CARTÉSIEN DES CAUSES OCCASIONNELLES
(Thèol. mixt. philos, psychol.) — V.
Harmonie préétablie.
Le Noir.
OCCULTATION (Théol. mut. snen.
astron.) — On emploie ce mot pour exprimer le passage de la lune sur une étoile ou sur une planète. On calcule ces passages comme les éclipses, et les tables des occultations sont utiles aux navigateurs ; l'heure à laquelle ils les observent, rapportée à l'heure calculée pour Paris, leur sert à déterminer le lieu où ils sont.
Il y a une différence entre les occultations des étoiles, même les plus brillantes, et les occultations des planètes; ['occultation d'une étoile se fait instantanément, tandis que celle d'une planète met à se faire un temps sensible qui peut être mesuré, et ce n'est pas seulement au moment de l'immersion que la dimension de la planète s'apprécie de la sorte, c'est encore au moment de l'émersion. La différence dont nous parlons ne provient que de l'éloignemenl prodigieux des étoiles, car elles ont, en réalité, des dimensions beaucoup plus considérables que les planètes.
C'est en observant les occultations
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des étoiles derrière la lune que l'on constate l'absence, autour de ce dernier astre, de toute atmosphère capable de produire une réfraction sensible des rayons de l'astre qui s'occulte.
Le Nom.
OCÉAN (1') (Théol. mixt. scien. géogr.
et hydrost.) — Au mot Mers nous avons dit sur les océans les principales choses ; cependant, il nous reste encore quelque chose à dire des découvertes récentes des Anglais quant à ce qu'ils ont nommé la stratification thermale des eaux de l'océan Atlantique. Comment peut-on appliquer à la masse d'eau ce terme de stratification qui semblerait ne pouvoir convenir qu'aux couches solides? C'est qu'en effet, les couches diverses de l'océan n'ont pas la même densité selon qu'elles sont plus ou moins profondes ; et l'on cherche à découvrir la loi de ces différences de densité.
C'est M. Wy ville Thomson qui fait ces explorations sur la corvette le Challenger, dost le capitaine Nares est le directeur nautique. De temps en temps on a de leurs nouvelles, et ce sont toujours des découvertes. C'est M. Carpenter qui nous en rend compte.
On réussit partout dans le sondage ; il suffit, comme nous l'avons dit, au mot Mers, d'y mettre la patience nécessaire. On sonde de 100 en 100 brasses jusqu'à la profondeur de 1,500 brasses, et à partir de cette profondeur en augmentant, de 250 en 250 bras ses ; des thermomètres vont constater les pesanteurs et les températures des couches liquides.
Or voici le résultat le plus important : Il y a des deux côtés de l'équateur, dans l'océan Atlantique —on n'a pas encore sondé l'océan Pacifique — une grande nappe d'eau supérieure et une grande nappe d'eau inférieure qm se transportent constammentl'une et l'autre, l'inférieure, plus lourde et plus froide, allant vers les pôles, et la supérieure, plus légère et plus chaude, allant à l'équateur où les deux se réunissent. Ce grand déplacement, ou courant océanique, n'a pas d3 rapport avec les courants particuliers tels que le gulf stream, mais
contribue à la formation de ce dernier dans le golfe du Mexique, espèce de grande chaudière où les eaux s echaultent, montent à la surface et viennent à nous comme un grand fleuve océanique. Ce courant particulier naît de l'autre cause et s'en distingue, attendu que ce dernier mouvement est un mouvement immense de l'équateur aux pôles pardessus et des pôles à l'équateur pardessous.
C'est ainsi que l'auteur de la nature met tous les effets en harmonie par 1 application la plus rigoureuse de la logique de ses créations.
Le Noir.
OCÉAiME(l'): étendue; découvertes; géologie; races; population* religions ; langues ; missions chrétiennes {Théol. mixt. et hist. scien.
Qéog. églis. part.) — I. VOcéanie comprend les grandes terres, groupes d'îles et îles en nombre incalculable, dont est parsemé le grand océan Paciuque depuis l'océan Glacial antarctique et la mer des Indes jusqu'à l'Indo-Chine, la Chine et le Japon, au nord, et jusqu'aux rivages des deux Amériques à l'est. Cette immense étendue ne constitue pas moins d'une moitié du globe.
II. Ce fut l'Espagnol Balboa, qui le premier (1513), lorsqu'il descendit desmontagnes del'intérieur du Mexique jusqu'à la mer, aperçut l'océan Pacilique ; et ce fut le Portugais Magellan qui exécutant, avec des Espagnols au service de Charles Quint, le premier voyage autour du monde, découvrit, après avoir doublé la pointe méridionale de l'Amérique, en remontant l'Océan Pacifique vers le Japon, les îles Mariannes et les iles Philippines (7. Magellan). Voici comment M. Edouard Michelis résume les découvertes successives des îles de VOcéanie aujourd'hui connues et fréquentées par les navigateurs, à partir du retour de l'expédition de Magellan, privée de son chef qui avait été tué aux Philippines.
« Depuis lors, le grand Océan fut régulièrement fréquenté par 1rs bâtiments espagnols, tandis qu'il était à peine connu des autres nations. II
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s'établit une navigation régulière entre Acapulco, dans le Mexique, et Manille. Peu à peu les autres groupes d'îles sortirent de leur obscurité.
Partant des Mariannes et des Philippines, on découvrit les Carolincs, les îles de Pclcio ou de Pclaos. Cano aperçut, en 1520, l'ile de Barthélémy; Saavédra, Mendana, Quintana, etc., avisèrent une partie des iles Mulgraves. Gaétan parvint, en 1542, probablement aux iles Sandwich. Alvaro de Saavédra avait déjà découvert, en 1527, la Noueelle-Guinéc, qui fut explorée pins en détail par Ynigo Ortiz de Retz. En 1567 Alvaro Mendana de Neyra découvrit les îles Salomon, et en 1595 le groupe de Santa-Crux. En 1596 Mendana atteignit aussi l'ile des Navigatntrs et découvrit les Marquises, auxquelles il donna le nom du vice-roi du Pérou, le marquis de Mendoza. Torres et Quiros trouvèrent les Nouvelles-Eêbridcs, où ils cherchèrent à fonder une colonie, nommée la Nouvelle-Jérusalem. Enfin Quiros découvrit en 1606 l'île de Taïti, et les Portugais abordèrent le continent de V Australie.
» Les Espagnols parcouraient depuis longtemps dans toutes directions le grand Océan non -seulement pour étendre leur commerce, faire des conquêtes nouvelles, mais pour enrichir la science et répandre les missions chrétiennes, lorsque apparurent les pirates hollandais et anglais, poussés par l'espoir du pillage.
Ils firent la chasse aux vaisseaux de commerce espagnols. Quoique dans leurs croisières et dans leurs confinuelles incursions ils fissent maintes découvertes, en somme ils nuisirent au développement de la géographie en obligeant les Espagnols à trop de réserve dans leurs communications.
Drake lui-mêftte n'était qu'un corsaire.
