‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 52 sur 122 · NEV · texte numérisé non relu

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I ■ . ; n s l'Eglise chrétienne, le nombre de trois est devenu sacré, parce qn'il est relatif aux Personnes de la sainte Trinité. Comme ce mystère fut attaqué par plusieurs sectes d'hérétiques, l'Eglise affecta d'en multiplier l'expression dans son culte extérieur ; de là la triple immersion dans le baptême, le Trisagion ou trois fois saint chanté dans la liturgie, les signes de croix répétés trois fois par le prêtre pendant la messe, etc. Par la même raison le nombre de neuf, ou trois fois trois, est devenu significatif; ainsi l'on dit neuf fois kyrie eleison, trois fois à l'honneur de chaque Personne divine, pour marquer leur égalité parfaite. Nous pensons qu'une ncuvainc a le même sens et fait la même allusion ; que non-seulement elle est très-innocente, mais très-utile.

Si par ignorance une personne pieuse s'imaginait qu'à cause de cette allusion le nombre de neuf a une vertu particulière, qu'ainsi une neuvaine dqit avoir plus d'efficacité qu'une dizaine, il fiAidrait pardonner à sa simplicité, et l'instruire de la véritable raison de la dévotion qu'elle pratique. Voyez Observance vaine.

Bergier.

NÈVE (Félix-Jean-Baptiste-Joseph) (Théol. hist. biog. et bibliog.) — Cet orientaliste belge, né à Ath dans le Hainaut, en 1810, professeur à l'université catholique de Louvain depuis 1841, a publié.

Introduction à l'Histoire générale dfs littératures orientales in-8, Louvain, 1845; Essai sur le Mithe des Ribhavas avec le texte sanscrit et la traduction française des hymnes adressées à ces divinités, in-8, Paris 1 8 47 ; le Bouddhisme, son fondateur et ses écritures, in-8, Paris, 1 6 5 1 ; des Portraits de femmes dans la poésie épique de l'Inde, etc. in-S, Bruxelles, 1858 ; etc. etc.

Nous nous trouvons souvent d'accord avec M. Nice dans ses appréciations du brahmanisme et du bouddhisme.

Le Noir.

NEWBRIDGE (Guillaume de) (Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Cet historien anglais, un des meilleurs du moyen âge, naquit vers U3(3 à Bridlingfon, et mourut , chanoine régulier de Saint Augustin vers 1208. Il a laissé cinq livres De rébus anglicis sui temporis, et des homélies.

Le Noir.

NE WMAN (John-Henry) (Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Ce théologien anglais de l'école de Pusey son ami, et qui a fini, après beaucoup d'hésitations, par rentrer dans l'Eglise catholique, naquit à Londres en 1801 ; fut nommé en 1828 à la cure de Sainte- Marie à Oxford; publia des dissertations religieuses avec Pusey en 1833, et, seul, en 1834, les Ariens au iv e siècle, manifeste d'une école dissidente ; fut frappé, en 1843, d'une censure publique par l'évèque d'Oxford, quitta sa cure, alla à Home et reçut les ordres catholiques en 1848; entra dans la congrégation de l'Oratoire; retourna en Angleterre; se tit à Birmingham un propagateur ardent du catholicisme; et fut nommé, en 18S2, recteur de l'Université catholique de Dublin, où il est encore. On a du P. Newman : Développement de la doctrine chrétienne, 1847; Histoire de la doctrine chrétienne, 1848; Lettres sur certains scrupules 1850 ; Discours aux congrégations mixtes, 1830 ; Discours sur la théorie de la croyance religieuse, 1850; Conférences prêchées à l'Oratoire, 1830; Callista, 1559; Sermons, 1800; De l'anglicanisme au catholicisme, 1803; Histoire de mes opinions religieuses, 1866; etc. Presque tous ces ouvrages ont été traduits en français.

En 1853, le P. Newman fut condamné, pour de violentes attaques contre le prêtre italien Achilli qui avait embrassé l'anglicanisme, à des prix énormes qui lurent payés par d*es souscriptions européennes.

Le Noir.

NEWMAN (Eraucis- WiULim) (Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Ce théologien et littérateur anglais, frère du précédent, né à Londres en 1805, voyageur en Orient de 1830 à 1834, depuis

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ce temps occupant des chaires d'humanités à Bristol, Manchester, Londres, etc., a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels il faut citer :

L'âme, ses douleurs et ses aspirations, 1841, éditions nombreuses; on attribue à ce livre beaucoup de retours à la foi chrétienne ; Cours de logique ; Grammaire berbère; les Phases de la foi, in-8, 18o3 ; Leçons d'économie politique, in-8; Rome royale, 1854; histoire de la monarchie juive, in-8, 2 e édit. 18S3; Traduction des Odes d'Horace en vers blancs ; etc.

Le Noir.

NEWTON ET SA LOI GÉNÉRALE DU MONDE DES CORPS {Théol.

rnixt. et hist. biog. bibliog. et cosmol.) — Isaac Newton, ce grand mathématicien , physicien et astronome anglais, naquit à Woolsthorpe, comté de Lincoln, en 1642, l'année même de la mort de Galilée et mourut de la pierre en 1727. Comme Kepler il était né avant terme et on crut d'abord qu'on ne rélèverait point. « Il fut envoyé, dit le Grand dictionnaire universel du xix e siècle, à l'âge de douze ans, à l'école de Grantham, pour y apprendre le latin. Il raconte lui-même qu'il était d'abord trèsinattentif et un des derniers de sa classe. 11 ne serait sorti de sa léthargie que pour enlever la place de premier à un de ses camarades qui l'avait battu. Sa petite taille et sa débilité l'éloignaient des jeux bruyants de ses condisciples. Il passait tout le temps de ses récréations à construire des machines de diverses sortes, de petits moulins où une souris faisait l'office de meunier, une horloge à eau, dont l'aiguille était mue par un petit morceau de bois qui s'enfonçait à mesure que l'eau s'écoulait, un cadran solaire, une voiture que le conducteur placé sur le siège mettait en mouvement avec les bras. Il s'exerçait aussi au dessin et à la peinture, pour laquelle il conserva toujours un goût marqué et qu'il cultiva avec un certain succès.

Nommé en 1072, membre de la société royale de Londres , il fut obligé de se faire exempter de la pe-

tite contribution hebdomadaire de i schilling, imposée à chaque membre; mais plus tard son livre des Principes lui procura honneur et richesse. Il devint en 1099 directeur de la monnaie aux appointements de 30,000, francs par an, et président de la société royale, en 1703.

Neio ton exécuta de sespropres mains son télescope à réilexion, qui ne fut qu'une modification, mais fort importante, de celui de David Gregory, décrit par ce dernier dans un ouvrage de 1603; Newton renvoya l'image au foyer de l'objectif par un miroir plan incliné à 45° sur l'axe du tube, tandis que Grégory plaçait la loupe derrière un miroir sphérique évidé en son milieu.

Les principaux ouvrages de Newton sont :

L'Arithmétique universelle {arithmetica universalis, sive de compositione arithmetica liber, auct. Is. Newton) publié seulement en 1707 par. G.

Whiston son successeurdans sa chaire.

L'Optique (Treattise on thereflections, refractions, inflexions and colours on light), 1704. On y voit sa fameuse prédiction sur la nature du diamant, dont la substance, dit-il, doit être onctueuse avant d'être coagulée, parce que sa densité ne comporterait pas, autrement, un tel pouvoir réfringent.

Traité de la quadrature des courbes, (Tractatus de quadratura curvarum),

Analysis per sequationes numéro terminorum infinitas et methodus differentialis, 1712.

L'Apocalypse, commentée.

Mais son grand ouvrage, celui qui fait toute sa gloire, est son livre des principes, dans lequel se trouve exposée sa grande loi de la gravitation universelle avec les applications au système du monde do Copernic et aux lois de Kepler; nous citons plus loin l'historique et l'analyse que donne le Grand Dictionnaire universel, de cet ouvrage vraiment extraordinaire.

Newton était pieux et tolérant; il n'en était pas moins l'ami de Ilallcy qui n'avait point de religion, et il lui répondait, lorsqu'il se permettait des

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plaisanteries'"sur cette matière : «J'ai étudié ces choses-là, et vous ne l'avez point fait. »

On lit sur son mausolée l'épitaphe suivante :

Hic situs est

Isaacus Newton, eques auratus,

Qui anitiii vi piope divina,

Plauotal-uni motus, Gouras,

Cometariim semitas, océanique œstus,

Sua ujalhoM faciom pr^feroote,

Primus demoostravit.

Iladiortmi lucîa dissiinihtudines

Colorumque inde nascentiuoi proprietatea,

Quas nemo antea val su>picatus erat, pervesligavit.

Naturœ, antiquitatis, S. Scripturœ,

Sedultis, sagax, Gdus inteipres,

Dei opt. max. niajestatem philosophia assuerit.

Evangelii simpucitatem moribus expressit.

Sibi gratulentnr niortales, taie tautnmque extitisse

Hiunani generis decus.

Natus xxv décemb. udcxlii, obiit xx mar.

MDCCXXVIl.

« Comme géomètre et comme expérimentateur, dit M. Biot, Newton est sans égal ; par la réunion de ces deux genres de génie à leur plus haut degré, il est sans exemple. » — « De quelque côté que nous tournions nos regards, dit J.-W. Herschel, nous sommes forcés de nous incliner devant le génie de Newton. Nous ne pouvons lui refuser une vénération que personne, dans les sciences, n'obtint jamais. Son époque est celle où la raison atteignit, sous ce rapport, une entière maturité. Tout ce qui avait été fait jusque-là peut être comparé aux tentatives imparfaites de l'enfance ou aux essais d'une adolescence pleine de sève, mais encore inhabile.

Quant aux travaux qui ont suivi, quelque prodigieux qu'ils soient, ils ne sauraient être mis en balance avec ceux qui sont consignés dans les Principes. « Et cependant, ajoute le Grand Dictionnaire, Newton, estimant à peu de chose ce qui était connu en raison de ce qui restait à connaître, disait de lui-même qu'il n'était qu'un entant occupé à ramasser des cailloux sur le rivage, tandis que l'immense océan de la vérité s'étendait inexploré devant lui. »

« Newton, dit M. Héfélé, un des plus rares génies qu'ait vus le monde, était un caractère moral dans le sens le plus élevé du mot. — De même que Leibnitz, il était tellement préoccupé de ses hautes pensées qu'il oubliait

souvent son corps, et, comme Leibnitz, il mourut sans être marié...

« Non-seulementIVeujfon, en faisant ses admirables découvertes, rendit gloireàDieu et àla divine Providence, mais il étaitconvaincuque lavéritable moralité est aussi impossible sans la foi chrétienne positive que le vol d'un oiseau sans ailes. Il était anglican décidé et prouva, dans l'affaire du Bénédictin Francis, au roi d'Angleterre, qu'il devait écouter Dieu plutôt que les hommes quand la conviction religieuse l'exigeait. Il n'aimait pas les Catholiques, mais il ne les outrageait ni ne les persécutait..,

» Ce ne fut qu'à la tin de sa vie que Newton s'occupa beaucoup de théologie, mais uniquement du prophète Daniel et de l'Apocalypse de saint Jean, sur lesquels il laissa un commentaire in-folio : Ad Danielis prophétie vaticinia necnon S. Johannis Ayioi-alypsin observationes, Londres,

» Ce que les encyclopédistes français ne surent pas, et ce que leurs adhérents ont heureusement inventé et maintes fois répété, c'est que l'esprit de Newton s'affaiblit à dater de 1692 et que sa piété date de cette époque.

Pour réfuter cette savante billevesée il suffit de rappeler que ce Newtoti radoteur occupe encore plusieurs fois sa place au parlement après cette date de 1692, qu'il remplit avec honneur les fonctions oflicielles les plus importantes, que plusieurs de ses écrits connus dans le monde entier sont d'une date postérieure à 1692, qu'en 1716 il résolut, en une soirée, une difficulté analytique proposée par Leibnitz aux mathématiciens anglais; enlin que Newton resta depuis 1703 jusqu'à sa mort président de la Société royale de Londres. »

Il y a cependant deux taches sur la vie de Newton, l'une scientifique, l'autre morale.

