MUSIQUE
TIQCE.
Voyez Chant ecclésias-
MUSIQUE (la) et le PROGRÈS RELIGIEUX (Théol. mixt. art.) — Nous nous contenterons de reproduire l'article suivant de notre Dictionnaire des Harmonies de la raison et de la foi.
« La musique présente l'image la plus éloquente et la plus claire de la grande harmonie des créations divines. De la combinaison de ses
accords résulte une parole qui dit à l'âme, mieux que toute autre, les sublimités de Dieu et de la nature.
Cette parole exalte, élève aux saiules rêveries, berce d'aise, et transporte les cœurs au delà des limites de nos vallées de larmes. Quand on veut peindre les joies, les frémissements héatitiques d'un autre séjour, on ne trouve rien de plus tort que les expressions du vocabulaire musical ; on parle aussitôt des concerts des anges.
» Qui n'a pensé quelquefois, avec étonnement,à la puissance des chants populaires et des airs guerriers?
Pour enthousiasmer les esprits, leur faire oublier la peur du fer et les pousser, la poitrine en avant, contre les armées, on emploie la musique.
C'est de là qu'est né l'orchestre militaire, le plus mâle de tous, et le plus utile si, au lieu de pousser les hommes contre les hommes, il se bornait à les animer aux combats sacrés qu'ils doivent livrer à leurs mauvaises passions, ce qui, espéronsle de Dieu et de l'humanité, aura lieu quelque jour.
» Quand les heureux de la terre éprouvent le besoin de dissiper l'ennui qui les dévore et de rappeler, comme de force ouverte, le bonheur qui fuit leurs loisirs inoccupés, ils ont recours aux concerts, aux symphonies, aux cantates, aux gaieschansons, aux tendres romances, aux contredanses, aux fautaisies de de toutes sortes que leur offre la musique de salon dans son intarissable répertoire.
» S'ils veulent plus encore, la musique de théâtre leur verse à large coupe ses opéras, ses intermèdes, ses partitions, ses solos, ses duos, ses trios, ses quatuors, ses récitatifs, ses ouvertures , ses entr'actes , ses chœurs, ses mille et mille richesses.
» Enfin quand l'homme veut que son âme soit ravie aux divines extases, aux pieuses pensées, aux douces prières, aux saiutes espérances, aux rasséiènements vraiment heureux, il compose, exécute, écoute le plainchant, la psalmodie, le cantique, l'oratorio, la messe, le spirituel concert, le chœur sacré, l'accompagnement
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grandiose et mystique du géant des instruments, toutes les harmonies pures et sublimes qui forment la richesse de la musique d'église.
» La nature humaine est douée de l'idée innée de l'harmonie des sons.
Il n'est pas de peuplade qui ne la cherche dans ses sauvages instincts, pas de société civilisée qui n'en découvre quelques mystères. Cette harmonie, dans sa plénitude relative à notre création, existe au sein de l'univers, elle résulte de la combinaison des bruits innombrables de la nature; mais, semblables à l'animalcule qui n'entendrait qu'une note détachée d'un de nos concerts, nous n'en percevons que des éclats qui, grâce à notre intelligence, nous avertissent de l'accord universel ; et il semble qu'à peine épanouis à l'existence nous fassions efforts pour reconstruire en petit, de manière à la mettre à notre portée, cette mélodie rhythmique et harmonique du concert de Dieu.
» Il faut que la musique soit une révélation pour le philosophe ; car les plus profonds de tous les sages, Platon, Augustin et Descartes s'en sont largement occupés, etn'ont cessé, dans leurs œuvres, de lui emprunter des conseils, de lui demander des solutions. Il n'est pas besoin de faire observer ce qu'elle est pour le poète ; sœur bien-aimée delà poésie, elle ne fait rien sans celle-ci, et celle-ci la consulte, interroge son oreille, puis se met à ses genoux en la priant de lui prêter ses accords. La musique est la déclamation de la poésie, comme la parole est celle de l'écriture, la musique, en exprimant par les sons les harmonies de l'être, est la peinture de la philosophie.
» Douée de tels apanages, quelle ne doit pas être sa puissance pour aider l'infiltration de la religion et de la piété dans les cœurs? Elle attire comme la voix d'une amante ; elle est la syrène des régions sacrées, et elle n'appelle pas vers les écueils, elle cherche à en préserver les aveugles errants. Elle tourne le plaisir sensuel au profit du bien; elle détermine l'attention du distrait, le force de penser à ce qu'il mettait dans un oubli funeste, lui souffle, par l'oreille,
le sentiment divin que son âme ignorait. Combien d'esprits mondains, d'intefligences futiles, ou déviées, n'a-telle pas rappelés aux méditations pieuses! Il est des siècles et des peuples pour lesquels la principale ressource de la vertu est dans la musique religieuse; notre âge présente ce phénomène; plus de philosophie; plus d'études sérieuses; indifférence sur les objets métaphysiques; on ne nie pas, on n'affirme pas ; on se contente de ne pas savoir ; et l'on dissipe ainsi son existence dans la distraction des vanités du faste ou des utilités matérielles; c'est la musique qui sauve la religion dans les grandes cités. Les oreilles sont ilatlées parles symphonies du sanctuaire; on suit leur attrait ; on va à l'église chrétienne comme on irait au théâtre, et beaucoup rentrent au bercail par la porte même qui leur avait servi pour en sortir, par les voies sensuelles, que la religion a trouvé moyen de transformer en séductions saintes.
Honneur aux esprits perspicaces du clergé moderne qui ont le sentiment des besoins de leur époque, et qui n'ont pas craint d'introduire dans l'église jusqu'aux musiques mondaines et aux airs de spectacle; cui les a critiqués sérieusement, et n'a pas fait comme eux n'a prouvé que son manque d'habileté dans le maniement du siècle.
» Il est vrai qu'autant la musique est unearme p uissante dans lesmaius de la religion et de la vertu, autant elle exerce d'empire au profit de la mollesse quand Satan s'en empare, ce qu'il ne manque pas de faire. Mais comme il en est ainsi de toutes les forces mises par Dieu à la disposition de l'homme, nous n'avons pas à nous occuper de réfuter cette objection ; la vie humaine est un champ de bataille sur lequel sont jetées toutes sortes d'armures; le bien et le mal s'en saisissent et luttent; au Bien de ne négliger aucune ressource, et la victoire définitive lui est infailliblement réservée. Qu'est, au reste, la part du mal près de celle du bien dans les produits de l'art musical ? Nous devons attribuer à celui-ci, et par conséquent à la reli-
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gion, quoique indirectement, tout ce qui fait partie du tableau de la nature, et dont le but n'est pas d'amollir, par l'avantage donné à la faiblesse sur laforce d'âme, au vice sur la vertu ; or que l'on passe en revue toutes les compositions anciennes et modernes, soit de musique nationale, soit de musique de chambre, soit de musique de théâtre, et que l'on mette en réserve celles dont l'esprit total est à la glorification de quelque vertu, et à la flétrissure de quelque vice, on sera surpris du faible lot qui restera aux mauvais génies de l'erreur et du sensualisme.
» Mais si la musique est pour la vérité religieuse un secours aussi puissant; si cette dernière lui doit tant de gratitude, la vérité religieuse rend à la musique le centuple de ses dons. Quel sentiment exalte l'artiste comme ce sentiment de l'infini dans lequel se résument toutes les idées que la religion propose! Dieu, ses œuvres, la nature, la rédemption, le Christ, et les scènes qui l'entourent, voilà les théories sublimes que notre culte fournit au talent du compositeur et à l'âme du chantre, carrière sans bornes, qui ne sera jamais épuisée, et que l'art exploitera jusques dans les cieux ; car il n'est point prédestiné à mourir; s'il en était ainsi, c'est que l'homme lui-même ne serait pas immortel; il fait partie intégrante de l'être humain; l'être humain tout entier vivra en grandissant indéfiniment, dans les siècles des siècles, et l'art avec lui. Or, c'est la religion, cette angélique chose posée, comme une passerelle, entre Dieu et l'humanité, qui présentera, dans ce monde et dans l'autre, le thème inépuisable au génie, à l'âme et à leurs voix.
» Voyez déjà les magnificences du cantique sacré ; jugez des chœurs antiques par les poésies que Moïse, Dèbora, David conliaient à leurs enthousiasmes, et que l'Ecriture nous a conservées. Admirez nos messes, nos préfaces, nos psalmodies, nos oratorios, notre plain-chant, nos Requiem, nos Miserere, nos Dies Me, nos Stabat mater, nos Kyrie eleison, nos Magni-
ficat, nos Te Dcmn; entendez les chefsd'œuvre catholiques des Allègri, des Palestrina, desStradella, des Haydn, des Mozart, des Pergolèse, des Lesueur, des Cherubini, des Beethoven (1). Ne trouvez-vous pas que les inspirations fournies par l'église chrétienne mériteraient qu'on représentât la muse de l'harmonie à genoux et l'œil au ciel sous sa main bénissante, ou abritée sous un pan de son manteau? Etudiez ensuite dans les opéras, les symphonies, les chœurs, les morceaux de violon [et autres instruments, ce qui sent le christianisme soit pour le thème, soit pour l'idée, soit pour la mesure expressive, soit sous un rapport quel-
(i ) Voici comment M. Jacqueré apprécie Beethoven comme compositeur de musique d'église, dans son article Musique du Dict. encycl. de la tàêot. cathol.
" Avec Beethoven, né en 1770, morl en 1827, sa clùt enfin, et de la manière la plus digne et la plus solennelle, celte longue série de génies qui ont, durant des siècles, marqué les bornes, donné les lois, imprimé le mouvement, engendré les ebefsd'œuvre de l'art musical religieux. Beethoven, l'élève le plus original de son maître Joseph Haydn, lit parvenir la musique, dans la direction que nous avons indiquée, a l'apogée de la perfection. 11 dispose en maître de tous les moyens que la royaume des sous peut ollrir ; son pouvoir ne connaît d'autres bornes que celles que la nature ellemême a posées; il règne dans cette sphère avec une sagesse et une économie qui sont sans égales dans l'histoire. Tel so montre, dans sa Missa solennis, dédiée à l'archiduc Rodolphe, archevêque d'Olmutz, ce formidable titan, qui, de sa puissante main, manie à son gré les masses, les divise, les coordonne , et les ramène toujours a l'unité que réclame la nature. Malheureusement sa puissance devient audace, sa sagesse devient presque satanique; il amoncelle des masses pour escalader la ciel, au lieu de s'y élever par une voie régulière et calme; tel est surtout le caractère do son Kyrie, eleison. L'idée chrétienne l'a complètement abandonné dans son Gloria, où éclate moins la mélodie pure et céleste d'un cantique de louange et de paix lue le chant de victoire des passions humaines triomphant d'un enoemi abattu. Cette oeuvre, si grandiose et si parfaite que rien ne peut lin être comparé, n'est en définitive de la musique religieuse qu'en ce sens qu'on l'exécute, quoique bien rarement, dans l'église. L'idée chrétienne est une idée de réconciliation et de paix; où celle-ci manque, l'œuvre, quelque artistique qu'elle soit, n'est pas religieuse.
