‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 35 sur 122 · L. de vera Relig., cap. 15, n · texte numérisé non relu

L. de vera Relig., cap. 15, n

a Par la miséricorde de Dieu, la peine » du péché tourne à l'avantage de » l'homme. » L. 4, contra duos Epist.

Pelag., cap. 4, n. 6. « Ce que nous » souffrons est un remède et non une » vengeance, une correction et non » une damnation, » Enthyr. ad Laur., c. 27, n. 8 ; l. 2, de Pecc. meritis et remis., c. 33, n. 33. « Jésus-Christ, » sans avoir le péché, en a porté la » peine, afin de nous ôter le péché et » la peine, non celle qu'il faut souf- » frir en ce monde, mais celle que » nous devions subir pendant l'éter- » nité. » Oper. imperf., 1. 6, n. 36.

Ainsi, le chrétien qui, près de mourir, fait de nécessité vertu, subit avec résignation l'arrêt de mort porté contre l'homme pécheur, met sa confiance aux mérites et aux satisfactions de Jésus-Christ, est assuré de recevoir miséricorde : d'où saint Ambroise conclut que quiconque croit en Jésus-Christ ne doit pas craindre de périr, de Pœnit., 1. 1, c. 11; in Ps. 118, f 175. Ce qui doit s'entendre d'une foi accompagnée de bonnes œuvres, et non pas d'une foi morte, qui servirait à la condamnation de celui qui croit.

Saint Paul dit que « Jésus-Christ » est mort pour détruire celui qui » avait l'empire de la mort, c'est-à- » dire le démon, et pour délivrer » ceux qui pendant toute leur vie » étaient retenus en esclavage par la » crainte de la mort, » Heb., c. 2, f 14. C'est le motif de consolation » qu'il propose aux fidèles. « Nous » ne voulons pas, dit-ii, vous laisser » ignorer le sort de ceux qui sont » morts, afin que vous ne soyez pas » aftligés, comme ceux qui n'ont » point d'espérance; car si nous » croyons que Jésus-Christ est mort » et ressuscité, ainsi Dieu lui réunira

» ceux qui se sont endormis en lui » du sommeil de la mort. » I Thess,., c. 4, f 12.

Il n'est pas étonnant qu'avec cette ferme croyance les premiers fidèles n'aient plus redouté la mort, aient même désiré le martyre. Les païens les regardaient comme des insensés, livrés au désespoir; mais ils ne connaissaient ni le principe ni les motifs de ce courage. Aujourd'hui encore il n'est plus rare de voir des chrétiens vertueux, qui, après avoir craint la mort à l'excès lorsqu'ils étaient en santé, l'envisagent de sang-froid, la désirent même pendant leur dernière maladie, parce qu'alors leur foi se réveille et leur espérance s'affermit par la proximité de la récompense.

Nous concevons que la seule pensée de la mort doit faire frémir un méchant, surtout un incrédule ; et cette frayeur doit augmenter à la dernière heure, à moins qu'il ne soit plongé dans une insensibilité stupide.

Aussi plusieurs ont blâmé les secours que l'Église s'efforce de donner aux mourants; c'est, selon leur avis, un trait de cruauté, qui ne sert qu'à augmenter l'horreur naturelle que nous avons du trépas.

Mais comment peuvent juger des dispositions du chrétien mourant, ceux qui n'en ont jamais vu mourir aucun, qui fuient ce spectacle capable de les faire trembler, et qui laisseraient périr sans secours les personnes les plus chères, sous le spécieux prétexte d'être trop attendris ?

Une âme bien persuadée de la certitude d'une vie à venir, de la fidélité de Dieu dans ses promesses, de l'efficacité de la rédemption, et qui a souvent médité sur la mort, afin de se détacher de la vie, qui sent la multitude des grâces qu'elle a reçues et qu'elle reçoit encore, qui connaît le prix des souffrances et le mérite du dernier sacrifice, qui a sous les yeux l'exemple d'un Dieu mourant pour elle, ne peut rien craindre ni rien regretter. Elle met sa confiance aux prières de l'Eglise, elle les désire et les demande, elle y trouve sa consolation ; elle est bien éloignée d'accuser de cruauté ceux qui les lui procurent.

D'autres incrédules ont dit que le

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pardon accordé trop aisément aux pécheurs mourants, les espérances dont on les ilatte, les consolations qu'on leur procure, sont une injustice et un abus; que cela sert à endurcir les autres dans le crime ; qu'il est absurde de penser qu'un homme coupable de rapines et de vexations de toute espèce, en sera quitte pour se repentir à la mort.

Aussi l'Eglise n'a jamais enseigné que le repentir suffit alors à un homme injuste, à moins qu'il ne répare ses torts et ne restitue autant qu'il le peut.

Y a-t-il un vrai repentir, lorsque l'on persévère dans l'injustice que l'on peut réparer? Il n'est aucun ministre de la pénitence assez ignorant ni assez pervers pour dispenser quelqu'un d'une restitution ou d'une réparation qui est due par justice. Si le coupable l'exécute, à quel titre lui refuserait-on le pardon?

Lors même que la réparation est impossible, nous demandons lequel est le plus utile au bien général de la société, ou qu'un criminel meure dans le désespoir et convaincu qu'il est damné sans ressource, ou qu'on lui fasse espérer le pardon, s'il est véritablement repentant. Un incrédule qui décide que l'on ne doit alors user d'aucune indulgence, prononce lui-même son arrêt de réprobation :

« Quiconque ne fait pas miséricorde, » dit saint Jacques, sera jugé sans » miséricorde. » Jac, c. 2, f 13.

Des calomnies qui se contredisent n'ont pas besoin de réfutation. D'un côté, l'on accuse les prêtres d'accabler un mourant par leurs discours durs et inhumains ; de l'autre, on leur reproche trop d'indulgence pour les pécheurs, et d'être des consolateurs perfides. On a poussé la malignité jusqu'à dire que les mourants coupables d'injustice, de vols, de concussions, en sont quittes pour quelques largesses faites au sacerdoce. Si cela était, les prêtres devraient regorger de richesses. Toute la vengeance que les prêtres doivent tirer de ces impostures grossières, est de prier Dieu qu'il fasse miséricorde aux incrédules, du moins à la mort.

Bergier.

MORT DE JÉSUS-CHRIST. Voyez Rédemption, Salut.

MORT (le). Levit., c. 10, f 28, et Deut., c. 14, V i, Moïse défend aux Hébreux de se raser le front et les sourcils, et de se faire des incisions pour un mort, ou pour le mort. Deiit., cap. 18, f ll.il leur défend d'interroger les morts. Cap. 26, f 14, lorsqu'un Israélite offrait à Dieu les prémices des fruits de la terre, il était obligé de protester qu'il n'en avait pas mangé dans le deuil, rien employé à un usage impur, et qu'il n'en avait rien donné pour un mort ou pour le mort.

Pour expliquer ces différentes lois, les commentateurs ont fait voir que c'était un usage chez les païens de s'égratigner, de se déchirer la peau, de se faire des incisions avec des instruments tranchants dans les funérailles, et qu'en répandant ainsi de leur sang, ils croyaient apaiser les divinités infernales en faveur des âmes des morts : que, dans le même dessein, ils se coupaient ou s'arrachaient les cheveux, les sourcils ou la barbe, et les plaçaient sur le mort, coi \ me une olfrande à ces mêmes divinités. Spencer, de Legib. Eebrxor. ritual, 1. 2, c. 18 et 19. Rien n'est plus connu que la coutume usitée dans le paganisme d'interroger les morts, d'évoquer leurs mânes ou leurs âmes, pour apprendre d'elles l'avenir ou les choses cachées. Malgré la défense formelle qu'en fait Moïse, Saùl fit évoquer par une pythonisse l'âme de Samuel, et Dieu permit qu'elle apparût pour annoncer à ce roi sa mort prochaine, ÏReg., c. 28, t 11. Il est encore parlé de cette superstition dans Isaïe, c. 8, f 19, etc. 63, } 4. Enfin il est prouvé que les païens offraient leurs prémices non-seulement aux dieux, mais encore aux héros, et aux mânes de leurs anciens guerriers.

Il est évident que toutes ces superstitions étaientfondéessurla croyance de l'immortalité des âmes, et i! n'en faudrait pas davantage pour prouver que ce dogme fut toujours la foi de toutes les nations. Le penchant décidé des Juifs à imiter ces pratiques,

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démontre qu'ils étaient dans la même persuasion que les peuples dont ils étaient environnés. Pour les détourner de tout usage superstitieux, Moïse ne leur dit point que les morts ne sont plus, qu'il n'en reste rien, que l'âme meurt avec le corps ; mais il leur dit que toutes ces coutumes sont des abominations aux yeux de Dieu, qu'il les punira s'ils y tombent, qu'ils sont le peuple du Seigneur, uniquement consacré à son culte, etc.

Parla nous concevons encore pourquoiMoïse avait réglé que toutliomme qui avait toucbé un cadavre, même pour lui donner la sépulture, serait censé impur, serait obligé de laver ses habits et de se purifier. Num., c. 19, ^ 11 et 10. C'était évidemment pour écarter les Israélites de toute occasion d'avoir commerce avec les morts. Dans le style de Moïse, être souillé par une âme, c'est être souillé paiTattouchementd'uncadavre. Cette loi, loin d'être superstitieuse, avait pour but de retrancher les superstitions païennes ù l'égard des morts.

Bergier.

MORT (la peine de) [Théol. miœt.

philos, mor. social.) — Nous pensons de la peine de mort juridique ce que nous pensons de la polygamie, du divorce par droit marital, de l'intérêt du capital ou de l'usure, de l'esclavage, de la guerre, et de beaucoup d'autres usages qui ont appartenu ou qui appartiennent à l'âge moyen de l'humanité que nous appelons parfois l'âge de la dictature, de la révolution, de la tourmente, et qui sont destinés à disparaître un jour devant l'avènement du droit pur. Pendant cet âge moyen, beaucoup de violations du droit naturel radical peuvent avoir leur règne et persister plus ou moins longtemps, étant tolérées par la sagesse divine elle-même ad duritiarn cordis , selon l'expression de Jésus-Christ parlant de Moïse. Cette sagesse les souffre malgré elle, à son corps défendant pour ainsi parler, par respect pour la liberté et la faiblesse de la nature humaine dont la destinée est de se développer progressivement. Ces usages sont des désordres qui ne furent point inhé-

rents à cette nature considérée dans sonfiorigine et sortant des mains de Dieu ; ils en furent, au contraire, exclus par le créateur . Ab initio autem non fuit sic, a dit encore Jésus- Christ parlant de l'une d'elles, de la polygamie ; ils sont, par conséquent, des violations de la loi primitive , et , par conséquent encore , des abus répudiés par l'esprit du christianisme, cette expression parfaite de la loi naturelle. Ils disparaîtront donc de l'ordre social, lorsque cet ordre aura atteint son développement chrétien, c'est-à-dire que le Christ régnera véritablement sur la terre, comme l'a dit saint Paul :

Oportet illum regnare donec ponat omnes inimicos sub pedibus. Nous croyons, il est vrai, qu'il se passera de longs siècles avant l'avènement de ce règne terrestre du Christ (V. Avenir du monde), mais nous n'avons aucun doute que ce règne n'arrive enfin, ainsi que le demandé le chrétien en répétant la prière composée par le Seigneur: Adveniat regnum tuum...