^ La première : c'est qu'il se moqua, d'une manière indigne d'un philosophe et d'un savant, de l'éther et des tourbillons de Descartes et de Malebranche, qui inspiraient à Huyghens, dans le même temps, sa belle théorie des ondulations, destinée à renverser un jour la théorie newtonienne

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des émanations; Newton lui-même avouait dans son optique, en termes équivalents, que l'èther de Descartes pourrait servir à expliquer sa loi de l'attraction ; on ne conçoit pas, disait-il, qu'une molécule de matière puisse en attirer une autre à distance lorsqu'elle en est séparée par un vide, et l'on ne saurait comprendre un tel résultat qu'en imaginant un milieu subtil qui ferait que tout serait plein et qui établirait la relation. N était-ce pas rendreparlà justice à la conception cartésienne de l'étber? et, en ce cas, pourquoi attaquer les tourbillons qui en étaient un développement de pure imagination?

La seconde : c'est qu'il ne montra point d'empressement à rendre justice à Leibnitz qui avait inventé, en même temps que lui, quoique en suivant une route différente, le calcul différentiel et infinitésimal; Newton avait avoué lui-même la coïncidence du génie de Leibnitz et du sien par la note suivante qui figurait dans la première édition des Principes : « Il y a dix ans qu'étant en commerce de lettres avec M. Leibnitz, et lui ayant donné avis que j'étais en possession d'une méthode pour déterminer les tangentes et poser les questions de maximis et minimis, méthode que n'embarrassaient point les irrationalités, et l'ayant cachée sous des lettres transposées, il me répondit qu'il avait rencontré une méthode semblable et il me communiqua cette méthode qui ne différait de la mienne que dans les termes et dans les signes, comme aussi dans l'idée de la génération des grandeurs. » Cette note rétablissait les droits de Leibnitz, qui lui avait communiqué sa méthode.

Or, cette mention fut retranchée des éditions suivantes, et Newton laissa passer le grand Leibnitz pour son plagiaire.

Citons maintenant le sommaire historico-analytique des Principes, que nous avons promis :

« C'est probablement vers l'année lfi83 que Newton composa ses Principes mathématiques de philosophie naturelle, où il dévoile pour la pre-

mière fois la doctrine de l'attra .tion universelle. Il était sans doute depuis longtemps en possession de ces principes; car c'est à l'époque de sa retraite momentanée, en 16CG, que l'on rapporte l'anecdote de cette chute d'une pomme qui aurait attiré son attention sur les lois de la pesanteur. Il aurait conçu dès lors l'idée d'appliquer le calcul au mouvement de la lune, pour comparer la force qui retient l'unité de masse dans son orbite au poids de cette même unité de masse à la surface de la terre, et déduire de cette comparaison la loi de la variation de la pesanteur avec la distance.

» La valeur attribuée alors au rapport du rayon terrestre à la distance de la terre à la lune n'étant pas exacte, Newton trouva que le poids de l'unité de masse, à la distance de la lune, calculé d'après la loi de la variation en raison inverse du carré de la distance, surpassait d'un sixième la force qui, d'après la loi connue du mouvement de circulation de notre satellite, devait être réellement appliquée à cette unité de masse, pour la maintenir dans son orbite. D'après cela, Newton crut d'abord la loi fausse et abandonna son travail; mais, en 1682, les résultats obtenus en France par Picard ayant été communiqués à la Société royale, Newton revint à son idée première. Cette fois, l'accord fut parfait.

La joie de ce beau triomphe, si longtemps et si patiemment attendu, mit, dit-on, l'immortel auteur des Principes dans un état tel d'excitation nerveuse, qu'il ne put pas vérifier lui-même son calcul et en confia le soin à un ami. Le manuscrit des Principes mathématiques de philosophie naturelle fut présenté à la Société royale le 28 avril 1080. Ce manuscrit, tout entier de la main de l'auteur, est le plus précieux trésor de la Société, qui possède, en outre, le cadran solaire fait par Newton enfant et son télescope réflecteur. La publication n'eutlieu qu'en mai 1687.

Nous résumerons en quelques mots la loi de la gravitation universelle découverte par Neivton :

» 1° Toutes les particules de ma-

Hfil

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tière répandues dans l'univers s'attirent mutuellement en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de la distance ; 2" cette force est indépendante du temps; elle agit à travers toutes les substances, quels que soient leur nature et leur état de repos et de mouvement; 3° quand deux corps sphériques s'attirent, l'attraction s'exerce précisément comme si la masse entière était réunie au centre de chaque sphère, et, par conséquent, comme si chacun d'eux n'était formé que d'une seule particule; 4° deux corps sphériques, obéissant à l'action de l'attraction, se meuvent de façon que chacun d'eux décrit autour de leur centre commun de gravité des courbes appartenant aux sections coniques.

L'expérience a prouvé que ces lois gouvernent notre système solaire, et les découvertes récentes sur les étoiles doubles ont montré qu'elles règlent également la marche des astres les plus éloignés, de sorte qu'on peut dire que l'attraction universelle est la plus haute, la plus vaste généralisation à laquelle la science soit parvenue.

» Le livre des Principes est le principal titre de gloire de Newton; il y rend compte, à l'aide de sa théorie, de la plupart des phénomènes astronomiques; il rattache les inégalités du mouvement de la lune à l'action perturbatrice du soleil ; il montre que les marées naissent de l'inégalité de l'attraction que le soleil et la lune exercent sur la terre et l'Océan qui l'entoure; enfin il établit que la précession des équinoxes n'est qu'une conséquence nécessaire des actions exercées par le soleil et la lune sur le ménisque terrestre que retrancherait la sphère décrite sur la ligne de ses pôles comme diamètre. La marche que suit Newton dans cet immortel ouvrage est aussi simple que possible : après avoir rappelé les théorèmes de mécanique déjà connus, auxquels cependant il ajoute sans démonstration le principe de la conservation du mouvement du centre de gravité, Newton démontre d'abord très-simplement le théorème des aires, quelle que soit la

loi de variaton de la force centrale, et prouve réciproquement que la force est dirigée vers le centre des aires, dans tout mouvement quelconque où le théorème s'applique; il calcule ensuite la force accélératrice dans le cas d'un mouvement elliptique ou la loi des aires s'observe par rapport au foyer, et trouve que cette force varie en raison inverse du carré du rayon vecteur; enfin, retournant le problème, il suppose un mobile attiré vers un centre fixe, en raison inverse du carré de la distance, et il trouve que la trajectoire sera une conique. Cette théorie si simple est admirable de tous points; mais il est juste, en rendant à Newton les honneurs qu'il mérite, de nommer Huyghens, dont la théorie des forces centripètes avait aplani en partie les difficultés. Le second livre des Principes traite du mouvement dans un milieu résistant. Il présente moins d'intérêt. Mais le troisième, où Newton applique au système du monde les principes posés dans le premier, ne saurait être loué autant qu'il le mérite; et l'on comprend l'enthousiasme de Voltaire, que les croyants peuvent trouver hyperbolique, mais non pas sacrilège :

Confidents du Très-Haut, substances immortelles, Qui brûlez de scb feus, qui couvrez de vos ailes Le trône où votre maître est assis parmi vous. Parlez! du grand Newton n'étiez-vous point jalouî?

» Lagrange, anéanti devant un pareil prodige de l'esprit humain, disait tristement qu'il n'y avait plus de système du monde à découvrir; il sentait qu'il était né trop tard.

C'est dans ce troisième livre que Newton établit la loi de la gravitation universelle, montre que la troisième loi de Kepler en est une conséquence, explique la rétrogradation des points équinoxiaux, les inégalités de la lune, les marées, pèse les planètes qui ont des satellites et jette les bases de la théorie des comètes. Il est regrettable que Newton ait cru devoir terminer son ouvrage par une diatribe juste, mais inutile, contre les tourbillons de Descartes. »

Déjà, nous avons répondu à cette qualification de juste que le Grand

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Dictionnaire veut bien attribuer à la diatribe de Newton, selon nous fort injuste.

Le Noir.

NICÉE, ville de Bithynie, dans laquelle ont été tenus deux conciles généraux.

Le premier y fut assemblé l'an 325, sous le règne et par les ordres de Constantin, pour terminer la contestation qu'Anus, prêtre d'Alexandrie, avait élevée au sujet de la divinité du Verbe ; il fut composé de . 318 évoques, convoqués des différentes parties de l'empire romain : il s'y trouva même un évoque de Perse et un de la Scythie.

Avius, qui avait enseigné que le Fils de Dieu était une créature d'une nature ou d'une essence inférieure à celle du Père, y fut condamné ; le concile décida que Dieu le Fils est consubstantiel au Père ; la profession de foi qui y fut dressée, et que l'on nomme le Symbole de Nicée, fait encore aujourd'hui partie de la liturgie de l'Eglise.

Dix-sept évèques qui étaient dans le même sentiment qu'Anus, refusèrent d'abord de souscrire à sa condamnation et à la décision du concile ; douze d'entre eux se soumirent quelques jours après, et enfin il n'en resta que deux qui furent exilés par l'empereur avec Anus. Mais dans la suite cet hérésiarque trouva un grand nombre de partisans, et l'Eglise fut troublée pendant longtemps par les disputes, les séditions, les violences auxquelles ils eurent recours pour faire prévaloir leur erreur. Voy.

AWANISME.

Ce même concile régla que la pàque serait célébrée dans toute l'Eglise le dimanche qui suivrait immédiatement le 14 e jour de la lune de mars, comme cela se faisait déjà dans tout l'Occident; il travailla à éteindre le schisme des méléciens et celui dos novatiens. Voyez ces deux mots. Il dressa enfin des canons de discipline au nombre de vingt, qui ont été unanimement reçus et observés.

Les Orientaux des différentes sec'fts en reçoivent un plus grand nombre, connus sous le nom de Canons arabi-

ques du concile de Nicée ; mais les différentes collections qu'ils enont faites ne sont pas uniformes ; les unes en contiennent plus, les autres moins, et il y en a plusieurs qui sont évidemment tirés des conciles postérieurs à celui de Nicée. Renaudot, Histoire des patriarches d'Alexandrie, pag. 71.

Jusqu'au seizième siècle, ce concile avait été regardé comme l'assemblée la plus respectable qui eût été tenue dans l'Eglise ; par l'histoire que Tillemont eu a faite, Mémoire, tom. 6, pag. 634, on voit que la plupart des évoques dont il fut composé étaient des hommes vénérables, non-seulement par leur capacité et par leurs vertus, mais encore par la gloire qu'avaient eue plusieurs de confesser Jésus-Christ pendant les persécutions, et par les marques qu'ils en portaient sur leur corps. Mais depuis que les sociniens ont trouvé bon de renouveler l'arianisme, ils ont eu intérêt de rendre suspecte la décision de ce concile ; ils l'ont représenté comme une assemblée d'évêques dont la plupart étaient, comme leurs prédécesseurs, imbus de la philosophie de Platon, qui ne l'emportèrent sur Arius que parce qu'ils se trouvèrent plus forts que lui dans la dispute, et qui eurent la témérité de forger des termes et des expressions qui ne se trouvent point dans l'Ecriture sainte. Les protestants, dont les chefs Luther et Calvin n'ont été rien moins qu'orthodoxes sur la Trinité, qui se trouvaient intéressés d'ailleurs à diminuer l'autorité des eoncilos généraux, en ont parlé à peu près sur le même ton. Les incrédules, copistes des uns et des autres, ont jugé qu'avant le concile de Nicée la divinité du Verbe n'était point un article de foi, que ce dogme a été inventé pour l'honneur et pour l'intérêt du clergé, et qu'il n'a prévalu dans l'Eglise que par l'autorité de Constantin. Histoire du Socin., i 10 part., c. 3.

Cependant, selon le récit des auteurs contemporains, d'Eusèbe, trèsfavorable d'ailleurs au sentiment d'Arius, de Socrate, de Sozomène, de Théodoret, c'est Arius, et non les

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évêqnes, qui argumentait sur des notions philosophiques : lorsqu'il débita ses blasphèmes en plein concile, les évêqnes se bouchèrent les oreilles par indignation, pour ne pas les entendre ; ils se bornèrent à lui opposer l'Ecriture sainte, la tradition, la croyance universelle de l'Eglise. Au mot Divinité de Jésus- Christ, nous avons fait voir que ce dogme est appuyé sur des passages très-clairs et très-formels de l'Ecriture sainte, sur le langage constant et uniforme des Pères des trois premiers siècles, sur la liturgie et les prières de l'Eglise, sur la constitution entière du christianisme ; que, si ce dogme fondamental était faux, toute notre religion serait absurde. Cela est démontré par la chaîne des erreurs que les sociniens ont été forcés d'enseigner : dès qu'ils ont cessé de croire la divinité de Jésus-Christ, leur croyance est devenue le pur déisme.