■ L'heureux imitateur de Beethoven, Félix Mendelsohn Bartholdi, chercha, parfois avec bonheur, à éviter les contrastes trop tranchés de son maître; mais il sacrifia par là son originalité et ses œuvres, quelque savantes et ingénieuses qu'elles soient, n'ont pas la fraîcheur |iivénile qui agit st puissamment sur le cœurdans Beethoven. ■ (1874.)
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conque, et si vous êtes musicien passionné, vous embrasserez de reconnaissance la fille de Dieu qui a si bien servi vos amours, secondé avec tant d'énergie et inondé de tant de charmes les sillons où vous passez si heureusement vos loisirs.
» Oui, la musique doit sa gloire à la révolution opérée par l'évangile dans notre monde moral, et l'Eglise catholique est sa meilleure patronne.
Une observation générale sur son histoire dans le monde suffirait pour le donner à penser, pour le prouver même; les musiques de l'antiquité, autant qu'on en peut juger par les rares documents qui nous les font soupçonner, étaient peu de chose près de la musique moderne. Que sont les chants du Musulman, de l'Indien, de l'idolâtre, du Chinois, de.
toutes les nations infidèles, près de ceux du chrétien ? Et dans le christianisme, c'est à l'ombre des ailes de notre église que la science de l'harmonie, celle du rhythme, la composition mélodieuse, et l'exécution musicale, réalisent, depuis plusieurs siècles, leurs plus grandes merveilles.
Nous tenons l'avant-garde du progrès. Les maîtres dans l'art, les compositeurs de génie sont tous chrétiens et pour la plupart catholiques ; enfin il suffit d'ouvrir les yeux pour voir qu'en musique comme en sculpture, en peinture, et en architecture, c'est du sein de notre église que l'élan se donne au monde, » Ne perdons pas cet avantage. En le gardant, nous préparerons de nouvelles gloires à notre foi; et, pour le garder, aimons et cultivons les arts avec l'esprit large qui sait envelopper l'humain dans le divin, et qui ne gêne pas la liberté, condition essentielle de tout progrès.
Ouvrons les bras et attirons a nous, au heu de repousser dehors et de laisser vivre au delà, en nous enfermant dans une étroite clôture. Par l'exclusion rigide on peut se purifier, mais on ne purifie pas ; et, ce qui est pire, on s'isole; or, l'isolement dans le monde est une maladie de langueur qui, toute longue qu'elle soit, n en aboutit pas moins à la mort. »
Le Noir.
MUSIQUE (la) et les INSTRU- MENTS DE MUSIQUE CHEZ LES ANCIENS HÉBREUX. (Théol. mixt.
scien. arch. et art.) — a La musique, en tant que chant, dit M. A. Maier, est aussi ancienne que l'humanité, et le jeu des instruments lui-même remonte à l'antiquité la plus reculée.
Un fils de Lamech, Jubal, est nommé dans la Genèse (1) comme le premier inventeur des instruments demusique.
Nous trouvons la musique vocale et instrumentale en usage chez les Hébreux depuis la période des patriarches (2) et à toutes les époques suivantes. Elle accompagne la poésie et la danse (3) ; elle sert à inspirer et à soutenir le débit des prophètes, et fait partie de l'enseignement dans les écoles prophétiques (4), Elle s'associe aux joies de famille (S), aux solennités publiques (8), aux agitations de la guerre (7), aux manifestations de deuil (8).
» David surtout protégea la musique et lui fit faire des progrès. Il s'y était exercé dès sa jeunesse; il calmait Saùl dans ses transports par les sons harmonieux de sa harpe (9).
Monté sur le trône il introduisit la musique dans le culte divin en même temps que la poésie. Il destina 4,000 lévites au chant et au jeu des instruments (10) ; ils furent partagés en 24 classes, chacune d'elles étant dirigée par 12 chefs; il plaça à la tète de toutes les classes, pour diriger les chœurs, Asaph, Ilêman et Jditun (H).
Salomon, qui rehaussa l'éclat du culte en général, ne négligea pas la musique sacrée. Si les indications de Josèphe (12) sont exactes, Salomon aurait fait faire pour la dédicace du temple et pour l'usage du culte divin 200,000 trompettes et 4O,ÛO0 autres instruments de musique.
(2) Gen.,3%, 26 sq.
(3.) Exode, 15, 1 sq. Jm/., Jl, 54.
(4) I /lois, 10, 5, 6. IV /tait 3, 10-16.
(5) Is., 5, 12; 14, 11-28; 8.
(6) IKiîofs, 1,40.
(7) Nombr., 10, 2. Jos., 0. 4 eq. II Par.,' 20,
19 sq.
(8, III Rois, 13, 29 sq. II l'a,:, SB, 23.
{9)1 Unis, 16. 23.
(10) IPar.. 21, 5.
(11) Ihid., 25. 1-31.
(12) Ant., VIII, 3, 8.
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» Après Josaphat la musique du temple tomba en décadence ; mais elle fut rétablie par Ézécbias et Josias (1). Le chant et les harpes se • turent pendant la captivité. « Assis au bord des ileuves de Babylone, nous versions des larmes en nous souvenant de Sion, et nos lyres silencieuses restaient suspendues aux saules (2). » Cependant la musique ne fut pas totalement négligée alors; car, dans la première grande caravane de Juifs qui, sous la conduite de Zorobabel et de Josué, revinrent en Judée, se trouvaient 200 chanteurs, hommes et femmes (3). Le sanctuaire ayant été rebâti, la musique fut rétablie dans le temple (4); elle retomba de nouveau, et fut restaurée derechef par Judas Machabée (5). Elle se maintint jusqu'aux derniers moments du gouvernement politique des Juifs, quoique bien déchue de la grandeur qu'elle avait atteinte au siècle de David et de Salomon.
» Tout est obscur quant an caractère spécial de la musique des Hébreux et au degré où cet art était parvenu chez eux ; nous n'avons absolument que des présomptions à ce sujet. Ce qui parait le plus certain, c'est qu'ils ne connaissaient que la mélodie, c'est-à-dire \a.musique à une voix, et qu'ils ignoraient l'harmonie, c'est-à-dire l'union des sons et des voix conformément aux rapports de l'accord. Du moins c'est ce qu'on peut conclure d'après l'analogie de ce qui existe chez les autres peuples d'Orient et d'après la nature des instruments à cordes des Hébreux. 11 est d'ailleurs probable que le chant jouait le rôle principal dans leur musique, et que les instruments ne servaient qu'à préparer, à accompagner le chant, à le faire passer d'un mode à un autre, et à remplir les moments où les voix se reposaient.
» Les Hébreux avaient-ils une véritable manière de chanter, ou leur chant n'était-il qu'une sorte de déclamation, une récitation chantée, ana-
(1) I! Par.,ï9, 27 sq.; 35, 15.
(îj Ps. 188, 1 sq.
(3) Esdr., 2, 6b.
(4) Ibid., 3, 10. fteh., 12, 27 u.
(5) 1 Atach., i, 54.
logue à la lecture actuelle de la thora dans leurs synagogues? — La question est controversée. Abstraction faite de la diversité des modes et des variétés de la mesure, cette déclamation chantée est extrêmement uniforme, tandis que les Psaumes annoncent des formes variées et permettent de conclure que les Hébreux avaient un chant véritable. Il est dit plusieurs fois dans les inscriptions des Psaumes que le psaume doit être chanté d'après telle ou telle mélodie connue, qui est indiquée par les paroles initiales ou d'après son sujet :
par exemple, auPs. 21 (22 en hébreu) :
1TOH nSw-bir, « d'après la Biche de l'aurore; » Ps. 56 (hébr.) : -Sj7 CPpm dSn* ruv, « d'après le Pigeon silencieux du lointain (ou, si les points sont D"W, le Pigeon des téréhinthes
lointains); » Ps. 57, 58, 59 (hébreux) :
« N'exterminez pas, etc. »
» Il est impossible de décider si les accents remontent à l'antiquité hébraïque, et si, ainsi que le pensent quelques auteurs, ils servaient alors comme aujourd'hui, dans les synagogues, de notes musicales. Si tel était réellement le cas, il faudrait les considérer comme indiquant des gammes et non des notes isolées. Certainement le mot selah, ÎT5D, qui se
répète soixante et onze fois dans les Psaumes, et qu'on trouve également dans Habacuc, était un signe musical, sur lequel il y a des interprétations diverses. L'explication la plus vraisemblable est que ce mot, nSt? = HT£",
veut dire se taire, se reposer, pause [l) indiquantpar conséquentque léchant est interrompu et que les instruments jouent dans l'intervalle, ce que probablement les Septante ont entendu par le mot $tdtyxk\ux de leur traduction. D'autres prennent ce mot pour le signe de l'élévation de la voix ou de la reprise de la mélodie sur un ton plus haut, d'après le sens de rPD, élever (2), ou, en admettant une abréviation des motsbljinn J'C'S ]E'D
(1) Hoseoiriuller, Gésénins, Kr»uier, de Wet
(2) Kiinohi, Foikel, IlerdeB.
Mil S
MUZ
« sirj.:e de changer le ton, » abréviation que d'autres expliquent ainsi : "]É;n iTOçS 3D, « remonter plus haut,»
c'est-à-dire le Da capo italien (1). »
M. Maier décrit ensuite les instruments de musique en usage chez les Hébreux ; c'étaient :
I. En instruments à cordes, le kithara ou kunara, l'instrument de David, sorte de guitare à six cordes, duquel on jouait avec la main ou avec un archet ; le nablion, sorte de harpe ayant la forme d'un delta renversé, qui eut d'abord dix cordes, puis douze, que l'on pinçait avec les doigts; le sambuké , instrument babylonien, sorte de harpe triangulaire à quatre cordes ou davantage, qu'on pinçait encore avec les doigts ; le psaltcrion, aussi babylonien, véritable harpe dont on pinçait avec les deux mains.
II. Eu instruments à vent, plusieurs cornemuses ou Mutes de Pan ; des flûtes de diverses espèces; le cor ou clairon, lituus, usité à la guerre, dans les solennités religieuses et pour annoncer l'année du jubilé ; la trompette servant surtout dans le sanctuaire ; Moïse en avait fait faire deux en argent ; on les multiplia plus tard.
