., c. 10, f 1 1 : « Nous qui sommes parvenus » à la fin des siècles. » Ilcbr., cap. 9, f 26, « Jésus-Christ s'est donné pour i victime à la consommation des w siècles ; » mais nous avons vu que, dans la question que les apôtres fi ien t à Jésus-Christ, la consommation du siècle signifiait la fin du judaïsme.

Saint Paul nomme grinces de ce siècle les chefs de la nation juive, I Cor., c. 2, y (3 et 8. On sait d'ailleurs que le mot siècle exprime simplement une révolution.

L'on doit donc entendre de même ce que dit saint Pierre, I Petr., cap. 4, f 7, que la fin de toutes choses approche; et saint Jean, Ep. 1, cap. 2, f 18, que nous sommes à la dernière heure, que l'antechrist vient, et qu'il y en a déjà eu plusieurs ; il entendait par là les faux prophètes, qui, selon la prédiction de Jésus-Christ, devaient paraître avant la destruction de Jérusalem. Celle-ci était prochaine, lorsque les apôtres écrivaient ; il n'est pas étouuant qu'ils en aient prévenu les fidèles. Dans les prophètes, les derniers jours signifient un temps fort éloigné, et saint Paul appelle l'époque de l'incarnation, la plénitude des temps.

Il y a plus : saint Paul parlant de la résurrection générale dans sa pre-

mière lettre auxThessaloniciens, c. 4, f 14, avait dit : « Nous qui vivons, » sommes réservés pour l'avènement » du Seigneur.... les morts qui sont » en Jésus-Christ ressusciteront les » premiers. Ensuite, nous qui vivons » et qui sommes réservés, serons en- » levés avec eux dans les airs pour » aller au-devant de Jésus-Christ, et » ainsi nous serons toujours avec le » Seigneur. Consolez-vous mutuelle- » ment par ces paroles, c. 5, f 1 : Il » n'est pas nécessaire de vous en » marquer le temps; vous savez que » le jour du Seigneur viendra comme » un voleur pendant la nuit. » Ces paroles, au lieu de consoler les Thessaloniciens, les avaient effrayés : saint Paul leur écrivit sa seconde lettre pour les rassurer : « Nous vous- » prions, dit-il, c. 2, de ne pas vous » laisser troubler ni effrayer, ou par » de prétendues inspirations, ou par » des discours, ou par une de nos » lettres, comme si le jour du Sei- » gneur était prochain. Que personne » ne vous trompe en aucune manière, » parce qu'il faut qu'il y ait d'abord » une séparation, que l'homme de » péché, le fils de perdition, soit » connu, etc. Je vous ait dit tout cela «lorsque j'étais avec vous. » Les Thessaloniciens avaient donc tort de croire que le jour du Seigneur était prochain.

Chez les prophètes, le jour du Seigneur est un événement que Dieu seul peut opérer, et surtout un châtiment éclatant, Isai., c. 2, f 11; c. 13, f 6 et 9, etc. Voyez Joua. Ainsi, lorsque saint Pierre dit, Ep. 2, c. 3, f 12 : « Hàtons-nous pour l'arrivée » du jour du Seigneur, par lequel les » cieux seront dissous par le feu, » etc.; nous attendons de nouveaux » cieux et une nouvelle terre dans » laquelle la justice habite; » il n'est pas sur que cela doive s'entendre de la fin du monde et de la vie future.

Dans Isaie, c. 13, f 10, Dieu menace d'obscurcir le soleil, la lune et les étoiles; de troubler le ciel, de déplacer la terre ; et il s'agit seulement de la prise de Babylone. Ezéchiel, c. 32, f 7, exprime de même la dévastation de l'Egypte ; et Joël, cap. 2 et 3, la désolation de la Judée. Dans

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les Actes des apôtres, c. 2, j^ 16, saint Pierre applique cette prophétie de Joël à la descente du Saint-Esprit.

Dieu promet de créer de nouveaux cieux, et une nouvelle terre, pour exprimer le rétablissement futur des Juifs, Isa., c. 63, f 17; c. 66, f 22.

Les apôtres répétaient toutes ces expressions, parce que les Juifs y étaient accoutumés; c'est encore aujourd'hui le style des Orientaux.

6° L'on assure très-mal à propos qu'à la naissance du christianisme l'opinion de la tin prochaine du monde était générale, que ce fut la cause des conversions, de l'empressement des chrétiens pour le martyre,' de la naissance du monachisme, du goût pour la virginité et le célibat. Si cela était vrai, il serait fort étonnant que les Pères n'en eussent rien dit, et que les philosophes ne l'eussent point reproché aux chrétiens. Origène, dans son Exhortation au martyre; Tertullien, dans ses livres contre les gnostiques, qui blâmaient le martyre; dans ses Traités sur la fuite pendant les persécutions, sur la Chasteté, sur la Monogamie, sur le Jeune, etc., n'allèguent point la proximité de la fin du monde ; c'aurait été cependant un motif de plus. Saint Basile et saint Jean Chrysostome, dans leurs écrits sur la vie monastique, gardent le même silence.

On est fâché de voir un homme aussi judicieux que Mosbeim confirmer le préjugé des incrédules. Il dit qu'il n'est pas probable que les apôtres, persuadés de la lin prochaine du monde et d'un nouvel avènement de Jésus-Christ, aient pensé à surcharger la religion de cérémonies. Institut.

Tlist. christ., 2. part., c. 4, § 4. Réflexion pitoyable. Il répète ailleurs, qu'au second siècle la plupart des chrétiens croyaient, comme les montanisles, que le monde allait bientôt tinir. Hist. Christ, sxc, 2, § 67, p. 423.

Celse reproche aux chrétiens de croire l'embrasement futur du monde, et la résurrection des corps; mais il ne les accuse point de croire que ces événements sont prochains, Origène, contre Celse, 1. 4, n. 11; 1. 5, n. 14.

Minulius Félix soutient la vérité de

ces deux dogmes contre les païens, Octav., n. 34; mais il ne fixe point le temps auquel cela doit arriver. « Mous » prions, dit Tertullien, pour les em- » pereurs, pour l'empire, pour la » prospérité des Romains, parce que » nous savons que la dissolution af- » freuse dont l'univers est menacé, » est retardée par la durée de l'em- » pire romain. Ainsi nous demandons <> à Dieu de ditférer ce que nous » n'avons pas envie d'éprouver. »

Apol., c. 32. Il ne changea d'avis que quand il fut devenu montaniste. Les millénaires ne fixaient point la date du règne temporel de Jésus-Christ qu'ils espéraient. Le sentiment commun des Pères était que le monde devait durer six mille ans, par analogie aux six jours de la création; c'était une tradition juive. Voyez les notes sur Lactance, Instit., 1. 7, c. 1 i.

A la vérité, toutes les fois que les peuples ont éprouvé de grandes calamités, ils ont imaginé qu'elles annonçaient la fin du monde.; c'est pour cela que cette opinion s'établit en Europe au x« siècle. Un certain ermite, nommé Bernard de Thuringe, publia que la fin du monde allait arriver; il se fondait sur une prétendue révélation qu'il avait eue, sur le passage de l'Apocalypse, c. 20, f 2, où il est dit que le démon sera délié après mille ans, et sur ce que l'an 960 la fête de l'Annonciation était tombée le jour du vendredi-saint. Une éclipse de soleil qui arriva cette même année, acheva de renverser toutes les tètes. Les théologiens furent obligés d'écrire pour dissiper cette vaine terreur.

Mais les ravages causés eu France par les Normands, en Espagne et en Italie par les Sarrasins, en Allemagne par d'autres Barbares, eurent plus de part au préjugé populaire que les visions de l'ermite Bernard.

La frayeur était passée lorsqu'on commença à rebâtir les églises et à rétablir le culte divin : l'on lit alors de grandes fondations; mais la plupart, dit M. Fleury, n'étaient que la restitution des dîmes et des autres biens d'Eglise usurpés pendant les troubles précédents. Mœurs des chrétiens, n° 62. Il ne fuit donc pas accuser les moines d'avoir profité de

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l'êtourdissement des esprits pour s'enrichir; ce soupçon injurieux n'est fondé sur aucun fait positif.

De ces réflexions il résulte que le système des incrédules, touchant l'influence de la peur sur les événements arrivés depuis dix-sept cents ans dans l'Eglise, est un rêve aussi frivole que la crainte de voir le monde finir dans peu de temps.

Aujourd'hui il se trouve encore des théologiens entêtés d'un ligurisme outré, qui, en comparant l'Apocalypse avec les deux épitres aux Thessaloniciens, et avec la prophétie de Malachie, font une histoire de la fin du monde, de l'antechrist, de la venue d'Elie, aussi claire que s'ils y avaient assisté. Nous les félicitons de leur pénétration; mais on a déjà débité tant de rêveries sur ce sujet, qu'il serait bon de s'en abstenir désormais, et de renoncer à connaître ce qu'il n'a pas plu à Dieu de nous révéler (1). Voyez Antéchrist. Dissert, sur les signes de la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde, Bible d'Avig., t. 13, pag. 403; tom. 16, p. 416.

Bergier.

MONDE (le nouveau) (Thêol. mixt.

et hist. scien. géogr.) — V. Christophe Colomb.

MONDE TERRESTRE (avenir du) [Thêol. mixt. philos, et scien.) — V.

Avenir du monde terrestre.

MONOPHYSITES. Voyez Eutychiens et Jacobites.

MONOÏQUE [Thêol. mixt. scien.

bot.) — « Ce mot, dit le supplément du Dictionnaire de l'Académie française, se dit d'un animal chez lequel les deux sexes sont distincts l'un de l'autre, mais réunis sur un même individu. » C'est le même sens que celui du mot hermaphrodite ; l'huître est dans ce cas. Mais le mot monoïque est encore plus employé par les savants à l'égard des plantes ; , les plantes monoïques sont celles qui ont sur le même individu des fleurs mâles

(1) Voyez notre article Atïnib du moxde terbestub. l e N 01ai

et des fleurs femelles distinctes : le mûrier, le bouleau, le pin, le maïs, le noyer, les courges, les melons, etc.

sont monoïques. V. Dioiques.

Le Noir.

MONOTHÉLITES, secte d'hérétiques, qui était un rejeton des eutychiens. Eutychès avait enseigné que, par l'incarnation du Fils de Dieu, la nature humaine avait été tellement absorbée par la divinité en Jésus- Christ, qu'il n'en résultait qu'une seule nature : erreur condamnée par le concile général de Chalcédoine. Les monothélites soutenaient qu'à la vérité les deux natures subsistaient encore, et que l'humanité n'était point confondue en Jésus-Christ avec la divi-.

nité, mais que la volonté humaine était si parfaitement assujettie et gouvernée par la volonté divine, qu'il ne lui restait plus d'activité ni d'action propre; qu'ainsi il n'y avait en Jésus-Christ qu'une seule volonté et une seule opération. De là vint leur nom, dérivé de jxovo?, seul, et de Ssàeïv, vouloir.

Ce fut l'empereur Héraclius qui, en 630, donna lieu à cette nouvelle hérésie. Dans le dessein de ramener à l'Eglise catholique les eutychiens ou monophysites, il imagina qu'il fallait prendre un milieu entre leur doctrine, qui consistait à n'admettre en Jésus-Christ qu'une seule nature, et le sentiment des catholiques, qui soutenaient que Jésus-Christ, Dieu et homme, a deux natures et deux volontés; que l'on pouvait les réconcilier, en disant qu'il y a, à la vérité, en Jésus-Christ deux natures, mais une seule volonté, savoir, la volonté divine. Cet expédient lui fut suggéré par Athanase, principal évêque des arméniens monophysites, par Paul, l'un de leurs docteurs, et par Sergius, patriarche de Constantinople, ami de leur secte. En conséquence, Héraclius publia, l'an 630, un édit pour faire recevoir cette doctrine. Le mauvais succès de sa politique prouva qu'en matière de foi il n'y a point de tempérament à prendre, ni de milieu entre la vérité révélée de Dieu et l'hérésie.