» Ce ne fut que dans le dernier tiers du dernier siècle que des navigateurs importants appartenant à d'autres nations visitèrent, dans un intérêt purement scieratrfîque, les îles de YQcéanie et augr entèrent les découvertes faites pur 1rs Espagnols. De 1709 à 1778 Cook visita de plus près ou découvrit de nouveau les îles de
Taïti, Sandwich, des Navigateurs et des Amis, Nouvelle-Calédonie, Nouvelle- Zélande. A la même époque Bougainville réalisa son célèbre tour du monde. Les voyages les plus récents furent entrepris par les Russes, sous Vellinghausen (1819-1821), Lazarew (1822-1824), Kotzebue (1823-1820); parles Anglais sous Beechey (1824- 1827); par les Français sous Frevcinet (1817-1820), Duperrey (1822- 1825), Dumont d'Urville (1820-1829), Delaplace (1830-1832), Dupe lit- Thouars (1830-1839).
III. La géologie de ces contrées répandues dans les eaux sur une moitié du globe, est nécessairement encore presque inconnue ; et il faudra à une science qui ne fait que de naître plus de milleanspourles explorations qui lui révéleront au degré où nous connaissons déjà la France, l'Angleterre et l'Allemagne, les mystères de paléontologie que révèlent sans doute les terrains de ces iles dont plusieurs sont grandes comme des continents.
Cependant on en sait déjà quelque chose. On distingue, au point de vue géologique, deux grands archipels :
l'un qu'on a qualilié de première formation, l'autre qu'on a qualifié de seconde formation.
L'archipel Aq première formation et par conséquent plus antique, a pour centre la grande terre d'abord appelée la Nouvelle-Hollande et maintenant appelée l'Australie, magnifique possession anglaise, qui commence à lutter de splendeur avec celle du continent asiatique indien et tant d'autres ; la Nouvelle-Guinée au nord de l'Australie appartient au même archipel avec tout un grand demi cercle de groupes d'îles et dïles jusques, y compris, au sud, la Nouvelle-Zélande; cet archipel do première formation ne comprend pas seulement au nordouest la Nouvelle-Guinée, il s'étend beaucoup plus haut encore, et embrasse les îles Philippines, Bornéo, Sumatra, Java et toutes les Iles de la Sonde.
L'archipel de seconde formation se révèle comme beaucoupplus moderne par la nature de ses terrains qui sont ou volcaniques ou madréporiques ; il se compose de la multitude d'îles eç
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groupes d'iles qui parsèment tout le reste de l'Océan Pacifique au nord, à l'est et au sud, à l'entour du demicercle de première formation que nous venons de décrire; îlcsMariannes, îles Carolines, archipel des îles Marshaal, archipel des îles Gilbert, îles Hawaii, îles Nouka-Hiva, archipel Pomotou ou îles Basses, îles Taîti, iles Yiti, etc., en sont les parties les plus remarquables. Beaucoup de ces terres peuvent être le résultat de soulèvements volcaniques très modernes, d'ac cumulations de coraux dans l'Océan jusques près de la surface, lesquels n'auraient eu besoin que de soulèvements presque insensibles pour s'élever au-dessus du niveau des mers et devenir des îles. Car il est nécessaire, pour qu'une île madréporique se forme à nouveau, ou qu'elle soit achevée, qu'elle se soulève par un mouvement terrestre intérieur ou que le niveau des eaux s'abaisse; caries madrépores ne travaillent point à sec et dans l'air, ils ne travaillent à former leurs coraux et roches calcaires que sous les eaux, puisqu'ils sont des polypes marins.
Quand leurs constructions s'approchent trop près de te surface, ils cessent de construire et de se multipler.
IV. L'archipel de première formation, ressemblant pour l'ancienneté géologique , à nos continents , est divisé par la géographie moderne en deux parties : l'une, qui comprend son grand noyau , l'Australie , est appelée la Méïanésie, du grec mêlas, (nAotç) noir, parce qu'elle est habitée par des indigènes de race nègre: les Papouas, la Nouvelle-Guinée, les iles Salomon, les Nouvelles-Hébrides, la Nouvelle-Calédonie;etc, appartiennent à la Méïanésie ; l'autre qui comprend Java, Sumatra, Bornéo, les îles Cclébes, Mindanao, les îles Philippines, Palawan, etc., est appelée la Malaisie, et ses habitants, qui portent le nom de Malais, Malaisiens Océaniens, ne sont point en général de la race noire, mais d'une race jaune, qui garde à la fois des ressemblances avec la race nègre et avec la race mongolique qui peuple la Chine et le Japon.
L'archipel de seconde formation est habité de races mélangées, dans
lesquelles pourtant, c'est la race malaise qui prend le dessus, repoussant de plus en plus les nègres vers le noyau de l'autre archipel et l'envahissant lui-même plus ou moins tout à l'entour; c'est ainsi que nous venons de voir toute la partie nord et asiatique prendre le nom de Malaisie, parce qu'elle a été envahie par les Malaisiens; et au sud la Nouvelle-Zélande elle-même, quoique d'ancienne formation, n'a été trouvée habitée que par des indigènes océaniens, c'est-à-dire de race malaise presque mongolique ou jaune. Tout cet immense archipel formant la circonférence et couvrant les vastes étendues de l'Océan Paeilique, est appelé par la géographie moderne du nom général de Polynésie.
Ici se lève une grande question. Il ne parait pas douteux que les plus anciens habitants de ces terres ne soient les nègres des îles de première formation, et que les Malaisiens, tant, ceux des iles de première formation que ceux des îles de seconde formation, ne soient venus, bien plus récemment, de l'Asie, soit habiter des terres nouvellement formées qui jusque-là étaient restées désertes, soit envahir des pays déjà anciennement habités par des races nègres, et refouler ces races vers l'Australie quand ils ne les détruisaient pas. Or, si l'on peut expliquer assez bien ce dernier rayonnement des races asiatiques dans la Malaisie et la Polynésie, jusques versle sud [Nouvelle- Zé lande), et l'expliquer d'autant mieux qu'ainsi que nous allons le dire, ce fut le bouddhisme surtout, originaire d'Asie qui, comme religion, envahit toutes ces contrées, il n'est pas aussi facile de comprendre que la race nègre y soit venue dans des temps beaucoup plus anciens. Il est vrai qu'on trouve encore dans les montagnes méridionales des Indes asiatiques une race nègre qu'il est assez naturel de considérer comme des restes des premiers indigènes de toutes ces régions, et il ne parait pas contraire au bon sens de supposer que cette race d'abord originaire du \ieux monde arien, et issue peut-être de Cham, se répandit daus l'Indoustan, l'Indo-
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Chine, les îles asiatiques, l'Australie, actuelle, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Zélande, peupla la première ces pays, puis fut délogée d'une partie parles invasions subséquentes de la race malaise plus mongolique que nègre, dont nous venons de parler. Cette hypothèse serait en conformité avec la dispersion des descendants de Noé, telle qu'elle est décrite par nos livres saints, sauf la longueur des temps qui ne serait pcut-èLre pas assez considérable; mais nous avons renoncé, dans plusieurs articles, à soutenir ce point chronologique qui nous semble à peu près impossible à concilier avec la géologie et qui, d'ailleurs, se détruit, de lui-môme, par les contradictions des textes entre eus.
