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dogmes; donc la même profession que t'ait l'Eglise romaine ne prouve pas qu'elle n'a point innové.
Réponse. L'écart des sectes orientales a été sensible, il a fait grand bruit, il a causé un schisme ; c'est une partie qui s'est séparée du corps, une branche qui s'est détachée du tronc; mais avant le seizième siècle, quel bruit, quel schisme ont causé les prétendues innovations de l'Eglise romaine? de quel corps s'est-elle détachée? C'est ce qu'il faut nous apprendre.
Ils disent, en second lieu, que depuis le schisme des Orientaux, le préjugé tiré du consentement des églises apostoliques ne subsiste plus.
C'est une fausseté. Tertullien a très-bien remarqué que toutes les Eglises nées de celles qui ont été fondées par les apôtres, et qui sont en communion de foi avec elles, sont apostoliques comme elles ; tel est le cas de toutes les églises catholiques de l'Occident à l'égard de l'Eglise romaine. Les protestants ont si bien senti la force de l'argument que fournit contre eux la croyance des Orientaux, qu'ils ont fait tous leurs efforts pour les unir à eux. Toutes ces sectes pensent avec nous etcontre les protestants qu'il y a une Eglise visible et enseignante que tout fidèle doit écouter, quoiqu'elles n'accordent point ce titre à l'Eglise romaine.
Cette discussion théologique a produit d'ailleurs un grand bien; depuis que les sectes orientales sont mieux connues, l'on a travaillé avec plus de zèle à les réconcilier à l'Eglise catholique. Par les soins des papes, par la protection des souverains de l'Europe, par les succès des missionnaires, il s'est fait des conversions et des réunions, non-seulement parmi les peuples, mais parmi les évèques schismatiques; le nombre des divers sectaires diminue tous les jours, et à la réserve des Grecs, les autres sectes orie laies semblent toucher de près à leur extinction.
Il ne faut pas trop se fier à ce qu'a dit Richard Simon, dans son ouvrage intitulé : Histoire critique de la croyance et des coutumes des nations du Lceant. Dans la Perpétuité de la
foi, t. S, 1. 9, c. 9, l'abbé Renaudot a fait voir que Simon n'était pas assez instruit ; qu'il n'avait pas consulté les livres des nations dont il parle, et qu'il s'est livré trop souvent à de vaines conjectures. Comme il a fait imprimer son livre en Hollande, il a fréquemment adopté ou favorisé les préjugés des protestants; et c'estpour cela même qu'ils l'ont tant loué.
C'est lui qui, l'un des premiers, s'est avisé de dire que les sentiments des jacobites et des nestoriens ne sont des hérésies que de nom ; La Croze et d'autres protestants l'ont répété; nous avons prouvé le contraire.
Vouez Jacobites, Nestoriens, etc.
Beugier.
ORIENTAUX (philosophes) Voyez Gnostiques.
ORIFLAMME [aurea flamma) (Théol.
hist. fèt. insig. etc.) — On a longtemps conservé au couvent de Saint- Denis un exemplaire de cet antique étendard du royaume de France.
Son nom, flamme d'or, dit assez bien la forme de ce drapeau, qui était un peu celle d'une bannière d'église, allongée. L'oriflamme, dit-on, avait été le drap mortuaire de Saint- Denis, ou, au moins le linge dans lequel on conservait ses reliques.
Ce ne fut que sous Charles VII, vers 1460, que l'oriflamme fut remplacée par le drapeau blanc. Chacun sait l'histoiredu drapeau français depuis la révolution.
Le Noir.
ORIGÈNE, célèbre docteur de l'Eglise, né l'an 185, mort l'an 253. Il fut disciple de Clément d'Alexandrie; il enseigna comme lui dans l'école chrétienne de cette ville, et fut surnommé Adamantius, infatigable, à cause de son assiduité au travail, de la multitude de ses écrits, et de son courage dans les épreuves auxquelles il fut exposé. Il souffrit pendant la persécution de Dôce, et il ne tint pas à lui de remporter la couronne du martyre, à l'exemple de saint Léonîde son père. Il fut élevé au sacerdoce par les évèques do la Palestine, et il donna pendant toute
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sa vie des exemples héroïques de vertu. II convertit à la foi chrétienne une tribu d'Arabes,, fit rentrer dans h sein de l'Eglise plusieurs hérétiques, étouffa plusieurs erreurs naissantes, et il laissa un grand nombre de disciples qui ont fait lionneur à l'Eglise.
La meilleure édition de ses ouvrages a été donnée par les pères de la Rue, oncle et neveu, bénédictins, en quatre volumes in-folio, dont le dernier a été publié en 1759. Le premier tome renferme quelques lettres d'Origène, ses livres des Principes, un traité de la Trière, une Exhortation au Martyre, et les huit livres contre Celse. Les trois suivants contiennent les commentaires de ce Père sur les différents livres de l'Ecriture sainte; mais il en avait fait un plus grand nombre, et d'autres écrits qui ne sont pas venus jusqu'à nous. On a placé dans le quatrième tome l'ouvrage de M. Iluet, intitulé Origeniana, dans lequel ce savant évèque discute les opinions d'Ovigène avec beaucoup d'exactitude. Le traité intitulé Origenis pliilocalia, qui se trouve après les livres contre Celse dans l'édition de Spencer, in-4%n'est point d'Origène lui-même; c'est un recueil d'endroits choisis de ses ouvrages, fait par saint Basile et par saint Grégoire de Nazianze. Quant au travail qu'il avait fait sur le texte et sur les versions de l'Ecriture sainte, voy. IIexaples et Octapi.es.
Il n'est aucun Père de l'Eglise qui ait joui d'une plus grande réputation, qui ait été exposé à de plus cruelles épreuves, et sur lequel on ait porté des jugements plus opposés. « Sa vie, dit Tillemont, son es- » prit, sa science, Tout fait d'abord i admirer de tout le monde; il a » été encore plus fameux par la per- » sécution qui s'est ensuite élevée » contre lui, ou par sa faute, ou par » malheur, ou par la jalousie que » l'on avait conçue de sa réputation.
» Il s'est vu chassé de son pays, dé- » posé du «acerdoce, excommunié » môme par son évêque et par d'au- » très, en même temps que de grands n saints soutenaient sa cause, et que » Dieu semblait se déclarer pour lui,
» en faisant entrer par lui dans h » vérité et dans le sein de son Eglise » des hommes qu'elle regarde comme » ses plus grands ornements. Après » sa mort il a eu le même sort que » pendant sa vie. Les saints mêmes » se sont trouvés opposés les uns » aux autres sur son sujet. Des mar- » tyrs ont fait son apologie, et des » martyrs ont fait des écrits pour le » condamner. Les uns l'ont regardé » comme le plus grand maître qu'ait » eu l'Eglise après les apôtres, les » autres l'ont détesté comme le père » des hérésies qui sont nées après » lui. Ce dernier parti s'est enfin » rendu si fort dans l'Orient, par » l'autorité d'un empereur qui vou- » lait être le maître et l'arbitre des » affaires de l'Eglise, qu'Origine a » été frappé d'anathème, soit par le » cinquième concile œcuménique, » soit par un autre tenu vers le » même temps, et qui a été suivi en » ce point par tous les Grecs. » Mém., tom. 3, pag. 464.
Aujourd'hui encore les jugements des modernes touchant la doctrine de ce Père ne sont pas plus uniformes que ceux des anciens. Les protestants, toujours intéressés à déprimer les Pères, ne lui ont lait aucune grâce. Bayle, Le Clerc, Bcausobre, Mosheim, Bruker, Barbeyrac et d'autres, l'ont censuré avec un excès d'amertume ; ces grands prédicateurs de la tolérance, qui excusent tous les hérétiques, s'arment de la foudre pour accuser les Pères de l'Eglise.
Parmi les critiques catholiques, les uns ont été beaucoup plus modérés et plus indulgents que les autres, les savants éditeurs d'Origène l'ont souvent justifié contre la censure trop sévère de M. Iluet.
Ce qui fait le plus d'honneur à Origi'ue, c'est la modération avec laquelle il a répondu à ses ennemis.
Hulin et saint Jérôme rapportent de» fragments d'une lettre qu'il écrivit après avoir été excommunié par l'é\èque d'Alexandrie. Il cite les paroles de saint Jude, il dit que saint Kiche] ne voulut prononcer aucune malédiction contre le diable, que de le menacer du jugement de Dieu; ensuite il déclare qu'il veut user de
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modération dans ses paroles aussi bien (pie dans son manger. « Je me » contente, dit-il, de laisser mes en- » nemis et mes calomniateurs au ju- » goment de Dieu; je me crois plus » obligé d'avoir pitié d'eux, que de » les baïr, et j'aime mieux prier » Dieu qu'il leur »\sse miséricorde » que de leur souhaiter aucun mal, » puisque nous sommes nés pour » prononcer des bénédictions, et non » clos malédictions, » II se plaint ensuite de ce que l'on a corrompu ses écrits, et qu'on lui en suppose d'autres dont il n'est pas l'auteur. Il désavoue enlin l'erreur qu'on lui attribue, de croire le salut futur des démons. Tillemont, ibid. Ce n'est pas là le ton d'un hérétique obstiné.
