DE JÉSUS-CHRIST
NANCLÉRUS (Jean) (Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce professeur de droit canon àl'université de Tubingue, dont le vrai nom était Ferge ou
Fahrmann, qu'il traduisit en grec selon la mode du temps, fleurit dans le xv e siècle. C'était un homme aimable. On a de lui une Chronique qui commence, comme toutes celles de cette époque, à la création du monde et le divise par générations; Melanchthon la reçut et Reuchlin la recommanda par une préface ; elle eut trois éditions ; le style en est lourd, mais elle renferme des notices intéressantes et d'importants documents historiques. Manderas est aussi l'auteur d'un ouvrage sur la Simonie.
Le Nom.
NANGIS (Guillaume de) (Théol.
hist. biog. et bibliog.) — Ce moine de Saint-Denis, mort vers 1302, rattacha avec succès ses travaux à ceux de ses prédécesseurs sur les faits et gestes des rois de France, Chronicon sancti Dionysii, Gesta Dagoberti; lib. de
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Gest. Ludov. VI de l'abbé Suger; Gesta Philippi Augusti, du moine Rigord, etc., etc. Son principal ouvrage est un Chronicon ab orbe condito jusqu'en 1300.
Le Noir.
NAOGEORGUS (Thomas) (Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce philologue et prédicateur luthérien, dont le vrai nom était Kirchmeyer, Kirchbauer ou Neubaner, né en 1511 à Straubing, dans la basse Bavière, et mort en 1563, pasteur à Wisenlocb, dans le Palatinat, fut qualifié par Mélanchthon, qui lui demeura pourtant le plus longtemps attaché, de zwinglien enragé, qui s'était fait des amis par la crainte qu'inspiraient ses satires. Le plus grossier de ses libelles porte le tire de Regnum l'apisticum, carminé heroico, 1. IV, quibus omnes fere totius Papatus ritus et tseremonùe universaque religio describitur, Basil., 1553.
Le Noir.
NARTHEX (Théol. rnixt. architect.
tkreQ — On appelait ainsi (vâ ? 0ï,|) dans l'ancienne basilique chiétienue une portion de la nef et par conséquent de l'enceinte sacrée, où pouvaient entrer les pénitents qui n'appartenaient plus aux fientes, lesquels restaient dans le portique ou vestibule, mais qui étaient devenus les audientcs. Le narthtx correspondait à la portion de la nef de nos églises où sont les bénitiers et qui, dans beaucoup de lieux, est séparée par une grille de l'intérieur de lanef. Quelquefois il était séparé du reste de l'église, aussi bien que le vestibule, par une muraille; c'était dans ces cas un second portique.
Le Noir.
NATATION {Théol. mixt. soien.
physiol. et pcdag.) — Si l'on étudie la structure de l'homme, on ne la trouve point appropriée à la ntii-jtion. Le corps humain n'a aucune ressemblance, non-seulement avec celui du poisson, mais encore avec ceux des animaux nageurs de tons Ordres, soit mammifères, soitoiseaux, soit reptiles. Il faut donc que l'homme fasse une étude spéciale de la
nage et qu'il se donne, au moyen de l'art, sous ce rapport, ce qu'il n'a point reçu de la nature. Quand le créateur lui dit de tout dominer sur la terre même les eaux, il eût été en contradiction avec lui-même s'il ne l'eût pourvu que de sa structure physique; mais il le gratifiait, en même temps, de l'intelligence, mère avec la main de l'art et de l'industrie, et, en lui octroyant celte noble prérogative, il lui laissait le moyen de dominer toutes choses.
Ce n'est pas seulement par les constructions de navires que l'homme a établi son règne sur les eaux, il s'est rendu maître aussi de l'élément liquide par la natation, exercice des plus salutaires, gymnastique des plus utiles. Le bain qu'on prend en s'y livrant arrête, pendant un temps, la transpiration qui se fait perpétuellement à la surface du corps et qui se fait avec surabondance durant les autres exercices violents. Il y a, pendant la nage, absence de perle de forces et élévation de l'effet tonique en même temps que se font les efforts.
S'il y a bain seulement, l'état est contraire à la nature et ne peut être longtemps prolongé sans alfaiblis.-emcnt considérable; pour qu'il y ait l'effet tonique, il faut que la circulalion soit maintenue par les mouvements qui constituent la natation, mouvements auxquels tous les muscles de l'individu concourent. C'est ce qui explique comment le nageur, après une natation modérée, se sent agile, fort, dispos; ses muscles ont été mis en mouvement, sans perdre, par la transpiration qui se serait faite à l'air libre, leur provision de vie. Il n'existe point de gymnastique plus utile aux jeunes gens des deux sexes ; elle augmente la force des forts, elle remédie, autant que possible, à la faiblesse des faibles ; elle doit entrer dans l'hygiène de l'éducation cl n'y entre pas assez jusqu'à ce jour. L'art de la nage, quant on le possède, est d'ailleurs une sotiTce d'agréments dont on profite jusqu'à la vieillesse: ; il rend les bains agréables et fait qu'on en prend plus souvent ; c'est à lui qu'ils doivent d'être véritablement hygiéniques. Les ministres
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du culte devraient y pousser, de leur mieux, les populations et même leur en donner l'exemple.
