‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 100 sur 166 · AN · texte numérisé non relu

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les fit nommer abécédaires ou abécédariens. On prétend que Carlostad finit par embrasser ce parti, qu'il renonça à sa qualité de docteur, se fit portefaix, et se nomma frère André.

Mais la distinction la plus commune est celle des anabaptistes rigides et des anabaptistes mitigés. Ces derniers ont été connus sous les noms de rjabrieliteï, de huttériles ou frères de Moravie, enfin sous celui de mennites.

Voici l'origine de ces noms.

Lorsque les anabaptistes eurent été défaits et proscrits en Allemagne, à cause de leur conduite sanguinaire, Gabriel et Hutter, deux de leurs principaux chefs, se retirèrent en Moravie :

ils rassemblèrent le plus grand nombre qu'ils purent de leurs partisans.

Hutter donna un symbole et des lois ; il leur enseigna : 1° qu'ils étaient la nation sainte que Dieu avait choisie pour la rendre dépositaire du vrai culte ; 2° que toutes les sociétés qui ne mettent pas leursbiensencommun sont impies, qu'un chrétien ne doit rien posséder en particulier ; 3° que les chrétiens ne doivent point reconnaître d'autres magistrats que les pasteurs ecclésiastiques ;4° que Jésus- Christ n'est pas Dieu, mais prophète ; S que presque toutes les marques extérieures de religion sont contraires à la pureté du christianisme, qui doit être dans le cœur ; 6° que tous ceux qui ne sont pas rebaptisés sont des infidèles, et que le nouveau baptême annule les mariages contractés auparavant; 7° que le baptême n'est point administré pour effacer le péché originel ni pour donner la grâce, mais que c'est un signe par lequel un fidèle s'unit à l'Eglise; 8° que Jésus- Christ n'est point réellement présent dans l'Eucharistie ; que le sacrifice de la messe, le culte des saints et des images, le purgatoire, etc., sont des superstitions et des abus. Ainsi les opinions des protestants étaient toujours la base de celles des anabaptistes.

Hutter ne conserva parmi ses sectateurs point d'autre pratique de religion que le baptême des adultes ; il ne leur fit célébrer la cène que deux fois l'année; il leur persuada de mettre en commua tous leurs biens, même

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les enfants, afin que tous fussent élevés de même. Cette république singulière forma d'abord une société d'excellents cultivateurs, laborieux, sobres, paisibles, très-réglés dans leurs mœurs; mais la discorde, la corruption et l'irréligion ne tardèrent pas de s'y introduire. HuttOr et Gabriel ne purent pas s'accorder longtemps ; le premier ne cessait pas d'invectiver contre les magistrats et contre toute espèce d'autorité ;le second, plus modéré, voulait que l'on se conformât aux lois du pays où l'on était. ïl se forma ainsi deux partis, l'un de Gabriélites, et l'autre de Huttcrites, qui s'excommunièrent mutuellement.

Après la mort de Hutter, qui fut puni du dernier supplice, comme, hérétique séditieux, les deux sectes se réunirent sous le gouvernement de Gabriel ; mais il ne put y rétablir l'ordre ni la régularité des mœurs : il devint odieux à toute la secte, qui le fit chasser de la Moravie. Retiré en Pologne, il finit sa vie dans la misère.

Après la mort de ces deux hommes, les frères de Bioravie se dispersèrent, et la plupart se réunirent aux sociniens, qui ont à peu près la même croyance. Catrou, Hist. des anabaptistes.

Vers l'an 1536, Menno Simon, ou Simon Menno, prêtre apostat, né dans la Frise, entreprit de faire en Hollande ce que Gabriel et Hutter avaient fait en Moravie. Il entreprit de réunir les différentes sectes à' anabaptistes. Par par ses prédications, par ses écrits, par ses voyages continuels, il en vint à bout, du moins jusqu'à un certain point, et il leur inspira des sentiments plus modérés que ceux de leurs chefs précédents. Il leur fit comprendre la nécessité de retrancher de leur doctrine non-seulement toutes les maximes licencieuses que plusieurs avaient enseignées touchant le divorce et la polygamie, mais encore toutes celles qui tendaient à détruire le gouvernement civil et à troubler l'ordre public, ! et les prétendues inspirations qui : rendaient leur secte ridicule. S'il en retint le fond, il trouva du moins le ' secret de proposer ses opinions sous des expressions moins révoltantes.