III. En instruments de percussion, l'aduffe, tambourin, timbale, tambour de basque à bords garnis de sonnettes ou d'anneaux mobiles ; les cymbales castagnettes, qu'on frappait en même temps que l'aduffe; le Sistre, instrument égyptien, qui consistait en baguettes de fer garnies d'anneaux mobiles, dont les Septante ont traduit le nom hébreu D'Érbt; par kumbala, xù^Sayi, ma i s qui était probablement en forme de triangle, d'après l'étymologie hébraïque.
Le Noir.
MUSSET (Louis-Charles-Alfred de) (Théol. hist. biog. et bibliog.) Ce célèbre poète français, d'une délicatesse exquise, né en 1810 et mort en 1857,
(1) Voir Eichhorn,.BiR ra !i>.,V. p. 545. Forkel But. de la Musique, I, p. 99. Pfeifer, de la Musu/ne des Hébreux, EH., 1799. Jones, Hist. de la Musique, trad. de l'angL de Mosel. Vienne, 1821, p. 1. etc. ' '
a été jugé très-sévèrement par Lamartine, non point, comme talent et comme artiste-poëte — sous ce rapport Musset est un de nos romantiques les plus délicieux— mais comme genre léger et comme sceptique désespérant, ayant exercé une funeste influence, par ses poésies, autant que par son déplorable exemple. On a de lui :
Les Contes d'Espagne et d'Italie, « récits cavaliers et immoraux de parti pris » ditVapereau, 1830; c'est là que se trouve la fameuse ballade à la lune placée sur le clocher
« Comme un point sur un I ; »
Bon Paez; les Marrons du feu; l'Andalouse; la Marquise; Octave Rafaël; le Spectacle dans un fauteuil, 1833, poëme plein de désespoir et d'horreur ; A quoi rêvent les jeunes filles, charmante comédie ; Namouna, conte en vers où don Juan est ressuscité par de très-beaux vers; Lettres d'un voyageur; Confession d'un enfant du siècle; il était alors le secrétaire intime de Georges Sand; Rolla, 1835, misanthropie sombre et dédain de la vie; Une bonne fortune; Lucie; belle Ode à la Malibran ; l'Idylle ; Sylvia ; les Nuits; Lettres à Lamartine; l'Espoir en Dieu; tout cela parut dans la Revue des Deux Mondes, les trois derniers opuscules sont des chefs-d'œuvre de grâce élégiaque; Nous l'avons eu, votre Rhin allemand, fière réponse à une chanson allemande ; des Nouvelles et des Comédies-Proverbes pleines d'une finesse délicate poussée quelquefois, dit le Dictionnaire universel des contemporains, jusqu'au marivaudage, 1835-48. Son dernier volume de vers, paru en 1850, trahit une lassitude prématurée ; on le nomma pourtant à l'Académie ; il déclina à partir de ce moment, s'abrutissant dans le jeu, l'ivrognerie, et tout ce qui constitue cette « débauche >> dont il avait chanté, en sa manière originale, la puissance lorsqu'elle
Nous a posé son clou sou= la mamelle gauche.
Le Noir.
MUZARELLI (Alphonse) (Théol.
hist. biog. et bibliog.) — Cet écrivain italien, né en 1749, à Ferrare, théologien de la Péuitencerie sous Pie VU
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et, mort en 1815 à Paris où il avait été transporté en 1 809, a laissé comme principal ouvrage :
II buon usa délia logica in matériel délia religionc dont on lit plusieurs éditions et qu'on traduisit en français et en latin; YEinilio disingannato contra Rousseeiu; lnfiuenza de' Romani Pontificei nel governo di Roma avanti Carlomayno ; — Memorie del Giacobinismo ; — Dissertationes selcctx de auctoritette Romani Pontificis in conduis gêner alibus. Le Noir.
MYCELIUM (le) DES CHAMPI- GNONS (Théol. mixt. scien. bot. — Ce mot, qui vient du grec mikès, champignon, exprime la souche du champignon, ce qui est produit par la spore (ou graine) de ce végétal, dont la science n'a pas encore pu résoudre le problème. Voici l'explication que donne M. Léveillé du mycélium :
« Lorsque l'on place sur du sable mouillé, et mieux encore sur des lames minces de verre, des spores que l'on recouvre d'une cloche, on voit quand la température est modérée ou chaude, au bout de quelques jours, naître des tilaments d'un, deux ou trois points de leur surface.
Ces iilaments sont rampants, se divisent, s'anastomosent et Unissent par former un tissu plus ou moins épais. C'est ce tissu que l'on appelle mycélium, blanc de champignon, etc.
(Diet. d'hist. nat. de d'Ùrbigny, art.
Mycologie.)
Ce mycélium produit ensuite, à une époque déterminée, le champignon lui-même, à peu, près comme un oignon monte en graine, en sorte que plus d'un naturaliste pense que le champignon proprement dit n'est que le fruit du mycélium qui serait le véritable champignon, a Le champignon lui-même, dit M. Léveillé, n'est pas une plante, mais un fruit plus ou moins composé ; et la plus grande preuve qu'on puisse en donner, c'est que le mycélium a une existence propre, qu'il est annuel ou vivace, et qu'à une époque fixe, quand les circonstances sont favorables, on le voit donner naissance à des champignons, comme les arbres donnent naissance
à des fleurs et par suite à des fruits. »
Cependant tous ne sont pas de l'avisde M. Léveillé; et, quelque rationnelle que soit son explication, ces champignons qui poussent partout, restent jusqu'à présent un des plus grands mystères du règne végétal, qui fait à lui seul l'objet d'une branche delà science; c'est ce qu'on appelle la mycologie, et cette science, qui n'a commencé qu'au xvn° siècle, enfante chaque jour de nouveaux ouvrages. Le Nom.
MYCONIUS (Frédéric) ou MECUM [Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce théologien luthérien naquît à Lichteufels en 1401. Il fut d'abord franciscain, eut, dit-il, des visions et des songes merveilleux, étudia saint Augustin et les scolastiqucs, à commencer par P. Lombard, lut pendant sept ans la Bible, se livra à des travaux de tourneur, assista aux instructions de Tetzel à Amraberg, reçnt les ordres sacrés en 1510, de- -vint prédicateur à Weimar en 1518, et fut un des premiers à se déclarer pour la doctrine de Luther. Celui-ci l'annonça publiquement en Thuringe.
Myconius travailla pendant vingtdeux ans à la ruine du catholicisme à Gotha. Ce fut lui, dit-on, qui par l'énergie de sa parole, empêcha, dans ce pays, l'explosion des paysans, en 1524. Il se maria dans la même année. Il prêcha un sermon pour la réforme à Dusseldorf au péril de sa vie. Enfin, il devint une des principales tètes du mouvement et un personnage important. Il fonda partout des écoles. Il mourut en 1548.
Le Noir.
MYCONIUS (Oswald) ou GEIS- SHAULER(27iro/. hist. biog. et bibliog.) — Ce théologien prolestant, né a Lucerne en 1488 , élève lilièraire d'Érasme à Bâte, et mort pasteur zwinglion, en 1552, a laissé :
Commentaires sur divers livres ele l'Ancien et du Nouveau Testament ; Narrettio de Vita et obitu Zwinglii ; Tractatus ele Liberis rite educandis ; de Crapula et ebrieteite.
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MYLODON [Théol. mixt. scien.
paléont.) — Le mylodon est un grand mammifère fossile de l'ordre des Edentés, qui était beaucoup plus grand que le mégathérium, et avait à la fois des sabots et des griffes.
C'est dans les pampas de Buénos- Ayres qu'on l'a trouvé ; il y en a jusqu'à présent trois espèces.
Le Noir.
MYOPIE (Théol. mixt. scien. phyt.
et physiol. opt.) — V. OEeil.
MYRRHE (Théol. mixt. scien. botan.) — Qu'était-ce que cette myrrhe dont il est question dans le Pentateuque, lorsque Dieu commande à Moïse sur le Sinaï de prendre « des aromates, de la myrrhe la première et la plus excellente, prima et electa, » pour être brûlés sur l'autel fait du bois de Sétim ? Qu'est-ce aussi que cette myrrhe que les mages apportèrent en présent à l'Enfant Jésus dans la crècbe?— C'est une gomme-résine, dans legenrede l'encens, dont l'usage, comme parfum et comme matière médicale, remonte à la plus haute antiquité, ainsi que le prouvent le passage de Moïse que nous venons de citer, la fable de Myrrha métamorphosée en l'arbre qui la porte, ainsi que ses larmes en cette substance même, et les emplois qu'en firent en médecine, Hippocrate, Théophraste et Galien. L'arbre à myrrhe est à rameaux épais terminés en épines aiguës.
C'est un produit de l'Arabie et de l'Abyssinie.Lawiî/rr/te est en morceaux gros comme une noix ou en larmes rougeâtres demi-transparentes, couvertes d'une efflorcscence blanchâtre.
Souvent les morceaux les plus gros présentent dans l'intérieur des stries semicirculairesquiluiont faitdonner le nom de myrrhe unguiculêe. En médecine on l'administre en poudre ou en teinture alcoolique; c'est un excitant. Elle est presque délaissée aujourd'hui. Elle entre dans la thériaque. On la mâche, en Orient, pour se parfumer la bouche. Le Nom.
MYOLOGIE (Théol. mixt. scien.
anat.) — La myologie est la science des muscles, c'est-à-dire des organes
moteurs des os du squelette ainsi que des jeux combinés et contractés de ces organes. Les muscles constituent près de la moitié de la masse totale du corps ; ils forment, dans cette masse, la chair proprement dite, composée de fibres réunies entre elles par faisceaux et ayant la propriété de se raccourcir. La myologie largement comprise, et telle que nous venons de la définir, forme une partie de la science qu'étudia Bossuet sur les cadavres, dans l'amphithéâtre du plus fameux anatomiste de son temps, pour faire son Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même; et elle est une des sciences les plus fécondes en motifs d'admiration de la sagesse de Dieu. Nous laisserons le lecteur faire lui-même ses observations dans cette visée, en lisant le tableau que nous allons citer de M. Milne Edwards sur les muscles du corps humain et sur leurs jeux divers.
« Lorsqu'un muscle se contracte, il se gonile ; ses libres, qui pendant le repos étaient droites, se plissent en zigzags, et ses deux extrémités se rapprochent en tirant les parties auxquelles elles sont fixées. Or, les muscles se fixent solidement aux os par l'intermédiaire de cordons blanchâtres appelés tendons, ou de membranes de même nature que l'on nomme aponévroses, et en se contractant ils doivent par conséquent rapprocher l'une de l'autre les deux parties du squelette auxquelles ils sont liés. Un exemple rendra ce mécanisme plus facile à saisir.
Figure 1.
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» Si nous supposons que le muscle m (fig. 1.) soit tixé à l'os du bras et à l'un de ceux de l'avant-bras qui s'articule avec le premier, par une charnière mobile, il est évident que, quand ce muscle se contractera comme dans la (fig. 2) ces os seront rapprochés l'un de l'autre, et le muscle contracté aura plus d'épaisseur que le muscle relâché. Cet exemple peut donner une idée de tous les mouvements du squelette.
