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renommée d'éloquence et de sagesse.
Quoique appartenait aux scolastiqucs , il écrivait avec beaucoup d'élégance et de vivacité ; et ce qu'il y eut en lui de plus remarquable encore, ce fut son esprit philosophique ; il accordait à la raison ce qu'on doit lui accorder, selon nous, dans l'ordre même delà foi; etcet esprit, qui ne l'empêcha pas d'être si bien accueilli des autres Pères du concile, l'avait poussé jusqu'à professer des opinions très-hardies ; c'est ainsi, par exemple, qu'il faisait arriver à la foi sufiisante et, par la foi, au salut surnaturel les anciens sages du paganisme.
« Andrada écrivit , dit M. Kerker, pendant la durée du concile : Orthodoxarurnexplicat. UbriX contra Chemnitii petulantem audaciam , Venet., 1564, en 4 vol. in-8?. Provoqué par une réfutation de Cliemnitz, il écrivit : Defensio Trident, fidei catholicse, etc. adv. hxret. calumnias et prxsertim Mart. Chemnitii, Olyssîp. 1578, in-4°; Colon., 1580; Ingolst., 1592-4.
Son discours ad PP. Trid. synodi parut avec les autres discours prononcés à Trente, Lovan , 1567; Brixiœ, 1562, et à part. B' Andrada publia aussi des sermons en langue portugaise : 1° de Advenlo et Quaresma, Olyssip., 1603; 2° das Festas de Virgen Nossa Senhora et dos santos, 1604. Enfin il parut encore de lui : de Conriliorum auctoritate, écrit qui fut fort bien accueilli à Rome. » Ce fut son frère, Thomas à' Andrada qui, fait prisonnier dans une malheureuse expédition d'Afrique, écrivit durant sa captivité, ces Méditations sur la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ qui ont été si souvent traduites ; tant elles sont belles et profondes.
Le Nom.
ANDRÉ ( saint), apôtre, frère de saint Pierre , né à Bcthsaïde , fut disciple de saint Jean-Baptiste , et ensuite de Jésus-Christ. On croit communément qu'après la descente du Saint-Esprit il prêcha l'Evangile en Achaïe, et fut martyrisé à Patras. Il ne reste aucun écrit de ce saint apôtre ; les actes de son martyre, écrits sous le nom des prêtres d'Achaïe,
sont contestés par les savants. TJllemont, dans ses Mémoires sur l'Hist.
eccl., tom. i, p. 320, les regarde comme apocryphes ; le P. Alexandre, Eist ecclés., tom. i, soutient qu'ifs sont authentiques. M. Woog, professeur d'histoire et d'antiquités à Leipsick, a suivi le même sentiment dans de savantes dissertations qu'il a publiées en 1748 et 1751. Ce n'est point à nous à terminer cette contestation.
Les Moscovites sont persuadés que saint André a porté l'Evangile dans leur pays. Comme plusieurs anciens disent que cet apôtre a prêché dans la Scythie, si on doit l'entendre de la Scythie européenne, cette tradition serait favorable à l'opinion des Moscovites ; mais il n'y a rien de certain sur tout cela. Fabricius, Salut, lux Evang. etc., p. 98.
Cette incertitude, dans laquelle la plupart des apôtres nous ont laissés touchant le lieu, la durée et le succès de leurs travaux, démontre qu'ils n'agissaient ni par intérêt ni par vanité : des prédicateurs jaloux de leur gloire, ou conduits par quelque motif humain auraient pris pins de soin de laisser des monuments de leurs actions. Bergier.
ANÉANTISSEMENT, [théol. mixt.
scien. physiq.) — Il n'y a point d'anéantissements dans la nature. Toutes les sciences d'observation nous révèlent le contraire, et nous le révèlent avec d'autant plus de force et d'éclat qu'elles pénètrent davantage dans les énigmes.
Avant que la physique nous eût fait connaître la propriété qu'ont les corps de passer, sous l'action du calorique, de l'état solide à l'état liquide, et de l'état liquide à l'état gazeux, sans cesser d'être identiques dans leurs éléments, et de redescendre ensuite la même échelle, par le retrait plus ou moins considérable du calorique, on pouvait croire que le fer, par exemple, était anéanti, en devenant, sous l'influence du feu, du fer en fusion, et qu'il l'était encore davantage, en passant, par une calorification pins considérable, à l'état de vapeur. Mais depuis que l'on sait que
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le fer solide ne diffère on rien du fer liquide, comme être élémentaire, que le fer liquide ne diffère en rien du fer vaporisé sous le même rapport, et qu'il suffit d'une diminution de calorique dans la vapeur de fer , pour la ramener à sa forme liquide, ainsi que d'une diminution plugrande encore de calorique dans le fer liquide, pour le ramener à un état solide tout pareil au premier ; depuis que l'on sait et surtout que l'on raisonne ces phénomènes, il n'est plus permis de se servir du mot anéantissement ; on conçoit que ce qui parait être des disparitions réelles, n'est que des transformations qui n'enlèvent rien à l'entité de la chose.
Avant que la chimie eût découvert au siècle dernier, par Cavendish et Lavoisier, que l'eau se décompose en deux gaz, ['oxygène et l'hydrogène, et plus tard, par Gay-Lussac, qu'elle contient une bulle" du premier contre deux bulles du second, qui s'échappent, dans sa décomposition, sous leur forme gazeuze, on eût pu croire que l'action du galvanisme, par la pile de Voila, si elle eût été connue, anéantissait l'eau, puisque elle lafait disparaître ; mais depuis que l'on sait que ce n'est là qu'une décomposition et qu'après avoir opéré cette décomposition, si on a eu soin de conserver les deux gaz qui en ont résulté, on peut, en les réunissant et en leur faisant subir une opération qui les recombine, refaire l'eau primitive telle qu'elle existait, la ressusciter, à proprement parler , on n'est plus tenté de dire qu'il y ait eu anéantissement de cette eau primitive.
Il en est de môme de tous les êtres de la nature et de toutes les sciences naturelles. Point d'anéantissements, changements de formes, voilà tout.
Quand le tonnerre éclate, puis fait silence, croyez-vous qu'il est mort?
Les deux fluides se sont recomposés dans l'éclat même, et maintenant, sous une forme invisible et insensible que la science n'est pas encore parvenue à atteindre, mais qu'elle atteindra sans doute quelque.jour, et qu'elle nomme d'avance, sans la connaître, le fluide neutre, il travaille à se dé-
composer de nouveau pour reproduire ses foudres.
On put jadis reposer son imagination tourmentée du soupçon de ces choses mystérieuses, dans la fiction ingénieuse do l'oiseau merveilleux qui renaissait de ses cendres ; mais aujourd'hui l'imagination commence à se satisfaire : tout est devenu le phœmx. Les sciences n'ont trouvé que lui dans leurs arcanes. Ellesn'ont trouvé que l'immortel.
Et vous osez nous dire, philosophes trop petits, que la force la plus majestueuse, la plus puissante, la plus être parmi les êtres, la force qui pense, cherche, découvre toutes ces choses, l'Ame, aurait seule le triste privilège de mourir véritablement!..
Le Nom.
ANESTHÉSIE, (théol. mixt. philos, et scim. physiol.) — Le mot anesthésie signifie en général la privation complète ou incomplète du sentiment. C'est un état qui résulte d'une sorte de paralysie des nerfs de la sensibilité ; il existe, en effet, dans l'organisme deux espèces de nerfs; — nous parlons de ceux qui ont leur racine commune dans le cerveau et qui président aux fonctions de relation, non point de ceux qui servent à la vie végétative et qu'on nomme, depuis Bichat, le grand sympathique, — ces doux espèces de filets nerveux sortent par paires de la colonne vertébrale, et les uns ont pour mission de porter à toutes les parties les volontés de l'âme desquelles résultent les mouvements par les muscles, tandis que les autres rapportent à l'âme les sensations de plaisir et de douleur; ce sont surtout ces derniers qui sont affectés directement dans Vanesthésic. Telle est, et fut toujours depuis qu'il existe, la signification de ce mot ; mais depuis que la médecine pratique et surtout la chirurgie ont fait cette belle découverte des agents anesthéHques à l'aide desquels elles produisent artificiellement un état d'insensibilité pendant lequel elles font leurs opérations si facilement, et sans douleurs dans celui qui las subit, le mot anesthésie a été spécialement réservé pour signifier cet état parti-
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culier, artificiellement produit. Il y avait longtemps que l'on se préoccupait de la question; on avait essayé tour à tour le froid, la compression, l'opium, surtout la mandragore, mais on n'avait point obtenu de résultats satisfaisants. C'est dans notre époque que l'on est arrivé à l'insensibilisation complète au moyen de l'éther (éthérisation), du chloroforme (chloroformation), de l'amylène (amylénation), et d'autres agents de même ordre. Cette découverte est une des plus belles que présentent les annales de la chirurgie, pour la facilité des opérations, et aussi pour la satisfaction de l'opéré, quoiqu'il en puisse résulter, parait-il, des accidents même mortels, mais très-rarement : on peut citer peut-être en exemple la mort, quelque peu précipitée, de Napoléon III, dans son exil si bien mérité, et si terriblement amené par celui que notre dernier poëte a nommé le destin pensif, ce quelqu'un d'inconnu,
Dont on voit par moments passer l'ombre sublime Par-dessus la muraille énorme de l'abîme.
Quoi qu'il en soit des dangers, probablement plus imagina ires que réels, de Vanesthcsie artificielle, elle présente des phénomènes organico-psychiqu es, qui peuvent se décomposer et s'analyser depuis leur premier symptôme jusqu'au degré le plus élevé d'insensibilité, et depuis ce degré, en décroissant, jusqu'au retour complet de la sensibilité ; et l'on peut rapprocher toutes les modifications morales que subit l'être pensant, durant cette croissance et cette décroissance, des fonctions et desparties de l'encéphale.
Le docteur Pidoux s'est servi de ces phénomènes et del'ordre hiérarchique qu'ils suivent, pour appuyer sa théorie vitaliste physiologico-psychologique de la mono-substantialité de la matière et de l'esprit dans l'être humain, (v. animisme). Mais nous ne -Voyons pas que ces faits différent en quoi que ce soit de tous les faits humains qui révèlent sans cesse l'influence réciproque ou, si l'on aime .mieux, le mélange des deux ordres "que l'on a appelés l'ordre matériel et f ordre spirituel. La moindre action ou sensation de l'homme présente ce
mélange ou celte réciprocité d'influence. Le point capital, c'est que lesentiment moi, que possède la conscience et qui est le seul fait immédiatement perçu, est indéniable et ne peut s'expliquer avec une substancesujet qui serait décomposable à l'infini ; il lui faut un sujet simple. Lors même qu'on imaginerait ce sentiment comme un résultat de l'organisme, on ne pourrait l'imaginer de la sorte sans lui donner une réalité substantielle centralisante, et par conséquent une, autrement ce serait dire qu'il est et qu'il n'est pas tout à la fois. Le Nom.
ANGE, substance spirituelle, intelligente, la première en dignité entre les créatures.
Ce mot est formé du grec &rY^°<:, qui signifie messager ou envoyé ; et c'est, disentles théologiens, une dénomination, non de nature, mais d'oftice prise du ministère qu'exercent les anges, et qui consiste à porter les ordres de Dieu, ou à révéler aux hommes ses volontés. C'est l'idée qu'en donne saint Paul, Hebr., c. i, f 14: « Tous les angesne sont-ils pas » desespritschargésd'uneadministra- » tion, et envoyés pour l'utilité de » ceux qui ont part à l'héritage du » salut ? » C'est par la même raison que ce nom est quelquefois donné aux hommes dans l'Ecriture : comme aux prêtres dans le prophète Malachie c. H ;par saint Matthieu à saint Jean- Baptiste, c. M, f 10 ; et par saint Jean, dans l'Apocalypse, auxévêques de plusieurs Eglises.
Selon les Septante, le Messie est appelé dans Isaïe, c. 9, ^ 6. l'ange du grand conseil, nom qui exprime son ministère et non sa nature ; il en est de même de l'hébreu, melec, ange ou envoyé. Cependant, l'usage a prévalu d'attacher à ce terme l'idée d'une nature incorporelle, intelligente, supérieure à l'âme de l'homme mais créée et inférieure à Dieu.
Quoique l'existence des anges ne puisse se prouver par la raison, toutes les religions l'ont admise en vertu de la révélation. A l'exception des saducéens, les Juifs la croyaient, même les samaritains et les caraïtes, selon le témoignage d'Abusaid, au-
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teur d'une version arabe du Pentateu- (jue, et selon le commentaire d'Aaron juif caraïte, sur le même livre ; ouvrages qui sont en manuscrit dans la bibliothèque du roi.
Les chrétiens ont suivi la même doctrine ; mais les Pères ont été partagés sur la nature des anges. Les uns, comme Tertullien , Origène, saint Clément d'Alexandrie, etc., ont cru qu'ils étaient toujours revêtus d'un corps très-subtil. Les autres, comme saint Basile, saint Athanase, saint Cyrille, saint Grégoire de Nysse, saint Jean Chrysostome, etc., les ont regardés comme des êtres purement spirituels. C'est le sentiment de toute 1 Eglise ; mais l'Ecriture sainte atteste que souvent les anges ont paru revêtus d'un corps : ainsi, nous ne voyons pas en quoi le sentiment de Tertullien et des autres pouvait être dangereux.