On ne saurait déterminer les limites de ia force de l'homme dans cet exercice comme dans tous les autres.
Un fait incroyable, venant de se passer cette année même, en est une preuve éclatante. On avait toujours regardé comme des prodiges de force que l'on croyait à peine, les antiques prouesses de ce jeune homme d'Abydos, Léandre, qui traversait à la nage l'Hellespont pour aller voir Héro, et qui s'y noya; lord Byron avait réussi à opérer cette traversée pour en démontrer la possibilité, et il était resté avec la réputation du plus fort nageur des temps modernes. En effet, quand on sait comme nous le savons par notre propre expérience, la fatigue que l'on éprouve , tout pu issant nageu r que l'on soit, quand on traverse, aller et retour, un fleuve comme la Seine dans ses endroits les plus larges, on ne comprend pas du tout qu'un homme puisse traverser l'Hellespont, qui est large d'environ trois lieues près de Constantinople. Eh bien, un Anglais du pays de Galles, devenu américain et capitaine de marine aux Etats-Unis, âgé de vingt-sept ans, qui s'est exercé à la natation depuis son âge de sept ans, vient cette année même (1875 août), de traverser à la nage, sans aucun appareil, en simple caleçon de caoutchouc, le détroit du Pas-de-Calais qui a huit lieues de largeur, envingt-et-une heures trois quarts ; il est parti de Douvres vers une heure, a nagé toute l'après-midi, toute la. nuit et la matinée du lendemain, n'a fait que prendre, de temps en temps, un verre d'ale, du café noir et de l'eau-de-vie qu'on lui donnait d'une barque qui l'accompagnait, et est arrivé sain et sauf sur la plage de Calais, où il s'est couché dans un hôtel et n'a pris pour remède qu'un long et profond sommeil. Un Allemand s'est vanté depuis d'avoir fait douze lieues à la nage en descendant le Rhône, mais ceci n'a rien de merveilleux, on ne se fatigue pas en se laissant aller au cours d'un ileuve. Ce qu'il serait plus juste de faire obseryer, c'est que lord Byron traversa
l'Hellespont sans être accompagné d'un bâtiment, ne prit aucun cordial pour soutenir ses forces durant son travail, et fut recueilli comme un mort sur la plage par un pêcheur ; mais il n'avait que trois lieues à faire.
Notre nageur yankee en avait huit.
Celui qui vient d'accomplir cet exploit est le capitaine Webb ; son tour de force est véritablement inouï jusqu'à présent, depuis qu'il y a des hommes. On nous aurait dit qu'un nouvel Icare vient enfin de se construire des ailes avec lesquelles il vole comme un oiseau, nous en aurions été beaucoup moins surpris. Le capitaine Webb a acquis cette force de nageur par l'éducation jointe à une nature athlétique.
Que ne fera pas le roi de la nature dans Tordre physique et dans l'ordre moral?
Jusqu'à ce jour l'humanité n'a pas encore vécu; ce n'a été chez elle que la vie de l'individu, la vie égoïste et sauvage; voulez-vous savoir quand l'humanité commencera de vivre?..
Elle commencera de vivre lorsqu'en parcourant la terre, vous trouverez dans tout village une maison d'école ayant une salle et un jardin de gymnastique, avec une pièce d'eau organisée pour la natation, et dans cette maison un instituteur qui sache, toujours nager et qui communique son art à tous les enfants du village.
Lorsque vous trouverez ces sortes d'établissements sur toute la face de la terre, vous pourrez dire que l'humanité commence à s'organiser et à vivre, parce que cette condition sera entourée de toutes celles qui constitueront l'éducation sociale telle qu'elle doit être un jour. Vous aurez, en même temps, des hommes dégourdis qui seront tous armés, seule condition delibertépourbien longtemps encore, et seront, au besoin, des soldats invincibles; ils rendront leur pays respectable pour les cas où quelque nation voisine formant des projets sinistres mettrait celle-là dans la triste nécessité de la légitime défense.
Quand toutes les nations en seront-là, elles seront toutes égales par la force physique, par la force intellectuelle, par la force morale, et, dans cette
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égalité de la force, comment y auraitil des esclaves ?
Le Nom.
NATHAN, prophète qui vivait sous le règne de David. Lorsque ce roi se fut rendu coupable d'adultère et d'homicide, Nathan, vint le trouver de la part de Dieu, et sous la parabole d'un homme qui avait enlevé la brebis d'un pauvre, il réduisit David à confesser son péché et à se condamner lui-même, II Reg., c. 12.