Athanase, patriarche d'Anlioche, et

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Cyrus, patriarche d'Alexandrie, adoptèrent sans résistance l'édit d'Héraclius; le second assembla, l'an 033, un concile dans lequel il le fît recevoir. Mais Sophronius, qui, avant d'être placé sur le siège de Jérusalem, avait assisté à ce concile, et s'était opposé à l'acceptation de l'édit, tint, de son côté, un autre concile, l'an 034, dans lequel il fît condamner comme hérétique le dogme d'une seule volonté en Jésus-Christ. Il en écrivit au pape Honorius : malheureusement ce pontife avait été prévenu et séduit par une lettre artilicieuse de Sergius de Constantinople, dans laquelle celui-ci, sans nier distinctement les deux volontés en Jésus-Christ, semblait soutenir seulement qu'elles étaient une, c'est-à-dire parfaitement d'accord et jamais opposées; d'où résultait l'unité d'opération. Honorius trompé approuva cette doctrine par sa réponse : on ne voit pas néanmoins qu'il ait écrit à Sophronius de Jérusalem pour condamner sa conduite.

Comme la fermeté de ce dernier à condamner le monothélisme était applaudie par tous les catholiques, l'empereur Héraclius, pour faire cesser les disputes, publia, l'an 039, un autre édit, appelé ecthesis, ou exposition de la foi, que Sergius avait composé, par lequel il défendait d'agiter la question de savoir s'il y a une ou deux volontés en Jésus-Christ, mais qui enseignait cependant qu'il n'y en a qu'une, savoir, la volonté du Verbe divin. Cette loi fut reçue par plusieurs évèques d'Orient, et en particulier par Pyrrhus de Constantinople qui venait de succéder à Sergius. Mais l'année suivante, le pape Jean IV, successeur d'Honorius, assembla un concile à Home, qui rejeta l'eethése et cond.imna les monothélites. Héraclius, informé de cette condamnation, s'excusa auprès du pape, et rejeta la faute sur Sergius. La division continua donc comme auparavant.

L'an 048, l'empereur Constant, conseillé par Paul de Constantinople, monothélite comme ses prédécesseurs, donna un troisième édit, nommé type ou formulaire, par lequel il supprimait l'eethése, défendait d'agiter désormais la question, et ordonnait le

silence. Mais les hérétiques, en demandant le silence, ne le gardent jamais; la vérité d'ailleurs doit être prèchée, et non étouffée parla dissimulation. En 049, le pape saint Martin 1 er tint à Rome un concile de cent cinq évèques, qui condamna l'eethése, le type et le monofliélisme . « Nous ne » pouvons, disent les Pères de ce » concile, abjurer tout à la fois l'er- » reur et la vérité. » L'empereur, in.

digne de cet affront, s'en prit au pape, et fît attenter plusieurs fois à sa vie.

Trompé dans ses projets, il le fît saisir par des soldats, conduire dans l'île de Naxos, retenir prisonnier pendant un an ; ensuite il le fît transporter à Constantinople, où le pape reçut de nouveaux outrages ; enfin, reléguer dans la Chersonèse Taurique, aujourd'hui la Crimée, où ce saint pape mourut de misère et de souffrances, l'an 055. Cela ne servit qu'à rendre les monothélites plus odieux.

Enfin, l'empereur Constantin Pogonat, fils de Constant, par l'avis du pape Agathon, fit assembler à Constantinople, l'an 080, le sixième concile œcuménique, dans lequel Sergius, Pyrrhus et les autres chefs du monothélisme, même le pape Honorius (1), furent nommément condamnés, et cette hérésie proscrite. L'empereur confirma la sentence du concile par ses lois.

Dans cette assemblée, la cause des monothélites fut défendue par Macaire d'Antiochc, avec toute la subtilité et l'érudition possible, mais avec fort peu de bonne foi; et il n'est pas aisé de concevoir ce que voulaient ces hérétiques, ni de savoir s'ils s'entendaient eux-mêmes. Ils faisaient profession de rejeter l'erreur des eutychiens ou monophy sites, d'admettre en Jésus-Christ la nature divine et la nature humaine sans mélange et sans confusion, quoique substantiellement unies en une seule personne.

Ils avouaient que ces deux natures étaient entières et complètes l'une et l'autre, revêtues chacune de tous ses attributs et de toutes ses facultés

(1) Voyez aur «eue condamnation in pape l'art,

noNORlUâ.

Le Noir,

MON

essentiels, par conséquent d'une volonté propre à ckaeune, ou de la faculté de vouloir, et que cette faculté n'était point inactive ou absolument passive. Ils n'en soutenaient pas moins l'unité de volonté et d'opération dans Jésus-Christ.

Cette contradiction même démontre que tous nepensaientpasde même et ne s'entendaient pas entre eux.

Quelques-uns, peut-être, par unité de volonté, n'entendaient rien'autre chose qu'un accord parfait entre la volonté humaine et la volonté divine : ce n'était pas là une erreur ; mais ils auraient dû s'expliquer clairement.

D'autres paraissent avoir pensé que par l'union substantielle des deux natures, les volontés étaient tellement réduites en une seule, que l'on nejiouvait plus y supposer qu'une distinction métaphysique ou intellectuelle.

Mais la plupart disaient qu'en Jésus- Christ la volonté humaine n'était que l'organe ou l'instrument par lequel la volonté divine agissait; alors la première était absolument passive et sans action; car enfin c'est l'ouvrier qui agit, et non l'instrument dont il se sert. Dans cette hypothèse, la volonté humaine n'était qu'un vrai nom sans aucune réalité.

Les monothélites s'étaient donc flattés mal à propos de pouvoir réunir dans leur système les nestoriens, les eutychiens et les catholiques; quiconque savait raisonner ne pouvait goûter leur opinion, encore moins la concilier avec l'Ecriture sainte, qui nous apprend que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, qui nous montre en lui toutes les qualités humaines comme celles de la Divinité.

Aussi, après une ample discussion de leur sentiment dans le sixième concile général, ils furent condamnés de toutes les voix; le seul Macaire d'Antioche s'y opposa.

Ce concile, après avoir déclaré qu'il reçoit les définitions des cinq premiers conciles généraux, décide qu'il y a dans Jésus-Christ deux volontés et deux opérations ; qu'elles sont réunies dans une seule personne, sans division, sans mélange et sans changement; qu'elles ne sont point contraires, mais que la volonté humaine

se conforme entièrement à la volonté divine, et lui est parfaitement soumise. Il défend d'enseigner le contraire, sous peine de déposition poulies ecclésiastiques, et d'excommunication pour les laïques.

Trente ans après, l'empereur Philippicus-Bardane prit de nouveau la défense des monothélites ; mais il ne régna que deux ans. Sous Léon 11saurien, l'hérésie des iconoclastes lit oublier celle des monothélites; ceux qui subsistaient encore se réunirent aux eutychiens. On prétend néanmoins que les maronites du montLiban ontpersévéré danslemonothélism jusqu'au onzième siècle.

Ce qui s'est passé à l'occasion de cette hérésie, a fourni aux protestants plusieurs remarques dignes d'attention. Le traducteur de "Moskeini dit, 1° que quand Héraclius publia son premier ôdit, le pontife romain fut oublié, parce qu'on crut que l'on pouvait se passer de son consentement dans une affaire qui ne regardait que les églises de l'Orient; 2° il traite Sophronius, patriarche de Jérusalem, de moine sèdiLieux, qui excita un affreux tumulte à l'occasion du concile d'Alexandrie, de l'an 633; 3° il dit que le pape Honorius, écrivant à Sergius, soutint, comme son opinion, qu'il n'y avait qu'une seule volonté et une seule opération dans Jésus-Christ ; 4° que saint Martin I or , en condamnant dans le concile de Rome l'ecthèse d'Héraclius et le type de Constant, usa d'un procédé hautain et impudent; 5° que les partisans du concile de Chalcédoine tendirent un piège aux monophysites, en proposant leur doctrine d'une manière susceptible d'une double explication; qu'ils montrèrent peu de respect pour la vérité, et causèrent les plus fâcheuses divisions dans l'Eglise et dans l'Etat. Siècle 7 e , 2° part. c. 5, § 4 et suiv. Mosheim, dans son histoire latine, est beaucoup moins emporté que son traducteur.

Sur la première remarque, nous demandons comment une nouvelle hérésie naissante pouvait ne regarder que les églises d'Orient, et si une erreur dans la foi n'intéresse pas l'Eglise universelle. Lorsque le pape

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Jean IV condamna, dans le concile de Rome, l'ecthèse d'Héraclius, cet empereur ne le trouva pas mauvais, puisqu'il s'excusa et rejeta la faute sur Sergius. Ce patriarche, ni celui d'Alexandrie, ne crurent pas que l'on pût se passer du consentement du pape dans cette affaire, puisqu'ils lui eu écrivirent, aiin d'avoir son approbation, aussi bien que celui de Jérusalem, qui lui envoya des députés.

Sur la seconde, le moine Sopbrone était déjà évéque de Damas, lorsqu'il assista au concile d'Alexandrie ; il se jeta vainement aux pieds du patriarche Cyrus, pour le supplier de ne pas trahir la foi catholique, sous prétexte d'y ramener les hérétiques. Placé sur le siège de Jérusalem, pouvait-il se dispenser de défendre cette même foi, et de montrer les dangers de la fausse politique des monothélites ? Il ne fut que trop justifié par l'événement, et sa conduite fut pleinement approuvée dans le sixième concile général. Il est singulier que nos censeurs blâment également le procédé peu sincère des monothélites, et la franchise de Sophrone, ceux qui voulaient que l'on gardât lu silence, et ceux qui ne le voulaient pas.

Sur la troisième, nous n'avons garde de justifier le pape Honorius ; mais nous ne voyons pas qu'il ait soutenu, comme son opinion, une seule volonté en Jésus-Christ. Nos censeurs citent llossuet, Défense de la Déclaration Juclci'fjc il: Fronce, 2 e part.

1. 12, c. 21. Or, voici les paroles d'Honurius rapportées par Bos&uet, c. 22 :

a Quant au dogme de l'Eglise, que nous » devons tenir et prêcher, il ne faut » parler ni d'une, ni de deux opéra- » lions, à cause du peu d'intelligence » des peuples, et aiin d'éviter l'em- » barras de plusieurs questions in- » terminables; mais nous devons en- » seigner que l'une et l'autre nature » (en Jésus-Christ) opèrent dans un » accord parlait avec l'autre ; que la » nature divine fait ce qui est divin, » et la nature humaine ce qui appar- » tient à l'humanité. » Et il ajoute » que ces deux natures unies sans » confusion, sans division et sans » changement, ont chacune leur opé- » ration propre. » Bossuet n'a cité

aucun passage d'IIonorius dans lequel il soit fait mention d'une seule volonté.

A la vérité, Honorius n'est pas d'accord avec lui-même, en disant que les deux natures en Jésus-Christ ont chacuneleur opération propre, et que cependant il ne faut point parler de deux opérations ; mais il ne s'ensuit pas de là qu'il n'ait admis qu'une seule volonté en Jésus-Christ; il ne parait pas même que Sergius, dans sa lettre à Honorius, ait osé proposer cette erreur.

Pourquoi donc, répliquera-t-on, le sixième concile a-t-il condamné les lettres d'IIonorius comme contraires aux dogmes des apôtres, des conciles et des Pérès, et comme conformes aux fausses doctrines des hérétiques?

Pourquoi a-t-il décidé que ce pape avait suivi eu toutes choses le sentiment de Sergius, et avait confirmé des dogmes impies? ce sont ses termes. Parce qu'il est eu effet contraire aux dogmes des apôtres, des conciles et des Pères, de ne pas professer la foi telle qu'elle est, et parce qu'Honorius ayant tenu dans ses lettres le môme langage que Sergius, le concileadùjuger qu'il pensait de même, quoique peut-être il n'en fût rien (1).

Les accusateurs d'IIonorius ont donc tort de conclure ou qu'IJonorius a été véritablement hérétique,

(() M. Bergier n'a pas voulu dire qu'un concile œcuménique peut sa tromper sur un fait dogmatique, sur le sens d'un écrit. Il ne parle que d'un fait personnel ou particulier, que de l'intention, ou,. nomme il s'exprime lui-uieoie, des pensées intérieures d'un écrivain.