A la vérité, plusieurs ont cru que les aiiges avaient eu commerce avec les tilles des hommes, et avaient engendré les géants. C'était le sentiment commun des philosophes, que les démons, c'est-à-dire les génies ou intelligences supérieures à J 'humanité, n'étaient pas des esprits purs, mais revêtus d'un corps subtil et aérien ; conséquemment ils croyaient qu'un grand nombre de ces génies recherchaient le commerce des femmes, aimaient l'odeur des sacriiiees, et se plaisaient souvent à faire du mal aux hommes : Lucien, Plutarque, Porphyre et d'autres, étaient dans cette opinion ; nous ne voyons pas en quoi les Pères sont si répréhensibles de l'avoir suivie. Elle leur
Paraissait confirmée par la version es Septante, Gcn., c. 6, f 2, dont plusieurs exemplaires portent : Les anges de Dieu , voyant la beauté des filles des hommes, etc., au lieu qu'il y a dans l'hébreu, le samaritain, le syriaque et la vnlgate, les enfants de Dieu ; dans le chaldéen et dans l'arabe, les enfants des grands ou des princes.
Il n'a donc pas été nécessaire que les Pères prissent cette opinion dans le livre apocryphe d'Enoch.
Mais quelle pernicieuse conséquence peut-on tirer de là ? Il s'ensuit, diton, que les Pères n'avaient point de
notion de la parfaite spiritualité. Ils l'admettaient du moins en Dieu,
Puisqu'ils le supposaient créateur, uand ils auraient cru qu'elle ne pouvait avoir lieu dans aucune créature, ce ne serait pas un juste sujet de les blâmer avec autant d'aigreur que le font les protestants. « Voilà » dit Barbeyrac, les Pères des pre- » miers siècles parfaitement d'accord » entre eux sur une erreur grossière, » puisée dans une mauvaise philoso- » phie, dans un livre apocryphe, ou » dans la fausse supposition que la » version des Septante était inspirée.
» Que l'on vienne encore nous don- » ner le consentement des Pères » comme une marque sûre de la tradi- » tion. » Traité delà morale des Pérès, c. 2, § 3. Ce ton triomphant est bien mal fondé.
I ° Nous voudrions savoir par quelle démonstration ou par quel texte formel de l'Ecriture sainte on peut prouver que l'opinion des Pères était une erreur grossière ; nous défions Barbeyrac et tous ses pareils de prouver la parfaite spiritualité des anges autrement que par la tradition et par la croyance universelle de l'Eglise.
2° 11 est faux que tous les anciens Pères aient été d'un sentiment unanime sur la nature des anges : dès le commencement du quatrième siècle, le très-grand nombre en ont soutenu la parfaite spiritualité. Le P. Pétau, Dogm. theol., tom. 3, 1. i, c. 3, a cité parmi les Grecs Tite évoque de Bostres, Didyme, saint Basile, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, Eusèbe de Césarée, saint Epiphane, saint Jean Chrysostome, Théodoret, et plusieurs au très plus récents ; parmi les Latins, Marius Victorin, Lactance, saint Léon, Jumilius l'Africain, saint Léon, saint Grégoire le Grand et ceux qui l'ont suivi. L'on a répété cent fois aux protestants, que la tradition n'est censée règle de foi, que quand elle est constante et à peu près unanime.
3° Il n'y a aucune preuve que les Pères aient été trompés par le livra apocryphe d'Enoch, et que la plupart l'aient consulté ; il parait même que les plus anciens ne l'ont pas connu.
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4» Quand les anciens Pères n'auraient pas cru la version des Septante inspirée, de quelle autre traduction pouvaient-ils se servir ? Il est fort singulier qu'on leur fasse un crime de n'avoir pas lu le texte hébreu que les Juifs cachaient avec soin, et de n'avoir pas su l'hébreu que les Juifs ne voulaient enseigner à personne. A entendre raisonner les protestants, il semble que l'on ne puisse pas être bon chrétien sans avoir appris l'hébreu, et que Dieu ait mal pourvu au salut des premiers fidèles en ne leur donnantqu'une version grecque.
Selon le sentiment commun des Pères et les théologiens, les anges oat distribués en trois hiérarchies, t. chaque hiérarchie en trois ordres iu chœurs. La première est celle des érapbins,des chérubins et destrônes; n 'mu le comprend les dominations, les vertus, les puissances ; la troisième, les principautés, les archanel les 'iii'jfs. Ce dernier nom est devenu commun à tous en général.
L'Eglise chrétienne croit que tous les anges ont été créés en état de grâce et destinés à la félicité, mais que plusieurs sont déchus de cet état par leur orgueil ; qu'ils ont été précipités en enfer et condamnés à un supplice éternel, pendant que les autres ont été confirmés en grâce, et sont heureux pour toujours. Ceux-ci sont nommés les bons anges, ou simplement les anges ; les autres sont appelés les mauvais anges, les diables ou les démons.
Ce dognie de la chute des anges est fondé sur la 2 e épître de saint Pierre, c. 2, f 4, où il est dit que « Dieu n'a point pardonné aux anges » qui ont péché, mais qu'il les a pré- » cipités dans l'abîme, où ils sont re- » tenus par des liens, tourmentés et » réservés jusqu'au jugement, ou » pour le jugement; » et sur celle de saint Jude f fi, où nous lisons que « Dieu retient liés de chaînes éter- » nelles dans de profondes ténèbres, » et qu'il réserve po\n le jugement » du grand jour, les anges qui n'ont » pas conservé leur première dignité, » mais qui ont quitté leur propre dei meure. »
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Un autre article de la croyance chrétienne est que Dieu a donné à chacun de nous un ange gardien ; on conclut cette vérité de plusieurs passages de l'Ecriture sainte. Gcn., c. 40, ? \6;Ma.tth., c. 18, f\0; Art., c. 12, f 15, etc. C'est une tradition constante.
Quelques Pères de l'Eglise ont même pensé que chaque homme, dès sa naissance, était accompagné de deux anges, l'un bon qui le porte au bien, l'autre mauvais et qui le porte au mal ; ils se fondent sur un passage du Pasteur d'Hcrmas, qui l'enseigne ainsi : mais cette opinion n'a pas eu un grand nombre de partisans.
Il y aurait de la témérité à former sur le nombre des anges, sur leur état, sur leur pouvoir, sur leurs fonctions, des questions qui ne peuvent pas être résolues par l'Ecriture sainte ni par la tradition.
Une dispute plus importante que nous avons avec les protestants, est de savoir s'il est permis de rendre aux anges un culte religieux, de les invoquer, de compter sur leur secours et leur intercession. C'est le sentiment de l'Eglise catholique; mais ses ennemis le lui reprochent comme une erreur ; ils y opposent les mêmes objections qu'ils font contre le culte des saints.
Ils disent que saint Paul a formellement défendu ce culte aux Colossiens ; c. 2, f 18, après les avoir détournés du judaïsme et des cérémonies légales, il leur dit: « Que per- » sonne ne vous séduise parune hu- » milité apparente et un culte reli- « gieux des anges, choses qu'il ne s connaît point , et sur lesquelles » il se conduit selon les vaines îmagi- » nations d'un esprit charnel, ne de- » meurant point attaché au chef, du- » quel tout le corps reçoit l'union, » la solidité et lacroissaneeque Dieu » lui donne. » Ilsajoutent que, quand saint Jean voulut se prosterner devant l'ange du Seigneur et l'adorer, cet ange lui dit : Ne le faites pas, adorez Dieu, Apoc.,c. 19, f 10; que le concile de Laodicée, tenu l'an 364, can. 35, porte : « Il ne faut pas » que les chrétiens quittent l'Eglise |;
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» de Dieu, pour aller invoquer des » anges et faire des assemblées dé- » fendues. Sidonc on trouve quelqu'un » attaché à cette idolâtrie cachée, » qu'il soit anathème, parce qu'il a » laissé Notre Seigneur Jésus-Christ » fils de Dieu, pour se livrer à l'ido- » latrie. » Enfin, disent les protestants, une preuve que les Juifs ont toujours regardé comme superstitieux, criminel et idolâtrique, tout culte qui n'était pas adressé à Dieu seul, c'est que jamais ils n'ont rendu aucun culte aux anges ; la secte des caraites, la plus scrupuleusement attachée au texte de l'Ecriture, enseigne formellementqu'il ne faut leur en rendre aucun.
Nous répondons aux protestants, que s'ils voulaient convenir une fois avec nous du sens qu'il faut attacher au mot culte ou culte religieux, la contestation serait bientôt terminée entre eux et nous. Mais tant qu'ils s'obstineront à soutenir que tout culte religieux est un culte divin et suprême, nous ne serons jamais d'accord, parce que. cette prétention est évidemment fausse; et nous prouverons le contraire au mot Culte.
Les savants ont remarqué que déjà, du temps de saint P.iul, la doctrine de Zoroastre avait pénétré dans l'Asie et dans la Grèce ; or, nous voyons par le Zend-Avestd que Zoroastre admet un nombre infini d'anges ou d'esprits médiateurs, auxquels il attribue non-seulement un pouvoir d'intercession subordonné à la providence continuelle de Dieu, mais un pouvoir aussi absolu que celui que les païens prêtaient à leurs dieux. D'où il suit que le culte rendu à cette espèce de dieux secondaires ne pouvait, en aucune manière, se rapporter à Dieu ; que c'était par conséquent un véritable polythéisme et une idolâtrie pure.
Voyez Parsis. C'est dans cette source empoisonnée que Simon, Ménandre, Valentin, Cerinthe et les gnostiques avaient puisé la notion de leur éons ou dieux secondaires, auxquels ils attribuaient, aussi bien que Platon, la formation et le gouvernement du monde ; selon leur opinion, ces esprits ou génies étaient chargés de tous les soins de la Providence ; le
Dieu suprême ne se mêlait de rien et aucun culte ne lui était dû.
Dans cette hypothèse, saint Paul avait très-grande raison de dire, que les partisans de cette erreur n'y connaissaient rien, qu'ils étaient séduits par leur imagination, qu'ils ne demeuraient point attachés au chef; et le concile de Laodicée a été bien fondé à décider qu'ils abandonnaient Jésus- Christ pour se livrer à l'idolâtriepuisque le culte qu'ils rendaient aux <mges ou aux esprits ne pouvait pas plus se rapporter à Dieu, que celui des païens.
Mais quand on commence par croire que les anges ne sont que les envoyés de Dieu et les exécuteurs de ses ordres, qu'ils n'ont aucun pouvoir que celui que Dieu leur donne, qu'ils ne font rien que ce que Dieu leur commande, l'honneur, le respect, le culte qu'on leurrend, nes'asdresse-t-il pas principalementàDieu?
Jésus-Christ aditàses envoyés: «Ce- » lui qui vous écoute, m'écoute ; celui » qui vous méprise, me méprise ; et » celui qui me méprise, méprise » celui qui m'a envoyé. » Luc.,c.
» 10, f 16. « Celui qui vous reçoit, » me reçoit. » Matth., c. 10, f 40.
• Ce que vous avez fait au moindre » de mes frères, est fait à moi-même. »
Rien n'est donc plus frivole que le sophisme des protestants. Selon saint Paul, disent-ils, en rendant un culte aux anges on se sépare du chef; selon le concile de Laodicée on abandonne Jésus-Christ et l'on tombe dans l'idolâtrie : donc tout culte rendu aux anges est une idolâtrie. Oui, lorsque l'on se fait des anges la même idée qu'en avaient Zoroastre, les gnostiques et les païens ; puisque alors on en fait des dieux, c'est-à-dire, des être puissants par eux-mêmes et indépendants : mais lorsqu'on les envisage comme de simples ministres ou envoyés de Dieu, il est absurde de dire qu'en les honorant l'on n'honore pas Dieu; puisque Jésus-Christ témoigne le contraire.
Autre chose est, répliquent nos adversaires, de rendre honneur aux anges et autre chose de leur rendre un culte religieux. Fausse distinction. Culte,
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honneur, respect, vénération, sont synonymes ; tout culte, tout honneur, rendu directement à Dieu, est un acte de religion : or, le culte, l'honneur rendu à un envoyé de Dieu, et par respect pour Dieu, se rapporte à Dieu ; pourquoi ne l'appellerait-on pas culte religieux?
Que l'ange de l'Apocalypse n'ait pas voulu être adoré comme Dieu, cela n'est pas étonnant, et il ne s'ensuit rien.
Est-il vrai qu'il n'y adansl'Eeriture sainte aucun vestige de culte rendu aux anges? 6e»., c. 32, f 26, Jacob demanda à l'ange, contre lequel il avait lutté, sa bénédiction ; c. 48, f 16, le même patriarche bénissant les enfants de Joseph, dit: « Que Dieu, » qui me nourrit depuis ma naissance, » que Vange qui m'a délivré de tous » maux, bénisse ces enfants. » Quoi qu'en disent les protestants, voilà une invocation; ils l'ont si bien sentie, que plusieurs de leurs commentateurs, pour esquiver les conséquences, out «lit que par cet ange il faut entendre le Verbe divin ou le Messie ; mais il n'y a rien dans le lexto qui auiurise ce commentaire. Si nous parlions comme Jacob, ils diraient que nous manquons de respect à Dieu, mettant un ange sur la même ligne, et en associant ses bénédictions à celles de Dieu.
