‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 73 sur 122 · OBI · texte numérisé non relu

OBI

comme ceux qui suivent : l'odeur du romarin, d'après Bertholin, fait reconnaître les côtes d'ESpagne à 40 milles en mer; et si l'on cherche à mesurer ce que perd le romarin dans une telle émission, on trouve ; après avoir émis son odeur, il ne pèse pas moins qu'il ne pesait auparavant.

Boyle prit une niasse d'ambre gris d'un peu plus de 5 gr. 30 centig., l'exposa, durant trois jours et demi, dans un lieu où elle exhalait le mieux son odeur, la pesa au bout de ce temps et ne put constater aucune perte dans son poids. On n'a pu, en un mot, reconnaître jusqu'à présent aucune diminution de poids, par suite des émanations prodigieuses de certaines substances odorantes telles que le musc. Comment concevoir une telle subtilité, si l'odeur est une véritable émission de particules tirées du corps lui-même? Aussi croirionsnous plutôt que les odeurs sont véritablement impondérables aussi bien que lessons, aussi bien que la lumière, parce qu'elles ne seraient que des vibrations, des mouvements, que les corps odorants auraient la propriété de produire dans un milieu ambiant susceptible de transmettre de proche en proche ces vibrations. Mais que de mystères encore dans une telle hypothèse! De quelque côté qu'on se tourne pour expliquer cette chose si simple, que notre sens de l'odorat nous accuse si bien à tout instant, on ne trouve que mystère.

Le Noir.

ODILON (saint), cinquième abbé de Cluny, mort l'an 1049, à l'âge de 87 ans, s'est rendu célèbre dans son siècle par ses talents, par ses vertus, et par l'institution qu'il a faite de la commémoration générale des trépassés, qui a été adoptée par toute l'Eglise. On a de lui des sermons, des lettres et des poésies, qui se trouvent dans la Bibliothèque des Pères, et dans celle de Cluny, imprimée par les soins de Buchesne. Beugier.

ODIN ET LES EDDA (Thëol. mixt.

men. Idst. rel. étr.) — Odin est le héros, ou plutôt le Jupiter des Edda, recueils de chants populaires,

ODI

de traditions mythologiques , d'aventures merveilleuses en langue islandaise.

Ce chef, à la fois pontife, poète et guerrier, dut frapper singulièrement es imaginations de l'Europe septentrionale, car aucune vie d'homme.

na été plus transfigurée que la sienne ; et il est. resté le plus puissant des dieux pour les Scandinaves, les Anglo- Saxons, les Aleniaus , les Vandales, les Longobards, les Franks les Sicambres et toutes les tribus teuto niques.

Son nom, qui signifie tout-puissant, a varié selon les idiomes où il est entré. Othin Wodan, Wuotan, Cwodan sont des synonvmes à Odin.

Voici ce qu'on trouve, dans les traditions, de plus semblable à de 1 histoire, au sujet de ce héros.

Le chef des ases, c'est-à-dire le chef des chefs, le dieu des dieux s'appelait d'abord Sigge.

U descendit des cimes du Caucase, côtoya le palus Méotide, laissa aux Russes un de ses Sis pour les commander, traversa l'Europe, établit un second de ses enfants à la tète des Saxons, en accorda un troisième aux Sicambres sur les rives du Wéser, monta dans la péninsule habitée par les Cimbres pères des Kvmrys, donna son fils Skioli à ces vaillants du Damemark qui en firent leur roi, et enfin alla se fixer dans la Suède.

Gylfe, qui était le chef des Suéons, reçut de sa bouche la science des dieux et des hommes, fit de lui son docteur et son maître, embrassa son son culte et l'adopta pour son successeur.

Sigge devint grand chef des fioths, des Visigoths, des Ostrogoths, des Hillévions, des Nérigons et de toutes les races guerrières qu'enserre la Baltique et l'Océan. Il établit le siège de son empire à Sïgtnne, et, de cette capitale, promulgua son culte et sa législation nouvelle dans des chants épiques, qui ont inspiré, dans la suite des temps, les bardes du Nord.