Au reste, on a fait mille hypothèses sur cette question assez mystérieuse ; et l'on en fera encore, jusqu'à ce que l'anthropologie palêontologique vienne donner, là-dessus, desréponses auxquelles on ne s'attend pas. Nous croyons, en notre particulier, que les races nègres, et les races jaunes, dont il s'agit, descendent primitivement du type caucasien, qu'elles se formèrent dans VOcéanie d'une part, dans l'extrême Asie d'autre part et dans l'Afrique, par une transformation lente ayant pour cause les climats, les nourritures, les genres de vie, les natures du sol, etc. ; mais pour que notre opinion soit raisonnable, il faut qu'elle introduise, dans sa supposition, un temps très-long. Or c'est une condition qui ne nous manque pas avec notre système de reculer le déluge à plus de dix mille ans.
Nous devons dire pourtant que l'opinion la plus commune fait descendre les nègres de l'Afrique des nègres australiens qui auraient d'a- Lord occupé toute VOcéanie avec la race malaise, laquelle en serait une variété autant que de la race jaune, et se seraient répandus en Afrique mélangés aux Malaisiens par Madagascar.
V. La population de VOcéanie entière est évaluée aujourd'hui à 24 millions d'habitants appartenant partie à la race malaise, demi-nègre et demi-
jaune; partie à la race nègre pure de plus en plu s refoulée par la précédente; partie enfin aux races européennes qui s'y sont beaucoup développées depuis 35 ans. Le groupe seul des Philippines a 5 millions d'habitants.
On estime à 1 demi-million seulement la population nègre indigène de la grande terre australienne dont la superficie approche des trois quarts de celle de l'Europe. Mais à vrai dire on ne connaît pas les populations de ces multitudes d'Iles et il se pourrait qu'elles dépassassent de beaucoup les chiffres auxquels on les évalue.
VI. Voici ce que dit M. Ed. Michelis des idées religieuses des insulaires du grand Océan :
« Les idées, les usages, les sacrifices et les sociétés politico-religieuses des Océaniens rappellent incontestablement l'Indoustan, la Chine et le Japon. L'esprit est divin à leurs yeux.
Le divin s'unit au terrestre, l'anime, le pénètre, inspire l'homme et l'élève jusqu'à l'extase. Tout ce que l'Esprit occupe est tabou, saint et sacré, et soustrait aux usages vulgaires; le contact de l'Esprit sanctifie. La tète de l'homme est tabou. Les ossements des morts demeurent la propriété des âmes et sont tabou pour ceux qui survivent. La personne du prince, du noble, du prêtre, est sacrée. L'âme des défunts demeure exilée sur la terre jusqu'à ce que des sacrifices expiatoires l'aient délivrée ; alors elle est mangée par les dieux, et, transformée en une nature plus haute, elle s'élève dans le séjour des bienheureux. De là les défunts entretiennent des rapports avec les vivants, descendent dans les prêtres, et, les mettant en extase, se font reconnaître à eux par le son de leur voix. Quiconque outrage ce qui est tabou est condamné à mort. L'ignorance de cette loi causa la perte de plus d'un Européen, et probablement celle du capitaine Cook.
» Les sacritices humains étaient répandus dans toutes les îles du grand Océan et contribuaient notablement à leur dépopulation; ils donnaient souvent aux tyrans l'occasion d'anéantir complètement un parti politique qui leur était contraire. Un roi de la
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petite île de Futuna, qui compte actuellement à peine mille habitants, immola durant sa vie plus de mille victimes humaines. La magie et l'usage du tatouage étaient universels.
L'infanticide était autorisé quand il était exécuté avant que l'enfant eût rien mangé, et il était tellement fréquent qu'on ne voit rien de semblable nulle part, même en Chine. »
Ce petit résumé ne saurait donner une idée exacte des religions des îles de l'Océanie; excepté ce qu'il dit au commencement de l'idée d'un esprit divin qui s'unit à l'humain et le sanctifie plus ou moins, selon le degré d'union on d'incarnation, idée qui se retrouve dans tous les cultes, ce résumé avance comme générales des choses qui ne sont que locales et qu'on n'a pas le droit d'universaliser de la sorte. La religion qui domine dans l'Océanie c'est le bouddhisme, non pas pur sans doute comme au Thibet et au Népaul, mais très-reconnaissable encore, bien que surchargé, ça et là, de superstitions propres à la localité. Le mahométisme a aussi beaucoup envahi et s'est même implanté souvent par violence aux dépens du bouddhisme. Là où les deux cultes n'ont pas pénétré, c'est une espècede fétichisme et depolythéisme qui règne et que les efforts des missionnaires chrétiens, catholiques et protestants, ne réussissent que lentement à faire disparaître. Il y a aussi des restes de brahmanisme. Or ni le brahmanisme, ni le bouddhisme, ni l'islamisme ne favorisent l'infanticide, les sacrifices humains, ni l'anthropophagie, dont parle l'auteur que nous venons do citer. Mais avec le polythéisme et le fétichisme, il en est autrement. La vérité est que ce qui empêche le développement de la population dans ces pays, ce qui tend même à l'étendre assez rapidement, c'est l'onanisme, et les maladies vénériennes ; or ces chancres sociaux ont été importés dans l'Océanie par les Européens.
VII. Quant aux langues de ces contrées, elles sont encore à peu près inconnues. On sait seulement que souvent des populations considérables parlent la même langue et que ces
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langues ne sont pas sans présenter souvent aussi de grandes beautés fort originales. Il en est ainsi des dialectes malais. On n'a pas encore pu classer ces idiomes, mais on croit pourtant pouvoir les rapporter à deux origines, l'une qui servirait desouche à tous les idiomes malais, l'autre qui serait commun à tous les idiomes des nègres purs.
VIII. Il ne nous reste plus qu'un sommaire à présenter sur l'introduction du christianisme dans l'Océanie par les missions catholiques et par les missions protestantes.
Les débuts du christianisme dans l'Océanie n'eussent pas été plus mauvais et plus pernicieux pour le christianisme lui-même, pour le catholicisme surtout, si Satan se fût chargé en personne de les inaugurer.
Ce ne fut pas Satan, sans doute qui les inaugura, mais ce fut le terrible Magellan dont le zèle allait si loin qu'il en devenait satanique ; il brûlait les villages qui refusaient de se faire baptiser, et y plantait la croix par la force des armes, après qu'il n'avait reçu des indigènes que des bienveillances et des services. Souvent ceux-ci poussaient la complaisance jusqu'à se faire chrétiens pour lui plaire. Mais enfin, dans les îles Philippines, il s'en trouva une, Zébu, qui, poussée à bout par tant de violence, et jalouse de conserver chez elle la liberté de conscience, se révolta, et lui livra de rudes combats dans lesquels il perdit bravement la vie pour faciliter la fuite du reste de son équipage. Le résultat fut une interruption dans les missions catholiques que dirigeaient alors les moines Augustins. Mais une cinquantaine d'années après, ces mêmes moines recommencèrent l'œuvre et réussirent par la simple prédication ; ils furent aidés par les franciscains, les capucins, les dominicains, les jésuites, et il résulta de ces efforts, cinq provinces catholiques florissantes dans les Philippines. Les missionnaires tradutsiren I l'Ecriiora sainte en tagalien, composèrent ries cantiques dans cet'e langue, firent un lexique, et soutinrent pendant cent cinquante ans le courage des po-
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pulations contre les attaques incessantes desmahométans de Soulou et de Mindanao.