C'est dans ce même sens qu'il faut entendre la cardinal Turrecremata, lorsqu'il justifie la personne d'Hnnoriiis, eu disaut que « l'ounluèujo ne fut pro- » nonce contre lui par les Orientaux qu'après sa » mort ; qu'où n'a jamais trouvé ni pendant sa rie, » ni après sa mort, qu'il eût mis en Jésus-Christ » une seule volonté et une seule opération ; que » parcelle raison il n'a jamais été jugé uèreliquo, » m par le siège apstoliquo, ni par les Pèros » d Occident; qu'au contraire le pape Agalhon, » sous lequel le sixième cooeile fut célébré, con- » damnant ceux qui menaient on Jésus-Christ une d seule volonté et une seule opération, savoir, » Sergius, Pyrrhus, Paul et Cyrus, n'avait fait aucuns < mention d'IIonorius, que le» Orientaux accusaient » d'avoir favorisé ces erreurs. C'est ce qui per- » suade, conclut ce cardinal, que les Orientaux » firent cette eondamnatioo, étant surpris t>,nrh,nit » Honorius, par une information mauvaise, » fausse et sinistre. » (Lum. Eccl., lih. 2. e. 03.)

Gousset.

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ou que les conciles ne sont pas infaillibles; les conciles jugent des écrits, et non des pensées intérieures des écrivains (i).

Nous ne voyons pas pourquoi on ne dirait point hardiment, aveu Bellarmin, que le concile se trompa dans son interprétation de la lettre d'Honorius ; et nous ne voyons pus non plus en quoi cette réponse, qui suppose qu'un concile peut être mal informé et sa tromper sur un fait dogmatique, diffère de ce que di'Bergier, et de ce que dit Turrecremata ; puisque ce fut en tant qu'auteur de la lettre que le concile condamna Honorais. Le concile du Vatican n'a déclaré l'infaillibilité du Pape avec ou sans le concile que sur ce qui est une doctrine touchant la foi ou la morale. Un fait dogmatique qui entraîne la condamnation d'un homme en particulier n'est point une doctrine de cette nature.

(1) Quelques auteurs gallicans se sont prévalus des lettres d'Honorius pour attaquer la doctrine de l'infaillibilité du pape; mais il est facile de montrer que ces prétentions sont absolument dénuées de fondement.

D'abord, il faut se rappeler que les théologiens qui sont pour l'infaillibilité du souverain poitife, ne regardent ces décisions comme irréfragables que lorsqu'elles renferment un jugement dogmatique adressé à toute l'Eglise (1). Or, de l'aveu de tous les critiques, les lettres d'Honorius ne sont que des lettres particulières; elles ne furent adressées qu'à Sergins qui l'avait consulté sur la question des deux volontés en Jésus-Christ. On ne pourrait donc, lors même qu'elles seraient infectées d'hérésie, en tirer aucun avantage en faveur du gallicanisme.

Mais nous sommes bien éloigné d'accorder que les lettres d'Honorius contiennent réellement le venin du monothélisme. Ce pape ne décide rien sur la question où l'on prétend trouver l'erreur. Gardez-vous bien, dît-il à Sergins, de publier que j'aie rien décidé sur une ou sur deux opérations : Non nos oportet unam vel duasoperationes déficientes prsdieare. (Epist. 2. ad Sergium.) Sergius luimême n'avait pas osé demander une décision: il se bornait à faire observer au pape Honorius , o que pour le bien delà paix ilparaissait utile de garder le silence sur les mots d'une ou de deux opérations, à cause du danger alternatif d'ébranler le dogme des deux natures, en supposant une seule volonté ; ou d'établir deux volontés opposées en Jésus-Christ, si l'on professait 'deux volontés. » Le pape n'apercevant pas le piège, et outrant peutêtre les maximes générales du saint Siège qui redoute les décisions précipitées, surtout lorsque l'erreur est naissante, consentit au silence tant désiré par Sergius. Il craignait, comme Sergius affectait de le craindre, qu'en employant les termes d'une ou de deux opérations, il ne parût favoriser l'erreur des eutychiens ou des nestoriens : « Ne v parvuli aut duarum operationum vocabulo ofTensi, » sectantes nestorianos nos vesana sapere arbitren- » tur ; aut certè, si nu sus unam operationem » Dornioi nostri Jesu Chris tî fatendam esse censue- » rimus, stultam eutychianistarum attonitis auribus » dementiam fateri pntemur. » {Epist. 1. ad Serg. ) Or, dira-t-on qu'en agissant de la sorte, le pape Honorius enseignait l'erreur ? Mais on ne prendra jamais le silence d'un pape pour un jnge-

<1) Il est inutile de faire remarquer aux lecteurs que la doctrine sur l'infaillibilité papale que nous déduisons des décis:ons du concile du Valicun dans notre Dissertation préliminaire, n'est pas conforme à ce sendment des théologiens dont parle M. Gousset. Lk Noir.

Sur ]a quatrième remarque, nous soutenons qu'il y eut du zèle, du courage, de la fermeté, dans la conduite du pape saint Martin, mais

ment, une décision dogmatique. On conviendra, si l'on veut, qu'Honorais a m.mqné aux lois d'une sage administration, qu'il devait se délier de Sergius, et prévoir les suites funestes de son silence; mais en tout cela l'on ne voit aucune hérésie, aucune erreur th^ologique. C'est donc évidemment sortir de la question, que d'objecter les lettres d'Honorius contre l'infaillibilité du souverain pontife,

D'ailleurs, le silence prescrit par Honorius ne tombe point sur le dogme des deux opérations ; il n'a pour objet que la manière de l'exprimer, que le terme d'opérations, que le pape croyait dangereux, C'est ce qu'on voit clairement par la manière dont il s'explique dans ses lettres. Laudamus, dit-il, Novitatem vocabuli au ferentem, guod posset scandalura simplicibus generare. — Ne parvuli duarum operationum vocabulo offensi. — Il déclare qu'il laisse aux grammairiens la question, si l'on doit se servir des termes d'une ou de deux opérations en Jésus-Christ, et reconnaît éqnivalemment la distinction des deux opérations : « Utrùm, propter

» OPERA DlVINITATIS ET HUMANITATIS, MÙâ an g6-

» minœ operationes debeant dérivât» dici vel in- » telligi, ad nos ista pert'taeré non debent, relÏQ- » quentes ea grammatieis. Mediatorem Dei et bomî- » num, plenè ac perfecté multisque modis et inef- » fabilibus coufkeri noseommunioneuTRiL'SQUE r NATu- » R.E eondeeet operatum. — Hortantes vos, ut n unius vel geminœ kovjE vocis indnctum opérait tionis vocabulum aufugientos, unum nobiscum h Dominum Jesum Christum Filinm Dei vivi, Deuni » verissimum, in duàbus naturis operatum divimtos « atque humanitus, lide orthodoxû et unitate ca- » tholieâprœdietis. h {Epist. 1. ad Sergium.) Evitant de définir expressément s'il y a une ou deux opérations, il confesse que les deux natures unies ea Jésus-Christ par une union naturelle, sont opérantes et opératrices j que la nature divine opère les choses qui sont de la Divinité, et la nature humaine, celles qui sont de l'humanité ; qu'au lieu de dire qu'il y a une opération en Jésus-Christ, il faut dire qu'il y a un seul Seigneur qui opère réellement dans les deux natures ; ou plutôt que ces deux natures opèrent dans une seule Personne les choses qui leur sont propres, c'est-à-dire des choses divines et des choses humaines. « Non unam vel » duas operationes in mediatore Dei et hommum » deiinire, sed utrasque naturas in uuo Chris ta » unitate uaturali copulatas, cum alterius com- » munione opérantes atqus opératrices conliteri » debemtis : et divinam quideui, quse Dei suntope- » rantem, et humannm, quœ carnis snnt exequen- » tem. Non nos oportet unam vel duas operationes » dehnientes prœdkaro ; sed pro itnâ, qnam qui- » dam dicunt, operatione, oportet nos unum operaï torem Christum Dominum in utrisquk naturis » veridicè confiteri : et pro duabus operationibus, » ablato geminœ operationis vocabulo, ipsas potiùs » duas naturas, id est, divinitatis et carois assum- » ptœ, in unâ personâ Unigetiiti Dei Patris, incon- » l'usé, indivise atque inconvertibiliter nobiscum u prœdicare propria opérantes. — Ne novœ vocis, » id est unius vel geminre operationis vocmiclo inii sistere vel immorari videantur, sed abra-'i hujns- )i modi nov,e vocts appellaliono, Christum Dominum » nobiscum in utrisqub naturis uivina vel huma Si « pnedicent operantkm. » {Epist. i. ad Sergium.) S'exprimer ainsi, n'est-ce pas reconnaître la dislinc-

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qu'il n'y eut ni hauteur ni impru- nation fut souscrite par près de deux -

dence. Il s'abstint, par respect, de cents évèques, et ce jugement fut

nommer les deux empereurs dont il confirmé par le sixième concile gé-

condaumait les écrits; cette condam- néral. C'est avec raison que l'Eglise

lion des deux opérations, des deux volontés en Jésus-Christ? A. l'expression près, pouvait-on professer plus clairement le dogme cutliolique ?

11 est vrai qu'Honorius dit, dans sa première lettre, qu'il ne reconnaît qu'une volonté en Jésus- Christ, unam colunlalem fatemur Domifli Jeau Ghriiti ; mais pour peu qu'on fasse attention, l'on remarquera que ce pape ne parle que de la volonté humaine sans exclure la volonté divine, excluant cette volonté charnelle qui est l'efl'et du péché d'Adam, et qui ne peut convenir qu'à notre nature dégradée, et telle qu'elle est après la prévarication. C'est manifestement le sens du pape Honorius : << Unam volnntatem fatemur Uouiioi Jesu i> Chris ti, quia profecto à Divinitate assumpta est

• oostra natura, non eulpa, il!a profecto qure antô

■ peccatum creata est, mm quœ post prœvaricai tîonein vitiata.... Non est itdque assumpta, sicut » prœfati suinus, à Salvatore vitiata Datura, quœ » HHPcGNAnuT logi menlis ejus. »

D'ailleurs à quoi faudra-t-il s'en teoir sur le sens de la lettre d'Honorîus. si ce n'est au témoignage de celui qui l'a écrite au nom de ce pontife ? Or, voici ce que celui-là môme écrivait au nom du pape Jean IV à l'empereur Coustanlin: o Quand s nous parlions d'une seule volonté dans le Sei- » gneur nous n'avions point en vue la nature divine

• et la nature humaine, maïs son humanité seule. a Sereins ayant soutenu qu'il y avait ec Jésus-Christ » deux volontés contraires, nous avons dit qu'on ne » pouvait reconnaître en lui ces deux volontés, sa- » voir, celle de la chair Ql celle de l'esprit, comme

* nous les avons uons-mèaies depuis le péché, » mais seulement une volonté qui naturellement

■ désignait son humanité. » « Unam volnntatem diximns in Domino, non divinitatis ejus et linmanitatis, sed humanitatia sol i us. Cilna enim Se r gins seripsisset, quod quidam <luas voluutates in Chris to contrarias dLeerent, diximus Chrislimi non duas volnntates contrarias habuisse, Garnis, inquam, et spirit&5, sicut nos habemus post peccatum ; sed muni tantùoi, quœ nuturaliter hnmauitatein ejus signât. * (Disputatio S. Maximi cum Pyrrho.)

Le pape Jean IV, dans sa lettre à l'empereur Constantin, dit qu'Honorius ne voulait pas qu'on reconnût dans X'jire-Seignenr. comme dans l'homme pécheur, deux volontés contraires, celle de la chair et celle de l'esprit. Il est absolument faux, que ce pape n'ait admis qu'une seule volonté, tant pour la nature divine que pour la nature humaine. « Decessor meus, i» d cens de mysterio iocaroationis Christi, dicebat » non fuisse in eo, siout in nobis peccatoribus, menj> tis et curuis contrarias voluntates ; quod quidam » ai proprium sensum eonvet tentes, divinitatis ejus » et Iiiiu anitatis iinamenm volnntatem docuisse aus- » pjeati si'.at, quod veritati omnimodis est cou-

* traiinm. » {hpxst. ad Constantiiium Imperatarem.)