. Nous ne savons pas sur quoi fondé Mosheim a dit qu'avant l'hérésie d'Arius et le concile de Nicée, la doctrine touchant les trois Personnes de la sainte Trinité n'avait pas encore été fixée, que l'on n'avait rien prescrit à la foi des chrétiens sur cet article, que les docteurs chrétiens avaient des sentiments différents sur ce sujet , sans que personne s'en scandalisât. Hist. ecclés. du quatrième siècle, 2 e part., c. 5, § 9. Depuis les apôtres, la doctrine catholique touchant la sainte Trinité était iixée par la forme du baptême, par le culte suprême rendu aux trois Personnes divines, par les anathèmes prononcés contre divers hérétiques Cèrinthe, Carpocrate, les Ebionites, Théodote le Corroyeur, Artémas et Artémon , Praxéas , les Noétiens Béryllede Bostres, Sabellius, Paul de Samosate, avaient nié, les uns la divinité de Jésus-Christ, les autres la distinction des trois Personnes divines ; tous avaient été condamnés.

Saint Denis d'Alexandrie et le concile qu'il lit tenir contre Sabellius l'an 261, celui de Rome, sous le pape Sixte II, en 257, ceux d'Antioche tenus contre Paul de Samosate en 264

et 269, avaient établi la même doctrine que le concile de Nicée: celuici se ht une loi de n'y rien changer :

tel est le bouclier que saint Athanase et les autres docteurs catholiques n'ont pas cessé d'opposer aux ariens.

Le point d'honneur, l'intérêt, l'esprit de dispute et de contradiction, n'ont donc pu avoir aucune part à la décision. Voyez Symbole.

Une preuve que c'était l'ancienne foi de l'Eglise, c'est qu'elle fut reçue sans contestation dans toute l'étendue de l'empire romain, dans les synodes que les évêqnes tinrent à ce sujet, même dans les Indes et chez les Barbares où il y avait des chrétiens. Ainsi l'attestait saint Athanase, à la tête d'un concile de quatre-vingtdix évèques de l'Egypte etde la Libye, l'an 369. Epistolx episcopoi~u.ni JEyypti, etc., ad Afros, op. tom, 1. part. 2, p. 891 et 892. Déjà, l'an 363, il avait écrit à l'empereur Jovien : « Sachez, » religieux empereur, que cette foi » a été prêchée de tout temps, qu'elle » a été professée par les Pères de » Nicée, et qu'elle est confirmée par » le suffrage de toutes les Eglises du » monde chrétien ; nous en avons les » lettres. » Ibid., page 781. Ce Père, qui, dans ses divers exils, avait parcouru presque tout l'empire, pouvait mieux le savoir que des écrivains du dix-huitième siècle. Eusèhe même de Césarée, malgré son penchant décidé à favoriser Arius, protestait à ses diocésains, en leur envoyant la décision de Nicée, que c'avait toujours été sa croyance, et qu'il l'avait reçue telle des évêques ses prédécesseurs.

Dans saint Athanase, t. 1, pag. 236, et dansSocrate, Hist. ecclés., 1. i , c. 8,

L'autorité de Constantin n'influa pour rien dans la décision du concile de Nicée ;il laissa aux évèques pleine liberté de discuter la question et de la décider comme ils jugeraient à propos ; la crainte de déplaire à cel empereur n'imposa point aux partisans d'Arius, puisque plusieurs re> fusèrent de signer sa condamnation.

Dans la suite, les empereurs Constance et Valens, séduits par les ariens, usèrent de violence pour faire réformer la décision du concile de

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Nicée ; maisles empereurs catholiques n'en ont employé aucune pour faire prévaloir cette doctrine.

Mosheim, parlant des canons de discipline établis par ce concile, dit que les Pères de Nicée étaient presque résolus d'imposer au clergé le joug d'un célibat perpétuel, mais qu'ils en furenl détournés par Paphnuce, l'un des évêques de la Thébaïdc ; son traducteur nomme cette loi du célibat, une loi contre nature, IV e siècle, 2 e part. cap. S, § 12. Les protestants ont fait grand bruit à l'égard de ce fait ; mais il est ici fort mal présenté. Selon Socrate, 1. i, c.

11, et Sozoniène, 1. 1, c. 23, les Pères de ^ Nicée voulaient ordonner aux évêques, aux prêtres et aux diacres, qui avaient été mariés avant leur ordination, de se séparer de leurs femmes ; Paphnuce, quoique célibataire lui-même, représenta que cette loi serait trop dure et serait sujette à. des inconvénients, qu'il suffisait de s'en tenir à la tradition de l'Eglise, selon laquelle ceux qui avaient été promus aux ordres sacrés avant d'être mariés, doivent renoncer au mariage.

En effet, le 1 er canon du concile de Néocésarée, tenu l'an 314 ou 315, ordonnait de déposer un prêlre qui se serait marié après son ordination; le 27 e canon des apôtres ne permettait qu'aux lecteurs et aux ckantres de prendre des épouses :

telle était Vancienne tiadition de UEglise. Mais les protestants qui ont jugé que c'était une loi contre nature, ont trouvé bon de supposer que le concile de Nicée avait laissé à tous les clercs sans distinction la liberté de se marier. Voyez Célibat.

Le deuxième concile de Nicée, qui est le septième général, fut tenu l'an 7.87 contre les iconoclastes : il s'y trouva 377 évêques d'Orient avec les légats du pape Adrien.

On sait que les empereurs Léon risaurien, Constantin Copronyme et Léon IV, s'étaient déclarés contre le eulte rendu aux images, les avaient fait briser, et avaient sévi avec la dernière rigueur contre ceux qui demeuraient attachés à ce culte. Constantin Copronyme avait assemblé,

l'an754, un concile àConstantinople, dans lequel il avait fait condamner le culte et l'usage des images, et il avait appuyé cette décision par ses lois. Sous le règne de l'impératrice Irène, veuve de Léon IV, qui gouvernait l'empire au nom de son fils Constantin-Porphyrogénète, encore mineur, le concile de Nicée fut tenu pour réformer les décrets de celui de Constantinople, et pour rétablir le culte des images. La plupart des évêques qui avaient assisté et souscrit à ces décrets se rétractèrent à Nicée.

Il y fut décidé que l'on doit rendre aux images de Jésus-Christ, de sa sainte mère, des anges et des saints, le salut et l'adoration d'honneur, mais non la véritable latrie qui ne convient qu'à la nature divine ; parce que l'honneur rendu à l'image s'adresse à l'original, et que celui qui adore l'image adore le sujet qu'elle représente ; que telle est la doctrine desr saints Pères et la tradition de l'Eglise catholique répandue partout. î)ans les lettres que le concile écrivit à l'empereur, à l'impératrice et au clergé de Constantinople, il expliqua le mot d'adoration, et lit voir que, dans le langage de l'Ecriture sainte; adorer et saluer sont deux termes synonymes*

Cette décision, envoyée par le pape Adrien à Charlemagne et aux évêques des Gaules, essuya beaucoup de difficultés et de contradictions, nous en avons exposé les suites à l'article Image.

On conçoit que les protestants, ennemis jurés du culte des images, n'ont pas manqué dedéclamercoutrele concile de Nicée; ils ont tâché de répandre sur ses décrets tout l'odieux des crimes dont l'impératrice Irène s'était rendue coupable. On abrogea, disentils, dans cette assemblée, les luis impériales au sujet de la nouvelle idolâtrie; on annula les décrets du concile de Constantinople : on rétablit le culte des imageset de la croix, et I'ou décerna des châtiments sévères contre ceux qui soutiendraient que Dieu é tait' le seul objet d'une adoration religieuse. On ne peut rien imaginer de plus ridicule et déplus trivial que les

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arguments sur lesquels les évèques qui composaient ce concile fondèrent leur décret. Cependant les Romains les tinrent pour sacrés, et les Grecs regardèrent comme des parricides et des traîtres ceux qui refusèrent de s'y soumettre. Mosheim, Hist.ecclés., huitième siècle, 2° part. c. 3, § 13.

Au mot Image, nous avons l'ait voir que le culte qu'on leur rend dans 1 Eglise catholique n'est ni un usage nouveau ni une idolâtrie; aussi celte qualification n'est point de Mosheim, mais de son traducteur. Nous avons montré que, dans toutes les langues, le terme adorer est équivoque, qu'il signifie également le culte rendu à Dieu et l'honneur rendu aux créatures, qu'il est employé de même par les auteurs sacrés et par les écrivains ecclésiastiques ; il est donc ridicule de vouloir confondre l'honneur rendu aux images et le culte rendu à Dieu, parce qu'ils sont exprimés par le même terme. Une objection fondée sur une pure équivoque n'est qu'une puérilité.

L'assemblée des évèques à Constantinople, l'an 754, ne mérite point le nom de concile; le chef de l'Eglise n'y eut aucune part; au contraire il la rejeta comme une assemblée srhismatique : ce fui un acte de despotisme de la part de Constantin Copronyme; tout s'y conclut par sa seule autorité :

les évèques, subjugués par la crainte, n'osèrent lui résister : aussi demandèrent-ils pardon de leur faute au concile de Nicée. Il n'est pas vrai, quoi qu'en dise Mosheim, que les Grecs regardent ce conciliabule de Constantinople comme le septième œcuménique, préférablement à celui de Nicée; les Grecs, quoique schismatiques, ne sont point dans les sentiments des iconoclastes ni dans ceux des protestants.

Il est encore faux que l'on ait décerné des châtiments sévères contre ceux qui soutiendraient que Dieu est le seul objc! d'une adoration religieuse. Le concile de IVïcée distingue expressément l'adoration religieuse proprement dite, ou la véritable latrie, qui n'est due qu'à Dieu seul, d'avec le simple honneur, nommé improprement adoration, que l'on

rend aux images, culte purement relatif, et qui se rapporte à l'objet qu'elles représentent. Voy. Adoration, Culte.

Les raisons sur lesquelles les Pères de Nicée fondèrent leurs décisions ne sont ni ridicules ni triviales; ils s'appuyèrent principalement sur la tradition constante et universelle de l'Eglise; on lut en plein concile les passages des docteurs anciens, et l'on y réfuta en détail les fausses raisons qui avaient été alléguées dans l'assemblée de Constanlinople. Ce sont les mêmes dont les protestants se servent encore aujourd'hui.

Il est faux que l'on ait traité comme des parricides et des traîtres ceux qui refusèrent d'obéir à la décision de Nicée, ni que l'on ait sévi contre eux; nous ne voyons dans l'histoire aucun supplice infligé à ce sujet; le concile ne décerna point d'autre peine que celle d"e ladéposition contre les évèques et contre les clercs, et celle de l'excommunication contre les laïques : au lieu que les empereurs Léon l'Isaurien , Constantin Copronyme et Léon IV avaient répandu des torrents de sang pour abolir le culte des images, et avaient exercé des cruautés inouïes contre ceux qui ne voulaient pas imiter leur impiété. Mosheim lui-même en est convenu, et il n'a pas osé condamner avec autant de hauteur que le fait son traducteur, la conduite des papes qui s'opposèrent de toutes leurs forces à la fureur frénétique de ces trois empereurs. Jamais les catholiques n'ont employé contre les mécréants les mêmes cruautés que les hérétiques, lorsqu'ils se sont trouvés les maiires, ont exercées contre les orthodoxes.

Bergier.

NICERON (Jean-Pierre) {Théol.

hist. biog. et bibiiog.) — Cet auteur fameux des Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la république des lettres, avec un catalogue raisonné de leurs ouvrages, Paris 1727- 1745, 43 parties en 44 vol., était né à Paris en 1703, avait été ordonné prêtre en 1708, avait professé les humanités et la philosophie, et à partir

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de 1716, ne s'était plus occupé que de sonjiistoire littéraire. Il mourut en 1733, n'ayant poussé son travail que jusqu'au 39 e vol., et n'ayant achevé que les trois premières lettres.

Mais il laissait beaucoup de matériaux pour le reste; ce n'étaient que les écrivains français dont il s'occupait de la sorte.

Le Noir.

^ NICHE. On nomme ainsi , dans l'Eglise romaine, un petit trône orné de dorures ou d'étoile précieuse, surmonté d'un dôme ou d'un dais, et sur lequel on place le saint Sacrement, un crucifix, ou une image de la sainte Vierge ou d'un saint.