Il en fut à peu près de même des îles Babuyanes et des îles Marianes ou des larrons ; celles-ci avaient de grandes relations avec le Japon ; les habitants avaient été dans leur ancien temps, très-civilisés ; ils se divisaient en deux classes, dont l'une remontait sans doute à une race conquérante et conservait des traditions aristocratiques qui ne purent leur faire accepter d'êtrehaptisés dans les mêmes fonts baptismaux que le simple peuple. De cette répugnance résultèrent des rébellions terribles dans lesquelles beaucoup de missionnaires furent martyrisés. De là des guerres qui ne Unissaient plus entre les chrétiens fidèles du bas peuple et l'aristocratie; enfin le peuple fut vainqueur, et les insulaires dominateurs finirent par fuir leur terre natale, ou par se donner la mort. Aujourd'hui les Mariannes forment une province dépendante de l'évêque de Zébu, mais se rattachant, par le fait, avec le consentement de cet évêque, à l'obédience de l'archevêque de Manille.
Dans les Carolines, les missions ne réussirent point ; elles furent tentées avec un zèle et un courage qui allèrent jusqn'à l'acharnement, mais toujours des naufrages et toutes sortes de malheurs les firent échouer; on en était venu à appeler ces îles les îles ensorcelées. Quoique l'Espagne compte encore ces îles parmi ses possessions, on a fini par renoncer ou à peu près aux missions dans les Carolines.
A la suite de la décadence de la puissance espagnole, ce furent les missions protestantes qui prirent l'essor; cette date remonte à 1787, lorsque les Anglais fondèrent à Botany-Bay une colonie pénitentiaire.
Beaucoup de malfaiteurs échappés et de matelots déserteurs s'établirent dans des îles de la Polynésie et se firent collaborateurs des missionnaires, triste collaboration qui, si elle détachait le.s Polynésiens de leurs idoles, implantait chez eux les vices de l'Europe.
En 1790, le navire le Duff, sous les ordres du capitaine Wilson, partait de Porstmouth pour les Iles de la Société, dont Taiti fait partie, avec vingt-neuf missionnaires, parmi lesquels" quelques femmes; mais cette mission fut sans succès; le prédicateur Lewis épousa une païenne, fut excommunié par ses confrères et enfin assassiné on ne sut par qui. Un antre fut également exclu de la communauté. Les missionnaires, usant de politique, s'appliquèrent à gagner Pomaré I, alors usurpateur du trône, y réussirent, le baptisèrent et reçurent de lui l'administration des îles. Mauvais système : l'invasion de l'empire romain par le christianisme se lit par en bas, malgré les empereurs et leurs persécutions; elle fut solide; aucun fait historique n'est grand comme celui-là, La méthode de commencer par les rois et les riches est détestable pour l'avenir ; on mélange ainsi la politique et la religion ; on rend l'une solidaire de l'autre; la puissance civile impose le culte par une contrainte au moins morale, et ce dernier ne tient jamais au sol que par des racines sans vigueur. C'est ce qui arriva avec le système politicoreligieux des missionnaires prolestants; ils furent trop sévères contre les restes de paganisme, trop exigeants pour la célébration du dimanche, amenèrent l'hypocrisie, laissèrent, d'ailleurs, se propager la débauche et l'ivrognerie; des maladies vénériennes décimèrent une population vigoureuse par nature; puis vinrent toutes les affaires politico-religieuses avec la régente Pomaré; il fallut que du sang lût versé pour soutenir l'influence des missionnaires anglicans parmi des populations que leur intolérance et leur espritaulant politique que religieux, avait rebutées; et en 1840, le christianisme protestant qui, somme toute, avait pris le dessus, ne valait guère mieux dans les îles de la Société que l'ancien paganisme.
Il en fut à peu près de même dans les autres îles de la Polynésie ; ce fut toujours l'alliance et le mélange de la politique avec la religion qui paralysa les missions anglicanes, ainsi
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que le système de s'appliquer toujours à gagner les rois et les riches ; aux îles des Amis le roi devenu chrétien frappait de peines corporelles et même infamantes les violateurs des commandements religieux ; il en résulta , à Tonga, des révoltes qui réussirent d'abord et qui forcèrent, en 1810, les missionnaires d'abandonner l'Ile. A Nioiui, le roi prêchait l'épée à la main, puis était vaincu et décapité avec ses compagnons. Aux îles des Navigateurs, on fut plus heureux, on lit à la fois la conquête et la prédication avec succès ; les matelots déserteurs eux-mêmes se firent un métier lucratif de baptiser; ils baptisaient pour de l'argent, tant l'enthousiasme pour le christianisme était devenu populaire. Puis vinrent en 1843 les affaires et l'administration du fameux ministre Pritchard, nommé consul au nom de l'Angleterre. Aux Nouvelles-Hébrides, dont les habitants avaient été maltraités par des chrétiens chercheurs de bois de sandal , le missionnaire anglican Williams fut martyrisé quand il y aborda; les efforts protestants furent également stériles dans la Nouvelle- Calédonie, à la Nouvelle-Zélande. Les missions protestantes commencèrent par les pêcheurs de chiens de mer et de baleines et par les matelots déserteurs; puis vinrent en 1814 les entreprises du prêtre anglican Masden, de Sydney. Mais les prédicateurs protestants employèrent encore une espèce de Poinaré, Shongi, qui fut un chef à guerres sanglantes au profit de l'Angleterre et trouva la mort dans une bataille en 1828; ce chef était resté païen, mais avait soutenu la cause des missionnaires. Ensuite, l'influence anglaise alla toujours en augmentant rapidement, et, d'après les récits des missionnaires anglicans et nréthodistes la conversion de la Nouvelle-Zélande au protestantisme est un fait accompli.
Voici comment M. Ed. Michelis résume l'histoire des missions protestantes dans les îles Sandwich ; peutêtre y a-t-il dans ce récit un peu de partialité contre les protestants; mais il servira à justifier les reproches gé-
néraux que nous avons élevés contre leur système.
« Les trois États qui existaient autrefois dans cet archipel furent réunis par l'ambitieux Kamchameha I" en une monarchie, dont la capitale fut Honololu. Cet ardent païen se montra cependant favorable à la civilisation européenne, ce qui ébranla l'omnipotence païenne. Les sacrifices humains furent abolis et les temples des dieux abandonnés. Lorsque Kamehameha II monta sur le trône, les chefs les plus influents demandèrent l'abolition formelle du paganisme; le nouveau roi résista, et une sanglante guerre civile allait éclater lorsque le capitaine de vaisseau français Freycinet, qui avait par hasard mis pied à terre à Honololu, parvint à rétablir la paix, moyennant une convention conclue entre les deux partis.
» Le roi consentit à l'abolition du paganisme et se lit baptiser avec les premiers d'entre les chefs, Kalaimoku et Boki, durant l'automne de 1819, par l'aumônier de la flotte, l'abbé de Quélen. Le capitaine Freycinet promit au roi de lui envoyer un certain nombre de missionnaires catholiques.
Au moment où le roi lit abattre les temples et les statues des dieux, le parti païen prit les armes; mais il fut complètement défait près de Kuamoo par Kalaimoku. Le paganisme était définitivement vaincu.