Coaséquemment, l'on prétend que

la croyance actuelle des mennonitesse réduit aux points suivants. Ils n'administrent point le baptême aux enfants, mais seulement aux adultes capables de rendre compte de leur foi ; sur l'Eucharistie, ils ont embrassé le sentiment des calvinistes. A l'égard de la grâce et de la prédestination, iis ne suivent punit ie» opinions rigides de Calvin, mais plutôt celles de Mélanchton et d'Arminius, qui se rapprochent du pélagianisme. Ils s'abstiennent du serment ; leur simple parole leur en tient lieu devant les magistrats. Us regardent la guerre et la profession des armes comme illicites ;mais ils contribuent de leurs biens à la défense de leur patrie. Ils ne condamnent plus absolument les charges de la magistrature ; ils s'abstiennent seulement d'en exercer aucune. Grands partisans de la tolérance, par besoin plutôt que par conviction, ils souffrent parmi eux toutes les opinions qui ne leur paraissent pas attaquer l'essentiel du christianisme, et l'on conçoit que, selon leurs principes, cet essentiel se réduit à fort peu de chose.

On dit qu'en général leurs mœurs sont douces et pures ; comme plusieurs néanmoins se sont enrichis par la culture et par le commerce, ils se sont beaucoup relâchés de la morale sévère de leurs ancêtres, et ils ne se font plus de scrupule de jouir des commodités de la vie. Il y en a dans plusieurs parties de l'Allemagne, un très-grand nombre en Hollande, et plusieurs en Angleterre, où ils sont appelés baptistes. Quoique leur doctrine ressemble beaucoup à celles des quakers, ils ne fraternisent cependant pas ensemble.

Mosheim, qui a donné l'histoire des anabaptistes et des mennonites, a fait son possible pour répandre de l'obscurité sur l'origine de cette secte ; il ne veut pas avouer que ces deux premiers fondateurs étaient deux disciples de Luther ; 11 a ruugisans doute de cette postérité du luthéranisme.

Hist. ecclésiast., du seizième siècle, sect. 3, 2 e part., c. 3.

Mais comment méconnaître une généalogie aussi claire ? C'est Luther qui a ouvert la voix à Muncer et à

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Storck, par son livre de laliberté chrétienne, par ses déclamations fougueuses contre les pasteurs de l'Eglise, contre les puissances séculières quiles soutenaient, contre l'autorité etles revenus du clergé ; par le principe qu'il a établi, que la seule règle de notre foi est le texte de l'Ecriture sainte, entendu selon le sens de chaque particulier, et que Dieu donne à. tous la grâce ou l'inspiration nécessaire pour le bien entendre. Avec de pareilles armes, le fanatisme peut-il être arrêté par quelqu'une des barrières que l'on voudrait lui opposer ?

Mosbeim ne dissimule aucun des excès ni des aimes que se permirent les chefs des anabaptistes de Westphalie ; il avoue que l'on ne pouvait pas se dispenser d'employer contre eux les armes et les supplices : la bonne foi semblait exiger qu'il reconnût de même la première cause de tout le sang qui a été répandu. Il était fort inutile de remonter aux vaudois, aux pétrobrusiens, aux wicléfites, aux hussites, pour en faire descendre les anabaptistes ; leur vrai père est Luther : il n'a pas pu méconnaître en eux son ouvrage ; il a tâché vainement d'éteindre un feu qu'il avait allumé lui-même.

Mosheim ne parait pas avoir trop bonne opinion des mennonites, même tels qu'ils sont aujourd'hui; il prétend que, dans leurs différentes confessions de foi, les articles qui regardent l'autorité des magistrats et l'ordre de la société civile, sont proposés avec beaucoup plus d'adresse que de sincérité, sous des termes captieux qui font disparaître ce que les articles peuvent avoir de choquant; ces confessions, selon lui, sont plutôt des apologies que des déclarations naïves de ce que chicun doit croire.