Les Pères de l'Eglise ont proposé ce prophète comme un modèle de la fermeté avec laquelle les ministres du Seigneur doivent aunoncer la vérité aux rois, et les avertir de leurs fautes, en conservant cependant le respect et les égards dus à leur dignité. Quelques incrédules ont blâmé la facilité avec laquelle il accorde le pardon de deux très-grands crimes, mais ils ont eu tort de dire que David en fut quitte pour les avouer : Nathan lui annonça les malheurs qui allaient fondre sur lui et sur sa famille, en punition du scandale qu'il avait donné : et ces menaces furent exécutées à la lettre. Voy. David.
Bercieh.
NATHINÉENS, nom dérivé de l'hébreu nathan, donner. Les nathinéens étaient des hommes donnés ou voués au service du tabernacle, et ensuite du temple chez les Juifs, pour en remplir les emplois les plus pénibles et les plus bas, comme de porter le bois et l'eau nécessaire pour les sacrifices.
Les Gabaonites furent d'abord destinés à ces fonctions, Josite, c. 9-, ^27. Dans la suite, on y assujettit ceux des Chananéens qui se rendirent, et auxquels on conserva la vie. On lit dans le livre d'Esdras, c. 8, que les nathinéens étaient des esclaves voués par David et par les princes pour le service du temple ; et il est dit ailleurs qu'ils avaient été donnés par Salomon. En efl'et, on voit, III Reg., c. 9, f 21, que ce prince avait assujetti les restes des Chananéens, et les avait contraints à différentes servitudes. Il y a toute apparence qu'il en donna un nombre
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aux prêtres et aux lévites, pour les servir dans le temple.
Les nathinéens furent emmenés en captivité par les Assyriens avec la tribu de Juda, et il y en avait un grand nombre vers les portes Caspiennes. Esdras en ramena quelquesuns en Judée au retour de la captivité, et les plaça dans les villes qui leur furent assignées ; il y en eut aussi à Jérusalem qui occupèrent le quartier d'Ophel. Le nombre de ceux qui revinrent avec Esdras, et ensuite avec Néliémie, ne se montait à guère plus de six cents. Comme ils ne suffisaient pas pour le service du temple, on institua dans la suite une fête nommée Xylophone, dans laquelle le peuple portait en solennité du bois au temple, pour l'entretien du feu sur l'autel des holocaustes. Il est parlé de cette institution, II Esdr., c. 10, y 34. Voyez Reland, Antiquit.sacrse veter. Hebrxor., 4 part., c. 9, §7.
Beugieh.
NATIONS. Voyez Gentils.
NATIVITE, natalis dies ou natalitiam, expressions [qui sont principalement d'usage en style de calendrier ecclésiastique, pour désigner la tète d'un saint. Ainsi l'on dit la nativité de la sainte Vierge, la nativité de saint Jean- Baptiste, et c'est alors le jour de leur naissance. Quand on dit simplement la nativité, on entend le jour de la naissance de Notre- Seigneur, ou la fête de Noël, Voyez Noël. Mais dans les martyrologes et les missels, natalis signilie beaucoup plus souvent le jour du martyre ou de la mort d'un saint, parce qu'en mourant les saints ont commencé une vie immortelle, et sont entrés en possession du bonheur éternel, Bingham, tom. 9, pag. 133.
Par analogie, cette expression a été transportée à d'autres fêtes :
ainsi l'on a nommé natale episcopatus, le jour anniversaire de la consécration d'un évêque, idem, t. 2, pag. 188; natalis calicis, le jeudisaint, fêle de l'institution de l'eucharistie ; natalis cathedrx, la fêle de la chaire de saint Pierre ; nalalitiumec-
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cîesîse, la fête de la dédicace d'une église.
Beugieh.
NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE, fête que l'Eglise romaine célèbre tous les ans, pour honorer la naissance de la Vierge Marie, mère de Dieu, le 8 septembre. Il y a plus de mille ans que cette fête est instituée ; il est parlé dans l'ordre romain des homélies et delà litanie que l'on y devait lire, suivant ce qui avait été réglé par le pape Serge, l'an 688.
Dans le Sacramentaire de saint Grégoire, publié par dom Ménard, on trouve des collectes, une procession et une préface propre pour ce jourlà, de même que dans l'ancien Sacramentaire romain, publié par le cardinal Tlmmasi, et qui, au jugement des savants, est le même dont saint Léon et quelques-uns de ses prédécesseurs se sont servis. Les Grecs, les cophtes et les autres chrétiens de l'Orient célèbrent celte fête aussi bien que l'Eglise romaine ; son institution a donc précédé leur schisme, qui subsiste depuis plus de douze cents ans.
Le père Thomassin et quelques autres, qui ont cru qu'elle était plus récente, disent que ce qui s'en trouve dans les anciens monuments que nous venons de citer, peut être une addition faite dans les siècles postérieurs ; mais outre qu'il n'y a point de preuve positive de cette addition, la pratique des chrétiens orientaux témoigne le contraire ; ils n'ont pas emprunté une fête de l'Eglise romaine depuis qu'ils en sont séparés.
