OBSERVANCES
Loi CÉRÉMONIELLE.
LÉGALES. Voy
OBSERVANCE RELIGIEUSE ou EC- CLÉSIASTIQUE. On nomme ainsi les usages qui ont été ou commandés par quelque loi positive de l'Eglise,
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ou établis par une tradition dont on ne connaît pas l'origine. Les protestants font profession de les rejeter; ils exigent que toute pratique religieuse soit fondée sur l'Ecriture sainte. Quelques-uns de leurs écrivains ont voulu s'autoriser d'un passage de ïertullien, /. de Oratione, c. 12. Ce Père, disent-ils, parlant des observances, dit « qu'il faut rejeter » celles qui sont vaines en elles- >> mêmes, celles qui ne sont appuyées » d'aucun précepte du Seigneur ou » de ses apôtres, celles qui ne sont » pas l'ouvrage de la religion, mais » Se la superstition, celles qui ne sont » fondées sur aucune raison solide, » enfin celles qui ont de la confor- » mité aveclescérémoniespaïennes. »
Mais ce passage est très-mal rendu.
En répétant le mot celles, qui n'est pas dans le texte, on fait dire à Tertullien le contraire de ce qu'il pensait et de ce qu'il enseigne ailleurs.
Il semble que, selonlui, pour rejeter une pratique, c'est assez qu'elle ne soit pas commandée par Jésus-Christ ou par les apôtres^ ou qu'elle ait quelque ressemblance avec les coutumes des païens. Ce n'est point là ce que veut Tertullien : il dit que l'on doit rejeter les observances qui sont vaines en elle-mèmes, c'està-dire qui ne peuvent produire aucun bon effet, qui ne sont appuyées d'aucun précepte du Seigneur ou des apôtres, qui ne sont pas l'ouvrage de la raison, mais de la su-»
perstition, et qui ne sont fondées sur aucune raison solide. Il donne pour exemple l'entêtement de ceux qui faisaient scrupule de prier avec un manteau sur les épaules. Nous convenons que cette vaine observance réunissait tous les caractères de réprobation, desquels Tertullien a parlé, et qu'elle était condamnable.
S'ensuit-il de là que nous devons nous abstenir de faire le signe de la croix ou de jeûner le carême, parce que Jésus-Christ ni les apôtres n'en ont pas fait un précepte formel? que c'est un crime de nous mettre à genoux pour prier, ou de faire à Dieu des offrandes, parce que les païens faisaient de même?
Tertullien s'est expliqué plus clai-
rement dans son traité de Coronâ, c. 3. « Il y a, dit-il, des observances » que nous gardons sans y être au- » torisés par un texte de l'Ecriture, » mais fondés sur la tradition et sur » la coutume. Avant d'entrer dans » les fonts du baptême, nous pro- » testons à l'évêque que nous re- » nonçons au démon, à ses pompes » et à ses anges. Nous sommes » plongés trois fois, et nous disons » quelque chose de plus que le Sei- » gneur n'a ordonné dans l'Evangile.
» Nous goûtons ensuite d'un mé- » lange de lait et de miel, et depuis » ce jour nous nous abstenons du » bain pendant toute la semaine.
» Nous recevons le sacrement de s l'eucharistie que le Seigneur a » commandé à tous, soit à l'heure de » nos repas, soit dans nos assemblées » avant lejour, mais non d'une autre » main que de celle de nos préposés.
» Tous les ans nous faisons des obla- » lions pour les défunts le jour de » leur mort. Nous nous abstenons de ii jeûner et de prier à genoux le di- » manche ; nous faisons de même » depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte.
» Nous évitons de laisser tomber à » terre quelque partie de notre pain » ou de notre boisson. Avant d'aller » et de venir, d'entrer ou de sortir, » de nous chausser, de nous baigner, » de nous mettre à table ou au lit, » de nous asseoir, ou d'allumer de la » lumière, dans toutes nos actions, » en un mot, nous faisons sur notre » front le signe de la croix. Si pour » toutes ces observances et autres » semblables vous demandez un pré- » cepte de l'Ecriture, vous u'entrou- » verez point; la tradition les a » établies, la coutume les a confir- » mées, et la foi les garde. »
Lorsqu'on objecte aux protestants ce passage de Tertullien, ils disent que ce Père était montaniste. Dans la vérité, il ne l'était pas plus en écrivant son livre de Coronâ, qu'en composant son traité de Oratione.