A ces témoignages nous ajouterons celui de saint Maxime. Ce saint prêtre était persuadé qu'Honorius n'a point reieté la distinction des deux volontés, en disant qu'il n'y a qu'une volonté en Jésus-Christ ; parce que, ajonle-t-il, ce pape n'excluait point la volonté humaine et naturelle du Sauveur, mais seulement la volonté charnelle et les pensées déréglées qui ne sont propres qu'à notre nature corrompue : « Honorium etiam romannm papam non difliteri » reor naturaliter in Chrièto voinutatum dualitatem, a in epistolà quam scripsit ad Sergtum, eo quod

h unam dixerit volnntatem; sed potins contïteri, » et hanc fortassis etiam eonetabilire. Nam hoc non » ad repi'obalionem dixit humana* Salvatoris et oa- » turahs voluntatis; sed quod nullateniis conceptio- » nem ejus, quo? fuit sine semiue, vel incorruptam » nativiiatem prœcesserit voluntas carnis vel co- » gitatio viliosa, unam volnntatem fatemur Domini « nostri Jesu Christi: quia profecto, ioquit, à » Diviuitate assumpta est natura nostra ; non cul- » pa, absque car.naliblts voluntatibus kt iu/uams cooiTATioNiBUs. 5. Maximi episl. ad Marinum presbytevum.)

II est clair, d'après ces témoignages que le pape Honorius n'a point confondu la volonté de Dieu avec la volonté de l'homme en Jésus-Christ; et qu'il a seulement voulu dire que Notre Seigneur, en sa qualité d'homme, n'avait point comme nous ces deux espèces de volontés, dont l'une approuve le bien, et l'autre nous porte au mal.

Après avoir justifié les lettre d'Honorius par elles-mêmes du reproche d'hérésie, noua ponvuos les h:-! lier encore parle téinoiguague des auteurs contemporains et de pontifes qui lui ont succédé sur ta libaire de saint Pierre.

i Un doit rire, dit saint Maxime, ou pour mieux » due, ou doit pleurer à la vue de ces malheureux » [S erg i us et Pyrrhus) qui osent citer des pré-

■ ti ndues décisions favorables à l'impie oethèse, i. essayer de placer dans leurs rangd le gtand i H Nur os, et se parer aux yeux du monde de » i'cntm'itéd'un homme éminent dans la cause de la t iv igiou... Qui donc a pu inspirer tant d'audace i a ces laussaires ? Quel homme pieux et orthodoxe, i quel èvèque, quelle Eglise ne lésa pas conjurés a d'abandonner l'hérésie? mais surtout que n'a pas • fait !o Divin Honorius ? o « Qund est risn, imo, ut inagis proprlè dicamus, lamento dignissimura, nlpote i lorum demoostiativnm andteia?, nec adversùs ipsam apostuiicaai sedem meritiri temerè pigiitati suot, sed quasi illius efl'ecti consilii, et veluti qnodam ab ea recepto decreto, in suis contextis pro impia octliesi actionibus eeenm magnum Honorium acceperuut, suy pnesumptioms ostentationem ad alios faeientes viri in causa pietatis maximain eminentiam. Quis itaque, o fai/osi.-tsime I et quahs Sophronius ha-e et tain atrociter, et per tautimi lemports, fucere suis falsiloqniis persnasit ? quœ hos non rogavit Eccle^a ? quis pins et ortliodoxus non supplicavit auiU'.es cessare illos à propria ha'icsi alamando et obtestnndn....? Qaid autem et divinus Honorius? » (Epist. ad Petrum illu&lrom.)

Le |ape Jean IV rapporte, dans sa lettre à l'empereur Constuntin, que tout l'Occident fut révolté eu apprenant que Pyrrhus invoquait le nom d'Huii'inus en favew d'une erreur que ce pape regardait comme contraire à la foi catholique* « Oiunes Ocridentis i art'-s scandalirata? turbantur, » fratre nostro Pyrrho palriundia per litteras suas » hû ■ atque illuc trausmissas, nova qm-edam et » pra*ter regulam Gdei prirdicante, et ad proprium » sensum quasi sakctae meudkiae Honorium papam » decessoiem uostrum attrahere festiuante, quod

■ A. UbKTii CATHOLICl PATR1S ERAT PB.MTUS ALIE.SL'Ï*. »

(Epist. 2, ad Imp. Const.)

Le conci'o de Latran sous le pape saint Martin, condamna l'ecthèse d'Héractius, le type o i formulaire de Constant, et les auteurs du monnthélisnie, saveir Tbéodore de Pharan, Cyrus d'Alûianùriej

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honore ce saint pape comme un ïnartyr; les cruautés que l'empereur Constant exerça contre lui ont flétri pour jamais la mémoire de ce prince.

Serghts de Constantinople, Pyrrhus, Pierre et Paul, -successeurs de Sergius : cependant on ne fît aucune mention du pape Honorius, ni de ses lettres à Sergius : on ne croyait donc pas ces lettres infectées de monothélisme. On était si éloigné de regarder Honorius comme hérétique, que saint Martin ne crnienit point d'avancer, dans une lettre adressée à tome l'Eglise, que les papes ses prédécesseurs n'ont cessé d'avertir et de reprendre Sergius et Pyrrhus, pour les ramener de l'erreur à la saine doctrine: r Antecessores nostri non destiterunt b admonentes eos et contestantes recedere à sua » hujusïiodi hsercsi, et sanam doctrinam amplecli.» (Epist. encycitacn Martini papgs et synodi Rom, ad omnes Christi fidèles.)

Le pape Agatlion dit que le siège apostolique ne sVcarta jamais, ni à droite ni à gauche, de la vraie foi ; que cette foi n'a jamais été altérée par les nouveautés des hérétiques ; que les successeurs de saint Pierre ont, dans tous les temps, conformément à la promesse de Notre-Seigneur, affermi leurs frères dans la foi ; qu'à dater du temps où les évêques de Constantinople ont voulu introduire les erreurs nouvelles (celle des monothê-lites dont on accuse Honorius), les papes n'ont jamais négligé les moyens de ramener les évêques à la vérité... Ils les ont sans cesse avertis, exhortés, conjurés de s'abstenir de ce-s nouveautés, et de se taire du moins sur des questions qui donneraient encore naissance aux dissensions. « Apostoiica Christi b Eeelesia per Doi omnipotentis gratiam, à tramite b apostolicr-e traditionîs nunquam errasse probabi- » tur, née bcereticls novitalibusde; ravata succnbuit; • sed ut ab exordio fidei christiante percepit ab ancb toribus sois apostolornm Christi princîpibns, illib l>ata fine tenus permanet, secundum ipsins Défi mini Salvatoris divinam poliicitationem, quam b suorum discipulorum, principi in sacris EvADgelïia

b fatus est, ete Quid fîdom Pétri non defectu-

b ram promisit, conGrmare eum fratres s nos ad- » monuit, quod npostolicos pontifiees meœ exigui- « tatis prœdecessores, conûdenter feiisse semper, i ounctis est cogoiUim... Apostolici mémorise meœ b parvilatis prœdecessores, dominicis doetrinis insb trueti, ex qtio novitatem hœreticam in Christi « immaculatoin Ecclesiam dnstantinopolitanœ Ec- » clesiœ prœsules introducere conabantur, nuwquam » neglexerunt eos horlari, atqrie obsecrando comb mooere, ut à pravi dogmatis hseretico errore, n saltem tacenoo désistèrent, ne ex hoc exordium » dissidii in unitate Ecciesiœ facerent. » (Epist. ad Imper a t.)

Remarquez ces dernières paroles du pape Agathon ; elles renferment une apologie expresse d'Honorius. D'adleurs aurait-on pu dire que la foi du saint Siège a toujours été intacte, que les papes se sont toujours opposés aux nouveautés, et qu'ils ont constamment confirmé leurs frères dans la foi, si le pape Honorius eût réellement enseigné l'erreur dans ses lotiresà Sergius? Nutis trouvons un témoignage qui n'est pas moins exprès, dans la lettre que le pape Agatlum lit rédiger au concile de Rome composé de cent vingt-cinq évoques, et qui servit d'instruction aux légais qu'il envoya au sixième concile œcuménique. Ce pape reconnaît dans cette lettre que la foi qu'il professe contre les monothélites est la foi qu'il a puisée à la véritable source de lumière ; colle que les sucesseurs de saint Pierre ont toujours conservée pure et sans mélange d'er-

Dans la cinquième remarque, M os heim et son traducteur s'expriment très-mal, en disant que les partisans du concile de Clialcédoine tendirent

reur ou de nuages: « Lumen quod ex veri luminis fonte, tanqnam de radio vivifici fulgoris, per m ministres beatos Petrum et Paulum apostolorum » principes, enrnmque discipulos et a^ostolicos suc- » eessores, grudatim usque ad nostrffni parvitntem, » Dei opitnlatinne servaium est, nulla hœretiei er- » roris tetra oaligino tenebratum, nec falsi tatis ne- » bulis coufœdalum, nec întermissis heereticie pra- » vitatibus, volut caliginosis uebulis peru^bratrfm, » immune atqne sincerum, et suis ra'diiô perlustra- » tu m. 'i Comment concilier ce témoignage d'Agathon et du concile de Rome avec l'accusation d'hérésie dirigée contre Honorius ?

On répondra peut-être que, si le pape Honorias n'a point approuvé positivement l'erreur monothélique, au moins il ne s'y est pas opposé, comme il aurait dû le faire, pour s'acquitter de l'obligation d'affermir ses frères dans la foi ; et que par conséquent le témoignage d'Agathon ne doit pas être pris à la lettre. Mais ce pape ne nous apprend-il pas qu'Honorins a satisfait à cette obligation, en imposant silence aux monothélites et en leur défendant do dire qu'il n'y a qu'une opération en Jésus-Christ ? 11 dit que ses prédécesseurs ont taché de détourner les évèque-* de Constanti nople de leur erreur dès le commencement, au moius en leur ordonnant do se taira. Ces paroles d'Agathon, dès le comm 'ncemevt, et ces autres, saltem tacendo, nepeuvent se rapporter qu'à Honorius ; puisque ce fut sous son pontificat que les iaonothélites commencèrent à publier leur erreur ; et que ce pape, tout en prescrivant à Sergius de ne point se servir du terme d'opération, enseigne clairement qu'il y a deux opérations eu Jésus-Christ. Si les successeurs d'Honorius condamnèrent plus expressément les monothélites, c'estqu'ils se montrèrent avec plu* d'évidence depuis la mort de ce pape.

Nous ajouterons que l'empereur Iîéraclius cherchant àse disculper auprès du pape Jean IV, de la part qu'il avait prise à l'affaire du monotliélisme, en publiant l'ecthèse, garde le silence sur les lettres d'Honorius, ainsi que l'empereur Constant II, dans son apologie adressée au pape saint Martin, au sujet du type on formulaire, qui était dans le sens de l'ecthèse d'Héraelius. Or, comment expliquer ce silence sur les lettres d'Honorius, lesquelles auraient certainement excusé les deux empereurs, si elles avaient été en faveur du monothélisme ?