Tous ces censeurs, sans exception, sont forcés de rendre justice à la beauté de son génie et à l'étendue de ses connaissances; mais comment concilier avec la pénétration de son esprit la grossièreté des erreurs, soit philosophiques, soit théologiques dont on l'accuse? Voilà d'abord ce qu'il n'est pas aisé de concevoir.
Dans les canons grecs du cinquième concile, il est condamné pour avoir enseigné 1° que dans la Trinité, le Père est plus grand que le Fils, et le Fils plus grand que le Saint-Esprit.
Sur ce point, Bullus, Bosset, Iluct lui-même et les éditeurs d'Origène, l'ont justifié. Saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, avaient déjà pris sa défense; pouvait-ii avoir des apologistes plus respectables ? Voy. Orig., de Principiis, I. 4, n. 28. 2° Que les âmes humaines ont été créées avant les coi'ps, et qu'elles y ont été renfermées en punition des péchés qu'elles avaient commis dans un état antérieur. M. Huet fait voir qu'Oriyène n'a proposé cette opposition qu'en doutant, et sans l'approuver, de Principiis,\. 2, c. 8, n. 4 et 5. 3° Que l'àmé de Jésus-Christ avait élé unie au Verbe avant l'incarnation. M. Iluet fait encore voir qu'Oriqènc ne l'a point soutenu dogmatiquement et positivement. 4° Que les astres sont animés, ou sont la demeure d'une âme intelligente et raisonnable.
C'était l'opinion de la plupart des anciens philosophes; mais M. Huet cite plusieurs passages qui prouvent qa'Origène en doutait. 5° Qu'après la résurrection, tous les corps auraient une figure sphérique. Les éditeurs d'Origène conviennent que telle a été son opinion, mais elle ne tire à aucune conséquence. G Que les tourments des damnés uniraient un jour, et que Jésus-Christ, qui a été crucifié pour sauver les hommes, le serait une seconde fois pour sauver les démons. L'on ne peut pas nier qu'Origéne n'ait cru que le supplice des damnés finirait un jour, et que peut-être les démons se convertiraient ; mais loin d'avoir pensé que Jésus-Christ serait crucifié une seconde lois, il argumente sur le prix infini de la mort du Sauveur, sur ce qu'il est dit que cette mort a été le jugement du monde, etc. Ajoutons que quand il aurait effectivement enseigné toutes ces erreurs, il les a pour ainsi dire rétractées d'avance par la profession de foi qu'il a mise dans la préface de ses livres des Principes, dans laquelle il distingue les dogmes révélés dans l'Ecriture sainte, d'avec les opinions sur lesquelles il est permis à un théologien de rechercher et de proposer ce qui lui paraît le plus probable; il déclare formellement que l'on ne doit regarder comme vérités que ce qui ne s'écarte point de la tradition ecclésiastique et apostolique. Si les partisans d'Origène avaient été aussi dociles et aussi soumis à l'Eglise que lui, ils ne se seraient pas avisés d'ériger en dogmes des opinions qu'il n'a proposées qu'en doutant, et ils n'auraient pas attiré sur lui une condamnation qui a flétri sa mémoire.
Brucker, mécontent de la manière dont M. Huet a justifié ou excusé la plupart des opinions d'Origène, attribue à ce Père d'autres erreurs beaucoup plus grossières et plus pernicieuses, comme d'avoir enseigné, non la création proprement dite, mais l'émanation de la matière hors du sein de Dieu, et d'avoir borné la toutepuissance divine; d'avoir cru que Dieu, les anges et les âmes humaines ne peuvent subsister sans être revêtus
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d'un corps subtil ; d'avoir admis eu Dieu, non trois Personnes, mais trois substances, etc. Brucker prétend que le savant Huet n'a pas saisi les vrais sentiments d'Origéne, parce qu'il n'a pas connu le système de philosophie que l'école d'Alexandrie avait adopté, et qui était un mélange de philosophie orientale et de platonisme. Selon lui, en rapprochant les différentes opinions d'Origéne, on voit qu'elles se tiennent et dérivent toutes de l'hypothèse des émanations qui en est la clef. Hist. christ, philos., t. 3, I. 3, c. 3, § 17, p. 443. Il n'a fait que copier Mosheim, Hist. christ., sœc. S, § 27, p. 612 et suiv.
Bel exemple dfes travers de l'esprit systématique ! Où est la preuve de ce fa*it essentiel? Origène, disent ces censeurs, a certainement suivi le système des émanations, puisque c'était celui des philosophes d'Alexandrie dont il avait été disciple. Et comment savons-nous que c'était là leur système? C'est que Plotin, Porphyre, Jamblique, etc., philosophes païens et instruits à la même école, le soutenaient. Mais parce que des raisonneurs païens rejetaient le dogme de k création clairement enseigné dans l'Ecriture sainte, s'ensuit-il que des docteurs chrétiens, tels que Pantœnus, Clément d'Alexandrie et Origène le rejetaient aussi ? 11 s'ensuit le contraire, et leurs ouvrages en font foi.
En effet, 1<> Origène, dans son traité des Principes, liv. 2, ch. 1, n. 4, professe formellement le dogme de la création, et il le prouve par un raisonnement sans réplique. « Je ne » conçois pas, dit-il, comment de si » grands hommes ont pu admettre » une matière incréée qui n'a pas été » faite par Dieu, créateur de toutes » choses, et dont la nature et la ca- » pacité sont un effet du hasard. Ils » accusent d'impiété ceux qui nient » que Dieu ait fait le inonde et qu'il » le gouverne, et ils commettent le » même crime en disant que la ma- » tière est incréée et coéternclle à
• Dieu Comment ce qui s'est
» trouvé par hasard a-t-il pu suffire » à Dieu pour faire un si grand ou- » vrage, pour y exercer sa puissance » et sa sagesse par la construction et
» l'arrangement du monde? Cela me » parait très-absurde et digne de » gens qui ne conçoivent ni l'inlelli- » gence ni la puissance d'une nature » incréée. Si Dieu avait fait la nia- » tière, serait-elle autre qu'elle n'est, » et plus propre à ses desseins ? »
Origène a très-bien compris, 1° que ce qui n'existe point par la volonté d'un Etre intelligent est l'effet du hasard ou d'une nécessité aveugle; 2° que c'est Dieu qui par sa puissance et par son intelligence, ou par une volonté libre, a réglé la quantité, l'étendue, la capacité, les propriétés de la matière. Tout cela est-il compatible avec le système des émanations ?
Ce Père prouve le dogme de la création par les passages de l'Ecriture sainte dont nous nous servons encore.
Il cite les paroles du second livre des Machabées, c. 27, f 28, où il est dit que Dieu a tout fait de rien, ou de ce qui n'était pas. Il cite le livre du Pasteur, Mand. I. qui répète la même chose. Ensuite ces mots du psaume 148, f 5 : Il a dit et tout a été fait ; il a commandé et tout a été créé. « Par » les premiers mots de ce texte, dit » Origène, le Psalmiste parait avoir » entendu la substance de ce qui est; » par les suivants, les qualités avec » lesquelles la substance a été for- » mée. » Il ne s'exprime pas d'une manière moins décisive, dans son Commentaire sur le premier verset de la Genèse et ailleurs; enfin il admet expressément la création de l'esprit, L. 2, de Princip., c. 9, n. 2. Mosheim ni Brucker ne sont pas pardonnables d'avoir dissimulé ce fait, et d'avoir toujours argumenté sur la supposition contraire.
Or, le dogme de la création une fois admis, le système des émanations et toutes les conséquences que nos deux critiques ont voulu en tirer tombent par terre. Dès que Dieu opère par le seul vouloir, il s'ensuit que sa puissance est infinie, que la création a été un acte très-libre de sa volonté, que la matière n'existait pas auparavant, que Dieu lui a donné telles bornes et telles formes qu'il a voulu, etc. Yoy. Création. Si l'on nous répond qu' Origène n'a pas compris toutes ces conséquences, que
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souvent il n'est pas d'accord avec luimême, et qu'il contredit sa propre doctrine ; donc ses censeurs ont tort de vouloir faire de ses opinions un tout lié, suivi, conséquent dans toutes ses parties, un système complet de philosophie puisé dans les leçons d'Ammonius et de l'école d'Alexandrie. Le fait certain est qu'Origans, en parlant de la naissance de la matière, ne s'estservinidu terme à'émanation ni d'aucun autre équivalent.