Quand il l'aurait été cent fois davantage, en est-il moins croyable lorsqu'il atteste ce qui se faisait de son temps, et qu'il donne la raison pour laquelle on le faisait? Cela n'a aucun rapport aux erreurs de Montan.
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S'il nous arrivait do récuser le témoignage d'un auteur, précisément parce qu'il était hérétique, les protestants crieraient à la prévention, à l'entêtement, au fanatisme.
Il y a sans doute de vaines observances que l'on doit mettre au nombre des superstitions ; mais l'Eglise, loin de les autoriser, les condamne. Les théologiens enlendeat par vaine observance l'emploi d'un moyen quelconque pour produire un effet avec lequel ce moyen n'a aucune proportion ni aucune relation naturelle, et qui ne peut avoir aucune efticacité par l'institution de Dieu ni de l'Eglise.
D'où l'on conclut que s'il produisait réellement quelque effet, ce ne pourrait être que par l'entremise du démon. Tels sont les prétendus préservatifs contre quelques maladies, soit des hommes, soit des animaux, qui par eux-mêmes ne peuvent avoir aucune vertu : tels sont les secrets imaginaires que l'on a nommés art notoire, art de saint Paul, art des esprits, etc. Voyez Atit. L'on met au même rang l'observation des temps, des jours, des mois, des années, la distinction des jours heureux ou malheureux, les horoscopes, etc.
Thiers en a parlé fort au long dans son Traité des Superstitions, 1. 4 ; il en détaille les dillérentes espèces, il cite les passages de l'Ecriture sainte, des Pères de l'Eglise, des conciles, des statuts S3 T nodaux et des théologiens qui les réprouvent.
Vainement les protestants ont voulu faire envisager toutes ces absurdités comme un vicu inhérent à la religion catholique; ils ne sont pas parvenus à en guérir leurs sectateurs ; il faudrait pour cela extirper entièrement l'ignorance des peuples, la faiblesse d'esprit, la crédulité, les terreurs paniques , l'attachement aveugle à la vie, à la santé, aux tiens de ce monde. Ces maladies sont aussi anciennes et aussi répandues que l'humanité : elles dureront probablement plus ou moins, autant que la race des hommes, et l'on ne prend nulle part plus de soin pour en guérir les peuples que dans l'Eglise catholique. Voy. Superstitions.
Bergier.
OBSERVER Dans l'Ecriture sainte, ce terme signifie quelquefois prendre des précautions; Job, c. 24, y 15, dit que l'adultère observe de ne marcher que dans les ténèbres, aiin de ne pas être reconnu. Observer la bouche de quelqu'un, signifie épier ses paroles, aiin de le surprendre ; mais, Eccles., c. 8, y 2, observer la bouche du roi, c'est exécuter ses ordres. Il signifie encore examiner à la rigueur; David dit à Dieu, Ps. 129, Ï 3 : Seigneur, si vous observez nos iniquités, qui pourra soutenir la rigueur de votre jugement? I Reg., c. 2, y 22, il est parlé des femmes qui observaierit ou qui veillaient à la porte du tabernacle. Saint Paul dit aux Galates qui judaïsaient, chap. 4, y 10 : « Vous observez les jours, les » mois, les temps, les années. » Plusieurs interprètes croient qu'il leur reprochait d'observer les néomôniens, les fêtes, les jeûnes du calendrier des Juifs; mais quelques Pères de l'Eglise ont pensé qu'ils les reprenait de distinguer les jours heureux ou malheureux, comme les païens; peut-être les Calâtes étaient-ils coupables de l'un et de l'autre de ces abus. Lac, c. 17, y 20, Jésus-Christ dit aux pharisiens que le royaume de Dieu ou le règne du Messie ne viendra point avec un éclat extérieur qui le fasse remarquer, cum observatione.
