‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 49 sur 122 · NEC · texte numérisé non relu

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signe de deuil, Levit, c. 19, f 27 et 28. Isaïe condamne ceux qui demandent aux morts ce qui intéresse les vivants, c. 8, f 19, et ceux qui dorment sur les tombeaux pour avoir des rêves, c. 65, ^ 4. On sait jusqu'à quel excès les païens poussaient la superstition envers les morts, et les cruautés qu'un deuil insensé leur faisait souvent commettre. Voilà pourquoi, chez les Juifs, celui qui avait touché un mort était censé impur.

A la vérité, les usages absurdes des païens à l'égard des morts étaient une preuve sensible de leur croyance touchant l'immortalité de l'âme, et le penchant des Juifs à les imiter démontre qu'ils étaient dans la même persuasion ; mais pour professer cette importante vérité, il n'était pas nécessaire de copier les coutumes insensées et impies des païens; il suffisait de conserver l'usage simple et innocent des patriarches, qui donnaient aux morts une sépulture honorable, et qui respectaient les tombeaux, sans tomber dans aucun excès.

Les rois d'Israël et de Juda, qui tombèrent dans l'idolâtrie, ne manquèrent pas de protéger toutes les espèces de magie et âe divkiation, par conséquent la nécromancie; mais les rois pieux eurent soin de proscrire ces désordres et de punir ceux qui en faisaient profession. Saùl en avait ainsi agi au commencement de son règne ; mais après avoir violé la loi de Dieu en plusieurs autres choses, il y fut encore intidèle, en voulant consulter l'âme de Samuel, lReg.,c. 28, f 8. Voy. Pytho.msse.

Josias, en moulant sur le trône, commença par exterminer les magiciens et les devins qui s'étaient multipliés sous le règne de l'impie Manassès, IVflegr., c.21, f 6; c. 23, ? 24.

Il est évident que la nécromancie était une des espèces de goétie ou de magie noire et diabolique. C'était une révolte contre la sagesse divine de vouloir savoir des choses qu'il a plu à Dieu de nous cacher, et de vouloir ramener clans ce monde des âmes que sa justice en a fait sortir.

Pour en venir à bout, les païens

n'invoquaient pas les dieux du ciel, mais les divinités de l'enfer. La cérémonie de l'évocation des mânes, telle que Lucain l'a décrite dans sa Pharsale, liv. 6, $ 668, est un mélange d'impiété, de démence, d'atrocité qui fait horreur. La furie que le poète fait parler, pour obtenir des divinités infernales le retour d'une âme dans un corps, se vante d'avoir commis des crimes dont l'esprit humain n'a point d'idée. Disrgjer.

NÉCROPOLES (Théol. mixt. scien.

archéol.) — A le bien prendre, toute la surface de la terre est une nécropole; qu'est-elle autre chose que la cité des morts foulée et fouillée par les vivants? Elle se compose des débris de tous les êtres organiques qui ont précédé l'homme et des débris du genre humain passé ; mais on appelle nécropoles à proprement parler nos vieux cimetières, ou réunions de tombeaux. Si ce dictionnaire comportait 24 volumes au lieu de 12, nous aurions ici une vaste matière à traiter, bien qu'il ne lût pas un dictionnaire d'archéologie, parce que ce titre embrasse toutes les parties les plus intéressantes de cette science : ne sont-ce pas les nécropoles qui fournissent la plupart des sculptures, statues, monuments, médailles, inscriptions, peintures antiques? Nous nous bornerons à donner quelques descriptions de nécropoles célèbres, les plus récemment découvertes et explorées, soit en les empruntant à des auteurs bien connus, soit en nous les empruntant à nous-mème écrivant pour d'autres ouvrages.

Par où commencerons-nous ? Il nous faudrait parcourir le globe tout entier ; mais nous retomberions dans la longueur même que nous voulons éviter; nous irons au hasard, sautant capricieusement par-dessus les distances, en ayant soin pourtant de n'oublier aucune des quatre parties du monde et de réserver pour la lin les nécropoles judaïques et les nécropoles chrétiennes.

I. Nécropoles étrusques. Dansune longue étude à vol d'oiseau sur les nécropoles de l'univers entier que

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nous donnions au Grand Dictionnaire universel du xix c siècle, se trouvait le passage suivant :

« Nous sommes frappés, d'abord, par les monuments cyclopéens qui se présentent dans l'Italie comme dans la Grèce, envahis, depuis des lustres de siècles, par les forêts.

L'appareil cyclopéen consiste dans une espèce d'enchevêtrement de pierres énormes, brutes ou presque brutes, dont les angles sortants et rentrants s'intercallent l'un dans l'autre sans mortier; ces pierres, ainsi posées, et s'élevant les unes sur les autres, selon les plus simples indications données au constructeur par leurs faces irrégulières, forment des murailles qui sont quelquefois très-hautes et que des constructions postérieures ont prises, en certains lieux, pour leurs fondations ; fondations très-solides à cause de leur énorme épaisseur et de l'immobilité parfaite qui résulte des poids de leurs parties élémentaires. Ces murailles cyclopéennes ressemblent, par leur étendue, à des enceintes de cités ; mais les rues et les maisons de ces villes sont aujourd'hui remplacées par des arbres dont l'ancienneté est si grande que leur ensemble a pris l'apparence de la forêt vierge. Or, c'est ordinairement dans le voisinage de ces grandes ruines cyclopéennes que se rencontrent les nécropoles étrusques ; elles sont construites comme il suit :

» Un escalier en pierre par où l'on descend assez profondément dans le sol ; au bas de l'escalier, et en face, un souterrain; et au bout du souterrain une ou plusieurs cavernes de forme le plus souvent ronde, autour desquelles sont rangés des sarcophages en pierre ou en terre cuite dont le couvercle consiste souvent, par dehors, en une statue de la personne, absolument comme on le remarque sur certains tombeaux de notre cathédrale de Saint-Denis. Le tout est plus ou moins sculpté et plus ou moins chargé de peintures.

Si mon lecteur a vu le [musée Campana, il se rappellera que la salle des étrusques, l'une des plus intéressantes, renfermait un grand nombre

de ces espèces de tombes. Dans ce genre de nécropies, point de fours à sépulcres, c'est-à-dire de cases particulières pour recevoir les sarcophages. Nous verrons en Egypte et en Phénicie des exemples aussi de ce genre de nécropoles avec des modifications plus ou moins considérables.

» Arrêtons-nous un instant à Vulci, l'ancienne Dulcinium. Là, en 1829, un bœuf, labourant un champ, creva, de son pied, une voûte dont on ignorait l'existence. On descendit dans ce trou dû au hasard, el l'on reconnut cette immense nécropole étrusque remplie de richesses presque inépuisables, qui a fourni au musée Campana la plus grande partie de ses merveilles. Toute une civilisation antique, tombée dans l'oubli, ignorée de l'histoire, dont la langue est perdue et résiste même, jusqu'à présent, aux études du philologue, se révéla subitement. Pendant trente ans on recueillit, dans cette ville des morts, des amphores, des armes, des statues , des bas-reliefs, des terres cuites peintes, des sarcophages avec couvercles représentant les personnages qu'ils contenaient, mille objets au travail le plus délicat. C'est un mélange de l'évolution artistique des Grecs et d'une autre évolution particulière à l'Etrurie, avec des traces de l'art antique des Orientaux. Les sujets de l'Iliade et de l'Odyssée, les légendes de la mythologie , telles que les aventures d'Hercule, se retrouvent peintes, ou sculptées, presque toujours peintes, et les rapprochements qui se font naturellemunt entre les vases étrusques et les vase; de Corinthe élèvent parfois à une valeur historique certains faits antiques qu'on avait pris pour des créations de l'imagination. Les scarabées égyptiens, les lions de Babylone, les grillons ailés de l'Orient s'y rencontrent comme pour compliquer le problème des origines étrusques, et donnent raison à Hérodote lorsqu'il attribue à la fois pour pères aux peuples de l'Europe des Pélasges venus du Nord et des Syriens ou Assyriens venus de l'Orient. Le génie du peuple qui a laissé sous ces voûtes souterraines ces productions était

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triste et sombre, les découvertes nouvelles que l'on y fait chaque jour confirment ce jugement. Il y a dans ces vastes tombeaux, où la puissance étrusque semble être descendue vivante et s'être murée à jamais, un mélange de tons fantastiques et de tons effrayants. Les peintures des murailles et des sarcophages s'éraillèrent subitement, lors de la première fouille, au contact de l'air ; mais en 1856 M. Noël des Vergers et son ami Alexandre François découvrirent un nouveau couloir, s'y glissèrent en rampant et trouvèrent, au bout de cette galerie, huit nouvelles chambres dont la plus grande a 6 mètres sur 7. Les murs de ces chambres sont couverts de vastes peintures qu'on a préservées contre Pair et pu conserver dans leur beauté.

On peut en voir la reproduction dans l'atlas queM. Noël des Vergers a joint à son livre YEtrurie et les Etrusques.

C'est dans ces peintures, d'une perfection rare comme activité parlante, que l'on voit Mastarna délivrant son ami Calés Vilerma ; les scènes locales du roiTarchnas et de la reineTanaquil; le meurtre de Cassandre et le massacre des prisonniers troyens immolés par Achille aux mânes de Patrocle (xxvin e livre de l'Iliade), scène atroce où se montre la douce et mélancolique figure de l'ombre de Patrocle qui, suivant Homère, assistait au massacre ; et, près d'Achille furieux enfonçant un poignard dans une poitrine, sont deux personnages qui n'ont rien d'homérique, qui sont, dans le tableau, le trait physionomique du génie ténébreux de l'Etrurie ; c'est Taut le farouche, Taut le dieu des enfers, au visage bleu et à l'étrange costume, portant sur son épaule le marteau à deux têtes qui est son attribut , et, près de lui, la Lasa debout, dont les ailes et le regard impérieux et dur font deviner la déesse nationale.

» M. François est mort à la peine après avoir aperçu le pourtour du tumulus central ou de la Cucumella, large substruction couverte de ces animaux ailés, fantastiques, dont on avait déjà vu des types dans la nécropole : n'y a-t-il pas là de nou-

velles merveilles à découvrir ? »

II. Nécropoles égyptiennes — <■ Il n'y a pas eu, dit M. l'abbé Bertrand, dans toute l'antiquité, de peuple qui ait témoigné plus de soin et de respect pour les tombeaux et les dépouilles des hommes que les Egyptiens. Tous ceux qui mouraient, grands et petits, riches ou pauvres, rois ou mendiants, étaient embaumés, non pas, il est vrai, avec le même soin et les mêmes substances, mais cependant avec des procédés également inaltérables. Ces corps étaient ensuite renfermés dans des cavernes. Quant aux rois et aux grands personnages, ils faisaient tailler dans le roc vif, et à grands frais, des cryptes où leurs cendres pussent reposer en paix après leur mort. On représentait sur les parvis, à l'aide de la peinture et de la sculpture, les principaux événements de la vie du personnage, ou des légendes mythologiques; puis, lorsque le corps embaumé y avait été transporté, la porte en était murée avec soin, et quelquefois fort artistement dissimulée. Voici ce que dit Champollion le Jeune sur les tombeaux des rois dans la vallée de Biban-el-Molouk :

» On n'a suivi aucun ordre, ni de » dynastie, ni de succession, dans le » choix de l'emplacement des diverses » tombes royales : chacun a fait creu- » ser la sienne sur le point où il » croyait rencontrer une veine de » pierre convenable à sa sépulture et » à l'immensité de l'excavation pro- » jetée. Il est difficile de se défendre » d'une certaine surprise lorsque, » après avoir passé sous une porte » assez simple, on entre dans de » grandes galeries ou corridors, cou- » verts de sculptures parfaitement » soignées, conservant en grande par- » tie l'éclat des plus vives couleurs, » et conduisant successivement à des «salles soutenues par des piliers » encore plus riches de décorations, » jusqu'à ce qu'on arrive enfin à la » salle principale, celle que les Egyp- » tiens nommaient la salle dorée, plus » vaste que toutes les autres, et au » milieu de laquelle reposait la mo- » mie dans un énorme s-ureophagejde

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» granit. La vue de ces tombeaux » donne seule une idée exacte del'é- » tendue de ces excavations et dutra- » vail immense qu'elles ont coûté » pour les exécuter au pic et au ci- » seau. Les vallées sont presque toutes » encombrées de collines formées par » les petits éclats de pierre provenant » des effrayants travaux exécutés dans » le sein de la montagne. Plusieurs » mois m'ont à peine sufii pour ré- » diger une notice un peu détaillée » des innombrables bas-reliefs que » ces tombeaux renferment et pour » copier les inscriptions les plus inté- » ressantes. »

« Les momies des simples particuliers étaient déposées dans le tombeau de la famille, ou, si elle n'en avait pas, dans le tombeau publie.