Exod. , c. 23 , y 10, Dieu aux Israélites: «J'envoie mon ange devant «vous,., respecteez-le, écoutez sa voix, » ne le méprisez point, parce qu'il ne » vous épargnera pas lorsque vous » pécherez, et que mon nom est en » lui. » Les commentateurs protestants prennent encore cet ange pour le Fils de Dieu ; mais sont-ils bien assurés qu'il faut l'entendre ainsi ? Au lieu de traduire par respectez-le, ils mettent prenez garde à lui : aucun passage de l'Ecriture sainte ne les incommode.
Num., c.22, $ 31, Balaam se prosterna devant l'ange du Seigueur qui lui apparaissait.
Josué,c.S, ^ 14, voit un personnage armé, qui lui dit : Je suis le prince des armées du Seigneur. Josué se prosterne, pénétré de respect, et dit :
Que mon Seigneur veut-il de son ser- «iteur? L'ange répond : Déchaussez-
vous; la terre où vous êtes est sainte, Josué obéit. C'est la marque de respect que Dieu avait exigée de Moïse en lui apparaissant dans le buisson ardent. Exod., c. 3, > 5. Soutiendra-, t-on encore que cen'estpaslà unculte?/
Dans le livre des Juges, c. 13, f 21, ; Manué, convaiucu que le personnage qui lui avait parlé était l'ange du Seigneur, ditàsonépouse : «Nous mour- » rons, parce quenousavons vu Dieu. »
Il était donc persuadé que cet ange tenait la place de Dieu ; lui aurait-il refusé des respects? Daniel, c. 10, ^ 9, demeure prosterné devant Vange qui lui parlait; ^ 16 et 27, il lui dit:
« Mon Seigneur, comment votre ser- » viteur peut-il parler au Seigneur?
» il ne me reste point de force. » Le » prophète croyait parler à Dieu en parlant à son ange ; la frayeur dont il était saisi était certainement un respect religieux.
Zachar., c. 1, ^ 12, un ange prie Dieu pour la délivrance des Juifs, et pour leur rétablissement dans la Judée.
Un ange dit à Tobie, c. 12, ^ 12 :
« Lorsque vous laisiez des prières, je j> les ai présentées au Seigneur. »
Saint Jean, dans l'Apocalypse, vit en esprit un ange qui offrait devant le trône de Dieu les prières des saints ; c. 8, ^ 3 et 4.
C'est sur ces passages que les Pères de l'Eglise se sont fondés pour soutenir qu'il est non-seulement permis, mais juste et louable d'honorer, de prier, d'invoquer les anges et les saints.
Celse disait : Puisque les chrétiens rendent un culte, non-seulement à Dieu, mais encore à sou Fils, ils doivent donc aussi le rendre à ses ministres, par conséquent aux génies ou aux esprits. Origéne, 1. 8, n. 13, répond: «Si Celse avait compris qui sont après » le Fils unique de Dieu ses vrais » ministres, comme Gabriel, Michel, » les autres anges et les archanges, et » qu'il soutînt qu'il fautleur rendre un » culte, peut-être qu'en épurant le » sens du mot culte, et les pratiques » de celui qui le rend, je dirais ce qui » convient à ce sujet autant que je » puis le comprendre. Mais comme » il entend par ministres de Dieu, les
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» démons que les païens adorent, » nous ne pouvons nous résoudre à
• honorer ces esprits que l'Ecriture » nous apprend être les ministres de
• l'esprit malin, qui détourne tant » qu'il peut les hommes du culte de » Dieu. N. GO, combien ne vaut-il pas » mieux nous confier au Dieu souve- » rain, par Jésus-Christ qui nous l'a » ainsi enseigné, lui demander non- » seulement toute espèce de secours, » mais encore l'assistance des saints » anges et des justes, afin qu'ils nous » délivrent des démons? N.G4, siCelse » soutient qu'après Dieu il nous faut » encore d'autres amis, qu'il sache » que comme l'ombre suit le corps, » la bonté de Dieu pour nous nous » assure aussi la bienveillance des » anges ses amis, des âmes et des » esprits; car ils connaissent qui » sont ceux qui méritent les bien- » faits de Dieu, et non-seulement ils 1 leur veulent du bien, mais ils ai- » dent à ceux qui veulent adorer le » Dieu souverain, ils le leur rendent » propice, prient avec eux, et forment » les mêmes vœux. »
Origène lui-même' invoque son ange gardien, Homil. I, in Ezech., n. 7. Sur le premier de ces passages, Grotius et Spencer ont eu la bonne foi d'avouer que le culte rendu aux anges n'est point contraire au premier commandement du Décalogue, et ne déroge point à ce qui est dit dans l'Apocalypse, c. 19, jMO. Quelques théologiens anglicans ont été de même avis. Des martyrs du troisième siècle écrivent à saint Cyprien, Epist. 77 :
« Prions afin que Dieu , Jésus- » Christ et les anges nous soient favo- » râbles dans toutes nos actions. »
Saint Jérôme, Comm. in Ps. 15; saint Augustin, liv. 1, Locut. in Gènes., se servent des paroles de Jacob, Gen., c. 48, f, 16,pourprouver qu'il estpermis d'invoquer d'autres êtres que Dieu.
Le Père Pé.au, tom. 3, de angelis, 1.
2, c. 8 et 9, a cité un grand nombre d'autres Pères de l'Eglise ; mais les protestants nous abandonnent sans difficulté tous ceux du quatrième siècle et des suivants ; ils avouent que dès lors le culte des anges et des saints a été établi dans l'Eglise. Quand nous ne pourrions pas prouver qu'il l'a été
plus tôt, il nous parait que deux an»
après la mort des apôtres on pouvait savoir mieux qu'au seizième siècle quelle avait été leur doctrine. Diss.
sur les bons et les mauvais anges.
Bible d'Avig., tom. XIII, p. 255.
Thomassin, Traité des Fêtes , liv.
2, c. 22. Vie des Pérès et des Martyrs, tom. IV, p. 198; tom. IX, p. 296. (1) Bergieh
(i) C'était un des points csa la doctrine ancienne, que Dieu gouvernait le monde, même matériel, par le ministère des esprits, à chacun desq tels il lai avait plu d'attribuer certaines fonctions. 11 se servait des bons pour maintenir l'ordre général, pour veiller aux empires, pour protéger les hommes et répandre sur eux ses bienfaits : il permettait aux mauvais de les éprouver, comme on le voit dans l'histoire de Job, ou les chargeait d'exécuter les arrêts de sa justice. Partout l'Ecriture rappelle ce merveilleux ministère des anges, et, à çftwfan époque qu'on veuille remonter, on nu trouvera point sur la terre de tradition plus constante. L'Evangile nous montre Jésus-Christ lii-mêine tenté par Satan, et guérissant des hommes soumis à la puissance des espiits de malice. Il nous enseigne que les petits enfants, tendre objet des soins d une providence maternelle, ont des anges préposés à leur garde, Matth., c. 28, f 10; tant est grand le prix de notre «me aux yonx de Dieu ! Tous les esprits célestes sont ses ministres, selon saint Paul, et il les envoie pour nous aider à recueillir l'héritage du salut, Heb., c. 1, f 14; pour nous défendre contre celui qui a été homicide dès le commencement, Joao., c. 8, f. 44, et qui tourne sans cesse autour de nous comme un lion pour nous décorer, I. Ep. Petr., c. 5, f 8 ; nous n'avons pas à lutter seulement contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre ceux qui ont pouvoir dans ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants répandus dans l'air. Eplies., c. 6, j ii.
Dépositaires fidèles de l'antique Uadition confirmée par l'enseignement de Jésus-Christ et des apôtres, les saints Pères, d'nne voix unanime, nous apprennent que la providence du Très-Haut s'étend à tout ce qui existe, et qu'il se sert, pour l'exécution de ses desseins, du ministère des anges, lia gouvernent l'unive: s et ie conservent. Ils président à toutes les choses visibles, aux astres du ciel, & la terre et à ses productions, au feu, aux vents, à la mer, aux fleuves, aux fontaines, aux être vivants. Ils présentent à Dieu les prières des hommes; associés a sa vaste administration, ils ne dédaignent aucune des fonctions que le Tout-Puissant leur confie, et chacua d'eux se renferme dans l'emploi qui lui est prescrit. Ainsi partent saint Justin, Atbénagore, Thêodoret, Clément d'Alexandrie, saint Grégoire de Nazianze, Origène, Eusèbe de Césarée, saint Jérôme, saint Augustin, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jean Chtyaostome, saint Cyrille et saint Thomas.
Ecoutons maintenant Bossuet expliquant la môme doctrine : « Nous voyons avant tontes choses dans » ce livre divin ({'Apocalypse), le ministère des » anges. On les voit aller sans cesse du ciel à la a terre, et de la terre au ciel; ils portent, ils inter- » prêtent, ils exécutent les ordres de Dieu, et les » ordres pour le- salut, comme les ordres pour le » châtiment.. ..... Tout cela n'est autre chose que
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ANGES GARDIENS (fête des). {TkéoL hist . fét.) — La fête des anges gardiens ne remonte qu'au xvi e sièclejetc'esten Espagne qu'elle prit naissance, en se séparant de celle de S. Michel avec lequel elle était jusque-là confondue. Voici le sommaire historique qu'a doiuié de cette fête M. krauss, (trad. de l'allern. par Goschler). « Il est ques-
* Feaécution do ce qui est dit,, fne les anges sont » espri s aduiinistraieurs envoyés pow le minis-
* tére de notre salut. Tous les anciens ont cru
* dès les premiers siècles, que les anges s'entremol-
> taieni dans toutes les actions de l'Eglise ; ils ont i reconnu un auge qui intervenait dans l'oblation,
■ et la portait sur l'autel sublime de Jésus-Christ;
* nu ange qu'on appelait Vange de l'oraison, qui î présealait à Dieu les vœux ias iiilèles. ( JôrtL, de î Qrat.) Les aneiens étaient si touchés de ce ministère » des anges, qu'Origène,ranL r é avec raison au nombre
> des théologiens les plus sublimes, invoque publique- » ment et directement l'a. ge du Baptême, et lui
* recommande un vieillard qui allait devenir un en-
* fant eu Jésus-Christ, Il ne faut i oint hériter à re- » connaître saint Michel pour défenseur de l'Eglise, » comme il l'était de l'ancien peuple, après La témoi- » gnage de saint Joan {Apocalypse, e. 12), conforme
■ a celui de Daniel, c. 10, 13, 21 et 22. Lesprotes- » tants qui, par une grossière imagination, croient i toujours ôter à Dieu tout ce qu'il donne à ses saints et
■ è ses anges dans l'accomplissement de ses ouvrages, » veident que saint Michel soit, dans l'Apocalypse, » Jésus-Christ même le prince des auges, et appa-
■ remmeot dai.s D.niel le Verbe conçu éterndle-
* ment dans le sein de Dieu ; mais ne prendront-Us i jamais le droit esprit de l'Ecriture? Ne voient-ils
* pas que Daniel nous parle du prince des Grecs, » du prince des l'trses, c. 10, c'est à-djro, sans i difficulté, dés anges qui présidaient par l'ordre î de Dieu à ces nations, et que saint Michel estop- » pelé dans le même .sens le prince de la synago- » gue, ou comme l'archange Gabriel l'explique a
* Daniel, Michel voire prince, lbid. Et ailleurs i plus expressément : Michel un grand prince » gui est établi pour les enfants de votre peuple.
■ lbid.
■ Quand je vois dans les prophètes et l'Apocaî lypse, et dans l'Evangile même, cet ange des
* Perses, cet ange des Grecs, e*t ange des Juiis, » l'ange des petits enfants, qui en prend la défense î devant Dieu contra ceux qui les scandalisent, » l'angedes eaux, l'agedu feu ctainsi des autres:
■ et quand je vois parmi tous ces anges, celui qui
* met sur 1 autel le céleste encens des prières, je a connais dans ces paroles une espèce de médiation i des saints anges, je vois même le fondement » qui a pu donner occasion ans païens de distriai buer leurs divinités dans les éléments et dans
■ les royaumes pour y présider; car toute erreur b est fondée sur quelques vérités dont on abuse.
■ Je vois gssm aaos l'Apocalypse, non-seulement b une grande gloire, mais encore une grande puis- » sauce dans les saint», » (Préfacs de l'Apocalypse,*. 27.)