Bergier.
OBSESSION. Il y a une distinction h faire entre i'obsesswn du démon et la possession. Un homme est possédé, lorsque le démon est entré dans son corps, qu'il l'agite et le tourmente, soit continuellement, soit par intervalles. Il est seulement obsédé, lorsque le démon, sans entrer dans son corps, le poursuit au dehors, le fatigue et le l'ait agir. L'Ecriture sainte fournit des exemples de l'un et de l'autre de ces deux états fâcheux.
Il est dit au I Gt livre des Rois, c. 16, y 23, que l'esprit de Dieu s'était retiré de Saùl, et que de temps en temps ce roi était agité par un mauvais esprit, par l'ordre de Dieu ; dans le livre de ïobie, chap. 3, f 8, que Sara, fille de Raguel, avait eu
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sept maris, et qu'un démon nommé Asmodée les avait tués lorsqu'ils avaient voulu s'approcher d'elle. Elle était donc obsédée par un démon, mais qui n'exerçait sa malice que contre ses maris. Les exemples de possession sont fréquents dans le nouveau Testament.
On regarde, avec raison, ces deux accidents comme des fléaux surnaturels que Dieu permet, soit pour punir ceux qui, par le crime, ont déjà livré leur âme au démon, soit pour exercer la patience des gens de bien. L'Ecriture sainte représente la fille de Raguel comme une personne vertueuse et irréprochable, qui était pénétrée de douleur du funeste sort de ses maris.
Les symptômes d'une obsession réelle sont à peu près les mêmes que ceux de lapossession ; l'on doit prendre les mêmes précautions et suivre les mêmes règles pour juger de l'une et de l'autre ; l'Eglise prescrit les mêmes remèdes pour l'un et pour l'autre, la prière, les bonnes œuvres, les exorcismes, sans interdire les moyens naturels de rétablir la santé du corps, que la médecine peut fournir.
Plusieurs critiques, sans être incrédules, ont prétendu que les obsessions et les possessions étaient des maladies purement naturelles, auxquelles le démon n'a aucune part, que c'étaient seulement des attaques de mélancolie, d'épilepsie, de catalepsie ou de manie ; que l'on peut expliquer ce qui en est dit dans l'Ecriture sainte, sans recourir à l'intervention du démon : nous prouverons le contraire au mot Possession.
Bergier.
OCCAM ou OCHAM (Guillaume) (Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce scolastique nominaliste du xiu° et xiv e siècle, qui fut surnommé par ses admirateurs Doctor singularis et venerabilis inceptor (nominalium) , était né dans le village d'Occam, comté de Surrey (Angleterre);; et c'est du lieu de sa naissance qu'il prit son nom. On ignore la date de cette naissance. Il était Franciscain et disciple de Duns Scot à Oxford, lorsqu'il parut dans la vie publique.
Plus tard il professa à Paris et prit parti pour le roi dans la querelle de Boniface VIII et de Philippe le Bel. H composa dans l'intérêt de ce dernier un écrit intitulé : Super potcstate prselatis et principibus commissa.
Dans l'opposition que fit au pape Innocent III le parti extrême des Franciscains, dit les spirituels, il se jeta dans le schisme formel. Ce fut lui qui rédigea la pièce encyclique que le chapitre des Franciscains de Pérouse envoya à la chrétienté, dans laquelle la question de la pauvreté du Christ était résolue dans le sens des spirituels, avant que Rome se fût encore prononcée; il était dit dans cette pièce : « Le Christ et ses apôtres ne possédaient rien ni en particulier ni en commun. » Occam assistait à ce chapitre en qualité de provincial d'Angleterre, et il soutint, dans ses sermons, que toute doctrine.
contraire était une hérésie. Il fut cité à Avignon et retenu en prison durant l'enquête. La doctrine des spirituels fut condamnée par une décrétale de 1323. Occam et le général de l'ordre, Michel de Céséna, s'enfuirent auprès de Louis de Bavière, et ce fut alors qu'Oecam dit à ce prince : « Défendstoi par ton épée, je te défendrai par ma plume. » Ils déclarèrent dans des pamphlets le pape hérétique. Dans un ouvrage de Jurisdictione impcratoris in causis matrimonialibus, Occam soutint que l'empereur avait le droit d'autoriser le mariage de son fils avec Marguerite, malgré un mariage antécédent; tout cela par intérêt d'état.