Nous ne concevons pas comment le savant Huet a pu attribuer à Origine le système des émanations, Origetiffln., lib. 2, q. 12, n. 4; comment il a pu l'accuser d'avoir borné la puissance de Dieu, ibid., c. 2, q. 1, n. 1, ni comment les éditeurs de ce Père, qui l'ont justifié sur tant d'autres articles, ne l'ont pas défendu sur celui-là. On comprend encore moins comment Brucker a pu pousser l'entêtement systématique jusqu'à prétendre que le système des émanations est la base de toute la philosophie à'Orighic, Hist. crit. philos., t. S, pag. 413, et que, dans son style, toutes choses ont été créées par émanation, t. 6, p. 646. Nous soutenons que, dans le style de ce Père, création et émanation sont deux idées contradictoires.
2» Au mot Esprit, nous avons fait voir qu'Origëne a reconnu et prouvé la parfaite spiritualité de Dieu ; donc il est impossible qu'il ait supposé que la matière est sortie du sein de Dieu par émanation, ni que Dieu ne peutêtre sans un corps ; Dieu avait-il un corps avant d'avoir créé la matière?
3° Loin d'épouser les sentiments d'aucun de ses maîtres, ce Père conseillait à ses propres disciples de s'abstenir de ce défaut, de ne s'attacher à aucune secte ni à aucune école, mais de choisir dans les écrits des divers philosophes ce qui paraîtrait le plus vrai ou le plus probable ; en un mot, de suivre la méthode des éclectiques. C'est la leçon qu'il avait donnée à saint Grégoire Thaumaturge, et à son frère Athénodore, Grat. paneg. in Origcn., n. 13; mais dans les matières théologiques il leur avait recommandé de ne se lier qu'à la parole de Dieu, aux prophètes ou
aux hommes inspirés de Dieu, ibid.i n. 14. Saint Grégoire atteste qu'Orogêne ne manqua jamais de confirmer ses préceptes par son exemple, n. Il, et l'on veut nous persuader que, contre la règle qu'il prescrivait, ii suivit constamment la doctrine d'Ammonius son maitre, et l 'école d'Alexandrie.
4° Dans les articles Emanation, Platonisme, Théologie mystique, nous réfutons le prétendu mélange fait dans cette école de la philosophie des Orientaux avec celle de Platon ; cette hypothèse n'est ni prouvée ni probable ; ceux qui l'ont imaginée n'ont pas pu nous dire en quel temps, par qui, ni de quelle manière la doctrine des Orientaux a pénétré en Egypte. Les gnostiques qui la siiivaient ne prétondaient point L'avoir reçue des Egyptiens, mais de Zoroastre et des autres philosophes persans ou indiens; Brucker en est convenu; or, dans les livres de Zoroastre que nous avons à présent, on ne trouve ni le système des émanations ni les conséquences absurdes que les philosophes d'Alexandrie en avaient déduites. Plotin, après avoir étudié pendant plus de dix ans la philosophie, sous Ammonius, entreprit le voyage de l'Orient pour aller apprendre celle des Orientaux; donc elle n'était pas enseignée en Egypte. Ce fut l'an 243, et alors Origène n'était plus à Alexandrie, il en était sorti l'an 242.
Après avoir renversé le fondement sur lequel Mosheim et Brucker ont appuyé leurs accusations contre ce Père, et les plans qu'ils ont dressés de sa doclrine, il serait inutile de les réfuter en détail; nous l'avons fait dans plusieurs articles de notre ouvrage. C'est surtout à l'égard de ce grand homme que nos deux critiques ont abusé de la mélhode d'attribuer à un auteur, par voie de conséquence, des erreurs qu'il n'a jamais enseignées expressément, qu'il a peut-être même désavouées, méthode qu'ils ont blâmée avec aigreur, lorsque les Pères de l'Eglise s'en sont servis avec plus de raison à l'égard des hérétiques.
Pour calomnier plus commodes
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ment, ils ont dit qn'Origênc avait une double doctrine ou deux systèmes de philosophie différents, l'un pour le vulgaire, l'autre pour les lecteurs intelligents et instruits. Nous pourrons ajouter foi à cette accusation, lorsque ces grands critiques nous auront montré distinctement les articles qui appartiennent à chacun de ces systèmes e* particulier. Ils se sont déjà réfutés eux-mêmes, en rassemblant tout ce que ce Père a dit, pour en former un corps de doctrine complet, suivi, raisonné et constant. Nous ne pardonnons pas non plus à Mosheim d'avoir écrit qu'Origè?ie accordait à la philosophie ou à la raison l'empire sur toute ta religion. Eist. christ. , sœc. 3, § 31. Le contraire est déjà prouvé par sa profession de foi que nous avons citée, mais encore mieux par sa lettre à saint Grégoire Thaumaturge, ùp , tom. 1, p. 30. Il dit, n. 1, que la philosophie n'est qu'un prélude et un secours pour parvenir à la doctrine chrétienne, qui est la fin de toutes les études. Il ajoute, n. 2, que très-peu de ceux qui se sont appliqués à la philosophie en ont tiré unevéritable utilité, que la plupart ne s'en sont servis que pour enfanter des hérésies. Il conclut, n. 3, que pour bien entendre l'Ecriture sainte, il faut que Jésus-Christ nous en ouvre la porte, qu'ainsi le secours le plus eflicace est la prière.
Nous voyons avec plaisir Mosheim rendre justice aux vertus morales et chréiiennes d'Oiigéue, et avouer que personne ne les a pratiquées avec plus d'héroïsme; quant à sa doctrine, ce critique, a paumé à l'excès la préoccupation et l'inconséquence. D'un cûlé il fait le plus grand éloge de ses talents; mais il ne veut pas reconnaître en lui un génie original si profond, qui tirait ses idées de luimême;, il n'a fait, dit-il, que copier et suivre les opinions philosophiques de ses mailres; de l'autre il lui attribue deux ou trois systèmes profondément raisonnes, dans lesquels brille la plus nue logique, et que lui-scul a pu être capable dé créer; trouvet-on la môme supériorité de génie dans les autres disciples d'Ammonius?
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et suiv. II dit qn'Origf'ne n'est pas constant dans ses opinions, qu'il en change, qu'il embrasse le pour et le contre suivant le besoin; cependant il lui prête un plan de doctrine lié, suivi, uniforme, fondé sur des principes desquels il prél%nd que ce Père ne s'est jamais écarté. Il blâme les origénistes qui voulurent ériger en autant de dogmes les doutes, les questions, les conjectures modestes et timides de leur maître, et il imite leur injustice et leur témérité.
Après avoir loué le travail immense que cet homme infatigable entreprit pour comparer le texte hébreu avec les versions dans ses Hexaplcs, il dit que ce travail ne peut avoir que trèspeu d'utilité ; qu'Origène lui-même n'en fit aucun usage dans ses Commentaires sur F Ecriture sainte, parce qu'il ne s'attachait pas au sens littéral, mais au sens mystique, et que, par ses exemples aussi bien que par ses préceptes, il engageait les autres à faire de même. Mais, comme il parait que les Easmples et les Octaples d'Orïgme ont éié les derniers denses travaux, il n'est pas étonnant qu'il ne s'en soit pas servi dans ses Commentaires qui avaient été faits longtemps auparavant; d'ailleurs ni ses préceptes ni ses exemples n'ont détourné le prêtre Ilésyehius, le martyr Lucien et saint Jérôme, d'étudier le texte hébreu et d'en donner des versions. Son ouvrage aurait donc été utile à tous les siècles, s'il n'avait pas péri dans le sac de la ville de Ct '''.'parles Sarrasins, l'on f>o3 ; c'a ,'[é le germe et le modèle des bibles polyglottes. Voyez Hexaples.
Pourjuger de lacapaeilé d'Or/géne, il faut savoir que cet infritiguble écrivain avait l'ait sur l'Bbriture sainte trois sortes d'ouvrages, des commentaires, des seholics et des homél Les commentaires et les scholi étaient pour les savante; il s'y attachait principalement au sens li: 1 rai, il y taisait usage non-seulement des dill'érentes versions grecques de la Bible, mais aussi du texte hébreu.
Dans les homélies, qui étaient pou» le peuple, il suivait la version des Sept. ml. i, et se bornait ordinairement au sens allégorique, duquel il tirait
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dos leçons pour les mœurs. Yoy. la Note de Valois sur l'Hist. ecclés. d'Eusêbe, liv. 0, c. 37, où cela est prouvé par les témuignages de Sédulius, de Ruiin et de saint Jérôme. Mais les critiques n'ont pas été assez équitables pour avoir égard à ces divers genres de travail.
Il est évident qu'Origène, sortant, pour ainsi dire, des écoles, de philosophie, vers l'an 230, Ut ses livres des Principes, non pour dogmatiser, mais pour essayer jusqu'à quel point l'on pouvait concilier les opinions des philosophes avec l'Ecriture sainte.