Toutefois les divers mouvements du corps n'ont pas été assurés par des moyens aussi simples que celui que nous venons de citer. Pour faire mouvoir les unes sur les autres les di verses parties du squelette, il exisle autour d'elles plusieurs masses de muscles isolées les unes des autres, qui, par leur allongement ou leur contraction partiels, concourent aux mouvements variés qu'exécute le corps humain.
■» La contraction des muscles est déterminée par l'action du système nerveux, et a lieu tantôt d'une manière indépendante de la volonté, tan tôt sous l'empire de cette puissance.
» Le nombre des muscles du corps humain est très-considérable; on en compte 470 ; en général ils forment autour du squelette deux couches, et se distinguent en superficiels et en profonds ; ceux qui sont destinés à mouvoir un os quelconque sont presque toujours placés autour de la portion du squelette située entre cet os et le centre du corps ; ainsi les muscles qui meuvent la tète sont situés au cou ; ceux qui meuvent le bras occupent l'épaule, ceux qui ploient ou qui redressentl'avant-bras sur le liras entourent l'humérus, et ceux qui fléchissent ou étendent les doigts sont placés dans l'avant-bras; il en est de môme pour les muscles des membres inférieurs...
» On distingue les muscles en fléchisseurs, extenseurs, rotateurs, élévateurs, etc., suivant les usages qu'ils sont appelés à remplir.
» La puissance d'un muscle dépend en partie de son volume, et en partie de la manière dont il se fixe à l'os qu'il doit mouvoir.
» Toutes choses égales d'ailleurs, les muscles les plus forts sont les plus gros, et par l'effet de l'exercice, leurpuissance et leur volume augmentent en même temps.
» Dans le corps des animaux, les muscles et les os sont en général disposés d'une manière peu favorable à la puissance des mouvements, mais très-favorable à leur rapidité, comme cela est facile à démontrer par les principes élémentaires de la mécanique.
» Les muscles ne servent pas seulement à nous faire exécuter des mouvements, ils sont également nécessaires pour maintenir les os mobiles dans les positions qu'ils doivent conserver. Ainsi, la tête, par son propre poids, tend à retomber en avant, et c'est la contraction des muscles de la partie postérieure du cou qui la tient relevée.
» On donne le nom d'attitude à une position quelconque du corps qui est permanente pendant quelque temps. Pour en faire comprendre le mécanisme, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails qui sont du domaine de la physique.
» Tous les corps de la nature, abandonnés à eux-mêmes, tendent à se rapprocher par L'effet d'une force générale que l'on nomme attraction, et l'énergie avec laquelle un corps en attire un autre est d'autant plus grande que sa masse est plus con dérable comparativement à celle du corps attiré. Or, la masse de la terre étant incomparablement plus grosse que celle des animaux, des plantes, des pierres et de tous les autres objets répandus à sa surface, elle attire sans cesse cews-ci et tend à les faire tombor vers le centre du globe. Pour qu'ils restent dans la position qu'ils occupent, il faut donc qu'ils soient soutenus par quelque chose qui résiste à cette force d'attraction, et qui ne cède pas sous leur poids, tel que la surface solide de la terre ellemême ou un corps inflexible placé entre eux et cette surface.
» On appelle base de sustentation l'espace occupé par les points par lesquels un objot s'appuie sur un
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corps résistant ou l'espace compris entre ces points.
» Pour qu'un corps solide reste ■ immobile sur sa base de sustentation et ne tombe pas, il n'est pas nécessaire que toutes ses parties s'y appuient ; il suffit de le soutenir par un seul point, pourvu que ce point soit placé de telle façon que, si une partie de sa masse s'abaissait vers la terre, une partie opposée également pesante, s'élèverait d'autant; le poids d'une partie sert alors à contrebalancer celui de l'autre, et on appelle centre de gravité le point autour duquel toutes ces parties se font réciproquement équilibre, et qu'il suffit de soutenir pour maintenir en place la masse entière. Il s'ensuit donc que, pour empêcher un corps de tomber, il suffit que sa base de sustentation soit placée verticalement au-dessous de son centre de gravité et son équilibre sera d'autant plus stable que cette base sera plus large; car alors son centre de gravité peut se déplacer davantage sans que la ligne verticale qui passe par ce centre dépasse les limites de cette base.
Plus le centre de gravité sera élevé au-dessus de la base de sustentation, moins au contraire l'équilibre sera stable, car un déplacement plus petit de ce centre suffira alors pour que la ligne verticale qui en descend cesse de toucher sur la base de sustentation.
» Ces notions préliminaires étant connues, il deviendra facile de comprendre le mécanisme des attitudes.
» Les principales attitudes de l'homme sont : le coucher, la position assise et la station sur deux pieds.
» Lorsque l'homme est couché sur le dos ou sur le ventre, toutes les parties de son corps posent sur le sol; il n'a donc besoin de contracter aucun muscle pour les maintenir en place, et sa position réunit au plus haut degré les deux conditions de l'équilibre ; savoir : la plus grande étendue possible de la base de sustentation et la proximité du centre de gravité de cette base. Aussi est-ce l'attitude du repos et des personnes faibles, et celle où les chutes sont les plus difficiles.
» Dans la position assise, le corps' repose sur les tubérosités des os des hanches ; la base de sustentation est encore assez large, puisqu'elle est représentée par le bassin dont l'étendue est augmentée par le volume des parties molles qui le recouvrent; aussi cette position est-elle, après le coucher, celle qui offre le plus de solidité ; mais elle ne peut être conservée sans effort musculaire. Lorsque le dos est appuyé, les muscles du cou sont les seuls qui se contractent pour maintenir la tète dans sa rectitude ; mais si le dos n'est pas soutenu, alors la plupart des muscles postérieurs du tronc se contractent pour prévenir la chute en avant, et la fatigue ne tarde pas à être le résultat de cette permanence d'action.
» Lorsque l'homme est debout, ce sont ses membres abdominaux qui soutiennent le corps et transmettent au sol le poids qu'ils supportent ; il faut par conséquent que ces membres ne se fléchissent pas sous ce fardeau et soient maintenus étendus par la contraction de leurs muscles extenseurs.
» Dans cette position, le centre de gravité de tout le corps répond dans la cavité du bassin, et la base de sustentation est circonscrite par l'espace compris entre les deux pieds.
Ici, le moindre effort suffit pour détruire l'équilibre, et ce n'est qu'en agrandissant la base de sustentation dans un sens plutôt que dans l'autre, selon la direction des forces, que l'on peut prévenir une chute ; du reste, les mouvements par lesquels nous ramenons la verticale dans la base de sustentation sont en quelque sorte automatiques. C'est ainsi que, pour résister à une force qui tendrait à produire la chute en avant, nous avançons rapidement un pied; si notre corps penche vers la gauche, nous étendons subitement le bras droit ; si une force tend à nous renverser en arrière, nous reculons un pied et nous portons le corps en avant. L'homme qui a un gros ventre et l'homme portant un lourd fardeau sur ses épaules sont obligés l'un et l'autre de prendre des attitudes qui
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changent la position du centre de gravité. Le premier rejette son corps en arrière afin que la verticale passe entre ses deux pieds, et c'est pour la même raison, que le second penche son corps en avant. Une femme qui porte un petit enfant sur le bras droit rejette son corps sur le côté gauche; ainsi, nous faisons continuellement de la mécanique, sans nous douter de ses notions les plus élémentaires, et les causes les plus sûres de notre conservation résident dans une application continuelle des lois physiques dont notre raison n'a pas le secret.
» Lorsqu'un animal pose à la fois sur ses quatre membres, la station devient plus ferme, plus solide et moins fatigante; la base de sustentation est alors très-large.
» Les mouvements de progression à l'aide desquels l'homme et les animaux changent de place, sont produits par certaines parties de leur corps qui, étant tléchies, s'appuient sur un objet résistant, et venant ensuite à s'étendre , poussent en avant le reste du corps. Chez l'homme, les organes de la locomotion sont les membres abdominaux, chez les quadrupèdes, les membres thoraciques aussi bien que les membres postérieurs, et pour l'oiseau qui vole, les ailes.
» Dans la marche, le corps de l'homme est mû alternativement par l'un des pieds et soutenu par l'autre sans que jamais il ne cesse complètement de reposer sur le sol. Cette dernière circonstance la distingue du saut et de la course, mouvements dans lesquels tout le corps quitte momentanément le sol et s'élance en i'air. Dans la marche, l'un des pieds est porté en avant tandis que l'autre s'étend sur la jambe, et comme ce dernier membre, s'appuie sur un sol résistant, son allongement déplace le bassin et projette en avant tout le corps. Le bassin tourne en même temps sur le fémur du côté opposé, qui le soutient, et la jambe qui était restée en arrière se fléchit, se porte en avant de l'autre, se pose sur le sol et sert à son tour à soutenir le corps pendant que l'autre membre.,
en s'étendant, donne une nouvelle impulsion au bassin. A l'aide de ces mouvements alternatifs d'extension et de flexion chaque jambe porte à son tour tout le poids du corps, comme il le ferait dans la station sur un seul pied et à chaque pas où le centre de gravité de toute la masse du corps est poussée en avant.
» La sûreté de la marche est toujours en raison directe du degré d'écartement des pieds et en raison inverse de la mobilité du sol q ui nous supporte. Ce n'est qu'après un certain temps que les matelots marchent avec assurance sur le pont des vaisseaux. Aussi, une fois qu'il ont contracté le pied marin, est-il très-aisé de les reconnaître sur terre, à l'habitude qu'ils ont prise d'écarter considérablement les pieds.
» Le saut est un mouvement par lequel l'homme se projette en l'air et retombe sur le sol aussitôt que l'impulsion est détruite. Le mécanisme du saut repose entièrement sur la flexion préalable de toutes les articulations et sur leur extension subite.
Lorsqu'un sauteur veut s'élancer, il s'abaisse en se repliant sur lui-même ; le pied se fléchit sur le dos des orteils, la jambe se fléchit en avant sur le pied détaché du sol par le talon, la cuisse se fléchit aussi, mais en arrière, sur la jambe ; le tronc avec le bassin se fléchissent, en avant, sur la cuisse; et même lorsqu'il veut sauter de toutes ses forces, le tronc se fléchit sur lui-même, comme le ferait un ressort. Dans ces préliminaires du saut, les membres inférieurs et le corps figurent une suite de zigzags ou de leviers infléchis dans leurs articulations. Au moment de la projection du saut, toutes ces articulations s'étendent et s'ouvrent à la fois; le pied pressent alors brusquement le sol qui résiste, l'impulsion semble se réfléchir sur le corps et le projeter en l'air comme le fait une verge élastique que Ton plie contre le sol et qu'on abandonne tout à coup à son ressort. Il est aisé de voir que les parties qui agissent le plus dans le saut, sont les jambes : c'est là, en effet, que le poids à soulever est plus considérable. Aussi, la faci-
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lité et la rapidité du saut sont-elles toujours en raison directe de l'énergie des muscles qui déterminent l'extension des jambes. On a remarqué que les danseurs les plus habiles, de même que les grands marcheurs ont le mollet fortement dessiné, cette partie étant formée par la réunion des muscles qui opèrent l'extension de la jambe sur le pied. Une course préparatoire augmente beaucoup l'étendue du saut en avant ; lorsqu'on prend son élan, le corps acquiert une force d'impulsion bien supérieure à celle qu'il aurait eue s'il s'était élancé du sol en partant d'une situation fixe.