On a dit qu'Oecam demanda à rentrer dans la communion de l'Eglise et qu'il y rentra avant de mourir ; rien n'est moins certain. On ne sait ni le temps ni le lieu où il mourut; d'après les uns ce fut en 1343, d'après las autres en 1347, à Munich. On cite, parmi les ouvrages d'Occam, Opus nonaginta dierum, mis à l'index ; Compendium errorum Joannis XXII; Octo quxsliones super potestate oc digmtate populi; et quelques autres que Walding mentionne. Mais le plus célèbre de ses ouvrages est le fameux Dialogue mis aussi à l'index. Voici le jugement que porte M- Kerker sur le nominalisme d'Occam et sur cet ouvrage;
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« L'activité littéraire d'Occam ne fut pas moins considérable que son activité pratique. Il lit de norrveau prévaloir le nominalisme, avant lui complètement abattu, malgré les efforts de Durand. Il reçut !e surnom de vencrabilis inccptor, en sa qualité de fondateur d'une nouvelle école nominaliste. La question de la réalité des universaux r occupa d'abord ; car à cette question se rattachait, an moyen âge, celle des idées en général, (!) c'est-à-dire la doctrine de l'origine des connaissances. Occam se déclara à ce sujet absolument sceptique. Il nia que les universaux eussent rien de réel, qu'ils existassent dans les choses elles-mêmes hors de nous; car, dit-il, tout ce qui est hors de l'âme est par là même individuel, particulier, excluant toute idée d'universalité. Il oppose diamétralement l'une à l'autre les idées d'unité et de multiplicité, comme le font en général les sceptiques et les rationalistes.
Mais comment les idées universelles naissent-elles dans notre entendement? Occam voit uniquement dans les idées des sensations que les choses extérieures imprimentdans notre âme, ou les produits de ces sensations élaborées par la raison. Si un objet fait une impression forte, vive et claire sur nous, nous en concevons une idée particulière ; si l'impression est vague, obscure, nous concevons une idée universelle, parce que l'objet n'est pas nettement déterminé dans notre esprit. Du reste une idée universelle peut naître aussi de ce que plusieurs impressions produites sur l'imagination se transforment l'une dans l'autre et engendrent une image commune, une notion unique, dont on se sert pour désigner plusieurs objets analogues, car les idées no sont en général que des signes des choses.
» Occam va plus loin, et dans son scepticisme il s'en prend aux notions particulières. Nous ne connaissons pas les choses en elles-mêmes, dit-il, nous ne connaissons que les signes des choses. L'impression qu'un objet fait sur notre âme, sans notre parti-
(1) Kobn, Introd. à la Dogm., I, 533.
cipation, sans notre volonté, produit ce signe ; car l'âme qui pense est complètement passive ; h pensée n'est qu'un état passif de l'âme, passio animée (I). Mais si on ne connaît pas les choses elles-mêmes, comment se produira la science? Occam dit que la science n'est pas la science des choses, mais la science des propositions concernant les chosBs, sohe propositioncs sciuntar (2) . Ce sont les signes mêmes que l'impression d'un objet laisse après lui dans l'âme que nous saisissons par notre pensée.
Nous associons des signes à des signes el nous en formons des jugements, des conclusions, une science de formules. C'est pourquoi les Nominalistes furent appelés aussi par leurs adversaires les Terministcs, parce qu'ils ne s'occupaient que des termes des choses. Cependant Occam eut soin d'éviter la grossière expression des anciens Nominalistes, qui appelaient les idées universelles flattes vocis. Pour lui les idées universelles sont, non pas des formes arbitraires et conventionnelles, mais des signes naturels, c'est-à-dire des signes qui ressortent de notre nature spirituelle, comme les soupirs sont l'expression naturelle de la douleur, la fumée le signe du feu.