Celle-ci est toujours la base de ses spéculations ; souvent, à la vérité, il ne prend pas le vrcai sens des passages, mais aussi il ne parle qu'avec le doute le plus timide ; il fait de même dans sa Préface sur la Genèse et ailleurs. Etonné de l'abus que l'on faisait de ses ouvrages, il écrivit sur la fin de sa vie au pape saint Fabien pour lui témoigner son repentir.
Saint Jérôme, Epist. 41 ad Pammach., op. t. 4, col. 347. Ainsi lorsqu'il a été condamné par le cinquième concile général, cette censure est moins tombée sur lui que s«r les disputeurs entêtés qui voulaient faire de ses doutes autant d'articles do croyance ; il n'en était pas moins mort dans la paix et la communion de l'Eglise deux cents ans auparavant.
Mais on lui a fait un crime de ce mélange de la philosophie avec la théologie, l'on en a exagéré les conséquences fâcheuses. Comme cette prétendue faute lui est commune avec les autres Pères de l'Eglise, nous aurons soin do la justitior aux mots Pères, Philosophie, Platonicisme.
On n'a pas relevé avec moins d'affectation celle qu'il commit réellement en se mutilant lui-même, soit pour éviter tout danger d'impudicité, soit pour prévenir tout soupçon désavantageux à l'égard des personnes du sexe qu'il instruisait. Il a eu la bonne foi de condamner lui-même sa conduite, tom. 15 in Matt., n. 1 et suiv. Mosheim convient que l'on a eu tort de l'en blâmer avec tant d'aigreur. Cette action fut défendue dans la suite par les lois ecclésiastiques.
Les critiques protestants lui ont
encore Teproché son goût excessif pour les allégories, la sévérité de sa morale touchant la chasteté conjugale, les austérités, les secondes noces, la virginité, etc. Voyez Allégorie, Bigame, Chasteté, Mortification, Testament, etc.
Les anciens ennemis de ce Père poussèrent l'entêtement jusqu'à l'accuser d'avoir approuvé la magie illicite, et tte n'y avoir trouvé aucun mal. Beausobre, Hist. du Munich., t. '2, 1. 9, c. 13, p. 801, a réfulé cotte.
accusation. Mais il a commis une injustice manifeste emversce Père, en affirmant qu'il a enseigné l'opinion de la transmigration des âmes ; nous ferons voir le contraire au mot Transmigration. Le vrai malheur d'Ûrii/ène est d'avoir eu des disciples obstinés à soutenir tout ce qu'il avait dit bien ou mal, et à l'entendre dans un sens qui n'avait jamais été le sien.
La même chose est arrivée à saint Augustin.
En lin, quelques auteurs ont écrit qn'Origène avait succombé pendant la persécution de Dèce, et avait jeté de l'encens dans le foyer d'un autel pour se soustraire à un traitement abominable dont on le menaçait; et des personnages respectables ont ajouté foi à ce récit. Mais il n'est pas croyable qu'un homme aussi courageux qn'Origène ait ainsi contredit les leçons qu'il a^ait données à tant de martyrs, et que de tant d'ennemis qui l'ont noirci après sa mort, aucun n'ait fait mention de cette odieuse accusation. Tant il est vrai qu'une grande réputation est souvent un très-grand malheur !
ORICÈNE (les œuvres fi*) (Théol.
hist. bibliog.) — C'est la première fois que nous voyons Dergier prendre feu de la sorte pour soutenir la cause d'un philosophe ; car Origêne fut avant tout un philosophe de l'école spiritualiste, un Platon chrétien.
Nous félicitons notre théologien avec d'autant plus de satisfaction que ees chaleureuses sorties en faveur de la philosophie sont chez lui plus rares; mais nous devons ajouter qu'il y a peut-être dans cette défense àVrigéne,
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des atténuations trop fortes de certains points qui sortaient bien de la philosophie de ce grand homme ; et nons croyons que Bergier a tort de prétendre l'en dégager. C'est ce qui ressortira d'une citation de nos Droits de la raison dans la foi, par laquelle nous allons clore cet article sur Origène. Avant de la donner, complétons ce que Bergier a déjà dit des ouvrages à'Origéne, par la reproduction du passage suivant de M. Héfélé sur ces ouvrages ; ce critique les divise en travaux d'exégèse, travaux de théologie dogmatique et apologétique, travaux de morale ascétique, et lettres.
« I. Origène est avant tout le créateur d'une exégèse nouvelle en tant que commentateur et critique sacré.
Les travaux d'exégèse antérieurs n'étaient presque tous que des essais parénétiques, ayant pour but d'expliquer quelques-uns des principaux textes de la Bible. Ainsi, par exemple.
Théophile d'Antioche, dans ses commentaires, et l'école d'Alexandrie, avant Origène, n'avaient point expliqué leurs opinions par la Bible, mais les avaient rattachées simplement à des textes bibliques (1). Ce fut Origène qui, le premier, écrivit des commentaires comme le font les modernes, c'est-à-dire qu'il fut le premier qui, dans l'exégèse :
1» envisagea les parties isolées dans leur rapport avec l'ensemble; 2° chercha avant tout à bien établir le sens littéral de chaque passage. Il devint ainsi le père de l'exégèse grammaticale et historique. D'un autre côté il adopta, comme exégète, le point de vue de son temps, en interprétant la Bible non-seulement littéralement, mais allégoriquement, en partant de l'opinion, alors générale, que la Bible renferme toujours un sens caché.
Les principes fondamentaux de son exégèse étaient, eu effet, les suivants.
» Fermement convaincu que toute la Bible est inspirée, il pensait cependant:
» 1° Que non-seulement l'Ancien Testament renfermait une révélation
(I) Redepenniug, I, 378.
plus imparfaite que le Nouveau Testament ;
» 2° Mais que la révélation du Nouveau Testament était eucore incomplète (vu les bonnes de l'intelligence humaine), et que la révélation parfaite et intégrale ne se trouverait que dans l'autre monde.
» Néanmoins il croyait que la vérité supérieure se manifeste toujours dans la vérité inférieure, que l'Ancien Testament annonce ce qui s'est accompli dans le Nouveau Testament, et qu'à son tour ls Nouveau Testament annonce ce qui se réalisera dans un ordre de choses supérieur ; qu'ainsi, par exemple, la mort rédemptrice du Christ sur la terre est un type de l'œuvre libératrice qui s'accomplira dans l'autre monde (pour le rachat des Anges) ; que la parole de l'Ancien Testament renferme le plus souvent un double sens, celui des choses du Nouveau Testament et celui des choses de l'autre monde. Toute histoire que raconte la Bible, dit Origène, est l'image de ce qui se passe dans le monde supérieur. Le Saint-Esprit revêt ses mystères des formes de l'histoire. Tantôt les événements reflètent dans leur réalité les choses du momie intelligible : alors le Saint Esprit le constate dans l'Écriture ; tantôt le récit des événements réels cesse de réfléchir fidèlement les choses du monde des esprits : alors le Saint-Esprit in troduit dans l'Ancien et le Nouveau Testament co qui n'est pas arrivé, souvent ce qui est impossible, et ce sont des indices donnés d'en haut pour que le lecteur cherche dans la lettre un sens supérieur. Ce qui distingue d'une manière caractéristique la réalité historique de ce qui n'est pas elle, c'est l'accord de ce qui est dit dans tel ou tel passage avec d'autres passages de la Bible et avec la raison (1). Ainsi Origène, pense que chaque texte de la Bible a un sens supérieur, souvent plusieurs sens, mais que tous Lus textes ne
fieuvent pas être pris dans un sens iltéral, ce qui serait évidemment
(I) TWdepenning, I, 268, 281, 289, 290, 295
oui
CGo
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inconvenant, par exemple, dans certains passages des lois mosaïques.
(1) Le sens supérieur, le sens mystique est double, suivant que la lettre renferme une allusion à la vie moraleplus haute (sens tropique) ou une donnée scientifique plus élevée (sens pneumatique (2). La condition indispensable pour comprendre ce sens plus élevé est l'interprétation littérale ; mais on arrive au vrai sens de l'Ecriture par la comparaison des divers passages entre eux, par l'observation des usages de la langue, par l'exploration de toutes les sciences et par la prière.
» Avec de tels principes il était évident qa'Origène consacrerait une attention particulière a la recherche de ce sens supérieur et que son exégèse serait plus dogmatique que grammaticale et historique. C'est d'après cette méthode d'interprétation qu'il voulait expliquer tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et il a, en effet, presque entièrement réalisé ce plan ; il a même expliqué plusieurs livres de diverses manières : 1° par des commentaires proprement dits (tomi); 2° par des homélies ou des traités (méthode»
d'exégèse parénétique) ; 3° par des scolies (courts éclaircissements des passages difficiles). Si nous prenons en somme ses commentaires, ses homélies et ses scolies, il a expliqué tous les livresdu Nouveau Testament, sauf saint Marc, la deuxième épitre aux Corinthiens, les sept épilres catholiques et l'Apocalypse, de même qu'il expliqua tous les livres de l'Ancien Testament, sauf Huth, la Sagesse et Esther. Mais la plus grande partie de ses travaux d'exégèse a été perdue, et d'autres ne subsistent que par fragments ou dans des traductions latines, le plus souvent trèslibres. En somme, sans compter les diverses scolies conservées dans les chaînes des SS. Pères, il nous reste de tous ses travaux :
» 1 . La Genèse : quelques fragments grecs des commentaires et 16 homé-
(î) Id., I, 300.
