‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 57 sur 122 · NIR · texte numérisé non relu

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avait détruit le genre humain, et que ce fait, parconséquent, eut pour premier type une réalité universelle, dont les récits ne diffèrent que par les rédactions, seul point que nous regardions comme essentiel à la véracité d'une écriture inspirée comme celle de Moïse.

Le Nom.

NIRVANA (l'annihilation du) (Théol.

mixt. philos, sychol. ontol. scien. hist.

rel. étr.) — Nous avons exposé, au mot Boddd iisme, ce que nous parait être, dans sa juste interprétation, le Nirvana de cette doctrine. Ce n'est point un anéantissement, ainsi que le croit M. Barthélémy Saint-Hilaire ; ce n'est, dans l'esprit du bouddhisme, qu'une espèce de vision intuitive de Dieu lui-même, dans le genre de celle que conçoit le christianisme, et que beaucoup de mystiques chrétiens ont peinte sous des expressions aussi fortes que celles des bouddhistes.

Quelle différence fondamentale, diraije à MM. Barthélémy Saint-Hilaire et E. Burnouf, voyez-vous donc, entre les expressions les plus exaltées des bouddhistes pour dire leurs aspirations du Nirvana, et celles-ci du votum Deo par lequel le P. Capucin Bernardin de Picquigny (Bernardmus a Piconio), commença son ouvrage, aujourd'hui devenu si populaire dans le clergé Epistolarum bcati Pauli tri- ■plex expositio ?

« Quand, adhérant à toi par l'âme entière, uni, transformé tout entier en toi, tout entier plongé dans l'abîme de la divinité et absorbé, serai-je un seul esprit avec toi, vivant de ta vie, heureux de ta béatitude?

» Voilà la vie éternelle. »

« Quando tibi tota anima adhserens, imites, totus in te transformâtes, totus in tuas divinitatis abyssum immissus, et absorptus, unus tecum ero spiritus, tua vita vivant, tua beulitiidine bcatus ?

» Hœc est vita setcrna. »

Et voici un superbe passage de Fénelon qui se termine par une phrase dont la nuance panthéistique n'est pas moins forte qu'elle ne l'est dans le tableau du ciel qu'on vient de lire et dans tous ceux du Nirvana bouddhiste.

« Il (Hazael) s'entretenait avec Mentor de cette première puissance qui a formé le ciel et la terre ; de cette lumière simple, intinie, immuable, qui se donne à tous sans se partager ; de cette vérité souveraine et universelle qui éclaire tous les esprits comme le soleil éclaire tous les corps. Celui, ajoutait-il, qui n'a jamais vu cette lumière pure, est aveugle comme un aveugle-né; il passe sa vie dans une profondenuit, comme lespeuplesque le soleil u'éclaire point pendant plusieurs mois de tannée. Il croit être sage, et il est insensé; il croit tout voir, et il ne voit rien; il meurt n'ayant jamais rien vu; tout au plus il n'aperçoit que de sombres et fausses tueurs, de vaines ombres, des fantômes qui n'ont rien de réel.

Ainsi sont tous les hommes entraînés par le plaisir des sens et par le charme de l'imagination. Il n'y a point sur laterre de véritables hommes, excepté ceux qui consultent, qui aiment, qui suivent cette raison éternelle. C'est elle qui nous inspire quand nous pensons bien; c'est elle qui nous reprend quand nous pensons mal. Nous ne tenons pas moins d'elle la raison que la vie. Elle est comme un grand océan de lumière, nos esprits sont comme de petits ruisseaux qui en sortent, et qui y retournent pour s'y perdre. »

Le Nom.

N1SIBIS (l'école de) (Théol. hist.

écol. ce/.) — « Il faut considérer Nisibis, dit M. Schegg, comme le foyer le plus ancien de la littérature syriaque et de la prédication chrétienne ; alors qu'Édesse comptait à peine quelques fidèles, Nisibis était peutêtre déjà entièrement convertie à la foi.