Sicut in cœlo, et in terra. Et alors auront peu à peu disparu tous les abus dont nous parlons. En [attendant, ils ne sont que des vices sociaux et point du tout des criminalités dans ceux qui gouvernent les peuples durant l'âge de la dictature, parce qu'ils résultent des imperfections mêmes essentielles à ce qui doit progresser, ce que le Christ a très bien défini par le seul mot : Ad duritiam cordis. Ils ne constituent pas plus des fautes particulières que n'en constituèrent, chez Moïse, ses exécutions draconiennes et ses tolérances de la polygamie et de l'esclavage ; et ils disparaîtront quand viendra le règne social du droit naturel pur se dilatant librement dans l'auréole du droit évangélique, comme ont déjà disparu l'esclavage et la polygamie.

Il ouit de cette conviction qui est en nous , que nous devons , pour préluder de notre mieux, pour notre petite part, à cet avenir, ne considérer, lorsque nous traitons ces questions, que les principes sans tenir compte de leurs difficultés d'applicationpassées ou présentes. Relativement à la peine de mort juridique, les temps

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paraissent pourtant amener déjà dans les esprits de grandes modifications d'appréciation : beaucoup de jurisconsultes se prononcent maintenant contre cette peine qui est une peine éternelle , autant que l'homme la puisse rendre telle, expose à d'irréparables erreurs, ne laisse pas au coupable la possibilité de se relever dans la vertu, et consiste à infliger aux autres ce qu'on n'aurait pas le droit de s'infliger à soi-même, mais qui, du reste, n'est pas la seule à présenter de ces cas essentiellement redhibitoires, à notre avis, endroit rigoureux ; déjà même un assez grand nombre d'Etats l'ont exclue de leur code criminel, et n'en vont que mieux sous le rapport de la diminution des crimes; en sorte qu'il se pourrait que l'invasion du règne évangélique sur ce point fût plus voisine que nous ne l'avions cru. Depuis vingt-cinq ans, une trentaine au moins de petits Etats ont aboli la peine de mort, en toute espèce de matière.

Quoi qu'il en soit de ce que font les hommes, et des arguments écrasants que nous présenterions, à tous les points de vue, contre la peine de mort, si notre cadre nous permettait de traiter longuement cette question de jurisprudence générale, nous nous bornerons à quelques considérations principalement exégétiques ou purement ecclésiastiques, que, pour la plupart, nous extrairons de nos ouvrages précédents.

Nous avons dit de la peine de mort juridique ce que disait Jésus-Christ de la polygamie, ab initio non fuit sic. Voici comment nous établissions ce fait primitif dans nos harmonies art. Historiques (sciences) :

a Absence de la peine de mort dans la cité. — Voici les paroles et les faits qui l'établissent, à notre avis, sans le moindre doute. « Celui qui me trou- » verame tuera, dit Caïndans son dés- » espoir après le meurtre d'Abel.

» Point du tout, répond Dieu, il n'en » sera pas ainsi, mais qui tuera Caîn » en sera puni au septuple.... Et le » Seigneur, reprend l'historien, mit » un sceau sur Caîn afin que ceux qui » le trouveraient ne le tuassent point. »

(Gen., iv, 14 et 15.) Voilà le plus

grand des coupables marqué par Dieu même d'un sceau qui défend aux hommes de lui faire subir la peine du talion. — Longtemps après, Lamech est assassin à son tour, et il dit à ses femmes Ada et Sella : « J'ai tué » un homme en le blessant ; un jeune » homme par envie ; vengeance sera » tirée sept fois de la mort de Caîn et » de celle de Lamech septante fois sept » fois. » (Gen., iv, 23 et 24.) Jusqu'à Lamech la défense de Dieu a donc été comprise, puisque Lamech s'en couvre lui-même après son crime. — Après le déluge, Dieu renouvelle sa défense au genre humain dans la personne de Noé : « Je demanderai » compte de la vie de l'homme, à la » main de l'homme, à la main de son » frère. Quiconque aura répandu le » sang humain, son sang seraiépandu; » car l'homme a été fait à l'image de » Dieu. » (Gen., ix, 5 et 6.) C'est ainsi que le Christ défendra à Pierre de tirer l'épêe, en donnant pour raison que celai qui use de l'épée périt par l'épêe. On se jettera dans la voie des représailles; ce sera la guerre et l'horreur; il est bien vrai que le fait se passera ainsi dans le second âge; mais, pour moi, dit Dieu, je demanderai toujours compte à la main de l'homme du sang de l'homme, car la vie de l'homme est l'image inviolable de la vie de Dieu. La juste vindicte n'a pas plus droit de la violer que l'inique envie.

» 11 faut bien entendre la chose ainsi ; car celui qui verrait dans le mot de Dieu: son sang sera répandu, une loi qui ordonnerait à l'homme de venger le sang de l'homme juridiquement par l'effusion du sang du coupable, serait obligé de dire que la même obligation existerait à l'égard d'une bête qui a tué un homme, puisqu'on lit immédiatement avant ce que nous avons cité : Je demanderai compte de vos vies et de votre sang à toute bête qui l'aura répandu.

Il est évident qu'une bête ne peut être juridiquement condamnée à la peine de mort. Dieu dit donc seulement par ces mots, qui sont les mêmes à l'égard des bêtes et à l'égard des hommes, féroces comme elles quand elles sont féroces, que

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l'effusion du sang provoquera l'effusion du sang, et que l'être destructeur de l'homme sera détruit lui-même, par suite de l'enchaînement providentiel. C'est un résultat général qu'on peut remarquer à tout instant dans les rapports de l'homme avec l'homme et de l'iiomme avec les bêtes. Mais c'est Dieu qui se réserve la vengeance.

» Le Christ qui appellera Je lever du troisième âge redira, en parabole, la parole première (Voy. Sociales (Sciences.)

» Pour Moïse, obligé décommander à l'âge horrible des ténèbres, à l'âge des passions, des ires et des ignorances brutales de l'humanité, il prendra son parti et appellera à son aide la dictature de la mort contre la mort !

» Nous continuons d'être, àcertains égards, sous le règne de Moïse, celui du Christ n'ayant pas encore acquis sa plénitude. »

Voici maintenant ce que nous écrivions sur la peine de mort juridique dans l'article Sociales (Sciences) auquel nousrenvoyions comme on vient de le voir : c'est l'Evangile qui va parler.

« Que dit la science vraie et radicale dudroit, sur la peine de mort? A.

notre^ avis, elle dit que toute peine doit être un essai de moralisation et sur la société et sur le coupable. La peine de mort peut être une vengeance, à l'égard de l'un et une terreur à l'égard de l'autre, mais, une moralisation, vous ne l'y trouverez jamais. De plus, où est le droit de tuer son semblable? Il n'y a de droits dans l'association que ceux qui résultent de droits des associés; chaque associé peut-il légitimement tuer un de ses frères sauf dans le moment de la défense personnelle ? Or, c'est un sophisme de dire que la société se défend contre un coupable qui est entre ses mains pieds et poings liés.

On insiste en disant qu'elle se défend contre les imitateurs futurs de ce coupable, en leur fsisant peur par l'exemple; nouveau sophisme, qui suppose daift chacun des associés le droit de tuer un agresseur injuste, quand il n'est plus à craindre, étant

vaincu, sous prétexte de se garer des éventualités d'agresseurs nouveaux. Qui établira jamais un pareil droit? D'ailleurs, quand le coupable se repent, peut-il être permis de l'immoler ? On ne peut tuer un innocent; or, le repentir égale l'innocence. En vain Jean-Jacques vient nous dire que chaque associé a renoncé à la vie pour les cas de grande culpabilité, par le seul fait de son appartenance à l'association; un homme peut-il renoncer à la vie?

Pour que ce raisonnement fût bon, il faudrait commencer par établir le droit du suicide. Non, la peine de mort n'est, en utopie philosophique, ni légitime en droit ni légitime en but ; c'est une brutale vengeance qui, dans l'état de civilisation avancée, démoralise; et qui, par la peur qu'elle excite, n'épargne même pas un seul crime à la société ; la preuve de cette dernière assertion, c'est qu'en bonne expérience, les crimes ont toujours diminué de nombre, à mesure que les supplices sont devenus moins nombreux et moins cruels.; et que c'est précisément dans les quelques lieux où la peine de mort n'existe pas, qu'ils sont les plus rares (1). Ce qui nous fait parler de la sorte n'est pas une pitié de femme pour le supplicié; car la mort juridique, — soufferte pour une conviction — est , de toutes les morts, celle qui nous plairait le mieux : c'est la raison philosophique et la raison chrétienne. Nous avons donné la réponse de la première ; voici celle de la seconde.

^ » Nous discutons suffisamment, à l'article Historiques (Sciences) l'enseignement qui résulte, sur cette matière, du récit mosaïque des premiers temps du monde. Dieu défend à la société de tuer Caïn; l'assassin Lamech est couvert aussi par cette dé fense; et Dieu parle à Noé pourdéfendre à l'homme, d'une manière absolue, de verser le sangdel'homme.

Si Moïse se montre un terrible dicta teurquipunitdemort presque comme

(i) Ces lieux ont beaucoup augmenté en nombre depuis que nous écrivions nos Harmonies ds la raison kt db la poi. Le Portugal est de ce nombre. ( 1873.)

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Dracon, il trouve son excuse dans l'impossibilité d'exécuter son plan politique et religieux par d'autres moyens. Beaucoup de génies porlés par la Providence à la tète des hommes se sont vus dans des nécessités semblables et, probablement, s'y verront encore, car la période de la dictature n'est point passée. Voilà pour la révélation antique, écoutons maintenant Jésus-Christ.