Ibid., §12 et 13. Cependant il observe que les mennonites exposent la plupart des articles de leur croyance dans les propres termes de l'Ecriture sainte. Comment cette Ecriture, qui est si claire, au jugement des protestants, peut-elle fournir à tous les hérétiques des termes captieux pour envelopper et dissimuler leur vraie foi? Voilà ce que nous ne concevons pas.

Il y aur ait bien d'antres ob servations à faire sur l'embarras uans lequel se trouvent les protestants, lorsqu'ils ont à traiter avec les différentes sectes qui sont sorties de leur sein.

Les incrédules qui ont vanté la douceur, la régularité, la simplicité des mœurs actuelles des mennonites, afin de rendre odieuses les rigueurs que l'on a exercées contre leurs pères en Westphalie. et les édits sanglants que Charles-Quint fit publier contre eux, ont montré bien peu de bonne foi dans leurs déclamations. Qu'avaient de commun les mœurs et la conduite des anabaptistes séditieux et sanguinaires, avec celles des mennonites, tels qu'on nous les peint aujourd'hui? Les édits furent publiés et les exécutions furent faites immédiatement après les ravages que les premiers avaient commis à main armée à Munster et dans la Westphalie. Si leurs descendants les imitaient, ils mériteraient d'être traités de même.

Il a fallu toutes ces rigueurs pour faire cesser le fanatisme destructeur dont la secte était animée pour lors»

S'il y a quelque chose d'odieux dans ce procédé, il doit retomber tout entier sur les premiers auteurs du mal, Les anabaptistes avaient exercé leur fureur, non-seulement en Allemagne, mais en Suisse, en Flandre et dans la Hollande : les protestants sévirent contre eux avec autant de violence pour le moins que les catholiques; ils n'ont été tolérés que depuis qu'ib sont devenus paisibles.

Si nous en croyons Mosheim, il s'en faut beaucoup que la tolérance soit l'esprit général des mennonites, ou des anabaptistes modernes. En Angleterre, sous le règne de Cromwel, ils eurent des chefs qui n'étaient rien moins que modérés; aujourd'hui même ils sont divisés en deux sectes principales, savoir : celle des anabaptistes grossiers et modérés, qui, à proprement parler, n'ont aucune croyance fixe et qui ne se font aucun scrupule de fraterniser avec les sociniens ; et celles des anabaptistes rigides, ou mennonites proprement dits, qui font profession de retenir la doctrine de Menno, et de ne s'en écarter en rien. Ceux-ci exercent l'excommu-

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nication la plus rigoureuse non-seulement contre tous les pécheurs publics, mais encore contre tous ceux qui s'éloignent de la simplicité des manières de leurs ancêtres ; ils font profession de mépriser les sciences humaines, etc. On ne peut pas pousser l'intolérance plus loin, puisque parmi eux un excommunié ne peut plus espérer aucune marque d'affection ni aucun secours de son épouse, de ses enfants, ni de ses parents les plus proches.

11 est bon de savoir que les sociniens, chassés de Pologne, profitèrent de la tolérance accordée aux mennonites en Hollande, pour s'y introduire et s'y établir sous ce nom. Ainsi, la plupart des hommes lettrés qui prenaient en Hollande et ailleurs le nom de mennonites, sont devrais sociniens ; c'est ce qui a rendu cette secte si nombreuse, et qui lui a valu la protection de nos incrédules modernes. Mosheim, Hist. ecclés., du dix-septième siècle, sect. 2, u° part., chap. S ; Hist.

du Socin. i n p., c. 18 etsuiv.

Bergier.

ANACHORÈTE, ermite ou solitaire, homme retiré du monde par motif de religion, qui vit seul, afin de ne s'occuper que de Dieu et de son salut. Ce mot vient du grec iva^wpsïv", se retirer, de même que ermite est dérivé d'fpT ( (xoî, solitude, lieu désert.