» Dans la haute Egypte, dit M. Cham- » pollion-Figeac, ces tombeaux » étaient creusés dans le flanc de la » montagne Libyque ; on y retrouve « encore de ces catacombes générales » où les momies sont déposées, symé- » triquemeut arrangées en chantier, » et leur nombre est encore incroya- » ble, malgré les ravages commis par » les Arabes qui viennent habiter ces » tombeaux, et qui, de temps immé- » morial, se servent de ces momies » pour les besoins du ménage, com- » bustible plus économique que le » bois à brûler qui manque dans ce » pays. Dans la Basse Egypte, le sol i est foré de puits très-profonds, qui » conduisent à des chambres creusées » dans le roc, et où la population de » la Basse Egypte déposait ses morts; » l'orifice du puits était ensuite soi- » gneusement bouché, afin de le pré-

» server des suites de l'inondation

» Les grands personnages de l'ordre » sacerdotal, les princes, les rois et » les reines, étaient déposés dans de » riches sarcophages on granit ou en » basalte, ornés sur toutes leurs laces, » intérieures et extérieures, descènes » religieuses analogues à celles du » rituel. On peut voir au mnsée du » Louvre le sarcophage, en granit » rose, du roi Rhamsès-Meiamoun, » le chef de la dix-neuvième dynastie » égyptienne, qui régnait au xv° siè- » cle avant l'ère chrétienne. Cette » couche funèbre du Pharaon est

» creusée dans un seul morceau de » granit rose de lo pieds de long, » sur 8 de hauteur et t> de largeur. »

« Cependant les monarques n'étaient pas toujours ensevelis dans des cryptes taillées dans le roc ; il est avéré maintenant et reconnu par les savants, que les pyramides ne sont autre chose que des tombes royales, où ceux qui les ont fait construire reposent au centre de ces masses énormes. Quelques-unes ont été ouvertes et profanées, et les sarcophages que l'on y voit encore sont un témoignage authentique de leur ancienne destination. Si l'aspect seul des pyramides a frappé d'un étonnement profond toutes les générations jusqu'à nos jours, on demeure tout à fait confondu lorsqu'on pénètre dans l'intérieur ; car on aboutit aux salles funéraires par d'immenses couloirs de trois pieds quatre pouces en carré, pratiqués tantôt horizontalement, tantôt eu montant ou en descendaut, tandis que le sarcophage qui est dans la salle principale est d'un seul bloc de sept à huit pieds de longueur sur quatre de large et autant de hauteur; il a donc dû y être placé avant que la pyramide fût recouverte. Mais ce qui confond absolument l'imagination, c'est le travail de géants et depygmées en même temps, auquel il a fallu se livrer, pour boucher dans toute leur longueur ces nouveaux conduits au moyen de blocs de pierres taillées qui les fermaient hermétiquement. Il a fallu un travail presque aussi prodigieux pour les violateurs de ces sépultures, qui ont su trouver le secret de ces canaux parfaitement obturés, et qui ne formaient plus qu'une seule masse avec toute la pyramide. On ne lit qu'avec une sorte de terreur la description de ces deux sortes de travaux donnée par M. Maillet, et insérée dans les Lettres de Savary sur l'Egypte. (Uict. des religions, art. Tombeaux.)

Si l'on remonte le Nil assez haut et qu'on visite la Nubie et l'Abyssinien on trouve les cavernes des troglodytes dont les origines datent d'une époque beaucoup plus antique, où la mer Rouge et la Méditerranée couvraient encore toute l'Egypte moyenne

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et le delta du Nil. Ces excavations, qui ont été tantôt des habitations, tantôt des temples et le plus souvent des tombeaux, ne révèlent pas seulement la main de l'homme par leur conformation totale ; elles sont trèssouvent décorées d'un grand nombre de sculptures; telle est la grotte de la montagne Tschabel-Essesel, où l'on voit des personnages assis devant une table et des plafonds semés d'étoiles au milieu desquelles des génies déploient leurs ailes. On en rencontre aussi dont l'entrée est surmontée d'ébauches de pyramides ou plutôt d'obélisques, ressemblant aux menhirs des Celtes. Il y en a d'autres qui sont plus récentes et qui annoncent un art très-développé pour la taille et le fouillage de la pierre ; beaucoup de celles-là sont pratiquées dans le granit ou dans le porphyre, ou dans des calcaires de diverses nuances.

« C'est, par exemple, disions-nous dans notre élude déjà citée, le fameux monument monolithe élevé à la mémoire de Ramsès le Grand air la rive occidentale du Nil, dans la haute Egypte, et découvert par M. Belsoni.

Véritable merveille ! imaginez une (lierre énorme d'une dureté et d'une iinessede grain irréprochables; dans cette pierre unique on a fouillé tout ce qui suit : une façade immense décorée de quatre colosses assis, ayant, chacun, 30 pieds de hauteur ; derrière la façade un vestibule d'une riche ornementation, puis unproanos de 57 pieds de long sur 50 de large dont le plafond est soutenu par huit colonnes de 20 pieds d'élévation ; puis une cella de 27 pieds de longueur, de 27 de largeur et de 22 pieds de hauteur; puis une seconde cella suivie de huit chambres mortuaires ; le tout, répétons-le, creusé par l'art humain, avec le ciseau et le marteau, dans la même pierre.

» Tous les obélisques et toutes les pyramides sont des enseignes monumentales de nécropoles, soit construites dans le système des cavernes des troglo dites, soit dans d'autres systèmes

» Les cryptes sépulcrales de l'Egypte, disions-nous encore, sont trèsnches de sculptures et de peintures;

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on en dissimulait ordinairement l'entrée fort artistement, et les premières découvertes qu'on en a faites ont été dues le plus souvent au hasard. C'est là qu'on a trouvé ces sarcophages en pierres calcaires, marbres durs, gypses, granits, porphyres, de diverses couleurs, et dans ces sarcophages ces momies qui font l'admiration de nos musées européens. Tous les Egyptiens, riches et pauvres, embaumaient les corps de leurs défunts avec des substances très-différentes de prix, les unes communes, les autres précieuses, mais qui, toutes, conservaient les corps indéfiniment puisqu'ils y sont, encore aujourd'hui, dans un état de conservation parfait. Ces peuples avaient poussé plus loin que nous, malgré nos sciences chimiques nouvelles, les méthodes de composition des parfinis propres à empêcher la putréfaction. Ils avaient l'habitude, comme presque tous les peuples, d'enfermer dans son cercueil les objets qu'avait aimés le défunt, soit bijoux, soit petites idoles, soitproduits naturels, fols que du blé on d'autres grains. On trouve aujourd'hui dans leurs tombeaux de ces divers objets. Leurs momies sont souvent placées debout dans leurs sarcophages ; on a remarqué qu'ils les gardaient souvent dans des pièces de leurs habitations destinées à cet usage. Les cercueils, alors, étaient rnagniliques et se présentaient le long des murs commo des meubles admirablement peints qui souvent représentaient eux-mêmes le personnage embaumé, sous des traits de convention qui équivalaient à une apothéose. Les parvis des cryptes sont aussi très-souvent décorés de représentations qui rappellent les principaux traits de la vie du mort; en général les sarcophages et 1rs chambres qui les renferment ont leurs parois couvertes d'inscriptions hiéroglyphiques qui sont des abrégés biographiques.

» Qaand nos archéologues modernes ont découvert deces'ebambres sépulcrales à une grande profondeur sous le sol au bout de galeries souterraines dont l'entrée était un puits très-profond, une difficulté s'est pré-

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sentée : celle de remonter des sarcophages énormes, comme ceux que l'on peut voir au Louvre, du fond de ces puits monstres. La difficulté parut d'abord insoluble ; mais l'homme est ingénieux et voici le moyeu qu'il imagina ; il étonne par sa simplicité:

les ouvriers soulevèrent un peu la masse par un de ses bouts à l'aide de leviers, dans le fond du puits et y jetèrent du sable mouvant ; le sable s'introduisit sous le colosse et le maintint dans sa position inclinée ; puis ils le soulevèrent par l'autre tout et jetèrent encore du sable qui de nouveau maintint le colosse dans l'inclinaison inverse : puis ils recommencèrent l'opération par l'extrémité opposée, et, continuant ainsi en alternant les bouts, ils parvinrent, sans la moindre peine, à le faire s'élever pourainsi dire delui-mème jusqu'auniveau du sol.

» On a reconnu, du reste, de grandes analogies entre cesnécropoles de la basse Egypte et les nécropoles étrusques. Elles n'en différent que par le puits qui remplace l'escalier.

Celles du Mexique leur ressemblent encore davantage. »

III. Nécuopoles parsiques. — La Perse, l'Inde et la Chine sont aussi couvertes de nécro-pôles, et de monuments funèbres, ressemblant à nos kromlecks, menhirs, allignements, obélisques rudimentaires, etc., de nos ruines celtiques ; mais ces contrées n'ont pas encore été fouillées par l'archéologie comme elles le seront un jour. Citons seulement la description suivante qu'a laissée Chardin d'une nécroyole moderne des Guèbres ou Parsis, qu'il visita pires d'Ispahan :

» C'est, dit-il, une tour ronde, qui est faite de grosses pierres de taille ; elle a environ 3o pieds de haut et 90 pieds de diamètre, sans porte et sans entrée. Le peuple dit que, quand ils veulent enterrer un mort, ils font une ouverture à ce tombeau, en ôtant du bas trois ou quatre grosses pierres qu'ils remettent ensuite avec des couches de plâtre, qu'ils passeut par-dessus ; mais c'est une fable, et je sais de science certaine le contraire. Cette tour a au dedans

un degré (escalier) fait de hautes marches, attachées contre le mur en tournant. Quand ils portent un mort dans ce tombeau, trois ou quatre de leurs prêtres montent avec des échelles sur le haut du mur, tirent le cadavre avec une corde, et le fond descendre le long de ce degré, qui est cent fois plus dangereux et plus difficile qu'une échelle, n'y ayant rien à quoi on puisse se tenir; car ce ne sont que des pierres fichées dans le mur, à trois ou quatre pieds l'une de l'autre, non pas en ligne droite mais en tournant, et qui n'ont pas plus de neuf pouces d'assiette; aussi avais-je bien peur de tomber, tant en montant qu'en descendant. Ils n'y ont point fait de porte, de crainte que le peuple ne l'enfonçât ou ne se la fit ouvrir, pour piller ou profaner un lieu pour lequel ils ont beaucoup plus de vénération que les mahométans ni les chrétiens n'en font paraître pour les tombeaux de leurs morts. . . Il y a dans celui-ci une manière de fosse au milieu, que je vis remplie d'ossements et de guenilles.

Ils couchent les morts tout habillés sur un petit lit fait d'un matelas et d'un coussin. Ils les rangeai tout antour contre le mur, si serrés qu'ils se touchent les uns les autres, sans distinction d'âge, de sexe ou de qualité ; et ils les étendent sur le dos, les bras croisés, sur l'estomac, contre le menton, les jambes croisées l'une sur l'autre, et le visage découvert. On met proche d«i mort, à son chevet, des bouteilles de vin, des grenades, des coupes de faïence, un couteau et d'autres ustensiles, chacun selon ses moyens. Quand il n'y a point de place pour un mort, ils en font une, en tirant les corps les plus consumés, dans cette fosse que j'ai dit être au milieu du cimetière. La sécheresse de l'air de Perse, et surtout d'Ispahan, est si grande, qu'il consume les cadavres en peu de temps, et qu'il en empêche l'infection. J'ai fail divers tours dans ce sépulcre, et j'admirais qu'il n'y sentit point mauvais. J'y vis des corps encore frais ; il n'y avait rien de gâté aux mains et aux pieds, qui étaientnus ; mais le visage l'était beaucoup, à cause que les cor-

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.beaux qui remplissent le cimetière, et qui sont par centaines aux environs, se jettent d'abord sur cette partie. »

Parmi ces cimetières étranges, il doit en exister d'antiques qui seraient intéressants à fouiller ; il est vrai que, dans ces religions des bords de l'Indus et des bords du Gange, ou n'a jamais tenu à nos dépouilles mortelles comme on y tenait chez les Egyptiens ; l'homme n'était qu'âme pour tous ces peuples aux dogmes plus ou moins panthéistiques, et son corps n'était pas un objet de pi'éoccupations religieuses; cependant on vient de voir qu'avec les cadavres on enterre aussi des objets, des souvenirs, et il est à présumer que si la science archéologique se trouvait un jour à même de faire ses recherches dans leurs nécropoles, elle y ferait aussi de curieuses découvertes.

IV. Nécropoles Américaines . — Les temples des races indigènes du Nouveau Monde, que les Espagnols ont détruits, étaient des nécropoles dont l'historien des Conquêtes du Pérou et de la Floride, Garcilasso de la Véga, nous a laissé de brillantes descriptions. Nous en citerons seulement deux passages.