» Les bras influent aussi sur la production du saut et sur son étendue, soit qu'ils fassent l'office d'ailes, soit que les muscles qui servent à les élever exercent en même temps sur le tronc une traction en haut.
» La course tient à la fois de la marche et du saut. Il y a toujours dans la course un moment où le corps est suspendu en l'air, circonstance qui la distingue de la marche rapide dans laquelle le pied qui reste en arrière n'abandonne le sol que quand celui quie^t eu avant l'a louché. »
Le Nom.
MYRON. Voyez Chrême.
MYSTÈRE, chose cachée, vérité incompréhensible. Que ce terme vienne du grec (j.ju, je ferme, ou de (iûsw, j'instruis, ou de l'hébreu mustar, caché, ce n'est pas une question fort importante. Jésus-Christ nomme sa doctrine les mystères du royaume des deux, Matth., c 13, f 11, et saint Paul appelle les vérités chrétiennes qu'il faut enseigner le mystère de la foi, I. Tim., c. 3, f 9.
Une maxime adoptée par les incrédules est qu'il est impossible de croire ce que l'on ne peut pas comprendre; qu'ainsi Dieu ne peut pas révéler des mystères ; que toute doctrine mystérieuse doit être censée fausse et ne peut produire que du mal. Nous avons à prouver contre eux qu'il n'est aucune source de nos connaissances qui ne nous apprenne
des mystères ou des vérités incompréhensibles ; qu'il y en a non-seulement dans toutes les religions, mais qu'ils sont inévitables dans tous les systèmes d'incrédulité ; que la différence entre les mystères du christianisme et ceux des fausses religions, et que les premiers sont le fondement de la morale la plus pure, au lieu que les seconds ne peuvent aboutir qu'à corrompre les mœurs.
I. La raison ou la faculté de raisonner nous démontre pur des principes évidents qu'il y a une première cause de toutes choses, un Etre éternel, tout-puissant, créateur, indépendant, libre, et cependant immuable.
Mais nos lumières sont trop bornées pour pouvoir concilier ensemble la liberté et l'immutabilité. Aucun des anciens philosophes n'a pu concevoir la création ; tous ont admis l'éternité de la matière. L'Etre éternel est nécessairement infini; or l'infini est incompréhensible, tous ses attributs sont des mystères.
Par le sentiment intérieur qui nous entraîne aussi nécessairement que l'évidence, nous sommes convaincus que nous avons une âme, qu'elle est le principe de nos actions et de nos mouvements, et il nous est impossible de concevoir comment un esprit agit sur un corps : c'est ce qui a fait naître le système des causes occasionnelles.
Nous sommes certains, par le témoignage de nos sens, que le mouvement se communique et passe d'un corps à un autre ; aucun philosophe cependant n'a pu encore expliquer comment ni pourquoi un choc produit un mouvement. Les phénomènes du magnétisme et de l'électricité, la génération régulière des êtres vivants, sont des mystères de la nature que la philosophie n'éelaircira jamais.
Sur le témoignage de tous les hommes, un aveugle-né ne peut se dispenser de croire qu'il y a des couleurs, des tableaux, des perspectives, des miroirs; s'il en doutait, il serait insensé : mais il lui est aussi impossible de concevoir tous ces phénomènes, que de comprendre \m mys-r tères de la Sainte-Trinité et do l'ïn-
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carnation. Il en est de même d'un sourd à l'égard des propriétés des sons.
C'est Dieu, sans doute, qui nous parle et nous instruit par notre raison, par lu sentiment intérieur, par le témoignage de nos sens, par la voix unanime des autres hommes; puisque par ces divers moyens il nous révèle des mystères, nous demandons pourquoi il ne peut pas nous en enseigner d'autres par une révélation surnaturelle, pourquoi nous ne sommes pas obligés de croire ceux-ci, pendant que nous sommes forcés d'admettre ceux-là. Aucun incrédule n'a encore pris la peine de nous en donner une raison.
Ils disent qu'il est impossible de croire ce qui répugne à la raison, ce qui renferme contradiction, et ils prétendent que tels sont les mystères du christianisme.
Nous soutenons qu'ils ne sont pas plus contradictoires que les mystères naturels dont nous venons de parler.
Selon les anciens philosophes, il y a contradiction que de rien il se fasse quelque chose: selon les modernes il est impossible qu'un nouvel acte ne produise aucun changement dans l'être qui l'opère. Les sceptiques ont prétendu que le mouvement des corps renfermait contradiction, et les matérialistes disent encore qu'il est contradictoire qu'un esprit remue un corps. Un aveugle-né doit juger qu'il est absurJe qu'une superficie plate produiseune sensation de profondeur.
Tous ces raisonneurs sont-ils bien fondés?
Pourquoi les incrédules trouventils des contradictions dans nos mystères? Parce qu'ils les comparent à des objets auxquels ces dogmes ne doivent pas être comparés. Si l'on se forme de la nature et de la personne divine la même idée que nous avons de la nature et de la personne humaine, on trouvera de la contradiction à dire que trois personnes divines ne sont pas trois Dieux, de même que trois personnes humaines sont trois hommes; et l'on conclura encore que deux natures en Jésus-Christ sont deux personnes. Mais la comparaison entre une nature infinie et
une nature bornée est évidemment fausse. Lorsque nous comparons la manière d'être du corps de Jésus- Christ dans l'eucharistie, à la manière dontles autres corps existent, il nous parait que ce corps ne peut pas se trouver dans plusieurs lieux au môme moment, ni être sous les qualités sensibles du pain, sans que la substance du pain y soit aussi. Mais nous ignorons en quoi consiste la substance des corps séparés de leurs qualités sensibles, et nous avons tort de comparer le corps sacramentel de Jésus- Christ aux autres corps.
De même, lorsqu'un athée compare la liberté de Dieu à celle de l'homme, il lui semble contradictoire que Dieu soit libre et immuable. Parce qu'un matérialiste comparelamaniôred'ètre etd'agir des esprits avec la manière d'être et d'agir des corps, il trouve qu'il y a contradiction à penser que l'âme est tout entière dans la tête et dans les pieds, et qu'elle agit également partout où elle est. Parce qu'un aveugle -né compare la sensation de la vue à celle du tact , il doit apercevoir des contradictions dans tous les phénomènes de la vision, tels qu'on les lui expose. Mais des comparaisons fausses ne sont pas des dé :.onstrations.
Encore une fois, nous défions tous les incrédules d'assigner une différence essentielle entre les mystères de la religion et ceux de la nature.
Tout ce qui est incomparable, est nécessairement incompréhensible , parce que nous ne pouvons rien concevoir que par analogie. Comme les attributs de Dieu ne peuvent être comparés à ceux des créatures avec une justesse parfaite, il est impossible de croire un Dieu sans admettre des mystères. En général tout est mystère pour les ignorants; si c'était un trait de sagesse de rejeter tout ce qu'on ne conçoit pas, personne n'aurait autant de droit qu'eux d'être incrédule.
Locke pose pour maxime que nous ne pouvons donner notm acquiescement à une proposition quelconque, à moins que nous n'en comprenions les termes et la manière dont ils sont affirmés ou niés l'un de l'autre ; d'où
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il conclut que, quand on nous propose un mystère à croire, c'est comme si l'on nous parlait dans une langue inconnue, en indien ou en chinois.
Mais est-il vrai que quand on expose à un aveugle-né les phénomènes de la vision, c'est comme si on lui parlait indien ou chinois? Lorsque Locke lui-même admet la divisibilité de la matière à l'iniini, en a-t-il une idée fort claire ? Par sa propre expérience, il devait sentir que, pour admettre ou rejeter une proposition , il suffit d'avoir des termes dont elle est composée, une notion du moins obscure et incomplète, par analogie avec d'autres idées. Nous ne voyons pas toujours la liaison ou l'opposition de deux idées en elles-mêmes, mais dans un autre moyen; savoir, dans le témoignage d'autrui : ainsi quand on dit à un aveugle que nous voyous aussi promptement une étoile que le faite d'une maison, il ne conçoit point la possibilité du fait en elle-même, mais seulement dans le témoignage de ceux qui ont des yeux. Par conséquent lorsque Dieu nous révèle qu'il est un en trois personnes, nous ne voyons pas la liaison de ces deux idées en elles-mêmes, mais seulement dans le témoignage de Dieu. Si on nous le disait en chinois ou en indien, nous n'y entendrions que des sons, sans pouvoir y attacher aucune idée.
Il n'est donc pas vrai, comme le prétend un autre déiste, que la profession de foi d'un mystère soit un jargon de mots sans idées, et que nous mentions en disant notre catéchisme; un aveugle ne ment point quand il admet les phénomènes de la vision sur le témoignage uniforme de tous les hommes.
Du moins, répliquent les déistes, si les mystères de Dieu sont inconnus en eux-mêmes, ils ne le sont plus lorsque Dieu nous les a révélés; car enfin révéler signifie dévoiler, montrer, dissiper l'obscurité d'une diose quelconque; si la révélation ne produit pas cet effet, de quoi sert-elle?
Elle sert à nous persuader qu'une chose est, sans nous appi*endre comment et pourquoi elle est; c'est ainsi que nous révélons aux aveugles les phénomènes do la lumière, desquels
ils ne se douteraient pas, et que nous ne parviendrons jamais à leur faire comprendre.
IL Les incrédules pourraient paraître excusables, s'ils avaient enfin trouvé un système exempt de mystères, mais il n'est pas une seule de leurs hypothèses dans laquelle on ne soit forcé d'admettre des mystères plus révoltants que ceux du christianisme, et plusieurs ont eu la bonne foi d'en convenir.
Lorsqu'un matérialiste a fait tous ses efforts pour expliquer par un mécanisme les différentes opérations de notre âme, il se trouve réduit à confesser que cela est inconcevable, que l'on ne peut pas y réussir , qu'il en est de même de la plupart des autres phénomènes de la nature ; ainsi il ne fait que substituer aux mystères de l'âme les mystères de la matière ; il résiste en môme temps au sentiment intérieur et aux plus pures lumières du sens commun.