Malheureusement l'envoi des missionnaires catholiques fui retardé pendant plusieurs années. Les protestants de Boston profitèrent de ce retard et de l'innocence des insulaires pour prendre la place des missionnaires et consolider à la cour leur influence à l'aide de quelques femmes. Le roi Kamehameha II fut entraîné à toutes les mesures que les missionnaires désiraient par les intrigues des femmes, dont ils disposaient à leur gré. Enfin on lui persuada de faire avec Boki un voyage en Angleterre. Il se mit en route, s'enivra souvent durant le trajet avec les matelots anglais, et mourut en 1824 en Angleterre. Son voyage et sa mort eurent les consé-
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quences les plus avantageuses pour les missionnaires, la régence étant tombée entre les mains de Kalaimoku, qui leur était aveuglément dévoué. Dès lors leur pouvoir fut illimité. Une législation d'un rigorisme effrayant fut introduite. Les plaisirs les plus innocents furent interdits, et une observation superstitieuse du repos du dimanche vint attrister le naturel ouvert et serein de ce peuple enfant. Une loi de l'État obligea même les adultes à fréquenter les écoles protestantes ; cette ordonnance fut étendue aux colons européens et américains que Kamehameha II avait attirés dans le pays et excita un grand mécontentement. En général les Européens et les Américains, parmi lesquels se trouvaient des nommes de mérite et de savoir, formèrent une vive opposition aux menées des missionnaires et rendirent pour la première fois l'Europe attentive à leur exorbitant despotisme.
Le consul de l'Amérique du Nord se mit à la tête de l'opposition, qui eut un organe en Europe dans le Christian Examine)-, plus tard dans la Gazette de Sandwich. En outre des navigateurs européens (1) firent connaître plus exactement la triste situation de ces îles et excitèrent à un degré de plus en plus vif la sympathie du monde chrétien en leur faveur. Kalaimoku lui-même, homme de grand talent, qui, dans le commencement, s'était tout à fait abandonné à la direction des missionnaires, eut au déclin de sa vie de grandes inquiétudes sur le système établi par les protestants. Il se retira dans la vie privée, remit sa part dans l'administration à son frère, le prince Boki, homme d'un esprit cultivé et de nobles sentiments, qui dirigea la régence avec Kaahumanu, la mère du futur monarque, entièrement soumise aux missionnaires. Boki abolit les lois inhumaines imposées par les missionnaires, dont l'influence décrut rapidement. Il lit un pas plus décisif encore en permettant aux missionnaires catholiques d'exercer
(i) Par exemple ïleyen, Yoyage autour du mond ; Kolzebue, etc., etc.
leur ministère dans l'île, et ceux-ci y acquirent bientôt de nombreux partisans. Malheureusement, Boki étant mort dans une expédition qu'il fit aux Nouvelles-Hébrides, les Catholiques furent opprimés sous le règne de Kaahumanu, et après sa mort sous celui de Kinau, et la persécution exercée contre eux rappela celle des premiers siècles de l'Église. Enfin, en 1833, le jeune roi Kamehameha III monta sur le trône. Complètement perverti par l'éducation que lui avaient donnée les missionnaires, livré en secret à tous les vices et à tous les désordres, il rejeta, dès le commencement de son règne, le joug du sombre puritanisme qu'on lui avait imposé, et enleva toute force obligatoire aux mesures de contrainte religieuse établies par les anglicans.
Les Catholiques emprisonnés pour leur foi furent rendus à la liberté, et leurs missionnaires purent de nouveau se présenter dans File ; l'édifice protestant tomba subitement, et l'incapacité des ministres anglicans à fonder quelque chose de durable fut plus manifeste que jamais. Après avoir travaillé pendant vingt ans dans les conditions les plus favorables, ils demeurèrent presque ensevelis sous les ruines de leur œuvre. Le roi, leur élève, était devenu leur ennemi ; le peuple était bien autrement immoral qu'il ne l'avait été sous l'empire du paganisme. Les mariages étaient stériles; deux pestes, l'eaude-vie et les maladies honteuses, décimaient la population. Enfin les chefs des tribus résolurent de détrôner le roi; mais les colons étrangers les en détournèrent. Les mécontents, pour fortifier leur parti, s'associèrent aux missionnaires protestants, qui avaient vécu pendant quelque temps sans influence et sans qu'on songeât plus à eux dans l'île. Kamehameha, se voyant de plus en plus menacé par ses ennemis, fit une démarche analogue à celle de la reine Pomaré à Taiti; il se rattacha aux missionnaires protestants, ses adversaires, et, sans changer d'aiUeurs sa manière de vivre, il devint leur plus ardent protecteur. Le prédicateur Bingham devint tout-puissant.
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» Les anciennes lois religieuses furent rétablies; les prêtres catholiques furent chassés, les insulaires catholiques cruellement maltraités; enlin un édit royal, rédigé parles prédicateurs prolestants, déclara, dans les termes les plus provoquants et les plus blessants pour la nation française, la religion catholique bannie de toutes les iles. Cette déclaration eut de sérieuses suites. »
En somme, et malgré tous ses inconvénients, la propagande protestante est devenue très-considérable dans toute ÏOcéanie, et aujourd'hui, par suite de l'extension de la puissance colonisatrice anglaise, il semble juste d'avouer que c'est elle qui a le dessus dans ces contrées. Il faut reconnaître qu'aujourd'hui les systèmes d'intolérance et de rigorisme des protestants se sont modifiés, par suite des mesures que le gouvernement de l'Angleterre a prises en vue de la liberté de conscience, qu'il entend faire régner dans toutes ses possessions.
Il nous reste à résumer l'historique de la reprise des missions catholiques dans ÏOcéanie depuis un demi siècle.
Le même auteur qui vient de raconter les missions protestantes aux îles Sandwich, raconte comme il suit la reprise des missions catholiques dans ces mêmes iles.
« C'est, sans contredit, une des missions les plus intéressantes de la Polynésie. Nous avons vu précédemment qu'à la place des prêtres catholiques, promis par le capitaine Freycinet, ce furent des prédicateurs protestants qui s'établirent dans cet archipel. Ce ne fut qu'eu 1827 que trois membres de la société de Picpus abordèrent dans ces îles et obtinrent du gouverneur Boki l'autorisation de bâtir une église. La mort de Boki étant survenue quelque temps après, le prédicateur Bingham arracha au nouveau roi une loi qui prohibait la religion catholique. Les missionnaires furent renvoyés comme des malfaiteurs et déportés sur les rives désertes de la Californie. Une cruelle persécution éclata en même temps contre les Catholiques demeurés dans Pile ; mais ni la prison, ni les mauvais
traitements, ni la confiscation de leurs biens ne purent contraindre les nouveaux convertis à l'apostasie. Les consuls anglais et américain vinrent sérieusement au secours des opprimés. Le règne du jeune Kamchameda II ramena une ère plus favorable à l'Eglise; mais elle fut de courte durée, comme nous l'avons vu. Les Catholiques furent de nouveau emprisonnés ; beaucoup d'entre eux moururent des suites des mauvais traitements qu'ils subirent. Lorsque le brick la Clémentine ramena à Honololu, sous le pavillon anglais, les missionnaires Short et Bachelot, qui en avaient été bannis, ils furent, saisis à terre et ramenés à bord de la Clémentine. Le capitaine, ne voulant pas recevoir de prisonniers abord, relira son équipage et y laissa les missionnaires pendant deux mois comme dans une prison. Le consul Charlton brûla publiquement le drapeau anglais, qui avait été déshonoré. Telle était la situation lorsque la corvette anglaise Sulphur, capitaine Belcher, et la frégate française la Vénus, commandée par le capitaine Dupetit- Thouars, se rencontrèrent dans le port de Honololu. Les deux capitaines exigèrent la délivrance des missionnaires, et Belcher arbora de nouveau le drapeau anglais sur la ClémerOi Les missionnaires Bachelot et Short entrèrent en triomphe dans la ville, sans pouvoir cependant obtenir d'y demeurer. Short se rendit à Valparaiso ; Bachelot, gagnant Punipet, mourut en route des suites des mauvais traitements qu'il avait soufferts à Honololu. Le 10 décembre 1837 Kamehameha, poussé par Bingham, promulgua une nouvelle loi qui bannissait formellement la religion catholique et contenait diverses mesures contraires au droit des gens. La cruelle persécution dont les insulaires catholiques furent alors les victimes fut momentanément arrêtée lorsque le capitaine Ed. Russell, commandant VAclxon, et le capitaine Vaillant, commandant une corvette française, parurent devant Honololu; mais elle reprit avec violence dès leur départ. Enfin, le 9 juillet 1839, la frégate française l'Artcmise, com-
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mandée par le capitaine Laplace, parut devant Honololu, et menaça de bombarder la ville si l'on ne promettait immédiatement :
» 1° La liberté du culte catholique et l'égalité des Catholiques et des protestants devant la loi;
» 2° La remise d'un terrain où l'on pourrait bâtir une église catholique;
» 3° La mise eu liberté de tous les Catholiques retenus pour leur foi.