Il y a bien de l'indécence, pour ne rien dire de plus, à comparer l'usage de porter en procession ces objets de notre dévotion, avec la coutume des idolâtres anciens ou modernes, qui portaient aussi en procession dans des niches ou sur des brancards les statues de leurs dieux ou les symboles de leur culte. C'est cependant ce que l'on a fait dans plusieurs dictionnaires. A-t-on voulu insinuer par là que le culte que nous rendons à la sainte eucharistie ou aux saints est de même espèce, et non moins absurde que celui que les païens rendaient à leurs idoles. Vingt fois nous avons réfuté ce parallèle injurieux, toujours répété par les protestants et par les incrédules. Les prétendus dieux du paganisme étaient des êtres imaginaires, la plupart de leurs simulacres étaient des objets scandaleux, et les pratiques de leur culte étaient ou des puérilités ou des infamies. Jésus-Christ Diteu et homme, réellement présent dans l'eucharistie, mérite certainement nos adorations ; les images des saints sont respectables à plus juste titre que celles des grands hommes, puisqu'elles nous représentent des modèles de vertu; et dans les honneurs que nous leur rendons il n'y a rien de ridicule, de scandaleux, ni d'indécent. Voyez Culte, Idolâtrie, Image, Saint, etc.

Bergier.

NICÉPHORE (S.) (Théol. hist. biog.

et bibliog.) — Ce patriarche de Con-

slantinople, né dans cette ville en 758 et mort en 828, après quatorze ans d exil pour sa foi sous l'iconoclaste Léon l'Arménien, a laissé beaucoup d'ouvrages dont on trouve la liste dans la Bibliotheca grseca de Fabri- «us. Voici les principaux, tels que les indique M. Tinkauser :

« 1. Breviarium historienm de la mort de Maurice, ou de 602 à 770.

éd. Petav., Gr. et Lat., Paris, 161 6; dans les historiens de Byzance, éd.

Paris, 1648, et Venet., 1729.

» 2. Chronagraphia depuis la création du monde jusqu'en 828, éd. Gr., dans Scaliger, Thésaurus temporum.

Lugdun. Batav., 1606, mm notis Gr.

et Lut., éd. J. Goar, Paris, 1632, Venet., 1729.

« 3. Libri très antirrheticiadv. Mamonam et Iconomachos. ùanisius publia quatre volumes de cet ouvrage volumineux: Lat., t. IV Lection. antiq., qu'on a réimprimés dans le t. XIV de la Bibl. Palrum, éd. Lugd.

On en a aussi extrait le Fragmentum de sex Synodis, éd. Gr. et Lat. Combefisii Auctar. nov. Bibl. Patr., t. II, Paris, 1 648 ; Lat. in Bibl. Patr., Lugd., t. XIV; enfin deux Fragmenta de sex Synodis, éd. Combefis., Gr. et Lat., Auct. nov. Bibl. Patr., t. I, Paris, 1648. La partie de beaucoup la plus considérable de cette œuvre capitale deNiccphore est encore en manuscrit dans les bibliothèques.

» 4. Confessio fidei ad Leoncm III, Lat. éd. Baron, ad ann. 811, n» 20 sq. ; Gr. et Lat. inter Acta synodi Ephes., Heidelberg, 1591, p. 342; Ibid., 1604, p. 303.

» 5. Canones ecclesiastici XVII, éd.

Gr. et Lat. Bonefid., in II libr. Juris orientales, Paris, 1583; Gr. et Lat., éd. Marquardi Freheri, Francofurti, 1506. »

Le Noir.

NICÉTAS (David) {ThM. hist. biog.

et bibliog.) — Ce philosophe chrétien, surnomme le Paphlagonien, qui, d'après Léo Allatius, devint évèque de Paphlagonie, et dont Combefis a publié les œuvres dans l'Auctarium novissimum biblibthecx veterum patrum, était né à Constanlinople et avait vécu vers 880. Il est l'auteur de

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la biographie de saint Ignace, de Constantinople, qu'on imprime ordinairement à la suite des actes du iv° concile de Constantinople (8° œcuménique), et de plusieurs autres panégyriques de saints, par exemple Apostolorum XII encomia.

Le Noir.

NICODÈME, docteur juif, qui vint pendant la nuit trouver Jésus-Christ pour s'instruire. « Maître, lui dit-il, » nous voyons que Dieu vous a en- » voyé pour enseigner; un homme » ne pourrait pas faire les miracles » que vous faites, si Dieu n'était pas » avec lui. » Joau., c. 3, f i. Le témoignage rendu au Sauveur par un des principaux docteurs de la synagogue a déplu aux incrédules, ils ont cherché à l'affaiblir. Ils ont dit que le discours adressé par Jésus-Christ iNicodème est inintelligible, qu'il ne lui déclare pas nettement sa divinité, qu'il semble que Jésus n'ait parlé à ses auditeurs que pour leur tendre un piège et les induire en erreur.

Cependant ce discours nous paraît très-intelligible et très-sage. Jésus avertit d'abord ce docteur que personne ne peutentrer dans le royaume de Dieu s'il ne reçoit une nouvelle naissance par Peau et par le Saint-Esprit; c'était une invitation faite à Tïicodéme de recevoir le baptême Jésus compare celte nouvelle naissance aux effets du vent, donton entend le bruit sans savoir d'où il vient; ainsi, dit le Sauveur, on voit dans le baptisé un changement dont la cause est invisible, changement qui consiste à vivre selon l'esprit et non selon la chair. Il ajoute que le témoignage qu'il rend de cette vérité est digne de foi, puisqu'il est descendu du ciel pour venir l'annoncer aux hommes ; mais quoique descendu du ciel, il dit qu'il est dans le ciel, f 13, et nous demandonsaux sociniens comment le Fils de l'homme descendu du ciel pouvait encore être dans le ciel, s'il n'était pas Dieu et homme.

« Dieu, continue le Sauveur, a tel- » lement aimé le monde, qu'il lui a » donné son Fils unique, afin que » quiconque croit en lui ne périsse » point, mais obtienne la vie éter-

» nelle. Il n'a point envoyé son Fils » pour juger le monde, mais pour le » sauver. » Jésus-Christ pouvait-il révéler plus clairement sa divinité à Nicodéme qu'en lui déclarant qu'il était aussi réellement Fils de Dieu que Fils de l'homme? S'il n'avait pas été Dieu, pouvait-il sauver le monde?

Il est certain d'ailleurs que les docteurs juifs prenaient le mot Fils de Dieu dans toute la rigueur, et qu'ils étaient convaincus par les prophéties que le Messie devait être Dieu luimême. Voyez Divinité de Jésus- Christ.

Il y a eu un Evangile apocryphe sous le nom de Nicodéme; c'était une histoire de la passion et de la résurrection de Jésus-Christ; mais il n'a commencé à paraître qu'au quatrième siècle; il y est dit à la fin qu'il a été trouvé par l'empereur Théodose :

avant ce temps-là on n'en avait pas entendu parler, aussi n'en a-t-on fait aucun cas. C'était évidemment une narration tirée des quatre évangélistes par un auteur ignorant qui y avait ajouté des circonstances imaginaires.

Fabricii Codex apocryphus. N. T.

p. 214. Il n'est pas certain que ce faux Evangile soit la même chose que les Actes de Pilate dont les anciens ont parlé. Voyez Pilate.

Bergier.

NICOLAITES. C'est le nom de l'une des plus anciennes sectes d'hérétiques. Saint Jean en a parlé dans l'Apocalypse, c. 2, f 6 et 15, sans nous apprendre quelles étaient leurs erreurs. Selon saint Irénée, ado. ILvres., lib. i, c. 26, ils tiraient leur origine de Nicolas, l'un des sept diacres de l'Eglise de Jérusalem, qui avaient été établis par les apôtres, Act., c. 7, y S :

mais les anciens ne conviennent point de la faute par laquelle il avait donné naissance à une hérésie. Les uns disent que, comme il avait épousé une très-belle femme, il n'eut pas le courage d'en demeurer séparé, qu'il retourna avec eile après avoir promis de vivre dans la continence, et qu'il chercha à pallier sa faute par des maximes scandaleuses. D'autres prétendent que, comme il était accusé de jalousie et d'un attachement ex-,

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cessif à cette femme, pour dissiper ce soupçon, il la conduisit aux apôtres et offrit de la céder à quiconque voudrait l'épouser; ainsi le raconte saint Clément d'Alexandrie, Strorn., 1. 3, c. 4, p. 522 et 523 : il ajoute que Nicolas était très-chaste et que ses tilles vécurent dans la continence, mais que des hommes corrompus abusèrent d'une de ses maximes, savoir qu'il faut exercer la chair, par laquelle il entendait qu'il faut la mortifier et la dompter. Plusieurs enfin ont pensé que ni l'un ni l'autre de ces faits ne sont probables, mais qu'une secte de gnostiques débauchés affecta d'attribuer ses propres erreurs à ce disciple des apôtres, pour se donner une origine respectable.

Quoi qu'il en soit, saint Irénée nous apprend que les nicolaîtes étaient une secte de gnostiques qui enseignaient les mômes erreurs que les corinthiens, et que saint Jean les a réfutés les uns et les autres par le commenccmentde son Evangile, adv.

Emr., 1. 3, c. 11. Or, une des principales erreurs de Cérinthe était de soutenir que le Créateur du monde n'était pas le Dieu suprême, mais un esprit d'une nature et d'une puissance inférieures; que le Christ n'était point le bis du Créateur, mais un esprit d'un ordre p.lus élevé qui était descendu dans Jésus, fils du Créateur, et qui s'en était séparé pendant lapassion de Jésus. Vb.yesCÉruNTHiENS.

Saint Irénée s'accorde avec les autres Pères de l'Eglise en attribuant aux nicolaîtes les maximes et la conduite des gnosliques débauchés. Voyez les Dissert, de D. Massuet sur saint Irénée, pag. 06 et 67 .

Coccéius, Hoffman, Vitringa, et d'autres critiques protestants, ont imaginé que le nom des nicolaîtes a été forgé pour désigner une secte qui n'a jamais existé; que dans l'Apocalypse ce nom désigne en général des hommes adonnés à la débauche et à la volupté ; que saint Irénée, saint Clément d'Alexandrie et les autres anciens Pères, ont été trompés par de fausses relations. Mosheim, dans ses Dissert, sur l'Hisl. ecclés., tom. 1, p. 395, a réfuté ces critiques téméraires ; il a fait voir qu'il n'y a aucune

raison solide de suspecter le témoignage des anciens Pères, que toutes les objections que l'on a faites contre l'existence de la secte des nicolaîtes sont frivoles. Il blâme en général ceux qui affectent d'accuser les Pères de crédulité, d'imprudence, d'ignorance, de défaut de sincérité ; i! craint que ce mépris déclaré à l'égard des personnages les plus respectables ne donne lieu aux incrédules de regarder comme fabuleuse toute l'histoire des premiers siècles du christianisme.

Nous voyons aujourd'hui que cette crainte est très-bien fondée, et il serait à souhaiter que Mosheim luimême se fût toujours souvenu de cette réflexion en écrivant sur l'histoire ecclésiastique. Foj/sî Pères.

Vers l'an 852, sous Louis le Débonnaire, et dans le onzième siècle, sous le pape Urbain II, l'on nomma nicolaîtes les prêtres, diacres et sousdiacres, qui prétendaient qu'il leur était permis de se marier, et qui vivaient d'une manière scandaleuse; ils furent condamnés au concile de Plaisance, l'an 1095. De Marca, t. 10.

Concil., p. 185. Bergier.

NICOLAS (Théol. hist. pcq>.) — Cinq papes ont porté le nom de

Nicolas :

NICOLAS I, d'une famille romaine distinguée, fut élu pape à l'unanimité par le clergé et le peuple, quinze jours après la mort de Benoit III, en 858 ; il avait été élevé au diaconat par Léon IV; et le jour même de son élection, il fut sacré et couronné — premier couronnement de Pape dont parle l'histoire — dans l'église Saint- Pierre, en présence de l'empereur Louis II qui lui rendit, les jours suivants, les plus grands honneurs, et alla même jusqu'à tenir la bride de son cheval — premier fait de ce genre, également. « Nicolas, dit M. lléfélé, était beau de ligure, grand de taille, lettré, pieux, de mœurs sévères et d'habitudes généreuses (1). Il comprenait sa haute

(1) Aoastase, Vils Pontif., d*< > Mnnsi, Coll. Conc. t. XV p. 143 sq., et Baron, ad ann. 858, n. 8 sq.