Dans l'origine, on a encore donné aux solitaires le nom de moines, tiré de (xovoî, seul, isolé.

Ce genre de vie a toujours été connu dans l'Orient. Saint Paul. Hebr., c. H, j^ 38, dit que les prophètes ont erré dans les déserts et sur les montagnes; qu'ils ont demeuré dans les antres et les cavernes de la terre.

Saint Jean-Baptiste, dès son enfance, se retira dans le désert et y vécut jusqu'à l'âge de trente ans; Jésus- Christ lui-même fit l'éloge de sa vie austère et de ses vertus. Matth., c.

11, fl. Mais saint Paul de Thèbes en Egypte est regardé comme le premier ermite ouanachorête du christianisme.

Il se retira dans le désert de la Thé-.

baïde l'an 250, pendant la persécution de Dèce et de Valérien; bientôt il y fut suivi par saint Antoine et par d'autres

qui voulurent mener le même genre de vie. Plusieurs se réunirent ensuite pour vivre en commun, et furent nommés cénobites. Cet exemple fut même suivi par lesfemmes: quelquesunes s'enfoncèrent dans les déserts pour faire pénitence et pour éviter les dangers du siècle, d'autres se renfermèrent dans des cloîtres pour y vivre ensemble sous une même règle. Telle a été l'origine de l'état monastique.

Voyez Moese, Cénobite, Religieuse, etc.

Sur la fin du quatrième siècle, la vie érémitique passa de l'Egypte en Italie, et bientôt après dans les Gaules ; on y vit des anachorètes et des cénobites. L'irruption des Barbares, arrivée au commencement du cinquième siècle, contribua à les multiplier ; pour se soustraire au brigandage, un grand nombre d'hommes se retirèrent dans des lieux déserts ; plusieurs guerriers, tourmentés par des remords et par la crainte de retomber dans de nouveaux désordres, allèrent expier leurs crimes dans la solitude :

on admira leur courage et leur vertu. Les mêmes raisons qui faisaient augmenter le nombre des monastères, servirent aussi à multiplier les ermites ou anachorètes, et le goût pour ce genre de vie s'est conservé jusqu'à nous ; de là le grand nombre d'ermitages que l'on voit d'un bout du royaume à l'autre. Mais les supérieurs ecclésiastiques ont reconnu depuis longtemps qu'il était mieux de réunir plusieurs ermites dans une même habitation, que de les laisser vivre absolument seuls.

Cette manière de vivre singulière ne pouvait manquer d'exciter la bile des ennemis de la religion ; aussi at-elle été blâmée avec autant d'aigreur par les protestants que par les incrédules. Ilsen ont censuré l'origine, les motifs, les pratiques ; ils en ont relevé les inconvénients et les pernicieuses conséquences. Le Clerc, Mosheim, Brucker et la foule des protestants ont déclamé à l'envi sur ce sujet ; et nos philosophes moutonniers ont enchéri encore sur leurs invectives.

Les "uns ont dit que le goût pour la vie solitaire était, dans l'Orient et surtout en Egypte, un vice du climat, un

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effet de la mélancolie et de la paresse que la chaleur inspire ; d'autres ont jugé qu'il a été augmenté chez les chrétiens par les notions de la philosophie de Pythagore et de Platon, selon lesquelles on cro3 T ait que plus l'âme se détachait du corps et des sens, plus elle s'approchait de Dieu. Quelques-uns ont deviné que, dans les premiers siècles du christianisme, on renonçait au monde parce que l'on croyait qu'il allait Unir. Presque tous ont décidé que l'estime pour la vie austère est née d'une notion fausse et absurde de la Diviuité. Les chrétiens, disent-ils, se sont persuadés que Dieu, non content d'exiger le sang de son Fils pour apaiser sa justice, se plaisait encore aux tourments de ses créatures.