» Le roi fut obligé de céder. La joie des Catholiques fut immense.
Walsh, un Irlandais, fut pendant quelque temps le seul prêtre de ces îles, tandis que vingt ecclésiastiques y auraient eu de l'occupation, tant était considérable le concours des habitants demandant l'instruction et le Baptême. Enlin, en 1840, Mgr Rouchouze, évoque et vicaire apostolique, venant des iles Gambier, aborda dans l'archipel de Sandwich avec quelques coopérateurs. Dès la fin de l'année on comptait deux mille Catholiques ; l'année suivante ils s'élevaient à sept mille. Cependant les persécutions n'avaient pas cessé complètement, et en 1842 il fallut que la frégate l'Embuscade parût devant Honololu pour protéger les droits des Catholiques contre les vexations d'un gouvernement qui se faisait l'instrument de l'intolérance. La rage des sectaires alla si loin que la maison même du consul anglais, Cli3iiton, qui avait pris chaudement à cœur la cause des Catholiques, fut envahie et pillée.
Alors fi 8 13) parutle lord commodore Paulett, sur la frégate Casysfort, qui demanda satisfaction. Le malheureux roi, dont les prédicateurs avaient abusé, remit ses pouvoirs entre les mains de lord Paulett; mais l'Angleterre ne consentit pas à l'occupation de l'Ile et replaça le roi sur son trône. Depuis lors les Catholiques jouirent de plus de repos. Cependant la mission était encore réservée à une rude épreuve. L'évèque Rouchouze était allé en Europe chercher de nouveaux collaborateurs ; à son retour il fut englouti dans les flots, non loin du cap Horn, avec quatorze missionnaires et quelques Sœurs de Charité.
Cette perte si déplorable fut cependant bientôt réparée. Eu 1845 les îles
Sandwich furent érigées en un vicariat apostolique, et le nombre des prêtres s'accrut sensiblement. Des districts entiers de la grande île Owaihi embrassèrent le Catholicisme.
En 18i3 on comptait dans tout l'archipel 12,500 indigènes baptisés; en 1846 ils étaient 13,000, avec 16 prêtres et 110 écoles. »
Le même auteur parle comme il suit des missions catholiques dans la Nouvelle-Zélande à l'autre extrémité de l'Océan vers le sud :
« En 1836 le pape Grégoire XVI érigea le vicariat apostolique de l'Océanie occidentale, qui fut confié à la congrégation des Maristes de Lyon.
Le premier vicaire apostolique l'ut Mgr Pompallier, évoque de Maronéa, in partibus infidtlium. Après avoir fondé plusieurs missions daus la Nouvelle-Galles, il visita Sydney, d'où il se rendit dans la Nouvelle-Zélande, et débarqua sur la côte occidentale de l'île septentrionale de Shouki-anga.
Les Irlandais et les Catholiques anglais résidant dans ces parages lui firent un cordial accueil. Quoique constamment contrariés par les missionnaires protestants, mais appuyés par les colons européens et par la compagnie de la Nouvelle-Zélande, de Londres, les prêtres catholiques obtinrent rapidement une forte position, acquirent une influence considérable et pénétrèrent parmi les tribus sauvages plus avant que ne l'avaient fait les protestants pendant un séjour de trente années dans l'Ile.
L'occupation de la Nouvelle-Zélande par les Anglais, en 1839, améliora notablement la situation des Catlioliques, car l'autorité politique fut dès lors enlevée aux missionnaires protestants et les droits légitimes de chacun furent garantis. Lorsque Mgr Pompallier eut à plusieurs reprises, reçu des renforts d'Europe et fondé des stations dans les points les plus importants de file du Nord, il visita la grande île du Sud, où les Français avaient une petite colonie à Akaroa, dans la presqu'île de Banks, sur la côte orientale, colonie qui leur servait en même temps de station de relâche pour les bâtiments de guerre.
Il y créa plusieurs stations ; au bout
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de quoique* années la religion catholique avait acquis une prépondérance marquée sur le protestantisme dans la Nouvelle-Zélande. Malheureusement le nombre et les forces des prêtres ne suffisaient pas pour instruire et diriger d'une manière suivie et persévérante tous ceux qui demandaient à être reçus dans le giron de l'Église. Une circonstance qui fut également nuisible à la religion catholique, ce fut la nationalité des missionnaires, qui tous étaient Français, alors que le gouvernement anglais soupçonnait celui de la France d'avoir de secrètes vues sur la Nouvelle-Zélande. Celte crainte fut surtout exploitée par les prédicateurs anglais durant la déplorable guerre qui, au commencement de 1845, avait été soulevée par les indigènes contre les Anglais. Les missionnaires protestants avaient essayé antérieurement de fonder parmi les Nouveaux-Zélandais un royaume indépendant, ce qui leur avait inspiré une haine mortelle contre les Anglais, une fois que ceux-ci eurent entrepris d'occuper leur pays. Le chef Héki, élève des missionnaires, se mit à la tète des mécontents, et, la guerre allumée, chercha à attirer de son côté l'évèque catholique et les 30,000 ti-
rope, et d'aller rendre compte de ses travaux à Home. Il demeura quatre ans en Europe. Malheureusement, durant cette longue absence.
les fruits de ses travaux antérieurs furent compromis; beaucoup d'indigènes retombèrent dans le paganisma ou se livrèrent anx mains des protestants.
» Aujourd'hui (1860) la Nouvelle- Zélande est divisée en deux diocèses, dont l'un a son siège à Auckland l'autre, à Port-Nicholson. »
Continuons rapidement en remontant au nord-ouest jusqu'aux Philippines, puis en redescendant le grand demi-cercle de seconde formation qui environne les terres centrales de première formation.