« Un jour, on lui annonce que des Galiléens qui s'étaient rendus coupables d'assassinats viennent d'être mis à mort, par l'ordre de Pilate, ce que saint Luc exprime en disant que leur sang a été mêlé à celui de leurs sacrifices, ou qu'ils avaient sacrifié.

Que dira Jésus à cette nouvelle? c'est pour lui une occasion de nous instruire des vérités fondamentales qui doivent servir de base au code pénal d'une nation. Voici la réponse :

» Pensez-vous que ces Galiléens fussent plus pécheurs que tant d'autres Galiléens, parce qu'ils ont ainsi souffert?

Non, je vous le dis. Mais si vous ne faites pénitence, vouspérirez tous semblallement, comme ces dix-huit sur qui tomba la tour de Siloé et qu'elle tua ; croyez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les autres habitants de Jérusalem? Non, je vous le dis. Mais si vous ne faites pénitence, vous périrez tous semblablement. »

(r Et il ajouta, dit l'évangéliste, cette similitude :

» Un homme avait un figuier planté dans sa vigne; et il vint y chercher des fruits, et il n'en trouva point. Or, il dit à celui qui cultivait la vigne : Voilà trois ans que je vais chercher du fruit à ce figuier, et je n'en trouve pas.

Coupez-le donc ; à quoi bon occupe-t-K la terre ? Mais le vigneron répondit :

Seigneur, laissez-le encore cette année.

Je creuserai tout autour, et y mettrai du fumier; peut-être portera- t-il du fruit, sinon vous le couperez plus tard.

(Luc. xm, 1-9.)

» L'esprit de la réponse est facile à saisir, bien qu'il soit enveloppé d'une forme pleine de finesse, caractère marqué dans les instructions de Jésus- Christ. Jésus commence par affirmer que ces coupables, que la société punit si rigoureusement et qu'on re-

garde comme des monstres, ne serait-ce qu'à cause de la grandeur du supplice qu'on leur inflige , ne sont pas, devant la vérité, plus coupables que beaucoup d'autres qui passent pour justes ; il fait la même observation contre le préjugé, accrédité chez les Juifs, qui les faisait considérer comme très-criminels ceux que la Providence rendait victimes de grands malheurs, tels que celui de la chute de la tour de Siloé sur les dix-huit malheureux qu'elle écrasa; et il profite, en même temps, de l'occasion pour dire à tous de faire pénitence, afin de ne pas mériter des maux aussi grands. Puis il va plus loin avec la parabole, dont le sens est qu'il faut cultiver le mauvais arbre, remuer la terre autour, le fumer, l'isoler si l'on veut paraphraser la pensée, mais ne pas le couper, même après trois années d'épreuves déjà faites. Dans la fiction, le propriétaire de l'arbre représente Dieu; c'est pourquoi le bûcheron ne dit pas en finissant: Sinon je le couperai plus tard ; mais bien : vous le couperez :

Dieu, en effet, finit toujours par couper. Mais ce n'est pas sans raison qu'à propos de la puissance judiciaire et de la force publique concentrées, en ce moment, dans Pilate, lequel exerce, au nom des Romains, pour toute la Palestine y compris la Galilée, la vindicte sociale par des exécutions capitales, Jésus rappelle ainsi, pour modèle, la conduite de Dieu et met dans la bouche du vigneron la leçon de sagesse que Dieu prend pour borne puisqu'il n'y répond pas, leçon qui conclut à attendre, en ce qui est de lui, jusqu'à ce que Dieu lui même coupe. La finesse mordante de l'allusion est d'une telle évidence que l'Esprit-Saint n'a pu inspirer à l'écrivain le récit de l'épisode dans ces termes, sans vouloir que l'avenir en fasse son profit sur la question de la peine de mort. »

Voilà donc le droit évangélique qui se retrouve, comme toujours, d'accord avec le droit naturel, C'est à Dieu de couper quand il lui plait ; Je vigneron, l'homme, ne doit qu'essayer toujours de la moralisation par la culture ; et si la culture réussit, la

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peine doit disparaître quel qu'ait été îe crime. Sait-il si l'arbre ne produira jamais de bons fruits ! il ne doit donc pas infliger au coupable une peine qui rende impossible à jamais sa réhabilitation. Et il en est de même de toutes les autres peines, quelque légères qu'elles soient, ne serait-ce que la privation du plus petit des droits de citoyen; elles ne doivent jamais être éternelles ni indéfinies ; elles doivent s'éteindre avec un temps déterminé de telle sorte que le coupable, à moins de nouveaux délits, rentre naturellement dans le droit commun. Toute législation qui n'est pas arrivée à ce point du progrès moral humanitaire, implique une violation fondamentale du droit évangélique et naturel, contre laquelle ce droit réclame sans cesse. Mais s'ensuit-il de là que les hommes qui font exécuter des dispositions législatives contraires, et les législateurs euxmêmes qui portent ces dispositions dans une société sur laquelle ne s'est pas encore levé le soleil de la vérité complète, pèchent et soient coupables? Non, certes ; ils ne pèchent pas plus que ne péchait Moïse en tolérant, ad duritiam cordis, la polygamie et le libelle marital de divorce, quoique à l'origine et devant la nature il n'en fût point ainsi, ab initio autcm non fuit sic ; ils ne pèchent pas plus que ne péchaient les maîtres qui, comme Philémon, avaient des esclaves, lorsque les organismes sociaux étaient fondés sur l'esclavage, quoiqu'on eût dû répéter sur ce désordre les deux paroles de Jésus : ad duritiam cordis... ab initio non fuit sic ; ils ne pèchent pas plus que ne pèchent aujourd'hui les prêteurs de capitaux à intérêts, selon le taux légal, et qu'ils ne pécheront tant que l'organisme social de la propriété sera fondé sur l'usure, quoi qu'il faille encore redire à l'occasion de ce désordre les deux mêmes oracles de Jésus-Christ. C'est pour cela qu'aujourd'hui les congrégations romaines font des réponses tolérantes à ce sujet, quoique Benoit XIV ait posé, dans sa bulle vix pervenit, d'une manière rigoureuse, le principe de « l'égalité dans l'échange. »

Nous avons une consécration de ce que nous disons là dans la définition solennelle d'un pape célèbre.

Nous voulons parler de la profession, de foi prescrite en 12i0 par Innocent III, aux Vaudois revenant à l'Eglise. Les Vaudois repoussaient, comme nous, la peine de mort juridique, mais prétendaient, en même temps, contrairement à ce que nous disons, que la puissance séculière commettait un péché en s'adjugeant le droit de porter cette peine et en l'appliquant, sans tenir compte, comme nous le faisons, de l'ignorance des temps, de l'imperfection des mœurs, de la nécessité qu'imposent les coutumes enracinées, etc.

Or Innocent III leur fait dire dans sa formule d'abjuration et de profession de foi, ce qui suit : s Nous affirmons, touchant la puissance séculière, qu'elle peut, sans péché mortel, exercer le jugement du sang, pourvu qu'elle procède, en portant la sentence, non par haine, mais par jugement, non sans précaution, mais avec sagesse. » On pourrait soutenir que, de l'aveu d'Innocent III, la puissance séculière, tout en agissant a non par haine, mais par jugement, non sans précaution, mais avec sagesse, » lorsqu'elle applique juridiquement la peine de mort, n'est pas exempte de tout péché, au moins véniel, et cela par suite de l'esprit évangélique qui est opposé à ces pratiques ; mais nous disons et comprenons par cette définition célèbre, que la puissance séculière, eu égard aux siècles dont il s'agissait et dont ij.

s'agit encore devant nous, c'est-àdire eu égard à Vad duritiam cordis de Jésus-Christ, ne commet, en cela, aucun crime ni mortel ni véniel, pas plus que les patriarches n'en avaient commis en pratiquant la polygamie, et que Moïse n'en avait commis en portant kt loi du libelle de divorce.

C'est ainsi que s'expliquent souvent des choses qui paraissent contradictoires avec les principes. L'important, c'est que les principes euxmêmes, une fois reconnus , soient inexorablement conservés, dans l'absolu de leur généralité.

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Dans tout ce qui préeède se trouve exposée notre manière particulière d'apprécier la peine de mort. Nous ajouterons un sommaire, sous forme de réponse aux objections, de la manière dont les théologiens et légistes traitent ordinairement cette question, et en particulier, dont la traite le Dict. encycl. de la théol. cathol.

On objecte les prescriptions de cette peine dans l'ancien Testament.

(Exod. xxi, 12, 14, 23, Levit. xxiv, 17, 21. Deut. xix, 11, 12. etc.). Mais outre la réponse que nous avons donnée et que nous appuyons sur la réponse de Jésus-Christ relativement à la polygamie, nos théologiens les plus favorables à la peine de mort reconnaissent eux-mêmes que les lois judiciaires legesjudiciales de l'ancien Testament ont été abolies ponr le nouveau ; et n'a-t-on pas le droit de compterpanni ces lois abolies celle de la peine de mort, qui se trouve en opposition avec le précepte du Décalogue, pris dans sa rigueur : non oecides, précepte qui n'est point lui une lex judicialis, mais une déclaration pure de la loi naturelle.

On objecte, pour soutenir que cette loi judiciaire a été maintenue par le ehri=tianisme, la réponse de Jésus à Pilate: a Ne sais -lu pas, lui dit Pilate, que j'ai le pouvoir, potestatem habeo , de te crucifier et que j'ai le pouvoir de te renvoyer libre? » Jésus répondit : « Tu n'aurais aucun pouvoir contre moi, s'il ne t'avait élé donné d'en haut. » [Jean xix, 10, H.)

Mais n'est-il pas évident qu'il ne s'agit, dans la pensée de Jésus, que de la puissance matérielle de la force et nullement du droit, jus? Le motjjotestas signifie, dans son sens naturel, cette puissance matérielle, que l'on n'a jamais, en effet, sans qu'elle ait été donnée d'en haut ; et ne serait-il pas absurde de prétendre que Jésus eût voulu dire à Pilate qu'il avait reçu d'en haut le droit véritable de le condamner à être crucifié, lui « le fils de l'homme, » qui ne fait qu'un a avec le Père céleste » pater et ego unum sumus, et l'innocence même, quis argwt me de peceatol

On objecte le mot de saint Paul

(Rom. xiii, 4) : « Si tu fais le mal, crains ; car ce n'est pas en vain qu'il (le prince) porte l'épée, non enim sine causa gladium portât. » L'expression porter l'épée, est, dit-on, une figure qui n'est applicable qu'à celui qui a la puissance de vie et de mort.