L'existence des bons et des mauvais e?prits qui concourent, quoique d'une inani re différente, à l'exécution dus desseins de Dieu, et soni cuinuie les instruments de la Providence dans !e gouvernement de l'univers, même matériel (Cicer., d* fuet, Deor., lib. 1, e, t}\ l'immortalité de L'ûnia et l'état
tiondans S. Justin (1) du respect re
ligicux dû aux auges comme d'un usage de l'Eglise ; plus tard, les Pèresparlent des auges, soit pour prémunir contre des idées superstitieuses, soit pour montrer la différence qu'il y a dans le culte rendu à Dieu et celui dont on honore les auges (2) ; il en est aussi fait mention dans de longues prières, dans les liturgies orientales (3) * Mais une fête des Saints-Anges gardiens, telle qu'on la célèbre aujourd'hui, se chercherait en vain dans l'antiquité ecclésiastique» Pendant bien dessiècles la fête de S. Michelfut considérée comme la fête principale de tous les esprits célestes et bienheureux ; car il ressort des oraisons que le Sacramentaire de S. Léon formule pour ce jour que cette fête n'était pas dédiée seulement à S. Michel, mais à tous les autres anges ; et c'est ainsi que l'ont compris Baronius dans son Martyrologe romain, Léon Allatius (4j, Marlèue dans le Calendrier de V Eglise romaine qu'il a publié, le bollandiste Soller(o). Raban Maux insiste d'une
de gloire et de puissance où les justes sont éle* vés après cette vie j ces croyances, aussi anciennes que le genre humain, appartiennent donc a la tradition universelle; et voilà pourquoi, consacrées par le christianisme, elles font partie de la doctrine de la société universelle ou catholique.
Un homme d'un vastesavnir (If net, Alnet. quxst., lib. 2, c. 14), a prouvé qu'elles se trouvaient elkez tous les peuples de la terre; que les Grecs les avaient reçues des Egyptiens et des Phéniciens; que l'antiquité entière a reconnu l'existence d'esprits inférieurs au Dieu su rôme, et créés pour présider à l'ordre de la nature, aux astres, aux éléments à la génération des animaux. Le moriib-, sel-m Thaïes et Pythagore, est plein de ces substances spirituelles. Ou les croyait répandues dans les cieuxet dans l'air. Elles se divisaient en uV-x classe*, l'une des esprits bous, l'antre des osprita mauvais, inférieurs aux premiers, Platon parle même d'un prince d'une nature malfaisante, préposé a ces- esprits chassés par les dieux et tombés du cv i y dit Pluiarque. La croyance des anges gardiens ou des génies destinés a veiller sur I homme, depuis sa •j*i*6ance jusqu'à sa mort, n'était ni moins ancienne, ni moins générale. M. de la Mennais, Essai, ete^ tom. 1U, c. 24.
Gousset.
(i) Apol. I, n. 6.
(2) Par exemple, Orig. adu. Cels. VIII, c. O m Ezech. hom. I, n. 7. Cypr., Ep. 77, Euseb., Dem. Ev., III, o. Amhr., de Yi-I., b. 9. Ang., de Cîv. Dei, IX, 23 ; de Doctr. Chr. y c. 30. Basil, &erm. 19, de XL M art. sq.
(3} Conf. Reuaudot, Coll. Liturg. orient., t. I, p. 293.
(4) De Consens. Ecoles, oriental et occident* p. 1192.
(o) In Usuard. ad 29 sept.
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manière spéciale sur le caractère collectif de la fête de S. Michel. Ce ne fut qu'au commencement du seizième siècle que la dévotion des fidèles fit séparer la fête des SS. Anges gardiens de celle de S. Michel. L'Espagne donna l'exemple et commença à célébrer cette tète le I e ' mars. La France suivit, et reporta la tète au premier jour libre après le 29 septembre.
Cette fête fut autorisée par une bulle du pape Paul V, datée du 27 septembre 1608, et en 1670 Clément X la fixa au 2 octobre, comme une fête universelle, double (festum diplex curn octava). En vertu del'iudult papal, on la célèbre le premier dimanche de septembre. » Le Noir.
ANGELITES, hérétiques sectateurs de Sabellius, qui s'assemblaient à Alexandrie, dans un lieu nommé Agelius ou Angelius. Voy. Nicéphore, 1. 18, c. 49; Pratéole, au mot angélites. L'un et l'autre auraient besoin de garant. Il est plus probable que les angélites étaient des sectaires qui rendaient aux anges un culte superstitieux, comme les gnostiques.
Bergier.
ANGÉLUS, prière que récitent les catholiques romains, surtout en France, où l'usage fut établi par Louis XI, qui ordonna que trois fois par jour, le matin, à midi, et le soir, on sonnerait une cloche, pour avertir les fidèles de réciter cette prière à l'honneur delà sainte Vierge, et pour remercier Dieu du mystère de l'Incarnation.
Elle est composée de trois versets, d'autant d'Are, Maria, et d'une oraison par laquelle on demande à Dieu sa grâce et le salut éternel par le mérite de Jésus-Christ. Le nom de cette prière vient du premier verset, Angélus Domini, etc. Elle se nomme aussi Pardon, parce que plusieurs souverains pontifes y ont attaché des indulgences. Ceux qui regardent cette pratique et plusieurs autres semblables comme des dévotions populaires, sont persuadés sans doute que le peuple seul doit se souvenir qu'il est chrétien. Remercier Dieu du mystère de l'IncarnatioB «A **** rédemption
du monde, adorer le Verbe divin dans le sein de Marie, implorer le secours de cette sainte Mère de Dieu, est certainement une dévotion très-solide de laquelle aucun chrétien ne devrait rougir. Bergier.
ANGLETERRE. On ne doute plus que les Bretons, anciens habitants de l'Angleterre, n'aient été convertis au christianisme sous le pontificat du pape Eleuthère, sur la lin du second siècle, ou vers l'an 182. On peut en voir les preuves, Vies des Pères et des Martyrs, tom. 4, p. 595, et tom. 9,p. 607.
Ceux d'entre les protestants qui contestent ce fait n'agissent que par prévention. Mais au cinquième, les Saxons, les Angles, les Juttes, peuples idolâtres de la Bassa-Germanie, ayant fait une irruption en Angleterre, s'en rendirent les maîtres, et l'an 454, ils forcèrent les Bretons chrétiens à se retirer dans les montagnes du pays de Galles.
On ne voit pas que ceux-ci aientfait aucune tentative pour convertir leurs vainqueurs ; mais sur la fin du sixième siècle, vers l'an 596,saintGrégoire le Grand envoya en Angleterre le moine Augustin avec plusieurs autres missionnaires, pour amener à la foi chrétienne les peuples de cette île, et cette mission eut le plus grand succès.
Hist. de l'Egl. Gallic., t. 3, an. 595,
Il ne paraît pas que les Bretons fussent engagés pour lors dans aucune erreur contraire à la foi catholique prêchée par Augustin et par ses collègues; ceux-ci ne leur en reprochèrent aucune dans les conférences qu'ils eurent avec eux. Augustin les exhortait seulementà se conformer à l'usage de l'Eglise catholique dans la célébration de la Pâque, dans l'administration du baptême, et à se joindre à lui pour prêcher l'Evangile aux Anglo-Saxons encore idolâtres. Mais la haine qui régnait entre les deux peuples depuis cent cinquante ans, rendit les Bretons inflexibles; ils refusèrent de se lier avec les missionnaires. Cette opiniâtreté n'empêcha pas le fruit de la mission; peu à peu l'Angleterre se convertit et redevint chrétienne; elle a persévéré dans la foi catholique jusqu'au schisme d'Henri VIII, en 1533.
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Avant cette dernière époque, les travaux, les succès, les vertus, les miracles de l'apôtre de l'Angleterre y avaientrendusa mémoire vénérable:
il y était honoré comme saint à trèsjuste titre. Depuis que les Anglais ont cessé d'être catholiques, plusieurs de leurs écrivains se sont appliqués à calomnier lu mission de saint Augustin; et les incrédules modernes n'ont pas manqué d'enchérir sur leurs accusations.
Ils disent: 1° que cette mission fut un elïetdel'amtiition de saintGrégoire, plutôt que de son zèle pour laibi chrétienne; que son principal motif était d'étendre sur ['Angleterre sa juridiction pontilicale et sa suprématie, qui jusqu'alors n'y avaienlpas été reconnues. Mais il est faux que les Bretons chrétiens eussent jamais méconnu la juridiction des papes. Selon Bède et d'antres auteurs, Lucius, premier roi chrétien des Bretons, s'adressa au pape Eleuthère pour obtenir les moyens d'instruire ses sujets et de les convertir au christianisme. En 429, lorsque saint Germain d'Auxerre et saint Loup de Troyes passèrent en Angleterre pour y étouffer le pélagianisme, le premier était légat du pape saint Célestin. Voyez la Chronique de saint Prosper. Gildas et Bède témoignent que, jusqu'à l'arrivée de saint Augustin et de ses collègues, les Bretons avaient persévéré dans la communion de l'Eglise catholique : or, cette communion ne pi ul subsister sans reconnaître l'autori é de son chef. Il est certaiu d'ailleurs que saint Grégoire avait conçu le projet de convertir les Anglo-Saxons , avant d'être pape.
Uist. de l'Egl Galiic, ibid.
2° Ils prétendeut que les Bretons ne voulurent pasadopterles nouveaux dogmes introduits dans l'Eglise romaine, et enseignés par le moine Augustin . le culte des saints, le purgatoire, la confession auriculaire, etc.
La fausseté de ce fait est prouvée par le témoignage de Bède et de Gildas; le premier atteste formellement que les Bretons reconnurent l'orthodoxie de la doctrine de saint Augustin: tous deux assurent que, depuis la conversion des Bretons, leur foi n'avait reçu aucune atteinte, sinon par l'arianisme
et le pélagianisme ; mais ces deux hérésies tirent peu de progrès parmi eux, et furent promptement étouffées.
3° Quelques-uns ont dit que le missionnaire Augustin aurait beaucoup mieux fait d'inspirer aux Anglo- Saxons des remords de leurs usurpations, et de les engager à restituer aux Bretons ce qu'ils leur avaient enlevé. A cela nous répondons qu'une conquête, faite depuis centcinquante ans, nepouvait pasrlonner aux Anglo- Saxons desremordsfortelficaces; que qnand ils en auraient eu, ils ne pouvaient pas ressusciler les Bretons que leurs pèresavaient massacrés, ni leur rendre ce qui leur avait é:é pris. Par la même raison, ceux qui convertirent les Francs ne les engagèrent point à restituer les Gaules aux Romains, et ceux qui avaient converti les Romains, ne leur imposèrent point l'obligation de faire des restitutions à toutes les nations de l'univers.
Mais nos moralistes sévères devraient prouver aux Anglais actuels la nécessité de dédommager les Américains des torts qu'ils leur ont faits, et surtout de réparer les cruautés horribles que l'avarice leur a fait commettre dans les Indes.
4° Pour atténuer le mérite des travaux de saint Augustin, l'on a supposé que rien n'élait plus aisé que de convertir au christianisme les Anglo- Saxons, puisque la reine Berthe, épouse d'Ethelbert, roi de Kent, était chrétienne; que tous les succès d'Augustin se bornèrent à converlir ce petit royaume. Malheureusement ce reproche est contredit par un autre que l'on fait encore à ce saint missionnaire :
on dit qu'il se laissa intimider d'abord par le récit que lui firent les évêques des Gaules de la difficulté de convertir les Anglo-Saxons, de leurférocité, de leur pertidie, de leurs mœurs. Ces évêques devaient eu savoir quelque chose, et ces obstacles sont prouvés par les témoignages de Gildas et de Bède. Il est cependant certain que le christianisme transforma les Anglo- Saxons, les civilisa, leur donna d'autres mœurs, leur inspira les plus grandes vertus: dans la suite, l'Angleterre fut appelée l'Ile des saints. Si saint Augustin ne convertit que le royaume
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de Kent , ses collègues réussirent de même dans le reste de l' Angleterre.
5° L'on a écrit qu'au lieu de donner aux Anglo-Saxons de vraies vertus, Augustin et ses coopérateurs ne leur avaient inspiré que la bigoterie, les dévotions minutieuses, le goût du ruonachisjne,etc; que jusqu'àla réformation les Anglais avaient été le peuple lopins superstitieux de l'univers. Mais il y a encore lieu de douter si, depuis la bienheureuse réformation, les Anglais sont radicalement guéris de toute superstition. Ceux qui les ont observés de près n'en conviennent point ; nous n'avons pas moins sujet de douter si leurs mœurs sont plus pures et leurs vertus plus héroïques que sous le catholicisme; de l'aveu de leurs propres écrivains, ils ont égalé dans le Uengale les cruautés dont les Espagnols s'étaient rendus coupables en Amérique, et il ne parait pas qu'ils soient fort scrupuleux observateurs du droit des gens. Voyez l'Etat civil, politique et commerçant du Bengale, par M. Bolts; le Zend-Avesta, t. 1, 1" partie, p. 12; les Voyages de M. Sonnerat, 1. 1 , c. 1 .
Nous voudrions pouvoir oublier que, par les exploits des réformateurs, les plus riches bibliothèques de Y Angleterre ont été réduites en cendres, alin d'anéantir tous les monuments du papisme.
Le docteur Leland, quoique anglican zélé, prétend que tous les vices se sont introduits parmi ses compatriotes avec l'irréligion. L'auteur de l'Histoire des établissements des Européens dans les Indes reconnaît que tous les principes de probité, d'honneur, d'amour du bien public, sont étouffés chez les Anglais par l'avidité qu'inspire l'esprit de commerce; Richard Steele, dans une épitre satirique au pape Clément XI, soutient que leur fanatisme est toujours le même. « Il » est vrai, dit-il, que nous n'avonspas » aujourd'hui le pouvoir de brûler les «hérétiques, comme les premiers ré- » formateurs; mais à cela près nous » employons toujours les mêmes vio- » lences;nous persécutons, nous tour- » mentons, nous emprisonnons et » nous ruinons tout homme qui pré- » tend en savoir plus que ses supê-
» rieurs : et plus cet homme est d'un » caractère irréprochable, plus nous .