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position et sut en défendre les prérogatives; doux et affable envers tout le monde, mais terrible auxmcchants, de quelques rangs qu'ils fussent, c'était un second Élie, comme le nomme le chroniqueur, quasi contemporain, Régiuo de Prum, et depuis Grégoire P r le monde n'avait pas vu de Pape aussi grand. »

Les principaux faits de son pontificat furent sa lutte avec Photius et l'empereur de Constantinople Michel III, lutte qui fut le premier point de départ du schisme des Grecs; sa lutte avec le roi Lothaire relativement à son mariage qu'il ne voulut jamais dissoudre ; ses deux longues discussions de droit canon avec l'archevêque de Reims Hincmar; ses relations désagréables avec Jean, archevêque de Ravenne, contre lequel toutes les sévérités furent inutiles ; enfin sa fameuse lettre aux Bulgares, qui se convertirent mais qui se trouvèrent plus tard entraînés dans le schisme grec.

Pour la lutte de Nicolas I, avec Photius, Foî/pï Grecs ; pour ses relations avec les Bulgai-es, Voyez Bulgares (le christianisme ciiez les) ; quant à ses longues discussions avec Hincmar, la première concernait les clercs que le prédécesseur de Hincmar, Ebbo, avait ordonnés et que Hincmar avait suspendus, et la seconde les rapports de l'archevêque de Reims avec son suffragant Rothade de Soissons ; les excommunications de Jean archevêque de Ravenne, qui opprimait son peuple et son clergé, montrèrent éloquemment la fermeté de Nicolas I er ; il ne reste à devoir être racontée dans cet article que la lutte de ce grand pape avec Lothaire ; voici comment la raconte M. Héfélé :

« La seconde affaire importante, qui, comme la première, (celle de Photius), occupa tout le règne de Nicolas, fut celle du mariage du roi Lothaire. Lothaire, de la race des Carolingiens, était le second fils de l'empereur Lothaire I or , le petit-fils de Louis le Débonnaire, et le plus jeune frère de l'empereur Louis II, que nous avons nommé plus haut.

Lors du partage de l'héritage paternel, il obtint les provinces qui

reçurent de lui ou avaient déjà pris du nom de son père le nom de Lotharingie ou Lorraine. En Siiii il se maria avec Theutberge (Thielberg, Thietbrich), fille du comte, de Bourgogne, Boson; mais Waldrade, avec laquelle il avait eu des rapports antérieurs, reprit si bien son empire sur lui qu'il voulut abandonner sa femme pour elle. Ne pouvant arriver à ses fins qu'en ayant recours à certaines formes légales, il fit répandre le bruit qu'avant son mariage avec Theutberge cette princesse avait entretenu un commerce incestueux avec son frère Hucbert. Ce qui rendait ce bruit jusqu'à un certain point admissible, c'était la réputation d'Huchert, qui, élu sous-diacre et abbé d'un couvent, s'en était éebappé et avait commis une foule de violences et d'actes odieux. On ajoutait, pour augmenter le crime de Theutberge, qu'Hucbert avait commis le crime de sodomie avec sa sœur, l'avait ainsi rendue grosse, ce qui était physiquement impossible, et que Theutberge avait fait disparaître sa grossesse par un breuvage.

» Les courtisans eurent naturellement grand soin de répandre ces bruits infâmes, et Lothaire finit, en 859, par charger un tribunalcomposé des grands du pays, de jugerTheutberge, parce qu'au cas où ils la déclareraient eoupaèle il ne pourrait plus la reconnaître pour sa femme. Theutberge, ayant nié tous^ les faits de l'accusation, fut, suivant le droit du temps, condamnée au jugement de Dieu, c'est-à-dire à l'épreuve de l'eau bouillante, et l'un des nobles de sa suite se soumit à ce jugement à sa place, avec tant de bonheur que la reine fut déclarée innocente, et Lothaire obligé, par l'opinion publique, à la reprendre, au moins en apparence, pour sa femme. Cependant, dit l'histoire, il l'enferma secrètement, et ce qui est certain c'est cpi'il ne vécut plus avec elle, mais bien avec Waldrade. Lothaire tâcha, l'année suivante, d'obtenir le divorce par une voie nouvelle. Son grand-aumônier, l'archevêque de Cologne, Gunther, se montra disposé à favoriser ce projet, à la,

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condition qu'en place de Theutberge il prendrait pour femme la propre nièce de l'archevêque. Thietgaud, archevêque de Trêves, gagné par Gunther, entra également, avec d'autres prélats, dans les vues du roi, qui, en 866, réunit un synode dans sa résidence d'Aix-la-Chapelle, et là, en présence des deu* archevêques, cités, d'Avenlius, évêque de Metz, de Francon, évêque de Tongres, et de quelques abbés, il fit connaître le grave soupçon qui pesait sur sa femme, déclarant qu'il ne voulait pas demeurer plus longtemps dans l'incertitude, et priant en conséquence les prélats d'interroger eux-mêmes Theutberge sur les faits incriminés.

» Les prélats parvinrent, à force de ruse et de violence, par des menaces et des mauvais traitements, ainsi que l'indique Hincmar, à arracher à la malheureuse reine l'aveu que dans sa jeunesse son frère avait 'horriblement abusé d'elle, qu'elle avait été à proprement dire violée, qu'ainsi elle étaij indigne du lit du roi et qu'elle voulait se cacher dans un couvent. Thietgaud, ayant obtenu cet aveu, réunit pour la seconde fois les évêques dans la même année, à Aix, avec le roi Lothaire. Theulberge renouvela sa confession par écrit, affirmant que c'était un aveu spontané, libre et véritable. Les évêques .

conseillèrent au roi de ne pas rester uni, dans ces circonstances, à Theutberge, et quant à l'infortunée princesse ils la condamnèrent à subir une pénitence canonique et à être enfermée dans un couvent. C.ependaut Theutberge parvint à s'échapper dans le courant de l'année et à se réfugier auprès de son frère Hucbert et du roi Charles le Chauve. De là elle envoya un message au Pape Nicolas I er , pour se plaindre des violences dont elle avait été l'objet et de la sentence inique que l'on avait prononcée contre elle.

» De son côté leroi Lothaire envoya à Rome Thietgaud, de Trêves, et Hallo, de Verdun, pour affirmer au Pape que Theutberge avait fait ellemême l'aveu de sa faute et empêcher le Pape de se laisser prévenir contre lui. En même temps Lothaire alla

au-devant de toute espèce de résolution du Pape en réunissant, le 28 avril 862, les évêques qui étaient à sa dévotion dans un troisième synode d'Aix, où il lit, de la manière la plus exagérée, l'éloge des vénérables prélats dont il avait suivi le conseil en se séparant de Theutberge, et se déclara prêt à obéir à la sentence du synode et à faire pénitence des fautes qu'il avait pu commettre par suite de la faiblesse humaine, mais qu'il ne pouvait point passer sa jeunesse sans femme, et qu'il suppliait les évêques de l'aider à sortir de ce grave péril. Alors l'archevêque Thietgaud affirma que le roi avait déjà fait une longue et sévère pénitence en expiation de son commerce illégitime avec Waldrade, et le synode chargea deux évêques de faire une enquête sur la possibilité du divorce.

t Quoique l'avis des deux examinateurs fût en définitive contraire au divorce, le synode décida que Lothaire ne pouvait garder Theutberge et qu'il lui était permis d'épouser une autre femme, en se fondant sur un texte du faux Ambroise (1), portant que la femme divorcée ne peut se remarier, tandis qu'il est licite au mari de prendre une seconde femme.

Cette décision rendue, le roi fit venir à sa cour la nièce de l'archevêque; mais au lieu de l'épouser il en abusa, après quoi il la renvoya honteusement chez elle. Immédiatement après il épousa Waldrade et la lit publiquement couronner, au grand mécontentement du peuple, qui soutenait que Waldrade avait ensorcelé Lothaire et lui avait insufflé toute la haine qu'il ressentait contre la reine légitime. On vit alors beaucoup d'évêques et de grands du royaume de Lorraine s'adresser au savant archevêque de Reims, Hincmar (dans le royaume de Charles le Chauve), et lui soumettre d'abord vingt-trois, puis ensuite sept questions concernant le mariage de Lothaire. Telle fut l'origine du livre de Hincmar, qui parut en 862 ou 863 : de Divortio Lotharii régis et Tetbergx reginse, qui est demeuré un document impor-

(1)A<U Cor., 7, il.

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tant pour l'histoire. Hincmar y démontre qu'on ne peut attribuer aucune valeurà l'accusation personnelle de Theutberge, qu'elle n'a pas agi librement, qu'on n'a pas observé les formes, que notamment on aurait dû citer devant les juges le frère de Theutberge, Hucbert; mais qu'en admettant même que Theutberge eût commis la faute qu'on lui reprochait ce ne se serait pas encore un motif de divorce; qu'il était faux par conséquent de dire que lui, Hincmar, eût directement ou indirectement approuvé le divorce prononcé par le synode d'Aix. Puis il établit qu'un divorce n'est possible qu'autant qu'un des conjoints a failli au mariage ou que tous deux veulent faire le vœu de chasteté, mais qu'un mariage, même rompu, n'autorise jamais aucune des parties à se remarier ; que, s'il était juridiquement établi, par une nouvelle enquête, que le mariage du roi avec Theutberge était nul, alors seulement Lothaire pourrait se remarier; que, du reste, ces enquêtes sur des questions de mariage et de relations sexuelles devaient être poursuivies par des juges laïques et mariés, et non 'par des ecclésiastiques, et que ceux-ci n'avaient autre chose à faire, en cas de besoin, qu'à imposer les pénitences nécessaires ; que c'étaient aussi des juges mariés seuls qui devaient décider, après avoir consulté leurs femmes, s'il était possible que Theutberge fût devenue grosse par le prétendu commerce contre nature qu'elle aurait eu avec son frère. Les paroles de Hincmar sur le jugement de Dieu et et l'ensorcellement d'un époux contraint d'aimer ou de haïr le conjoint ont peu de portée en elles-mêmes, mais sont remarquables comme expression des opinions de son temps.

Enfin Hincmar ajoute très-justement que le cas présent ne regarde pas seulement la Lorraine, mais intéresse toute la Chrétienté, et que les princes, tout comme les simples iidèles, sont soumis au jugement de l'Eglise dans les affaires religieuses.

» Le Pape Nicolas I er jugea précisément comme Hincmar, dans sa réponse à une lettre d'Ado, archevêque

de Vienne. « Que si, avant le mariage - , dit-il, une femme s'était oubliée avec un homme, ce n'était pas un motif de divorce; mais qu'il n'était, en aucun cas, permis au mari de prendre une autre femme ou de vivre avec une concubine (1). »

a Du reste, Lothaire s'étant adressé au Pape, aussi bien que Theutberge, Nicolas décida qu'un synode se réunirait à Metz, dans le royaume de Lothaire, sous la présidence des légats du Pape, pour examiner l'affaire de prés. Il apprit en même temps que Lothaire avait formellement épousé Waldrade, et dés lors il ordonna h tous les évèques des deux autres royaumes franks (France et Allemagne) de se readre au synode et de juger Lothaire, qui devrait se présenter au concile sous peine d'excommunication. Il chargea ce synode d'examiner les dires de Lothaire, qui prétendait avoir été marié à Waldrade dès sa jeunesse par son, père, et les griefs contre Theutberge, mais de réserver au Pape l'arrêt définitif.

» Los légats, à ce qu'il parait, se laissèrent corrompre par Lothaire, ne remirent les lettres du Pape ni à Charles le Chauve ni aux évèques do son royaume, et firent en sorte qu'il ne parût au synode de Metz, en 863, que des évoques lorrains, qui confirmèrent la sentence d'Aix-la-Chapelle.

Un exemple, entre autres, prouve combien le concile fut déloyal dans, sa conduite. I T n des évèques avait ajouté à sa signature la condition que tout ce qu'on avait décidé n'aurait de valeur que dans le cas où le Pape l'approuverait ; Gunther coupa avec un canif celte clause du parchemin et ne laissa que la simple signature de l'évêque (2).

» Enfin voulant obtenir l'approbation du Pape, Gunther, et Thietgaud partirent pour Rome, et l'évêque Adventius envoya au Pape un Mémoire justicatif de sa conduite, et de celle du roi Lothaire, qu'il prétendait avoir été marié à Waldrade par son père, ajoutant qu'après la

(l) FliMiry, 1. 50, u. 23.

\i) Ilard., Coll. Conc. V, 295.

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mort de ce dernier, Hucbert avait amené au jeune et voluptueux Lothaire sa sœur Theutbergc et l'avait ensuite contraint d'épouser celle qu'il lui avait livrée.