Pour éviter d'admettre la création, un athée est forcé de recourir au progrès des causes à l'infini, c'est-àdire à une suite infinie d'effets sans première cause; à soutenir que le mouvement est l'essence de la matière, sans pouvoir dire en quoi consiste cette essence ; à supposer la nécessité de toutes choses, à prétendre que des actions qui ne sont pas libres sont cependant dignes de châtiment ou de récompense, etc. Y eutil jamais des mystères plus absurdes?
Les déistes ne réussissent pas mieux à les éviter. Si le Dieu fqu'ils admettent n'a point de providence, , de quoi sert-il ? S'il en a une, sa conduite est impénétrable. Ou il a «té libre dans la distribution des biens et des maux, ou il ne l'a pas été ; dans le premier cas, il faut faire un acte de foi sur les raisons qui ont réglé cette distribution; dans le second, nous ne lui devons ni culte ni reconnaissance. Comment a-t-il permrs tant d'erreurs et tant de crimes?
Comment s'est-il servi d'hommes imposteurs ou insensés pour établir la plus sainte religion qui fut jamais? etc. Aussi les niLées reprochent aux déistes qu'ils raisonnent moins conséquemment que les
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croyants ; que, dès qu'ils admettent un Dieu et une providence, il est absurde de ne pas acquiescer à tous les mystères du christianisme.
Selon les sceptiques et les pyrrhoniens, tout est mystère, tout est impénétrable, et c'est pour cela qu'il ne faut admettre aucun système ; mais Bayle leur représente que bon gré mal gré « l'on est forcé de con- » venir que nous avons été précédés j) d'une éternité : si elle est succes- » sive, elle est combattue par des » objections insurmontables ; si elle » n'est qu'un instant, les difficultés » qu'elle entraîne sont encore plus » insolubles. Il y a donc des dogmes » que les pyrrhoniens mêmes doivent » admettre, quoiqu'ils ne puissent » résoudre les objections qui les » combattent. » Réponse au Prov., c. 96. Or quand on ne serait obligé d'admettre qu'un seul mystère, dès lors il est faux de soutenir qu'un homme raisonnable ne doit jamais croire ce qu'il ne peut pas comprendre.
III. L'on nous objecte que les fausses religions sont remplies de mystères; nous en convenons. Les Chinois en ont sur Foë et Poussa, les Japonais sur Xaca et Amida, les Siamois sur Sommonacodom, les Indiens sur Brama et Rudra, les Parsis sur Ormuzd et Ahriman, les mahométans sur les miracles de Mahomet ; la mythologie des païens était un chaos de mystères, puisque, selon les philosophes, elle était allégorique.
Qu'importe ? Sur tous ces prétendus mystères peut-on fonder une morale aussi pure, aussi sainte, aussi digne de l'homme, que sur les mystères du christianisme? Ceux des autres religions sont non-seulement absurdes, mais scandaleux : ils corrompent les mœurs, et on le voit par la conduite des peuples qui les professent, La foi aux mystères enseignés par Jésus- Christ a changé en mieux les mœurs des nations qui l'ont embrassée ; elle a fait pratiquer des vertus inconnues jusqu'alors. Telle est la différence sur laquelle nos anciens apologistes ont toujours insisté, et à laquelle leurs adversaires n'ont eu rien à répliquer ; le fait est incontestable.
Dieu a révélé des mystères dans tous les temps. Il avait enseigné aux patriarches, la création, la chute de l'homme, la venue future d'un rédempteur, la vie à venir ; aux Juifs, le choix qu'il avait fait de la postérité d'Abraham, la conduite de sa providence envers les autres peuples, la vocation future des nations à la connaissance du vrai Dieu. Il n'est pas étonnant qu'il en ait révélé encore de nouveaux par Jésus-Christ, lorsque le genre humain s'est trouvé en état de les recevoir. Mais ce que les incrédules ne voient point, c'est que Dieu s'est servi de cette révélation même pour conserver et pour perpétuer la croyance des vérités démontrables; aucun peuple n'a connu et retenu ces dernières, dès qu'il a fermé les yeux à la lumière surnaturelle. Où les trouve-t-on dans leur entier, que parmi les descendants des patriarches? Faute d'admettre la création, les philosophes mêmes n'ont jamais pu réussir à démontrer solidement l'unité, la spiritualité, la simplicité parfaite de Dieu; ils ont approuvé le polythéisme et l'idolâtrie, ils sont devenus absolument aveugles en fait de religion.
Lorsque Jésus-Christ parut sur la terre, la philosophie, par ses disputes, avait ébranlé toutes les vérités; elle n'avait respecté ni le dogme ni la morale, elle n'avait épargné que les erreurs. Il fallait des mystères pour lui imposer silence, et la forcer de plier sous le joug de la foi.
Si l'on retranche du symbole chrétien le mystère de la sainte Trinité, tout l'édifice de notre religion s'écroule ; la divinité de Jésus-Christ ne peut plus se soutenir; les effusions de l'amour divin à notre égard se réduisent à rien. Ce mystère ne nous est point proposé comme un dogme de foi purement spéculatif, mais comme un objet d'admiration, d'amour, de reconnaissance. Dieu, éternellement heureux en lui-même, a créé le monde par son Verbe éternel ; c'est par lui qu'il le conserve et le gouverne. Ce Verbe divin, consubstantiel au Père, a daigné se faire homme, se revêtir de notre chair et de nos faiblesses, habiter parmi nous, pour
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nous servir de maître et de modèle ; il s'est livré à la mort pour nous ; il se donne encore à nous sous la forme d'un aliment, afin de nous unir plus étroitement à lui. L'Esprit divin, amour essentiel du Père et du Fils, après avoir parlé aux hommes par les prophètes, a été envoyé pour nous éclairer et nous instruire ; communiqué par les sacrements , il opère en nous par sa grâce, et préside à l'enseignement de l'Eglise. Ces idées sont non-seulement grandes et sublimes, mais affectueuses et consolantes ; elles élèvent l'àme et l'attendrissent. Dieu, tout grand qu'il est, s'est occupé de nous de toute éternité; tout son être, pour ainsi dire, s'est approprié à nous. L'homme, quoique faible et pécheur, est toujours cher à Dieu ; par les excès de sa bonté pour nous, nous pouvons juger de la grandeur du bonheur qu'il nous destine. Il n'est pas étonnant que cette doctrine ait fait des saints.
Que l'on ne vienne plus nous demander à quoi servent les mystères; ils n'ont pas été imaginés exprès pour nous embarrasser par leur obscurité ; ils sont inévitables. Dès que Dieu a daigné se faire connaître aux hommes, il ne pouvait leur révéler son essence, ses desseins, le plan desa providence, sans leur apprendre des choses incompréhensibles, par conséquent des mystères. Nous sommes bien mieux fondés à dire de quoi servirait la religion, sans ces augustes objets de croyance ? Bientôt elle serait réduite au même point où elle fut autrefois entre les mains des philosophes; c'est par les mystères que Dieu l'a mise à couvert de leurs attentats.
Ces dogmes obscurs, disent-ils, n'ont causé que des disputes ; les hommes ont fait consister toute la religion dans la foi et dans un zèle ardent pour l'orthodoxie ; ils se sont persuadés que tout leur était permis contre les hérétiques et les mécréants.
Décl.imations absurdes. N'a-t-on pas disputé avant le christianisme ?
Les Egyptiens se battaient pour leurs animaux sacrés; les Perses brûlèrent les temples des Grecs par zèle pour
le culte du feu; l'on a vu plus d'une fois les Tartares en campagne pour venger une insulte faite à leur idole; les Mexicains faisaient la guerre pour avoir des victimes humaines à immoler dans leurs temples. S'il y a une vérité souvent répétée dans l'Evangile, c'est que la vraie piété consiste dans les bonnes œuvres, et que la foi ne sert de rien sans la praiique des vertus. En reprochant aux chrétiens unfaux zèle, les incrédules en affectentun quiestencoreplusfaux; ils ne prêchent la morale que pour détruire le dogme, pendant qu'il est prouvé que l'un ne peut subsister sans l'autre; ils veulent avoir le privilège de ne rien croire, pour obtenir la liberté de ne pratiquer aucune vertu et de se permettre tous les vices. Voyez Dogme.
Les principaux mystères ou articles de foi du christianisme sont renfermés dans le symbole des apôtres, dans celui du concile de Nicée répéta par le concile de Trente, et dans celui qui est communément attribué à saint Alhanase; tout chrétien est obligé de s'en instruire et de les croire pour être sauvé.
Nous appelons encore mystères les principaux événements de la vie de Jésus-Christ, que l'Eglise célèbre par des fêtes, comme son incarnation, sa nativité, sa passion, sa résurrection, etc., et ces fêtes sont un monument de la réalité des faits dont elles rappellent le souvenir. Voyez Fêtes.
Il est bon de remarquer que les Grecs nomment mystère ce que nous appelons sacrement, et c'est dans ce sens que saint Paul a employé le mot de mystère, en parlant de l'union des époux, Ephes., c. 5, f 32. Voyez Mariage. Ces deux termes sont parfaitement synonymes, quoique les protestants aient souvent affecté de les distinguer; l'un et l'antre sont également propres à désigner uns cérémonie ou un signe sensible, qui opère un effet caché et invisible dans l'âme de ceux auxquels il est appliqué. Les Syriens et les Ethiopiens ont aussi un terme équivalent pour exprimer les sept sacrements.
Dans l'Ecriture sainte, mystère signifie quelquefois une chose que
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l'homme ne peut pas découvrir par ses propres lumières, mais qu'il conçoit lorsque Dieu daigne la lui révéler; ainsi Daniel, en. 2, f 28 et 29, dit que Dieu révèle les mystères, c'est-à-dire les événements cachés dans l'avenir. Saint Paul, Ephes., c. 3, f i, parlant du mystère de Jétœ-6hriat, ajoute : « Ce mystère est » que les gentils sont héritiers et sont » un même corps avec les Juifs, et » ont part avec eux aux promesses de » Dieu en Jésus-Christ par l'Evan- » gile. » Jusqu'alors les Juifs ne l'avaient pas compris. Mais jusqu'à quel point les nations mêmes qui ne connaissent pas l'Evangile ont-elles part à la grâce de la rédemption ?
C'est un autre mystère que Dieu ne nous a pas révélé, saint Paul luimême ajoute que les richesses de Jésus-Christ sont incompréhensibles, Mi., f 8.