Voyez Vii-s cfes Pères et des martyrs, t. 8, p. 389. On dit que les chrétiens orientaux n'ont commencé à la célébrer que dans le douzième siècle : où sont les preuves de cette date? Les critiques trop hardis exigent qu'on leur prouve toutes les époques; euxmêmes se croient dispensés de prouver.
Bergier.
NATURALISATION IThéol. mixt.
scien. physiol. et indust.) — Où est la limite des acclimatations possibles à l'homme dans la contrée qu'il habite ? Nul ne la connaît. Si l'on en
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juge parle passé, cette limite devrait être fort reculée ; car combien d'espèces que la nature avait fait naître sous des zones étrangères avons-nous naturalisées dans la nôtre? Le chien, le chat, le cochon, le bœuf, l'âne, le mouton, la chèvre, la poule, etc., furent autrefois les propriétés domestiques du centre de l'Asie, des vallées de l'Euphrate, et de celle du Nil; les Européens ne les possèdent aujourd'hui que parce qu'il les ont naturalisés chez eux ; et les Américains ne les ont reçus de ceux-ci que beaucoup plus tard. Le ver à soie nous est venu de la Chine ; la Grèce ne le reçut qu'au temps de Justinien, l'Italie au xiv e siècle, la France au xv e . L'Espagne, l'Italie, les Antilles, l'Amérique, ne possèdent l'abeille domestique (apis mcllifica de Lin.) que parce qu'elles l'ont reçue du centre de l'Europe. Le faisan fut amené des bords du Phase par les Argonautes; c'est un des animaux étrangers à nos climats qui nous ont été les premiers connus. Le paon fut donné à la Grèce par Alexandre, qui le trouva à l'état sauvage sur les bords de l'Indus. La première domestication de l'oie commune se fit sur les rivages de la presqu'île hellénique, et c'est de là qu'elle vint aux autres contrées de l'Europe. La pintade nous vient de la Lybie par les Grecs et par les Romains. Le lapin fut un cadeau de l'Espagne aux autres pays. L'Amérique ne connaissait presque aucun de nos animaux domestiques avant que nous les lui eussions donnés. Le cochon d'Inde (cobaie) nous est venu du Pérou, le dindon des Etats-Unis, le canard musqué de l'Amérique méridionale, et le serin des Iles Canaries. Le chameau à deux bosses est venu à l'Asie mineure du Turkestan ; le dromadaire fut donné par l'Arabie à tous les pays qui le possèdent. Le rat noir et le surmulot nous viennent d'Asie, l'un au temps des croisades, l'autre au xvin e siècle.
Quant aux espèces végétales, Ijs naturalisations en sont innombrables dans nos climats. Pour n'en citer qu'un exemple mémorable, tout le monde sait que la pomme de terre
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fut donnée à l'Europe, après la conquête du Pérou, par les Espagnols, et qu'auparavant, ce précieux tubercule n'était connu que de l'Amérique méridionale.
Où ces sortes d'importations d'espèces d'un pays dans un autre, s'arrêteront-elles? c'est ce que nous ne saurions dire. Nous croyons qu'il s'en fera beaucoup encore auxquelles nous ne pensons point aujourd'hui, et qu'il s'en fera de tellement utiles qu'elles seront, comme l'a été la pomme de terre, jusqu'à un certain point, des réponses éparpillées au principe de population de Malthus ; mais, quoi qu'on puisse rêver de la puissance de l'homme en transformations et en améliorations de son domaine V. Terre (domaine de la), il faut nécessairement admettre que les produits des différents climats ne seront jamais identiques; la flore et la faune des tropiques ne sauraient être les mômes que celles des zones glaciales et des zones tempérées ; il y a là une limite qui est posée par la nature et que l'art humain ne saurait franchir. Or, l'humanité fera tourner à son avantage ces différences ineffaçables, au moyen des échanges qu'elle rendra faciles par les rapides transports dont les chemins de fer nous donnent déjà quelque idée.
On peut regarder comme certain que l'espèce humaine, par les deux ressources combinées de la naturalisation et de la circulation, tirera de son séjour tous les partis les plus avantageux qu'il soit possible d'en tirer, avant que Dieu lui dise, par une extinction qui arrivera à son heure :
ta mission terrestre est accomplie.
Le Nom.
NATURE, NATUREL. Il n'est peutêtre aucun terme dont l'abus soit plus fréquent parmi les philosophes, et même parmi les théologiens ; il est cependant, nécessaire d'en avoir une idée juste, pour entendre les différentes significations du mot surnaturel.