Mais c'est précisément l'interprétation que nous n'admettons pas, en ce sens qu'il s'agisse, dans l'esprit de saint Paul, de la peine de mort plutôt que de toute peine qui s'iallige par la force. Porter l'épée signifie seulement être armé de la force matérielle, et cette locution s'appliquera tout aussi bien à un chef d'État qui n'a point le droit de vie et de mort, et chez lequel la peine de mort sera abolie, qu'à tout autre ; en sorte que la parole de l'apôtre n'a aucun rapport à la question spéciale dont il s'agit. Elle ne tombe que, d'une manière générale, sur l'ensemble des peines coercitives.

On objecte les explications des Pères et de saint Augustin surtout, par exemple Cité de Dieui, 21, pour faire comprendre que le précepte qui défend l'homicide est susceptible d'exceptions, que certains cas lui échappent ; et l'on fait entrer parmi ces cas la loi juridique de la peine de mort.

Mais ces explications nous seraient plutôt favorables, en ce sens qu'elles font ressortir la généralité de la défense décalogique et manifestent dans l'esprit de celui qui les donne certains embarras pour concilier avec elle des usages et des faits qui lui paraissent contraires, sans jamais attaquer la question de principe radical, sur le point particulier de la peine de mort juridique en général.

Cest ainsi que saint Augustin, dans le passage cité, se voit obligé de faire intervenir l'autorité divine ellemême pour « excepter certains cas où,dit-iL, cette autorité commande de faire mourir un homme ou par une loi générale ou par un ordre particulier. » « AU>rs, ajoute-t-il, celui qui tue ne doit être regardé que comme une épée dans la main de celui qui s'en sert, » l'autorité divine intervenant, étant cette main même responsable de l'acte. Et il cite en exemple

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de ces exceptions voulues par Dieu, ceux qui out fait la guerre par son ordre, ceux qui ont puni de mort des méchants suivant des lois également voulues par lui, le fait d'Abraham immolant son fils Isaac encore par son ordre, celui de Jephté tuant sa fille en vertu d'un vœu accepté par Dieu, celui de Samson se suicidant avec les Philistins, par inspiration.

Mais, en dehors de ces cas exceptionnels, d'autorité divine spéciale, Augustin pose la généralité du principe que « quiconque tue un homme, soimême ou un autre, est coupable d'homicide. » Si ces pères avaient pensé à traiter la question spéciale de la peine de mort, si cette question eût été posée devant eux comme elle l'est aujourd'hui, dans l'ordre purement humain, on ne sait pas comment ils l'auraient résolue, et cette manière de parler du précepte non occides, donne plutôt à penser qu'ils n'auraient pas été favorables à la peine de mort.

On objecte le droit commun et la pratique de l'Eglise, dans lesquels la peine capitale est supposée sans objection contre elle.

Mais ce n'est pas là en définir la légitimité; c'est seulement accepter l'usage reçu et se mettre en conformité avec lui, comme c'était accepter la croyance reçue que de supposer que la terre tournait avant que l'astronomie moderne eût démontré le contraire. Il y a mieux sous ce rapport; l'Eglise a toujours montré de la répugnance pour l'effusion du sang humain ; Ecclesia non sitit sanguinem, fut toujours un de ses adages, et l'on peut dire que, sans s'occuper de la conduite et des devoirs de la puissance civile, elle a, dans sa sphère religieuse, manifesté autant qu'elle le pouvait, sa désapprobation de la peine de mort en défendant à ses ministres de prendre part à une sentence capitale.

On objecte ce qui se passa à l'occasion des Vaudois.

Mais nous avons cité la profession de foi qui leur fut prescrite par un pape; et nous avons vu que cette prescription serait plutôt favorable à notre manière de voir. Il y a mieux :

à cette époque la question fut traitée directement par des théologiens, tels qu'Alain des Iles, Bernard, abbé de Warmbrunn, Claude Seyssel, archevêque de Turin, et bien d'autres que cite d'Argentré (Collectio judiciorum de noms erroribus, t. I, p. 82 à 8G) ; ces théologiens la résolurent dans le sens opposé à celui des Vaudois qu'ils réfutaient; or l'Eglise, quoiqu'elle se trouvât, en quelque sorte, mise en demeure de se prononcer, ne donna point sa sanction formelle à la thèse de ces théologiens, se contenta de garder le silence et la laissa dans l'état d'une opinion théologique.

On objecte la thèse de saint Thomas là-dessus et le sentiment commun des théologiens, lesquels consistent à attribuer à la puissance civile le droit de couper les membres dangereux du corps social, comme il appartient à un médecin de couper un membre gangrené pour sauver le corps entier.

Mais nous avons répondu à la raison alléguée, en tant que preuve de raison, par la raison elle-même et par Jésus-Christ qui disent qu'il s'agit ici d'une personnalité, et non d'un membre purement matériel, dont la section serait utile pour sauver la personnalité même, et qu'une telle individualité étant toujours un arbre guérissable, susceptible de devenir fructifère par la culture, le devoir de la société est de le fumer jusqu'à ce que le maître souverain, qui est Dieu, vienne le couper lui-même. Et quant à l'objection en tant que mettant en avant des autorités, nous pouvons aussi répondre quelque chose :

A saint Thomas et à son école, nous opposons Scot (4, dist. 15, quœst. 3) et les scotistes. Scot et son école, sans être précisément contre la peine de mort, soutiennent que le commandement de Dieu qui défend de tuer est absolument et universellement obligatoire, qu'il n'admet d'exceptions que les cas qui sont spécialement et formellement précisés par Dieu même, — ce qui se rapproche de ce que nous avons cité de saint Augustin — et qu'en conséquence, il n'y a de crimes capitaux que ceux qui sont punis de la peine de mort dans l'ancien Testament,

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qu'il considère, au reste, comme n'ayant pas été abrogé sous ce rapport, dernier point qui est insoutenable et rejeté par presque tous les théologiens, thomistes et autres. Mais cette manière de penser sur le principe peut être mise en contre-poids avec celle de saint Thomas, comme autorité théologique.

Ce n'est pas tout : nous pouvons peut-être même opposer à saint Thomas une censure formelle portée en 1700 par la conventio cleri gallicani. La proposition soumise à l'assemblée portait : « Où donc se trouve écrite la permission donnée par Dieu aux rois et aux républiques de tuer les coupables?... Si nous y sommes conduits par la seule lumière naturelle, nous jugerons également de ce qui est permis a chacun en tuant l'agresseur non-seulement de la vie, mais aussi de l'honneur et des biens. » El la condamnation fut prononcée dans les termes suivants :

« La doctrine contenue et inférée dans cette proposition, est scandaleuse, erronée et hérétique, {injurieuse pour les rois et pour les républiques, soumettant la vie des hommes et les décrets de morale à de vains raisonnements et règles. » « Il est dit formellement par là, fait observer M. Frick, qu'il est erroné et hérétique d'établir le droit de la peine de mort sur de simples raisonnements, sur le simple droit de la raison. » Si cette interprétation de M. Frick est exacte, la thèse de saint Thomas, qui s'appuie sur la raison seule, est rejetée par le clergé gallican (1).

On objecte encore les raisons par lesquelles saint Thomas répond aux difficultés qu'il pose contre le droit de la puissance civile d'infliger la peine capitale. Ces difficultés sont au nombre de trois : 1° La parabole de l'ivraie finissant par celte réponse du maître aux serviteurs qui proposent d'arracher l'ivraie : « Non, de peur qu'en arrachant l'ivraie vous n'arrachiez avec elle le froment. »

[Mat. xui, 29.) — 2° La parole d'Ezé-

M) Mais nous devons avouer avec notre sincérité ordinaire que le sens attribué à la condamnation far M. Frick, nous parait douteux.

chiel : « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive.» (Ezé. xvin,23;xxxui, H .) — 3° Cette raison qu'aucun motif ne peut rendre bonne une chose mauvaise en soi, et que l'homicide est dans ce cas. — Et saint Thomas répond à la première difficulté : que quand il n'y a pas de danger d'arracher en même temps le froment, il n'y a point de raison pour ne point arracher l'ivraie. — A la deuxième, que la justice humaine imite autant qu'elle peut la justice divine en laissant vivre, et, partant, la possibilité du repentir, quand la vie des bons n'est pas menacée, mais eu tuant le pécheur quand elle no peut pas protég-er autrement cette vie des bons ; — à la troisième que le coupable se dégrade et contraint la société à agir à son égard comme à l'égard d'un' être malfaisant dont la destruction est nécessaire pour sauver du péril l'intérêt général.

Mais ces objections, qui militeraient pour nous, ne nous paraissent pas être à la question, non plus que les réponses que leur oppose saint Thomas.

1° La parabole de l'ivraie a besuin d'être tiraillée pour s'appliquer à la peine de mort et aux coupables de crimes contre l'ordre social et le droit d'actes évidents, tels que l'assassinat, crimes que nous appelonsaujourd'hui crimes de droit commun. Le sens naturel de cette parabole concerne les doctrines philosophiques et religieuses surtout, à l'égard desquelles la puissance, qui est armée de la force et qui pourrait arracher l'ivraie, n'a pas compétence pour distinguer cette ivraie du bon grain, et doit, par conséquent, laisser croître l'une et l'autre jusqu'à la moisson où Dieu viendra lui-même faire le triage. Elle s'applique, par-là même, autant à toutes les peines coactives, quelque petites qu'elles soient, qu'à la peine capitale; Aussi ne l'avons-nous pas invoquée dans notre thèse contre la peine de mort, tandis que nous nous appuyons fortement dessus dans notre thèse de la liberté de conscience. (V. es mot dans nos Harmonies.) Quant à la réponse que lui fait saiat

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Thomas, en supposant qu'elle eût son application à la peine de mort, elle ne serait pas bonne, et l'ange de l'école nous parait bien là avoir faibli dans sa logique; car qui peut jamais dire que le coupable qu'on immole ne deviendrait pas un repentant aussi bon ou même meilleur que celui qui ne pécha jamais? On ne sait donc pas, en arrachant cette ivraie, sous prétexte de sauver le froment, si ce n'est pas du froment qu'on arrache; et par conséquent, il faut attendre la moisson de Dieu qui saura, lui, ce qu'il fera.