Mais si le pape Honorius était réellement à l'abri du reproche de monothélisme, comment justifier le sixième concile œcuménique, qui a condamné ses lettres comme contraires a la foi, et anathématisésa personne ? La sentence est ainsi conçue : « Ayant trouvé » l'épitre de Sergius à Honorius, et celle d'Hono- » rius à Sergius entièrementeontraircs à la doctrine » des apôtres, aux définitions des conciles et aux » sentiments des saints Pères, et conformes a la » fausse doctrine des hérétiques, nous les rejetous » absolument, et nnus les avons en horreur comme » pernicieuses au salut des ûmes. Nous avons jugé « de plus qu'on doit effacer des dtptiqnes les noms h de Théodore, de Sergius, de Cyrns, de Pyrrhus... « qu'on doit également anathématiser avec eux le s pape Honorius, parce que nous avons connu a par ses lettres à Sergius, qu'il a Buivi en toute D chose l'esprit de cet hérétique, et qu'il a con- » firme ses dogmes impies : quia in omnibus ejus i mentem secutus > st, et impia dogmata con- » firmaoit. « (Act. xm.) Telle est la condamnation

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un (piège aux monophysites. Ce piège fut tendu, non par les catholiques, sincèrement attachés à ce concile, niais par les monothùiites ; il futima-

pnrtée contre les lettres et la personne d'Honorins, qimrante-Heux après sa mort.

Nous répondons premièrement d'après M. Barruel et plusieurs savants critiques, que rien n'est moins certain qne la condamnation d'Honorins; qu'on pent révoquer en doute l'auiheutieité des actes dn sixième concile, sur le fuit dont il s'agit. En efîVr, nous av-ms prouvé que les prétendues erreur* Il m l'iua ne sont qu'une calomnie, manifestée d'abord par le texte même de cette lettre que l'on dit proscrite par un concile œcuménique, manifestée par le témoignage do celui-là même qui avait écrit eatte lettre sons la dictée d'Honorins, manifestée ensuite par la lettre du par e Jean IV à l'empereur Constantin, fila d'Héra lins ; manifestée surtout par les écrits de saint Maxime, qui appelle Honorais homme divin. Loin de soutenir l'erreur, ce pape ne l'avait pas même connue, puisqu'elle avait craint de se montrer à lui ouvertement, Il répondit à l'artificieux Sergius, non en confondant dans Jésus-Christ la volonté divine avec la volonté humaine, mais en ne reconnaissant en Notre- Seïgnenr qu'ure seule volonté humaine toujours droite et conforme à la volonté divine. Tout cela était trop connu dans l'univers, et surtout à Constantinople, pour que les évêques réunis dans cette ville n'en fussent pas instruits. Croire à ce prétendu anathème lancé par ces évêques contre Honorine, n'est-ce pas les accuser d'avoir proscrit un pape justifié depuis plus de quarante ans aux yeux de l'univers ?

D'ailleurs, comment justifier cet anathème de la précipitation et de la légèreté la plus étrange ? Sur une simple lecture do cette lettre, tous les Pères s'écrient: Anathème à Honorius ! pas un seul, pas même les légats du pape, si jaloux de l'honneur du siège apostolique, pas un seul ne so lève pour rappeler au moins ce que tant d'autres avaient écrit pour venger la mémoire d'Honorins, Cependant quelle apparence y a-t-ilque les légats du saint Siège eussent souffert qu'on eût traité ce pape comme hérétique, mus dire un seul mot pour sa défense, sans faire le moindre opposition, sans faire observer au moins «me les pouvoirs qu'ils avaient reens d'Agathon n allaient pas jusque-là ? Si l'on pouvait au moins montrer lamoindre modération, une ombre de justice dans l'accusation ; mais non : tout ce qu'Honorins a trouvé dans son zèle et dansles livras saints, d'expreesTO&fi les plus pressantes pour étouffer Teneur dansson berceau, il l'a euifiloyé en coujurantSergius et ses adhérents d'éviter es nouveautés, de s'en tenir à la simplicité de la fol et aux décisions da l'E^liso, afin que personne ne se laisse séduire par de vaines subtilités et par les artifices des sophistes. Son grand objet était manifestement d'étouffer l'erreur dès sa naissance, par un profond silence sur le terme opération. Si, à cette époque même, cette conduite n'est pas celle de la sagesse, elle aéra au moins tout le crime d'H>norius. Et l'on voudrait nous faire croire que les Pères de ce conçue n'auraient pas hésité à ranger le pape Honorius parmi les hérétiques Sergros et Pyrrhus 1 à prononcer que ce pape avait suivi et confirmé en tout 1rs dogmes impies du fourbe Sergius! Où serait donc, je le répète, l'équité d'une semblable sontence, de ces anathèmes auxquels l'Eglise n'a recours qu'à la dernière extrémité ! Comment s'imaginer que ce concile qui a témoigné tant de respect pour le chef de l'Église, pour le

gin A par Athanase, évêque des monophysites; par Paul, docteur célèbre parmi eux; par Sergius de Constantinople, leur ami, et fut suggéré à

vicaire de Jésus-Christ ait condamné un successeur de saint Pierre comme hérétique, et cela plus de quarante ans après sa mort ; ce qui ne s'eft pas fait que très-raremont, même à l'égard des hérétiques dont les écrits contenaient évidemment des erreurs contraires à la foi ?

Or, il faut rayer l'anathêrae d'Honorins, ou il faut fuire tomber le concile de Constantinople dans les plus étranges contradictions. Les Pères de ce concile ont entendu les lettres du concile de Rome et du pape Ago thon, qui condamnent les mono tliélit 05 Théodore, Sergius, Cyrus, Pyrrhus, Paul et Pierre de Constantinople, sans faire aucune mention d'Honorins. Ils ont entendu ces paroles d'Agalhon : a À dater du temps où le-* évêques de Cnnstantioa- •i pie ont voulu introduire le monothéisme, les a papes n'ont jamais négligé les movens de les ra- » mener à la vérité... Ils les Mit sans cesse aver- » ti», exhortés, conjurés de s'abstenir de la nou- » veauté, de se taire du moins sur des questions • qui donneraient naissance aux dissensions. » IU k ont entendu ces paroles qui leur sont adressées d par les cent trente évêques du concile de Rome:

La foi qne nous professons { contre Sergius et ses » adhérents) est la foi que les successeurs de saint » Pierre et de saint Paul ont toujours conservée » intacte, sans mélange d'erreurs ou de nuages, s Ils les ont entendus, ces témoignagnes, en faveur d'Honorins, et ils les ont approuvés par acclamation : « De longues années au pape Àgathon ! Vous » adhérons tous à la lettre du pape Agathon et à » celle du concile de Rome... C'est ainsi rjne nous « pensons, c'est ainsi que nous faisons profession

1 de croire; c'est Pierre qui parlait par Agathon : Tamquam ipsiiis divini Pétri vocem Ayuthonis super odmirati sumus. » 0", comment concilier tes acclamations avec l'anathème ? Non, il n'y a pas do milieu; ou il faut accuser le concile de Constantiunpte de s'être contredît, ou il faut reconnaître avec les savants, qui réunissent aux règles d'une sainte critique, une étude approfondie de l'histoire ecclésiastique, que l'anathème contre les lettres et la personne d Honorius est l'ouvrage, non du sixième, concile œcuménique, mais de l'imposture. ■ Ne mireris cum infra dicemus acta synodal ia sextî concilii, in iis proesertim qure de Hontrrio mmano » pontiDce attestantnr, Grœeorutn impos'urn ubiqne depravata esse. » (Labbe, Conc, y tom. 6, col. 585.)

On demandera peut-être par qui et comment les actes du sixième concile ont été falsifiés ? a Quant l'impostnte est constante, dit Barrnel, peu importe la main du faussaire ; cependant celui qu'on accuse le plus généralement est ce Théodore, chasse comme hérétique du siège de Constantinople. mais à force d'intrigue et d'hypocrisie, remonté sur ce siège bientôt après ce sixième concile. Excommunié lui-même avec plusieurs de ses prédécesseurs, il est accusé d'avoir elfacé son nom, qui certainement devait s'y trouver partout, comme celui de Sergius, de Pyrrhus; mais il garda les actes du concile, jusqu'à ce qu'il 6Û.t substitué partout le nom d'Honorius an sien. Voilà Eans doute pourquoi la lettre que l'empereur avait confiée aux légats du pape, est la seule pièce où le nom d'Honorins ne se trouve pas calomnié. Quoi qu'il en soit de ce fait, il est certain que les Grecs furent convaincus à Florence d'avoir altéré la lettre synodique du pape Agathon a ce môme concile, en retranchant lo Pitioque\ l'auteur de cette suppression peut bien être celui du

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l'empereur Héraclius. Ce sont donc ces personnages, et non les catholiques, qui causèrent les divisions et les disputes qui s'ensuivirent, et ces

prétendu anathème. Mais on le trouve répété dans les actes des septième et huitième conciles. J'en conviens, et j'en suis moins surpris, parce que la répétition des anathèmes lancés dans les conciles précédents était une affaire d'usage, et parce que les actes du sixième une fois altérés, ce n'était là qu'un fait sur lequel les autres pouvaient aisément se tromper. Cette répétition ne supposant point un nouvel examen, n'ajoute rien aux preuves contre Honorius. Ede prouve au contraire Beaucoup pour l'autorité de Rome, qui seule, refusant constamment . de confirmer l'anatlième, en a toujours suspendu les effets, puisque personne n'est obligé de souscrire à celui d'Honorius, au lieu que tous le sont de dire comme Rome, analhème à Sergrus,à Pyrrhus et aux antres mooothélites. » (Du pape et de ses droits, ete., part. 1, ch. 2.)

Secondement , réel ou prétendu , l'anathème contre Honorius neserajamais un sujet de triomphe pour les ennemis du saint Siège. Car les évèques d'Orient qui composaient le concile de Constantinople ne représentaient point l'Eglise universelle ; d'ailleurs, ni les légats du saint Siège, ni ceux du concile de Rome, n'avaient reçu l'ordre de consentir à cette condamnation. Le pape Agathon s'était expliqué clairement sur ce point, en disant qu il n'entendait point que ceux qu'il envoyait pussent excéder les ordres qu'il leur avait donnés : « Ltcntiam eis sive anctoritatem dedinins simpli- » citer tatisfaciendi in quantum eis dllntaxat injunc- » tmn est, ut nihil profecto prtesumant auobris, » minuere velmulare. « (Epist. ad imperat.)Un concile qui n'est point présidé par le pape eu personne, y eût-il envoyé ses légais, ne peut, quelque nombreux qu'il soit, avoir d'autro autorité que celle d'un concile particulier, au moins pour les questions qui n'auraient pas été comprises dans les instructions que le pape aurait données à ses légats, pmsuue ces décisions ne seraient pas fondées sur 1 autorité du ch; f de l'Eglise. Par conséquent, Honorm--, supposé coupable d'hérésie, n'a pu être jugé, même après sa mort, par les évèques d'Orient, sans le consentement et sans l'autorité de ce premier biége qu'il avait occupé. « Nec patriarcharum » quisquam, nec aliorum ullus antistitum senteutiam » pronuntiare potuerit, nisi ejusdem primariœ sedis >> accedente ad eam rem auctoritate. » (Conc. Rom., sub Sadriano; Labb., Conc, t. 8, col!

1343.) Or, le saint Siège n'a point ratifié la condamnation d'Honorius; Rome ne l'a jamais regardé comme hérétique; ses cendres tranquilles reposent avec honneur au Vatican ; ses images continuèrent à briller à l'église, et son nom resta dans les diptiques sacrés parmi ceux des pontifes de la foi.

Ou répliquera peut-être que le pape léon II a confirmé par ses lettres la condamnation d'Honorius. Répondant à l'empereur Constantin Pogonat, auquel il envoie son approbation des actes du concile, il anathématise Honorius, qui, au lieu d'éclairer l'Eglise apostolique, s'est efforcé de renverser la foi : Immaculatam fidem subvertere conatus est.

Mais l'imposture qui a forgé ou falsifié les lettres du pape Léon II, est trop manifeste pour en imposer; elle nous donne des leitres écrites par le pape en confirmation de l'analhème contre Honorius, et elle les date d'un temps où le siège de Rome était vacant. Elle fait dire a Léon, dans sa lettre aux évèques d'Espagne, qu'il avait envoyé des lé-

so.phistes n'étaient rien moins que partisans du concile de Chaleédoine.

La définition de ce concile ne donnait lieu à aucune fausse explication,

gats pour présider au concile de Constantinople, et ce concile était terminé avant que Léon ne fut pape • que ces légats étaient des ai chevêques des prol vinces romaines; et il n'y eut point d'autres légats à Constantinople, que les deux prêlres Théodore et Georges, et le diacre Jean, envoyés par le pape Agathon.