Le temple au soleil de Cusco, dans le Pérou, était la nécropole même des rois Incas, dont le plus honoré était Huayna Capac; voici un extrait de Garcilasso dans lequel il est question de cette partie du temple.

« Le grand autel de cet édilice superbe était du côté de l'orient et le toit de bois fort épais, couvert de chaume par-dessus, parce qu'ils n'avaient point parmi eux, l'usage de la tuile ni de la brique. Les quatre murailles du temple, à les prendre du hautenbas, étaient toutes lambrissées de plaques d'or. Sur le grand autel on voyait la ligure du soleil, faite de même sur une plaque d'or, plus massive au double que les autres.

(.cite ligure, qui était toute d'une pièce, avait le visage rond, environné de rayons et de flammes, de la môme manière que les peintres ont accoutumé de la représenter. Elle était si grande qu'elle s'étendait presque d'une muraille à l'autre, et l'on ne voyait que cette seule idole, parce

que ces Indiens n'en avaient point d'autre, ni dans ce temple, ni ailleurs, et qu'ils n'adoraient point d'autres dieux que le soleil, quoi qu'en disent quelques auteurs.

t Aux deux côtés de l'image du soleil étaient les corps de leurs rois décédés, tous rangés par ordre, selon leur ancienneté, et embaumés de telle sorte, sans qu'on pût savoir comment, qu'ils paraissaient être en vie. Ils étaient assis sur des trônes d'or élevés sur des plaques de même métal, et ils avaient le visage tourné vers le bas du temple ; mais Huayna Capac, le plus cher des enfants du soleil, avait cet avantage particulier au-dessus des autres, d'être directement opposé à la ligure de cet astre, parce qu'il avait mérité d'être adoré pendant sa vie, à cause de ses vertus éminentes et des qualités dignes d'un grand roi, qui avaient éclaté en lui (lès sa plus tendre enfance. Mais, à l'arrivée des Espagnols, les Indiens cachèrent ces corps, avec tout le reste du Irésor, sans qu'on ait jamais pu savoir ce qu'ils étaient devenus.

o II y avait plusieurs portes à ce temple : elles étaient toutes couvertes de lames d'or. La principale était tournée du côté du nord, comme elle l'est encore à présent. De plus, autour des murailles de ce temple, il y avait une plaque d'or en forme de couronne ou de guirlande, qui avait plus d'une aune de large. A côté du temple, on voyait un cloître à quatre faces, et, dans sa plus haute enceinte, une guii lande do fin or, d'une aune de large, comme celle dont je viens de parler. Tout autour de ce cloître, il y avait cinq grands pavillons en carré, couverts en forme de pyramide. Le premier était destiné à servir de logement à la lune, femme du soleil; et celui-ci était le plus proche de la grande chapelle du temple. Ses portes et son enclos étaient couverts de plaques d'argent, pour donner à connaître, par la couleur blanche, que c'était l'appartement de la lune, dont la ligure était dépeinte comme celle du soleil, avec cette différence qu'elle était sur une plaque d'argent, et qu'elle avait le visage d'une femme.

C'était là que ces idolâtres allaien

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faire leurs vœux à la lune, qu'ils croyaient être la sœur et la femme du soleil, et la mère de leurs Incas et de tous leurs descendants. Us la nommaient, à cause de cette dernière qualité, Mamma Quitta, c'est-à-dire mère lune; mais ils ne lui offraient point de sacrifices, comme au soleil.

» Aux deux côtés de cette ligure, on voyait les corps des reines décédées rangés en ordre selon leur ancienneté. Marna Oello, mère de Huayna Capac, avait la face tournée du côté de la lune, et était, par un avantage particulier, au-dessus des autres, parce qu'elle avait été la mère d'un si digne fils. » (la Conquête du Pérou.)

« Les peuples de la Floride, dit le même historien, ont des temples; mais ils ne, s'en servent que pour y enterrer ceux qui mer.rent, et pour y enfermer ce qu'ils ont de plus précieux. Ils élèvent aussi aux portes de ces temples, en forme de trophées, les dépouilles de leurs ennemis. » Et voici un petit extrait de la description qu'il a laissée du temple de Taloméco, danslequel les Floridiens conservaient les corps de leurs caciques défunts.

Après avoir décrit la couverture et les murailles qui n'étaient que festons de coquilles et de perles reluisantes au soleil, il continue comme il suit :

« On voit à l'entrée douze statues de géants, faites de bois : ils sont représentés d'un air si farouche et si menaçant, que les Espagnols s'arrêtèrent longtemps à considérer ces ligures dignes de l'admiration de l'ancienne Rome. On dirait que ces géants sont mis là pour défendre l'entrée de la porte ; car ils sont en haie des deux côtés, et vont en diminuant de grandeur. Les premiers ont huit pieds; les autres un peu moins, à proportion, en forme de tuyaux d'orgues. Ils ont des armes conformes à leur taille : les premiers, de chaque côté, ont des massues garnies de cuivre, qu'ils tiennent élevées; et ils semblent tout prêts à les rabattre avec fureur sur ceux qui se hasardent d'entrer ; les seconds ont des marteaux d'armes, et les troisièmes une espèce de rame; les quatrièmes des haches de cuivre, dont les tranchants sont

de pjorre à fusil; les cinquièmes tiennent l'arc bandé et la Qèche prête à partir. Rien n'est plus curieux à voir que ces flèches, dont le bout d'en bas est un morceau de corne de cerf, fort bien mis en œuvre, ou de pierre à fusil affilée comme un poignard. Les derniers géants ont de fort longues piques garnies de cuivre par les deux bouts, en posture menaçante, ainsi que les autres, mais, tous d'une manière différente et fort naturelle.

» Le haut des murailles du temple, en dedans, est orné conformément au dehors du toit; car il y a une espèce de corniche faite de grandes coquilles de limaçons de mer, mises en fort bon ordre; et entre elles on voit des festons de perles qui pendent du toit dans l'intervalle des coquilles et des perles. On aperçoit dans l'enfoncement, attaché à la couverture, quantité de plumes de diverses couleurs, très-bien disposées. Outre cet ordre qui règne au-dessus de la corniche, pendent de fous les autres endroits du toit plusieurs plumes et plusieurs filets de perles, retenus par des filets imperceptibles attachés par haut et par bas; en sorte qu'il semble que ces ouvrages soient près de tomber.

» Au-dessous de ce plafond et de cette corniche, H y a autour du temple, des quatre côtés, deux rangs de statues, l'un au-dessus de l'autre, l'un d'hommes et l'autre de femmes, de la hauteur des gens du pays.

Chacune a sa niche, joignant l'une à l'autre, et seulement pour orner la muraille, qui eût été trop nue sans cela. Les hommes ont tous des armes en main, où sont des rouleaux de perles de quatre ou cinq rangs, avec des houppes au bout, faites d'un iil très-délié et de diverses couleurs.

Pour les statues des femmes, elles ne portent rien en leurs mains.

» Au pied de ces murailles, il y a des bancs de bois fort bien travaillés, où sont posés les cercueils des seigneurs de la province et de leurs familles. Deux pieds au-dessus de ces cercueils, en des niches, dans le mur, se voient les statues des personnes qui sont là ensevelies. Elles les re-

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présentent si naturellement, que l'ou juge comme elles étaient au temps de leur mort. Les femmes n'ont rien à la main, mais les hommes y ont des armes. L'espace qui est entre les images des morts et les deux rangs de statues qui commencent sous la corniche, est semé de boucliers do diverses grandeurs, faits de roseaux si fortement, tissus, qu'il n'y a pas de trait d'arbalète, ni même de coup de fusil, qui 1rs puisse percer. Ces boucliers sont tous ornés de perles et de houppes de couleur; ce qui contribue beaucoup à leur beauté. » [Conquête de la Floride.)

V. Nécropoles hébraïques. — Les Juifs n'appellent pas leurs cimetières des nécropoles, ils leurs donnent une dénomination toute contraire, D"nn IYQ bcUh-hakhayim, la maison des vivants. La Palestine, leur patrie historique depuis la conquête qu'ils en firent sur les Chananéens, est, avec l'Egypte, le pays du monde le plus riche peut-être de ces demeures antiques, demeures à la fois des vivants et des morts ; et la plus belle, la plus immense des nécropoles hébraïques est celle de Jérusalem avec sa vallée de Josaphat, sa vallée d'Hinnon, ses tombeaux des rois, ses tombeaux des juges et tout le reste. Nous nous bornerons à faire sur ce sujet deux citations : l'un du P. de Géramb, l'autre de l'abbé Michon ; le premier reste dans l'opinion commune qui n'admet point que la belle nécropole, appelée le monument des rois, remonte aux temps salomoniens, malgré le nom qu'elle porte ; le second expose une opinion contraire fondée sur les découvertes de M. de Saijjcy relatives à un art d'architecture purement hébraïque qui aurait précédé l'art grec et se serait développé parallèlement avec ce dernier. Chateaubriand,, l'abbé Bourrasse et beaucoup d'autres ont pensé comme le P. de Géramb; mais la thèse de MM. de Saulcy et Michon, fondée sur des explorations plus récentes , nous parait mieux établie ; le lecteur jugera.

Voici d'abord la description du P.

de Géramb, dans son Pèlerinage à Jérusalem, tom. I, lettre 2o.

« En quittant la plaine de Siloë, je repassai parla vallée de Josaphat, laissant derrière moi le mont Moria et l'emplacement du temple de Salomon, et je me trouvai bientôt au pied du mont des Scandales, devant le tombeau d'Absalon. C'est un monument carré formé d'un seul bloc de rocher, qui peut avoir 8 ou 10 pieds dans chacune de ses dimensions.

11 est orné de 24 colonnes d'ordre dorique distribuées également sur chaque face. Au-dessus s'élève une espèce de pyramide qui m'a paru n'être point du môme bloc, et dont la hauteur n'est point en proportion avec le tombeau.

» Le tombeau de Zacharie, qu'on aperçoit tout près, est d'une seule pierre comme celui d'Absalon.

» Un peu plus loin est une espèce de salle carrée, taillée dans le roc et dont la porte est d'un goût remarquable. C'est letombeau de Josaphat.

Déjà presque entièrement caché sous les écoulements qui se succèdent chaque jour, il finira bientôt par disparaître.

» Après les excursions dont jevous rendais compte tout à l'heure, j'ai voulu visiter les tombeaux des rois et ceux des juges; j'y consacrai la journée.

» Les tombeaux des rois sont à un quart de lieue environ de la ville sainte. En sortant par la porte de Damas, après avoir marché quelque temps sur un chemin pierreux, d'où l'œil n'aperçoit çà et là que quelques oliviers plantés dans une terre rocailleuse et stérile, on descend par une pente rapide, dans une espèce de cour à peu près carrée, dont les côtés, formés par des rochers à pic, présentent l'aspect de quatre murailles perpendiculaires de 14 à 15 pieds de hauteur. Sur l'un des côtés est une grande porte, au-dessus de laquelle des ornements en relief présentent des palmiers avec leurs feuillages, des raisins et d'autres fruits.

» A gauche et dans l'enfoncement est un corridor, aujourd'hui tellement encombré qu'on ne peut y pénétrer qu'en rampant. Au bout de (e passage est un sentier très-incliné, par lequel on arrive à une chambre

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pratiquée au sein même du rocher.

Dans l'épaisseur des murs sont des niches longues de 6 pieds sur 13 de large destinées à recevoir des cercueils.

Cette pièce communique par trois portes à sept autres également creusées dans le roc pour la même un.

Les cercueils qu'elles renfermaient étaient de pierres et ornées d'arabesques. Il en existe quelques-uns d'entiers, avec les débris de quelques autres (1). Les portes de ces asiles de la mort sont en pierres du même rocher, ainsi que les gonds. Je n'en ai remarqué qu'un qui ne fût pas brisé ; il ne reste des autres que des fragments épars.

» Il n'est pas aisé d'assigner, d'une manière précise, l'époque à laquelle appartiennent ces tombeaux ; toutefois, malgré le nom que leur donne une tradition populaire, il est évident qu'ils n'ont pu servir de sépulture aux rois de Juda, puisque, d'après les livres saints, ces princes furent inhumés à Jérusalem ou sur le mont Sion.

D'ailleurs, il suffit de jeter les yeux sur l'architecture de ces monuments, pour reconnaître qu'il s sont d'une date moins ancienne. Plusieurs voyageurs s'appuyant d'un passage de Josèpbe, ont cru qu'ils avaient été construits par ordre d'Hélène, reine d'Abidène, et que cette princesse y avait été enterrée. Quelques-uns, se fondant sur un passage du même Josèphe, ont pensé qu'ils étaient l'ouvrage d'Hérode le Télrarque qui les avait fait creuser pour lui et sa famille. Simple pèlerin, je laisse aux savants à éclaircir et à résoudre les doutes que fait naître la diversité des opinions à cet égard.