A toutes ces réflexions ilne manque que du bon sens. Si tous ces savants dissertateurs avaient passé la plus grande partie de leur vie à la campagne, et loin du tumulte des villes, ils auraient éprouvé par eux-mêmes que l'on contracte très- aisément le goût de la solitude absolue, sans penser à la lin du monde, sans connaître la philosophie de Pythagore, et sans avoir des notions absurdes de la Divinité. Une preuve qu'il ne vient point du climat, c'est qu'il a été pour le moins aussi commun et aussi vif dans les contrées du Nord que dans les régions du Midi. Mais bornonsnous à des considérations religieuses.

Il est fâcheux d'abord que les protestants aient condamné avec tant de hauteur un genre de vie que Jésus- Christ a daigné louer dans son saint précurseur, et que saint Paul a proposé pour modèle dans les prophètes.

Dirons-nous des uns ou des autres ce que Mosheim a osé dire de saint Paul, premier ermite, que retiré dans le désert, il mena une vie plus digne d'une brute que d'un homme; Hist. ecclés.

du troisième siècle, 11 e part., c. 3, § 3? Ou penserons-nous qu'Elie, les autres prophètes et saiut Jean-Baptiste avaient puisé le goût de la solitude dans les écrits de Pythagore ou do Platon, dans la crainte de la fin du monde, etc.? Voilà comme les protestants respectent l'Écriture sainte.

En second lieu, nous les défions de

faire contre les solitaires aucun reproche qui n'ait été fait aux premiers chrétiens par les païens. Nous voyons, par {'Apologétique de Tertullien, que ceux-ci appelaient les chrétiens insensés, hommes inutiles au monde, misanthropes ou ennemis du genre humain ; on tournait en ridicule leur air austère et pénitent, leur goût pour la solitude, la société particulière qu'ils formaient entre eux, etc. Les protestants semblent n'avoir fait que copier tous ces sarcasmes en faisant la satire des moines et des anachorètes.

Aussi les incrédules n'ont pas manqué de tourner, contre le christianisme même, la censure que les protestants ont faite de la vie monastique ou érémitique. Ils disent que les maximes de l'Evangile tendent à séparer l'homme d'avec ses semblables, et à le détacher absolument du monde ; que c'était déjà la morale des esséniens et des thérapeutes , et que Jésus-Christ avait puisé sa doctrine parmi eux. Us soutiennent que les premiers chrétiens furent de vrais moines, puisque saint Antoine ne prétendit faire autre chose que suivre l'Evangile à la lettre; d'où ils concluent que la morale évangélique n'est faite que pour des moines. En effet, « saint Antoine, dit M. Eleury, » saint Hilarion, saint Pacôme, et » les autres qui les imitèrent, ne » prétendirent pas introduire une » nouveauté ou renchérir sur la vertu » de leurs pères ; ils voulurent seu- » lernent conserver la tradition de la » pratique exacte de l'Evangile qu'ils » voyaient se relâcher de jour en » jour. Ils se proposaient toujours » pour modèles les ascètes ou chré- » tiens fervents qui les avaient pré- » cédés. » Mœurs des Chrét., § 32.

Bingham lui-même, quoique protestant, avoue qu'à l'exception de la solitude absolue, la vie des ascètes était la même que celle des anachorètes et des moines. Orig. ecclésiast., 1.7, c. 1.

Voyez Ascètes.

Nous prions les protestants de vouloir bien justifier, contre la censure des incrédules, les premiers chrétiens formés par les leçons de Jésus-Christ et des apôtres ; ce qu'ils diront nous

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servira de même à faire l'apologie des solitaires qui ont renoncé au monde. Mais ils n'en feront rien ; peu leur importe de livrer le christianisme au mépris des incrédules, pourvu qu'ils satisfassent leur propre haine contre l'Eglise romaine.