D'ailleurs, ne serait-il pas fort étrange qu'un pape aussi éclairé, aussi sage que l'était Léon II, fut allé réveiller l'idée de l'excommunication d'Honorius, en répondant à l'empereur qui n'en faisait aucune mention dans sa lettre au même pape, ni dans celle aux évèques du concile de Rome? Ne serait-il pas plus étrange encore, qu'il ait traité un de ses prédécesseurs comme un hérésiarque, comme un impie qui s'est efforcé de détruire la foi, sans cependant faire tirer ses cendres et ses images du lieu saint, et rayer son nom des diptiques, c'est-à-dire sans le traiter comme excommunié?

Enfin, une autre preuve que les lettres de Léon II ont été du moins altérées, c'est qu'elles ne s'accordent point sur le fait concernant Honorius. La lettre latine à l'empereur porte qu'Honorius s'est efforcé de renverser la foi, fidem svboertere conatus est. Au lieu que dans le texte grec oulit qu'Honorius a seulement permis que la foi frit souillée : [Ata6ïjVai -mprtf&arps, ce qui est bien différent. Car, il n appartient qu'à un impie, qu'à un hérésiarque, de travailler à détruire la foi; tandis qu'il serait vrai de dire d'un pasteur, qu'il permet que la foi soit souillée, lors même qu'on n'aurait point d'autre crime à lui reprocher que d'être trop indulgent à l'égard de ceux qui la corrompent en effet. Pareillement, dans la lettre au roi Ervi^ius, on ne reproche au pape Honorius que d'avoir consenti à ce que l'on corrompit la règle de la tradition apostolique : maculari consentit. L'auteur de la lettre aux évèques d'Espagne dit simplement que le même pape n'a pus, comme il convient à l'autorité apostolique, éteint le feu de l'hérésie dans son principe, mais qu'il l'a entretenu par sa négligence. Qui flammam hsretici dogmatis, non ut d'ecuit apostolicam aucloritalem, incipienttm extinxit, sed kegligendo confouil. Mais si, comme on le voit par ces lettres, Honorius n'était coupable que de négligence, comment le pape Léon aurait-il cru pouvoir l'anatbématiser, sans mettre la moindre différence entre ce pape et les auteurs du inonothélisme ? comment s'imaginer qu'il l'ait traité comme le fourbe Sergius, sachant d'ailleurs qu'Honorius avait été pleinement justifié par les écrits de saint Maxime et par les lettres des papes Jean IV, saint Martin et saint Agathon ?

Quant aux critiques qui défendent l'authenticité et l'intégrité des actes du sixième concile de Constantinople et des lettres de Léon II, forcés de reconnaître qu'Hooorius n'a pu être condamné comme hérétique, la plupart pensent, comme M. Bergier, que ce pape n'a pas été condamné pour avoir enseigné l'hérésie, mais uniquement pour n'avoir pas enseigné formellement la vérité, pour avoir imposé silence sur la question d'une ou de deux opérations. « On ne lui imprime pas, même en » qualité de docteur particulier, la note d'hérésie, » dit Bérault-Bereastel ; mais le respect de la vét rite, droit sacré pour l'histoire, ne permet pas de » l'excuser de négligence, de légèreté, d'une facilité » et d'un ménagomeut aveugles, qui lui liront traiter » la sains doctrine comme l'erreur, et captiver in»

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quand on voulait être de tonne foi.

11 avait décidé qu'il y a dans Jésus- Christ deux natures, sans être changées, confondues ni divisées : or, une nature humaine, qui n'est pas changée , a certainement une volonté propre. Il fallait être d'aussi mauvaise foi que les monothélites, pour entendre qu'il y avait deux natures, mais une seule volonté.

On voit par cet exemple de quelle manière les protestants travestissent l'histoire ecclésiastique.

MONOTRÉMES {Théol. mixt. scien.

zool.) — Ce mot qui vient du grec, Monos un seul, tréma, orifice, sert à désigner une famille de mammifères de l'ordre des edentes, ou plutôt peutêtre des marsupiaux ; cette famille renferme les genres echidné et ornithorhinque ; elle est exclusivement propre aux terres australiennes, et elle forme une espèce de transition, dans la nature animale, du mammi-

» différemment l'une et l'autre sous un silence ab- » sol 1 !, » (Uisl. Eccl., liv. 21.) Ces auteurs se fondent principalement sur les taures du pape Léon II, dont nous avons parlé. Mais cette opiniou, uième eu supposant certaines et intégres les lettres de Léon, n'est pas sans difficulté, soit parce qu'on pourrait absolument excuser Honorius. qui, à la naissance du moQothélisme, trompé par la lettre astucieuse de SerL'ins, pouvait avoir des ruisons de craindre no plus crand mal , en décidant d'abord la question sur les mots d'une ou de deux opérations : soit parce qu'il nous parait impossible de concilier ce sentiment avec la conduite du sixième concile, dont les actes, tels que nous les avons aujourd'hui, confondent le nom d'Honorius avec ceux des auteurs du monnthélisme, et rnnalhéuratisent sans aucun ménagement, comme ayaut suivi et confirmé en tout les doirmes impies de Sergius : quia in omnibus ejus mentem secutus est, et ejus dogma confirmait'.

D'après ce qui vient d'être dit, n'a-t-on pas lieu d'être étonné que quelques auteurs se soient appuy.-s sur la condamnation d'Honorius pour établir les uiixirues galliraoes ? Voyez les Annales de Baronins ; la Collection des Conciles, par le père Lflblte ; WRéfittalion de Sfttimbûurg, par Charlas; l'ouvrage de M. de Maistre, du Pape; Barruel, du Pa, e, etc.

Gousset.

Toutesles rpisons qu'apporte M. Gousset dans cette note contre l'authenticité des actes du vi e concile et des lettres du pape Léon II, ne nous paraissent pas bonnes; et la seule réponse qui nous plaise est celle île Bellarmin disant d'une part qu'IIonorius n'a point formellement enseiené, dans ses lettres & Sergius, le monothélisme, qu'il y a seulement manifesté me faiblesse de conduite, et, d'antre part, que lo concile se trompa eu voyant dans sa lettre une décision doguialiqoe contraire a l'orthodoxie.

La Noir.

fère à l'oiseau ; mais c'est Lien aux mammifères qu'elle appartient, quoi qu'on en ait dit; il est constaté aujourd'hui que les monolrèmes ne pondent pas des œufs, mais qu'ils donnent le jour à des petits vivants qu'ils allaitent, quoique avec des mamelles très-simples dépourvues de mamelons.

Les monotrémes ont, comme l'oiseau, un cloaque, c'est-à-dire un seul orifice pour l'expulsion de l'urine et des matières fécales. Leurs clavicules sont unies, comme la fourchette des oiseaux en un seul os, leurs oreilles sont, comme chez les oiseaux encore, dépourvues de conques extrêmes.

Enfin, ils ressemblent encore à l'oiseau par un ergot que portent les miles aux pieds de derrière, ergot qui est percé d'un canal par où s'écoule uu liquide légèrement venimeux, et par uu bec corné qui s'allonge en forme de bec de canard, au moins chez l'ornithorhinque; le corps est couvert de poils. Ils ont, d'ailleurs, les os marsupiaux (V. ce mot), mais sans avoir de poche mammaire. Aujourd'hui on l'ait plutôt des monotrémes un ordre à part. Ils ressemblent à une bizarrerie dans laquelle se serait joué le créateur.

Lie Noir.

MONSTRES (Théol. mut. scien. physîol. et droit ecclés. sacrem. bapt.) — La question des monstres humains a été fortement agitée, cette année même, dans les journaux à l'occasion de Millie-Christine, ces deux sœurs conjuguées, âgées de vingt-deux ans, filles jumelles d'une mulâtresse de premier saug et d'un indien peaurouge, et par conséquent, se rapprochant beaucoup de ces métis de nègres et d'indiens qu'un appelle zambos. Les deux sœurs sont bonnes musiciennes et chanteut très-bien des duos; Millie, un peu plus grande et plus forte, parait être aussi un peu plus intelligente que sa sœur; mais elles sont intelligentes l'une et l'autre, et parlent plusieurs langues ; Millie a une voix d'alto et Christiue une voix de soprano. Voici les notes que nous avons prises sur une séance de l'Académie de médecine dans laquelle

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des rapports ont été faits sur ce monstre humain, qu'un barnurn exhibait au Cirque, il y a quelques mois, à Paris.

Le public avait mis en doute la réalité de la monstruosité et supposait une fraude. L'Académie de médecine a délégué MM. Tardieu et Robin lesquels assistés d'un agent de police ont obtenu, sur les instances de l'agent, que Millie-Christine se déshabillassent jusqu'au point ou la suture s'est faite, c'est-à-dire jusqu'aux hanches. On a essayé d'en obtenir davantage; l'une d'elles a cédé, mais l'autre n'a pas voulu ; une sorte d'altercation s'est élevée entre les deux sœurs à ce sujet, et c'est la récalcitrante qui a eu gain de cause. On n'a pas insisté par condescendance pour le sentiment de pudeur « qui, dit M. Tardieu, a paru sincère et trèsrespectable. » On n'a donc pu examiner le tout.

M. Tardieu dit qu'il se gardera bien d'aborder « la question d'embryogénie relative à l'unité ou à la dualité du germe qui a produit ce monstre, » mais il est évident que ce sont deux germes qui se sont soudés dans le développement fœtal au sein de la mère.

Les deux individus forment parfaitement deux êtres distincts physiquement et psychologiquement, au témoignage de MM. Tardieu, Robin et Broca qui avait fait une autre visite plus complète et qui est venu ajouter ses observations confirmatives.

Lès deux sœurs sont soudées parle sacrum. La tète, le cou, les bras, le thorax, l'épigastre, n'ont rien de commun. Mais la suture du sacrum est profonde et solide. Les jambes sont également distinctes, ainsi que les deux bassins (il y a deux os iliaques), mais les jambes intérieures (la droite de l'une et la gauche de l'autre) ont acquis moins <îe développement que les extérieures par suite de l'habitude qu'ont pris les individus de se forcer pour se tourner l'un vers l'autre et se regarder. Les deux colonnes vertébrales ont pris une incurvation l'une vers l'autre, qui va en augmentant jusqu'à la tête par suite du même

effort Ellespeuvent maintenant s'embrasser.

Elles sont, dit M. Broca, parfaitement doubles en tout : elles ont deux utérus, deux vessies, deux systèmes complets de viscères intestinaux, deux urètres. Les deux autres orifices, ajoute-t-il, sont uniques, mais, en réalité, formés par deux ouvertures voisines qui sont entrées en communication et qui correspondent à des conduits doubles et accolés. »

« La sensibilité est séparée, dit M. Tardieu, pour les parties supérieures, c'est-à-dire que si on pince le bras, le torse, la tète d'un individu, l'autre ne s'en aperçoit pas. Les traits des visages sont distincts, et les physionomies diverses. Les deux cœurs battent aussi d'une manière différente, et les pouls du bras donnent des différences marquées; mais dans les parties inférieures, le battement est le même.

« Le phénomène le plus curieux, ajoute M. Broca, consiste en ce qu'il y a une sensibilité commune dans les membres inférieurs, es qui provient sans doute, dit-il, de ce qu'il y a entrecroisement des fibres nerveuses de l'extrémité des moelles épinières; mais cette sensibilité est spéciale, obscure et confuse. Si l'on pince une jambe de Millie, Christine le ressent, mais elle ne sait pas précisément si le contact est causé par une piqûre ou autrement; elle est simplement avertie de ce contact qui ne saurait jamais, dans aucun cas, produire la douleur. Des expériences précises nous ontprouvé que l'impression ainsi ressentie ne pouvait être l'effet du choc transmis par les parties dures ou molles. »

M. Marey trouve inadmissibles les différences signalées entre la circulation supérieure et la circulation inférieure. M. Bouillaud appuie cette remarque et croit à une erreur d'observation; il ne croit pas que l'anastomose qu'on suppose entre les aortes par convergence suffise à expliquer le synchronisme absolu du pouls dans les membres inférieurs alors qu'on.

observe deux pouls différents dans les, membres supérieurs.