Les athées, qui n'admettent point d'autre substance dans l'univers que la matière, entendent par lanature\& matière même avec toutes ses pro-
priétés connues ou inconnues ; c'es* la matière aveugle et privée de connaissance qui opère tout, sans l'intervention d'aucun autre agent. Lors qu'ils nous parlent des lois de la nature, ils se jouent du terme de loi, puisqu'ils entendent par là une nécessité immuable, de laquelle ils ne peuvent donner aucune raison. La matière ne peut donner des lois ni en recevoir, sinon d'une intelligence qui l'a créée et qui la gouverne. Dans l'hypothèse de l'athéisme, rien ne peut être contraire aux prétendues lois de la nature ; rien n'est positivement ni bien ni mal, puisque rien ne peut être autrement qu'il est..
L'homme lui-même n'est qu'un eom« posé de matière, comme une brute; les sentiments, les inclinations, la voie de la nature, sont les sentiments et les penchants de chaque individu; ceux d'un scélérat sont aussi conformes à sa nature que ceux d'un homme vertueux sont analogues à la sienne.
Dans la croyance d'un Dieu, lanature est le monde tel que Dieu l'a créé, et les lois de la nature sont la volonté de ce souverain maître ; c'est lui qui a donné le mouvement à tous les corps, et qui a établi les lois de leur mouvement, desquelles ils ne peuvent s'écarter. Pour qu'il arrive quelque chose contre ses lois, il faut que ce soit lui-même qui l'opère, et alors cet événement est surnaturel ou miraculeux, c'est-à-dire contraire à la marche ordinaire que Dieu fait suivre à tel ou tel corps. Voyez Miracle.
Selon ce même système, le seul vrai et le seul intelligible, la. nature de l'homme est l'homme tel que Dieu l'a fait ; or, il l'a composé d'une âme et d'un corps; il l'a créé intelligent et libre. Entre les divers mouvements de son corps, les uns dépendent de sa volonté, tel que l'usage de ses mains et de ses pieds ; les autres n'en dépendent point, comme le battement du cœur, la circulation du sang, etc. Ces mouvements suivent ou les lois générales que Dieu a établies pour tous les corps, ou des lois particulières qu'il a faites pour les corps vivants et organisés. Lorsque
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la macîiîne vienl à se détraquer, ce qui arrive n'est jilus naturel, selon ^expression ordinaire des physicien?, c'est-à-dire n'est plus conforme à la marche ordinaire des corps vivants ; mai? ce n'est pas un événement surnaturel, puisque, selon le cours de la naturt , il peut arriver des accidents à tous les corps organisés, qui dérangent leurs fonctions.
Dieu a donné à l'homme un certain degré de force ou d'empire sur son propre corps et sur les autres. Ce degré est plus ou moins grand dans les divers individus ; mais il ne passe jamais une certaine mesure : s'il arrivait à un homme d'aller heaucoup au delà, cette force serait regardée comme surnaturelle et miraculeuse.
Quant à l'âme de l'homme, Dieu lui a prescrit des lois d'une autre espèce, que l'on appelle lois morales etlois naturelles, parce qu'elles sont conformes à la nature d'un esprit intelligent et libre, destiné à mériter un bonheur éternel par la vertu, mais qui peut encourir un malheur éternel par le crime. De même il a donné à cette âme un certain degré de force, soit pour penser, pour réfléchir, pour acquérir de nouvelles connaissances ; soit pour modérer les appétits du corps, pour réprimer les inclinations vicieuses que nous nommons les passions, pour pratiquer des actes de vertu. Cette double force est plus ou moins grande, selon la constitution des divers individus : la première se nomme lumière naturelle, la seconde force naturelle. Dieu peut ajouter à l'une et à l'autre le secours de la grâce, qui éclaire l'esprit et excite la volonté de l'homme ; alors cette lumière et celte force sont surnaturelles ; mais elles ne sont pas miraculeuses, parce qu'il est du cours ordinaire de la Providence d'accorder ce secours plus ou moins à l'homme qui en a besoin, dont la lumière et les forces ont été alfaiblies par le péché. Conséquemment l'on appelle vérin* surnaturelles ou aetiotu surnaturelles, les actions louables que l'homme fait par le secours de la grâce. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si, par les seules forces surnoturelks, l'homme peut faire des ac-
tions moralement bonnes, qui ne sont ni des péchés, ni méritoires de la récompense éternelle. Voy. GftAi k, § I.
Comme les lumières naturelles de l'homme sont très-bornées, Dieu a daigné l'instruire dès le commencement du monde, et lui a fait connaître par une révélation surnaturelle les lois morales et les devoirs qu'il lui imposait; il lui a donné une religion. Ce fait sera prouvé au mot Révélation. Ainsi les déistes abusent des termes, lorsqu'ils disent que La loi naturelle est celle que l'homme peut connaître par les seules lumi de sa raison ; que la religion naturelle est le culte que la raison lai:- ée à elle-même peut découvrir qu'il faut rendre à Dieu. Le degré de raL-onet de lumière naturelle n'est pas le même dans tous les hommes, il est presque nul dans un sauvage (l); comment donc estimer ce que la raison humaine, prise en général et dans un sens abstrait, peut ou ne peut pas faire? D'ailleurs, la raison n'est jamais laissée à elle-même : ou les hommes ont été instruits par une tradition venue de la révélation primitive, ou la raison a été pervertie dès le berceau par une mauvaise éducation. Voyez Religion naturelle.
