MOP
MON
qu'il donna dans la suite aux Juifs, el celles-ci sont moins étendues que celles qu'il a données à tous les hommes par Jésus-Christ et par ses apôtres. Ce divin Maître a souvent dit à ses disciples qu'il avait encore beaucoup de choses à leur enseigner, mais qu'ils n'étaient pas encore en état de les entendre. Il leur avait promis de leur envoyer le Saint-Esprit, et ils le reçurent en elFet le jour de la Pentecôte ; mais il a aussi promis un Paraclet, un Consolateur, qui doit enseigner aux hommes toute vérité; c'est moi qui suis ce Paraclet, et qui dois enseigner aux chrétiens ce qu'ils ne savent pas encore.
Environ cent ans après Montan, Manès annonça aussi qu'il était le Paraclet promis par Jésus-Christ; et au septième siècle, Mahomet, tout ignorant qu'il était, se servit du même artifice pour persuader qu'il était envoyé de Dieu pour établir une nouvelle religion.
Mais ces trois imposteurs sont réfutés par les passages même de l'Evangile dont ils abusaient. C'est aux apôtres personnellement que Jésus- Christ avait promis d'envoyer le Paraclet, l'Esprit de vérité, qui demeurerait avec eux pour toujours, qui devait leur enseigner toutes choses.
Joan., c. 4, ^ 10 et 26; c. lo, y 20.
« Si je ne vous quitte point, leur » dit-il, le Paraclet ne viendra pas » sur vous; mais si je m'en vais, je
» vous l'enverrai Lorsque cet
» Esprit de vérité sera venu, il vous » enseignera toute vérité, » c. 16, ^ 7 et 13. Il était donc absurde d'imaginer un Paraclet dill'érent du Saint- Esprit envoyé aux apôtres, et de prétendre que Dieu voulait encore révéler aux hommes d'autres vérités que celles qui avaient été enseignées par les apôtres.
Montan et ses premiers disciples ne changèrent rien à la foi renfermée dans le symbole ; mais ils prétendirent que leur morale était beaucoup plus parfaite que celle des apôtres; elle était en elfet plus austère; I» ils refusaient pour toujours la pénitence et la communion à tous les pécheurs qui étaient tombés dans de grands crimes, et soutenaient que les prêtres
m les évoques n'avaient pas le pouvoir de les absoudre ; 2° ils imposaient à leurs sectateurs de nouveaux jeûnes et des abstinences extraordinaires, trois carêmes et deux semaines de œérophagie, pendant lesquelles ils s'abstenaient, non-seulement de viande, mais encore de tout ce qui a du jus ; ils ne vivaient que d'aliments secs : 3° ils condamnaient les secondes noces comme des adultères; la parure des femmes comme une pompe diabolique; la philosophie, les belles-lettres et les arts, comme des occupations indignes d'un chrétien;^ ils prétendaient qu'il n'était pas permis de fuir pour éviter la persécution, ni de s'en racheter en donnant de l'argent.
Par cette affectation de morale austère, Montan séduisit plusieurs personnes considérables par leur rang et par leur naissance, en particulier deux dames nommées Priscilla et Maximilla; elles adoptèrent les visions de ce fanatique, prophétisèrent comme lui et l'imitèrent dans ses prétendues extases. Mais la fausseté des prédictions de ces illuminés contribua bientôt à les décréditer; on les accusa aussi d'hypocrisie, d'affecter une morale austère pour mieux cacher le dérèglement de leurs mœurs.
On Jes regarda comme de vrais possédés ; ils furent condamnés et excommuniés par le concile d'Hiéraple, avec Théodose le Corroyeur.
Chassés de l'Eglise, ils formèrent une secte, se tirent une discipline et une hiérarchie ; leur chef-lieu était la ville de Pépuzc en Phrygie, ce qui leur lit donner les noms dVPépuziens, de Phrygiens et de Cataphrygiens. lisse répandirent en effet dans le reste de la Phrygie, dans la Galatie et dans la Lydie; ils pervertirent entièrement l'église de Tbyatire; la religion catholique en fut bannie pendant près de cent douze ans. Ils s'établirent a Constantinople, et se glissèrent à Rome ; on prétend qu'ils en imposèrent au pape Eleuthère, ou à Victor son successeur; que, trompé par la peinture qu'ils lui lirent de leurs églises de Phrygie, le pape leur donna des lettres de'communion ; mais qu'ayant été prompte-
MON
MON
ment détrompé, il les révoqua. Au reste, ce fait n'a pour garant que Tertullien , qui avait intérêt à le croire. L. contra Prax., c. 1.