» croyons qu'il est nécessaire de se ser- » vir de ces sortes de rigueurs contre » lui.... Sur la lin de janvier et au com- » mencementdefévrier,onnousanime » extraordinairement les uns contre • les antres, parce qu'il est arrivé, il » y a plus de soixante ans, que nos » ancêtres étaient de grands scélérats, » et l'on croit qu'on ne saurait trop » insister sur un sujet si beau de gé- » nèration en génération, et que l'on » devrait même en parler depuis le » commencement de l'année jusqu'à » la fin. Un autre sujet d'enthou- » siasme est ledangerde lapauvre Eglise » danger qui s'accroît toujours à me- » sure que le crédit et les espérances «des catholiques augmentent. J'ai vu le » temps que la figure d'une église faite » de carton, plantée si artiticieusement » au bout d'un bâton qu'elleparaissait » chanceler, représentait le danger de » notre jpawre Eglise; portée d'un air » triste et lugubre devant un véné- » rable ecclésiastique, aux élections » des membres du parlement, elle pas- » sait pour un remède souverain con^ » tre ses ennemis, elle avait la vertu » de les chasser du champ de bataille » tout confus. J'ai vu même que le » nom à'Egiise ou de Haute- Eglise, » prononcé avec emphase, et répété » un certain nombre de fois, a pu » changer l'air et la voix d'une in ulti- » tude innombrable, lui donner un » aspect hideux et farouche, agiter » les cœurs, faire enfler les veines b comme par une espèce de frénésie.
» J'ai vu en même temps que ce nom » prononcé d'un air touchant et pa- » thétique, les yeux et les mains vers b le ciel, a pu changer les mensonges » en vérités, un scélérat en un saint, » et un perturbateur du repos public » en une divinité tutélaire. Par un » privilège singulier, les hoC-Jies at- » taqués de cette maladie ont acquis » le droit de pénétrer les jugements » de Dieu, et de les appliquer à leur b prochain; s'il arrive un fléau de la » nature, ou un autre malheur public, » ils savent à point nommé pourquoi I » Dieu l'envoie, quel est le crime qu'il » a dessein de punir; et ce n'est ja- » mais contre leurs propres crimes
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» qu'il est irrité, c'est toujours contre » ceux des autres, etc. »
Si quelqu'un s'est laissé séduire par les tableaux pompeux que nos écrivains modernes nous ont faits des heureux effets que la réforme a produits en Angleterre, nous l'invitons à lire un ouvrage intitulé : La Conversion de «'Angleterre au christianisme, comparée avec sa prétendue Réformation, in-8°, Paris, 1729.
Les historiens protestants ont abusé de la crédulité de leurs lecteurs, lorsqu'ils ont voulu persuader que la cause du schisme de Y Angleterre, en 1533, fut l'autorité excessive, ou plutôt la tyrannie que le pape exerçait sur ce royaume; cette prétendue cause n'avait pas lieu en France ni dans les pays du Nord, et l'hérésie ne laissapas de s'y établir. 11 est de tonte notoriété que la cause de la rupture fut le refus que fit Clément VIII de déclarer nul le mariage d'Henri VIII avec Catherine d'Aragon, et d'acco-rder à ce prince la liberté d'épouser Anne de Boleyn, de laquelle il était épris ;puisqu'avantd'avoirconçu cette passion, Henri VIII avait écrit luimême contre Luther en faveur de la juridiction et de l'autorité du pape.
Les moyens dont ou se servit ensuite pour détruire la religion catholique en Angleterre, ne furent pas plus légitimes ni plus honnêtes que le motif : on y employa l'imposture, la calomnie, la violence et les supplices.
Bossuet dans son Hist. des Variât., tom. 2, 1. 7, a mis ee fait dans la dernière évidence, et l'a prouvé par le propre aveu des protestants , aucun d'eux ne sera jamais en état de le convaincre de faux, L'auteur de la Conversion de l'Angleterre, etc., a fait de même.
Mosheim, dans l'impuissance de contester cette vérité, est convenu que les auteurs de cette révolution agirent souvent d'une manière violente, téméraire et précipitée ; que plusieurs de ceux qui y eurent part, agirent plus par passion et par intérêt que par zèlepourla véritable religion.
Eist. ecclés. du seizième siècle, sect.
1, c. 4, § 14. David Hume, dans son Hist. desmaisons du Tudoretde Stuart, a posé pour principe que, si la su-
perstition est le caractère de la religion romaine, le fanatisme a été celui de la prétendue réformation. Le traducteur de Moshein, fâché de cet aveu, a voulu prouver le contraire, tom. 4, p. 138 et suiv. Mais, au lieu de détruire ce fait, il l'a plutôt confirmé, puisqu'il a été forcé d'avouer que le fanatisme eut beaucoup de part à la conduite de plusieurs de ceux qui embrassèrent la réformation,, pag. 144; que l'on abusa souvent de la liberté qu'elle introduisit ; que l'ardeur des premiers réformateurs fut plus ou moins violente, plus ou moins mêlée avec la chaleur et la vivacité des passions humaines, p. 146; que le zèle des réformateurs fut quelquefois excessif, p. 150 ; que peut-être les emportements de Luther furent l'effet de son ressentiment et de l'ardeur de son caractère, etc., p. 153.
Ce n'était donc pas la peine de disputer contre David Hume, puisque l'on se trouve réduit à lui accorder ce qu'il a dit.
La question est de savoir si des hommes conduits par le fanatisme, par la chaleur des passions, par l'amour de la nouveauté, et non de la vérité, étoient fort propres à réformer l'Eglise de Dieu, et s'il est probable que Dieu ait voulu se servir de pareils instruments. Nous verrons dans l'article suivant que la religion anglicane porte encore l'empreinte des mains qui l'ont formée, des motifs dont ses fondateurs furent animés, et des moyens dont ils se servirent. Une preuve que les Anglais n'étaient pas fort zélés pour la vérité, c'est qu'ils changèrent trois fois de religion en douze ans. A la mort d'Henri VIII, ils tenaient encore à la foi catholique; en 1547, sous Edouard VI, ils dressèrent une profession de foi , moitié luthérienne, moitié calviniste ; sous le règne de Marie, en 1554, ils redevinrent catholiques; en 1559, sous le règne d'Elisabeth, le protestantisme fut rétabli.
Quoique l'on ait répandu des torrents de sang pour cimenter cette religion nouvelle, il s'en faut beaucoup qu'elle ait été généralement adoptée en Angleterre; pendant que le gouvernement, les grands du royaume 6t
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ane partie de la nation embrassaient ce mélange de luthéranisme et de calvinisme, avec quelques faibles restes de catholki-me, que l'on nomme la religion anglicane, une autre partie s'attachait aux sentiments de Calvin, rejetait tout le reste, et formait la secte de ceux que l'on nomme presbytériens et puritains :
ces deux factions se sont fait pendant longtemps une guerre cruelle; et si l'une des deux s'était trouvée assez forte, elle aurait exterminé l'autre.
Après bien des combats, elles se sont reposées par lassitude, et elles ont été forcées de se tolérer mutuellement.
Dans le sein de ces deux sectes, il s'en est formé une infinité d'autres, comme les quakers ou trembleurs, les hernhules ou frères moravcs, les méthodistes, les anabaptistes, les socinicns, les brownistes on indépendants, etc. Ainsi le christianisme, en Angleterre, est divisé en deux partis principaux, l'un est celui des cpiscopau.e, que l'on appelle aussi l'Eglise anglicane, ou la Haute-Eglise ; l'autre, celui des non-conformistes ou séparatistes, qui comprend les presbytériens, puritains ou calvinistes rigides, et toutes les autres sectes dont nous venons de parler, sans en exclure même les catholiques, qui sont encore en assez grand nombre.
En H 10, plusieurs Anglais et quelques Ecossais avaient formé un concordat entre eux pour s'unir à l'Eglise grecque; mais ce projet n'eut aucune suite. Les Grecs n'y auraient certainement pas consenti, à moins que les anglicans n'eussent changé leur croyance sur un très-grand nombre d'articles.
Quoique nos écrivains aient beaucoup vanté la tolérance établie dans ce royaume, la religion catholique y a toujours été gênée par des lois trèssévères. Jusqu'à nos jours un catholique ne pouvait posséder aucune charge, ni entrer au parlement, sans avoir prêté le serment du test, par lequel on abjurait le dogme de la transsubstantiation et de la juridiction spirituelle du pape. Ce serment a été aboli depuis peu par un décret du parlement, et changé en un simple
serment de fidélité, qui n'a aucun rapport à la religion; mais cette condescendance du gouvernenii-.ntanglais a échauffé la bile des puritains, surtout en Ecosse, où ils sont la secte dominante.
Mosheim, dans son Uist. eccl. du dix-huttiéme siècle, déplore le nombre des incrédules qui ont paru eu Angleterre, et les effets pernicieux de leurs ouvrages; il prédit que cette contagion pénétrera bientôt dan; toutes les contrées de l'Europe, surtout dans celles où la rétbrmation a introduit un esprit de liberté : il était aisé en effet de le prévoir. Ce sont les déistes anglais qui ont été les précepteurs de nos philosophes antichrétiens, et c'est un mauvais service que nous ont rendu nos voisins ; il ne fait pas plus d'honneur à l'Angleterre qu'à la prétendue réformation.
Bergier.
ANGLICAN. On appelle religion anglicane, celle qui est autorisée en Angleterre par les lois, pour la distinguer de celles qui y sont seulement tolérées. De toutes les communions chrétiennes non catholiques, les anglicans sont ceux qui s'écartent le moins de la croyance de l'Eglise romaine ; ils en rejettent cependant un grand nombre d'articles essentiels.
Aussi les autres protestants leur reprochent de pencher toujours au papisme, d'en avoir conservé de trop grands restes, et de n'avoir fait la réforme qu'à moitié. Il n'est pas toujours aisé aux théologiens anglicans de se défendre, de montrer pourquoi ils se sont arrêtés en chemin, pourquoi ils ont retranché tel article et en ont retenu tel autre.
Dans la révolution qu'a subie la religion en Angleterre, il faut distinguer quatre époques principales. La première sous Henri VIII, lorsque ce .
prince, pour secouer le joug du Saint- ■ Siège et de l'Eglise romaine, se de- -■.
clara chef souverain de l'église an- g glicane, et défendit de reconnaître •.
aucune autorité spirituelle ou temporelle que la sienne. Il ne toucha néanmoins ni aux-aulres points de doctrine, ni au culte extérieur établi dans l'Eglise catholique.
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La seconde sous Edouard VI, son fils et son successeur. Après que les partisans de Luther et de Calvin eurent semé leurs erreurs parmi les Anglais, il fut décidé par acte du parlement, en 1547, que l'on réformerait la discipline ecclésiastique et la l'orme du culte; c'est ce rui fut exécuté en 1348 : mais on ne convint pas encore d'un formulaire de doctrine, ou d'une profession de foi.
La troisième, sous la reine Marie, sœur d'Edouard, et qui lui succéda ; cette princesse, zélée catholique, fit casser, en 1533, l'acte précédent, et fit rétablir le catholicisme.
Enfin, sousla reine Elisabeth, autre fille de Henri VIII, qui avait été élevée dans les opinions des protestants, le parlement, l'an 1 359, renouvela tout ce qui avait été fait sous Edouard VI, et proscrivit de nouveau le catholicisme. Mais la confession de foi anglicane ne fut dressée que trois ans après, dans un synode tenu à Londres en 1362.
On la trouve dans le recueil des confessions de foi des églises réformées, p. 99; elle contient trente-neuf articles. Dans les cinq premiers, l'on fait profession de croire la Trinité, l'Incarnation, la descente de Jésus- Christ aux enfers, sa résurrection, la divinité du Saint-Esprit. Dans les trois suivants, on reçoit comme canoniques tous les livres du Nouveau Testament; l'on exclut de l'Ancien les livres de Tobie, de Judith, une partie de celui d'Esther, la Sagesse, l'Ecclésiastique, Baruch , quelques chapitres de Daniel, et les deux livres des Machabées ; l'on décide que tout ce qui n'est pas contenu dans l'Ecriture sainte n'est point nécessaire au salut. Dans le huitième article, on reçoit le symbole des apôtres ; celui du concile de Nicée, et celui de saint Athanase.
Déjà l'on peut demander aux anglicans pourquoi ils rejettent ces livres dans l'Ancien Testament, pendant qu'ils admettent l'Epitre de saint Jacques, celle de saint Jude et l'Apocalypse, que les calvinistes regardent comme apocryphes, précisément pour les mêmes raisons. Les sociniens leur soutiennent que ce qui est contenu
dans le symbole de saint Athanase, ne peut pas être prouvé par l'Ecriture sainte.
Aussi, dans la Gazette de France du vendredi 7 mars 1780, on nous annonce qu'une bonne partie des Américains anglicans ont retranché de leur office le symbole de saint Athanase, et ont ôté de celui des apôtres : il est descendu aux enfers.
Dans le neuvième article et les suivants, il est décidé que tous les hommes naissent souillés du péché originel ; qu'ils ont cependant un libre arbitre, mais qu'ils ne peuvent faire aucune bonne œuvre sans le secours prévenant de la grâce; que l'homme est justifié par la foi seule.