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Il résulte avec évidence de ces observations, que Millie et Christine sont deux femmes distinctes résultant de deux germes humains qui se sont soudés dans le sein maternel ; elles ont deux consciences parfaitement séparées ; et bien sottes sont toutes les pointes que nos positivistes ont jetées dans les feuilletons scientifiques des journaux, contre l'âme à cette occasion ; les faits auraient plutôt servi à réfuter leur matérialisme.

Millie éprouve le sentiment vague d'une piqûre faite à la jambe de Christine, Christine éprouve le sentiment vague d'une piqûre faite à la jambe de Millie, tandis que Christine et Millie sentent d'une manière précise la piqûre faite à la jambe qui leur appartient en propre. Expliquez cela par une communication des filets nerveux ou autrement, c'est un phénomène qui n'est pas plus difficile à comprendre avec deux âmes centrales que celui du sentiment qu'éprouve une seule âme de plusieurs points de son corps à la fois, par exemple de la main droite et du pied gauche. Il prouve que si une âme identique peut être présente à plusieurs corps ou parties de corps, plusieurs âmes peuvent être également présentes à un même corps ou à une même partie de corps. Mille âmes pourraient sentir à la fois un même point de matière, comme une seule âme peut sentir à la fois mille points de matière différents. Qu'en faut-il conclure, si ce n'est â une ressemblance de propriétés entre les âmes et la matière, qui fait que les points matériels pourraient bien n'être eux-mêmes que des âmes. C'est favorable au monadis me, par lequel la matière seule est atteinte, mais l'âme, qui est la conscience centralisatrice, n'en saurait être compromise.

Les monstruosités dans le genre de Millie-Christine, par conjonction de deux germes, ue sont pas rares.

Buffon cite un exemple de deux sœurs qui étaient réunies dos à dos par les reins et qui vécurent longtemps; chacune ne pouvait marcher devant elle sans porter l'autre. Deux hongroises, Esther et Judith, naquirent avec une soudure semblable;

chacune avait des besoins personnels qui causaient entre elles des disputes, ce qui n'a pas lieu pour Millie et Christine, attendu qup les besoins chez celles-ci se font sentir en même temps, ainsi que les menstrues.

Judith, à l'âge de six ans, tomba malade et resta percluse; Esther, au contraire, grandit et devint belle et enjouée, Judith mourut d'une fièvre à vingt-deux ans, et Esther fut obligée d'attendre la décomposition de sa sœur et de mourir à son tour. Le cas célèbre des frères Siamois qui viennent de mourir aux Etats-Unis, après s'être montrés dans toute l'Europe, en est un aulre exemple. Ces deux frères s'étaiei! mariés à deux sœurs qui ne s'accordaient pas et qui amenèrent la guerre dans le ménage; ils furent obligés de convenir que chacun d'eux passerait tour à tour huit jours avec sa femme ; ils étaient riches et, curent chacun plusieurs enfants, neuf en tout autant qu'il nous en souvient; ils étaient religieux et l'un d'eux étant mort le quinze janvier de cette année (1874) il a fallu que l'autre meure quatre heures après lui. Les deux frères étaient unis par une membrane épaisse depuis l'estomac jusqu'au nombril ; cette largue de muscles avait fini par s'ailoi.

un peu et leur permettre de se mettre presque de front.

Le journal de Verdun de 1700 cite un exemple semblable à celui de Judith et d'Esther. Un bicéphale, né en Sardaigne, mourut à Paris en 1828:; il avait deux tètes, deux poitrines, quatre bras et un seul bassin souti au sur deux jambes seulement ; M. Geoffro\--Saint-Hilairc en lit l'autopsie eJ lui trouva deux cœurs logés dans une même enveloppe, un seul foie, et deux colonnes vertébrales. Il y avait encore la deux individus, dont un seul avait absorbé, «lés l'origine fœtale, toute la partie intérieure de son frère. En Italie, on a vu un autre bicéphale bien plus extraordinaire encore : c'était un enfant de huit ans.

bien conformé de partout, qui, audessous de la troisième côte, laissait sortir de son sein une petite tète à laquelle il ne manquait rien, qui ouvrait les yeux, et qui donnait des

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signes de tristesse ; elle paraissait être la tète d'un enfant qui eût été caché dans le corps du premier et qui eût passsé sa tête entre ses côtes comme par une fenêtre ; les deux têtes avaient reçu le baptême sous les noms de Jacques et de Mathieu; quand on pinçait l'oreille de Jacques, on faisait crier Mathieu, d'où il fallait bien conclure que la sensibilité était commune.

Enfin, on lit dans les archives de médecine qu'il existe, en ce moment, à Macao, un Chinois âgé de trentedeux ans, qui porte sur sa poitrine un enfant très-bien conformé, mais sans tète et qui lui descend jusqu'aux genoux; cet enfant est vivant, car quand on le chatouille, il donne des marques de colère et même de violence en lançant des coups de pied.

-C'est toujours la même explication; il y a là un germe dont la tète a été absorbée par l'autre et qui n'en a pas moins vécu, en empruntant à l'autre ses éléments dévie; cet individu a quelque part un centre de sentiment qui eu fait une personne; Ul a son âme, tout obtuse qu'elle puisse être rendue par le manque des organes principaux; c'est un être humain, aussi distinct de celui qui le porte, que s'il en était séparé.

Ces curieux exemples nous conduisent naturellement à donner quelques explications générales de tératologie (feras, monstruosité, logos, science).

« De tout temps, dit M. Ad. Focillon, l'attention du vulgaire a été ■éveillée fréquemmentparla naissance de monstres plus on moins bizarres; la crédulité, la superstition s'en sont préoeccupés avidement. Aristote, et Pline d'après lui, ne virent dans ces monstruosités que des erreurs ou des jeux de la nature. On y vit une manifestation de la volonté de Dieu que l'on interpréta souvent comme une menace ou une punition. Au moyen âge on mêla à ces idées la croyance à l'intervention du démon. On alla même jusqu'à attribuer certaines monstruosités à des croisements de la race humaine avec des races animales. De pareilles idées éloignaient de l'étude des monstruosités et tendaient à jeter dans l'esprit des ob-

servateurs des illusions au lieu de notions exactes. Elles avaient une conséquence plus funeste encore ; objets d'horreur et de crainte, les êtres monstrueux de l'espèce humaine étaient souvent anéantis ou condamnés à une séquestration pire que la mort. Il suffisait de la présence d'un sixième doigt à la main, d'une taille de nain ou de géant pour qu'un malheureux encourût les redoutables conséquences de cette absurde réprobation. C'est seulement au milieu du xvm e siècle que, plus libres des anciens préjugés, mieux inspirés par l'amour de l'humanité et de la science, les savants commencèrent à observer avec exactitude les monstruosités de l'homme et des animaux. Duverney, W'inslow, Lemery ouvrirent surtout cette voie nouvelle. Puis Haller publia son traité des monstres (de monstris) et fonda leur étude scientifique sur une critique sévère dans l'observation des faits. Ce sont les deux Geoffroy- Saint -Hilaire qui ont osé chercher les causes de ces faits, et créer la science nouvelle, que le fils Is. Geoffroy, a nommée li tératologie, et qu'il a coordonnée dans son Histoire générale et particulière des anomalies (1832-36). »

Les anomalies ou monstruosités sont des dérogations aux habitudes ordinaires de la production ; ce ne sont point, d'après les deux Geoffroy- Saint-Hilaire, des jeux fortuits de la puissance souveraine, ce ne sont que des applications particulières de ses lois, ayant pour résultat de produire une particularité organique, un ou plusieurs individus en déviation avec le type régulier de l'espèce. Ce sont des écarts produits par l'intervention d'une cause accidentelle dans le travail du développement. Ce sont des perturbations des effets ordinaires par des lois aussi naturelles que celles qui produisent ces effets ; et toutes ces lois, dont les combinaisons peuvent amener tant de résultats divers, se rattachent à l'embryogénie.

Voici la classification générale qu'a donnée M. Is. Geoffroy-Saint-Hilaire des anomalies.

Il les rapporte à quatre embranchements : les hémiteries, les hétéro-

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taxies, les hermaphrodismes et les monstruosités.

Les hêmitéries ou demi-monstruosités (liémisus, demi, téras, monstruosité) ne comprennent que ce qu'on appelle les vices de conformation; elles n'aflectent qu'un organe ou un seul système d'organes, ou une seule condition organique; elles sout, d'ailleurs, les plus nombreuses et les plus variées, et renferment cinq classes, selon qu'elles portent sur le volume, sur la forme, sur la structure, sur la disposition, ou sur le nombre des parties.

Les hétérotaxies (hêtéros, différent, et taxis, arrangement) sont les anomalies complexes, résultant d'une combinaison de vices de conformation n'allant pas, dans ses effets, a altérer une fonction; la combinaison permet que tout se fasse d'une autre manière que la manière habituelle.

Telles sont les inversions des gros viscères, le foie à gauche, le cœur et l'estomac à droite, etc. Ces anomalies sont infiniment plus rares que les précédentes.

Les hermaphrodismes sont des anomalies particulières aux organes de la génération.

Enfin les monstruosités consistent dans les anomalies les plus graves, par lesquelles l'ensemble de l'organisme est modifié, et sont également modifiées une ou plusieurs fonctions.

Ce sont elles qui font les monstres; or, il y a deux espèces de monstres, les monstres unitaires dans lesquels il n'y a qu'un seul individu, ses éléments étant d'ailleurs incomplets ou complets avec modifications; et les monstres composés dans lesquels on trouve les éléments complets ou incomplets de plus d'un individu; ces derniers forment deux sous-classes : les monstres doubles et les monstres triples.

Les monstres unitaires se divisent en trois ordres : les autosites, qui peuvent vivre après la naissance , d'une vie particulière : ils forment quatre tribus selon que la monstruosité porte sur le tronc, sur la colonne vertébrale, sur la tête entière ou sur les membres; les omphalocites, qui ne peuvent vivre après la naissance, de leur vie propre ; ils forment deux

tribus, ceux dont le corps possède des viscères et ceux dont le corps n'en possède point ; et les parasites qui ne sont plus que des masses inertes tels qu'os, dents, poils, cornes, avec un peu de chair et de graisse.

Les monstres doubles renferment deux ordres : 1° Les doubles autositaires consistant en deux individus assez développés pour naître viables et vivre un temps plus ou moins long de leur vie propre; ils constituent trois tribus selon que les deux individus, nettement distincts, ne se tiennent que par une région, ou qu'ils se confondent par la tète, ou qu'ilsse confondent par le train postérieur; 2° Les doubles parasitaires, dans lesquels un des deux sujets est réduit à n'être plus qu'un parasite de l'autre.

Enfin les monstres triples se subdivisent comme les monstres doubles.

Il résulte de cette tératologie nouvelle que les monstres ne se produisent que par suppressions plus ou moins considérables des parties d'un tout organique posé par la nature dans un germe, ou par additions ou superfétations de plusieurs germes greffés, en une partie, les uns sur les autres. Nous avons, en ce moment, un expérimentateur qui obtient artificiellement des monstres de volailles en faisant chauffer, pendant l'incubation, les œufs sur un côté plus que sur les autres côtés, et il espère ar river à obtenir un poulet à deux tètes; c'est ce à quoi il n'arrivera jamais, bien sur, à moins qu'il ne tombe sur un œuf à germe double qui lui aurait été présenté par la nature. Qu'il obtienne des poulets mal conformés, plus développés d'un côté que d'un autre, même des demi poulets, c'est ce qui se conçoit comme conséquence possible de son procédé , et c'est aussi ce qu'il obtient; mais qu'il arrive à forcer la nature à produire les éléments essentiels de deux individus quand elle n'a posé que le germe d'un seul, c'est ce à quoi il ne parviendra pas.