2° La parole d'Ezéchiel n'est pas, non plus, à la question. Il ne s'agit pas, dans son éloquent chapitre, de la vie et de la mort matérielles; il ne s'agit que de la vie morale, et nous ne comprenons guère que saint Thomas ait éprouvé le besoin de le citer à propos de la peine de mort dans la justice des hommes, si ce n'est peutêtre pour avoir une occasion de présenter sa réponse.

Or, en ce qui est de cette réponse, nous ne comprenons pas non plus que l'ange de l'école ait osé faire entrer en comparaison la justice de Dieu qui connaît l'avenir et le fond des cœurs, avec la justice humaine qui n'est,coiume tout ce qui est de l'homme, que ténèbres et fragilité. La seconde n'a qu'un moyen d'imiter la première : c'est d'attendre, avec une patience indélinie, ses explosions.

3° La troisième objection, qui est tirée de la raison naturelle, n'est pas plus à la question que les deux précédentes ; ou, pour parler plus juste, elle suppose la question : il est bien vrai qu'on ne peut jamais faire une chose mauvaise en soi qui reste mauvaise au moment où on la fait ; mais la question est desavoir si l'homicide est toujours dans ce cas, ou s'il n'est pas toujours dans ce cas; quand il est commis pour la légitime défense de celui qui le commet, cette défense ne pouvant se faire autrement, il cesse d'être un acte mauvais en soi, et devient permis. Il pourrait en être de même de la peine de mort juridique, et la question est de savoir s'il en est ainsi. Nous soutenons le contraire, non pas pour tous les temps, mais seu-

lement pour ceux où régnera le droit pur naturel et chrétien, si ces temps arrivent, ce dont nous ne doutons pas. Mais pour les temps semblables à ceux de Moïse, où la société ne peut se défendre que par la peur d'une justice draconienne, il y a vraiment légitime défense pour elle à légiférer dans son sein la peine de mort, ad duritiarn cordis. Les mots de Jésus reviennent toujours.

Reste la dernière réponse de saint Thomas : elle est encore en partie mauvaise; ce n'est pas parce que le coupable s'est dégradé et a perdu sou droit à la vie que la société pourra le retrancher par la mort comme une bête féroce; son devoir, à elle, est toujours, relativement à lui, de le cultiver de son mieux pour le rendre bon ; mais il y aura des époques, et L'âge de la dictature en est là, où elle se verra contrainte à sévir par la peine capitale, toujours ad duritiam cordis, pour effrayer, au moyen de l'exemple, les méchants dont elle ne peut autrement refouler les invasions criminelles.

Nous espérons que cet âge, sur cette question, n'est pas très -loin de finir dans les sociétés chrétiennes, comme il a fini sous nos yeux pour l'esclavage, comme il finit, beaucoup plus tôt, pour la polygamie.

Le Noib.

MORT (confrérie delabonne)(T/iéo/.

hist. assoc.) — « Cette confrérie, dit M. Permaneder, très-répandue dans l'Eglise, a été fondée par Philippe Holzhauser, commissaire des finances électorales à Munich, en 1620. Son but immédiat est de préparer le fidèle à une mort chrétienne. Holzhauser, qui consacra presque toute sa fortune à de bonnes œuvres, à de pieuses institutions, encore subsistantes de nos jours à Munich, avait réalisé la pensée d'une confrérie de la bonne mort principalement par l'entremise des Jésuites. L'assoeiation, composée de membres des deux sexes, s'appela d'abord Association de la Croix, et finit par s'unir à la confrérie qui existait déjà à Forstenried, qui était devenue célèbre par l'image de Jésus sur la croix, qui s'y trouve

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et qu'on y vénère. Ce crucifix est devenu la base de l'association de la bonne Mort, à laquelle les Papes Paul V, Benoit XIII et Clément XI ont accordé de nombreuses indul-

gences.

Le Nom.

MORTIFICATION. Sous ce nom l'on entend tout ce qui peut réprimer, non-seulement les appétits déréglés du corps, la mollesse, la sensualité, la gourmandise, la volupté, mais encore les vices de l'esprit, comme la curiosité, la vanité, la jalousie, l'impatience, etc.

Pour savoir si la mortification est une vertu nécessaire, il suffit de consulter les leçons de Jésus-Christ et des apôtres. Le Sauveur a dit : « Heureux ceux qui pleurent, parce » qu'ils seront consolés. » Matth., c. 5, f S. Il a loué la vie austère, pénitente et mortifiée de saint Jean- Baptiste, cap. 11, ^ 8. Il a dit luimême qu'il n'avait pas où reposer sa tète, c. 8, t 20. Il a prédit que ses disciples jeûneraient, lorsqu'ils seraient privés de sa présence, c. 9, f 15. Il conclut : « Si quelqu'un » veut venir après moi, qu'il renonce » à lui-même, qu'il porte sa croix et » me suive, » c. 16, f 24, etc. Saint Paul a répété la même morale dans ses lettres, a Si von s vivez selon la » chair, vous mouii mais si vous » mortifiez par l'esprit les désirs de » la chair, vous vivrez, Rom., c. 8, » f 13. Je châtie mon corps et je le » réduis en servitude, de peur qu'a- » près avoir prêché aux autres, je ne » sois moi-même réprouvé. I Cor., » c. 9, f 27. Nous portons toujours » sur notre corps la mortification de » Jésus-Christ, afin que sa vie pa- » raisse en nous. II Cor., cap. 4, » f 10. Monlrons-nous de dignes ser- » viteurs de Dieu, par la patience, » par les souffrances, par le travail, » par les veilles, par les jeûnes, par » la chasteté, etc., c. 6, f 4. Ceux » qui sont à Jésus-Christ crucifient » leur chair avec ses vices et ses » convoitises. Galat., cap. &, f 24.

» Mortifiez donc vos membres et les » vices qui régnent dans le monde, » la fornication, l'impureté, la con-

» voitise, l'avarice, etc. » Colos., c. 3, ^ S. Il a loué la vie sobre, austère et pénitente des prophètes.

Ilcbr., c. 11, ^37 et 38.

Les premiers chrétiens suivirent cette morale à la lettre. « Pour nous, » dit Tertullien, desséchés par le » jeûne, exténués par toute espèce » de continence, éloignés de toutes » les commodités de la vie, couverts > d'un sac et couchés sur la cendre, » nous faisons violence au ciel par » nos désirs, nous fléchissons Dieu; » et lorsque nous en avons obtenu » miséricorde, vous remerciez Jupiter » et vous oubliez Dieu. » Apologétique, cb. 40, à la fin.

Après des leçons et des exemples aussi clairs, nous ne comprenons pas comment les protestants osent blâmer les mortifications, tourner en ridicule les austérités des anciens solitaires, des vierges chrétiennes, des ermites et des moines de tous les siècles. Ils disent que Jésus-Christ n'a point commandé toutes ces pratiques, qu'il a même blâmé l'hypocrisie de ceux qui affectaient un air pénitent, que les austérités ne sont pas une preuve infaillible de wrto, que sous un extérieur mortifié l'on peut nourrir encore des passions très-vives, et qu'il n'est pas difficile d'en citer des exemples.

Mais si les paroles de Jésus-Christ que nous avons citées ne sont pas des préceptes formels, ce sont du moins des conseils; oenx qui tâchent de les réduire en pratique sont-ils blâmables?

Affecter un air pénitent par hypocrisie, pour être loué et admiré des hommes, est-ce la même chose que pratiquer les austérités de bonne foi, dans la solitude et loin des regards du public, pour réprimer et vaincre les passions? ou soutiendra-t-on que dans la multitude de ceux qui ont suivi ce genre de vie, il n'y en a pas eu un seul qui ait été sincère? Quoique les mortifications ne soient pas un moyen toujours infaillible de vaincre toutes les passions, l'on ne peut pas nier du moins qu'elles n'y contribuent; ceux qui par là n'ont pas pu réussir à les étouffer entièrement, en seraient encore moin3 venus à bout par un genre de vie contraire.

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Il est très-probable que si les apôtres et leurs disciples avaient vécu comme ceux qu'ils voulaient convertir, ils n'auraient pas fait un grand nombre de prosélytes.

Déjà l'on est forcé d'avouer qu'en général tous les hommes sont portes à estimer les mortifications- et à les regarder comme une vertu ; quand ce serait un préjugé mal fondé, il faudrait encore convenir que ceux qui sont chargés de donner des leçons aux autres, sont louables de se conformer à cette opinion générale, ou, si l'on veut, à ce faible de l'humanité, et il y aurait encore de l'injustice à les blâmer.

Les incrédules n'ont pas manqué d'enchérir sur les satires des protestants. On a cru dans tous îles temps, disent-ils, que Dieu prenait plaisir à la peine et aux tourments [de ses créatures; que le meilleur moyen de lui plaire était de se traiter durement; que moins l'homme épargnait son corps, plus Dieu avait pitié de son âme. De cette folle idée sont venues les cruautés que de pieux forcenés ont exercées contre eux-mêmes, et les suicides lents dont ils se sont rendus coupables, comme si la Divinité n'avait mis au monde des créatures sensibles que pour leur laisser le soin de se détruire. Conséquemment plusieurs de nos épicuriens modernes ont décidé gravement que mortifier les sens, c'est être impie; que vu l'impuissance de réprimer la plus violente des passions, la luxure, ce serait peut-être un trait de sagesse de la changer en culte , etc. Nous rougirions de pousser plus loin l'extrait de leur morale scandaleuse.

Mais lorsque Pythagore et Platon prêchaient l'abstinence et la nécessité de dompter les appétits du corps, ils ne fondaient pas leurs leçons sur le plaisir que Dieu prend aux tourments de ses créatures : ils argumentaient sur la nature même de l'homme; ils disaient que l'homme étant composé d'un corps et d'une âme, il est indigne de lui de se laisser dominer par les penchants du corps , comme les brutes, au lieu d'assujettir le corps aux lois de l'esprit. Brucker, Ilist. de la Ptulos., tom. 1, p. 1066, etc. Por-

phyre qui, dans son Traité de l'abstinence, suivait les principes de Pythagore et de Platon, enseigne que le seul moyen de parvenir à la fin à laquelle nous sommes destinés, est de nous occuper de Dieu, de nous détacher du corps et des plaisirs des sens, liv. 1, n. 57. Si nous l'en croyons, Epicure et plusieurs de ses disciples ne vivaient que de pain d'orge et de fruits, n. 48. Ce n'était pas pour plaire à la Divinité, puisqu'ils ne croyaient pas à la Providence. Jamblique, Julien, Proclus, Hiéroclès et d'autres ont professé les mêmes maximes.