3) ld., 1 Ml, 322.
lies, traduites très-librement par Ruiin, avec des interpolations ;
» 2. L'Exode : quelques fragments grecs des commentaires, et 13 homélies, de la version de Ruiin;
» 3. Le Lévitique : 16 homélies;
» 4. Les Nombres : 28 homélies, de la version de Ruiin;
» S. Josué: 26 homélies, également traduites par Ruiin :
» 6. Les Juges : 9 homélies, fidèlement rendues par Rufin,
» 7. Les quatre livres des Rois :
2 homélies, l'une en grec, l'autre en latin, probablement de Ruiin ;
» 8. Job : un fragment d'homélie douteux ;
» 9. Les Psaumes : plusieurs fragments des commentaires et 9 homélies, traduites par Rutin;
» 10. Les Proverbes : plusieurs fragments des commentaires ;
» 11. Le Cantique des cantiques :
4 livres de commentaires, librement traduits par Rutin, et 2 homélies, exactement traduites par saint Jérôme.
» 12. Isaîe : deux petits fragments du commentaire et 9 homélies, d'une traduction libre de saint Jérôme (en abrégé);
» 13. Jérémie : des 45 homélies à'Origène, 19 homélies grecques et un fragment de la 39°; 12 de ces 19 sont aussi traduites en latin par saint Jérôme, et, en outre, on a sa traduction des 21 e et 22 e ;
» 14. Èzéchiel : un fragment des commentaires et 14 homélies, traduites par saint Jérôme;
» 1S. Daniel : 2scoliesdans Angélo Mai, Scrqtt. vet. nova coll., t. I;
» 16. Osée : un fragment grec du commentaire.
« Quant, au Nouveau Testament nous possédons :
» 1 . Saint Matthieu : sur 25 tomes de commentaires, des fragments des 9 premiers tomes, et les 8 tomes suivants, de 10 à 17, en grec et dans une ancienne, fidèle, mais grossière traduction latine. En outre, dans la même traduction, les autres tomes, jusqu'à la fin de l'Évangile de saint Matthieu, mais sans la division originale en tomes.
» 2. Saint Luc : 39 homélies, de la
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traduction de saint Jérôme, qui parait y avoir fait des interpolations.
» 3. Saint Jean : les tomes I, II, VI, X, XIII, XIX, XX, XXVIII et XXXII du commentaire, qui avait XXXIX tomes, outre plusieurs fragments des tomes IV et V. En 1735 Magnus Crusius publia, dans un programme de Noël, à Gôttingue, tiré du Cod. Reg. Paris., du Cocl. Coisl. et Carnot., trois prétendus fragments des prologues d'ùrigéne, précédant ses commentaires sur les trois Évangélistes nommés, fragments qui n'avaient encore été insérés dans aucune édition des œuvres d'Origène.
Redepenning les fit imprimer dans le quatrième supplément de la seconde partie de sa monographie sur Origéne, après avoir donné le résultat de ses recherches sur ces fragments (d ), dont le premier (prologue de saint Matthieu) lui parait tout à fait suspect ; le second (de saint Luc) porte toutes les traces d'authenticité ; le troisième (saint Jean) paraît également authentique, n'appartenant pas au commentaire détaillé, mais peut-être à un travail plus court sur cet Évangile, à la façon Su genus commaticum.
» 4. Les Actes des Apôtres : il en reste un petit fragment grec d'une hoinôiie.
» 5. L'Épître aux Romains : Origéne, d'après Rufin, avait écrit lb tomes, d'après Cassiodore 20, dont, dès le temps de Rufin, quelques-uns manquaient déjà. Rufin les compléta, traduisit en latin ce qui existait et le résuma à peu près à moitié en dis livres. Eu outre il existe trois fragments grecs de ce commentaire, que de La Rue a mis en guise de notes au bas cru texte de la traduction de ltutiit, dans son édition des œuvres à' Origéne.
« 6. Commentaire de la première épilre aux Corinthiens. Cramer, dans son édition des Catenx in S. Paulicp.
ad Corinth., a publié, en 1841, des fragments assez considérables, tirés pour la première fois d'un manuscrit de Paris.
» 7. Enfin il ne nous est parvenu que quelques fragments des Com-
mentaires sur les Épitres aux Galates, aux Éphésiens, aux Coloss ens, aux Thessaloniciens, à Tite , à I'idhrûiun, aux Hébreux, fragments dont de La Rue a publié une partie, et dont l'autre a été publiée pour la première fois, en 1842, par Cramer, dans ses Catenx in S. Pauli ep. ad Galatas, etc., etc., Oxford.
» Beaucoup d'autres prétendus fragments d'Origène sur les livres de la Bible, tirés de citations d'anciens auteurs, ont été réunis par de La Rue, dans son édition, sous le titre de Selecta, et plus complètement dans Galland, 14 e vol. de sa Bibliotheca vet. Patrum. Angélo Mai y a ajouté de nouveaux morceaux dans le volume 10 de ses Ckissici Auctores, et Cramer dans les deux éditions des chaînes déjà citées et dans les autres (in Act. Apostolorum, Oxon., 1838, et Ep. cath., 1840).
» Ces travaux exégétiques d'Origène ne sont pas seulement ce qu'il y a eu de meilleur eneegenredansles quatre premiers siècles de l'Eglise, mais peu de ses successeurs, pendant bien des siècles, l'ont surpassé, et, comme saint Jérôme, Erasme lui-même lui a encore emprunté ce qu'il y a de mieux dans sa Paraphrase (I).
» Quant aux homélies en particulier, elles ont pour but non-seulement d'instruire, comme les commentaires, mais encore d'édifier; cependant l'élément didactique domine l'élément parénétique, et ce sont plutôt desinterprétations de la Bible que des prédications. Aussi leur style est-il plus didactique qu'oratoire; Origéne ô\ite même avec intention tout omettent, et s'applique à être simple, clair, intelligible. Son exposition est parfois un peu diffuse; ce qui manque surtout, c'est l'ordre, la disposition. Ces homélies n'ont pas seulement une valeur exégétique, elles occupent une place considérable dans l'éloquence de la chaire ; car, par ces discours, Origéne : 1° est devenu le créa de l'homélie religieuse, de I pratique. Avant lui les docteurs chrétiens ne Faisaient que i . urs parénèses à des textes bibliques; à
(1) RoJeponiiing, I, 379; II, 212,
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dater à'Origène ses nombreux successeurs et imitateurs prirent le texte pour base même de leurs discours.
2° Il a donné des principes généraux sur la manière de composer des homélies et a posé les premières bases de Vhomilétique chrétienne, de même que ses aphorismes ont établi les première règles de Ylterméwutique 1 1 \.
» Comme critique sacré Origém fixa le canon. Il n'insista pas seulement sur la nécessité d'un canon, ZiMi^.r,, bien arrêté , mais il donna une forme positive aux opinions de l'Eglise relatives au canon. Sans doute Clément d'Alexandrie avait distingué, dans l'usage , les livres deutérocanoniques des livres proto-canoniques; mais ce fut par Origèni:, par la défense qu'il prit des livres et des fragments deutéro-canoniques (par exemple contre Jules l'Africain), par ses Hexaples, que les livres deutéroeanoniques parvinrent à une autorité générale et absolue dans l'Eglise.
Toute hésitation à leur sujet disparut, et c'est ainsi qu'Origéne fit admettre le canon de l'Ancien Testament que nous avons aujourd'hui dans toute l'Eglise (2).
» En même temps Origène compara exactement le premier et le second canon l'un à l'autre. Il fut un peu moins neten ce qui concerne le canon du Nouveau Testament, nom collectif que le premier il employa dans son de Princip., IV, 43. Il tint la seconde épitre de Pierre, la seconde et la troisième épitre de saint Jean pour authentiques; mais il éprouva quelque hésitation à les insérer dans laJ5utltyx.Tb parce qu'elles n'étaient pas encore généralement reconnues (3).
» Mais ce qu'il faut louer surtout dans Origénc, en qualité de critique saeré, c'est le soin qu'il mit à donner un texte biblique aussi pur et aussi exact que possible. Il ne lit ce travail qu'occasionnellement pour certains passages du Nouveau Testament (4) ; mais il y mit de la suite, pour l'Ancien Testament, par ses Hc-.aples. Les Juifs reprochaient con-
(l)Redeponnin^, II, 199,245.
(2) [il., I, 141, 212.
f3)ld., I, 249.