II ne nous reste plus, pour finir cet article, qu'à parler des monstres humains au point de vue théologique, de l'administration du baptême; nous le ferons en citant d'abord le petit

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résumé des règles canoniques que donne M. F. X. Sclimid, d'après le Rituel romain et le Cvmpendium théol.

de Schram t. III, c. 047, dans le Dist. encye: de la théol. cathol. art.

monstre ; puis en proposant aussi modestement que possible, quelques modifications à ces règles, en vue de les mettre en harmonie avec la science moderne.

« Les principes, dit H. Sclimid, sont les suivants.

» (. Tout produit de l'union sexuelle d'un homme et d'une femme, conçu et mis au monde, est un être humain, et, par conséquent, capable d'être baptisé.

» 2. Ce qui pourrait résulter du commerce sexuel d'une animal mâle avec une femme est présumé n'être pas un être humain et ne doit être baptisé que conditionnellement, s'il a la forme humaine.

» 3. Ce qui résulterait du rapport sexuel d'un homme et d'un animal femelle est présumé être un être humain, et, s'il a forme humaine, doit être baptisé sous condition.

» 4. Le monstre est-il tel qu'il y ait doute s'il forme un ou plusieurs êtres humains : la règle est qu'il y a autant d'êtres humains que de tètes ou de poitrines, et qu'il en faut baptiser autant. S'il y a danger dans le délai, il faut baptiser tous ensemble les êtres qui composent le monstre. Ne peut-on nettement déterminer le nombre des tètes ou des poitrines :

il faut baptiser d'abord sous condition la tète ou la poitrine qu'on reconnaît positivement; puis baptiser sous condition la tète ou la poitrine qu'on distingue moins nettement. »

Nous croyons qu'il serait sage de faire disparaître du droit canon ces suppositions de produits monstrueux d'alliances entre l'homme et la bête; les alliances sont possibles, mais les produits ne le sont pas ; l'hypothèse n'en est appuyée sur aucun t'ait et ne repose que sur une science fausse qui a disparu.

Quand on suppose que le produit d'un animal mâle avec une femme serait plutôt un animal qu'un être humain, et que le produit d'un

animal femelle avec un homme, serait plutôt un être humain qu'un animal, on reste dans les données d'une science disparue qui n'était point une véritable science; car le germe, selon la science moderne, est plutôt fourni par la femelle que par le mâle, puisqu'il est dans l'œuf et que c'est la femelle qui fournit l'œuf. V. Génération. Nouvelle raison pour écarter du droit canon que nous a légué le moyen âge, ces mêmes suppositions.

Il nous semble qu'il convient de ne tenir aucun compte de l'âge du, fœtus en fait d'administration du baptême, par suite de ce que nous disons dans l'article Gé.n'Ératianisme.

C'est, au reste, ce que l'on ne fait pas non plus. On doit baptiser et l'on baptise, au moins sous condition, tout fœtus qui donne quelque signe de vie ou qu'on peut supposer n'être pas mort, quelque jeune qu'il soit.

En ce qui est des monstres soit unitaires soit multiples, il nous semble qu'il convient de les baptiser toujours au moins sous condition, fussent-ils une simple masse sans aucune forme, pourvu qu'elle ne soit pas en putréfaction; attendu que pour avoir une âme humaine, il n'est pas du tout nécessaire qu'elle ait une tête, une poitrine, ou une forme humaine quelconque; une âme peut être aussi bien logée dans une masse informe, que dans un organisme bien conformé. La seule condition nécessaire pour qu'il y ait âme humaine, c'est que le produit soit un 1 résultat, doué de vie, de l'union sexuelle de l'homme et de la femme.

D'après l'hypothèse la plus probable, il y a produit humain en corps et en âme, dès l'instant môme de la conception ; quelque soit l'atrophie qui pourra se produire, ensuite, de l'être conçu, il n'en sera pas moins, tant qu'il vivra, un être humain, fùt-il réduit à un membre ou à une chair informe, et, d'un autre côté, il suffit qu'il soit cela un seul instant pour être un homme ou une femme immortels à jamais. Or ne suffit-il pas d'une telle probabilité scientifique pour motiver une

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pratique en conséquence, en fait d'administration du baptême?

Voici donc ce qui nous paraîtrait aujourd'hui conforme à la science et à la logique de la théologie sur le haptêmo : baptiser toujours, au moins sous la condition Si tu es capax, l'être organique non putréfié qui sort du sein d'une femme. Le Nom.

MONTAGNES et PROFONDEURS (Thèol. mixt. scien. nat.) — On connaît exactement la hauteur des montagnes depuis qu'on les mesure à l'aide du baromètre, et quant aux profondeursde l'Océan, on estparvenu à les constater à peu près, dans ces derniers temps, avec la sonde en ne manquant pas de patience pour la laisser tomber et aller racler le fond ■à l'aide d'une espèce de drague à filet -qu'elle emporte avec elle. Or, les plus hautes montagnes connues ne dépassent pas 88i0 mètres au-dessus du niveau de la mer; et les plus grandes profondeurs ne paraissent pas non [dus dépasser ce niveau de beaucoup plus de 8000 mètres. Il résulte de là que la différence du plus bas au plus haut est entre 17,000 et 18,000 mètres.

Cette différence de niveau équivaut à environ l/i00 e du rayon terrestre, en sorte que dans une sphère de 2 mètres de diamètre, elle ne se montrerait que dans une épaisseur de 25 dix-millièmes de mètre, et que la montagne la plus haute n'aurait que 12 dix-millièmes de mètre de hauteur. On n'exagère donc pas quand on dit que les inégalités de la surface terrestre y sont à peine ce que sont les inégalités sur l'écorce d'une orange.

Voilà une image de ce que deviennent pour Dieu les choses qui sont pour nous les plus écrasantes par leur immensité.

Le Noir.

MONTAGU (Auguste) {Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Cet auteur français, ancien officier de marine, né à Cayenne (Guyane française), se montra d'abord favorable aux idées chrétienneslibérales ; il iil paraître en 1851 un petit volume intitulé : Etudes so-

ciales d'après la révélation, réponse à M. Donoso Cortès; et eu 1833 deux volumes ayant pour titre : Parallèle des vérités chrétiennes et des intérêts catholiques; Réponse ù M. de Montalembert. Dans ces ouvrages, M. Afcmtagu était biblique à l'excès ; il paraissait même exagérer jusqu'à un fatalisme, pour le moins janséniste, les passages du livre sacré sur la grâce et la prédestination. Ses travaux dans cette direction, qui était une direction à côté, le jetèrent bientôt vers un positivisme mitigé trèséloigné du ebristianisme; il renonça à poursuivre son Parallèle, et porta l'activité de son esprit sur des théories de biologisme universel. Il a publié, en 1874, (Paris) un résumé du système qu'il a conçu, sous ce titre : Synthèse générale des phénomènes biologiques; Aimantation universelle; Vie etherée et vie planétaire, avec le sommaire suivant : Force directrice de l'aiguille aimantée. Appareil électromagnétique de toutes les planètes. Incarnation et Genèse des âmes douées de science infuse. Ethéréides,

Selon celle théorie, la cause absolue existe et, par conséquent, Dieu, l'hypothèse de relatifs existant sans l'absolu n'étant qu'une contradiction.

L'âme existe aussi et non-seulement dans l'homme, mais encore dans tous les êtres organiques; elle se forme dans l'éther par un mouvement gyratoire comme celui du vitellus, dans l'œuf. C'est une élhéréide qui s'incarne et apporte en s'iucarnant, du sein de l'universel, la scieni e infuse; à la mort, elle retourne à l'éther, qui, selon ce système, s'il élait logique dans son étrangeté, ne paraîtrait guère devoir différer de Dieu même, en qui doivent se trouver toutes les énergies spirituelles, aussi bien que matérielles, desètres. L'auteur déduit le tout des phénomènes de l'aimantation.

Trois grandes taches nous paraissent inhérentes à cette théorie : 1° En physique elle pivote trop exclusivement sur les effets particuliers du magnétisme, les autre? fluides impondérables, la lumière, caîorique, toutes les électricités, pré: entant

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également, d'après les hypothèses scientifiques modernes les mieux appuyées, l'ondulation et le mouvement gyratoire de leurs éléments; et en physiologie, elle s'arrête en chemin lorsqu'elle ne parle que du vitellus, qui n'est que le jaune d'œuf et qui est encore si loin d'être la vésicule germinative, le germe proprement dit, première forme de l'être vivant.

2° Elle donne les éthéréides, les âmes, comme des composés, néglige, par conséquent, le problème de leurs éléments substantiels, et parla même jette haletant l'esprit devant le besoin d'une solution cherchée. Expliquer l'être vivant par une éthéréide incarnée dans un corps composé, et composée elle-même, n'est que reculer la question, puisque l'être vivant est déjà, dans sa grandeur totale visible, une âme incarnée ; ce n'est que le rapetisser à des dimensions plus élémentaires ; ce n'est pas l'expliquer ; la raison demande encore les éléments de ce petit composé, de cette cellule si tous voulez, comme elle demandait les éléments du composé total. 3° Cette théorie admet, et en cela elle est conséquente, que ses éthéréides composées ne sont point immortelles comme personnalités, retournent à Eéther universel et n'ont d'autre immortalité que celle de l'universel lui-même; n'est-ce pas là le matérialisme pur, allié à un théisme pour le moins

équivoque? V. Systèmes

Le Noir.

MONTAIGNE (Michel de) (Théol.

hist. biog. etbibliog). — Ce philosophe ou plutôt critique moraliste français, né en Périgord en 1533 et mort en 1591, a laissé ses fameux Essais, dont le scepticisme pratique est la conséquence, mais qui sont des investigations très-profondes du cœur humain ; Traduction de la théologie naturelle de Raymond de Sebonde ; des Voyages, 1772.

Le Noir.

MONTALEMBERT (Charles-Forbes de Tryon comte de) [Théol. hist. biog.

et bibliog.) — Ce grand écrivain et orateur français de l'école de l'abbé de Lamennais, comme Lacordaire,

naquit à Londres en 1810 et mourut en 1870 vers le moment où le concile du Vatican allait définir l'infaillibilité papale; il se prononça, avant de mourir, contre cette dogmatique, qu'il appela « l'institution d'une idole au Vatican » et qui avait été pourtant un des points fondamentaux du symbole de la nouvelle école. On a de lui :

« Vie de sainte Elisabeth de Hongrie, 1836; Manifeste catholique; du Catholicisme et du vandalisme dans l'art, 1829; du Devoir des catholiques dans la question de la liberté de l'enseignement; Saint Anselme, fragment de l'introduction à l'histoire de Saint Bernard, 1844; des intérêts catholiques au xix e siècle, 1852; Pie IX et lord Palmerston, 1836; les Moines d'Occident depuis saint Benoit jusqu'à saint Bernard, 2 vol. in-8°, 1860; etc.

Le Noir.

MONTANELLI (Thomas Sphing- Rice, 1 er baron) (Théol. hist. biog.

et bibliog.) — Cet écrivain poëte italien, ami de Lamennais, né en Toscane en 1813, et mort il y a une dizaine d'années, après avoir habité Paris à titre de proscrit, a laissé un volume de poésies touchantes telles que le Poète aveugle, l'Orpheline, la Cloche du soir; Introduction philosophique à l'étude du droit commercial; Mémoires, Turin, 2 vol. 1833-55; Gamma, pour Me. Ristori; Traductionde la Médée, de Legouvé ; etc.

MONTANISTES, anciens hérétiques, ainsi appelés du nom de leur chef. Vers le milieu du second siècle, Montan, eunuque, né en Phrygie, sujet à des convulsions et à des attaques d'épilepsie, prétendit que dans ces accès il recevait l'Esprit de Dieu ou l'inspiration divine ; se donna pour prophète envoyé de Dieu pour donner un nouveau degré de perfection à la religion et à la morale chrétienne.

Dieu, disait Montan, n'a pas révélé d'abord aux hommes toutes les vérités; il a proportionné ses leçons au degré de leur capacité. Celles qu'il avait données aux patriarches n'étaient pas aussi amples que celles

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