C'est alors qu'il prit le nom A'Odin et qu'il institua les douze drottrars, prêtres des dieux, rédacteurs et interprètes des lois.

C'est Odin qui bâtit le temple d'Up-

ODI

ODI

sala; c'est lui qui apprit aux hommes que les âmes des guerriers étendus sur les champs de bataille sont reçues triomphantes dans le Valhalla; c'est lui qui enseigna à brûler les morts ; c'est lui, c'est Odin qui donna aux drottars l'esprit de prophétie, qui leur inspira les oracles.

Odin mourut, et il se trouva que son corps portait les stigmates de neuf lances aiguës; c'est pourquoi les vaillants du Nsrd l'adorèrent.

Les ases continuèrent les sacrifices qu'il faisait lui-même à Upsala et transmirent leur mission à leurs petits-fils, les chefs des Suéons.

Les edda sont les recueils des chants héroïques et merveilleux des Skaldes, c'est-à-dire des poètes delà Scandinavie.

Les uns sont en vers, les autres sont en prose.

Il y a deux edda, Vedda do Scemund et Vedda de Snorro, dite la jeune edda ou l'edda prosaïque.

La première passe pour plus ancienne; mais telle n'est pas l'opinion de M. Bergmann qui a donné à Paris en 1838 une édition française de morceaux tirés àesedda, sous ce titre; Poèmes islandais tirés de l'edda de Sœmund, publiés avec une traduction, des notes et un glossaire. Il pense qu'elles sont toutes deux de la même époque, et assigne pour date à ces compilations la lin du treizième siècle.

La plupart des chants qui composent les edda sont mythologiques; plusieurs paraissent historiques, et quelques-uns sont moraux.

Les chants historiques ont pour héros et héroïnes de grands personnages plus ou moins antiques, appartenant aux Germains et aux Scandinaves. Atle, ou Attila, y est célébré, ainsi que Sigurd et Gutrun son épouse, Helge, Brunilda et plusieurs autres.

Les hymnes éthiques ou moraux sont les moins nombreux, on ne peut guère ranger d;ms cette classe que le Havamal et le Solarljod ou chant du soleil. Ce dernier sent un peu le christianisme, ce qui a fait conclure aux critiques qu'il est moins ancien que tous les autres ; l'âme d'un père, déjà

mort, y vient adresser des avis et des leçons au fils qu'elle laisse sur la terre.

Dans le Havamal, c'est Odin luimême qui développe son système de morale, ses idées mystiques, ses règles de prudence humaine, et principalement les sens cachés des caractères de l'écriture Scandinave, appelés runes.

La mythologie des edda est trèssurnaturelle, très-grandiose et trèsfantastique.

Le Valuspa est un des morceaux les plus remarquables. Une sybille Scandinave, une Vala, y expose toute la doctrine cosmogonique et théogonique des contrées du Nord avant que le christianisme les eût envahies.

C'est un tableau de la création, des fonctions hiérarchiques des dieux chargés de gouverner l'univers, et de cette race des nains, sur laquelle les poètes du Nord ont tous exercé leu* - fantasque imagination.

L'hyndluljod ressemble au précédent : c'est un discours de la déesse Freya à une Vala pour l'instruire dans la cosmogonie, et dans la généalogie des héros.

Le Grimnismal chante une des aventures à'Odin, qui prend le nom do Grimner en cette circonstance.

Il y a le chant du puissant Tissand, celui du Nain sage qu'instruit un dieu, celui d« Baldur, lils A'Odin, celui des aventures du dieu Thor, etc.

C'est à Soemund Sigfusson, savant prêtre islandais du onzième siècle, que nous devons le recueil de ces chants précieux qui étaient encore, à cette époque, disséminées dans le peuple ; car il ne parait pas qu'ils eussent été mis en volume auparavant; et sans la peine qu'il se donna, ils seraient probablement perdus pour nous.

Il en est cie même de Snorro qui paraît avoir compilé l'autre edda un siècle plus tard, à moins que M. Berymann n'ait raison dans sa théorie de la contemporanéité des deux edda.

