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ANSELME (saint), archevêque de Cântorbêry,mortl'an 1 100, est compté parmi les docteurs de l'Eglise. Il a laissé plusieurs ouvrages de théologie et de piété, dont le père Gerberon, bénédictin, a donné une bonne édition in-fulio. Ce saint a été plus instruit et meilleur écrivain que son siècle ne semblait le comporter.
Mosheim convient qu'il excella dans la dialectique, la métaphysique et la théologie naturelle; qu'il est l'auteur de l'argument dont on a faussement attribué l'invention à Descartes, c'està-dire de la démonstration de l'existence de Dieu, tirée de l'idée innée qu'ont tous les hommes d'un être iniiniment parfait. Il ajoute que ce saint archevêque et Lani'ranc, son pi.
cesseur et son maître, sont les vrais fondateurs de la théologie scolastique, mais qu'ils la traitèrenl plus de sagesse, de discernement et de solidité que leurs successeurs. Il t dit enlin que saint Anselme fut le meilleur moraliste de son temps; qu'il est le premier qui ait donné un système général ou un corps complet de théologie, mais que cet ouvrage fut surpassé par celui que composa sur la lin de ce même siècle Hildcbert, archevêque de Tours. 11ht. codés, du onzième siècle, 2° part., c. 1, § 7 ; c. 3, § 5 et 6.
Cet éloge est confirmé par le suffrage du traducteur anglais de Mosheim, et par Brucker, Ilist. de la Philos., tom. 3, p. 664. Il n'est pas ordinaire aux protestants de parler si avantageusement des Pères del'Eglise.
II y a une bonne notice des ouvrages de saint Anselme dans les Vies des Pères et des martyrs, tom. 3, p. 573.
Beiigier.
Nous complétons ce petit article de Bergier sur saint Anselme par l'appréciation suivante qu'a donnée monsieur Gams de ses travaux et de ses œuvres :
« Il avait eu non-seulement une influence décisive sur les affaires de son temps, mais ses travaux théologiques firent époque. On le désigne d'ordinaire comme le père de la théologie scolastique, parce que sa principale tendance consiste à démontrer la con-
formité de la foi chrétienne et de la raison humaine, en partant de ce principe que la science naît de la foi, et non la foi de la science. On connaît à cet égard les propositions d'Anselme : Bides prxccdit intellcctum. — Credo ut intclligam. — Neyligentia mihi videtur si, postquam confirmati sumus m pie, non studemus quod credimus inteUigere, expressions qui se retrouvent de toutes les manières dans ses écrits. Quant à la forme Anselme est peu scolastique; il se sert habituellement du dialogue ou d'une simple exposition. Il est l'auteur de la preuve ontologique de l'existence de Dieu. Après avoir, dans son Momhgium, parlé de Dieu en général, des attributs divins, de la Trinité, de la création, il voulut démontrer l'existence ,1e Dieu par une preuve courte, convaincante et irréfutable. Sa preuve se résume ainsi :
Les idées universelles, universalia, ne sont pas de .vains mots, fiatus vocis ; elles n'ont pas seulement une réalité dans les choses concrètes, in re, mais ayant elles et hors d'elles. Or, l'idée d'un Etre suprême germe d'elle-même dans notre esprit. Nous ne pouvons pas ne pas penser l'Etre suprême.
Mais l'Etre au delà duquel rien ne peut être pensé doit exister, puisque nous le pensons. S'il n'existait pas, on pourrait en penser un qui existât, et cet Etre, précisément parce qu'il aurait une existence réelle, serait supérieur à l'autre. On pourrait donc, dans ce cas, penser un Etre supérieur à celui qui aurait été pensé supérieur à tout. Or, cela est contradictoire, et, par conséquent, l'Etre qui peut être pensé comme ce qui est plus grand que tout est non pas seulement subjectivement vrai, mais objectivement réel.
« Anselme réfuta dans un traité à part les opinions que le moine Gaumilo avait émises dans un livre intitulé : Liber pro insipiente. L'Etre suprême a, dit-il, conscience de lui-même; il est intelligence et amour. En tant que l'homme est un être intelligent et aimant, il est semblable à Dieu et peut connaître Dieu. Tous ses efforts doivent tendre à développer en lui-même la faculté qu'il a de com-