» L'essor de l'Église chrétienne de Syriefut particulièrement favorisé par les couvents et les écoles. Dès avant 320 il y avait un grand nombre de couvents en Syrie ; c'est de là que partirent les moines qui parcoururent les villes, les villages, les déserts, et qui convertirentles Syriens, les Perses et les Arabes. Les Syriens ayant une littérature florissante, on fonda, en même temps que l'Evangile se répan-

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dait parmi eux, des écoles analogues à celles de l'Occident, mais sur une plus grande échelle. Ils eurent deux espèces d"écoles: les écoles inférieures correspondant aux bet-soferin, (écdles des enfants, duTalmud), qui se trouvaient non-seulement dans les villes et les résidences épiscopales, mais encore dans les villages, et surtout dans les couvents, et les écoles supérieures, qui étaient à proprement dire des académies (analogues aux bct-ulf'ana et bet-midraschanTa\mui), et qui se trouvaient à Edesse et à.

Nisibis. Cette dernière académie fut créée par Nurses (1), surnommé la langue de l'Orient, le poëte in la foi chrétienne, la harpe de l'Esprit-Saint.

Barsumas, évêque de Nisibis, célèhre lui-même par ses homélies sur les Evangiles, avait appelé Nurses, en 490 après Jésus-Christ, d'Édesse à Nisibis, où ce docteur expliqua pendant vingt ans les Ecritures avec un tel succès que son nom parvint ac loin et que l'Occident fut surpris d'apprendre avec quel ordre et quelle méthode les Syriens exposaient les saintes Ecritures dans leurs cours publics, et qu'ils enseignaient la grammaire et larhétorique aussi pertinemment que les Grecs et les Romains.

» Narsès eut pour disciples Jean Beth-Rabuncnsis et Mar-Abas, lequel enseignait en même temps que lui le syriaque et le grec, traduisit tout l'Ancien Testament du grec en syriaque, et laissa de nombreux commentaires sur les deux Testaments. Le successeur de Narsès dans la direction delà haute école fut Hananus, qm donna à l'académie des statuts d'après lesquels les cours de l'enseignement ordinaire et régulier devaient durer trois ans. On expliquait d'abord les Psaumes, puis le Nouveau Testament, ensuite les livres de l'Ancien Testament; les Pères formaient la clôture.

On enseignait aussi les sciences profanes, mais on ne devait s'en occuper qu'après avoir terminé les cours de théologie. Qui rnedciitH scribendi— que artibus inmmbent neuiiquam negligant attente lnjera expo&Uioncm,

1) k'.3ém., III, 2, p. 917.

Novi Test, et codicem Sacramenlorum,.

dit un statut, postérieur il est vrai (l).

Hananus eut, dit-on, huit cents élèves à la fois. Cependant ses commentaires n'eurent pas de succès, parce qu'il y réfutait trop souvent les propositions de Théodore de Mopsuesta, dont l'autorité était si grande parmi les Nestoriens qu'ils avaient formulé ce canon : Commentants commentatoris magni omnino inhiercivhnu est\ qui vero Us quomodu modo repugnaverit aut aliter senseril, smathema sU (2).

» Hananus fut remplacé par Joseph Huzitha. C'est de lui que provient la manière de lire des Syriens qui distingue ceux de l'est de ceux de l'ouest (les Nestoriens des Jacobites). Assémani tient la prononciation des Syriens orientaux pour la prononciation primitive, que Huzitha rétablit plutôt qu'il no l'introduisit. De là vint aussi une différence dans l'enseignement grammatical, et, par suite, dans la manière d'écrire. Le système de ponctuation des Nestoriens, dont les manuscrits ont été jusqu'à présent les plus abordables pour nous, est beaucoup plussci ;né-,plii£ exact, que celui des Jaeobiics.

» Après Huzitha l'école de Nisibis, eut encore pour chefs : Mar Abas, Paul, Jesujab Arzunitha, Abraham Cheddadi, Hananus, Jesujab Gudalensis et Adiabenicus. Mais, à dater du.

huitième siècle, la décadence des études chez les Nestoriens devint de plus en plus profonde. Les nombreux livres qu'ils publièrent encore traitèrent en général de matières ascétiques et liturgiques, ou bien c'étaient des légendes, des histoires de martyrs, la Chaîne des Pères.

» Ce qu'il y a de plus précieux dans cette tradition littéraire, c'est la merveilleuse sollicitude des Nestoriens pour la transcription des saintes Écritures; ils se préoccupent plus de la forme des lettres et des accents que du sens. C'est ainsi que leurs grammaires et leurs dictionnaires ont principalement en vue l'éclaircissement des mois les plus difficiles de l'Écriture et des S. Pères; par exem-

(r)A««em., * Cath. Pair., p. 101.

(î) As ; éa., III, l,p. 81.

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