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valablement le saint Sacrifice. Ils engagèrent même les malades à mourir plutôt sans sacrements que de les recevoir des mains des prêtres réconciliés avec Rome.
» Bientôt la cathédrale demeura vide; on la décria comme l'antre des démons, co.nme la synagogue des Juifs. En même temps l'égoïsme le plus profond régnait à Byznnce, et personne ne se montrait disposé à venir au secours de la patrie aux dépens de. sa fortune. Il semblait que les Byzantins voulussent ménager leurs trésors au profit des Turcs, et on ne peut s'étonner de l'indignation qu'éprouva Nicolas V en voyant les Grecs mendier les secours de l'Italie, tandis qu'ils ne voulaient pas toucher aux trésors qu'ils avaient entassés (1).
Cette lâcheté des Grecs, leur déloyauté manifeste fatiguèrent les Latins jusqu'alors les plus zélés en leur faveur, et lorsque le malheureux empereur, assiégé dans sa capitale à dater du 6 avril 1453, fit entendre nn dernier cri de détresse, l'Occident demeura sourd ; très-peu d'États se montrèrent enclins à faire de nouveaux sacrifices en sa faveur. Gênes, Venise et le Pape furent seuls à lui porter quelque intérêt, à provoquer le concours des États et des princes, à équiper des navires et une armée. Nicolas envoya un second légat à Constantinople, dans la personne de Jean, archevêque de Raguse, qu'il nomma chef de la Hotte qu'on se hâtait d'armer au nom du Pape. Malheureusement cette flotte, composée de vingt à trente bâtiments, retardée par toutes sortes d'accidents, arriva trop tard. Mais, même en par- Venant à temps, elle n'eût pu empêcher la chute de Constantinople, car l'armée turque était composée de trois cent mille hommes et sa flotte comptait quatre cent vingt bâtiments.
L'ennemi était par conséquent vingt fois plus fort et mille fois plus courageux que les Grecs... La ville sainte créée par Constantin le Grand tomba, 1123 ans après sa fondation, entre les mains des infidèles, le 29 mai 1453.
» Les auteurs contemporains disent que le chagrin que cette perte de
(I) Boj-nald, 1453, 1.
Constantinople causa au Pape détermina sa mort. Les deux années qu'il vécut encore furent remplies par les inutiles efforts qu'il fit pour réunir les princes chrétiens de l'Occident dans une croisade nouvelle contre Constantinople, en offrant des sommes considérables pour subvenir aux frais de l'expédition, en obligeant les cardinaux et tout le clergé à contribuer aux frais de la guerre par l'abandon du dixième de leurs revenus, et en comblant de grâces spirituelles tous ceux qui seconderaient, d'une manière quelconque, l'expédition projetée. Les légats du Pape et de l'empereur parlèrent et agirentdans le même sens aux diètes de Ratisbonne et de Francfort (1454), et arrachèrent aux princes allemands de brillantes promesses. En même temps des missionnaires et des prédicateurs, envoyés par le Pape, se répandaient dans tous les pays, provoquant la Chrétienté entière à la nouvelle croisade; Jean de Capistran se signala parmi eux par son zèle, son éloquence et ses miracles. On délibéra de nouveau à ce sujet, en 1455, à la diète de Wiener-Neustadt. On sait que tout ce qu'on fit plus tard pour organiser une croisade échoua, et que Constantinople demeura aux mains des Turcs. »
» Le pape Nicolas V, ajoute M. Héfélé, avait montré, durant son pontificat, autant de zèle pour la science que d'ardeur pour la gloire de l'Église. Ce fut sous son règne que les études classiques ressuscitèrent, et nul prince ne les protégea plus que ce Pontife éclairé. Il soutenait avec une générosité presque illimitée tous les savants, notamment les Grecs chassés de leur patrie, institua des chaires nombreuses, fixa des appointements et des pensions honorables pour les gens de mérite, acheta les manuscrits rapportés par les Grecs, fit faire des traductions latines des classiques grecs, rassembla, à des prix incroyables, plus de cinq mille manuscrits précieux de tous les pays, et fonda ainsi lafameuse bibliothèque vaticane (1).
(1)Cf. îa dissertation du Dominicain Genrgins, de NicolaiY erga litteras et litteralos viros putroemio.
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» Nicolas ne négligea pas non plus les arts, et l'église de Saint-Pierre, le Panthéon et le Vatican lui durent leur restauration. Il était en outre d'une bienfaisance inépuisable à l'égard des pauvres et prenait un vif intérêt aux familles déchues, qu'il s'efforçait de relever. Il abolit de nombreux abus dans sa cour, se montra toujours austère dans ses mœurs, exigeait des autres ce qu'il pratiquait lui-même , ne protégeait que les gens de mérite et évitait toute apparence de népotisme.
» Aussi son épitaphe, dans Saint- Pierre, porte qu'il rendit l'âge d'or à Rome, et on le|compte parmi les meilleurs Papes qui aient orné le trône pontifical (1). Son seul défaut, dit Platina, était un tempérament vif, enclin à la colère, dont il gémissait souvent lui-même (2).
» Ses décrets, ses bulles et ses lettres les plus importantes se trouvent dans les collections des conciles et les bullaires, dans FSaynald, Bzovius, Wadding et autres. »
Le Noir.