Dieu est infinimentbon, cependant il y a du mal dans le monde; Dieu veut sincèrement la salut de tous les hommes, il y a néanmoins des difficultés à vaincre dans l'ouvrage du salut; Jésus-Christ est le Sauveur de tous, et il y a beaucoup d'hommes perdus : voilà encore des mystères, mais que l'on parvient à éclaircir jusqu'à un certain point, quand on n'affecte pas d'abuser des termes. Voyez Mal, Salut, Sauveur, etc. Dans le langage ordinaire des théologiens, un mystère est un dogme que Dieu nous a révélé, de la vérilé duquel nous sommes par conséquent trèscertains, mais que nous ne pouvons pas comprendre ; et c'est dans ce dernier sens que les mystères sont le principal objet de notre foi. Saint Paul nous l'enseigne, en disant que la foi est le fondement des choses que l'on espère, et la conviction do ce qui ne parait point, llcbr., c. Il, y i.
Dès les premiers siècles du christianisme, l'on a nommé saints mystères le baptême, l'eucharistie et les autres sacrements, parce que ces cérémonies ont un sens caché, et produisent un effet que l'on ne voit pas.
Les protestants, qui ne veulent pas avouer cet effet surnaturel, ont forgé uu.0 autre origine à ce nom de mys-
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tercs ; nous réfuterons leur sentiment dans l'article suivant.
Bergier.
MYSTÈRES DU PAGANISME. On
appelait ainsi certaines cérémonies qui se pratiquaient secrètement dans plusieurs temples des païens ; ceux qui y étaient admis se nommaient les initiés, et on leur faisait promettre par serment qu'ils n'en révéleraient jamais le secret. On n'a pu savoir avec une entière certitude en quoi consistaient ces cérémonies, qu'après la naissance du christianisme; plusieurs de ceux qui avaient été initiés se convertirent, et ils comprirent que le serment que l'on avait exigé d'eux, était absurde. Les plus fameux de ces mystères étaient ceux d'Eleusis, près d'Athènes, qui se célébraient à l'honneur de Cérès; il y en avait ailleurs de consacrés à Bacchus : à Rome, les mystères de la bonne déesse étaient réservés aux femmes ; il était défendu aux hommes d'y entrer, sous peine de mort. On prétend que cette lionne déesse était la mère de Bacchus.
Plusieurs anciens ont fait beaucoup de cas des mystères. Si nous en croyons Cicéron et d'autres, les leçons que l'on y donnait ont tiré les hommes de la vie errante et sauvage, leur ont enseigné la morale et la vertu, les ont accoutumés à une vie régulière et différente de celle des animaux.
Cicer., de Legib., 1. i. Plusieurs savants modernes en ontparlédemème, en particulier Warburthon. L'on peut consulter la cinquième dissertation tirée de ses ouvrages, et les suivantes.
Autant nos philosophes modernes ont montré de mépris pour les mystères du christianisme, autant ils ont affecté d'estime pour ceux du paganisme. « Dans le chaos dos supe.rsti- » tions populaires, dit l'un d'entre » eux, il y eut une institution salu- » taire qui empêcha une partie du » genrehumaindetomberdansl'abru- » tissement; ce sont les mystères .-tous )) les auteurs grecs et latins, qui en » ont parlé, conviennent que l'unité » de Dieu, l'immortalité de l'àme, » les peines et les récompenses après » la mort étaient annoncées dans
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» cette cérémonie sacrée. On y don- » nait des leçons de morale ; ceux qui » avaient commis des crimes les » confessaient et les expiaient. On » jeûnait, on se purifiait, on don- » nait l'aumône. Toutes les cérénio- » nies étaient tenues secrètes sous la » religion du serment, pour les ren- » dre plus vénérables. L'appareil » extérieur dont les mystères étaient » revêtus, les préparations et les » épreuves dont ils étaient précédés, » servaient à en rendre les leçons » plus frappantes, et à les graver plus » profondément dans la mémoire. Si » dans la suite des siècles ils furent » altérés et corrompus, leur iustitu- » tion primitive n'était ni moins utile » ni moins louable. »
A toutes ces belles choses il ne manque que la vérité (1). Leland,dans sa Nouvelle Démonstration évangélique, torn. 2, chap. 1, après avoir examiné tout ce que Warburthon et d'autres ont dit à la louange des mystères du paganisme, soutient qu'il est faux que l'onyait enseigné l'unitéde Dieu, que l'on ait détourné les initiés du polythéisme, que l'on y ait donné de bonnes leçons de morale, et que cette cérémonie ait pu contribuer en aucune manière à épurer les moeurs ; et il le prouve ainsi :
1° S'il était vrai que l'on y eût en- ■ seigné des vérités si utiles, c'aurait été encore une absurdité et une injustice de les cacher sous le secret inviolable que l'on exigeait des initiés ; pourquoi cacher au commun des hommes des connaissances dont tous avaient également besoin? Cette conduite ne servirait q^u 'à démontrer qu'il était alors impossible de détromper le peuple des erreurs et des superstitionsdanslesquelles il était plongé. ; que, pour opérer ce prodige, il a fallu la force divine de la doctrine de Jésus-Cbrist. Comment excuser l'inconséquence de la conduite des magistrats, des prêtres, des philosophes, qui, d'un coté, protégeaient les mys-
(i) Les vérités principales dn chri§tiard6nie ont été réellement reconnues dans tous les temps et chez tous les peuples. Voyez les articles Ame, lue:, Dieu, Médiateur, péché ouoihil, etc., Mo.
Gousset.
tères, de l'autre soutenaient l'idolâtrie de tout leur pouvoir?
2° Qui ont été les plus ardents défenseurs des mystères? Les philosophes du quatrième siècle, Apulée, Jamblique, Hiéroclès, Proclus, etc.
Ils voulaient s'en servir pour soutenir l'idolâtrie chancelante, pour affaiblir l'impression que faisait sur les esprits la morale pure et sublime de l'Evangile : non-seulement leur témoignage est donc fort suspect, mais, au rapport de saint Augustin, Porphyre, moins entêté qu'eux, convenait qu'il n'avait trouvé dans lesrnystères aucun moyen efficace pour purifier l'âme, de Civit. Dei, 1. 10, c. 32.
Celse,plus ancien, dit à la vérité, que l'immortalité de l'âme était enseignée dans les mystères; mais elle était enseignée partout, même dans les fables touchant les enfers. Celse n'ajoute point que l'on y professait aussi l'unité de Dieu, l'absurdité de l'idolâtrie, et que l'on y donnait des leçons de morale. Orig. contre Celse, 1. 8, n. 48 et 49. Longtemps avant lui, Socrate témoigna qu'il faisait fort peu de cas des mystères, puisqu'il refusa constamment de s'y faire initier; aurait-il agi ainsi, si c'avait été une leçon de morale ?
3° Malgré le secret si étroitement commandé dons les mystères, ils ont été dévoilés. Warburthon prouve, d'une manière très-vraisemblable, que la descente d'Enée aux enfers, peinte par Virgile dans le sixième livre de l'Enéide, n'est autre chose que l'initiation de son héros aux mystères d'Eleusis, et un tableau de ce que l'on faisait voir aux initiés. Or, qu'y trouvons-nous ? Une peinture des enfers, le dogme de la transmigration des âmes, et la doctrine des stoïciens sur l'âme du monde. Cette doctrine, loin d'établir l'unitéde Dieu, confirme au contraire le polythéisme et l'idolâtrie. C'est sur ce fondement que le stoïcien Balbus les soutient dans le second livre de Cicéron sur la Nature des dieux; il donne ainsi au paganisme une base philosophique. Etaitce là le moyen d'en détourner les initiés ?
4° Les mystères ont été encore mieux connus par la description qu'en
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ont faite les Pères de l'Eglise. Saint Clément d'Alexandrie, Cohort. ad Gentes, c, 2, p. 11 et suiv. Saint Justin, Tatien, Athénagore, Arnobe, n'y ont vu qu'un assemblage d'absurdités, d'obscénités et d'impiétés. S'il y avait eu des leçons capables de prouver l'unité de Dieu et d'inspirer l'amour de la vertu, ces saints docteurs, qui ont recherché avec tant de soin dans les auteurs païens tout ce qui pouvait servir à détromper le peuple, auraient tiré, sans doute, avantage des mystères pour attaquer l'erreur générale ; au contraire, ils ont assuré tous que cette cérémonie ne pouvait servir qu'à la confirmer.
Un auteur moderne nous apprend que les mystères étaient devenus une branche de finance pour la république d'Athènes, et qu'il en coûtait fort cher pour être initié, Recherches philos, sur les Egyptiens et sur les Chinois, t. 2, sect. 7, p. 152 ; Recherches philos, sur les Grecs, 3° part. sect. 8, § b ; il ajoute que quiconque voulait payer les mystagogues et les hiérophantes y était admis sans autre épreuve ; il cite Apulée, Métam., 1. H. Cette nouvelle circonstance n'est pas propre à inspirer beaucoup de respect pour la cérémonie.
On dira, sans doute, que dans les derniers siècles les mystères du paganisme avaient dégénéré ; mais si, dans leur origine, ils avaient été aussi innocents et aussi utiles qu'on le prétend, il serait impossible qu'on les eût portés dans la suite au point de corruption où ils étaient lorsque les Pères de l'Eglise les ont mis au grand jour.
Plus vainement encore on prétendra que ces Pères en ont exagéré l'indécence en haine du paganisme.
Auraient-ils osé s'exposer à être convaincus de faux par les initiés? Plusieurs auteurs profanes en ont parlé à peu près comme eux; et aucun de ceux qui ont écrit contre le christianisme n'a osé les contredire.
C'est donc très-mal à propos que nos philosophes incrédules nous ont vanté les excellentes leçons que l'on donnait aux hommes dans les mystères, et ont forgé à ce sujet des fables pour en imposer aux ignorants.
Plusieurs critiques protestants cités par Mosheim, Ilist. clirist., ssec. 2, § 36, p. 319, et Hist. ecclèsiast., deuxième siècle, 2° partie, ch. 4, § S, ont eu une imagination encore plus bizarre, en supposant que les chrétiens du second siècle ont imité les mystères du paganisme. Le profond respect, disent-ils, que l'on avait pour cesmystères, la sainteté extraordinaire qu'on leur attribuait, furent pour les chrétiens un motif de donner un air mystérieux à leur religion, pour qu'elle ne cédât point en dignité à celle des païens. Pour cet effet, ils donnèrent le nom de mystères aux institutions de l'Evangile, particulièrement à l'eucharistie. Ils employèrent, dans cette cérémonie et dans celle du baptême, plusieurs termes et plusieurs rites usités dans les mystères des païens. De là est encore venu le mot de symbole. Cet abus commença dans l'Orient, surtout en Egypte; Clément d'Alexandrie fut un de ceux qui y contribuèrent le plus, et les chrétiens de l'Occident l'adoptèrent, lorsque Adrien eut introduit les mystères dans cette partie de l'empire ; de là vint qu'une grande partie du service de l'Eglise fut très-peu différente de celui du paganisme.