Dans un autre sens, on a nommé naturel ce que Dieu devait donner à> l'homme en le créant, et surnaturel ce qu'il ne lui devait pas, ce qu'il lui a donné, non par justice, mais par bonté pure. Conséquemment on a demandé si les dons que Dieu a daigné départir au premier homme étaient naturels ou surnaturels, dus par justice ou purement gratuits. Cette question sera résolue dans l'article suivant.
Dans l'état actuel des choses, il y a une inégalité prodigieuse entre les divers individus delà nature humaine.
Lorsque Dieu donne à un homme, en le mettant au monde, des organes mieux conformés, un esprit plu? pénétrant et plus juste, des passions plus calmes, une plus belle âme qu'a un autre, ces dons sont certainement très-gratuits; cependant nous disons encore que ce sont des dons naturels,
(I) Tojr»! LiKOlOI.
Goomi,
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Si Dieu procure encore à cet heureux mortel une excellente éducation, de bons exemples, tous les moyens possibles de contracter l'habitude de la vertu, ces nouvelles faveurs sont-elles encore naturelles ou surnaturelles, dues par justice ou purement gratuites? Il n'est pas fort aisé de tracer la ligne qui sépare les dons de la nature d'avec ceux de la grâce.
Il est facile de concevoir que le secours de la grâce est surnaturel dans un double sens, 1° parce qu'il nous donne des lumières et une force que nous n'aurions pas sans lui; 2° parce que Dieu ne nous le doit pas, et que nous ne pouvons le mériter en rigueur de justice, par nos désirs, par nos prières, par nos bonnes œuvres naturelles. Mais il n'est pas moins certain que Dieu nous l'a promis, et que Jésus-Christ l'a mérité pour nous.
Hors de là, nous ne nous entendons plus lorsque nous disputons sur ce qui est naturel ou surnaturel.
Saint Paul dit, I. Cor., c. 11, ? 14:
« La nature ne nous dit-elle pas que » si un homme porte des cheveux » longs, c'est une ignominie pour » lui? » Par la nature, saint Paul entend l'usage ordinaire. Rom., c. 2, f 14, il dit: « Lorsque les gentils, » qui n'ont point de loi (écrite), font » naturellement ce que la loi com- » mande, ils sont à eux-mêmes leur » propre loi, et ils lisent les pré- « coptes de la loi au fond de leur » cœur. » Par le mot naturellement, l'apôtre ne prétend point que les gentils pouvaient observer les préceptes de la loi naturelle par les seules forces de leur libre arbitre, mais par ces forces aidées de la grâce, comme l'a très-bien observé saint Augustin contre les pélagiens. Ici la nature exclut seulement la révélation. Mais quand il dit, Ephes., c. 2, f 3, Eramus natura jfilh irse, il entend la naissance; de même que, Gai., cap. 2, ^ 15, nos natura judsei, signifie nous juifs de naissance.
Dans le discours ordinaire, la nature et la personne sont la môme chose; on ne distingue point entre une nature humaine et une personne humaine; mais la révélation du mystère de la sainte Trinité et de celui
de l'incarnation, a forcé les théologiens à distinguer la nature d'avec la personne. En Dieu la nature est une, les personnes sont trois : en Jésus- Christ Dieu et homme, il n'y a point de personne humaine ; la nature humaine est unie substantiellement à la personne divine.
Chez les anciens auteurs latins, natura signifie quelquefois l'existence:
ainsi, dans Cicéron, natura dcorum est l'existence des dieux.
Bekgier.
NATURE DIVINE. Voyez Dieu.
NATURE HUMAINE. Voyez Homme.
NATURE (état de), ou de pure nature. Pour savoir ce que c'est, il faut se souvenir que le premier homme avait été créé dans l'état d'innocence, non-seulement exempt de péché, mais orné de la grâce sanctifiante et destiné à un bonheur éternel; il n'était sujet ni aux mouvements delà concupiscence, ni à la douleur, ni à la mort. On demande si Dieu n'aurait pas pu le créer autrement, sujet aux mouvements de la concupiscence, à la douleur et à la mort, quoique exempt de péché, et destiné à un bonheur éternel plus ou moins parfait. C'est ce que l'on appelle état de pure nature, par opposition à l'état d'innocence et de grâce.;
Quelques théologiens se sont trouvés obligés par engagement de système à soutenir que cela n'était pas possible ; ils ont dit que la grâce sanctifiante ou la justice originelle, et les autres dons desquels elle était accompagnée, n'étaient point des grâces proprement dites ou des faveurs surnaturelles que Dieu eût accordées à l'homme, mais que c'était la condition naturelle de l'homme innocent ou exempt de péché ; qu'ainsi Dieu n'aurait pas pu le créer autrement.