» Le scepticisme s'introduisantavec cette théorie delà connnissance dans la scolastique devait lui porter une blessure profonde et fatale. La scolastique résultait de l'alliance intime de la philosophie et de fa théologie.
Le nominalisme ne pouvait élever de théorie sur une base aussi chancelante que le doute ; il fallait ou qu'il se déclarât incompétent, incapable de pénétrer par la spéculation dans le dogme, en général de saisir la vérité d'en haut, ou qu'il entrât en collision avec la foi. Occam choisit la première de ces alternatives. Il déclara en conséquence que la raison est incapable de démontrer qu'il n'y a qu'un Dieu; qu'on pourrait aussi bien concevoir plusieurs êtres parfaits, plusieurs causes suprêmes des choses (3). Il allègue des preuves
(I) Summa totius lotiicx, I, 1.
(î ) In Sentent., I, dist. H, q. 4, a. 2.
(1) Qtwdlib, I, q. I. ** '
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contre la proposition : « Il se pourrait que Dieu n'eût pas existé en un certain moment, » mais seulement pour se conformer à l'usage, car, au fond, il ne donne et n'a aucune bonne raison à donner contre cette thèse.
Si Jes Grecs persistent à nier le Filioque, dit-il, on ne peut les convaincre d'erreur. Quand il lui arrive d'examiner sérieusement le dogme il ne se présente à son esprit, incapable de toute spéculation véritable, que des paradoxes, c'est-à-dire des propositions contraires à l'expérience sensible, etc., etc. Ainsi il dit que chaque hostie consacrée renferme le corps du Christ; mais, comme une hostie peut être élevée par un prêtre dans le temps où un autre l'abaisse, il s'ensuit qu'un corps peut parfaitement au même instant faire un double mouvement contradictoire, malgré Aristote. Les parties du Christ se communiquent leurs qualités, idiomata, de sorte que la tête du Christ peut être son pied, son œil peut être sa main (1). Il n'y avait qu'un pas de là à admettre qu'une chose peut être théologiquement vraie et philosophiquement fausse et réciproquement.
« Comme, en outre, Occam, par sa théorie de la connaissance, fait du monde matériel une agglomération d'atomes dont la connaissance se produit dans l'homme sans loi et au hasard, il devait arriver qu'il transportât cette théorie au monde des choses surnaturelles. Il ne comprend absolument rien à l'économie de l'œuvre divine. Il représente la toute-puissance de Dieu comme une puissance arbitraire, agissant sans raison, sans loi. Le Fils de Dieu aurait pu aussi bien, en vertu de sa toute-puissance, adopter la nature d'un âne, d'une pierre, d'un bois, que celle de l'homme (2). De là les questions plus que bizarres qui se présentent sous la plume i' Occam : « Dieu aurait-il pu faire un âne de Socrate ? Peut-il damner les hommes pieux? Peut- il réprouver Marie, les anges? »
» Une autre conséquence de ce ra-
(i), Centiloq. concl. 2723. Cf. Retbei»g, dans les Études et critiques théologiq. d'iimbreit et Ullmann, 1831, I, 76.
(4) Centiloq. conclu. 6,
tionalisme sceptique, c'est qu'Océan»
ne comprend en aucune manière la liaison intime et les motifs profonds des dogmes. Ceux-ci n'ont pour lui qu'une simple contingence, contingens simpliciter, en vertu de la volonté divine, qui aurait aussi bien pu faire autre chose, par exemple laisser de côté la substance dans l'Eucharistie. Ou a voulu, précisément sur la matière de l'Eucharistie, faire d'Occam un hérétique (1); et en effet on ne saurait méconnaître qu'Occom ne s'élève pas à la hauteur du dogme, et que ses preuves peuvent aussi bien servir à établir la coexistence du pain avec le corps du Cbrist que la transubstantiation. Occam pouvait toutefois vouloir, avec sa théorie, demeurer orthodoxe. Si certaines expressions qu'il emploie ont l'air ironique, on est cependant obligé d'avouer qu'on trouve des expressions analogues aux siennes chez d'autres théologiens de son temps, ce qui prouve que l'esprit de vérité commençaità abandonner lascolastique.»