11 n'y a que le désespoir systématique qui ait pu suggérer aux protestants cette calomnie. 1° C'est une impiété de supposer qu'au second siècle, immédiatement après la mort du dernier des apôtres, lorsque le christianisme n'était pas encore bien établi, Jésus-Christ, contre la foi de ses promesses, a délaissé son Eglise au point de la laisser tomber dans les superstitions du paganisme, pour y persévérer pendant quinze siècles consécutifs. Alors ce divin Sauveur conservait encore dans son Eglise le don des miracles, et l'on veut nous persuader qu'il n'a pas daigné veiller sur la pureté du culte, non plus que sur l'intégrité de la foi. Il a donc fait des miracles pour établir, chez les nations qui élaieut encore ou juives ou païennes, un christianisme déjà corrompu. Comment des écrivains, qui d'ailleurs paraissent judicieux, ont-ils pu entailler une idée aussi antichrétienne, et livrer ainsi la re-
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ligion de Jésus-Christ à la dérision des incrédules ?
2° C'est une absurdité de penser que les mêmes pasteurs de l'Eglise, qui tournaient en ridicule, dans leurs écrits, les mystères des païens, qui en dévoilaient le secret, qui en faisaient sentir l'indécence et la turpitude, les ont cependant pris pour modèles, les ont imités en plusieurs choses, et ont cru que celte imitation donneraitplus de relief au christianisme. Nous verrons dans un moment comment Clément d'Alexandrie en a parlé.
3° L'hypothèse des protestants modernes est directement contraire à celle que soutenaient les premiers prédicants de la réforme; ceux-ci prétendaient que les pratiques qui leur déplaisaient dans le culte des catholiques, étaient de nouvelles inventions, des abus qui s'y étaient glissés pendant les siècles d'ignorance : voici leurs successeurs qui en ont découvert l'origine au second siècle. Qu'ils remontent seulement à cinquante ans plus haut, ils la trouveront chez les apôtres. D'un côté les anglicans sont persuadés que le culte des chrétiens a été pur au moins pendant les quatre premiers siècles, et ils croient l'avoir rétabli chez eux dans le même état ; de l'autre, les luthériens et les calvinistes veulent que le culte ait déjà été corrompu au second siècle, mélangé de judaïsme et de paganisme.
Pour des hommes qui se croient tous fort éclairés, ils s'accordent bien mal.
4° Le nom de mystères, que les Pères du second siècle ont donné à l'eucharistie et aux autres sacrements, est fondé sur une raison beaucoup plus simple; mais les protestants ne veulent pas la voir ; c'est que les Pères ont entendu par là que ces cérémonies extérieures ont un sens caché, et opèrent un effet invisible dans l'âme de ceux qui y participent. AiDsi, le baptême ou l'action de verser de l'eau sur un enfant efface dans son àme la tache du péché originel, lui donne la grâce de l'adoption divine, lui imprime un caractère ineffaçable. L'eucharistie ou l'action de prononcer des paroles sur du pain et du vin, et de les distribuer aux assistants, opère le changement substantiel de ces ali-
ments, et en fait le corps et le sang de Jésus-Christ, etc. Il en est de même des autres sacrements, et tel est le sens dans lequel saint Paul, parlant du mariage, a dit que c'est toi grand mystère en Jésus-Christ et dans l'Eglise, Ephes., c. S, f 32.
5° Nous convenons que, dans les premiers siècles, ces cérémonies ont été tenues secrètes, qu'on les a dérobées soigneusement aux yeux des païens, qu'elles ont encore été mystérieuses à cet égard : on ne les découvrait pas même aux catéchumènes ; mais c'est par une raison toute différente de celle que les protestants ont rêvée. On ne voulait pas exposer ces cérémonies saintes à la dérision et à la profanation des païens. Lorsque Dioclétien eut ordonné de rechercher et de brûler les saintes Ecritures et les livres des chrétiens, on les cacha soigneusement. Si les païens avaient trouvé dans les enlises pu dans les lieux d'assemblée des chrétiens, quelques objets de culte ou quelques indices de cérémonies, ils en auraient fait le même usage que des livres.
Puisque l'on était obligé do se cacher pour pratiquer ce culte, il ne pouvait manquer de paraître mystérieux.
Une preuve que telle est la raison de la conduite des pasteurs, c'est qu'ils ne refusèrent pas d'expo'ser aux empereurs et aux magistrats le culte des chrétiens, lorsque cela fut nécessaire pour en démontrer l'innocence et la sainteté. Ainsi les diaconesses que Pline fit tourmenter pour savoir ce qui se passait dans les assemblées chrétiennes, le lui dirent avec sincérité, et saint Justin fit de même dans ses apologies du christianisme adressées aux empereurs. Une seconde preuve, c'est qu'au quatrième siècle»
lorsque les persécutions furent passées et le paganisme à peu près détruit, l'on mit par écrit les liturgies, qui jusqu'alors n'avaient été conservées que par une tradition secrète.
Voyez Traité hist. et dogm. sur les paroles ou les formes des sacrements, par le père Merlin, jésuite, Paris, 1745,
0° Les protestants ont encore plus mauvaise grâce d'ajouter que les chrétiens du second siècle étaient des juifs et des païens, accoutumés dès
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l'enfance à des cérémonies superstitieuses et inutiles ; qu'il leur était difficile de se défaire des préjugés qu'ils avaient contractés par l'éducation et par une longue habitude; qu'il aurait fallu un miracle continuel pour empêcher qu'il ne s'introduisit des pratiques superstitieuses dans la religion chrétienne. S'il a fallu un miracle, nous soutenons qu'il a été opéré, et ce n'était après tout qu'une suite du miracle de la conversion des juifs et des païens. Les apôtres avaient prémuni les fidèles contre les rites judaïques au concile de Jérusalem, Act., c. 14, ^28; et saint Paul, contre les superstitions païennes, Coloss., c. 2, y 18, et ailleurs. Les Pères du premier et du second siècle ont écrit contre l'entêtement des ébionites, toujours attachés aux lois juives, et contre l'impiété des gnostiques, qui voulaient introduire les erreurs des païens. Contre ces preuves positives, les vaines conjectures des protestants n'ont pas la moindre vraisemblance.
7° Pour prouver qu'au second siècle les chrétiens d'Egypte ont commis la faute dont on les accuse, il faut expliquer par quelle voie la même contagion a pénétré dans la Syrie, dans l'Asie mineure, dans la Grèce, dans l'Illyrie, à Rome et dans les autres contrées où les apôtres avaient fondé des églises avant ce temps-là ; il faut désigner le missionnaire égyptien qui est venu infecter d'un vernis de paganisme les autres sociétés chrétiennes, et le patriarche d'Alexandrie sous lequel est arrivée cette révolution. Il faut dire comment elle s'est faite sans réclamation dans une église si sujette aux disputes, aux dissensions, aux schismes en fait de doctrine. Puisque l'on ne nous allègue aucun fait positif ni aucune preuve, nous sommes en droit de supposer que les fidèles instruits par saint Pierre, par saint Paul et par d'autres apôtres, ont été a::oz attachés à leurs leçons pour ne pas adopter sans examen une fantaisie bizarre des docteurs égyptiens.
8° Saint Clément d'Alexandrie, loin d'y avoir aucune part, est celui
de tous les Pères qui a dévoilé le plus exactement les indécences, les turpitudes, les absurdité, desmystères du paganisme. Dans son Exhortation aux Gentils, ils parcourt ces mystères les uns après les autres ; il démontre que dans tous l'infamie et la démence étaient égales, que les symboles dont on y faisait usage n'étaient que des puérilités ou des obscénités. Telles étaient, dans les mystères de Cérès, des corbeilles, du blé d'Inde, des pelotons, des gâteaux, etc., et des paroles qui n'avaient aucun sens. Le moyen de rendre méprisables les rites du christianisme aurait donc été d'y introduire quelque chose de semblable aux mystères des païens.
C'est cependant, disent nos adversaires, ce qu'a fait Clément d'Alexandrie ; dans le même ouvrage, c. 12, il dit à un païen : « Venez, je vous » montrerai les mystères du Verbe, et je vous les exposerai sous la figure des vôtres. C'est ici qu'il y à une montagne agréable à Dieu, couverte d'un ombrage céleste. Les bacchantes sont des vierges pures, qui y célèbrent les orgies du Verbe divin, qui y chantent des hymnes au roi de l'univers, qui y dansent » avec les justes, et y font leurs » courses sacrées. . . les saints mysy> tères ! J'y vois Dieu et le ciel, je » suis saint par cette initiation, le » Seigneur en est le 1. 'érophante :
» voilà mes mystères et mes baccha- » nales. »
Mais, pour argumenter sur cette allégorie, il faudrait faire voir, 1° que d'autres auteurs chrétiens s'en sont servis, et l'ont répétée. Encore une fois, dans l'Ecriture sainte, mystère signifie une chose, une parole ou une action quia un sens caché; chez les écrivains ecclésiastiques, symbole a souvent le même sens. Lorsque Jésus-Christ toucha de sa salive la langue d'un sourd et muet, qu'il mit de la boue sur les yeux de l'aveuglené, qu'il souffla sur ses apôtites pour leur donner le Saint-Esprit, qu'il le fit descendre sur eux en forme de langues de feu, peut-on nier que tout cela n'ait été symbolique et mystérieux ? Nous soutenons qu'il en est de même du baptême, de l'eucliaris-
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tie et de nos autres sacrements, puisqu'ils désignent et produisent un effet que l'on ne voit pas. 2° Il faudrait montrer dans notre culte les montagnes, les ombrages, les courses, les danses des bacchanales, ou quelques-uns des symboles usités dans les mystères de Cérès. 3° Il faudrait prouver qu'il y avait, dans ces mystères profanes, des rites semblables à ceux du baptême ou de nos autres sacrements; nous en défions nos adversaires. Le signe de la croix, symbole si commun et si respectable chez les chrétiens, aurait fait horreur aux païens.
C'est donc une obstination malicieuse de la part des protestants, de nous reprocher, sans cesse que notre culte est un reste de paganisme; c'en est plutôt un chez eux de dire qu'ayant le baptême les catéchumènes étaient exercés, ou plutôt tourmentés par la rigueur et la multitude des épreuves que Ton exigeait d'eux,
comme de ceux qui voulaient être initiés aux mystères : cela marque le peu de cas qu'ils font du baptême.
Où sont les épreuves que l'on faisait subir à ceux qui se faisaient initier pour de l'argent?
Si les protestants attribuaient véritablement au baptême et à l'eucharistie des effets spirituels, ils seraient forcés, comme nous, de les appeler des symboles, des mystères ou des sacrements. Le style différent que la plupart ont adopté nous donne lieu de douter de leur foi.
Bergier.
MYSTIQUE. Sens mystique de l'Ecriture sainte. Voyez Allégorie, Figurisme, etc.
MYSTIQUE (théologie). VoyezTuÉo-