C'est la doctrine qu'a soutenue Baïus, dans son traité de Prima hominis Justifia, lib. 1, cap. 4 et suiv. ; et malgré la condamnation qu'elle a essuyée (1), elle a trouvé des partisans.
Nous ne savons pas si ces théologiens
(1) La doctriae de Bains a été solennellement condamnée par les constitutions dogmatiques da
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se sont bien entendus eux-mêmes; mais leur système est certainement faux, contraire au souverain domaine de Dieu et à sa bonté, sujet àplusieurs conséquences erronées.
1° 11 y a bien de la témérité à vouloir prescrire à Dieu le degré précis de perfection et de bien-être qu'il était obligé par justice d'accorder à une créature à laquelle il ne devait pas seulementl'i'xistence. C'est adopter l'opinion des manichéens, qui soutenaient que l'homme tel qu'il est ne peut pas être l'ouvrage d'un
Pio V, on 1567, de Grégoire XIII, en 1579, et d'Urbain TOI, en 1641.
Propositions condamnées : « Ni les mérites de b l'ange, ni ceux du premier homme avant son b péché ne peuvent raisonnablement être appelés » grâce.
» Les mérites du premier homme avant son péché ■ ont été des avantages de sa première création; b mais selon la façon de parler de la sainte Ecrib ture, on ne peut raisonnablement les appeler « grâce : aiosi on doit seulement les appeler méï rites, et non pas giàce.
a Les dons accordés à l'homme avant son péché, b comme aussi à l'ange pourraient peut-être assez b raisonnablement être appelés gi-Sco; mais parée b que, selon l'usage de la sainte Ecriture, par le b nom de grâce, on n'entend que les dons accordés » par Jésus-Christ à ceux qui ne le méritent pas et » qui s'en sont rendus iodigoes; pour cela ni les b mérites, ni !a récompense qui leur est donnée, ue b doivent point être appelés grâce.
u L'élévation de la nature humaine, et son exali tation à la participation de la nature divine, était v due à l'innocence do son premier état-, ainsi il » faut l'appeler naturelle, et non pas surnaturelle, u C'est un sentiment ridicule de dire que l'homme, b lors de 6a création, a été élevé au-dessus de la » condition de sa nature pour honorer Dieu surnab turellement, par la foi, l'espérance et la charité, b par un certain don surnaturel.
» L'opinion de certains hommes vains et oisifs, b qui croient que l'homme a été tellement formé, > qu'il a été élevé par des dons surnaturels à l'ab doption des enfants de Dieu par la libéralité de b son Créateur, est une opinion née de la folie des b philosophes, et qui doit être rejetée comme pélab gienne.
a L'innocence de l'homme daDS sa créatioD n'est
b pas une élévation qui n'était point due à la na-
b ture humaine, mais bien sa condition naturelle.
b Dieu, dès le comnien<-emeut, n'aurait pas pu
b créer l'homme tel qu'il naît à présent.
b L'immortalité du premier homme n'était pas b un bénéfice de la grâce, mais sa condition natub relie.
b C'est une opinion fausse de croire que le preb mier homme ait pu être créé de Dieu sans la jus- » tice naturelle.
b Si les bons anges et le premier homme étaient b demeurés dans leur état, et que celni-ci y eût » persévéré jusqu'à la fin de sa vie, la béatitude b eût été pour lui une récompense, et non pas une b grâce, » — Voyez le Recueil des Bulles, etc.
Gousset.
Dieu juste et bon ; qu'il a sûrement été créé par un Dieu méchant. C'est encore de ce principe que partent les athées pour blasphémer contre la providence et nier l'existence de Dieu.
2° Pour réfuter les manichéens, saint Augustin a posé le principe contraire, savoir, que Dieu étant toutpuissant, il a pu augmenter à l'infini les dons, les perfections, les degrés de bonheur qu'il accordait aux anges et à l'homme en les créant ; il aurait, pu en donner davantage à notre premier père, il pouvait aussi lui en accorder moins, puisqu'il ne lui devait rien, et qu'il est souverainement libre et indépendant. Dans une gradation infinie d'états plus ou moins heureux et parfaits, tous possibles, aucun n'est un bien ni un mal absolu, mais seulement par comparaison ; il n'en est par conséquent aucun qui soit absolument digne ou indigne d'une bonté infinie, et auquel Dieu ait été obligé par justice de s'arrêter. De là saint Augustin a ' très-bien conclu que, quand l'ignorance et la difficulté de faire le bien, avec lesquelles nous naissons, seraient l'état naturel de l'homme, il n'y aurait pas lieu d'accuser, mais plutôt de louer Dieu. L. 3, de Lib.
arb., c. S. n. 12 et 13; de Genesi, ad litt., 1. 11, c. 7, n. 9; F.pist. 186 ad Paulin., c. 7, n. 22 ; de Bono persev., c. 11, n. 26; L. 1. Retract., cap. 9, n. 6 ; Op. imperf. contra Jul., 1. 5, num. 58 et 60. Il faut dire la même chose des souffrances et de la mort auxquelles nous sommes assujettis.