Ce dernier dogme est néanmoins formellement contraire à ce que dit saint Jacques, c, 2 ; et les deux articles précédents ne sont point admis par les sociniens.
Nous ne savons pas par quel texte de l'Ecriture sainte on peut prouver que toutes les œuvres faites sans la foi en Jésus-Christ sont des péchés, article 13; saint Paul décide, le contraire, Rom., c. 2, * 14. On rejette, article 14, les œuvres de surêivgation comme une impiété, en donnant un sens faux et absurde à ce ternie. Voy.
Sur.ÉROGATlON.
L'article 10 porte que l'on peut obtenir la rémission des péchés par la pénitence, et il condamne l'opinion de l'inamissihilité de la justice soutenue par les calvinistes. Le 17 e admet la prédestination ; mais il avertit qu'il n'y faut pas penser, de peur de tomber dans la présomption ou dans le désespoir. Le 18° décide que l'on ne peut pas être sauvé sans connaître Jésus-Christ.
Selon le 19°, l'Eglise est l'assemblée des fidèles où la pure parole de Dieu est prèchée, et où les sacrements sont bien administrés; d'où l'on conclut que l'Eglise romaine est dans l'erreur, quant au dogme, à la morale et au culte extérieur. Cet article est-il fort essentiel au salut? est-il clairement révélé dans l'Ecriture sainte? Suivant le 20° et le 21% l'Eglise ne peut rien décider ni rien établir que ce qui est porté dans l'Ecriture sainte ; les conciles, même
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généraux, peuvent se tromper et se sont souvent trompés en effet.
Le 22° rejette la doctrine de l'Eglise romaine touchant le purgatoire, les indulgences, la vénération et l'adoration des imnges, des reliques, et l'invocation des saints. On voit bien que le terme d'adoration est affecté là par malignité.
11 est décidé, dans le 23 e , que la mission est nécessaire pour prêcher et pour administrer les sacrements ; que la mission est légitime, quand elle est donnée par ceux qui en ont le pouvoir ; mais on ne dit point à qui ce pouvoir appartient, si c'est au roi comme chef de l'église anglicane, ou si c'est au clergé. Cet article était délicat, il est demeuré indécis. Le 24° veut que la liturgie soit célébrée en langue vulgaire.
Les sacrements, selon le 25°, sont les signes eflicaces de la grâce, par lesquels Dieu excite et confirme notre foi en lui ; il n'y en a que deux, savoir : lebaptême et la cène. Onrejette les autres, parce que oe ne sont pas, dit-on, des signes visibles institués de Dieu; et cependant l'on avoue que quelques-uns sont une imitation de ce qu'ont fait les apôtres; il faut donc que les apôtres aient fait ce que Jésus-Christ ne leur avait pas commandé. 11 esl évident que cette définition des sacrements est louche et captieuse, imaginée dans le dessein de concilier, s'il était possible, l'opinion des protestants avec la croyance de l'Eglise romaine.
Couséquemment il est dit, article 27 e , que le baptême n'est pas seule-^ ment un signe de la profession du christianisme, mais un signe de régénération, le sceau de notre adoption, par lequel la loi est conlirmée et la grâce augmentée, par la vertu de l'invocation divine. Mais si la grâce est augmentée, elle était donc déjà dans l'âme du fidèle avant le baptême j en quel sens le baptême est-il une régénération ? Ce même article veut que l'on baptise les enfanls.
Le 28 e est encore plus inintelligible.
Il porte que, pour ceux qui reçoivent la cène avec foi, le pain guenous rompons est la communication du corps de Jésus-Christ ; et que le calice bénit
est la communication du sang de Jésus- Christ ; ce sont les paroles de saint Paul; mais on ajoute que le corps de Jésus-Christ est donné, reçu et man gé seulement d'une manière céleste et spirituelle ; que le moyen par lequel cela se fait est un objet de foi; que ceux qui n'ont pas une foi vive ne sont pas participants de Jésus-Christ en aucune manière, article 29 e . Voilà ce que saint Paul n'a pas dit. Ce même articleréprouve la transsubstantiation, et l'usage de garder, de porter, d'élever et d'adorer le sacrement de l'Eucharistie ; et le 30 e décide qu'il faut communier sous les deux espèces.
Les rédacteurs de ces articles auraient voulu trouver un milieu entre l'opinion des luthériens et celle des calvinistes : on voit comment ils y ont réussi; à la vérité les luthériens s'expriment aujourd'hui de même.
Voyez Eucharistie. Dans le 31 e , ils rejettent la doctrine catholique touchant le sacrifice de la messe, comme un blasphème.
Dans le 32 e , il est décidé que les évêques, les prêtres et les diacres peuvent se marier; dans le 33°, que les excommunications sont valides ; dans le 34 e , que pour le bon ordre il faut se conformer aux usages et aux cérémonies établies par autorité publique, mais que chaque Eglise peut les instituer, les changer ou les abolir à ■ son gré.
Le 35 e donne la sanction aux homélies publiées sous Edouard VI, et le 36 e au pontilical pour les ordinations, rédigé sous le même règne. Le 37 e déclare que le roi d'Angleterre jouit de l'autorité suprême sur tous ses sujets ; que tous, même les ecclésiastiques, doivent lui être soumis dans toutes les causes, et qu'il n'est soumis lui-même à aucune juridiction étrangère ; que le pape n'a aucune juridiction en Angleterre. On ajoute cependant que l'on ne prétend pas attribuer au roi l'administration de la parole de Dieu ni des sacrements ; soit, on lui attribue du moins le privilège d'accorder, de limiter, ou d'ôter ce pouvoir à qui il juge à propos.
Les articles suivants condamnent
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la doctrine des anabaptistes touchant les peines capitales, la guerre et la profession des armes, la communauté des biens et les serments.
Pour peu qu'un théologien soit instruit et sente la valeur des termes, il voit que cette confession de foi, dans la plupart des articles, est captieuse, équivoque, dictée par l'intérêt politique et par les circonstances, plus propre à perpétuer les disputes qu'à les éclaircir. Aussi s'en faut-il beaucoup que la doctrine, les usages, la discipline des anglicane, soient d'accord avec leur confession de foi ; et cette contradiction leur est continuellement reprochée par ceux qu'ils appellent non-conformistes. Il est aisé d'ailleurs de la prouver en comparant cette confession de foi avec le plan de la religion anglicane, tel qu'il est tracé dans un livre intitulé :
Begni Angliw sub imperio Régime Elvsabethœ religio et gubernatio ecclesiastica, in-4, Londini, 1719, et dédié à Georges II, pièce authentique, s'il eu fut jamais.
En effet, suivant les 20 et 21 B chapitres de la confession, l'Eglise ne peut rien décider et rien établir que ce qui est enseigné dans l'Ecriture sainte ; les conciles même généraux peuvent se tromper, et se sont trompée en effet ; et dans le plan de religion, i re partie, chapitre 1 , on fait profession de recevoir comme authentiques, ou comme faisant autorité, les trois symboles, les quatre premiers conciles, les sentiments des Pères des cinq premiers siècles ; c. 4, on dit que les décrets de ces conciles ont été acceptés et confirmés par les élats du royaume d'Angleterre. Ces états ont donc accepté et confirmé des décrets de conciles qui ont pu se tromper, et qui se sont trompés en effet.
Chapitre S de ce même plan, on reconnaît que ce sont les Pères des cinq premiers siècles qui nous ont désigné les livres canoniques de l'Écriture, qui nous ont transmis l'histoire ecclésiastique, et qui ont réfuté les hérésies de leur temps. Mais si ces Pères se sont trompés, comment sommes-nous sûrs du jugement qu'ils ont porté touchant le nombre des livres canoniques? Les calvinistes les char-
gent de mille erreurs, et les anglicans n'ont pas pris la peine de les justifier; ils ont laissé ce soin aux catholiques. Chapitre 6, on déclare que les hérétiques doivent être punis par les censures ecclésiastiques et par les supplices que leur infligent les lois civiles. Mais qui a droit de juger que tel homme est hérétique? On ne le dit pas, et nous demandons vainement comment cela s'accorde avec la prétendue tolérance des Anglais.
Dans le chapitre 7, les catholiques sont accusés de se dévouer à Dieu par une foi non écrite : d'adorer ce qu'ils ignorent dans les reliques, dans les hosties, dans les images; de prier dans une langue inconnue ; de prier les saints plus souvent que Jésus- Christ; de se prosterner devant les images ; de retrancher la moitié de l'Eucharistie ; d'avoir inventé la transsubstantiation, le purgatoire, le mérite des bonnes œuvres ; de renouveler le sacrifice de Jésus-Christ pour les vivants et pour les morts ; de prétendre que l'Eglise romaine a de droit divin la juridiction sur toutes les autres . Sans relever la manière captieuse dont plusieurs de ces articles sont représentés ou travestis, il n'en est aucun que nous ne prouvions par le sentiment des conciles et des Pères des cinq premiers siècles : les luthériens et les calvinistes n'en disconviennent pas, mais ils disent que cela ne suffit pas sans l'Ecriture sainte.
Voilà un point de dispute sur lequel nos adversaires ne s'accorderont jamais.
Cependant, chapitre 8, les anglicans font profession d'être unis à toutes les églises protestantes et à toutes les églises chrétiennes ; nous voudrions savoir en quoi peut consister cette union, quaud on n'a ni la même foi, ni le même culte, ni la même discipline.
Outre la liturgie anglicane, que l'on peut voir dans le Père Lebrun, Explicat. des cérém. de la Messe, tom. 7, p. 33, les anglicans ont conservé l'office ecclésiastique du matin et du soir, les psaumes, les «antiques, les leçons, la confession générale des péchés et l'absolution, la doxologie, les alléluia, le Te Deum, le symbole
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des apôtres et celai de saint Athanase, les litanies, desquelles ils ont retranché les noms des saints, c. 12 et suiv. Ils administrent le baptême comme dans l'Eglise romaine, mais sans exorcismes et sans onctions ; leurs évèques donnent la continuation par l'imposition des mains avec une prière. Dans l'oflice des morts, ils demandent à Dieu de ne pas nous livrer aux supplices éternels, et d'accorder à tous les iidèles la félicité du corps et de l'àme ; ils disent la prière, Kyrie, eleison.
Dans la seconde partie de ce plan, le gouvernement ecclésiastique d'Angleterre est représenté en seize tables.
La première attribue au roi l'autorité suprême dans toutes les matières ecclésiastiques, et beaucoup plus de pouvoir que nous n'en dounons au pape. La seconde et les suivantes règlent le pouvoir, les fonctions, la juridiction des archevêques et des évèques; il y est question de bénélices en titre el des différentes espèces de biens ecclésiastiques
La troisième partie établit la discipline qui regarde les simples iidèles, les fêtes, lesjeùnes, l'abstinence. Nous y voyons Pâques, la Pentecôte, la Trinité, tous les dimanches, la Circoncision de Notre-Seigneur, l'Epiphanie, l'Annonciation, l'Ascension, Noël, la Toussaint, les fêtes des apôtres, des évangélistes, de saint Jean- Baptiste, de saint Etienne, des Innocents. On nous avertit que tous ces jours sont consacrés à Dieu seul, comme si quelqu'un avait jamais enseigné le contraire. On y conserve le carême, les jeûnes des vigiles, l'abstinence des vendredis et samedis, les quatre-temps, les rogations ; mais l'on comprend que les anglicans ne sont pas fort scrupuleux sur toutes ces observances; l'exemple des autres sectes qui les méprisent a prévalu sur la règle. Dans les cathédrales il y a des lecteurs, des chantres, des vicaires, des chanoines, un sous-doyen, un trésorier, un chancelier, un préchantre, un doyen. Mais les synodes provinciaux ne peuvent rien statuer que sous l'autorité du roi.
Ainsi, en conservant un certain extérieur de religion, et en déiigurant
la doctrine catholique, les réformateurs anglicans ont fasciné les yeux du peuple, et l'ont entraîné dans le schisme; les ennemis du clergé d'Angleterre ne cessent de lui insulter à ce sujet.
Si d'un côté les anglicans soutien- !
nent que l'Ecriture sainte est la seule !
règle de foi, de l'autre ils s'attribuent le droit de l'interpréter et d'en tixer le vrai sens. « Il n'y a, dit Richard » Steele à Clément XI, d'autre diffé- » rence entre vous et nous, par rap- » port aux fondements de la doctrine, » de la hiérarchie, du culte et de la » discipline, que celle-ci : c'est que » vous ne sauriez errer dans vos dé- » cisions et que nous n'erronsjauiais ; » c'est-à-dire, en d'autres termes , » que vous êtes infaillible, et que » nous avons toujours raison... Ainsi, » le synode de Dordrecht (dont les » décisions sûres et certaines sont » célébrées tous les trois ans dans ce » pays-là par un jour solennel d'ac- » tions de grâces); ainsi, les synodes » nationaux des églises réformées en » France, l'assemblée générale de » l'église presbytérienne en Ecosse, » et, si j'ose la nommer, la convoca- » tion du clergé d'Angleterre, ont » tous eu également cette autorité » incontestable que votre Eglise s'at- » tri bue, et les peuples ont été obli- » gés d'obéir à leurs décrets avec » autant de soumission que l'on en » a parmi vous pour ce qui part » d'une infaillibilité absolue... En » même temps que nous soutenons » avec chaleur, contre vos controver- » sistes, que les peuples ont div-il » d'examiner et d'éplucher eux-mè- » mes les Ecritures, nous avons soin » de leur inculquer, dans nos ins- » tructions particulières, qu'ils ne » doivent pas abuser de ce droit, »> qu'ils ne doivent pas prétendre être » plus sages que leurs supérieurs, et » qu'il faut qu'ils s'étudient à enten- » dre les textes particuliers dans le » même sens que l'Eglise les entend, » et que leurs guides, qui ont \'au- » toritè interprétatioe, les expliquent.