La première terre qui se présente est la terre de Van Dicmen ou la Tasmanie ; la liberté de conscience protégée par le pavillon anglais flottant particulièrement à Sydney, permit à nos missionnaires de faire assez de conquêtes pacifiques autour de Hobars-Townpour la création, en 1841, d'un ôvèché dans cette ville, sull'ragant d'un archevêché créé également à Sydney, sur la côte méridionale de la grande terre ; il en fut de même, quelques années après, à Victoria et à Perth, p.is à Melbourn. Dans l'in-
dèles de son Eglise. Mgr Pompallier térieur de l'Australie, après les pre-
se conduisit avec une extrême prii dence et détourna Héki de la guerre, sans pour cela parvenir à vaincre la défiance des Anglais. Héki battit les Anglais près de Korovaréka, dans la baie de î'ilc, et s'empara de la ville, qu'il pilla, en ne respectant que l'église catholique. Il délit à diverses reprises les Anglais près de Waimate, principale résidence des missionnaires protestants.
» Mais, au mois de décembre 1845, les révoltés furent subitement attaqués dans leur forte position, près du lleuve Kawa-Kawa, le dimanche, pendant l'office protestant, et, après une défense opiniâtre, ils furent battus par les Anglais. La guerre, toutefois, se prolongea encore longtemps et rendit presque impossible le ministère des prêtres catholiques. Mgr Pompallier résolut, en conséquence, de retourner, en attendant, en Eu-
miôres exclusions de tout ce qui n'était pas protestant — témoin le missionnaire catholique Flinn qui, 3près avoir fondé (1818) quelques paroisses, fut réemiarqué violemment pour l'Europe — vintaussi la liberté, et la propagande catholique reprit son essor; les autorités anglaises se servirent elles-mêmes de prêtres catholiques, par exemple dans la colonie de Norfolk, pour y rétabli!
l'ordre, etfirentbàtir une église, t'.lles acceptèrent le concours des missionnaires italiens et espagnols qui aidèrent puissamment les Irlandais et les Anglais. Un premier synode catholique fut même célébré en 1S45 sur le sol de l'Australie ; il se composa de quatre évoques , de beaucoup de prêtres et d'une multitude de lidèles ; et MgrBrady, évèque de Perth, publia, le premier, un lexique de la langue primitive de l'Australie, lexique qui
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fut imprimé à Rome dans cette même année.
Si, de la grande terre australienne, nous prenons à droite et gagnons vers VOcéanie centrale, nous trouvons la Nouvelle-Calédonie, les îles Salomon, les Nouvelles Hébrides, les iles Viti, etc. Dans la Nouvelle-Calédonie, ce furent (1843), les pères maristes qui établirent les premiers une résidence permanente ; la langue leur offrit de grandes difficultés ; mais une tribu de réfugiés antérieurement chassée de Wallis, qui s'attacha à eux, leur facilita l'œuvre; cependant ils furent contrecarrés par les missionnaires protestants qui les firent passer pour des espions, et jusqu'à cette heure, dans ces iles aussi bien que dans les Nouvelles-Hébrides, les progrès du catholicisme ont. été peu sensibles.
Dans les iles Salomon, Grégoire XVI érigea en 1844 un vicariat apostolique sous le nom de Mëlanésie et de Mkronésie : ce fut un navire anglais de Sydney, dont tout l'équipage était protestant, quitransportaleP. Ëpalle, évèque de Sion, à l'Ile Isabelle; à peine débarqué, les nègres indigènes le blessèrent mortellement, et il revint à bord où il mourut ; les matelots protestants furent indignés ; les autres missionnaires eurent beaucoup de peine à les empêcher de venger la mort de l'é\èque; l'équipage lui fit à bord, tout protestant qu'il fût, de magnifiques funérailles et entendit, pour le repas de son àme, la messe catholique. Les prêtres de la mission de Milan ont repris, depuis lors, cette mission dangereuse. Dans les îles des Amis et Viti fut érigé vers 1842, un vicariat apostolique, dont le siège fut fixé dans l'île de Tonga. Le père Grange pi olita, dans cette île, en 1843, de ses connaissances en astronomie pour gagner la considération des habitants devenus très-défiants à l'égard des Européens, en leur expliquant tout ce qui concernait la grande comète qui parut cette année-là ; et il put, grâce à quelques circonstances heureuses comme celle-là, fonder une communauté de fidèles d'environ mille personnes. Mgr Bataillon, évèque de Tonga, fonda à Namouka, dans les îles Viti, à peu près dans le même
temps, une première mission qui s'étendit jusqu'aux îles des Navigateurs, centre principal des missions protestantes. Aujourd'hui les deux cultes chrétiens se font concurrence dans les trois archipels des iles Viti, des iles des Amis et des iles des Navigateurs.
Étendons-nous maintenant plus loin vers les extrémités orientales de VOcéanie ; nous rencontrons les îles Taîti ou de la Société, les iles Gambier, les iles Basses, ou Archipel dangereux, les îles Marquises ou Nouka-Hiva.
En 1834, MM. Caret et Laval, de la congrégation de Picpus, avec le catéchiste anglais Colomban Murpby, abordèrent dans l'île deMangarëva\l) et y virent prospérer leur mission en pleine tranquillité ; un grandprêtre païen Matua et le roi Maputéo se firent même baptiser et bientôt toute la population les imita. « On bâtit des églises, dit M. Michelis, on fonda des écoles, on s'occupa d'agriculture, et sans que l'esprit et les coutumes nationales souffrissent de perturbation notable, la vie publique et la vie privée du peuple furent réglées d'après les lois chrétiennes.
En général, l'histoire des iles Gambier offre un des plus beaux exemples d'une vraie mission catholique. »
Aux iles de la Société, il en fut autrement, voici comment M. Michelis raconte cette histoire :
« Depuis que la religion catholique avait pu s'introduire à Mangareva, dans le voisinage de Taiti, l'Angleterre accordait l'appui de sa politique au protestantisme de ces contrées ; elle avait formé une alliance, par l'entremise du capitaine Sandilaud, entre la reine Pomaré et les missionnaires anglicans, jusqu'alors fort hostiles à cette reine. Par une réaction naturelle, les chefs du parti national, auxquels l'autorité arbitraire de la reine était intolérable, jetèrent les yeux sur les missionnaires catholiques. Môrenhout, consul de l'Amérique du Nord, qui devint plus tard consul de France, servit d'intermédiaire pour former une alliance entre
(1) Cotte lie, la plus grande des lies Gambieij n'est peuplée <pue d environ 2,500 âmes.
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les uns et les autres. Les principaux chefs leur en ayant exprimé formellement le désir, MM. Caret et Laval se rendirent à Taïti, et, entourés par une population curieuse, ils se dirigèrent vers Papéiti, dont le gouverneur, ltoti, contre le gré de la reine, fit débarquer leurs eitéts de voyage.