(4) Id., II, 182.
stamment aux- Chrétiens de se servir d'un texte de l'Ancien Testament altéré; Origine résolut de comparer exactement le texte des Septante au texte hébreu, et de. constater dans une édition de la Bible, en plaçant à côté l'un de l'autre les deux textes, les résultats de sa comparaison, afin que tout Chrétien y trouvât les armes nécessaires pour discuter avec les Juifs sans pouvoir être récusé par eux. Ainsi son but fut d'abord »rpologétique et polémique. Mais somme le texte hébreu n'était pas encore vocalisé à cette époque, il crut nécessaire d'introduire ce texte d'une double façon dans son édition, c'està-dire de le placer dans une colonne avec des lettres hébraïques sans ponctuation, et dans une autre colonne avec des lettres grecques figurant la manière dont le texte hébreu devait être prononcé (par conséquent en indiquant les voyelles i. Mais en comparant le texte hébreu -et celui des Septante l'un à l'autre il n'avait en aucune façon l'intention de conformer le dernier au premier ; au contraire, il avait comme ses contemporains chrétiens en général, la conviction que le texte hébreu de son temps était falsifié, et que les Septante, dans leur forme primitive, étaient le seul texte vrai, qu'ilétaitinèmeinspiré. Il voyait en même temps que le texte primitif des Septante n'existait plus dans sa pureté, et il possédait lui-même, grâce à la libéralité d'Ambroise, divers manuscrits des Septante, qui n'étaient point d'accord entre eux.
Il s'agissait par conséquent d'améliorer aussi le texte des Septante, de le ramener autant que possible à sa forme primitive, et c'est ce qu'Orne réalisa : 1° en comparant les divers manuscrits des Septante qu'il possédait avec les autres versions grecques anciennes ; 2° lorsque ces divers textes des Septante s'écartaient 1rs nus des autres, en donnant la préférence à celui qui était d'accord avec le» autres traductions grecques (1). Ces dernières étaient :
» La version d'Aquila, suivant littéralement le texte hébreu;
(1) Uodepenaing, II, 1G6.
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» 2° La version de Théodotion, qui était, à proprement dire, une correction des Septante au moyen du texte hébreu ;
» 3° La version de Symmaque, également assez conforme au texte hébreu.
» Origène mit donc le texte hébreu, celui des Septante et ces trois versions en six colonnes, d'où le nom A' Hexaples. Dans la première colonne se trouvait le texte hébreu en lettres hébraïques; dans la seconde le même texte en lettres grecques; puis suivaient, comme se rapprochant du texte hébraïque, dans la troisième et la quatrième colonne, Aquila et Symmaque, lesSeptante dans la cinquième et Théodotion dans la sixième. Mais comme Origène avait découvert en outre deux et même trois autres versions grecques d'un certain nombre de livres de la Bible, dues à des auteurs inconnus, il ajouta ces versions à côté de celle de Théodotion, comme cjuinla, sexta et septima, de telle sorte que certains livres avaient huit colonnes (octaples) et même neuf. Enfin Origène nota les résultats de sa comparaison des Septante avec le texte hébreu en employant dans la colonne des Septante deux signes critiques d'ailleurs en usage.
» 1° Il désigna les passages des Septante auxquels ne correspondait aucun texte hébreu, qui par conséquent manquaient absolument dans l'hébreu, par un obélisque (~),
» 2° Quand au contraire quelque chose manquait dans lesSeptante qui se trouvait dansl'hôbreuoudans l'une des autres versions, il l'intercala dans la colonne des Septante et le marqua par un astérisque (*).
» On n'est pas d'accord sur la question de savoir s'il employa encore deux autres signes critiques, le lemnisque ( -f ) et l'hypolemnisque ( - ) (I ).
Ainsi il ne moditia pas le texte des Septante lui-même, seulement il mit sous les yeux de chacun les points dans lesquels il différait du texte hébreu.
» Les Tétraplet A'Origène ont de l'affinité avec les Hexaples; c'est une
(1) Cf. Redopanniug, II, 171.
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comparaison d' Aquila, de Symmaque, des Septante et de Théodotion. On ne sait pas d'une manière certaine si ce fut un travail préparatoire ou un abrégé des Hexaples, sans signes critiques (1), mais il est certain que les Tétraples comme les Hexaples, avaient de courtes scolies, qui étaient la plupart des explications mystiques des noms propres hébreux.
» Les Hexaples formaient au moins cinquante rouleaux très-forts; ils n'ont probablement jamais été complètement recopiés et se perdirent dans la destruction de la bibliothèque de Césarée par les Arabes, en 653, si déjà ils n'avaient disparu plus tôt, lors de la prise de cette ville par les Perses. S. Jérôme trouva encore cet ouvrage à Césarée et s'en servit. Il ne paraît pas non plus qu'on ait multiplié les exemplaires des Hexaples; mais, en revanche, on copia fréquemment le texte des Septante des Hexaples avec les signes critiques, et ce furent surtout Pamphile et Eusèbe qui le propagèrent. De même le texte des Septante tiré des Hexaples fut traduit en syriaque et plus tard en arabe. Tous ces fragments des Hexaples A'Origène qui se sont conservés ont été soigneusement réunis (après des travaux préparatoires dus à d'autres érudits) par Montfaucon, Hexaplorum Origenis qaze supersunl, Paris, 1713, 2 vol. in-fol. Bahrdt les a réimprimés, Leipz., 17C9, en 2 vol. in-8°, en complétant les fragmenta au moyen d'un manuscrit de Leipzig. Il corrigea beaucoup de données inexactes de Montfaucon, mais laissa de côté les observations de ce dernier, qui sont presque indispensables (2).
» Deux autres ouvrages exégétiques A'Origène, sur les Noms propres ae la Bible et les Poids et mesures dis Hébreux, ont été perdus (3).
« II. Les ouvrages dogmatiques et apologétiques A'Origène sont :
» 1 . Deux livres de la Résurrection et deux Dialogues sur le même sujet, de
(I) Cf. Heriwt-Welte, Introd. à l'Ane, lest., I, 16!.. H- l.'ienmng, II, 175.
(ï) Horl.st Wolto, 1. c, p. 16S. Redepeooiog, II, 17a.
(3) Peruj»oédar, Patrol., I, 5!0 iq.
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sorte que S. Jérôme parle souvent des quatre livres de la Résurrection.
Dans le second livre de Princip., I, c. 10, Origine en réfère lui-même à cet ouvrage, qui par conséquent fut écrit d'assez bonne heure, environ vers 225; mais, sauf un petit nombre de fragments, il s'est toutàfait perdu.
S. Jérôme reprochait à cet ouvrage d'être très-hétérodoxe; Pamphile en prit la défense, et les fragments qui en subsistent ne justifient pas du moins l'extrême sévérité de S. Jérôme.
» 2. Le livre des Stromates est également perdu. Origine, dit S. Jérôme (1), imita, dans cet ouvrage, les Stromates de Clément d'Alexandrie , comparant les doctrines du Christianisme à celles des philosophes.
Dans le sixième livre se trouvait une dissertation sur le mensonge par nécessité, rattachée à un passage de Platon. Le dixième renferme des scolies, surtout sur l'Épitre aux Calâtes. De La Rue (2) a réuni les fragments conservés. Redepenning avait Tespoir d'obtenir, par l'intermédiaire du Dr Kunst, des extraits de ces Stromates, tirés d'un manuscrit du moyen âge appartenant à l'Escurial, mais la mort de Kunst déçut cet espoir.
» 3. Pamphile et Eusèbe disent qu'Origine écrivitun ouvrage Adver sus omnes Hsereses; mais celui que nous avons sous ce titre n'est pas Ltithentiquo.
» 4. Les huit livres contre Celse sont, en revanche, parfaitement authentiques.
» Celse, païen très-savant, qui avait beaucoup voyagé, avait, durant la persécution de Marc-Aurèle, écrit son Aoyo; dfti)(% contre les Chrétiens.
L'autorité considérable dont cet ouvrage jouissait parmi les païens détermina Ambroisc, l'ami à'Origène, à prier instamment ce dernier d'en écrire une réfutation, et c'est ainsi que, soixante ans après Celse, naquirent b's huit livres y.rtà KAtou (3).
Origine nomma dans le coiumence-
(1) Ep. 83.
( , Ouus de La Rue, t. I.
ment Celse un philosophe épicurien; mais dans le courant de l'ouvrage il remarque qu'on trouve peut-être, ms^i dans ce savant des idées platoniciennes, et son jugement à cet égard demeure incertain. Probablement il l'a confondu avec un autre Celse, qui était épicurien et dont il avait entendu parler; le vrai Celse appartenait incontestablement aux Platoniciens éclectiques, qui furent les avant-coureurs du néo-p'atonisme systématique. L'ouvrage même de Celse est perdu, sauf les fragments conservés par Origine (on les trouve réunis dans une dissertation de Jachmann, de Celso philosophe*, 183fi); il était par conséquent difficile de découvrir le plan de son ouvrage et d'en donner une esquisse. Bindemann, le premier, y réussit dans la dissertation que nous avons déjà citée (1).