» A un quart de lieue des tombeaux des rois, se trouvent ceux des juges d'Israël; ils sont du même genre que les précédents, mais moins magnifiques. La porte d'entrée, surmontée d'un triglyphe, travail considérable, mais sans goût, introduit dans une vaste salle carrée qui sert de communication à une infinité de petites

(1 ) C'est un de ces sarcophages que MM. deSauley et Michon ont apporté et donné a notre musée du L'-nvre, où tout le monde peut le Toir non loin des salles de Ninive.

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cliambres, dans les murailles desquelles sont creusées diverses niches les unes au-dessus des autres, et toutes destinées, comme celles dont j'ai parlé, à recevoir des cercueils.

» Rien ne justifie la dénomination sous laquelle ces tombeaux sont connus, et ce qu'on débite à ce sujet me parait tout à fait dénué de preuve.

» Une chose à remarquer, c'est que le grand nombre de ces sépulcres réunis en un même lieu, indique évidemment qu'ils n'étaient pas la propriété d'une seule famille. En les parcourant, on ne se lasse pas d'admirer la grandeur du travail, et l'on s'étonne que le ciseau et le marteau aient suffi pour pratiquer, dans des rochers très-durs, de pareilles excavations. »

Voici maintenant le récit et la dissertation de l'abbé Michon.

4 février. (1851).

» Nous consacrons cette journée à l'étude du célèbre monument de Jérusalem appelé Tombeau des Rois; Q'bour-el-Molouk. Tous les voyageurs, Chateaubriand surtout, en ont parlé avec admiration. C'est une des plus somptueuses cryptes funèbres qui se puissent voir, et son aspect seul atteste une origine royale.

» Notre excursion au Tombeau des Rois, dont M. de Saulcy a levé un plan beaucoup plus e-xact que ceux que l'on connaissait, nous a fourni un objet de recherches du plus haut intérêt. Étions-nous là dans le palais de la royauté de l'antique Jérusalem quand elle avait quitté les grandeurs terrestres pour s'endormir dans celles de la tombe? Les chambres sépulcrales qui composent cette catacombe grandiose seraient-elles le tombeau des rois de Juda? Deux belles tombes, dont le couvercle est orné de ciselures délicafes, et qui occupeut les deux caveaux d'honneur de ce palais funèbre, seraient les sarcophages deschefs de la dynastie de David. Nous donnerions un démenti à la tradition de plusieurs siècles, qui place la sépulture des rois sur le mont Sion. La science serait venue toucher un peu la vieille poussière du passé, et dépouiller les faits, comme un or véri-

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table, mêlés aux histoires traditionnelles que le creuset de la critique n'a pas épurées.

» Le problème était un des plus curieux qui pussent piquer notre attention, M. de Saulcy l'a traité avec une netteté d'aperçus, une déduction de. preuves telle qu'il est bien difficile de ne pas en accepter la solution. Je suivis mon ami dans cette série intéressante de recherches qui l'amenèrent à dire formellement : ce sont des monuments royaux; et les rois ensevelis dans ces chambres sont les rois de la dynastie davidique. Salomon, toujours magnifique dans ses constructions, a l'ait exécuter ce majestueux travail. Nous avons un type de l'architecture salomonienne. On liradansle volume du voyage de M. de Saulcy la description du Tombeau des Rois, et les preuves solides par lesquelles il établit l'identité de ce monument. Je ne pense pas qu'il y ait de sérieuses difficultés à opposer à sa démonstration. Celles que M. Quatremère, membre de l'Institut, a essayé de faire valoir m'ont paru d'une extrême faiblesse.

» Que le monument soit magnifique et vraiment royal, qu'il n'ait pas été le sépulcre d'une simple famille de Jérusalem, quelque riche qu'on la suppose, que la plupart des rois qui ont régné à Jérusalem postérieurement au retour de la captivité jusqu'à la venue du Christ n'aient pas eu leur sépulture dans ce monument, tout cela est évident pour moi, et M. de Saulcy l'a établi par des raisons incontestables.

» Il a parfaitement lové la difficulté, tirée du texte clés Livres saints, qui disent que David, Salomon, et plusieurs de leurs successeurs furent ensevelis dans la cité de David. Les rois de France pourraient être mentionnés dans l'histoire comme ensevelis à Paris, que Saint-Denis n'en serait pas moins la nécropole de l'ancienne royauté. Les cavernes royales joignent le terrain où s'étendait le plus grand faubourg de Jérusalem, à la naissance de la vallée du Kédron appelée la vallée Royale, évidemment à cause de ces tomhes; elles étaient donc assez rapprochées de Jérusalem

pour que l'écrivain sacré pût dire que les rois qui y furent déposés avaient été eusevelis dans la cité de David (1).

» Mais une plus forte objection, selon moi, se tire d'un fameux passage de Nehémie qui, décrivant le circuit des remparts renversés de Jérusalem, sort à l'occident par la porte de la Vallée, passe près de l'aqueduc royal, à la porte de la Fontaine, remonte par le torrent, et retourne dans la ville par cette porte do la Vallée de laquelle il était sorti. Le prêtre Nehémie, qui connaît parfaitement Jérusalem, en donne ensuite une description détaillée, lors de la reconstruction faite par les Juifs.

Après avoir mentionné les travaux exécutés auprès de la fontaine de Siloë et jusqu'aux degrés qui descendaient de la cité de David, il parle des murs construits plus loin à la piscine, en face du sépulcre de David, usque contra sepukrum David. (Il Esdras 111, 16.) Lors même que les descriptions données par Nehémie auraient des difficultés pour nous, les lieux qu'il mentionne sont tellement précisés, qu'il faut dire ou que le livre de Nehémie a été interpolé par quelque copiste qui a mis dans le texte une glose marginale, ce qui n'est pas probable, ou admettre que le tombeau de David a été primitivement au versant sud-est du moutSion.

» Or c'est l'explication que je viens proposer pour concilier le système de M. de Saulcy, que j'admets complètement, avec le fait énoncé par Nehémie. Je dirai alors que Salomon plaça d'abord le corps de son père dans un sépulcre qui se voit encore sur le versant de Sion quand on descend à la fontaine de Siloé, et qui correspond parfaitement à l'indication que donne Nehémie, et qu'il le transporta ensuite dans le masnilique monument qu'il éleva à sa dynastie au Q'bour-cl-Moliiuk. J'ai pour mon opinion une preuve qui n'est pas sans quelque valeur, et la voici : C'est que

(I) On trouvera dans lo livre de M, de Sauley cette forte considération, qu'il est impossible que pendant :me longue génération de rois, on ait violé à Jérusalem un des usages les plus sacrés, nonseulement du peuple juif, mais enrore do tout l'Orient, celui dp no jamais ensevelir dans l'oueeitrta des villes. (A'ore de l'ablé Mïciion.)

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lorsque saint, Pierre sortit de la maison du grand-prêtre, qui était sur le mont Sion, et alla pleurer amèrement sa faute d'avoir renié son doux maître, il se retira dans une grotte sépulcrale abandonnée que les chrétiens vénèrent encore, au sud-est du mont Sion. Et au temps de Neliémie, comme an temps du Sauveur, cette caverne sépulcrale était renfermée dans l'enceinte de la ville. Elle était donc alors délaissée comme n'étant la propriété de personne, mais le vrai tombeau de David, celui où d'abord le roiprophète avait été mis avant d'être solennellement placé dans la chambre somptueuse et dans le beau sarcophage que fit faire Salomon.

» Dès lors le texte de Nehémie subsiste dans toute sa valeur, la tradition ne reçoit pas de démenti, et les données de la science ont leur certitude pour établir l'identité du tombeau de la famille davidique avec le Q'bour-el-Molouk.

» Voici en quelques mots la description du Tombeau des Rois.

» Une vaste cour carrée est taillée à pic dans le rocher comme une carrière dont on aurait enlevé les matériaux. On y descend par un immense escalier en glacis, séparé de cette cour par un mur naturel d'une grande épaisseur, percé d'une porte en plein cintre. La paroi du couchant présente un large et vaste vestibule à jour, creusé dans le roc, soutenu autrefois par deux colonnes prises également dans le roc vif, à en juger par les arrachements qui subsistent encore. Au-dessus des colonnes s'élève un immense entablement, sculpté dans le rocher, que je décrirai tout à l'heure.

^ » La porte d'entrée des chambres sépulcrales est à la gauche du vestibule. Elle est basse et étroite. Il y avait un secret pour fermer cette porte de manière à rendre l'entrée inaccessible à tout étranger. Ces précautions avaient été prises non-seulement pour protéger contre la profanation les restes des rois, mais encore les trésors cachés auprès d'eux comme dans un asile inviolable.

» Voici ce curieux secret : Un disque épais de pierre, exactement sem-

blable à une meule de moulin, roulait librement dans une rainure profonde, de manière à être dirigé contre la porte pour la fermer, ou à être ramené dans la rainure pour que l'entrée fût libre. Une pierre plate, posée au-dessus de ce disque et encastrée très -exactement dans le roc qui formait le sol, déguisait parfaite- Jnent le jeu de ce disque, de telle sorte que, si l'on fût arrivé après beaucoup de recherches à découvrir le corridor qui conduisait à la porte, on n'aurait trouvé devant soi que la paroi unie du disque fortement encastré, qu'il eût été impossible d'enlever.

» Le corridor qui conduit à la porte avait son entrée sur un large puits d'une grande profondeur, moyen déjà assez ingénieux pour que les investigateurs employassent beaucoup de temps pour sonder toutes les parois de ce puits avant d'arriver aux pierres qui scellaient dans le haut l'entrée du corridor.

» Voici comment le disque était fixé : Latéralement au corridor est un petit couloir, creusé également dans le roc, et se dirigeant, en faisant un coude, dans la grande rainure où jouait librement le disque. Là, à l'aide d'un levier, on dirigeait la pierre dans l'encastrement qui la recevait, on la calait fortement en maçonnant, selon toute probabilité, le petit couloir, afin que rien n'indiquât l'existence de ce passage. Le corridor, maçonné également et recouvert d'une pierre très exactement encastrée dans le roc, était confondu aux regards avec ce roc lui-même.

» L'entrée du monument était rendue de la sorte inaccessible, s'il y avait quelque chose d'inaccessible aux investigations cupides des hommes.

» Ce disque de pierre est là, témoin muet de la profanation de ces tombes qu'il n'a pas pu empêclier. Il n'y a pas un siècle que des voyageurs ont vu encore de la cendre dans les sarcophages. On retrouverait à peine aujourd'hui cette poussière; toutes ces tombes ont été brisées. Nous avons apporté au Louvre le couvercle de la plus somptueuse. Il ne reste plus qu'un couvercle orné de rosaces, brise

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en deux, que son 'poids m'empêcha d'enlever, et un autre fragment de couvercle sans sculpture. M . de Saulcy en a donné le dessin. Je raconterai la dangereuse expédition de l'enlèvement de ces précieux débris.

» La première salle ne contient aucun sarcophage. C'est le vestibule intérieur que nous retrouvons, mais en petit, dans la plupart des autres monuments de la nécropole de Jérusalem. Trois pstites niches triangulaires avaient servi à recevoir des lampes sépulcrales.

» Ce vestibule donne entrée à trois chambres sépulcrales par trois ouvertures en plein cintre, se fermant par de belles portes eu marbre d'une seule pièce. Une d'elles était encore debout, roulant sur ses gonds, au temps de Chateaubriand (1). La quatrième porte fermait à l'intérieur la première entrée que le disque fermait extérieurement (2).

» Chacune de ces trois chambres est entourée de niches à cercueils.

M. de Saulcy a découvert que de petits réduits carrés, dontl'ouvertu're était masquée par la tète du sarcophage, étaient descachelles à trésors.

On pouvait dépouiller le corps, en jeter la cendre ; mais tant que le lourd cercueil de marbre, retenu par une saillie inférieure pour qu'il ne pût pas facilement être retiré, restait en place, la cachette était complètement invisible.

» Deux petits caveaux, plus profonds que les trois chambres sépulcrales, formaient les caveaux d'honneur. Le beau sarcophage qui est au Louvre occupait le caveau central, qui est dans l'axe du grand vestibule extérieur.

» L'entrée de ces caveaux était habilement déguisée par un sarcophage qui recouvrait l'escalier par lequel on y descend.