» Nous réussisions aussi bien par » cette méthode , que si nous dé- » fendions la lecture de l'Ecriture » sainte.... Et quoique, par nos pa-
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» rôles, nous conservions à l'Ecriture » sainte toute sa dignité, nous avons » cependant l'adresse d'y substituer » réellement nus propres explications » et des dogmes tirés de nos expli- » cations, etc. » Ainsi en agissent toutes les sectes protestantes. Thomas Gordon leur fait le même reproche, Esprit du Clergé, p. 42.
En second lieu, selon le même principe, les anglicans n'admettent point l'autorité de la tradition; mais, dans leurs disputes avec les puritains et avec les sociniens, ils sont forcés d'employer le témoignage des Pères ou la tradition, pour montrer le sens des passages que ces sectaires entendent comme il leur plait. Un théologien anglican a très-bien réfuté le livre de baillé, De vero usa Patrum.
C'est principalement par la tradition qu'ils soutiennent l'institution divine de l'épiscopat, la supériorité des évoques sur les simples prêtres, l'usage apostolique du carême, etc. Ainsi, ils se fondent sur la tradition lorsqu'elle leur est favorable; ils l'abandonnent lorsque nous nous en servons pour leur prouver les dogmes catholiques auxquels ils ont renoncé.
En troisième lieu, il en est de même de la mission et de la succession des pasteurs. Vous ne pouvez, leur diton, tenir cette succession et cette mission que des pasteurs de l'Eglise romaine; s'ils ont été capables de vous la transmettre, à plus forte raison l'ont-ils conservée pour eux :
les fidèles leur doivent donc la même docilité que vous exigez pour vousmêmes; ils sont donc aussi assurés de leur salut en écoutaut les pasteurs catholiques , qu'en vous écoutant vous-mêmes. Où était donc pour eux la nécessité de faire un schisme pour vous suivre? Vous dites que la doctrine des pasteurs catholiques est fausse ; mais ils soutiennent que c'est la vôtre : le simple fidèle doit plutôt les croire que vous; il doit présumer ([ne la mission est plutôt chez eux qui sont le tronc que chez vous qui n'êtes que les branches, et que la vérité réside dans la source plutôt que dans le ruisseau qui en vient, (.'.'est encore l'objection que leur fait Gordon, pag. 52. Aujourd'hui les
mécréants anglais font à leur clergé les mêmes reproches que les réformateurs ont faits à celui de l'Eglise romaine, lorsqu'ils lui ont contesté le droit d'enseigner, et qu'ils s'en sont séparés.
En quatrième lieu, Gordon prouve, par les actes les plus solennels du parlement d'Angleterre, que l'Eglise anglicane, sa constitution, son clergé, tous les pouvoirs et les privilèges de celui-ci sont l'ouvrage de la puissance civile, et qu'il tient tout d'elle; que tous ses membres l'ont ainsi reconnu, et se sont obligés par serment à le soutenir ainsi; que ces mêmes actes attribuent au roi tout pouvoir et toute autorité tant ecclésiastique. que civile, le droit de réformer et de corriger toutes les erreurs, les hérésies et les abus; qu'en conséquence c'est la puissance civile qui a donné la sanction au livre de la liturgie, au rituel et à la formule d'ordination pour les ministres do l'Eglise. Il dit que, dans le temps de la réforme, l'archevêque Granmer avouait que l'ordination des èvèques n'était qu'une institution civile, par laquelle on parvenait à un office ecclésiastique; aucun membre du clergé anglican n'aurait alors osé soutenir le contraire. Tous furent forcés de jurer et de signer cette doctrine, p. 52 et 100; autrement, en vertu de l'arrêt du parlement de 1547, ils auraient été punis comme criminels de lèse-majesté. Da\id Hume, Ilist. de la maison de Tudor, an 1547; Hcyin, Iirunet, etc.
C'est donc contre toute vérité qu'il est. dit dans la confession de foi anglicane que l'onn'attribae point au roi le pouvoir d'administrer la parole de Dieu et les sacrements. Si le r.ji n'a pos ce pouvoir, comment peut-il le donner? Corriger les erreurs et les hérésies, approuver la liturgie et le rituel, prescrire les formules de prières et d'ordinations, n'est-ce donc pas administrer la parole de Dieu?
C'est encore une absurdité de nommer mission une institution purement civile, et hiérarchie ou pouvoir sacré, un pouvoir émané de l'autorité civile.
Les apôtres ont prétendu tenir leur mission et leurs pouvoirs, non des puissances de la terre, mais de Jésus-
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Christ ; par l'imposition des mains, ils ont voulu donner une grâce et une autorité spirituelle et surnaturelle, et non un office civil. Saint Paul dit aux évèques qu'ils ont été établis, non par les princes et les magistrats, mais par le Saint-Esprit, pour gouverner l'Eglise de Dieu. Act., c. 20, j 28.
Le pouvoir de remettre les péchés, de lier et de délier dans le ciel et sur la terre, que Jésus-Christ adonné à ses apôtres, n'est certainement pas un pouvoir civil. Les théologiens anglicans donnent avec emphase les droits divins del'épiscopat, et ils font dériver ces droits et cette dignité de la puissance royale : ces droits ne sont donc pas plus divins que ceux d'un juge, d'un officier militaire ou d'un financier; tous ces droits sont de même nature, puisqu'ils sont émanés de la même source.
Aussi le concile de Trente a décidé que ceux qui ont été appelés et institués au ministère ecclésiastique par le peuple, par la puissance séculière, ou qui s'y sont ingérés d'eux-mêmes, ne sont point de vrais ministres de l'Eglise, mais des voleurs et des usurpateurs, sess. 23, c. 4.
Si le père Le Courrayer, génovéfain, réfugié enAngleterre, avait été mieux instruit, probablement il n'aurait pas entrepris, en 1723 et 1726, de soutenir la validité des ordinations anglicanes. Cette question en renferme deux, l'une de fait, l'autre de droit.
La question de fait est de savoir si Matthieu Parker, prétendu archevêque de Cantorbéry, et tige de tout l'épiscopat d'Angleterre, a reçu ou n'a pas reçu l'ordination épiscopale, par conséquent s'il a pu ou n'a pas pu ordonner validcment d'autres évêques.
La question de droit est de savoir si la forme d'ordination, prescrite par le rituel anglican dressé sous Edouard VI, et encore actuellement suivie, est valide ou non.
Sur la première question, il faut savoir que, depuis l'an 1559, époque de la consommation du schisme de l'Angleterre, sous la reine Elisabeth, non-seulement les Anglais catholiques, mais les presbytériens et les autres non-conformistes, ont constamment soutenu aux anglicans, que
1 épiscopat ne subsistait plus parmi eux, que Parker n'a jamais été validement ordonné , puisque Barlow évèque de Saint-David, et ensuite dé Lhichester, prétendu consécrateur de Parker, ne l'avait pas été lui-même.
Plusieurs ont posé des faits, desquels il résulte qu'il n'a pu l'être ; quelques-uns ont avancé qu'il avait ordonné Parker dans une auberge de Londres. On sait d'ailleurs que, selon la doctrine établie pour lors, le brevet de la reine donnait le pouvoir, épiscopal, sans qu'il fût besoin d'ordination.
Pour prouver le contraire, Le Courrayer a soutenu: l°Que Barlow avait été réellement sacré évèque, puisqu'il avait assisté en cette qualité aux assemblées du parlement sous Henri VIII ; mais cela prouve seulement que l'on présumait son ordination. D'ailleurs un homme simplement nommé à un évêché pouvait assister au parlement sans avoir encore été ordonné.
2» Qu'il n'est pas vrai que Barlow ait été absent et en Ecosse dans le temps auquel on suppose qu'il a été ordonné ; que, quoique l'on n'ait pas pu retrouver l'acte de son ordination, ce n'est qu'une preuve négative. Mais cette preuve estdevenue très-positive, par l'affirmation constante de ceux qui ont pu savoir s'il avait été sacré ou non. 3° Que la prétendue consécration de Parker dans une auberge est une fable. Cela peut-être ; mais le fait est très-analogue à la manière de penser des auteurs qui regardaient le sacre des évèques comme une momerie. 4° Que Parker a été réellement sacré à Lambeth le 17 décembre 1559, par Barlow, assisté de Jean Scory, éluévèque d'Héreford, de Miles Coverdale, ancien évèque d'Excester, et de Jean Hocgskins, suffragant de Bedfford. On produit l'acte de cette consécration.
Mais en 1727 le Père Hardouin, et en 1730 le Père Le Quien, dominicain, ont réfuté Le Courrayer ; ils ont fait voir que la plupart des actes et des titres qu'il a cités, en particulier l'acte de la prétendue ordination de Parker à Lambeth, sont faux, supposés ou altérés; qu'ils ont été forgés postérieurement à l'an 1559, pour
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satisfaire aux reproches que les catholiques faisaient aux anglicans touchant la nullité de leur épiscopat; que Le Courrayer a tronqué de mauvaise foi les passages de plusieurs auteurs. Ils ont prouvé par de nouveaux témoignages, que ni Barlow ni Parker n'ont jamais été ordonnés évoques ; que l'un et l'autre étaient trèspersuadés qu'ils n'avaient pas besoin d'ordination. Le Courrayer n'a rien eu à répliquer de solide.
Sur la question de droit, ou sur la validité de l'ordination prescrite par le rituel d'Edouard VI, Le Courrayer a soutenu qu'elle est bonne et suffisante : 1° parce qu'elle consiste dans l'imposition des mains jointe à une prière ; 2° qu'il y est fait mention du sacerdoce et du sacritice, du moins indirectement; 3° que les erreurs particulières, soit du consécrateur soit de l'élu, ne l'ont rien à la validité de la cérémonie ; 4° que YorHinal ou le rituel d'Edouard VI a été dressé par des évêques et par des théologiens, et qu'il a été seulement autorisé par le roi.
Pour savoir à quoi nous en tenir, il faut examiner la cérémonie telle qu'elle est prescrite par ce rituel.
1° L'on commence par lire le brevet du roi, qui porte : Nous nommons, faisons, ordonnons, créons et établissons un tel, évalue de tel siège. 2° L'on fait prêter à l'élu un serment conçu en ces termes : « J'atteste et je dé- » clare sur ma conscience que le roi » est le seul gouverneur suprême de » ce royaume, tant dans les choses spi- » rituelles ou ecclésiastiques que dans » les temporelles, et qu'aucun autre » prince ou prélat étranger n'y a au- » cune juridiction, pouvoir, ni auto- » rite ecclésiastique ou spirituelle. »
3° L'évêque consécrateur demande à l'élu s'il a été appelé à l'administration de l'épiscopat suivant la volonté de Jésus-Christ et suivant les constitutions du royaume, et s'il est dans la volonté d'en remplir les devoirs.
4° Après les réponses de l'élu, le consécrateur lui met la main sur la tête, et prononce cette prière : « Que Dieu » tout-puissant, qui vous a donné » cette volonté, vous accorde encore » les forces et la faculté de faire
» efficacement toutes ces choses, de » manière qu'il achève en vous son » ouvrage, qu'il vous trouve inno- » cent et sans tache au dernier jour, » par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
» Ainsi soit-il. »
Or, on a soutenu contre Le Courrayer, et nous soutenons encore que cette formule est nulle et insuffisante:
i" Loin de faire aucune mention directe ou indirecte du sacrifice ni du sacerdoce, elle a été faite exprès pour en exclure formellement ces notions, puisque l'art. 31 de la confession de foi anglicane les rejette comme un blasphème. 2° Que demaude le consécrateur pour l'élu? Que Dieu lui donne la volonté de remplir les devoirs de l'épiscopat, selon les constitutions du royaume ; vainement il ajoute, selon la volonté de Jésus-Christ, puisque la constitution du royaume touchant l'épiscopat, est formellement contraire à la volonté de Jésus-Christ : l'une de ces choses exclut l'autre.