Peu de temps auparavant, une loi inspirée par les anglicans avait interdit l'entrée du pays à tous les étrangers. Malgré l'énergique protestation du consul américain contre cette violation du droit des gens, les Taïtiens, poussés par le consul Pritchard, employèrent la force contre les missionnaires catholiques, qu'on saisit dans la maison même du consul et qu'on ramena à Mangaréva. Môren-' ' liout lui-même fut blessé dans sa maison; safemme mourut des suites des mauvais traitements dont elle avait été l'objet. Ces excès et d'autres du même genre, et surtout l'atteinte portée aux droits des Français, déterminèrent le gouvernement du roi Louis-Philippe à intervenir clans les affaires de Taïti. Le capitaine Dupetit-Tliouars, qui avait été envoyé en 1836, avec la frégate la Venus, dans la mer du Sud, pour protéger les baleiniers français, trouva, en 1838, au printemps, à Valparaiso, des lettres de son gouvernement qui lui enjoignaient de se rendre immédiatement à Taïti et d'exiger des satisfactions pour les mauvais traitements infligés à ses compatriotes. En effet il parut dans la rade de Papéiti, et il obtint ce qu'il demandait. Morenhout fut nommé consul de France. Bientôt après, la capitaine Dumont-d'Urville aborda avec deux bâtiments de guerre et ratilia tout ce qu'avait fait le capitaine Dupetit-Thouars. Il déclara au missionnaire Pritchard que, s'il n'était pas consul anglais, il le chargerait de fers, l'emmènerait en France et l'y ferait juger. Cependant comme le capitaine Dupetit-Thouars et le capitaine Dumont-d'Urville n'avaient rien fait pour garantir dans l'avenir la liberté religieuse des;Catholiques, le gouvernement français, ne se contentant pas des résultats de leur mission, chargea le capitaine Laplace de faire voile vers Taïti, sur
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a frégate VArtémise, et d'exiger oue la religion catholique y fût "établie sur le même pied que la religion protestante. Le capitaine Laplace vint a bout de ses exigences et demanda en même temps un terrain pour v construire une église catholique • mais à peine l'Artémiu eut-elle quitte la rade de Papéiti que la reine Pornaré refusa de donner le terrain promis. Les missionnaires catholiques furent de nouveau vexés de toutes les manières, tandis qu'une partie notable de la population et principalement les chefs Tati, ltoti Otomi, etc., se montraient très-favorables au Catholicisme. Le capitaine Dupetit-Thouars avant reparu, en 1842, avec la frégate la lieine-Blnnche, devant Papéiti, et exigé satisfaction, les chefs le prièrent d'occuper lile, en en laissant l'administration à la reine. La reine fut contrainte d'accepter cette position, et les Français prirent possession de Taïti. [On arbora le drapeau tricolore et on institua un gouvernement provisoire.
Cependant le capitaine anglais Thomas Thomson poussa une partie du peuple à se prononcer pour l'indépendance de Taïti ; Pornaré reparut en reine, lit abattre le drapeau français et invoqua le secours de l'Angleterre. Le capitaine Dupetit-Thouars eut, alors recours à la force ; il déposa la reine et emmena le prédicateurconsul Pritchard prisonnier eu Europe.
» L'Angleterre n'ayant aucune envie de faire la guerre à In France on s'arrangea ; la souveraineté de la France futrecounue, en mémo temps que la liberté du culte protestant lut garantie. Le parti anglais de Taïti, déçu dans ses espérances, recourut aux armes et alluma contre les Français une guerre sanglante, qui se termina par la complète soumission de Taïti à la France, tandis que la reine Pornaré fut réduite à exercer son autorité dans une des plus petites îles de l'ouest. Elle s'établit à Raintéa, et là encore elle eut besoin de l'appui de la France contre les tentatives républicaines de ses propres sujets. Aujourd'hui l'archipel des iles de la Société et des ilc oum-
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bier forme un vicariat apostolique, » Dans les temps les plus récents il y a eu également des missions catholiques dans les iles Basses, ou Archipel dangereux. »
Laissons encore M. Michélis faire le résumé de ce qui concerne les îles Marquises, aujourd'hui françaises comme celle de la Société, dont :1 vient d'être question.
« Ces iles forment un archipel du grand Océan, au N.-O. des iles de la Société, du 7° 37' au 10° 25' de iat. S. Le groupe méridional se compose de cinq grandes îles, Sainte- Christine (Taouata), Sainte-Madeleine (Fatuou- Huva), Saint-Pierre (Motane), Saint-Dominique (Hiwa-oa) et Fetoulloukou. Des onze iles formant l'autre groupe la plus importante est Nouka- Hiva, puis Vapou, etc. En somme les Marquises comptent de 18 à 22,000 habitants. Les missionnaires protestants s'y étaient établis depuis assez longtemps, sans avoir obtenu aucun résultat, parce qu'ils étaient privés d'appui politique. En 1838, le capitaine Dupetit-Thouas y débarqua deux missionnaires de la société de Piepus, venant de leur maison de Valparaiso, qui fondèrent une station dans l'ile Sainte-Christine et formèrent la première communauté chrétienne de ces parages. En 1839 une station fut établie à Nouka-Hiva par le Père Garcia, puis une troisième dans l'ile de Vapou. Ces bardis missionnaires eurent de fortes épreuves à traverser. Témoana, chef indigène, qui croyait avoir des droits à la souveraineté de Nouka-Hiva, avait été élevé à Taïli par les prolestants.
De retour à Nouka-Hiva, il suscita contre les tribus qui ne reconnurent pas son autorité une véritable guerre de cannibales. Il iinit par être tellement battu qu'il appela les Français à son aide. Le capitaine Bernard, commandant le brick de guerre le Pylade, négocia la paix et assura en même temps la position des prètnes catholiques. Les missionnaires protestants, à qui manquait désormais l'appui de Témoana, se retirèrent complètement des îles Marquises.
En 1842, le capitaine Dupetit-Thouars prit formellement possession de ces
iles au nom de la France, qui les a conservées depuis lors. Aujourd'hui elles sont le siège d'un vicariat apostolique et d'un évéché. »
Enfin si nous regagnons les iles les plus septentrionales de i'Océanie occidentale, de la Nouvelle-Guinée à SnmatraetdeSumatra aux Philippines, nous voyons des possessions hollandaises, des possessions portugaises et des possessions espagnoles. La Nouvelle- Guinée, une partie de Sumatra, une partie de Bornéo, une partie de Sélangou sont au Portugal ; les Philippines sont encore à l'Espagne, et tout le reste est à la Hollande, Papouas, iles Moluques, iles Célèbes, presque tout Bornéo, une partie de Sumatra et Java. Dans ces pays le christianisme n'a presque rien gagné sur le bouddhisme, sur l'islamisme et sur le paganisme; dans les possessions hollandaises, si le christianisme a gagné quelques individus, c'est en faveur du protestantisme ; il ne reste au catholicisme que les quelques conquêtes qu'il a pu faire dans les possessions espagnoles et portugaises. Nous avons dit qu'aux Philippines, le catholicisme a persisté depuis la décadence de la puissance espagnole ; cet effet a été dû surtout à ce que le clergé du pays se trouvait être presque en totalité Tagalien : les douze membres du chapitre de Manille, par exemple, sont des prêtres indigènes.
Le diocèse de Manille renferme environ mille paroisses, celui de Neo-Ségovie, 500 ; celui de Neo-Cacérès, C00 ; celui de Zébu, 900; le nombre total des catholiques de ces contrées, dans les possessions espagnoles et portugaises est de plus de 4 millions.
Dans ces pays, que ne protège pas la grande politique anglaise de liberté de conscience inaugurée partout depuis 30 ans, on est encore obligé da soutenir des guerres qui sont faites, pour cause de religion, non point par les bouddhistes, un tel esprit est tropéloignéde leur pensée religieuse, non point par les païens eux-mêmes, mais par les musulmans. Les catholiques espagnols, par exemple, ont été obligés de vaincre, il n'y a pas encore bien des années, le sultan de l'archipel de Soulou, siège principal