» Or ces deux caveaux séparés ont été occupés par les plus grands per-

(1) Voir ces belloe portes. Voyage de M. de Saulcy, Atlas.pl. XXVIII. (Note de l'„bbé Miction.) — On a vu que le P. de Géramb remorqua également cette porte tournant sur ^es pond-,

(2) Le Lnuvre devrait s'eori Iiir d'une de ces portes, ainsi que des antres couvercles des sarcophages. Nous mirions ainsi notre musée hébraïque. (Note de l'abbé M.ehon.)

sontiages de la dynastie. Le premier a dû servira David et le second à l'un de ses successeurs (1).

» M. de Saulcy a remarqué une singulière coïncidence ; c'est que quinze personnages ont fait préparer leurs tombeaux dans les caves royales, et trois d'entre eux n'y ont pas été déposés. Or dans les Q'bourel-Molouk, quinze tombes ont été préparées pour recevoir des sarcophages. D'après les calculs de M. de Saulcy, onze rois de Juda seulement et le grand-prètre Joad auraient été enterrés dans ce monument.

» Je renvoie pour tous les détails de description et pour les preuves au traj-ail de M. de Saulcy. Je dirai seulement quelques mots de l'architecture et de la sculpture hébraïques dont ce curieux monument nous donne les éléments constitutifs.

» Chateaubriand avait altijibué à la basse époque de l'art grec le bel entablement du Tombeau des Rois.

M. de Lamartine, qui a vu toutes choses avec l'intuition du génie, après avoir expriuéson admiration devant cette « frise magnifiquement sculptée, » lui assignei'époquelaplus florissante des arLs dans la Grèce. Mais il ajoute comme illuminé tout à coup par une révélation de l'art familière aux poètes : « Cependant elle date peutêtre de Salomon, car qui peut savoir ce que ce grand prince avait emprunté au génie des Indes ou de l'Egypte (2)? » L'archéologie vient donner raison à l'illustre écrivain.

II avait sous les yeux un beau type d'architecture salomonienne. Ce qui a trompé tous les voyageurs sur les monuments hébraïques, c'est qu'ils ont vu dans les détails de l'architecture la volute ionique, lestriglyphes, les métopes décurées de boucliers qu'ils ont pris pour des patères grecques. L'Assyrie et l'Egypte , beaucoup plus anciennes en architecture que la Grèce, présentent sur leurs monuments les mêmes détails à des époques bien antérieures à la

(1) 1T. de Saulcy attribue ce cfironu a Ezécliias, parc qiio la Bdile dit qu'il Dit enterré avec luxe d.u's uno chambre particulière. (IVo!e de l'abbé AJkhon.)

(2) Voyage en Orient, I, page. 475.

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migration de l'art oriental en Grèce.

Les Phéniciens, d'après la Bible, donnèrent leur architecture aux Hébreux ; et ce fut à l'époque salomonienne que cet art phénicien, modifié par les idées indigènes, donna aux monuments de Jérusalem le type délinitif sous lequel nous pouvons les étudier maintenant.

» C'est à M. de Saulcy que revient la gloire d'avoir classé avec netteté cette architecture hébraïque. Il est aujourd'hui démontré scientifiquement que les Hébreux eurent un art à eux, emprunté, dans ses éléments primitifs, ■de l'art ydiénicien, modifié par les réminiscences de l'art égyptien, et recevant son cachet indigène des prescriptions de la loi qui défendaient toute représentation des êtres vivants.

De là chez les Hébreux l'ornementation végétale qui est le caractère dominant de cette architecture.

» Voici en quelques mots ce qui frappe dans le travail de la façade du Tombeau des Rois. Ce n'est pas une simple frise comme on l'écrit d'ordinaire ; c'est un ordre complet d'architecture. La pensée de l'artiste qui l'a combiné apparaît tout entière.

La large baie qu'il s'agissait de décorer a huit mètres cinquante centimètres de développement. Contrairement à toutes les règles de l'architecture régulière, la frise et la corniche ne couvrent pas toute l'ouverture. Elles sont considérablement en retrait. Au lieu de l'architrave des ordres grecs, un large encadrement qui fait retour d'équerre entoure la baie tout entière.

Cet encadrement se compose d'un listel en saillie et d'une immense gnirlahde, où sont sculptés en relief les végétaux indigènes, l'acanthe, l'olivier, le palmier, la grenade, le gland, la feuille de vigne, la pomme de pin. J'ai emporté un estampage des parties les mieux conservées de cette gracieuse sculpture. C'est pur, grave, noble ; mais rien qui sente le fini de l'art grec. C'est beau d'effet, mais étrange de conception.

» La frise est singulièrement remarquable. Elle se divise en trois parties. Les deux extrémités ont chacune quatre triglyphes et quatre métopes occupées par un bouclier ;

le centre se compose de la grappe de raisin, symbole national de monnaie hébraïque au temps des Maehabées, entourée de deux couronnes de laurier imbriqué. Une corniche particulière, différente du listel qui réunit les triglyphes, sépare cette partie de la frise de l'encadrement qui est audessous. Les couronnes sont séparées des deux parties latéralespar un faisceau de trois palmes qui remplace un triglyphe. On parcourrait en vain tous les monuments de la Grèce pour trouver une pareille disposition ; elle n'indique certainement pas un art d'imitation. Tout cela est évidemment antérieur à ces règles que le temps consacre et qu'on observe ensuite scrupuleusement, lorsque l'imitation qui reproduit remplace le génie qui a inventé.

» La corniche n'a également aucune ressemblance avec les corniches des monuments grecs. La corniche grecque, dans tous les ordres, fait une forte saillie au-dessus des premières moulures qui couvrent le tailloir des triglyphes. Ici au contraire les moulures s'étagent graduellement ; c'est plus lourd, moins gracieux, par conséquent moins rapproché des belles époques.

» Telle est cette façade sur laquelle j'ai dû attirer l'attention de mon lecteur, parce qu'elle est le type d'un art indigène, de l'art hébraïque. Bien loin qu'un ciseau grec ait travaillé ces bas-reliefs, ces ornements, ces moulures, même à une époque de décadence, tout y ressent le faire libre et capricieux d'un art qui ne s'astreint à aucune règle, parce qu'il est créateur.

Le beau sarcophage que nous avons retiré du tombeau des rois occupait la chambre sépulcrale qui est dans l'axe du vestibule extérieur. La richesse de sculpture du couvercle de ce sarcophage sera admirée de tous ceux qui voudront aller le voir au musée du Louvre, dont il est sans contredit l'un des antiques les plus précieux.

Ce sont des rinceaux ciselés, où le raisin, le gland, f amande, la pomme de pin, l'olive, la grenade, le citron, le lierre, le lis, la rose se suivent avec beaucoup de grâce. Toutes ces

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espèces végétales, à l'exception de la guirlande de feuilles et de fruits d'olivier, sont disposées en enroulement sur le couvercle. Elles sont dessinées avec beaucoup d'exactitude.

Mais le travail de sculpture a peu de lini ; ce n'est pas l'art avancé du ciseau grec. On y sent la main novice d'une nation qui commence. Il est vrai aussi que le marbre sur lequel sont ces gracieuses sculptures a fréquemment des porosités qui nuisent à la finesse des contours.

« Le second sarcophage que j'ai étudié dans le Tombeau des Rois, et dont M. de Saulcy a publié le dessin dans son Atlas, a moins de sculptures que celui que je viens de décrire.

C'est toujours l'ornementation végétale, mais réduite ici au simple rôle de fleurons et de rosaces. Mais ce qui est important, c'est que les rosaces et les fleurs de lis de ce sarcophage ont une grande parenté avec la rosace centrale de l'encadrement de la façade et avec les lis du couvercle du sarcophage que possède le Louvre.

» Tout se réunit donc pour donner à ces sculptures une grande valeur.

L'art salomonien, que nous ne connaissons que par quelques passages mal étudiés de la Bible, est enfin retrouvé ; il nous apparaît avec son cachet national dans sa noble simplicité. Mon savant ami n'avait pas besoin que je vinsse confirmer les idées qu'il a émises sur l'identité des Tombeaux des Rois de Jérusalem et sur l'architecture hébraïque. Toutefois cette esquisse rapide servirait à appuyer les beaux aperçus qu'il a publiés. Je ne dois pas omettre une réflexion que m'a suggère* l'étude de ces monuments. Les dessins les plus exacts ne suffisent pas pour qu'on donne avec certitude l'âge des sculptures antiques. Le crayon le plus habile, le daguerréotype même, ne rendent pas une chose, le faire spécial du ciseau, qui devient une indication puissante. Je le dirai même* pour diriger les études des voyageurs archéologues, il faut tenir compte de la teinte que la pierre a prise à travers les siècles ; c'est un élément d'appréciation qu'on ne doit pas négliger.

Il y a l'cxfoliation de la pierre, la dégradation des saillies dont il faut aussi tenir compte. Avec tous ces éléments, on espère moins se tromper. Si les études auxquelles mon ami et moi nous nous sommes livrés à Jérusalem ont quelque valeur, elles le doivent à ce soin minutieux de ne rien négliger dans nos analyses, Aussi croyons-nous avoir le droit de compter pour peu les négations de ces hommes qui, s'étant fait un nom dans la science, tranchent au hasard, du fond de leur cabinet, sur des dessins toujours imparfaits, souvent même sans dessins, des questions sur lesquelles nous ne nous sommes prononcés qu'après une longue et sérieuse étude en présence des monuments eux-mêmes. «(Voyage religieux en Orient, t. II, p. 340 et s.)

VI. Nécropoles chrétiennes. — On ne prononce pas ce mot sans que l'esprit se reporte aussitôt aux catacombes de Rome; ce sera donc surtout à ces villes silencieuses des reliques de nos martyrs que nous consacrerons quelques pages de généralités.

Et d'abord, on trouve des catacombes, partout où une civilisation antique a construit des cités, puisque ce sont des carrières d'où l'on retira les matériaux qui, édifiés par l'art sur le sol, servirent d'abris aux vivants; c'est ainsi qu'à Paris nous avons les nôtres; c'est ainsi que la république romaine n'avait pu manquer de creuser les siennes dans les sous-sols de sa capitale. Un coup d'œil général sur les catacombes des divers pays convient donc ici : nous l'emprunterons à l'abbé Bourrasse :

« Dans la construction, dit-il, des catacombes appartenant aux peuples primitifs, on reconnaît que quelques idées symboliques ont présidé à leur formation et à leur disparition. Le fait est clair chez les Egyptiens, qui soignaient la demeure des morts plus même encore que celle des vivants. La vaste nécropole à l'occident d'Alexandrie estamplement décrite dans Pococke ; elle se compose de larges routes souterraines, coupées transversalement par des galeries dont les faces latérales présentent

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trois rangs de cavités creusées les unes au-dessus des autres et dans les dimensions du corps humain. La régularité architectunique des plans prouve qu'on les creusa dans le dessein positif d'en faire une ville des morts. Elles ont, suivant d'Agincourt,une analogie frappante avec celles des Sarrazins à Taormine en Sicile, où l'on voit des traces de rues de 14 mètres de largeur (1).

» Une autre catacombe égyptienne fut trouvée par Pococke exclusivement remplie de corps de gens du peuple, rangés debout dans les corridors; les squelettes des riches étaient à part, sous desniches déformes diverses (2).

Enfin celle de Saccara, à quatre lieues du Caire , dite la catacombe des oiseaux, fut, en effet, trouvée remplie de momies d'oiseaux embaumés dans des vases, de manière que leur tête surmontait régulièrement l'oriiice.

» Dans aucune de ces catacombes, on n'a pu reconnaître un symbolisme complètement clair et invariablement suivi, bien qu'on aperçoive qu'ils se proposaient de répéter, au sein de la terre des morts, une image de la cité des vivants, surmontée de la voûte azurée du firmament et éclairée par des milliers d'étoiles que remplaçaient les lampes suspendues aux alcôves funèbres.

» Dans la Judée, Abraham, Jacob et les patriarches, avaient de semblables cryptes pour sépultures. Un tombeau des rois de Juda, entièrement taillé dans le roc vif, présente de nombreuses rangées de cellules, qui partaient, comme autant de rayons, d'une salle centrale (3); les premiers modèles de ces cryptes étaient vraisemblablement les labyrinthes funèbres et sacerdotaux des nécropoles égyptiennes, avec leurs murs et leurs plafonds chargés d'histoires hiéroglyphiques. On lit que Simon Machabée couvrit de sept pyramides, où étaient sculptés des navires, la tombe de son père et de ses frères, peutêtre en mémoire du candélabre à

(I) Voy. d'Agincourt, planche IX de l'Archive. uo. 20.

(i) Ihid. o. 4 el S de la Planche IX.

(3) Bsriurdion amieo Deisarjricdifixiditer.a Santa. — Ou vient d'en liro une etmplfe description.

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sept branches, emblème du monde éclairé par les sept rayons du soleil, en même temps que par les sept paroles du Verbe créateur.

» Les hypogées étrusques diffèrent peu de celles qu'on observe en Asie.