3° Il n'est pas une fonction civile pour laquelle on ne puisse faire la même prière en faveur de celui qui y est installé ; elle n'a donc rien de sacré ni de sacramentel. 4° Les erreurs particulières du consécrateur ou de l'élu ne feraient rien à la validité de la cérémonie, si d'ailleurs elle n'exprimaitpas formellement ces erreurs ; mais ici les erreurs anglicanes sont formellement exprimées par le brevet du roi, par le serment de l'élu, par les interrogations du consécrateur, et par la prière qui y est relative : c'est le total de la cérémonie qui détermine le sens de la formule. 5° 11 n'est pas question de savoir qui a dressé le rituel d'Edouard VI, mais qui lui a donné la sanction, l'autorité, la force de loi : or, selon la déclaration formelle de tout le clergé d'Angleterre, c'est le roi et le parlement. Les évêques et les théologiens qui y onl travaillé, étaient de simples commissionnaires, incapables de donner à leur ouvrage aucune autorité; ils étaient d'ailleurs hérétiques, et ils y ont expressément professé leur hérésie. 6° Ceux qui ont réfuté Le Courrayer, ont fait voir qu'en soutenani la validité de cette formule, il esl tombé dans plusieurs erreurs gros-
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sières et dans dus hérésies proscrites par le concile de Trente et par l'Eglise catholique. En ell'et, trente-sept de ses proposions ont été condamnées par l'assemlilée du clergé de France, le 22 août 1727, comme fausses, erronées et hérétiques. 7° Le Courrayer a posé en fait que, dans l'Eglise grecque, l'ordination des prêtres se fait par la seule imposition des mains, avec la prière ; il cite le Truite des ordinations du l'ère Morin, et le Père Hardouin l'avait supposé ain~i; niais il est certain que, chez les Grecs, l'évoque, assis devant l'autel, met la main sur la tête de l'ordinand, et lui applique le Iront contre l'autel chargé des vases pleins, en récitant la formule ; ainsi la porreetion des instruments est réunie à l'imposition des mains, et détermine la formule à désigner le double pouvoir du sacerdoce. Traité sur les formes des sacrements, par le P&eMvrtn, jésuite, c. 28. Aujourd'hui les savants conviennent que le l'ère Morin n'a pas rapporté assez exactement les rites des Orientaux. 8° Avant d'être ordonnés évoques, Barlow et Parker n'étaient pas prêtres : or, on ne peut citer, dans toute l'histoire ecclésiastique, aucun exemple certain d'une pareille ordination reconnue pour valide.
En 1730, un théologien luthérien, dans une thèse soutenue sous la présidence du docteur Mosheim, a examiné de nouveau celte question, tant sur le fait que sur le droit. Dans le premier chapitre, il fait l'histoire de la dispute et des ouvrages qui ont été faits pour ou contre la validité des ordinations anglicanes. Dans le second, il compare les arguments qui ont été allégués de part et d'autre.
Dans le troisième, il porte son jugement sur le fond et sur la forme. On conçoit bien qu'il a pris parti pour Le Courrayer ; il n'approuve pas néanmoins tous ses raisonnements, mais il témoigne beaucoup de mépris pour tous ses adversaires. Il «erait inutile de nous arrêter à l'histoire des faits ; il vaut mieux nous attacher au fond.
Chap. 2, § 13, l'auteur convient que le capital de la dispute est de
savoir si la forme de l'ordination des évèques angHcam est valide et suffisante ; il soutient l'affirmative par les mêmes arguments que Le Courrayer; mais il ne satisfait point à ceux que nous lui opposons. Suivant les meilleurs théologiens, dit-il, le rit essentiel del'ordinalion épiscopale consiste dans l'imposition des mains et dans une prière; l'Ecriture sainte n'exige rien de plus : or, l'une et l'autre se trouvent dans la rituel anglican.
Nous soutenons que toute prière ne suffit pas ; que si le sens n'en est point relatif aux fins du sacrement, aux devoirs et aux fonctions qui y ont été attachés par Jésus-Christ, à plus forte raison si les circonstances déterminent les paroles à un sens contraire, celte forme est absolument nulle. Or, nous avons fait voir que telle est la formule anglicane.
Les Anglais eux-mêmes ont si bien senti qu'elle était défectueuse, que, sous Charles II, ils l'ont changée. Ils y ont ajouté pour les évèques :'« Rece- » vez le Saint-Esprit pour exercer » les devoirs et les fonctions d'évéque » dans l'Eglise de Dieu et suuvcnez-vous » de réoeiller la grâce de Dieu qui est » en vous par l'imposition des mains ; »
» et pour les piètres : « Recciez le » Saint-Esprit pour exercer les devoirs » et les fonctions de prêtre dans l'Eglise » de Dieu. Recevez le pouvoir de pré- » cher la parole de Dieu et d'adminis- » trerles sacrements. Les péchés seront » remis à celui à qui vous les remette trez, et ils seront liés à celui auquel » vous les lierez. » Ibid., n. 22 23, 28. Quand cette addition rendrait la forme valide, elle n'a pas eu lieu dans l'ordination de Barlow et de Parker : ils étaient morts 80 ans auparavant ; des évèques ordonnés sans cette addition n'ont pas pu en ordonner d'autres validement. L'apologiste a beau dire que ces paroles ajoutées ne font point partie de la forme, qui consiste dans la prière ; les Anglais ont compris qu'elles étaient nécessaires pour déterminer le sens de la prière ; donc avant l'addition le sens n'était pas assez déterminé ; il l'était même, par les circonstances, à signifier le contraire, comme nous
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l'avons observé. Qu'il? aient cru, ou n'aient pas cru que la forme était déjà valide sans cette addition, cela ne nous fait rien.
Il n'est pas nécessaire, dit notre auteur, que la formule exprime la fin principale et l'clTet du sacrement ; elle n'est point telle pourle baptême, pour la confirmation, pour l'extrèmeonction, ni pour le mariage ; cela est faux. Ces paroles : Je te baptise au nom du Père, etc., signifient certainement, non la purification du corps, mais celle de l'âme, qui est l'elfot principal du baptême. Dans la confirmation, la formule : Je te marque du signe de la croix, et je te confirme par le chrême du salut, etc., exprime très-distinctement l'effet du sacrement.- H en est de même de la prière de l'extrème-onction : Que par cette onction, et sa grande miséricorde, le Seigneur vous pardonne les péchés, etc. Pour le mariage, la bénédiction du prêtre qui dit: Je v,us unis en mariage, au nom du Père, etc., n'est pas moins expessive, non plus que l'absolution dans la pénitence : à plus forte raison, dans l'Eucharistie, les paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, expriment L'effet de la consécration.
Le Courrayer en avait impose à ses lecteurs, en disant que les anglicans ne rejettent pas absolument la notion du sacrifice dans l'Eucharistie, qu'ils y admettent au moins un sacrifice ammémoratif etreprésentatif, qu'entre eux et les théologiens catholiques ,il n'y a qu'une dispute de mots ; que la notion de sacrifice n'est point fondée sur le dogme de la présence réelle.
Ibid., § 27. Son apologiste, plus sincère, conùent, c. 3, § 19, qu'un sacrifice commémoraiif et représentatif, dans le sens anglican, n'est qu'une ombre ou une figure de sacrifice:
que ce n'est point ainsi que l'a en- ! tendu le concile de Trente. En effet, ce concile aé\i lemment fondé la notion du sacrifice sur le dogme de la \ présence réelle, sess. 22, c. 4 et 2 , I et au mot Eucharistie, § 5, nous avons fait voir que cette notion ne peut pas être fondée autrement. C'est une des principales raisons qui ont attiré à Le Courrayer sa condammation pro-
noncée par le clergé de France, et approuvée par le souverain pontife.
Qnmd ce critique ajoute qu'il n'est pas nécessaire qu'un homme soit prêtre pour pouvoir être ordonné évèque, qu'on n 1 ! panse pas, même dans l'Eglise romaine, il se trompe encore ; le sentiment contraire a été condamné, comme nous l'avons observé ailleurs. Voyez. Evêqce.
Il avoue, c. 3, § 10, que le rituel d'Edouard VI a reçu du roi toute la sanction et toute l'autorité qu'il a pu avoir;que les évèques et les théologiens, chargés de le rédiger, n'ont été que les mandataires et les députés du roi ; que l'on ne reconnaît en Angleterre point d'autre source de l'autorité ecclésiastique.
De tout cela il résulte que l'Eglise romaine est très-bien fondée à regarder les ordinations anglicanes comme absolument nulles, et à réordonner ceux qui ont été ainsi promus au sacerdoce ou à l'épiscopat, lorsqu'ils rentrent dans le sein de l'Eglise.
Le même auteur soutient, contre Le Courrayer, que, si les évèques d'Angleterre sont ordonnés validement, ils le sont légitimement, et qu'ils ont droit d'exercer leurs fonctions, malgré les anathèmes de l'Eglise romaine; nous n'avons aucun intérêt d'examiner lequel des deux a raison. Nous verrons ailleurs les autres reproches que ce critique fait contre la doctrine catholique : suivant la coutume de tous les protestants, il la déligure pour avoir droit de la censurer ; il prend pour doctrine de l'Eglise les opinions particulières des théologiens les plus décriés.
Nous avons déjà dit que la liturgie anglicane se trouve dans le Père Lebrun ; mais elle a été changée au moins quatre fois avant d'être mise dans l'état où elle est aujourd'hui.
Quoique l'on en ait retranché tout ce qui pouvait donner l'idée de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie et du sacrifice, elle déplaît encore beaucoup aux puritains ou calvinistes rigides.
L'archevêque de Cantorbéry, primat d'Angleterre, jouit encore de la même juridiction et des mêmes privilèges dont jouissaient les évèques
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dans letreizième siècle ,mais le clergé anglican ne peut faire sur la doctrine, sur les mœurs, sur la discipline, aucun décret, sans commission spéciale du roi, et ses décrets n'ont de force qu'autant qu'ils sont confirmés par l'autorité ro j'aie. Les fonctions des évèques sont de prêcher, de donner la confirmation et les ordres ; celles des recteurs de paroisse ou des curés, sont de prêcher, de baptiser, de marier, d'enterrer les morts. Les trois dernières fonctions se paient très-chèrement, et tous les Anglais, sans distinction de religion, y sont assujettis ; mais en général le clergé est très-respecté en Angleterre.
Vu l'indifférence que les anglicans affectent pour le dogme, on ne doit pas être surpris du peu de zèle qu'ils ont pour la conversion des infidèles; ils ont même souvent tourné en ridicule celui de nos missionnaires. La religion ne leur parait pas une affaire de très-grande importance, et c'est pour cela qu'ils ont été tant loués par nos philosophes ; la plupart de leurs théologiens ont passé de l'arianisme ans opinions des sociniens. Bergieb.
ANGLO-SAXONNE (l'Eglise). (Thèol.
hist. èglis.) — V. Angleterre.
ANICET (S.), (théol. hist. pap.
(t D'après ce que raconte Eusèbe, (1 dit M. Héfélé, Anicet succéda à Pie sur le trône pontifical. C'était, d'après le calcul d'Eusèbc, le 10° successeur de S. Pierre. Il fut élu en 157, régna onze ans, et mourut dans la 8 e année de Marc-Aurèle, c'est-à-dire en 168. Cependant ces dates ne sont pas certaines ; Pearson place le pontificat d'Anicet entre 142 et 161 ; Dodwel, entre 142 et 153. Tillemont s'écarte un peu moins de nos premières assertions (2) dans ses notes sur l'article Anicet. Du reste le pontificat de ce pape est devenu célèbre, moins par ce qu'il fit que par ce qui arriva de son temps ; car ce fut à
(1) Hist eccl.,, lih. IV, c h et l».
;î) Monoires, etc., t. II.
cette époque que le gnosticisme parvint à son apogée et choisit pour siège principal de son enseignement Rome, où se trouvaient alors Valentin et d'autres grands gnostiques, notamment Marcion, qui s'y rencontra avec son ancien condisciple S. Polycarpe. On attribue habituellement pour motif au voyage que fit à ce moment Polycarpe à Rome le désir qu'il avait d'apaiser la discussion relative à la Pâque, et l'on se fonde sur Eusèbe (1) et S. Jérôme (2) ; mais S.
Jérôme a copié Eusèbe, et Eusèbe a pris ses données dans S. Irenée, en y mettant toutefois plus qu'il n'y avait trouvé.
En effet, S. Irénée dit, dans une lettre au Pape Victor (3), dont un fragment nous a été conservé par Eusèbe (4), « que Polycarpe vint à Rome visiter le pape Anicet parce qu'il s'était élevé quelques légères difficultés entre euxsur divers points ; mais que, quant "a celui de la Pâque, ils n'avaient pas voulu insister, chacun d'eux sentant qu'il ne ramènerait pas son adversaire ; qu'ils se séparèrent en paix, et qu'en preuve de leur union le pape avait prié son hôte d'offrir à sa place le saint sacrifice dans l'Église de Rome. » On ne peut assigner une date certaine à cet événement ; Baronius le place dans la cinquième année de Marc-Aurèle, c'est-à-dire en 166. Ce fut sous le règne d'Anicet qu'eurent lieu les persécutions des Chrétiens sous Marc- Aurèle et le séjour de S. Justin à Rome ; c'est là qu'il écrivitsa seconde Apologie, et qu'il fut martyrisé. Ce fut aussi sous Anicet que le célèbre Hégésippe, savant judéo-chrétien, vint à Rome (a). Le Martyrologe romain, Raban Maur, Florns, et d'autres, qualiiient Anicet de martyr ; mais les anciens, S. Irénée, Eusèbe et S. Jérôme, ne parlent point de son genre de mort. « Le faux Isidore , dit M.
Héfélé, a interpolé une lettre attribuée à S. Anicet, et adressée : Um-
ti)Hist. eccl.,lV, 14.
(2) Catal. Script, eccl., It, 17.
(3) Epistola ad Victorem Papam.
\i)Hùt eccl., V, 24.
(5) Eusèbe, Hist eecl., IV, el ÎB.