On ne sait que penser, quand on lit leurs lamentations sur la multitude des erreurs qu'a fait naître dans l'Eglise la philosophie de Pythagore et de Platon. De là est née, disentils, cette folle idée que l'on pouvait mener une vie plus sainte que celle de Jésus-Christ et des apôtres, et pratiquer des vertus plus parfaites que celles qui sont commandées dans l'Evangile ; de là l'estime insensée pour les austérités corporelles, pour l'abstinence et le jeune, pour le célitat et la virginité; de là la condamnation des secondes noces, le mépris pour l'état du mariage, etc. Brucker, Eist. Philos., tome 3, p. 363. On croit entendre raisonner des déistes ou des épicuriens. En parlant de ces différents articles de la discipline chrétienne, nous leur ferons voir que tous sont fondés sur l'Ecriture sainte, sur les leçons formelles de Jésus-Christ et des apôtres, et nous les mettrons à couvert de leur folle censure. Il s'ensuit déjà que les platoniciens et les pythagoriciens, qui ont fait cas de toutes ces pratiques, étaient plus raisonnables que les protestants et les incrédules modernes.

Ajoutons que la vie des solitaires de la Thébaïde, qui nous paraît si terrible, était à peu près la même que celle des pauvres et du peuple en Egypte. Selon le récit des voyageurs, le seul habit des deux sexes est une chemise ou un morceau de toile, et les jeunes gens, jusqu'à l'âge de quinze ou seize ans, sont absolument nus. Tous couchent sur la dure, dans la rue, ou sur les toits des maisons, et avec deux poignées de riz un homme peut vivre pendant vingtquatre heures , sans avoir besoin d'autre nourriture. Il en est de même dans les Indes; et telle y fut toujours la vie des brachmanes, ou des philosophes de ce pays-là. Mais des épicuriens septentrionaux sont effrayés de ce genre de vie : gâtés par un

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luxe désordonné, ils regardent le»

austérités comme un suicide lent et comme une folie, ils s'emportent contre les anachorètes, parce que ceux-ci étaient plus robustes et plus sobres qu'eux.

Ecoutons néanmoins leurs déclamations. Si saint Paul, disent-ils, et saint Pacôme ont bien fait de renoncer au monde, et de se retirer dans les déserts, tout homme qui fera comme eux sera aussi louable qu'eux ; il faudra donc rompre toute société avec nos semblables, et vivre comme les animaux sauvages, pour être chrétiens parfaits. Dès que Dieu a créé l'homme pour la société, il est absurde d'imaginer un état plus saint et plus respectable que l'état social, ou des devoirs plus sacrés que ceux du sang et de la nature. Se détacher du monde et s'en séparer, c'est dans le fond renoncer à l'humanité et se soustraire à l'ordre général de la Providence, se rendre inutile aux autres ; c'est un travers, un attentat punissable; il ne peut venir que d'un fonds de misanthropie, de paresse ou de vanité : le canoniser et l'ériger en vertu, c'est un trait de démence.

Réponse. Si les anachorètes, en cherchant la solitude, avaient manqué aux devoirs du sang et de la nature, violé les engagements d'homme et de citoyen, résisté à l'ordre de la Providence, nous avouons qu'ils n'auraient été ni saints ni louables. Mais c'est à leurs détracteurs de prouver: 1° qu'ils ont abandonné leurs parents et leur famille dans des circonstances où elle pouvait avoir besoin de leurs secours; 2° qu'ils n'avaient pas reçu de la nature un goût décidé pour la retraite, pour la prière, pour un travail auquel ils pouvaient vaquer seuls ; 3° qu'il n'y avait, aucun danger pour eux à demeurer dans le monde ; 4° qu'ils n'ont été d'aucune utilité pour leurs semblables. Autrement, nous soutenons qu'ils n'ont manqué ni à la nature qui les portait au genre de vie qu'ils ont embrassé, ni à leurs parents qui pouvaient se passer d'eux,' ni à leurs concitoyens auxquels leui'i retraite ne portait aucun préjudice, ni aux emplois publics pour lesquels ils ne se sentaient pas faits, ni à la

voix de Dieu, puisqu'au contraire 1I3 croyaient lui obéir. Avant de conclure que tout homme fera bien de les imiter, il faut savoir si tout homme est dans les mêmes circonstances qu'eux.

Mais si tout homme prenait ce parti, que deviendrait là société ?

Folle supposition. Dieu y a pourvu ; il a tellement varié les goûts, les caractères, les talents, les besoins des hommes, qu'il est Impossible que tous embrassent le même état de vie, dès qu'ils seront les maîtres de choisir.