Mais de toutes les catacombes de l'Europe , les plus remarquables , après celles qui nous occupent spécialement dans ce chapitre, sont celles des Pélasges en Sicile et notamment à Syracuse : elles étonnent par leur grandeur et la perfection des détails, exécutés avec une patience^ digne d'admiration; on y reconnaît les nations antiques préparant leurs tombeaux, comme si c'étaient leurs véritables demeures. »

En ce qui est des catacombes romaines, ce sont des carrières en formes de galeries qui avaient été creusées en partie sous la république, dans le tuf ou en suivant les veines de sable, et dont les premiers chrétiens firent leurs cimetières, leurs temples et leurs refuges durant les persécutions. Fleury en donne la courte description que voici :

«On y descend par des escaliers; et l'on trouve de longues rues qui, des deux côtés, ont deux ou trois rangs de niches profondes, où les corps étaient posés ; car on les en a tirés pour la plupart. De distance en distance sont des chambres spacieuses, voûtées, bâties avec la même solidité, et percées de plusieurs niches semblables à celles des rues. La plupart de ces chambres sont peintes de diverses histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament, comme les églises l'étaient; et en quelques-uns de ces cimetières il y a des églises souterraines : en plusieurs on a trouvé des coffres de marbre ornés de figures en relief, qui représentent les mêmes histoires que ces peintures ; c'étaient des sépulcres pour les personnes les plus considérables. Chacun de ces cimetières est comme un grand faubourg sous terre, et quelques-uns ont deux ou trois étages en profondeur. Aussi les chrétiens y trouvaient des retraites assez sûres, dans le temps des perse. ■■niions, pour garder les reliques des martyrs, pour s'assembler et célébrer les saints of«

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fices. Ces anciens cimetières étaient demeurés la plupart inconnus depuis longtemps, les entrées en ayant été comblées, et ils n'ont été découverts 'que depuis la fin du siècle passé. Ces lieux sont nommés quelquefois conciles des martyrs, parce que leurs corps y étaient assemblés ; ou arènes, à cause du terrain sablonneux.

En Afrique, on nommait aussi les cimetières des aires. »

« Il y a, dit l'abbé Bertrand, des fossoyeurs gagés parla ebambre apostolique, qui travaillent dans ces souterrains pour découvrir les corps saints. Toutes les fois qu'ils ont découvert un certain nombre de tombeaux, ils font prévenir, soit le cardinal vicaire, soit l'évèqne secrétaire du pape, qui commet à cet effet un commissaire pour les examiner avec soin. Si l'on n'y découvre pas d'autre signe qu'une croix simple, ou le monogramme du Christ jj, ou bien une colombe, une couronne, un rameau d'olivier, on ne les ouvre pas ordinairement, parce qu'on juge qu'ils ne renferment que le corps d'un, simple fidèle. Mais si l'on trouve sur ces sépulcres la ligure d'une palme, ou du vase dans lequel on avait coutume de mettre le saug des martyrs, on les ouvre et on en tire avec précaution les os, comme les précieux restes d'un martyr. On les enferme aussitôt dans de petites cassettes que l'on lie avec des cordes. Le cardinal vicaire appose sou cachet sur les nœuds ; ces cassettes sont ensuite portées à la chambre apostolique, où l'on en fait l'ouverture, et où l'on arrange les os sur des tables, afin que l'air puisse les sécher et les affermir ; après quoi ces ossements sont exposés à la vénération des fidèles, et distribués à ceux que le pape veut en gratifier. Lorsqu'il n'y a sur les sépultures aucune inscription qui puisse faire connaître à qui les os appartiennent, on leur donne des noms pour fixer la dévotion de ceux auxquels on en fait présent.

Ceux qui possèdent des terres dans le voisinage de Rome sont obligés d'avertir la congrégation des Reliques, lorsqu'ils découvrent quelque

sépulcre ou quelque souterrain qui communique à ceux dont on a tiré des corps saints.

» On regarde comme une bonne fortune la découverte d'un corps dont le nom est gravé sur la tombe :

telle a été celle d'une vierge martyre nommée Philomène, trouvé il y a quelques années, et dont la vénération s'est répandue promptement parmi le peuple; telle a été plus récemment encore celle d'un jeune martyr de dix-huit ans, nommé Sabinien, dont les reliques ont été extraites, en 1840, des catacombes de Santa Ciriaca dans leCarnpo Vérone, les plus vastes peut-être que Rome possède, en étendue et en profondeur.

» On compte soixante cimetières ou catacombes dans les environs de cette ville. Celles do Sunta Ciriaca s'étendent à plusieurs milles autour de la basilique de San Lorenze, et l'on peut regarder comme faisant partie de ces catacombes celles, mêmes de Saint Eippolyte, martyr, qui recèlent en abondance des corps immolés dans les persécutions, et de précieux monuments des premiers siècles du christianisme. C'est peutêtre à ces catacombes que se rapporte la belle description que l'on trouve dans le Commentaire de saint Jérôme sur EzrrMel :

» A l'époque de mon enfance et de » mes premières études à Rome, » nous allions souvent, mes jeunes » amis et moi, les dimanches, nous » promener parmi les sépulcres des » apôtres et des martyrs ; souvent il » nous arrivait de descendre dans les » cryptes creusées dans les profon- » dours de la terre : les cavités laté- » raies de ces sépultures renferment » des corps inhumés, et il y règne » une si complète obscurité, que l'on » pourrait dire avec le prophète que » les vivants descendent dans l'enfer.

» Rarement un rayon de lumière, » qu'on croirait provenir plutôt d'un » trou que d'une fenêtre, dissipe un » instant l'horreur des ténèbres ; puis » cette clarté s'évanouit; vous avan- » cez de nouveau" en aveugles, et » alors errant dans une épaisse nuit,

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» vous éprouvez le sentiment que » Virgile a exprimé dans ce vers :

Horror ubiqne aoimos, siniul ipsa silentia terrent.

« Je ne puis résister, continue l'abbé Bertrand, au plaisir du citer encore la traduction des beaux vers où Prudence décrit les mêmes catacombes du Canvpo Verano : « Non » loin des remparts de Rome, s'ouvre » une galerie souterraine qui recèle » dans son étendue de profondes ca- » vités; un chemin en pente tortueuse » vous conduit par des degrés dans » ce labyrinthe ténébreux. Car la » clarté du jour s'arrête au vestibule » du souterrain, et l'obscurité règne » sous les voûtes, qui cependant, par » intervalles, sont percées d'une ou- » verture; les soupiraux laissent pé- >> nétrer d'espace en espace les rayons » du jour. »

« Et ailleurs : « Nous voyons dans » la ville de Rome, ô vénérable Va- » lérien, d'innombrables sépultures » de saints. Si vous voulez savoir les » noms de chacun d'eux, les titres » gravés sur leur tombe, je ne puis » vous satisfaire : car dos peuples en- » tiers de justes ont été moissonnés » par une fureur impie, alors que la » Rome issue de Troie adorait en- » core les faux dieux de ses pères.

» Cependant on peut lire sur plu- » sieurs de ces tombes, ou le nom » du martyr, ou quelque inscription » que des mains diligentes y ont » gravée ; mais combien d'autres de » ces pierres n'ont de réponse à notre » pieuse sollicitude que leur silence » même ; en effet le grand nombre » des victimes est l'idée qui s'y ré- » vêle claire et précise ; par la mul- » titude des sépultures sans nom l'on » peut juger de l'immense quantité » des corps accumulés dans les ca- » veaux. Là, une fois, j'ai pu savoir » que les restes mortels de soixante » hommes gisaient dans un seul « tombeau. Celui-là seul possède » leurs noms, qu'ils ont aimé dans » la mort, le Christ, qui a retrouvé » en eux ses amis fidèles. »

« Les catacombes de Santa Ciriaca s'enfoncent à trois étages de profondeur avec trois corridors, et il se trouve en chacun d'eux un double

rang de cellules; mais jamais on n'a pu mesurer leur étendue, ni parvenir à une extrémité, parce qu'en certains endroits elles s'écroulent facilement, et les ouvriers, qui pour en extraire les corps des martyrs y descendent par les anciennes ouverture appelées pozzi, puits, se servent aussi des éboulements pour y pénétrer. » Dict. des religions, art. Catacombes.

Nous raconterons, pour finir, l'intéressante et importante découverte qui fut faite, sous nos regards, à Paris, en 1870, d'arènes gallo-romaines devenues une nécropole probablement chrétienne au temps desCésars.

On n'avait jamais rien découvert dans notre capitale d'aussi curieux; c'étaient de véritables arènes comme celles de Nimes et d'Arles, avec cette différence que le gros mur de suspension de l'amphithéâtre n'était pas aussi haut. Elles formaient un ovale, dont une moitié s'était trouvée mise à jour par les déblaiements; l'autre moitié repose encore sous le sol d'un couvent de sœurs qui n'a été ni exproprié ni déblayé. Une compagnie industrielle avait acheté cet emplacement qui se trouvait aux abords de la nouvelle rueMonge; et la société d'archéologie a eu beau faire, notamment par l'abbé Michon, un de ses membres, qu'elle avait chargé de faire, sur les lieux mêmes,- des conférences explicatives au public, et par l'essai d'une souscription pour racheter le terrain, tout a été inutile ; l'empereur Napoléon III, qui n'était pas plus archéologue que son oncle n'avait été physicien, lors des propositions du fameux Fulton, laissa le marteau démolisseur détruire la trouvaille, et l'impératrice refroidit, de son mieux, les grandes dames à cet égard, en disant des squelettes que l'abbé Michon soutenait être des reliques de martyrs chrétiens: «Oh! non! ce ne sont pas des martyrs ! » En ce moment, pourtant, où l'on faisait à Paris tant de travaux, oè l'on assainissait tant de quartiers en y faisant des places et des squares, ce cirque avec son amphithéâtre circulaire à gradins, son belluaire et tout ce qui constituait d'anciennes arènes romaines, eût été

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le plus original et le plus visité de tous les squares nouveaux; on aurait pu donner dedans des fêtes publiques, certains spectacles ; et il eût été. en même temps, une nécropole nationale, qui eût fait revivre de patriotiques et religieux souvenirs.

On découvrait dans ces arènes sous l'aire du cirque plane où se donnaient les jeux, beaucoup d'anciens squelettes qui étaient dans des positions dramatiques, tendant à faire supposer, ainsi que le croit l'abbé Michon, que, dans ces arènes s'étaient passées, au temps des Césars, de ces scènes horribles où l'on donnait à dévorer des chrétiens aux bêtïs féroces. Il y avait de ces squelettes qui étaient mutilés et dont les parties arrachées étaient juxtaposées contre les parties desquelles elles avaient élé détachées. C'est ainsi que le squelette d'une femme trouvé, en mai 1870, avait une de ses mains tombée dans le bassin. On avait peutêtre, dans l'ensevelissement, replacé la main, arrachée par une bète féroce, sur le ventre au bout du bras; puis cette main, après la dissolution des cliairs, n'étant plus soutenue, sera tombée plus bas. Les amis des victimes auraient obtenu des gardiens d'aller pendant la nuit ensevelir leurs corps dans la terre même qui avait 1)U leur sang. Quoi qu'il en soit, les positions des squelettes étaient souvent des plus étranges; elles témoignaient de crispations et de tortures.

On trouva une mère entre ses deux enfants placés tout près d'elle, la tète à ses pieds. On trouva aussi des membres sans tronc, et des troncs privés decertains membres. On trouva encore un géant superbe que l'abbé Michon crut avoir été un gladiateur devenu chrétien en secret, et qui se serait déclaré tel au moment suprême, comme cela est arrivé assez souvent au rapport de nos actes des saints. Enfin, quand le terrassier vint, au nom de la loi, prendre la place de l'archéologue, on avait déjà découvert sept cadavres. A la pensée des nécropoles chrétiennes dans lesquelles les foules des premiers siècles allaient fêter les martyrs avec des illuminations et des roses, M. l'abbé Gerbet, dans ce style noble et pur de

l'école lamennaisienne, que nous avons perdu et qui m'attendrit l'âme toutes les fois que j'en rencontre un débris, a pu s'écrier : « Devant ces mausolées, embaumés du parfum de mille fleurs, retentissaient des hymnes pleines d'une céleste joie, où rayonnait l'espérance; car dans ces sépulcres la vue ne rencontre rien de triste; la mort, à la vérité, n'y est pas voilée, elle y est toujours couronnée de palmes ; partout s'élèvent des emblèmes de conliance et d'amour. Aussi les catacombes, bien qu'inondant l'âme de mélancoliques souvenirs, l'exaltent et la rendent plus libre et plus légère : ce sont, en elfet, les martyrs qui ont achevé la victoirede Jésus-Christ, qui ont complété, en leurs corps, ce qui manquait à la passion du Sauveur- » (Esqais. de Rome Chrét.) Mais en 1870, avant le coup de fouet de Dieu à la France et à son maître, le môme écrivain n'aurait pu les vanter ni l'un ni l'autre d'avoir conservé la religion du martyre, puisqu'ils n'avaient même plus celle de la science et de l'art.