Le mot edda a été interprété de diverses manières. Quelques critiques le font dériver du mot indien

ODI

véda; d'après eux, les edda seraient les véda de la Scandinavie. D'autres le tirent du mot odr, qui signifie chant ou sagesse. On pense communément que le recueil a été ainsi nommé parce qu'il renferme l'enseignement traditionnel écrit par les aïeux pour leur postérité, attendu que le mot edda, signifie aïeule en islandais.

Ce n'est qu'au dix-septième siècle que les edda furent connus en Europe, ayant été apportés par de savants voyageurs à Copenhague, de l'Islande où elles dormaient' depuis cinq cents ans.

Il existe, dans les traditions sur Odiîi des contradictions nombreuses; pour les concilier, plusieurs auteurs modernes ont admis l'existence de plusieurs Odin; ils ont même su en trouver quatre. Quant aux Scandiuaves, ils n'en ont jamais connu qu'un seul, et les edda n'en laissent pas soupçonner plusieurs.

On sait qu'en anglais et dans les langues du Nord, le mercredi porte encore le nom à'Odin ; c'est le jour de Wodan.

Odin n'est pas le créateur du monde, mais le monde lui a été donné comme empire ; il le gouverne selon sa sagesse, et il sert ainsi de médiateur entre l'homme et le principe des êtres. C'est lui qui dispense tous les Mens. Il a donné les secrets, c'est-à-dire l'écriture. Il verse la lumière, et le soleil est son symbole. Il est le dieu du chant, de l'inspiration, de la sagesse et de la poésie. Sa puissance est merveilleuse. Son intelligence possède tous les secrets de la magie. 11 est à la fois le Jupiter et la Minerve des Grecs et des Romains.

Il connaît les destinées des mortels, mais il ne peut rien sur ces destinées; une puissance supérieure à^ la sienne les fixe ou les change.

C'est dans ce sens qu'il est appelé Allfadur, le père de tous.

Il porte aussi ce nom parce qu'il est la souche d'où sont sortis tous les dieux du monde. 11 engendra cette famille céleste et puissante par son union avec Frigga ou la terre.

,11 s appelle encore Walfader; c'est ainsi qu'on le nomme quand on lui demande la victoire, car il en le dieu des armes et reçoit chez lui, à vvalhalla, lésâmes des guerriers nui succombent.

Odin est le fils aîné de Boer et de Belesta, fille du géant Bergthor.

\YiIi et Wé sont ses frères.

La glace ymer portait un géant si monstrueux qu'Odin l'ayant attaqué avec ses deux frères, et vaincu, le corps de ce géant forma le monde. Il n'est donc pas surprenant qn'Odin soit le maître souverain de l'univers, puisque l'univers est le corps de son rival asservi.

Les dieux ses fils, et fils de Fregga son épouse, forment une nombreuse famille. Le plus fort est celui qui lance la foudre et fait gronder le tonnerre. Thor est son nom. Baldur est d'une blancheur qui elface celle des lys; il est le dieu du jugement droit, de l'éloquence sublime et de la pure innocence. Hermode est armé de la cuirasse ; il porte le casque ; il est le messager des dieux. Vidur pense et ne parle pas; il préside au silence. Wale est invoqué par les archers.

Gladsheim, le séjour de la joie, est le palais A'Odin. C'est là qu'est son trône, d'où il voit passer sur la terre la procession des âges, etc., etc.

Les Edda contiennent de beaux morceaux, principalement des tableaux énergiques, mais elles sont trop mythologiques en général pour que nous puissions en tirer grand profit. Nous ne citerons que le passage suivant qui enseigne l'unité d'un être éternel qui précéda les temps, et par conséquent la création.

« C'était l'aurore des siècles; » Dieu seul vivait.

» Il n'existait encore ni rivage, ni » mer, ni douce haleine des vents; » Point de terre; point de cieux; » Partout le vaste abime de l'es- » pace. » Le Nom.

ODON (saint), second abbé de Cluny, mort l'an 918, a laissé un abrégé des morales de saint Grégoire, trois livres sur le sacerdoce, des sermons et des hymnes à l'honneur de

Page 1