Suivant Bindemann, Celse, après une introduction, partagea son ouvrage en deux parties. Dans la première un Juif démontre que, même en admettant la foi des Juifs au Messie, le Christianisme ne peut se soutenir et ne répond pas à l'idée du Messie juif; la seconde partie démontre l'impossibilité de l'idée même du Messie et par conséquent l'absence de tout fondement plausible pour le Christianisme.
» Origine combattit pied à pied les objections de son adversaire, montra combien il avait défiguré le sens de la doctrine chrétienne, et rétablit ce sens avec une grande modération, quoique Celse eût été fort vif dans ses attaques. Cet ouvrage a toujours passé pour la meilleure et la plus complète des apologies de l'antiquité, et Eusèbe y trouvait à la fois la plus belle démonstration de la doctrine chrétienne et la plus complète défaite des adversaires de l'Évangile.
Quoique Origène ait négligé diverses objections de Celse, parfois même ait avancé de faibles arguments, il y a dans son ouvrage des parties excellentes qui permettent do dire que c'est un livre d'or. C'est un véritable arsenal d'arguments apologétiques et une mine féconde d'explications
(U Dans IUgen (1842, cali. ï).
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dogmatiques (i).Mosheim en a donné une très-bonne traduction allemande avec de savantes notes, 1745, en un vol. in-4°.
» 5. L'ouvrage dogmatique capital d'Origine est le traité de Principiis, irepl 'Apyûv, en quatre livres (2), écrit à Alexandrie avant que l'auteur en fût chassé (3). Il y expose d'abord la doctrine universelle de l'Église ou la règle de la foi; puis il cherche, en partant de cette base, à édifier un système scientifique à l'aide des spéculations de la philosophie.
» Il pose en général, d'abord, le dogme qui doit être expliqué; puis il y rattache des motifs tirés de la raison, et justifie le dogme contre les attaques dont il est l'objet. Il termine par les preuves tirées de l'Ecriture.
Ce qui prédomine dans l'ensemble ce sont les spéculations philosophiques, et l'on doit considérer cet ouvrage comme le premier essai d'une dogmatique scientifique. Cependant il y manque l'examev d'un certain nombre de dogmes ; il n'y est question ni do la mort expiatoire du Christ, ni des sacrements-, ni en général des dogmes qui n'étaient pas attaqués ou spécialement étudiés de son temps.
Il y a quatre livres : le premier traite du divin, de lu nature de Dieu, de la Trinité, du monde des esprits, en tant qu'il est né de Dieu; le second traite du monde, de son origine, 'les créatures et de l'action de Dieu dans le monde et pour le salut des- hommes ; le troisième-, de Yhomnw, être moralement libre, et des rapports de la grtiee et delà liberté ; le quatrième, de la saint* Écriture et de son interprétation. — L'ensemble manque d'ordre. Il est évident que l'oivruge n'était pas simplement destiné à swvir de programme à l'enseignement catéchétique; mais on n'est pas d'accord sur le motif qui l'a fait iniituler icsp) 'Ap/ûv. Les uns comprennent sous le mot àp/xl les principes réels des choses (par exemple Thomasius et Baur); d'autres, surtout Hedepenning (4), traduisent i?y. a '<- P ar
M) nodponninc, I[, 131-156.
(î) De La Hue, t. I.
(3) Etisebe, VI, Î4.
dogmes fondamentaux, et ils rapportent cette expression à la règle de foi dont Origène fait précéder ses explications et qu'il cherche à commenter, puisque lui-même, dans son commentaire sur S. Jean (1), entend par àp/^ l'article fondamental, la proposition capitale de la science.
o Dans la controverse origéniste, Rufin, probablement pour défendre l'orthodoxie de son héros, se plaignit de ce que cet ouvrage d'Origùne avait été de bonne heure falsifié par les hérétiques. Il en appelait, à ce sujet, à des plaintes du même genre élevées par Origéne lui-même ; mais Origène ne parlait que de la falsification des actes d'une discussion, et nullement des livres itspt 'Ap/ûv, et les anciens apologistes d'origène, Pamphile et Eusèbe, n'ont pas dit un mot d'une falsification de ce genre. En revanche Rufin lui-même s'est !rendu coupable de falsification dans sa traduction latine du iwpi 'Ap/ûv (ann.
397) en faveur d'Origine.
» Lorsque saint Jérôme eut sous les yeux cette traduction, il en fut si mécontent qu'il composa lui-même une traduction fidèle, qui, sauf quelques fragments, s'est perdue. Le même sort était réservé au texte grec, dont nous n'avons également que des fragments conservés dans les Philocalies de Basile. Nous ne pouvons donc, quanta la majeure partie de cet ouvrage, avoir recours qu'à la traduction de Rufin, et c'est pourquoi il est fort grave de savoir jusqu'à quel point le texte primitif a été altéré par ce traducteur. Saint Jérôme dit à ce sujet : Paucis de Filio et Spiritu S. commutatis, qux apertam blasphemiam pnefcrebuut ; il ajoute que Rufin laissa tout le reste (1), et ce qu'il y a, en etfet, de plus vraisemblable, c'est que Rufin n'opéra que pi'ii de changements, quoique luimême semble vouloir faire entendre qu'il fit d'assez notables changements et qu'il corrigea surtout tous les passages dogmatiques suspects. Ce dernier point n'est pas vrai ; car le rapt Ap/ûv traduit renferme encore
[ij Ef. 94, ad Avit.
om
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beaucoup de propositionshérêtiques.
» Mais, 1°, à l'aide des fragments grecs du rapt 'Apyûv; 2°, en se servant des restes de la "traduction de saint JT'i'ôme; 3°, en comparant le texte de Rufln à d'autres écrits et à d'autres propositions dogmatiques à'Origène (même postérieures, car Origêne ne modifia pas ses opinions théologiques fondamentales), on peut découvrir la majeure partie des changements faits par Rtilin et rétablir l'ancien contexte du mpl 'Ap/jTjv. Le meilleur essai de ce genre a" été fait par Redepenning dans son édition spéciale du rapt 'Ap/ûv (1). Schnitzer a fait nn antre essai dans sa traduction allemande du rapï •Ap/MV, sous ce titre :
Origine, des Principes de la science de la foi. Essai de restauration, Stuttgart, 1833.
» III. Origêne a laissé deux écrits awéfiqaes :
» 1° Exhortation au martyre, ^ Mapfjpiov itpoTpewciwîç "kàyoç, adressées Ambroise;'nous en avons parlé plus haut ;
» 2° De la Prière, r.epl lîMfc, écrit également adressé à Ambroise et composé à sa demande.
» Les deux ouvrages se trouvent dans la première partie de l'édition de de La Rue ; tous deux ont été composés peu après l'expulsion à'Origène d'Alexandrie ; ils se complètent réciproquement, car ils renferment presque toute la doctrine relative aux moyens de faire son salut. Le traité de la Prière, qui est assez étendu, se divise en deux parties, dont la première parle de la prière en général, de sa nature, de sa nécessité, de sa vraie méthode, et répond à la question : « Qui faut-il prier? — Dieu le Père seul, mais toujours par le Fils. » La seconde partie est une explication de l'Oraison dominicale.
» IV. Lettres. Nous en avons deux A'Origène.
» 1. L'une, adressée à Jules l'Africain, concerne les additions deutérocanoniques qui se trouvent dans Dafiiel (l'histoire de Suzanne).
(i)Lips., 1830.
(î) DeLoRuo, I, p. 3'rç.
» 2. L'autre, adressée à saint Grégoire Thrumaturge, est un encouragement à l'étude des sciences théologiques. Nous n'avons des autres lettres à'Origène que quelques fragments.
» Le premier savant qui ait rendu de notables services à la science, en publiant les œuvres à'Origène, fut Daniel Huet, évèque d'Avranches, qui fit paraître les écrits exégétiques grecs à'Origène, avec une traduction latine, en 1668 et 1679, en 2 volumes in-fol., et une très-savante monographie, intitulée Origeniana.
» Le P. de La Rue, de la congrégation de Saint-Maur, publia, en 1733' sq., à Paris, les œuvres complètes à'Origène en 4 volumes in-fol., dont le quatrième est dû aux soins de son neveu, Vincent de La Rue.
Cette édition renferme en même temps la partie encore existante de l'Apologie d'Origéne par Pamphile, son Panégyrique par saint Grégoire Thaumaturge, les Origeniana de Huet, etc. ; enfin les ouvrages faussement attribués à Origêne. Oberthùr a fait une réimpression de l'édition de deLaRue, mais sans notes et sans accents^ Wurtzbourg, 1780, in-8°. Dne autre édition, petit in-8°, a été publiée, en 1837, à Berlin, par Loramatzsch, renfermanttoutes les œuvres d'Origéne, l'Apologie, de Pamphile, le Panégyrique, de saint Grégoire Thaumaturge, les Origeniana, de Huet, et les Philocalies. L'édition est très-soignée, très-critique ; mais on n'a pas consulté de nouveaux manuscrits pour la faire ; il y manque aussi la traduction latine. »
Il faut ajouter qu'à présent, tout ce qui nous reste à'Origène se trouve, et en texte original et en traduction latine, do«,s les deux patrologies de l'abbé Migne.