NICOLAS DE CUSA (Théol. hist, biog. et bibtiog.) — Ce savant cardinal, naquit à Cusa en 1401, d'un pêcheur, ce qui lui fit prendre pour ses armes, quand il fut arrivé aux honneurs, une écrevisse, et mourut à Todi en Ombrie en 1464, après avoir été un des membres les plus influents du concile de Bâle, et avoir rempli de grandes missions sous les papes Nicolas V, Calixte III et Pie II.
Il fut, eu même temps, un pénétrant esprit, qui jeta dans ses œuvres des idées scientifiques très-avancées sur son époque.
On a de Cusa : Concordantia catholica, trois livres dédiés au concile de Bâle, à Julien Césarini, son protecteur et à l'empereur Sigismond, dans lesquels il soutient la supériorité du concile œcuménique sur le pape, qui n'est, selon lui, qu'un délégué de l'Eglise ; Tractatus de auctoritate prsesidenti in concilio generali; ouvrage
(!) Bowar, flist. des Papes, t. IX, p. 291.
(ï) Hatina, Vite Ponlil.f in Yita Nicolai V.
qui renferme les mêmes principes; mais principes dont Cusa se retira ensuite, au moins en pratique, lorsqu'il se déclara pour le parti d'Eugène IV et abandonna Bâle en 1437 par aller à Ferrare et ensuite à Florence ; de cribrationc Alcliorani, réfutation du Coran et apologie du christianisme; De docta ignorantia libri lll, espèce de critique de la science en ce sens que tout savoir est mêlé d'ignorance; Apologia doctx ignorantise et De conjectùris, deux livres dans lesquels il prouve qu'il est impossible d'arriver à la science de la nature intime des êtres, ce qui fait qu'une foule de choses repose sur des conjectures ; De filialione Dei, ou de la génération divine ; Dialoyus de genesi, recherche sur le principe dernier des choses; Idiotx de sapientia libri lll, dialogue entre un orateur, unphilosophe et un homme vulgaire, qui enseigne aux premiers la véritable sagesse ; De staticis experimentis, quatrième livre de l'ouvrage précédent, traitant de la mécanique ; De visione Dei, sous forme de méditation ; De ludoglobi librill, dialogue sur un jeu inventé par Cusa pour représenter sur un globe le rapport du monde des esprits avec le Christ; Compendium, courte exposition de principes généraux ; Dialogue de Possest, traité philosophico-théologique sur le rapport de la possibilité et de la réalité de l'être ; Liber de beryllo ; le béryl était une émeraude non colorée, ou une topaze transparente qu'on taillait et dont on se servait en guise de lunette. Cusa en fait des applications morales aux spéculations philosophiques ; Dedato Patris luminum, dissertation sur le texte 1, 17, de l'Épître de saint Jacques; Libellus de quxrendo Deo , méditation sur la méthode de chercher Dieu ; De venatione sapientise, résumé des vérités acquises par Cusa, durant les diverses périodes de sa vie, dans le domaine de la philosophie ; De pace seu concordantia fidei diologus, sur l'accord qui résulte de la comparaison des diverses religions ; Exercitatiomtm libri X, recueil de discours et de méditations sur des
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textes de l'Écriture ; De mathematicis complementis, essai sur la quadrature du cercle.
Le cardinal de Cusa écrivit encore beaucoup d'autres livres, mais ces livres malheureusement ne sont point parvenus jusqu'à nous. Quand il put prendre possession, en 1452, de son siège de Brixen, l'ardeur qu'il mit à poursuivre des réformes dont l'Eglise avait besoin dans le clergé et dans le monachisme des deux sexes, lui attira les persécutions de l'empereur Sigismond; ce prince le fit arrêter violemment, le jour de Pâques, en 1400, et mettre en prison ; le pape interdit Sigismond et ses séides; Cusa intercéda pour eux, et le conflit, au bout de quelques années, finit par des excuses et des indemnités auxrjnelli's Sigismond fut obligé de se soumettre.
« Mal gré cette vie agitée, militante et éprouvée, dit son biographe du Dict.
encycl.delatkëol.cathol., le cardinal de Cusa trouva le temps de se livrer à de profonds travaux. La science était une récréation pour lui, au milieu des agitations de sa vie officielle. Il n'était étranger à aucune branche des connaissances humaines. Il possédait, d'une manière étonnante pour son temps, les langues grecque, hébraïque et arabe. Son intelligence, aussi vaste que prompte, lui permit de se mettre facilement au niveau de tout ce qu'on savait alors, non-seulement de théologie, mais de mathématiques et de philosophie, de devancer son siècle par de véritables découvertes, et il est difficile de dire ce qu'il faut le plus admirer en lui, le réformateur zélé de la discipline ecclésiastique ou le promoteur intelligent de la science.
» Il transforma la scolastique, ouvrit des voies nouvelles aux mathématiques et à l'astronomie ; à l'époque du concile de Bàle il s'occupait déjà de la réforme du calendrier, dont il démontra la nécessité dans un écrit spéciaL de Rcparatione Calendarii. Il fut Te premier à enseigner de la manière la plus positive le mouvement de la terre. L'œuvre de Copernic, qui parut cent ans après, et qui renversait une théorie dix fois
séculaire, ne fut qu'un développement systématique des propositions de Cusa, et ce n'est pas sans raison qu'on pense que Copernic profita des indications données par Cusa. Le cardinal avait encore devancé son siècle dans d'autres questions ; ainsi par exemple, il reconnaissait la fausseté des nécrétales d'Isidore et de la donation de Constantin. »
Le Nom.