On dit qu'ils étalaient cette morale austère par rivalité envers les docteurs du christianisme ; cela peut être; mais enfin ils copiaient Platon et Pythagore, qui ont vécu longtemps avant la naissance du christianisme, et auxquels on ne peut pas prêter le même motif. Ces philosophes, disent nos adversaires, étaient des rêveurs, des enthousiastes, des insensés; soit.

Il s'ensuit toujours que l'estime générale que l'on a eue dans tous les temps pour les mortifications, était fondée sur les notions de la philosophie.

il n'est pas vrai que les austérités modérées nuisent à la santé. Il y a plus de vieillards à proportion dans les monastères de la Trappe et de Sept-Fonts que parmi les gens du monde. Le jeûne et les macérations n'ont pas tué autant d'hommes que la gourmandise et la volupté. Ce ne sont pas les épicuriens sensuels qui remplissent le mieux les devoirs de la société, ils ne pensent qu'à eux, et ne font cas des hommes qu'autant qu'ils servent à leurs plaisirs.

Porphyre a raison de soutenir que, si nous étions plus sobres et plus mortifiés, nous serions moins avides, moins injustes , moins ambitieux, moins mécontents de notre sort, et moins sujets aux maladies. Le luxe ne serait pas si excessif, les riches feraient un meilleur usage de leur fortune, ils seraient plus compatissants et plus sensibles aux besoins de leurs semblables. Ce sont les désirs inquiets, les besoins factices, les habitudes tyranniques qui tourmentent

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les hommes; en y résistant, ils seraient plus vertueux et plus heureux.

Pour jeter du ridicule sur les mortifications des solitaires et des moines, on les a comparées aux pénitences fastueuses des faquirs mahométans, indiens et chinois, dont plusieurs exercent sur leurs corps des cruautés qui font frémir. Mais la conduite de ces derniers fait connaître les motifs qui les animent ; ils ont grand soin de se produire en public et d'exposer au grand jour le supplice auquel ils se sont condamnés; l'ambition d'être admirés et respectés, ou d'obtenir des aumônes, un orgueil insensé, un fanatisme barbare, les soutiennent et leur font braver la douleur; quelques stoïciens tirent autrefois de même.

Les pénitents du christianisme ont des motifs différents : l'humilité, le sentiment de leur faiblesse, le ;désir d'expier leurs fautes et de réprimer les passions ; ils cherchent la retraite, le silence, l'obscurité, selon le conseil du Sauveur, Matth., c. 0, f 1, et ils nepoussent point la riguiur de leurs macérations au même excès que les fanatiques des fausses religions. Il n'y a donc aucune ressemblance entre les uns et les autres.

Ces réflexions devraient suffire pour fermer la bouche aux protestants ; mais rien ne peut vaincre leur entêtement : ils attribuent au vice du climat tout ce qui leur déplait dans le christianisme. Le goût pour la solitude, disent-ils, pour la méditation et la prière, pour la continence, les m.rtificatiom, les pénitences volontaires, sont un effet de la mélancolie qu'inspire le climat de l'Egypte, de la Palestine, de la Syrie et des contrées voisines. Des philosophes atrabilaires, tels que Pythagore, Platon, Zenon, et surtout les Orientaux, ont accrédité ces pratiques ; mais ils ne les ont fondées que sur des dogmes erronés. Les premiers chrétiens s'y laissèrent surprendre; ils enchérirent sur la morale de Jésus-Christ, ils se llattèrent de construire une religion plus sainte et plus parfaite que la sienne ; ils n'ont fait que défigurer ses leçons. Vingt auteurs prolestants ont fait tous leurs efforts pour donner h ce rêve un air de probabilité ; un

court examen suffira pour dissiper le .

prestige.

1° Il est fort singulier que pendant cinq ou six cents ans, depuis Pythagore jusqu'à Jésus-Christ, le vice du climat n'ait rien opéré sur les païens, dont les mœurs ont toujours été aussi licencieuses en Orient qu'en Occident, et en Egypte qu'ailleurs; que depuis plus de mille ans il n'ait pas pu vaincre la mollesse et la lubricité des musulmans, pendant qu'il a produit en moins d'un siècle un si prodigieux effet sur les chrétiens. Voilà un phénomène inconcevable.

2° Pythagore, premier philosophe partisan des mortifications, était né dans la Grèce ; il voyagea dans l'Orient, mais il passa la plus grande partie de sa vie en Italie ; appellerons-nous mélancolique ou misanthrope un homme qui ne s'est occupé qu'à faire du bien à ses semblables, à civiliser les peuples, à policer les villes, à leur donner des lois et des mœurs ? En dépit d'un climat trèsdifférent de celui de l'Egypte, il fit goûter ses maximes, il trouva des disciples et des imitateurs ; on a dit de lui : Esurire docet, et discipulos invertit.

3° Si c'est une, vapeur maligne du climat qui a donné aux chrétiens du goût pour les mortifications religieuses, il faut que son influence ait régné sur toute la terre, à la Chine et aux Indes, dans le fond du Nord, dès que le christianisme y a pénétré, et dans toutes les écoles de philosophie de la Grèce. A la réserve des épicuriens et des cyrénaïques, tous les sages ont déclaré la guerre à la volupté : tous ont non-seulement conseillé à leurs disciples la frugalité et la tempérance, mais ils leur ont appris à se passer de la plupart des choses que les hommes corrompus par le luxe regardent comme une partie du nécessaire, et en cela ils croyaient travailler à leur bonheur.

4° Longtemps avant la naissance de la philosophie, Dieu avait fait connaître aux patriarches la nécessité des mortifications. Ils ne pouvaient pas ignorer la chute de leur premier père : et ils durent en conclure que î'afiluence de tous les biens est peu

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propre à rendre l'homme fidèle à à Dieu. Ils savaient qu'en punition de cette faute, l'homme était condamné à arroser de ses sueurs une terre couverte de ronces et d'épines, et que la pénitence d'Adam avait duré neuf cents ans : terrible exemple. On voyait les personnages les plus agréables à Dieu, tels qu'Abraham, Jacob, Joseph, Moïse, Job, etc., mener une Vie souffrante, mortifiée, et leur vertu souvent exposée à des adversités. « Je » fais pénitence sur la cendre et la » poussière, » disait le saint homme Job, à l'innocence duquel Dieu luimême avait daigné rendre témoignage, eh. 20, f 3 ; ch. 42, f 6, etc.

Un prophète nous apprend que l'abondance de tous les biens, l'orgueil, l'oisiveté, et ce que le monde appelle une vie heureuse, furent la cause des crimes et de la ruine de Sodome,£3ec, c. 16, il' 49. Les systèmes insensés des philosophes orientaux n'ont commencé à eclore que plusieurs siècles après.

5° On pourrait croire que les premiers chrétiens ont mal pris le sens des paroles de Jésus-Christ, si ce divin Maître ne les avait pas confirmées par ses exemples ; mais il a voulu naître dans une famille pauvre et dans uue étable ; il s'est fait connaître d'abord à de pauvres bergers ; il a passé sa jeunesse dans la maison d'un artisan; tous ses parents étaient de simples habitants de Nazareth ; il a dit lui-même qu'il n'avait pas où reposer sa tête, Matth., c. 8, f 20; Luc, c. 9, f 58. Tl a choisi pour ses apôtres de pauvres pêcheurs, accoutumés à une vie dure et laborieuse, et il a voulu qu'ils abandonnassent tout pour le suivre ; c'est aux pauvres qu'il a commencé d'abord à prêcher l'Evangile, Matth., c. 11, y 5; Luc, c. 4, f 18; Jac, c. 2, f o. C'était volontairement sans doute qu'il a souffert les mortifications de la pauvreté, II. Cor., c. 8, f 9. En méditant silices circonstances, a-t-on pu s'empêcher de prendre à la lettre ces maximes : Heureux les pauvres, ceux qui souffrent et qui pleurent ; malheur à vous, riches, qui avez votre consolation, qui êtes rassasies, qui êtes dans la joie, etc., et de croire qu'il y a du

mérite à imiter la vie de ce divin Maître?

6° Les philosophes orientaux et les hérétiques, qui soutenaient que la chair est une production du mauvais principe et une substance mauvaise par elle-même, n'en ont jamais parlé d'une manière plus désavantageuse que saint Paul. Outre les passages de ses lettres que nous avons cités, il dit, Rom., c. 7, f 18 : « Je sais » qu'il n'y a lien de bon en moi, » c'est-à-dire dans ma chair, f 20 » et 23, il l'appelle une chair de péché, » une loi qui le captive sous le joug » du péché. C. 8, f 8. CeNix qui sont » dans la chair ne peuvent plaire à » Dieu, f 13. Si vous vivez selon la » chair, vous mourrez ; mais si vous » mortifiez par l'esprit les affections » de la chair, vous vivrez. C. 13, f 14.

» Ne contentez point les désirs de » votre chair. Ephes., c. 2, f 3. Le » propre du paganisme était de sa- « tisfaire les désirs et le» volontés de » la chair. Galat., c. 5, f 16, Mar- » chez selon l'esprit, et vous n'ac- » complirez point les désirs de la y> chair, etc. » Voilà, au jugement de nos adversaires, saint Paul devenu disciple des philosophes orientaux ; c'est lui qui a infecté les premiers chrétiens du fanatisme atrabilaire par lequel ils se sont armés contre euxmêmes, et se sont cruellement tourmentés ; c'est lui qui a cru forger une religion plus parfaite que celle «le Jésus-Christ, et qui l'a fait embrasser aux autres, etc., etc. Ainsi l'ont rêvé les protestants, et les incrédules l'ont répété.

Ils ont beau dire que les mortifications extérieures ne contribuent en rien à dompter les passions, ni à nous rendre la vertu plus facile ; c'est une fausseté contredite par l'exemple de tous les saints. Puisque la vertu est la force de l'âme, elle ne s'acquiert point en accordant à la nature tout ce qu'elle demande, mais en lui refusant tout ce dont elle peut se passer. Moins nous avons de besoins à satisfaire, moins il nous reste de désirs inquiets et dangereux. Une vie dure n'étouffera pas absolument toutes les passions; mais l'habitude de dompter celles du corps nous fait

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réprimer plus aisément celles de l'esprit. Quand les protestants soutiennent que le goût pour les austérités religieuses a été chez les premiers chrétiens un vice du climat, nous sommes en droit de leur répondre que l'aversion pour toute espèce de mortification est venue, chez les réformateurs, de la voracité, de la gloutonnerie, de l'intempérance naturelle aux peuples septentrionaux. Yoy.