Donnons- maintenant, comme nous l'avons promis, l'exposé que nous avons fait nous-niême , dans nos Droits de la raison dans la foi, de la grande cosmogonie d'Origéne; cette cosmogoftie était née dans son esprit d ? un eli'ort de conciliation et de syncrétisme des grands systèmes platoniciens et néo-platoniciens ou alexandrins, avec le .christianisme.
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« On n'ira ni plus loin ni plus haut qn'Origène dans les créations cosmiques imaginaires; il avait pour maître et inspirateur le premier des génies antiques, Platon, et il était de ce maître le plus fort disciple qui eût encore paru sur la terre. Citons, en exemple, sa cosmogonie.
» Point de corps, ni en réalité ni en apparence, dans les anciens âges du cosmos. Tout est, comme Dieu et avec Dieu, esprit pur. Point de nombres servant à différencier les êtres, point de noms qui les distinguent en les désignant. Néanmoins les esprits existent ; les âmes sont au sein de l'infini, et sont véritablement; mais elles sont dans l'unité de la similitude, de l'égalité, de l'identité même d'énergie, de dynamie etd'essence ; dans l'unité, plus que fraternelle, de la communion, de la connaissance, de la contemplation de Dieu-Verbe. Elles sont là comme une félicité immense, possédée en commun, dans laquelle elles se voient les unes les autres sans se distinguer, sans se compter, sans se donner des noms, et en se disant l'unité finie dans l'unité infinie.
» Elles sont cependant distinctes de Dieu et les unes des autres par leur dynamie propre, qui est la potentialité de se diversifier librement, et qui les diversifiera un jour, ainsiqu'on va le dire. Elles sont, en un mot, capables de mal faire, de se dire moi, de produire en elles l'égoïsme; elles ont cette force intime qu'on nomme liberté.
» Apre» des temps et des temps passés sur cette félicité universelle, quelques-unes des forces qui y sont en extase se formulent elles-mêmes, en s'ennuyant de la contemplation ineffable; c'est le crime premier, la première déchéance; et voici que successivement toutes les âmes, s'imitant, tomb 'nt de chute en chute.
» Dès lors, le nombre se réalise, puisque les moi distincts, déchus de l'unité, se sont comptés, en disant je, tu, il. Quel trouble, quelle guerre a surgi du sein de l'éternel calme? Les noms apparaissent, les noms propres à chaque âme tombée, les noms eu rapport avec la profondeur plus ou moins grande de )a chute. Mais avec
la numérabilité et la dénomination, l'esprit s'est enveloppé d'une limite, d'une forme spéciale, d'une particularisation qui est son corps distinctif, et la pureté de l'esprit a disparu pour faire place à des êtres qui sont esprits-corps. — Telle est la première origjne de la matière ; cette origine est liée à l'acte criminel de toute âme qui dit moi pour se distinguer de ce qui n'est pas elle, et en est la conséquence ; c'est le produit de l'égoïsme qui s'emprisonne en voulant s'agrandir.
» Or, les corps, les noms et les nombres étant ainsi produits, les individualités se montrent par catégories fondées sur leurs caractères de similitude; les genres et les espèces apparaissent, et, dès lors, la création se présente en règnes nombreux, principalement diversifiés par les corps plus ou moins subtils, plus ou moins cachots, selon le degré de criminalité des âmes qui les habitent. De là les chérubins, les séraphins, les archanges, les anges, les trônes, les dominations, les vertus célestes ; puis les animaux ; puis, au bas de l'échelle, les démons aux enveloppes froides et ténébreuses.
» Les astres dans un premier état de forme qui est le chaos, les éléments diffus, le mélange des principes de l'univers que nous appelons matériel et qui ne l'est que par son écorce visible : voilà aussi ee qui résulte de cette déchéance primordiale des âmes.
» Mais tout est confus, tout déplaît à l'œil éternel, à l'amour infini do l'ordre parfait.
» Or, voici que, de l'unité bienheureuse dans la contemplation du Verbe, et de toute la monade incréée, une monade créée, une seule âme, a résisté à la déchéance universelle, a continué d'aimer, d'adorer, de contempler, dans le premier calme, les splendeurs de l'Esprit suprême, efl un mot, s'est maintenue dans son union ineffable. Cette âme estcelledu Christ. Elle a déploré la confusion et la guerre, l'individualisme et le désordre engendrés par toutes ses compagnes usant mal de leur force et de leur liberté ; abhorrant de suivre leur
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exemple, elle est restée en Dieu, méditant, an sein de son bonheur et de sa gloire, la grande rédemption universelle qu'elle réalisera un jour, ou plutôt le long des jours, par une continuité d'opérations de salut faites en communauté de la vertu infinie; car elle n'oubliera désormais aucun de ses concitoyens de l'antique cité, et ne sera contente que quand tous, sans exception d'un seul, auront été rachetés et réintégrés, par ascension progressive, dans le premier état d'intuition une et bienheureuse.
>> En attendant, elle rêve; et Dieu lui dit : Mets l'ordre dans ce chaos, sois l'ordonnatrice d'un bel univers avec tous ces éléments déchus ; fais sortir l'ordre du désordre, l'harmonie du tumulte, une paix quelconque de cette guerre immense.
» L'âme se met à l'œuvre, et fait l'univers, dont toutes les parties seront mortelles, parce que Dieu s'est réservé à lui seul la création des immortalités élémentaires. Les astres, les vents, la terre, toutes les merveilles de la nature sont ainsi organisées par l'âme ; et le monde est lancé dans son évolution présente.
» Cependant l'élément de liberté n'est pas détruit dans les catégories des êtres pensants, et ils peuvent encore ou se conserva, avec l'aide de Dieu, nécessaire à toute créature, dans leur état d'imperfection individuel, ou se rendre, de nouveau, coupables, et tomber encore plus bas ; l'ange peut devenir homme, l'homme peut devenir animal, l'animal peut devenir démon, l'ange peut aussi tomber jusqu'au démon sans passer par les degrés intermédiaires, et aussi l'homme.
» Ces métamorphoses se font dans l'évolution universelle au sein de l'harmonie que l'âme a su lancer dans les siècles, en se servant des débris du mal pour en faire les éléments de cette harmonie elle-même.
» Cependant, l'âme non déchue, et devenue l'organisatrice de l'univers présent, ne sommeille jamais ; dans son union avec le Verbe, elle pense toujours à ses compagnons d'origine ; elle les suit dans leurs transforma-
tions, dans toutes leurs aventures; elle fait mieux : unie à l'éternel Logu?
elle s'incarne dans leurs états divers pour les sauver tous ; elle se fait ange pour sauver les anges, homme pour sauver les hommes ; elle se fera même démon, mais bon démon, pour sauver les démons.
» Tous ne profiteront pas d'abord de ses mônies; car il est dans l'ordre éternel que chacun coopère à ses efforts pour remonter aux états supérieurs ; mais peu à peu, tous en proliteront, les uns après les autres ; et elle réussira, dans les profondeurs infinies de l'avenir, dans les perpétuités successives, dont la série entière est seule sans limites, à les rappeler tous, jusqu'au dernier, à l'unité primordiale incorporelle, en les faisant remonter l'échelle descendue.
» Tomberont-ils encore, après cette fin des âges, dont la suite aura impliqué en elle tant de fins particulières de mondes ? Dieu seul le sait. Mais s'ils retombent, l'âme, qui est le Christ, ne tombera jamais et réussira toujours à sauver, en fin de compte, grâce à son union indissoluble avec le Verbe, tous ceux qui retomberont, tant elle les aime !
» Tel est le célèbre système cosmique à'Origéne, inspiré par le Timée de Platon, et déjà préparé par la théorie du Plerum et des Bons des anciens gnostiques. »
Nous faisions suivre notre exposé de cette théorie des réllexions suivantes :
« Cette théorie grandiose et spiritualiste de l'univers, qu'a essayé de ressusciter Jean Raynaud dans notre siècle, mais qu'il a étiolée en la délayant dans sa manière, n'a rien d'impossible en elle-même ; et, nous fondant sur cette idée qui nous revient sans cesse, que Dieu a produit ou produira, dans son éternité, tous les possibles qu'il nous est donné d'imaginer, soit dans un monde soit dans un autre, nous croyons assez qu'elle est réalisée en quelque coin des univers dans lesquels se joue la puissance infinie.
» Mais qu'en devons-nous penser en tant qu'appliquée à notre propre
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