Le Noir.

NEF DES EGLISES. Voyez Chœur.

NÉGINOTH. Voyez Nécuiloth.

NÈGRES. Ces peuples donnent lieu à deux questions qui tiennent à la théologie; il s'agit de savoir, 1° si les nègres ont une origine différente de celle des blancs; 2° si la traite des nègres, et l'esclavage dans lequel on les retient pour le service des colonies de l'Amérique, est légitime.

I. L'Ecriture sainte nous apprend que tous les hommes sont nés d'un seul couple, que tous ont par conséquent la même origine : d'où il s'ensuit que la différence de couleur qui se trouve dans les divers habitants du monde, vient du climat qu'ils habitent et de leur manière de vivre. Cela paraît prouvé par la dégradation insensible de couleur que l'on remarque en eux, à proportion qu'ils sont plus ou moins éloignés ou rapprochés de la zone torride. En général les peuples de nos provinces méridionales son

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plus bazanés que nous, mais ils le sont beaucoup moins que les habitants des côtes de Barbarie, et ceux-ci sont moins noirs que ceux de l'intérieur de l'Afrique. Cette variation est à peu près la même dans les deux hémisphères. On n'en est pas étonné, quand on remarque la différence de teint qui régne entre les habitants d'un même climat ou d'un môme village, dont les uns vivent plus renfermés, les autres sont plus exposés par leur travail aux ardeurs du soleil ; entre le teint d'une môme personne pendant l'hiver et pendant l'été.

On prétend même qu'il est prouvé par expérience que des blancs transplantés en Afrique, sans avoir mêlé leur sang avec les nègres, ont contracté insensiblement la même eauleur et les mêmes traits du visage ; que les nègres, au contraire, transportés dans les pays septentrionaux, se sont blanchis par degrés sans avoir croisé leur race avec les blancs.

C'est l'opinion des plus habiles naturalistes, eu particulier de Buffon, de MM. Paw, Scherer, etc.

D'autres philosophes beaucoup moins instruits, mais qui se sont fait un point capital de contredire l'Ecriture sainte, soutiennent que ces expériences sont fausses", que les blancs ne peuvent jamais devenir parfaitement noirs, que les nègres conservent de race en race leur couleur et leurs traits, dans quelque climat qu'ils soient transplantés. Ils ont prétendu prouver l'impossibilité de ces transmutations parfaites, par l'examen du tissu de la peau des nègres. Selon quelques-uns, la cause de la noirceur de ceux-ci est une espèce de réseau, semblable à une gaze noire, qui est placé entre la peau et la ebair ; ils ont appelé ce tissu une membrane muqueuse. D'autres ont dit que c'est une substance gélatineuse, qui est répandue entre l'épiderme et la peau; que cette substance est noirâtre dans les nègres, brune dans les peuples basanés, et blanche dans les Européens.

Mais puisque la membrane, le réseau, la substance qui sépare l'épiderme d'avec la chair, se trouvent

dans tous les hommes, il s'agit de savoir pourquoi elle est blanche dans les uns, noire dans les autres, et de prouver que, sans croiser les races, ces substances ne peuvent changer de couleur; voilà ce que nos savants iissertateurs n'ont pas fait.

Puisqu'elles ne sont que brunes dans les peuples basanés, leur couleur peut donc se dégrader : donc elles peuvent passer du blanc au noir ou au contraire.

Les uns citent des expériences, les autres les nient; auxquels devonsnous croire? En attendant que tous se soient accordés, il nous est permis de penser que tous les hommes, blancs ou noirs, rouges ou jaunes, sont enfants d'Adam, comme l'enseigne l'Ecriture sainte.

Quelques écrivains ont imaginé que les nègres sont la postérité de Caïn, que leur noirceur est l'effet de la malédiction que Dieu prononça contre ce meurtrier ; qu'il faut ainsi entendre le passage de la Genèse, c. i, f. 13, où il est dit que Dieu mit un signe sur Gain, afin qu'il ne fût pas tué par le premier qui le rencontrerait. De là un de nos philosophes incrédules a pris occasion de déclamer contre les théologiens.

Avec un peu de présence d'esprit, il aurait vu que la théologie, loin d'approuver cette vaine conjecture, doit la rejeter. Nous apprenons par l'histoire sainte, que le genre humain tout entier fut renouvelé, après le déluge, par la famille de Noé : or, aucun des fils de Noé n'était descendu de Caïn et ne s'était allié avec sa race.

Pour supposer que cette race maudite subsistait encore après le déluge, il faut commencer pas prétendre que le déluge n'a pas été universel, et contredire ainsi l'bistoire sainte. Il y aurait donc moins d'inconvénient à dire que la noirceur des nègres vient de la malédiction prononcée par Noé contre Cham s«n fils, dont la postérité a peuplé l'Afrique, Gen., c. 10, f 13. Mais, selon l'Ecriture, la malédiction de Noé ne tomba pas sur Cham, mais sur Chanaan, fils de Cham, c. 9, ^ 13; or, l'Afrique n'a pas été peuplée par la race de Chanaan, mais par celle

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de Piiut. L'une de ces imaginations ne serait donc pas mieux fondée que l'autre.

il. La traite des nègrts et leur esclavage sont-ils légitimes? Cette question a été discutée dans une dissertation imprimée en 1764. L'auteur soutient que l'esclavage en lui-même n"est contraire ni à la loi de nature, puisque Noé condamna Chanaan à être esclave de ses frères, qu'Abraham et Jacob ont eu des esclaves ; ni à la loi divine écrite, puisque Moïse, en faisant des lois en faveur des esclaves, ne condamne point l'esclavage ; ni à la loi évangélique, puisque celle-ci n'a donné aucune atteinte au droit public élaLli chez toutes les nations. En effet, saint Pierre et saint Paul ordonnent aux esclaves d'obéir à leurs maîtres, et aux maîtres de traiter leurs esclaves avec douceur. Le concile de Gangrcs a frappé d'anathème ceux qui, sous prétexte de religion, enseignaient aux esclaves à quitter leurs maîtres, à mépriser leur autorité. Plusieurs autres décrets des conciles supposent qu'il est permis d'avoir des esclaves, d'en acheter et de les vendre. Au treizième siècle, l'esclavage a été supprimé, non par les lois ecclésiastiques, mais par les lois civiles.

11 ajoute qu'en transportant des nègres eu Amérique, on ne rend pas leur sort plus mauvais, puisqu'ils ne seraient pas moins esclaves dans leur pays, et qu'ils y seraient encore plus maltraités ; au lieu que dans les colonies ils sont protégés par des lois faites en leur faveur : ils y trouvent d'ailleurs la facilité d'être instruits de la religion chrétienne et de faire leur salut.

L'auteur distingue quatre sortes d'esclaves : 1° ceux qui ont été condamnés pour des crimes à perdre leur liberté ; 2° ceux qui ont été pris à la guerre; 3° ceux qui sont nés tels; 4° ceux qui sont vendus par leurs pères et mères ou qui se vendent eux-mêmes. Il ne voit dans ces différentes sources d'esclavage aucune raison qui rende illégitime la traite des nègres.

Il convient des abus qui naissent très-souvent de l'esclavage, mais il

observe que l'abus d'une chose innocente en elle-même ne prouve pas qu'elle soit contraire au droit naturel ; on peut réprimer l'abus et laisser subsister l'usage légitime.

Le philosophe qui a fait un traité de la Félicité publique, ne condamne pas non plus absolument l'esclavage des nègres, mais il ne l'approuve pas positivement, a Quoiqu'on ne puisse » assez gémir, dit-il, de ce que l'a- » varice a conservé parmi les peuples » de l'Occident ce que la barbarie et » l'ignorance ont établi et maintenu » dans l'Orient, nous observerons » pourtant, 1° que l'esclavage n'est » plus connu chez les chrétiens, si ce » n'est dans les colonies ; 2° que les » esclaves sont tous tirés d'une na- » tion très-sauvage et très-brute qui » vient elle-même les offrir à nos » négociants; 3" que si la raison et » la philosophie s'écrient qu'il fallait » traiter le nègre comme l'Européen, » il est cependant vrai que la grande » dissemblance de ces malheureux » avec nous rappelle moins les senti- » ments d'humanité, et sert à entre- » tenir le préjugé barbare qui les » tient dans l'oppression ; 4° que si » ces esclaves ont été traités avec » une cruauté très-condamnable, » l'expérience a souvent prouvé que » jamais la douceur et les bienfaits » n'ont pu ôter à cette nation son » caractère lâche, ingrat et cruel. Il » y a même tout lieu de croire que, » si les esclaves des colonies avaient » été des Européens, ils seraient » déjà rentrés dans leur droit de » citoyens, comme les serfs de notre « gouvernement féodal ont peu à peu » recouvré la liberté civile. Enfin le » nonAre des esclaves est bien moins » considérable de nos jours, puisque » sur cent millions de chrétiens qui j> existant à présent, on ne compte » assurément pas un million d'es- » claves, au lieu que pour un million » de Grecs, il y avait plus de trois » millions de ces infortunés. »

On voit aisément qu'aucune de ces raisons n'est sans réplique, elles tendent plutôt à excusée l'esclavage des nègres qu'a le justifier; après mûre réllexion, nous ne pouvons nous résoudre à les approuver, et il nous

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paraît que l'on peut y en opposer de plus solides.

Au mot Esclave, nous avons fait voir, 1° que sous la loi de nature et dans l'état de société purement domestique, l'esclavage était inévitable, et ^ qu'il n'entraînait point alors les mêmes inconvénients que dans l'état de société civile; l'exemple des patriarches ne prouve donc rien dans la question présente. 2° Nous avons observé qu'il n'était pas possible à Moïse de le supprimer entièrement, que les lois qu'il fit en faveur des esclaves étaient plus douces et plus humaines que celles de toutes les autres nations ; l'on ne peut donc encore tirer avantage de la loi de Moïse. 3" Jésus- Christ et les apôtres auraient commis une très-grande imprudence en réprouvant absolument l'esclavage, puisqu'il était autorisé par le droit public de toutes les nations; mais les leçons de charité universelle, de douceur et de fraternité qu'ils ont données à tous les hommes, ont contribué pour le moins aussi efficacement à l'adoucissement et à la suppression de l'esclavage, qu'auraient pu faire des lois prohibitives.

C'est lirrupMon des Barbares qui a retardé cette heureuse révolution; tant que le même droit public a subsisté, les conciles n'ont pu faire que ce qu'ils ont fait.

Mais à présent ce droit abusif ne subsiste plus ; l'esclavage a été supprimé en Europe par tous les souverains : la question est de savoir si, après la réforme de cet abus en Europe, il a été fort louable d'aller le rétablir en Amérique ; si on peut encore l'envisager des mêmes yeux qu'au dixième et au douzième siècle; si l'état des nègres dans les colonies n'est pas cent fois plus malheureux que n'était celui des serfs sous le gouvernement féodal.

Le principe posé par l'auteur de la dissertation, savoir, que depuis le péché originel l'homme n'est plus libre de droit naturel, nous semble très-ridicule. Nous savons très-bien que c'est en punitiondu péché d'Adam mie l'homme est sujet à être tyran- . iVi""i«ulé et lue par son semblable; mais enfin les Européens

naissent coupables du péché originel aussi bien que les nègres : il faut donc que les premiers commencent par prouver que Dieu leur a donné l'honorable commission de faire expier ce péché aux habitants de la Guinée, et qu'ils sont à cet égard les exécuteurs de la justice divine. Lorsque les nègres, révoltés de l'esclavage, usent de perfidie et de cruauté envers leurs maîtres, ils leur font aussi porter à leur tour la peine du péché de notre premier père. Avant que la fureur du commerce maritime et l'avide jalousie n'eussent fasciné les esprits et perverti tous les principes, on n'aurait pas osé mettre en question s'il était permis d'acheter et de vendre des hommes pour en faire des esclaves.

C'est encore une mauvaise excuse de dire que les nègres esclaves chez eux seraient plus mal traités qu'ils ne le sont dans nos colonies. Il ne nous est pas permis de leur faire du mal, de peur que leurs compatriotes ne leur en fassent encore davantage.

Nous persuadera-t-on que c'est par un motif de compassion et d'humanité que les négociants européens font la traite des nègres? Il yaun fait qui passe pour certain, c'est qu'avant l'établissement de ce commerce, les nations africaines se faisaient la guerre beaucoup plus rarement qu'aujourd'hui ; que le motif le plus ordinaire de leurs guerres actuelles est le désir de faire des prisonniers, pour les vendre aux Européens. C'est donc à ces derniers que ces nations malheureuses et stupides sont redevables des fléaux qui les accablent et des crimes qui se commettent chez elles.