» Le Pape réunit un concile à Rome, déclara nul l'arrêt du synode do Metz, et prononça la déposition des deux archevêques. Ceux-ci, se plaignant hautement du traitement indigne et inouï dont ils étaient l'objet et des empiétements intolérables du Pape, s'adressèrent à l'empereur, qui se trouvait à Bénévent et qui marcha immédiatement sur Rome pour arracher au Pape la rétractation de la sentence. Il s'empara de Rome, et, Nicolas n'opposant aux armes impériales que des prières et des jeûnes, l'empereur fit bloquer les églises et maltraiter ceux qui en sortaient. Le Pape demeura deux jours et deux nuits dans l'église Saint-Pierre sans nourriture.

» Déjà Gunther, transporté de joie et d'orgueil dans l'espoir de son triomphe, avait fait déposer sur la confession de S. Pierre un libelle diffamatoire conlre le Pape, et en avait envoyé copie aux évêques de Lorraine, pour les soulever contre le souverain Pontife, que, nouveau Photius, il venait d'excommunier.

A ce moment mourut d'une mort subite dans l'armée impériale un soldat qui avait manqué de respect aux saintes reliques ; l'empereur luimême tomba inopinément malade.

L'empereur, persuadé que ce double accident était un juste jugement de Dieu, se réconcilia, par l'intermédiaire de l'impératrice, avec le Pape, quitta sans retard Rome et renvoya les deux archevêques chez eux. Les rois de France et d'Allemagne, Charles le Chauve et Louis le Germanique, loin de venir en aide à leur neveu, lui firent de sérieux reproches, et le menacèrent d'envahir son royaume. Lothaire, ainsi que les évêques, se vit obligé de se soumettre au Pape et lui écrivit une lettre pleine d'humilité, le pria d'épargner Thietgaud, de Trêves, et abandonna complètement l'archevêque de Cologne, qui était le plus compromis ; il transmit même, avec

un indigne cynisme, son siège à un autre prélat.

» L'archevêque de Cologne, non moins cynique, s'empressa de courir à Rome, et découvrit au Pape toutes les fourberies mises en usage dans l'affaire du divorce, espérant obtenir par sa trahison son pardon et sa réintégration.

» Mais le Pape confirma dans un nouveau synode la déposition des deux métropolitains, pardonna aux évêques qui avaient été leurs complices, et continua d'exiger, sous peine d'excommunication, l'éloignement de Waldrade et le rétablissement de Theutberge dans ses droits.

» En effet, en 865, Arsène, légat du Pape, ramena Theutberge à la cour de son époux, et Lothaire promit par serment de l'honorer comme reine, en même temps qu'il remit Waldrade entre les mains du légat, qui devait la conduire à Rome, où elle ferait pénitence. Mais tout cela n'était qu'une ruse. Waldrade, de connivence avec Lothaire, s'échappa des mains du légat, déjà arrivé avec elle en Italie, et retourna secrètement en Lorraine, sans cependant se montrer à la cour. Theutberge fut tellement maltraitée qu'elle fut contrainte de nouveau de chercher un refuge auprès de Charles le Chauve. Fatiguée de sa situation elle supplia elle-même le Pape de dissoudre son malheureux mariage, en donnant pour motif la prétendue union que Waldrade avait contractée autrefois avec Lothaire.

» Mais Nicolas l'exhorta à supporter courageusement ses souffrances et lui déclara qu'il ne dissoudrait jamais son mariage (1). Il recommanda par plusieurs lettres aux évêques de Lorraine de publier l'excommunication de Waldrade et de lui rendre compte de la conduite de Lothaire.

» Celui-ci trouva bon de s'humilier une seconde fois devant le Pape et lui adressa une lettre pleine de respect et de soumission. Il espérait détourner par là le Pape de sa principale exigence. Mais Nicolas persévéra, par sa lettre du 25 janvier 867,

(!) Hard., 1. c, p. 266.

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à exiger que les sièges de Cologne et de Trêves fussent occupés par de nouveaux titulaires et que Waldrade fût envoyée à Rome pour répondre de sa conduite, auquel cas seulement iLothairc pourrait comparaître luimême devant le Pape (1).

» A la même date Nicolas écrivit à Charles le Chauve, oncle de Lothaire, pour le prier de protéger Theutberge et le détourner de faire cause commune avec Lothaire. Il se prononçait .nettement contre le projet de ce prince qui voulait soumettre à l'épreuve d'un combat singulier la culpabilité ou l'innocence de la reine (21, et priait en même temps le second oncle de Lothaire, Louis le Germanique, d'intervenir auprès de son neveu pour lui rappeler l'affection qu'il devait à sa femme. Enfin il fit savoir à Lothaire qu'il ne pouvait accéder à la demande de divorce, que Theutberge avait faite ellemême, qu'au cas où Lothaire, de son côté, serait résolu à faire vœu de continence (3).

» Nicolas eut à s'occuper jusqu'aux derniers moments de sa vie de cette pénible affaire; il blâma, notamment dans ses dernières lettres, Louis le Germanique et les évèques d'Allemagne d'avoir intercédé en faveur de Gunther et de Thietgaud, et leur donna l'assurance que jamais ces deux coupables ne seraient réintégrés dans leurs fonctions sacrées (4).

» Nicolas mourut le 13 novembre 807, sans von- la fin de l'affaire de Lothaire et après avoir de nouveau prononcé l'excommunication contre ce prince (5). 11 eut pour successeur Adrien II, qui suivit les mêmes principes dans la cause de Lothaire, quoiqu'il prit des formes plus douces, par égard surtout pour l'empereur, qui défendait alors victorieusement l'Italie contre les Sarrasin».

» Waldrade, ayant manifesté de grands sentiments de pénitence, fut à la demande de. l'empereur, relevée de l'excommunication, et Lothaire,

(1) Hard.. 1. c, p. 263 sq.

(î)Id., l.'c, p. 271.

U) Id., 1. c, p. 274 sq.

(4) Id., 1. c, p. Î84 sq.

(*) Id., 1. c, p. 340.

qui s'était humblement adressé au Pape, fut autorisé. à se rendre à Rome pour recevoir la bénédiction du Pape s'il était innocent, pour faire pénitence s'il était coupable; mais le Pape le blâma sérieusement d'avoir eu recours à la ruse en envoyant Theutberge elle-même à Rome pour demander le divorce.

» Bientôt après Lothaire vint luimême en Italie (869) et eut, par l'entremise de son beau-frère, l'empereur, une entrevue avec le Pape, dans le couvent du Mont-Cassin. Là le Pape, cédant aux instances de l'empereur et de l'impératrice, promit d'admettre Lothaire, à la communion de l'Eglise si Lothaire affirmait que depuis la sentence, du pape Nicolas il n'avait plus eu de commerce avec Waldrade.

Lothaire eu fit le serment; les gens de sa cour rendirent le même témoignage. Alors le pape Adrien partit avec lui pour Rome, et là, offrant le saint sacrifice dans l'église Saint- Pierre, il présenta la sainte hostie à Lothaire en lui disant : « Si, depuis la sentence du pape Nicolas, tu n'as plus vécu en adultère avec Waldrade, et si tu es fermement résoin à n'avoir aucun rapport avec elle, approche avec confiance et reçois le saint Sacrement. » Lothaire communia en.

effet, ses courtisans communièrent après lui, pourratilier ainsi la vérité de leur témoignage. Parmi ces témoins se trouvait Gunther, l'archevêque déposé de Cologne, qui avait remis entre les mains du Pape, au Mont- Cassin, un acte formel de soumission et avait été admis à la communion laïque.

» Il n'y eut que peu de personnes delà suite de Lothaire qui refu ..< de ratifier leur témoignage en recevant la sainte Eucharistie.

» Lothaire, ayant été rétabli ainsi dans la communion de l'Eglise, s'assit à la table du Pape, dans le palais de Latran, et donna à entendre, par une explication mystique des cadraux qu'il avait obtenus du Pape, qu'il pensait à s'asservir les évoques de son royaume et ne renonçait pas à l'espoir d'épouser Waldrade. Mais le Pape repoussa toute tentative de ce genre, et décida qu'un nouveau concile serait convo-

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que à Rome pour résoudre définitivement la question de ce mariage.

» Lothaire mourut d'une fièvre maligne avant la réunion du concile.

Grand nombre de courtisans qui avaient reçu la communion avec lui décédèrent de même (août 869). On crut voir dans ces morts inattendues un juste châtiment de Dieu, et la Papauté, en faveur de laquelle le Ciel semblait avoir fait un miracle, fut plus que jamais affermie dans le respect universel. »

« Nicolas, ajoute M. Héfélé en terminant sa biographie de ce Pape, se signala par de nombreuses œuvres de bienfaisance, par de notables donations qu'il fit aux églises et aux pauvres, et l'Eglise l'honore, tant en vue de cette charité que de ses autres vertus héroïques, comme un saint; elle en fait mémoire, depuis Urbain VIII, le jour de sa mort, le 23 novembre.

L'histoire est obligée de reconnaître la justesse du surnom de Grand qui lui a été d*nné; il fut grand dans l'idée qu'il conçut du pontilicat et dans la manière héroïque dont il en poursuivit la réalisation ; il fut grand dans sou infatigable et universelle activité, et dans l'énergie qu'il déploya pour la prospérité des Eglises d'Orient et d'Occident.

» Les nombreuses et importantes lettres de ce Pape et les décrets émanés de lui sont recueillis dans les meilleures collections de conciles; elles le sont le plus complètement dans Mansi, t. XV, qui en donne l'ordre chronologique, p. 407. »

NICOLAS IL « Etienne IX, dit M. Héfélé, prédécesseur de Nicolas II, avait ordonné, d'accord avec le clergé et le peupte, que, dans le cas où il mourrait, on ne procéderait pas à une nouvelle élection avant le retour de Hildebrand, qui se trouvait en Allemagne en qualité de légat. Etienne étant mort le 29 mars 1038, l'empereur Henri III étant également décédé, et Hildebrand étant encore absent, le parti des comtes deTuscu'»un profita de ces circonstances, qui lui parurent favorables, pour reprendre son ancien empire sur le Saint-Siège, et lit monter sur le trône pontifical,

par la force des armes et la corruption, sans aucune forme d'élection canonique, l'évêque de Vellétri, Jean Mineius, connu sous le nom de Benoit X. Les cardinaux refusèrent de le reconnaître et s'enfuirent. Parmi eux se distinguait saint Pierre Damien, qui, en sa qualité de cardinalévèque d'Ostie, devait consacrer le nouveau Pape . Les partisans de l'usurpateur forcèrent l'arehiprêtre d'Ostie, en lui mettant un poignard sur la gorge, de faire la cérémonie du sacre en place de son évèque. L'intrusion de Benoit X était contraire non-seulement aux droits de l'Eglise, mais aux droits politiques, en ce qu'elle avait eu lieu sans le consentement de l'empereur ; aussi les grands de Rome se hâtèrent-ils d'envoyer une députation à l'impératrice Agnès pour lui faire savoir qu'ils n'avaient pris aucune part à cette élection anticanonique, et qu'ils étaient prêts à reconnaître comme Pape celui que l'empereur (c'était alors Henri IV) place durant sa minorité sous la tutelle d'Agnès, leur désignerait. Quant à eux, ils indiquaient Gérard (de Bourgogne), évèque de Florence, qui était également agréable aux Allemands et aux Italiens. Dans l'intervalle Hildebrand était revenu à Rome, et, dirigés par lui, les cardinaux se réunirent à Sienne, et élurent en effet, le 28 octobre 1058, Gérard de Bourgogne.

» Il prit le nom de Nicolas II et convoqua, immédiatement après son élection, un synode à Sutri, pour aviser aux mesures à prendre contre l'antipape, qui fut menacé d'excommunication s'il n'abandonnait immédiatement le Saint-Siège. Benoit s'enfuit ;Godefroy, duc deToscane, ramena solennellement à Rome le Pape légitime, qui fut couronné au commencement de 1059, aux cris de joie de tout le peuple. Peu de jours après parut Benoit, qui se jeta aux pieds du Pape, fut pardonné, mais réduit à la communion laïque. Il continua à vivre à Rome, en qualité de pénitent, dans l'église de Sainle-Marie- Majeure.

» Nicolas convoqua, durant la même année 1059, un synode à Rome ; cent

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treize évêques parurent au palais de Saint-Jean de Latran. Le Pape y avait invité tous les évèques d'Italie, de France et d'Allemagne. Le premier motif qui 1'}' avait déterminé était la doctrine hérétique de Bérenger, de Tours, sur la sainte Eucharistie. Nicolas eut la joie de voir Bérenger, qu'il avait cité à comparaître, signer une formule rédigée par le cardinal Humbert, dans laquelle il abjurait son erreur et professait le dogme de l'Eglise concernant la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ au sacrement de l'autel (1). Malheureusement Bérenger revint plus tard à son hérésie et ne fut complètement et sincèrement ramené que par le pape Grégoire VII.

