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Luther, vers l'an 1520, soutint que les œuvres des hommes, quelque saintes qu'elles paraissent, sont des péchés mortels , il adoucit ensuite cette proposition, en disant que toutes les œuvres des justes seraient des péchés mortels, s'ils ne craignaient pas qu'elles n'en fussent, parce qu'alors ils ne pourraient pas éviter la présomption. Sous prétexte d'établir la liberté chrétienne, il affranchit les hommes des préceptes du Décaloguc ; les anabaptistes et les antinomiens suivirent cette doctrine.
Comme elle était scandaleuse, Mélanchton la réforma dans la confession d'Augsbourg, en 1530 ; il y déclara, c. 29, que les pécheurs réconciliés doivent obé^sance à la loi de Dieu, que celle que lui rendent les saints est agréable à Dieu, non parce qu'elle est parfaite, mais à cause de Jésus-Christ, et parce que ce sont des hommes réconciliés avec Dieu ; que cette obéissance est une vraie jtistice et mérite récompense ; mais il ne dit point quelle récompense. On trouve la même chose dans la confession de Strasbourg, ou des quatre villes, qui fut aussi présentée à la diète d'Augsbourg.
Probablement Luther lui-même changea d'avis, puisque l'an 1535 il approuva la confession de foi des bohémiens, où il est dit, art. 7, qu'il faut faire les bonnes œuvres que Dieu commande, non pour obtenir par ce moyen la justification, le salut ou la rémission des péchés, mais pour prouver sa fui, pour se procurer avec plus d'abondance l'entrée dans le royaume éternel, et une plus grande récompense, puisque Dieu l'a promise : que les bonnes œuvres faites dans la foi sont agréables à Dieu, et auront leur récompense en ce monde et en l'autre. Recueil des Confess. de foi des églises réformées, 2° part., p. 209. Nous ne savons pas quelle différence mettaient les bohémiens entre le salut et l'entrée dans le royaume éternel, ni pourquoi ils évitaient le terme de mérite, pendant qu'ils en admettaient le sens.
La confession saxonique envoyée au concile de Trente en 1551, après la mort de Luther, s'exprime comme
la confession d'Augsbourg ; elle réprouve seulement ceux qui disent que notre obéissance plait à Dieu par sa propre valeur, a un mérite de condignité, est devant Dieu une justice qui mérite la vie éternelle. C'est ici une fausse interprétation du mérite de condignité, et un sens erroné auquel les théologiens catholiques n'ont jamais pensé.
Mais, en 1557, à l'assemblée de Worms, les luthériens changèrent encore leur foi, leurs docteurs condamnèrent la proposition de Melauchihon, qui disait que les bonnes œuvres sont nécessaires au salut.
Dans la confession de foi que les calvinistes de France présentèrent à Charles IX, en 1551, ils dirent, article 20 : « Nous croyons que par la » foi seule nous participons à la jus- » tice de Jésus-Christ; art. 21, que » cette foi est une grâce et un don » gratuit de Dieu ; art. 22, quoique » Dieu nous régénère et nous forme » à une vie sainte, afin de nous sau- » ver pleinement, cependant nous » professons que Dieu n'a point égard » aux bonnes œuvres que nous faisons » par le secours de son esprit, pour » nous justifier et nous faire mériter » d'être au nombre des enfants de » Dieu. » De cette doctrine il s'ensuit 1° qu'il est inutile aux pécheurs de faire de bonnes œuvres, puisque Dieu n'y a point égard; 2» que Dieu nous excite par son esprit à en faire sans vouloir nous en tenir aucun compte.
Si cela est, en quel sens nous les faitil faire, afin de nous sauver pleinement ? 3° Que les bonnes œuvres faites après la régénération ne sont pas plus mériloires que celles que l'on Lit dans l'état de péché. Ce sont là autant d'erreurs palpables.
Celle des anglicans, dressée au synode de Londres en 1562, n'est pas plus raisonnable; elle porte, art. 12 :
« Quoique les bonnes œuvres, qui sont » les fruits de la foi et qui suivent la » justification, ne puissent expier nos » péchés et soutenir la rigueur du » jugement de Dieu, elles sonteepen- » dant agréables à Dieu, et acceptées » en Jésus-Christ; et elles naissent né- » cessairement d'une fui vive et vraie; » art. 13, quant aux bonnes œuvres
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» qui se font avant d'avoir reçu la » grâce de Jésus-Christ, et l'inspirais tion du Saint-Esprit, elles ne sont » point agréables à Dieu, puisqu'elles » ne viennent point de la foi en Jé- » sus-Christ, et elles ne méritent » point la grâce par rongruité, comme » le disent plusieurs : au contraire, » comme elles ne sont point faites de » la manière que Dieu le veut et le » commande, nous ne doutons point » que ce ne soient des péchés; art. 14, » on ne peut sans arrogance et sans » impiété admettre des œuvres de » surérogation ; parla, les hommes » prétendent non-seulement rendre » à Dieu ce qu'ils lui doivent, mais » faire plus qu'ils ne doivent; au lieu » que Jésus-Christ dit : Lorsque vous » aurez fait tout ce qui vous est com- » mandé, dites, nous sommes des » serviteurs inutiles. » Il est clair que les anglicans donnent malicieusement xm sens faux et absurde à ce que l'on appelle œuvres de surérogation. Les luthériens avaient déjà l'ait de même dans la confession de foi que le duc de Wirtemberg envoya au concile de Trente en 1552.
Enfin au synode de Dordrecht, tenu en 1618 et 1619, il fut décidé par les calvinistes, art. 24, que « les œuvres » louables dont la foi estla racine, » sont bonnes devant Dieu et lui sont » agréables, parce que tout est sanc- » tilié par sa grâce; -cependant elles » n'entrent point en compte pour » notre ju:«!itication. C'est par la foi » en Jésus-Christ que nous sommes » justifiés même avant d'avoir fait de » bonnes œuvres, puisque les fruits ne » peuvent être bons avant que l'arbre » ne soit bon lui-même. Nous faisons » donc de bonnes œuvres, non pour » mériter quelque chose par là ; car » que méritons-nous ? Au contraire, » nous devenons plus redevables à » Dieu pour les bonnes œuvres que » nous faisons, puisque c'est lui qui » nous fait vouloir et accomplir...
» Nous ne nions pas néanmoins que » Dieu ne les récompense, mais nous » disons que c'est par grâce qu'il veut • bien couronner ses dons... En effet » nous ne pouvons faire aucune œu- » vre qui ne soit souillée par le vice » de la chair, et qui, par conséquent,