Il serait bon de faire suivre ce sommaire analytique sur le nominalisme, d'un exposé de la vérité philosophique sur ce point, afin de ne point laisser l'esprit du lecteur dans une incertitude pénible; mais nous l'avons fait au titre Nominalisme et Réalisme, et nous y renvoyons.
Dans un de ses premiers écrits, de Potestate sœculari et eccles. (2), Occam avait dit : « Le roi de France a la même dignité et la même autorité que l'empereur. C'est la possession du territoire qui constitue l'empire.
Le peuple romain a transmis son pouvoir à l'empereur, qui ne le tient que médiatement de Dieu. Il en est de même des autres princes (3). Par conséquent le peuple peut reprendre tout naturellement le pouvoir à celui à qui il l'a délégué, car toute autorité part d'en bas. » Et en cela, nous ne voyons qu'une application franche de cette théorie politique que soutiendront Suarez et tant d'autres, en vertu de laquelle la puissance civile
(1) Voir Rettber g.
(2) Dans Goldast, I, 13.
(31 Voir Goldast, I, 23, et Oocam Dialogue, I, 1. VI, c. 8.
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diffère de la puissance ecclésiastique en ce que la première ne vient de Dieu que médiatement, par l'accord universel, tandis que la seconde vient de Dieu immédiatement, par institution de J.-C. Mais abordant dans le Dialogue ce qui concerne la puissance ecclésiastique, voici ce qu'il dit d'après M. Kerker :
« Dans son Dialogue, il ne doute pas qu'un Pape puisse devenir hérétique (I) ; l'Eglise romaine peut tomber dans l'hérésie (2) ; tout le clergé peut renier la foi ; des conciles universels peuvent errer et devenir hérétiques.
L'infaillibilité n'est promise qu'à l'Eglise universelle; le concile n'en est qu'une partie ; car les personnes qui sont faillibles en divers endroits le sont nécessairement aussi en se réunissant (3) : conséquence nominalisle évidente ! Mais comment faut-il s'y prendre à l'égard d'un concile hérétique? En appeler à un autre, ou, si toute la Chrétienté était hérétique, et s'il ne restait que quelques âmes fidèles, il faudrait s'abandonner à la volonté de Dieu (4). Mais on peut aussi accuser un concile universel auprès du Pape. Si le Pape devient hérétique lui-même, le droit de les juger l'un et l'autre est dévolu à tous les fidèles.
» On a, sans doute, prétendu, ajoute M. Kerker, que toutes ces assertions ne sont pas les opinions personnelles à'Occam, et, en effet, il feint de ne les soutenir que pour se conformer à l'usage; car son Dialogue est une dispute entre un élève et son maître ; mais Occam trahit clairement sa pensée, et l'opinion négative, antireligieuse, hostile à l'Eglise, a toujours chez lui le dernier mot. 11 produit d'abord l'opinion négative, puis l'opinion catholique; enlin celle-ci est réfutée, et il n'y est plus répliqué.
C'est le maître qui joue le rôle négatif.
» En outre Occam, dans beaucoup d'autres écrits, reconnaît ouvertement comme siennes une foule d'opinions destructives, antireligieuses, qu'il
(1)1, V, cl.
(2) L. c, cap. 22 eq.
3) L. c, cap. 28.
oppose aux principes catholiques, comme quand il soutient, dans son Compendium errovum Joannis XXII, que le Pape peut devenir hérétique.
Occam se trahit complètement dans les dernières parties de ce livre. Il demande si tous les fidèles peuvent devenir hérétiques. Le disciple tient cette opinion pour absurde, mais il voudrait avoir quelques bonnes raisons pour étayer son avis. Le maître déclare formellement qu'on ne peut opposer que des raisons sophistiques à une opinion fausse. Il donne ces raisons pour répondre au désir de l'élève et pour qu'il puisse s'exercer à la dispute, et, par conséquent, il prouve, en croyant nécessaire de proclamer d'avance son opinion, qui est contraire, que dans la solution des autres questions il a parlé conformément à sa pensée personnelle. »
Le Noir.
OCCA.SIONALISME ou Système