Avant de savoir si nous avons droit de les acheter, il faut examiner si quelqu'un a le droit naturel de les vendre. Il n'est pas question de nous fonder sur le droit injuste et tyrannique qui est établi parmi ces peuples, mais sur les notions du droit naturel, tel que la religion nous le fait connaître. S'il n'y avait point d'acheteurs, il ne pourrait point y avoir de vendeurs, et ce négoce infâme tomberait de lui-même. Nous espérons que l'on n'entreprendra pas

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l'apologie des négociants turcs, qui vont acheter des filles en Circassie pour en peupler les sérails de Turquie.

On dit qu'il n'est pas possible de eultiver les colonies à sucre autrement que par des nègres. Nous pourrions répondre d'abord que, dans ce cas, il vaudrait mieux renoncer aux colonies qu'aux sentiments d'humanité ; que la justice, la charité universelle et la douceur, sont plus nécessaires à toutes les nations que le sucre et le café. Mais tout le monde ne convient pas de l'impossibilité prétendue de se passer du travail des nègres ; plusieurs témoins dignes de foi assurent que si les colons étaient moins avides, moins durs, moins aveuglés par un intérêt sordide, il serait très-possible de remplacer avantageusement les nègres par de meilleurs instruments de culture, et par le service des animaux. Lorsque les Grecs et les Romains faisaient exécuter par leurs esclaves ce que font chez nous les chevaux et les bœufs, ils imaginaient que l'on ne pouvait pas faire autrement.

L'on ajoute que les nègres sont naturellement ingrats, cruels, perfides, insensibles aux bons traitements, incapables d'être conduits autrement que par des coups. Si cela était vrai, ce serait un sujet de honte pour la nature humaine, qu'il fût plus diflicile d'apprivoiser les nègres que les animaux ; dans ce cas, il fallait laisser cette race abominable sur le malheureux sol ou elle est née, et ne jias infecter de ses vices les autres parties du monde(l).

Mais n'y a-t-il pas ici une dose de l'orgueil des Grecs et des Romains?

Us déprimaient les autres peuples, ils les nommaient barbares, pour avoir le droit de les tyranniser. Nous avons interrogé sur ce point des voyageurs, des missionnaires, des possesseurs de colonies; tous ont dit qu'en général les maîtres qui traitent leurs esclaves avec douceur,

(t)Les découvertes récentes ilu Dr Livingstone dans l'mtéritiiir de I Afrique ont prouvé tout le contraire. V. Livikgsto.nb.

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avec humanité, qui les nourrissent suffisamment, et ne les surchargent point de travail, ne s'en trouvent que mieux. Il est donc fâcheux que les Européens, qui out chez eux tant de douceur, d'humanité et de philosophie, semblent être devenus brutaux et barbares, dès qu'ils ont passé la ligne ou franchi l'Océan.

Puisque l'on convient que l'esclavage entraîne nécessairement des abus, qu'il est très-difticile à un maître d'être juste, chaste, humain envers ses esclaves, il y a bien de la témérité de la part de tout particulier qui s'expose à cette tentation, et qui, pour augmenter sa fortune, n'hésite point de risquer la perte de ses vertus.

Quant au zèle prétendu pour la conversion des nègres, il y a plusieurs faits capables de le rendre £ort suspect. Quelques voyageurs ont écrit que certaines nations européennes, qui ont dos établissements sur les cotes de l'Afrique, traversent tant qu'elles le peuvent les travaux et les succès des missionnaires, de peur que si les nègres devenaient chrétiens, ils ne voulussent plus vendre d'esclaves. Il y en a qui disent que certaines autres nations établies en Amérique ne se soucient plus de faire instruire et baptiser leurs nègres, parce qu'elles se font scrupule d'avoir pour esclaves leurs frères en Christ.

Voilà du zèle qui ne ressemble guère à celui des apôtres.

Nous savons que des chrétiens faits esclaves par des infidèles ont réussi autrefois à convertir leurs maîtres, et même des peuples entiers : mais nous ne voyons point d'exemples de chrétiens qui aient réduit des infidèles eu servitude, afin de les convertir. Ce n'est pas assez qu'un dessein soit louable, il faut encore que les moyens soient légitimes. Il y a des missions de capucins et d'autres religieux dans la Guinée, dans les royaumes d'Oviero, de lîenin, d'Angola, de Congo, Loango et du I\!onomotapa. Voilà le véritable zèle; mais il n'en est pas ainsi des marchands d'esclaves. Si les premiers ne font pas beaucoup de fruit, c'est que ces malheureux peuples doivent èlrepré-

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venus contre la religion des Européens, par la conduite odieuse de ceux qui la professent. On se souvient des préjugés terribles qu'inspira aux Américains contre le christianisme la barbarie des Espagnols.

Les dissertations qui ont pour objet de justifier la traite des nègres, ressemblent un peu trop aux diatribes par lesquelles le docteur Sépulvéda voulait prouver que les Espagnols avaient le droit de réduire les Américains en servitude, pour les faire travailler aux mines, et de les traiter comme des animaux ; il fut condamné par l'université de Salamanque, et il méritait de l'être.

Nous ne faisons guère plus de cas des déclamations de nos philosophes, depuis qu'il est constant que quelques-uns, qui affectaient le plus de zèle pour l'humanité, faisaient valoir leur argent en le plaçant dans le commerce des nègres.

Par ces observations, nous ne croyons point manquer de respect envers le gouvernement qui tolère ce commerce; réfuter de mauvaises raisons, ce n'est point entreprendre de décider absolument une question :

lorsqu'on en apportera de meilleures, nous nous y rendrons volontiers. Les gouvernements les plus équitables, les plus sages, sont souvent forcés de tolérer des abus, lorsqu'ils sont universellement établis, comme l'usure, la prostitution, les pillëries des traitants, l'insolence des nobles, etc.

Comment lutter contre le torrent des mœurs, lorsqu'il entraine généralement tous les états de la société? On ne peut pas oublier qu'il fallut surprendre la religion de Louis XIII, pour le faire consentir à l'esclavage des nègres, et lui persuader que c'était le seul moyen de les rendre cbrétiens. On s'était déjà servi d'un pareil artifice pour séduire les deux souverains de Castille, Ferdinand et Isabelle, et pour arracher d'eux des édits peu favorables aux Américains (I). Voyez Américains.

Bergieii.

(1) Cet article An Bergiar est meilleur que celui que nous avons lu de lui sur I'Esclavagb, (Esl-iavk),

NEHÉMIE, est l'un des chefs ou gouverneurs de la nation juive, qui ont contribué à la rétablir dans la terre sainte après la captivité de Babylone. On ne doit pas dire qu'il fut le successeur d'Esdras, puisque ces deux chefs ont gouverné ensemble pendant plusieurs années : il paraît qu'Esdras, en qualité de prêtre, était principalement occupé de la religion et de la loi de Dieu, et que Néhémie était chargé de la police et du gouvernement civil. Le premier objet de la commission qu'il avait obtenu du roi de Perse, avait été de faire rétablir les murs de la ville de Jérusalem, et il en vint à bout, malgré les obstacles que lui suscitèrent les ennemis des Juifs. Cet événement est remarquable dans l'histoire juive, puisque c'est l'époque à laquelle on devait commencer à compter les soixante et dix semaines d'années, ou les 490 ans qui devaient encore s'écouler jusqu'à l'arrivée du Messie, selon la prophétie de Daniel.

C'est aussi à peu près à la même date que se consomma le schisme qui régnait déjà entre les Juifs et les Samaritains, et que la haine entre ces deux peuples devint irréconciliable. C'est enfin à ce même temps que Prideaux rapporte l'établissement des synagogues chez les Juifs.

Histoire des Juifs, 1. fi,' tome 1, p. 229.

Néhimie^ est sans contestation l'auteur du livre qui porte son nom, et que l'on appelle plus communément le second livre d'Esdras ; mais la plupart des critiques pensent que le 12 e chapitre de ce livre, depuis le f 1 jusqu'au 26, est d'une main plus récente : ce n'est qu'une liste de

du moins quant aux principes qu'il pose au commencement, et cjiio nous avons relevés par quelques notes péivmptoires ; mais il est encore entaché de cette ftfîblesse que montrent beaucoup de nos théologiens relativement à cette question. Los papes out mieux parlé. La vérité est que l'esclavage, aussi bien que la traite, est absolument contraire au droit naturel, nous entendons par là ssi principes les plus strict», ainsi qu'à la fraternité évangebque prôi bée par le f.linsr, l.iqneile est un épanouissement du droit n.itm.-l lui-même, Vovei nos articles PniuuoN fl*éprfre aï, P.ii.ycavu: (la), m Divorce par droit marital ot l'Es:lavac.k.

La Noir.

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prêtres et de lévites qui avaient servi dans le temple jdepuis le retour de la captivité, et qui est poussée plus loin que le temps de Nchénvie. Elle interrompt le cours de son histoire, mais elle ne forme aucun préjugé contre la vérité des faits, ni contre l'authenticité du livre.

Les protestants se persuadent qu'à cette époque, ou immédiatement après, le canon ou catalogue des livres de l'ancien Testament fut clos et arrêté pour toujours; et ils en concluent que ceux qui ont été écrits depuis ce temps-là, tels que les livres de la Sagesse, de l'Ecclésiastique, et les deux des Machabées ne doivent pas y être placés. Ce n'est qu'une conjecture formés par nécessité de système, et qui n'est fondée sur aucune preuve positive. On ne voit pas pourquoi les chefs de la nation, postérieurs à Esdras et à Néhcmie, n'ont pas eu autant d'autorité qu'eux, ni pourquoi les écrivains plus récents ont été privés du secours de l'inspiration. Ce n'est pas sur le simple témoignage des Juifs que nous recevons comme divins les livres de l'ancien Testament, mais sur celui de l'Eglise chrétienne, instruite par Jésus-Christ et par les apôtres. Voyez Bible d'Avignon, t. S, p. 786.

Bergier,

NEIGE (Théol. mixt. scien. physi.

et géog.) — La neige est une des grandes beautés de la nature; un théologien doit en connaître les principaux traits.

La neige est de l'eau passée immédiatement de l'état de vapeur à l'état solide, sans passer par l'état liquide.

C'est ce qui la distingue de la grêle et du grésil qui sont des gouttes ou des gouttelettes d'eau liquide devenue glace. Or, la vapeur d'eau formant nuage ne prend pas, en se congelant immédiatement de la sorte, la même forme que si elle ne se congèle qu'après s'être déjà formée en pluie, ce qui arrive pour les grêles de toute grosseur; elle prend la forme de petites étoiles qui sont en général à six branches partant d'un même centre, se subdivisant à leurs extrémités eu des branches plus petites, et

formant des aiguilles rayonnantes, des espèces de petites feuilles ou d'autres ligures. Ces figures sont très-variées ; mais il parait que les flocons de neige qui tombent au même moment dans un même lieu sont tous construits de la même manière ; dans tous les cas, il sont très-lég-ers à cause des nombreux vides qui se conservent entre leurs parties. La neige est très-opaque et possède un pouvoir réflecteur très-considérable ; il semble qu'elle devrait être transparente puisque c'est de l'eau pure à l'état de glace en aiguilles excessivement iiues , qui devraient laisser passer la lumière comme le verre le plus transparent; mais on explique pourtant son opacité, ou défaut de transparence, par l'embarras qu'opposent ses aiguilles enchevêtrées au passage du rayon lumineux ; ce rayon subit, en les rencontrant et les traversant, des réflexions ou des réfractions multipliées qui l'arrêtent et le renvoient avant qu'il ait pu traverser.

Il en résulte une réflexion très-forte de toute la lumière et par suite d'une excessive blancheur qui fatigue les yeux. Xénophon dit que, dans l'armée de Cyrus, lorsqu'elle eut à marcher pendant plusieurs jours sur des montagnes couvertes de neige, plusieurs soldats furent atteints d'iutlammations d'youx qui les rendirent aveugles. Au reste, la neige, toute mystérieuse qu'elle soit dans sa formation, présente moins de difficultés pour se laisser comprendre que n'en présente la grêle.

On sait que Dieu a mis le long des montagnes des miniatures da tous les climats, à l'aide de la loi générale en vertu de laquelle la température atmosphérique baisse à mesure que l'on s'élève. C'est de là que nous avons sur toutes les montagnes de la surface terrestre la région des neiges éternelles, c'est-à-dire qui ne fondent jamais. Or, cette limite n'est pas la même partout, mais elle est toujours nettement déterminée et la même pour toute une contrée très-élendite.

M. de Ilumboldt a fait là-dossus des travaux dont les résultats son!, consignés dans son livre : Recherches sur les chaînes de montagnes et la climato-

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