C'est pour cela que toutes les conditions se trouvent toujours à peu près également remplies, et qu'aucune ne demeure vacante : le choix que font les solitaires, loin de gêner celui des autres, leur laisse une place de plus.

Il n'est donc pas vrai qu'ils aillent contre l'ordre de la Providence, puisque la Providence veut que chacun choisisse l'état qui lui convient le mieux ; ni contre le bien de la société, puisqu'elle est intéressée à ee que personne ne soit gêné dans son choix ; ni contre le droit de leurs semblables, puisque ceux-cin'en reçoivent aucun préjudice : les solitaires nuisent moins au public que les honnêtes fainéants, qui surchargent la société du poids et de l'ennui de leur oisiveté.

Il n'est pas vrai non plus qu'ils soient inutiles au monde. Dans les temps de calamité, de dévastation ou de contagion, lorsque la religion s'est trouvée en danger, lorsque les peuples ont manqué de secours spirituels, lorsque le clergé séculier a été à peu près anéanti, on a vu les solitaires quitter leur retraite, accourir au secours de leurs frères, exercer la charité d'une manière héroïque; souvent les rois sont allés les chercher an désert pour leur confier les affaires les plus importantes. Ceux Je Lj Thébaïde travaillaient, non-seulement pour se procurer la subsistance, mais encore pour aider les pauvres du prix de leur travail. D'ailleurs, plus les hommes sont vicieux, plus les mœurs publiques sont corrompues, plus il est utile et nécessaire de leur donner des exemples de frugalité, de désintéressement, de mortification, de patience, de piété,

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de soumission à Dieu, de mépris des choses de ce monde. Quoi que l'on puisse en dire, les solitaires l'ont fait dans tous les temps, et les peuplels ne les ont respectés qu'autant qu'is le méritaient par leurs vertus.

Un homme, fatigué du tumulte de la société, rebuté par les vices de ses semblables, dégoûté des objets qui excitent les passions, n'a-t-il pas droit d'aller chercher dans la solitude la paix, le repos, l'innocence, la liberté, le calme de la conscience î Celui qui fuit le danger de la corruption, qui s'occupe à prier, à méditer, à travailler, qui s'accoutume à retrancher à la nature tout ce dont elle peut se passer, n'est-il pas louable? Il donne aux autres une grande leçon, savoir, que l'on peut trouver avec Dieu un repos, des consolations, un bonheur, que le monde ne peut pas donner. Bekgier.

ANACLET, (théol. hist. pop.) — L'histoire des papes en offre deux sous le nom d'Auaclet, mais le second ne fut qu'un antipape.

Le pape Anaclet fut un des premiers successeurs de saint Pierre.

Les anciens lui donnent aussi le nom d'Anenclet; mais ils diffèrent entre eux sur le rang de succession qu'ils lui font occuper. S. Irénée avec Eusèbe, donne la succession suivante : Pierre, Lin, Anaclet, Clément. S. Augustin :

Pierre, Lin, Clément, Anaclet. D'autres catalogues, qui se trouvent dans les Origines de l'Eglise romaine, Paris 1836, remplacent Anaclet par Clet; d'autres encore citent Clet et Anaclet comme deux personnages différents, et telle fut l'opinion du cardinal Orsi, qui donne la série suivante : Pierre, Clément, Clet, Anaclet. Il parait assez difficile d'élucider cette question de la succession des premiers papes, sur laquelle l'antiquité est restée assez embrouillée. Le Pseudo-Isidore a mis sur le dos du pape Anaclet trois fausses décrétâtes.

Anaclet II fut l'antipape opposé à Innocent II, (xn° siècle). Le schisme dura sept ans, pendant lesquels S.

Bernard gagna beaucoup de princes et de peuples à la cause du vrai pape. Le Noir.

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ANAGOGIE, ANAGOGIQUE. Voyez Ecriture sainte, § 3.

ANALOGIES NATURELLES.frAéoZ.

mixt. philos, logiq.) — V. certitudes

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