Anachorètes, Pauvreté, etc.

Bergier.

MORTS (état des). Voy. Ame, Enfer, Immortalité, Mânes, etc.

Bergier

MORTS (prières pour les). L'Eglise catholique a décidé dans le concile de Trente, sess. 6, can. 30, qu'un pécheur pardonné et absous de la peine éternelle, est encore obligé de satisfaire à la justice divine, par des peines temporelles, en cette vie ou en l'autre. Voyez Satisfaction. Conséquemment le même concile enseigne, sess. 25, qu'il 3- a un purgatoire après cette vie ; que les âmes qui y soutirent peuvent être soulagées par les suffrages, c'est-à-dire par les prières et par les bonnes œuvres des vivants, principalement par 1 e saint sacrifice de lamesse. Déjà ilavaitdéclaré, sess. 22, c. 2 et can 3, quece sacriiice est propitiatoire pour les vivants et pour les morts. Tous ces dogmes sont étroitement liés les uns aux autres.

Au mot Purgatoire, nous apporterons les preuves sur lesquelles nette croyance est fondée; nous avons à justifier ici l'antiquité et la sainteté de l'usage rejeté par les protestants de prier pour les morts.

On ne peut pas douter qu'il n'ait déjà régné chez les Juifs. Tobie dit à son fils, c. 4, f 17. « Mettez votre » pain et votre vin sur la sépulture » du juste, et ne le mangez pas avec » les pécheurs. » Puisqu'il était défendu parla loi de faire des oll'randes aux morts, on ne peut pas juger que Tobie ordonne à son iils de pratiquer cette superstition des païens; il faut donc supposer que la nourriture placée sur la sépulture d'un mort était une aumône faite à son intention, ou

qu'elle avait pour luit d'engager les pauvres à prier pour lui.

Nous le voyons encore plus expressément dans le 2° livre des Machab., c, 12, ? 43, où il est dit que Judas ayant fait une quête, envoya une somme d'argent à Jérusalem, afin que l'on offrit un sacrifice pour les péchés de ceux qui étaient morts dans le combat. L'historien conclut que « c'est donc une sainte et salutaire » pensée de prier pour les morts, » afin qu'ils soient délivrés de leurs » péchés. »

Quand les protestants seraient bien fondés à no pas regarder ce livre; comme canonique, c'est du moins une histoire digne de foi, et un témoignage de ce qui se faisait pour lurs chez les Juifs. Cet usage s'est perpétué chez eux, et il en est fait mention dans la Mischnq, au chapitre Sanhédrin : nous ne voyons pas qu'il ait été réprouvé par- Jésus-Christ ni par les apôtres.

Daillé, dans son traité de Pœnis et Satisfac. humanis, a disserté fort au long pour esquiver les conséquences de ces deux passages. Il dit, 1. 5, c. 1, que dans le premier, Tobie recommande à son lils de fournir la nourriture à la veuve et aux enfants d'un juste, plutôt que de la manger avec les pécheurs. Mais il est absurde de prétendre que la sépulture, le tombeau, le monument d'un juste, signifient sa veuve et ses enfants : il n'y a dans toute l'Ecriture sainte aucun exemple d'une métaphore aussi outrée. Il dit que le second regarde non les peines de l'autre vie, mais la résurrection future ; que, suivant l'autour du livre des Machabées, Judas voulait que l'on priât pour les morts, alin d'obtenir de Dieu pour eux une meilleure part dans la résurrection, et non la délivrance d'aucune peine.

Mais il a fermé les yeux sur la fin du passage, qui porte qu'il faut prier pour tes morts afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés. Or, être délivré des péchés, ou être délivré de la peine que l'on a encourue par les péchés, est certainement la même chose.

Saint Paul parlant contre ceux qui niaient la résurrection des morts, dit, I Cor., c. 15, f 29 : « Que feront

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» ceux qui sont baptisés pour les morts, » si les morts ne ressuscitent point ?

» A. quoi bon recevoir le baptême » pour eus ? » Pour esquiver les conséquences de ce passage, les protestants soutiennent qu'il est fort obscur, que les Pères et les commentateurs ne s'accordent point dans le sens qu'ils y donnent.

Mais cette réponse n'est pas aisée à concilier avec l'opinion générale des protestants, qui prétendent que l'Ecriture sainte est claire, surtout en fait de dogmes, et qu'il suffit de la lire pour savoir ce que l'on doit croire.

Ici elle ne nous parait pas d'une obscurité impénétrable. On sait que chez les Juifs le baptême était un symbole et une pratique de purification :

être baptisé pour les morts, signifie donc de se purifier pour les morts. Soit que l'on entende par là se purifier à la place d'un mort, et afin que cette purification lui serve, soit que l'on entende se purifier pour le soulagement d'une âme que l'on suppose coupable, le sens est toujours le même ; il s'ensuit toujours que, selon la croyance de ceux qui en agissaient ainsi, leurs bonnes œuvres pouvaient être de quelque utilité aux morts; et saint Paul ne blâme ni cette opinion ni cette pratique.

Il ne sert à rien d'objecter que, du temps de saint Paul, il y avait déjà des hérétiques qui prétendaient que l'on pouvait recevoir le baptême à la place d'un mort qui avait eu le malheur de ne pas le recevoir. Outre que ce fait est fort douteux, l'apôtre auraitil voulu se servir d'un faux préjugé et d'une erreur, pour fonderie dogme de la résurrection future ? Voy. la Dissertation sur le baptême pour les morts, Bible d'Avignon, tome 15, page 478.

Nous donnons la même réponse à ceux qui prétendent que la prière pour les morts est un usage emprunté des païens. Les Juifs ennemis déclarés des païens, surtout depuis la captivité de Babylone, n'en avaient certainement rien emprunté, et saint Paul n'aurait pas voulu argumenter sur une pratique du paganisme.

S'il y avait encore du doute sur le sens des paroles de l'apôtre, la tra-

dition et l'usage de l'ancienne Eglise achèveraient de le dissiper; or nous voyons cet usage établi dès la fin du second siècle. Dans les actes de sainte Perpétue, qui souffrit le martyre l'an 103, cette sainte prie pour l'âme de son frère Dinocrate, et Dieu lui fait connaître que sa prière est exaucée.

Saint Clément d'Alexandrie, qui a écrit dans le même temps, dit qu'un gnostique ou un parfait chrétien a pitié de ceux qui, châtiés après leur mort, avouent leurs fautes malgré eux par les supplices qu'ils endurent, Prorn., 1. 7, c. 12, p. 879, édit de Potter. Tertullien, l. de Coronà, c. 3, parlant des traditions apostoliques, dit que l'on offre des sacrifices pour les morts, et aux fêtes des martyrs.

Il dit ailleurs, L. de Monog., c. 10, « qu'une veuve prie pour l'âme de » son mari défunt, et offre des sacri- » fices le jour anniversaire de sa mort. »

Saint Cyprien a parlé de même.

Il serait inutile de citer les Pères du quatrième siècle, puisque les protestantsconviennent qu'alors la prière pour les morts était généralement établie, mais ce n'était pas un usage récent, puisque, selon saint Jean Chrysostome, Hom. 3, in epist. ad Philip., il avait été ordonné par les apôtres de prier pour les fidèles défunts, dans les redoutables mystères.

Aussi trouve-t-on cette prière dans les plus anciennes liturgies ; et au mot Liturgie nous avons fait voir que quoiqu'elles n'aient été écrites qu'au quatrième siècle, elles datent dutemps des apôtres. Saint Cyrille de Jérusalem, en expliquant cet usage aux li- » dèles, dit : Nous prions pour nos » pères et pour les évoques, et en gê- » néral pour tous ceux d'entre nous » qui sont sortis de cette vie, dans la » ferme espérance qu'ils reçoivent » un très-grand soulagement des » prières que l'on offre pour eux » dans le saint et redoutable sacri- » fice. )> Cat. mystag. S. Beausobre, dans son Hist. du manichéisme, 1. 9, c. 3, a osé dire que saint Cyrille avait changé la liturgie sur ce point; on lui a fait trop d'honneur quand on a pris la peine de le réfuter. Saint Cyrille avait donc parcouru toutes les églises du monde, pour rendre leur

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liturgie conforme à celle qu'il avait fabriquée pour l'église de Jérusalem?

Pouvait-il seulement connaître celles qui étaient en usage dans les églises del'Italie, de l'Espagne et des Gaules?

On y trouve cependant la prière pour les morts, comme dans celle de Jérusalem, attribuée à saint Jacques. Voyez le père Le Brun, Explic. des cérémonies de la messe, t. 2, p. 516, et tome 5, p. 300, et la Perpét. dé la foi, tom. 5.

Bingbamsonpçonne que la cinquième catécbèse de saint Cyrille a été interpolée; où en sont les preuves ?

Dans ce même siècle, Aérius, qui avait embrassé l'erreur des Ariens, s'avisa de blâmer la prière pour les morts, et séduisit quelques disciples :

il fut condamné comme hérétique, au grand scandale des protestants.

Voy. Aériens.

Mais les protestants ne sont pas mieux d'accord entre eux sur ce point que sur les autres. Les luthériens et les calvinistes rejettent également le dogme du purgatoire et la prière pour les morts; les anglicans, qui n'admettent pas le purgatoire, ont cependant conservé l'usage de prier pour les morts : leur oflice des funérailles est à peu près le même que celui de l'Eglise romaine; ils n'en ont retranché que la profession de foi du purgatoire.

Pour justifier la pratique de l'église anglicane, Bingham a rapporté fort exactement les preuves de l'antiquité de cet usage ; il fait voir que dans les premiers siècles on célébrait ordinairement la messe aux obsèques des défunts, on demandait à Dieu de leur pardonner les péchés, et de les placer dans la gloire, Orirj. ecclés., t. 10, 1. 23, c. 3, § 12 et 13. Mais il soutient que ces prières n'avaient aucun rapport au purgatoire; 1° parce que l'on priait pour tous les morts sans distinction pour ceux de la félicité desquels on ne doutait pas, pour les saints, même pour la sainte Vierge; c'étaient par conséquent des actions de grâces, ou pour obtenir aux saints une augmentation de gloire. 2° L'on priait Dieu de ne pas juger les âmes à la rigueur, eton lui demandait pour les li.li'les la parfaite béatitude de l'âme et du corps. 3° C'était une pro-

fession de foi touchant l'immortalité des âmes et la résurrection future des corps.