» Nicolas publia, avec le consentement du même concile de Latran, une ordonnance relative aux élections pontiDcales, afin d'empêcher à l'avenir les intrusions qui avaient récemment affligé l'Eglise. « Nous ordon- » nons, dit Nicolas dans son décret, » qu'à la mort d'un Pape les cardi- » naux-évêques se consultent d'abord » entre eux sur le choix à faire, puis » qu'ils appellent les clercs cardinaux » (c'est-à-dire les cardinaux prêtres » et diacres), et eniin qu'ils consul- » tent le reste du clergé et le peuple » sur l'élection. Les cardinaux-ôvè- » ques seront les promoteurs de l'é- » lection,les autres marcheront à leur » suite... Le nouveau Pape devra être » tiré du sein de l'Eglise (romaine), » s'il s'y trouve un sujet capable; si- » non ou le prendra dans une autre » Eglise, sauf l'honneur dû à notre » cher lils, Henri (IV), actuellement » roi et futur empereur, ainsi que » nous le lui avons déjà accordé, et » on rendra le même honneur à ses » successeurs quand le Saint-Siège » leur aura personnellement concédé » ce droit Que si, vu la perversité » des hommes, une élection libre ne » peut avoir lieu à Rome, les cardi- » naux-évêques, assistés de quelques » ecclésiastiques et laïques pieux, » auront le droit, même s'ils sont en » petit nombre d'élire un Pape là où » ils le jugeront convenable, et, si le

(i) HaiJ,, Coll. Cone.,t. n, p. i, p. 1061.

» pape élu ne peut, par suite de la » guerre ou par d'autres motifs, être » autorisé ( consacré et intronisé ) » de la manière habituelle, il aura » néanmoins le droit de régir l'Eglise, » comme un véritable Poniiïe romain, » ainsi que l'a fait Grégoire avant sa » consécration (1)

a Le même concile prit des mesures pour l'amélioration des mœurs du clergé et du peuple, et notamment pour obvier aux deux vices qui dévoraient le clergé, la simonie et le concubinat. Nous apprenons ce que le concile décida à cet égard par l'encyclique du pape Nicolas II, dans laquelle il porte à la connaissance do tout l'univers chrétien les décrets de ce synode

» Nicolas II se vit contraint d'excommunier le principal chef des Normands, le comte Robert Guiscard, détenteur injuste des domaines de l'Eglise. Cependant Guiscard finit par comprendre que la prudence lui conseillait de se réconcilier avec le Saint- Siège s'il voulait consolider à jamais la domination des Normands eu Italie, et le Pape, de son côté, reconnut l'avantage réel qui résulterait pour le Saint-Siège d'une alliance a\cc les Normands. Leur royaume pouvait devenir un rempart pour Rome et un contre-poids à la dangereuse prédominance du nord et de l'est, notamment des empereurs d'Allemagne et deByzance (2). Nicolas II, se trouvant à Melfi, fut rejoint par Robert Guiscard, et, après une courte entrevue, ils conclurent la paix. Les Normands rendirent à l'Eglise romaine les domaines qu'ils lui avaient enlevés, acceptèrent leurs conquêtes en tief du Pape, et promirent de demeurer les protecteurs et les auxiliaires fidèles du Saint-Siège. De son côté le Pape les releva de l'excommunication, les confirma dans leurs possessions, et nomma Guiscard duc de Calabre, d'Apulie et de Sicile (la Sicile était encore entre les mains des Sarrasins et des Byzantins). Guiscard promit, en qualité de vassal, en

m Hard.,1. c, p. 1064 sq.

(i) Gianoone. Bist. polit, du royaume de Ndpies, p. Il, p. 62,

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son nom et en celui de ses successeurs, de payer chaque année, à Pâques, douze deniers, monnaie de Pavie, pour chaque paire de bœufs qui se trouverait dans ses Etats. En même temps le Pape nomma, aux mêmes conditions, le beau-frère de Guiscard, le comte Richard d'Averse, prince de Capoue.

» Les deux serments que Robert prêta alors au Pape, celui de fidélité et la promesse du tribut annuel, se trouvent dans Baronius (I), dans Gieséler (2) et dans Rohrbacher (3); quant aux titres de droit sur lesquels reposa l'investiture de ces fiefs par le Pape, c'étaient les actes de donation de Constanîïn et d'Othon I er , alors généralement considérés comme authentiques (4).

» Dans la même année 1059, au mois d'août, le Pape présida un second concile à Bénévent ; il ne nous en est parvenu qu'un seul décret, concernant un couvent (5). Puis il repartit pour Rome, où il fut bientôt, conformément à son désir, suivi par une armée normande , destinée à soumettre les familles nobles des États de l'Eglise qui s'étaient la plupart révoltées contre le Pape, et à les obliger à rendre les domaines qu'elles avaient enlevés à P Eglise.

» En effet les Normands rétablirent complètement l'autorité et le pouvoir temporel du Pape (6).

» Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'année 1059 fut d'une haute importance pour le pontificat de Nicolas II, qui continua à consacrer le reste de ses jours aux intérêts de l'Eglise, notamment à l'appiication sérieuse des décrets concernant la simonie et le concubinat. Il entreprit encore dans ce but plusieurs voyages et visites apostoliques ; il écrivit les lettres, en petit nombre, que nous possédons de lui (7), et envoya à

(1) Ai arm. 1059, n. 70 et 71.

(2) Bist. de l'Egl., t. U. p. 206, noie.

13) Bisi. univ. de l'Egl. catk., t. XIV, p. 64, 3« édit., IS58.

(4) Cf. Baronius, ad ann. 962, n. 3 sq. Giéseler, 1. c.,p. 206, note. Muratori, Bist. d'Ital., Leipz., 1747, p. 6, p. 333.

(5) Hard.,1. c, p. 1067 sq.

(6) Baron., ad ann. 1059, n. 73 sq.

(7) Hard., 1. c, p. 1053 sq.

plusieurs reprises des légats en France Nous avons déjà vu que le concile de Tours répondit aux intentions dis Pape à cet égard; ce fut pour la même fin que, dans le courant de l'année, un autre concile fut célébré à Vienne, sous la présidence du légat Etienne (I).

» Baronius donne divers détails sur l'infatigable activité du Pape, et il cite entre autres les mesures qu'il prit contre Burkard, êvèque d'Halberstadt, qui s'était emparé de force de divers domaines monastiques (2).

Une fin prématurée mit un terme aux travaux de Nicolas II; il mourut le 22 juillet ) 061. »

« NICOLAS III, dit M. Héfélé, antérieurement connu sous le nom de cardinal Jean Caietan, de la célèbre famille romaine des Orsini, fut élu Pape à Viterbe, le 25 novembre 1277, après la mort de Jean XXI.

» Les cardinaux se divisaient dès lors en deux partis, celui des cardinaux italiens et celui des cardinaux français; quoiqu'ils fussent peu nombreux, ils ne purent parvenir à s'entendre, et il fallut que le magistrat de Viterbe les renfermât dans l'hôtel de ville et rétablit ainsi par le fait le décret temporairement suspendu d'Adrien V sur le conclave. La vacance du siège avait duré six mois.

» Le nouveau Pape était un prince parfaitement doué, vertueux, bienfaisant, de mœurs sévères, d'un caractère sérieux : ea. le nommait généralement el Composto , l'homme posé ; mais il gâtait toutes ces qualités par un excessif népotisme

» Il obtint de Rodolphe de Habsbourg, qui occupait alors le trône d'Allemagne , et qui ambitionnait d'être couronné à Rome, qu'il publiât en 1278 et 1279 des actes formels par lesquels non-seulement il restituait au Pape l'exarchat de Ravenue et une série de villes italiennes, mais il constatait sans élever a Bonne objection l'authenticité des actes de donation de Louis le Débonnaire, d'Othon I er , d'Othon IV et de Frédé-

(1) Id., 1. c, p. 1074.

(2) Baron., ad ann. 1059, o. 80 sq.

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rie II, et reconnaissait solennellement la souveraineté du Pape sur Rome, l'exarchat de Ravenne, la marche d'Ancôue, le duché de Spolète, les domaines de la princesse Mathilde, la Sicile, la Corse et la Sardaigne.

» D'un autre côté, il obligea Charles d'Anjou à renoncer au vicariat impérial de la Toscane, parce que le titre ne lui en avait été conféré que pendant l'interrègne par le Saint-Siège, et que désormais l'empire romain avait un chef reconnu dans la personne de l'empereur Rodolphe. Il le contraignit aussi à renoncer à une autre dignité, extrêmement importante, qui était celle, de sénateur de Rome. Rome, quoique placée sous la souveraineté du Pape, était encore une espèce de ville libre, gouvernée par ses propres autorités civiles; depuis la tin du douzième siècle le dépositaire du pouvoir temporel dans la ville de Rome portait le titre de sénateur, et le pape Clément IV avait conféré pour dix ans cette dignité au roi Charles d'Anjou. Ce terme était échu, et le Pape obligea le roi nonseulement à déposer cette fonction, mais, par une nouvelle constitution, il déclara que désormais nul prince étranger ne serait revêtu de cette dignité. En même temps Nicolas se fit proclamer lui-même par les habitants de Rome sénateur, et en fit remplir la chargp, en son nom, par ses propres parents.

» Pour rehausser l'autorité et la considération de sa famille, il avait eu la pensée de proposer à l'empereur de diviser l'empire en quatre parties : l'une d'elles (l'Allemagne) devait être dévolue aux descendants (mâles) de l'empereur; la seconde (la Bourgogne ou Vienne) à fsa fille, qui avait épousé un neveu de Charles d'Anjou ; la troisième et la quatrième (la Toscane et la Lombardie) devaient être destinées aux propres parents du Pape, suivant le dire de plusieurs anciens auteurs et de Ptolémée de Lucques (1), dans son Histoire de l'Église (2). Mais le Pape, ajoutent-ils,

(1) Quatorzième siècle.

(2) Hist. eceles.. ad aon. l'JSO, Cf. RayaalJ, ail aoo. 1280, n. 28.

mourut avant d'avoir complètement mûri son plan. Ils prétendent encore que. Nicolas connut à cette époque la conjuration qui se tramait contre Charles dAnjou, et qui, après la mort de Nicolas, éclata sous le nom de Vêpres siciliennes (1).

» Ce qui préoccupait surtout Nicolas, c'était de mener à bon terme l'union des Grecs, contractée au quatorzième concile universel de Lyon, en 1274. Il eut, en effet, lajoie de recevoir à Rome, en 1278, les ambassadeurs de l'empereur de Constantinople, Michel Paléologue, et de son fils, Andronic, qui vinrent souscrire la foi orthodoxe et reconnaître solennellement la primauté deRome...

» Ce pape protégea beaucoup les Franciscains ; ce fut lui qui promulgua en 1279 la fameuse bulle Ex-iit, qui expliquait l'institution de Saint- François, déclarait que la règle de l'ordre était une inspiration du Saint- Esprit, et tâchait d'aplanir les difficultés nées dans son sein à propos du droit de posséder, en décrétant, comme l'avait fait avant lui Innocent IV: que les Franciscains n'avaient pas de droit de propriété, même par rapport à leurs couvents et aux jardins de leurs monastères, qu'ils n'en avaient que le simple usufruit, simpkx usus, et que le droit de propriété en appartenait au Saint-Siège (2). »

Il mourut d'une attaque d'apoplexie le 22 août 1280.

NICOLAS IV. « Entre la mort de Nicolas III et l'élévation de Nicolas IV dit M. Héfélé, il s'écoula un espace de huit années, durant lesquelles le Saint-Siège fut occupé par Martin IV et Honorius IV.

» Nicolas IV, connu sous le nom de cardinal Jérôme d'Ascoli, lût élu le 22 février 1288. Né à Ascoli, de parents pauvres, il entra de bonne heure dans l'ordre de Saint-François.

Son savoir et sa vertu le firent nommer général de l'ordre à la mort de S. Bonaventure (1274). Nicolas III le

(1) Cf. Muratori, Hist. d'Ital., t. VIII, p. 153. Léo, flist. des États d'Italie, t. IV, p. 627.

(2) Wadding, Annal. Atinor., t. V, p. 73 iff. Corpus Juriscan., c. 3, de Verborum signi/., iii yi{3, iï,)p. 1028-1037, éd.Bœlimer.