En effet, quelques-uns pénétrèrent en Afrique: Tertullien, homme d'un caractère dur et austère, se laissa séduire par la sévérité de leur morale, il poussa la faiblesse jusqu'à regarder Montan comme le Paraclet, Priscilla et Mflximilia comme des prophétesses, et ajouta foi à leurs visions. C'est dans ce préjugé qu'il composa la plupart de ses traités de morale, dans lesquels il pousse la sévérité à l'excès, ses livres du Jeûne, de la Chasteté, de la Monogamie, de la Fuite dans les persécutions, etc. Il donne aux catholiques le nom de psychiques, ou d'animaux, parce qu'ils ne voulaient pas pousser le rigorisme aussi loin que les montanistes; triste exemple des égarements dans lesquels peut tomber un grand génie. On croit cependant qu'à la fin il se sépara de ces sectaires ; mais on ne voit pas qu'il ait condamné leurs erreurs.
Elles furent réfutées par divers auteurs sur la fin du second siècle : par Miltiade, savant apolsgiste de la religion chrétienne ; par Astérius-Urbanus, prêtre catholique; par Apollinaire, évêque d'Hiéraple. Eusèbe, Hist. ecclés., 1. 5, c. 16, et suiv. Ces écrivains reprochent à Montan et à ses prophétesses les accès de fureur et de démence dans lesquels ces visionnaires prétendaient prophétiser, indécence dans laquelle les vrais prophètes ne sontjamais tombés; la fausseté de leurs prophéties démontrée par l'événement; l'emportement avec lequel ils déclamaient contre les pasteurs de l'Eglise qui les avaient excommuniés ; l'opposition qui se trouvait entre leur morale et leurs mœurs; leur mollesse, leur mondanité, les artifices dont ils se servaient pour extorquer de l'argent de leurs prosélytes, etc. Ces sectaires se vantaient d'avoir des martyrs de leur croyance; Astérius-Urbanus leur soutint qu'ils n'en avaient jamais eus; que, parmi ceux qu'ils citaient, les uns avaient donné de l'argent pour sortir de prison, les autres avaient été condamnés pour des crimes.
En 1751, un protestant a publié un mémoire dans lequel il a voulu prouver que les montanistes avaient été condamnés comme hérétiques, assez mal à propos. Mosheim soutient que cette condamnation est juste et légitime, 1° parce que c'était une erreur très-répréhensible de prétendre enseigner une morale plus parfaite que celle de Jésus-Christ; 2° c'en était une autre de vouloir persuader que Dieu même parlait par la bouche de Montan; 3° parce que ce sont plutôt les montanistes qui se sont séparés de l'Eglise, que ce n'est l'Eglise qui les a rejetés de son sein; c'était de leur part un orgueil insupportable de prétendre former une société plus parfaite que l'Eglise de Jésus-Christ, et d'appeler psychiques, ou animaux, les membres de cette sainte société. Il est étonnant qu'en condamnant ainsi les montanistes, Mosheim n'ait pas vu qu'il faisait le procès à sa propre secte.
Pour les disculper un peu, il dit qu'au second siècle il y avait parmi les chrétiens deux sectes de moralistes; les uns, modérés, ne blâmaient point ceux qui menaient une vie commune et ordinaire ; les autres voulaient que l'on observât quelque chose de plus que ce que les apôtres avaient ordonné ; et en cela, dit-il, ils ne différaient pas beaucoup des montanistes. C'est une fausseté. Plusieurs, à la vérité, conseillaient, exhortaient, recommandaient la pratique des conseils ôvangéliques, mais ils n'en faisaient une loi à personne; en quoi ils pensaient très-différemment des montanistes. Mosheim observe encore que ces derniers rendaient les chrétiens, en général, odieux aux païens, parce qu'ils prophétisaient la ruine prochaine de l'empire romain : mais il a tort d'ajouter que c'était l'opinion commune des chrétiens du second siècle. Hist.
christ., seec. 2, § 66 et 67. Voyez Fin