Il prétend même que cette pratique était fondée sur plusieurs erreurs.

On croyait, dit-il, que les morts ne devaient jouir de la vue de Dieu qu'après la résurrection générale. Ceux qui admettaient le règne temporel de Jésus-Christsurlaterre pendant mille ans, pensaient que, parmi les infidèles, les uns en jouiraient plus tôt, les autres plus tard. On était persuadé que tous les hommes sans exception devaient passer dans l'autre vie par un feu expiatoire, qui ne ferait point de mal aux saints, et qui purifierait les pécheurs. Enfin, l'on imaginait que, par des prières, on pouvait soulager même les damnés. Orig. ecclés., t. 6,1. 18, c. 3, § 16 et 17. Daillé avait soutenu la même chose, de Pœnis et Satisfact. humanis, 1. 5 et suivant.

Nous avons peine à comprendre comment un auteur aussi instruit a pu déraisonner ainsi. 1° Si la prière pour les morts était fondée sur quelqu'une de ces erreurs, c'était donc un abus et une absurdité : pourquoi l'église anglicane l'a-t-elle conservée?

2° l'armi tous les anciens monuments que Bingham a cités, il n'y en a pas un seul qui ait le moindre trait aux erreurs dont il fait mention, et on pouvait le défier d'en alléguer aucun.

3° Si l'on avait été persuadé que les justes ne devaient jouir de la vue de Dieu qu'après la résurrection générale, il y aurait eu de la folie à prier Dieu de prévenir ce moment : pouvait-on se flatter de l'engager à révoquer un décret porté à l'égard de tous les hommes? 4° Nous avouons que plusieurs anciens ont parlé d'un feu expiatoire, destiné à purifier toutes les âmes qui en ont besoin; mais il faut s'aveugler pour ne pas voir que c'est justement le purgatoire que nous admettons. 5° A la réserve des origénistcs, qui n'ont jamais été en grand nombre, personne n'a pensé que l'on pouvait soulager les damnés :

cette erreur ne se trouve que dans quelques missels des bas siècles. La prière pour les morts a été en usage avant qu'Ongène vint au monde.

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6°Les anciens fondent l'usage de prier pour les morts, non sur les imaginations de Bingham, mais sur les textes de l'Ecriture que nous avons cités, sur ce que dit Jésus-Christ, dans saint Matthieu, chap. 12, f 32, que le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera remis ni dans ce monde ni dans l'autre : de là les Pères ont conclu qu'il y a des péchés qui peuvent être remis dans l'autre vie ; enfin sur ce que dit saint Paul, que l'ouvrage de tous sera éprouvé par le feu, etc. I Cor., c. 3, j^ 13. Voyez Purgatoire.

Quant au sens que Bingham veut donner aux prières de l'Eglise, il est clair dans les passages des Pères et dans les liturgies. Nous convenons que c'est une profession de foi de l'immortalité des âmes et de la résurrection des corps; mais il y a quelque chose de plus. Saint Cyrille de Jérusalem distingue expressément la prière qui regarde les saints, d'avec celle qu'on fait pour les morte: « Nous » faisons mention, dit-il, de ceux qui » sont morts avant nous; en premier » lieu, des patriarches, des prophè- » tes, des apôtres, des martyrs, afin » que par leurs prières et leurs sup- » plimtions Dieureçoive les nôtres; en- » suite, pour nos saints Pères et nos » évoques défunts ; enfin, pour tous » ceux d'entre les fidèles qui sont » morts, persuadés que ces prières » offertes pour eux, lorsque ce saint » et redoutable mystère est placé sur » l'autel, sont un très-grand soulage- » ment pour leurs âmes. » Les prières pour les saints n'étaient donc pas les mêmes que les prières pour les âmes du commun des fidèles; par les premières, on demandait l'intercession des saints, par les secondes le soulagement des âmes. Mais Bingham, qui ne voulait ni l'un ni l'autre, non plus que la notion de sacrifice, a cru en être quitte en disant que probablement le passage de saint Cyrille a été interpolé. Une preuve qu'il ne l'est pas, c'est que ce qu'il dit se trouve encore dans la liturgie de saint Jacques, qui était celle de Jérusalem, et dans toutes les autres liturgies, soit orientales, soit occidentales.

Il n'est point question dans ce passage de demander à Dieu pour les

saints une augmentation de gloire, mais leur intercession pour nous' ni de demander pour les fidèles là parfaite béatitude de l'âme et du corps, mais le soulagement de leur âme.

On voit la même distinction dans la liturgie tirée des Constitutions apostoliques, 1. 8, c. 13, que Bingham a citée ; elle porte : « Souvenons- » nous des saints martyrs, afin que » nous soyons rendus dignes de par- » ticiper à leurs combats. Prions » pour ceux qui sont morts dans la » foi. » Vainement Bingham affecte de confondre ces deux espèces de prières, afin d'en obscurcir le sens; il n'a réussi qu'à montrer sa prévention.

Le luthérien Mosheim, encore plus entêté, place au iv 6 siècle la naissance de l'usage de prier pour les morts; il attribue à la philosophie platonique, les notions absurdes d'un certain feu destiné à purifier les âmes après la mort. Ris t. eccl. du quatrième siècle, 2° part., c. 3, § 1.

1] dit que dans le cinquième, la doctrine des païens touchant la purification des âmes après leur séparation des corps, fut plus amplement expliquée, V° siècle, 2° part. c. 3, § 2; qu'au X e elle acquit plus de force que jamais, et que le clergé intétéressé à la soutenir, l'appuya par des fables, X e siècle, 2° part. c. 3, § 1.

L'opinion commune des protestants est que cette doctrine n'a été forgée que par la cupidité des prêtres.

Mais est-il bien certain que les anciens platoniciens ont admis un feu expiatoire ou purgatoire des âmes après la mort? Quand cela serait, le passage de saint Paul, I Cor., c. 3, ^ 13, où il est dit que l'ouvrage de chacun sera épouvé par le feu, était plus propre à faire naître la croyance du purgatoire, que les rê\eries des platoniciens; et c'est sur ce passage même que les Pères fondent leur doctrine. Puisqu'il est prouvé que l'usage de prier pour les morts date des temps apostoliques, peut-on faire voir que dans l'origine, les prêtres en ont tiré quelque profit? S'il en est survenu des abus au x e siècle et dans les suivants, il

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fallait les retrancher, et laisser subsister une pratique aussi ancienne que le christianisme, et qui avait déjà eu lieu chez les Juifs.

Selon la remarque d'un académicien, « quand on est persuadé que » l'âme survit à la destruction du » corps, quelque opinion que l'on » ait sur l'état où elle se trouve » après la mort, rien n'est si naturel » que de faire des vœux et des prières » pour tâcher de procurer quelque » félicité aux âmes de nos parents et » de nos amis; ainsi l'on ne doit pas )> être étonné que cette pratique se » trouve répandue sur toute la » terre.... Bien loin donc que les » chrétiens aient emprunté cet usage » des païens, il y a beaucoup plus » d'apparence que les païens eux- » mêmes l'avaient puisé dans la tra- » dition primitive, et que c'est une » notion imprimée par le doigt de » Dieu dans le cœur de tous les

» hommes Ce qu'il y a de certain,

» c'est que ceux qui, par leurs prin- » cipes, paraissent le plus prévenus » contre cet usage, conviennent sou- » vent de bonne foi que, dans les » occasions intéressantes, ils ne peu- » vent s'empêcher de former des « vœux secrets que la nature leur « arrache, pour leurs parents et leurs » amis. » Uist. de l'Académie des Inscriytions, t. 2, in-12, p. U9.

Il est fort dangereux que la charité, qui est l'âme du christianisme, ne diminue parmi les vivants, lorsqu'elle n'a plus lieu à l'égard des morts. L'usage de prier pour eux nous rappelle un tendre souvenir de nos parents et de nos bienfaiteurs, nous inspire du respect pour leurs dernières volontés; il contribue à l'union des familles, il en rassemble les membres dispersés, les ramène sur le tombeau de leur père, leur remet en mémoire des faits et des leçons qui intéressent leur bonheur.

Cet elfet n'est plus guère sensible dans les villes, où les sentiments d'humanité s'éteignent avec ceux de la religion; mais il subsiste parmi le peuple des campagnes, et il est bon de l'y conserver. En détruisant cet usage, les protestants ont résisté au penchant de la nature, à l'esprit du

christianisme, à la tradition la plus ancienne et la plus respectable.

MORTS. Fête des morts ou des trépassés : jour de prières solennelles qui se font le 2 novembre pour les âmes du purgatoire en général.

Amalaire, diacre de Metz, dans son ouvrage des Offices ecclésiastiques, qu'il dédia à Louis le Débonnaire, l'an 827, a placé l'ofiice des morts; mais il y a bien de l'apparence qu'au ix e siècle cet office ne se disait encore que pour les particuliers. C'est saint Odilon, abbé de Cluny, qui, l'an 998, institua dans tous les monastères de sa congrégation la fête de la Commémoration de tous les iidèles défunts, et l'office pour tous en général. Cette dévotion, approuvée par les papes, se répandit bientôt dans tout l'Occident. On joignit aux prières d'autres bonnes œuvres, surtout des aumônes ; et dans quelques diocèses il y a encore des paroisses où les laboureurs tout ce jour-là quelque travail gratuit pour les pauvres, et offrent à l'église du blé, qui, selon saint Paul, I Cor.,c. J5„ f 37, est le symbole de la résurrection future.

Pour tourner cette fête en ridicule, Mosheim dit qu'elle fut instituée en vertu des exhortations d'un ermite de Sicile, qui prétendit avoir appris par révélation que les prières des moines de Cluny avaient une efficacité particulière pour délivrer les âmes du purgatoire. Il remarque que le pape Benoit XIV a eu assez d'esprit pour garder le silence sur l'origine superstitieuse de cette fête dés- Jtowvante dans son Traité de Fcstis.

Un célèbre incrédule n'a pas manqué de répéter l'anecdote de l'ermite sicilien ; il ajoute que ce fut le pape Jean XVI, qui institua la fête des morts vers le milieu du xvi 8 siècle.

La vérité est que Jean XVI est un antipape qui mourut l'an 996, deux ans avant l'institution de la fête des morts; c'est une bévue grossière de l'avoir placé au xvi e siècle. Il n'est pas surprenant que Benoît XIV ait méprisé une fable de laquelle on ne cite point d'autre preuve que la Fleur

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