3° Ceux qui ont prétendu que saint Augustin n'a ainsi parlé que par complaisance pour les manichéens, se sont trompés, ou ils ont voulu en imposer, puisque le saint docteur a répété la même chose non-seulement dans ses écrits contre les manichéens, mais encore dans quatre ou cinq de ses ouvrages contre les pélagiens, et même dans le dernier de tous. Bien plus, sans le principe lumineux qu'il a posé, il lui aurait été impossible de réfuter les pélagiens, qui soutenaient que la permission du péché originel et sa punition étaient deux supposi-
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tions contraires à la justice de Dieu, et nous serions encore hors d'état de satisfaire aux objections des athées.
Près d'un siècle avant saint Augustin, saint Athanase avait enseigné que, « par la transgression du coin- » mandement de Dieu, nos premiers » parents furent réduits à la condition » de leur propre nature; de manière » que, comme ils avaient été tirés du » néant, ils furent condamnés avec » justice à éprouver dans la suite la » corruption de leur être... car enfin » l'homme est mortel de sa nature, » puisqu'il a été fait de rien. » De Incarn. Verbi Dei, n. 4; Op., t. i, p. 50.
4° S'il était vrai que Dieu, sans déroger à sa justice et à sa bonté, n'a pas pu créer le premier homme dans un état moins heureux et moins parfait, il serait aussi vrai que Dieu, sans cesser d'être juste et bon, n'a pas pu permettre que l'homme déchût de son état par le péché, et qu'il entraînât par sa dégradation celle du genre humain tout entier.
Car entin Dieu pouvait lui accorder l'impeccabilité aussi aisément que l'innocence, puisqu'il l'accorde aux saints dans le ciel; alors l'état de l'homme aurait été infiniment meilleur et plus parfait qu'il n'était, par conséquent plus analogue à la bonté infinie de Dieu. Puisque Dieu n'était pas obligé de lui accorder ce don, pourquoi était-il obligé de lui départir tous ceux dont il l'avait enrichi? Jamais l'on ne pourra le montrer.
5° Eve, sans doute, a été créée dans lu même innocence qu'Adam; peut-on prouver qu'à l'égard de tous les dons du corps et de l'âme, elle était égale à son époux? S'il y avait entre eux de l'inégalité, il n'est donc pas vrai que tous ces dons, et le degré dans lequel l'homme les possédait, étaient l'apanage nécessaire et inséparable de l'innocence originelle. Suivant la narration de l'Ecriture sainte, Eve fut tentée parce qu'elle vit que le fruit défendu était beau à la vue, et devait être agréable au goût. Gen., c. 3, f G. Cette faiblesse ressemble beaucoup à un degré de concupiscence. Mais qu'on
la nomme comme on voudra, c'était certainement une imperfection, et si notre première mère avait eu plus de force d'âme, cela eût été trèsavantageux pour elle et pour nous.
6° Par ces diverses observations l'on démêle aisément l'équivoque d'un principe posé par saint Augustin, et duquel on a trop abusé : savoir, que, sous un Dieu juste, personne ne peut être malheureux s'il ne l'a pas mérité. Il ne peut être absolument malheureux, sans doute; mais l'état dans lequel nous naissons est-il absolument malheureux ? Il ne l'est que par comparaison à un état plus heureux; et par la même raison, c'est un état heureux en comparaison d'un autre qui le serait moins.
Prendre les termes de bonheur et de malheur, qui sont purement relatifs, pour des termes absolus, c'était le sophisme des manichéens : c'est encore celui des autres et de tous ceux qui raisonnent sur l'origine du mal.
On y tombe encore, quand on dit que Dieu se devait à lui-même de rendre heureuse une créature faite à son image. Jusqu'à quel point devait-il la rendre heureuse? Voilà la question, et jamais nous n'aurons un principe évident pour la résoudre.
Mais il y en a un duquel il ne faut jamais s'écarter, c'est celui qu'a posé saint Augustin, et qui est dicté par la droite raison : savoir, que comme il n'est point en ce monde de bonheur ni de malheur absolu, mais seulement par comparaison, Dieu a pu, sans déroger à aucune de ses perfections, créer l'homme innocent dans un état plus heureux et plus parfait que celui d'Adam; que, par la même raison, il a pu aussi le créer dans un état moins heureux et moins parfait : il est donc absolument faux que les dons qu'il avait accordés à notre premier père, soit à l'égard du corps, soit à l'égard de l'âme, aient été un apanage nécessaire et inséparable de son innocence et de sa création.
Niez-vous, nous dira-t-on peut-être, que les défauts et les souiirances actuelles de l'homme ne prouvent le péché originel et la dégradation de la nature humaine ? Les païens mêmes