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créa cardinal, et ce fut par reconnaissance que le nouveau Pape prit le nom de Nicolas IV. Deux fois le conclave l'avait élu à l'unanimité et deux fois il avait refusé; ce ne fut que lorsqu'une troisième fois toutes les vois se furent réunies sur lui qu'il céda à cette espèce de contrainte morale. Il était le premier Pape de l'ordre des Franciscains.

a Nicolas IV imita l'exemple de ses deux prédécesseurs, qui, contrairement à la conduite de Nicolas III, s'étaient rangés du parti de Charles d'Anjou dans la question de la succession de la Sicile.

» Ce Pape éprouva de grands chagrins à l'occasion de la Terre -Sainte.

Nicolas, voulant s'opposer aux progrès du sultan de Babylone (c'est-àdire du Caire, en Egypte), avait envoyé à ses frais une petite armée de croisés en Palestine. En 1291 la dernière ville forte des Chrétiens, Ptolémaïs, tomba aux mains du sultan; elle fut rasée, et ses habitants furent égorgés. Ce qui subsista de Chrétiens dans les autres villes de Syrie s'enfuit à Chypre, et, sauf cette ile et la Petite-Arménie, les Chrétiens ne conservèrent aucune possession en Orient. En vain le pape Nicolas IV chercha à susciter une grande croisade; en vain il écrivit les lettres les plus touchantes, il envoya les légats les plus zélés, il convoqua de nombreux conciles provinciaux, chargés d'aviser aux moyens de constituer une croisade, et provoqua à la guerre contre l'ennemi commun non-seulement tous les princes chrétiens de l'Occident, mais encore l'empereur de Constantinople et de Trébizonde, et même le khan des Tartares. L'hostilité des Sarrasins avait à ce moment rapproché les Tartares de l'occident chrétien, et le Pape avait profilé de cette circonstance pour les encourager à embrasser le Christianisme.

Il leur avait envoyé d'ardents et sages missionnaires, entre autres le célèbre Minime Jean de Monté-Corvino; mais ni ce plan, ni celui d'une croisade ne réussit. La croisade ne put se former parce que la France et i'Aragon étaient de nouveau en guerre, et qu'excepté le roi d'Angle-

terre aucun des princes notables d'Europe ne prit la croix. Les uns s'abstinrent par pusillanimité, estimant qu'il était impossible de l'emporter d'une manière durable sur les Sarrasins; d'aulnes par paresse et avarice, ne voulant ni se donner de peine, ni dépenser d'argent pour une entreprise aussi dangereuse. Tel fut notamment le successeur de Rodolphe de Habsbourg, l'empereur Adolphe de Nassau. Pour comble de malheur le pape Nicolas IV mourut prématurément, le 4 avril 1292.

» Nicolas, religieux humble, plein de bonté pour chacun et sévère envers lui-même, savant et ardent protecteur de la science, fonda plusieurs universités, telles que celles de Montpellier, de Lisbonne et de Gratz, en Slyrie. Il enrichit Rome de magnifiques édifices, de plusieurs églises nouvelles. Il fit élargir les rues et réparer d'anciennes églises, notamment celles de Saint-Jean de Latran et de Sainte-Marie-Majeure. Outre un grand nombre de lettres, dont Wadding a inséré plus de cent dans l'appendice au t. II des Annal, ord. Minor., et dont Raynald et tizovius, dans leur continuation de Baronius, ont imprimé un certain nombre, Nicolas IV laissa des Commentaires sur la Bible et des explications des passages obscurs du Livre des Sentences ; mais aucun de ces ouvrages n'est parvenu jusqu'à nous. On a recueilli six bulles de ce Pape dans les volumes 1, 7 et du grand Bullaire romain. »

NICOLAS V. « Le Franciscain Pierre de Corbario, dit M. Héfélé, que Louis de Bavière avait, contrairement à tous les canons, institué Pape, pour en être couronné empereur, en 1328, avait pris, en montant sur le trône pontifical, le nom de Nicolas V. Mais on ne compte pas cet antipape dans la série des pontifes de Rome, et ce n'est que cent ans après lui que nous rencontrons dans l'histoire le véritable et légitime Nicolas V, qui fut élu à l'unanimité, le G mars 1447, après la mort d'Eugène IV. Il était né eni398àPise; il était fils d'un médecin de cette ville, s'appelait

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Thomas Parentucelli, et reçut du lieu de naissance de sa mère le surnom de Sarzano. Il se voua de bonne heure à l'état ecclésiastique , étudia à Bologne et à Florence, s'y fit remarquer par ses bonnes mœurs et son savoir, surtout par une connaissance approfondie de la littérature ancienne, gagna la confiance de l'évêque de Bologne et demeura vingt années dans sa maison. Il fut durant cet intervalle souvent chargé d'affaires importantes par le Saint-Siège. Après la mort de son protecteur le pape Eugène IV le nomma évèque de Bologne (1), et se servit de ses lumières et de son zèle dans les négociations •les plus difiiciles, notamment dans le conflit élevé entre le Pape, le concile de Bàle, devenu schismatique, et l'antipape Félix V. 11 fut également chargé, avec Carvajal, de suivre les négociations entamées avec la nation allemande pour l'arracher à sa prétendue neutralité et la gagner au parti du Pape, et assista à cet effet, en 1446, à la diète de Francfort.

Eugène IV le récompensa de ses services en le créant cardinal, le 14 décembre 1446, et trois mois plus tard Thomas de Sarzarus fut élevé au trône pontifical.

» Ce qui détermina les cardinaux à élire un Pape relativement encore si jeune, ce fut probablement l'habileté qu'il avait déployée dans ses négociations avec l'Allemagne, et plus encore peut-être la sage condescendance avec laquelle il avait cherché à éviter un schisme déplorable. Nicolas V possédait un grand esprit dans un fort petit corps; il était savant et éloquent, catégorique dans ses réponses. 11 avait gagné l'amitié du roi des Romains Frédéric III, et l'on pouvait s'attendre aux heureux effets d'une entente cordiale entre les deux chefs de la Chrétienté.

» Le jour même de son élection Nicolas promit d'observer fidèlement le concordat des princes, qui venait d'être conclu, et avoua à /Enéas Sylvius que, depuis quelque temps, le pouvoir des évoques avait été par trop restreint par l'autorité des

(1)27 novembre 1443.

Papes (I). Le 28 mars il renouvela l'assurance qu'il maintiendrait toutes les concessions faites à la nation allemande.

» Cependant l'antipape Félix V l'avait, dans un pathos presque comique, invité à résigner promptement son titre usurpé (2), et les Pères de Bâle se donnèrent toutes les peines imaginables pour gagner le roi de France à leur parti. En effet Charles VII convoqua, en juin et en juillet 1147, à Bourges et à Lyon, deux assemblées dans lesquelles se trouvèrent un assez grand nombre d'adversaires de Rome et de membres de l'épiscopat allemand, et où l'on convint d'un projet de médiation en vertu duquel Félix, il est vrai, devait renoncer à la tiare, mais Nicolas, de son côté, faire des concessions nombreuses aux Bàlois

» Cependant un concordat de Vienne, appelé le Concordat d'Aschaffenbourg , annonça la dernière heure du concile schismatique de Bâle, Frédéric exigea de la ville de Bâle qu'elle ne tolérât plus la réunion du pseudo-synode dans ses murs, et le synode, en effet, se transporta durant l'été de 1448 à Lausanne, où il tint encore quelques sessions présidées par son pape, Félix. Mais la prudence conseillait aux Pères de chercher le moyen de se retirer avec quelque honneur, et Charles VII, roi de France, intervint pour leur procurer cette retraite, grâce au plein pouvoir que le pape Nicolas V lui avait donné à cet eilet. Félix ne tarda pas à manifester, avec le consentement de son synode, la volonté de résigner son titre, et, dès le 18 janvier MbQ, Nicolas V publia une bulle solennelle qui annulait tout acte de suspension, d'excommunication fulminée, toute peine quelconque prononcée contre Félix, les Pères du concile de Bâle et leurs partisans, par lui ou par son prédécesseur Eugène IV. Félix retira de même solennellement, le 5 avril de la même année, toutes les censures qu'il avait

(1) Ci. le discours d'Mnèas dans Koch, SancUio pragm., p. 340.

(J) Mansi, Coll. Conc, t. XXXI, p. 189,

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lancées contre Eugène, Nicolas et leurs adhérents, et signa, deux jours plus tard, le 7 avril 1449, l'acte formel de sa cession.

8 Quant au synode, il élut, dans sa quatrième session, du 19 avril, an trône pontifical « Thomas deSarzano, dit Nicolas V, » comme si le Saint- Siège avait été réellement vacant.

Félix fut nommé, par le Pape, le premier des cardinaux, évêque de Sabine et vicaire pontifical en Savoie et dans les provinces voisines. Toute la Chrétienté se réjouit du rétablissement de l'unité et de la fin du schisme qui avait duré dix années ; les fêtes les plus brillantes furent célébrées à Rome à cette occasion.

» L'année suivante (1430), Nicolas publia dans Rome le sixième grand jubilé et prit les mesures les plus sages pour maintenir l'ordre au milieu de la foule d'étrangers qu'il devait atlirer à Rome. Malheureusement, et contre toute prévision, pendant la célébration des fêtes le pont du château Saint-Ange s'écroula, et deux cents personnes y perdirent la vie... »

Mais il devait se passer, sous le pontificat de Nicolas V, le grand événement qui sert de date séparative entre le moyen âge et les temps modernes, la prise de Constantinople par les Turcs, à la suite d'une dernière réconciliation , vaine comme celles qui avaient précédé , entre l'Église Grecque et l'Eglise Romaine.

Reprenons M. Iléfélé racontant sommairement ces faits :

o Le sultan Amurad II était mort au commencement de 1451 et avait eu pour successeur son fils, Mahomet II, âgé de vingt et un ans. Sa jeunesse, sa douceur apparente inspirèrent aux Byzantins une telle confiance qu'ils pensèrent pouvoir se passer des La lins et de l'union qui avait été conclue à Florence en 1439, et qu'ils chassèrent le patriarche Grégoire, partisan de l'union. Cependant Nicolas publia, le H novembre 1451, un bref très-vigoureux, adressé à l'empereur de Byzanee, Constantin XI (XIII), dans lequel il se plaignait de ce que, tandis que le décret d'union avait été publié dans

tous les pays de l'Occident latin, il ne l'avait pas été dans le royaume de Byzanee, et lui déclarait nettement que l'empire de Byzanee ne pouvait s'attendre à être secouru par l'Occident qu'aulant qu'il accepterait sincèrement l'union, qu'il rappellerait le patriarche, et qu'il introduirait le nom du Pape dans les diptyques (1).

» En môme temps le Pape chercha à procurer du secours à Jean, roi de Chypre, contre les Turcs qui le menaçaient, en appelant les Etats chrétiens de l'Occident à son aide, et en attribuant au roi de Chrypre la moitié de la somme que rapporteraient les indulgences publiées en France, espérant lui procurer ainsi les moyens de rebâtir les murs de la forteresse de Nicosie (2). Mais au commencement de 14521e sultan bâtit une immense forteresse sur la côte européenne du Bosphore, précisément en face de celle qui avait été élevée par son grand-père sur la côte asiatique, et, dominant ainsi l'entrée de Constantinople par l'une de ses extrémités, il recommença la guerre dès le mois de juin 1452. Les Grecs, comme toujours, au moment du danger, se montrèrent disposés ou feignirent d'être prêts à rétablir l'union, et Nicolas s'empressa d'envoyer, dansle courant de l'été ou de l'automne, le cardinal Isidore de Kiew, en qualité de légat, à Constantinople, afin d'opérer enfin, si c'était possible, cette réconeilialion des Églises, tant de fois reprise et si souvent abandonnée.

» En effet elle eut lieu, le 12 novembre 1452, dans l'église patriarcale de Sainte-Sophie, où les Grecs et les Latins célébrèrent ensemble l'office divin. Mais les moines, beaucoup d'ecclésiastiques et la plupart des laïques de bas étage se moquèrent des azymiteset de l'union, et les confesseurs grecs allèrent si loin qu'ils refusèrent l'absolution et imposèrent de sévères pénitences à ceux qui fréquentaient le culte uni, qu'ils défendirent strictement à leurs pénitents d'assister auxmesses des prêtres grecs unis, incapables, disaient-iis, d'offrir

(t) Raynald,ailann. l4Si,s, lot 2.

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