‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 109 sur 166 · ANS · texte numérisé non relu

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prendre et d'aimer et de parfaire en fui l'image de Dieu. Pour qu'il le puisse, il faut que Dieu s'abaisse jusqu'à l'homme, il faut qu'il lui communique la foi, il faut que l'homme l'accepte. Mais l'homme, parle péché originel, suite du péché d'Adam, est séparé de Dieu, incapable par luimême de s'unir à Dieu et de rétablir en lui l'image de son principe. Pour dé' truire la peccabilité et la responsabilité qui ont été communiquées par la faute personnelle d'Adam à la nature humaine, il a fallu que la seconde Personne de la Divinité s'unit à la nature humaine. Dieu créa le nouvel homme, né d'une femme, sans le concours dé l'homme, et le Verbe s'unit à lui en une seule personne. Puisque le Sauveur du monde devait satisfaire pour les péchés du monde, il fallait qu'il fût Dieu, parce que l'injustice infinie commise envers Dieu par le péché ne pouvait être réparée et détruite que par un mérite infini. Il fallait qu'il offrît à la majesté et à la justice divines, offensées et méprisées par le péché de l'humanité, un sacrifice infini, qui non-seulement contrebalançât le châtiment dû au péché, mais emportât la balance.

« Il n'y a guère eu, dans l'histoire de la spéculation, de théorie dogmatique qui ait eu une influence plus profonde et plus générale que celle qu'exerça la théorie de la satisfaction d'Anselme sur la théologie des siècles qui lui succédèrent. Anselme unissait enluiles deux tendancesqui se séparèrent dans la théologie postérieure, la tendance rationnelle et la tendance mystique, et il est difficile de déeiderdans laquelle des deux il est plus grandetplus admirable. Ilfaitpreuve dans ses Ana/oâri'esetses Homélies, mais surtout dans ses Méditations et ses Prières, d'une profondeurde sentiment qui égale la finesse de son esprit et la subtilité de sa raison ; il est aussi tendre en exprimant son amour pour Jésus-Christ qu'il est rigoureux dans ses démonstrations logiques ; tantôt il soupire sous le poids du péché, tantôt il s'exalte dans la joie que lui inspire la Rédemption. Son style est plein de mouvement, de force et de vie, sublime de pensée et d'image,

en même temps que doux et tendre.

Sanombreuse correspondance prouve sa merveilleuse activité et toute l'influence qu'il exerça sur son siècle, en même temps qu'elle offre une sensible peinture de la situation morale et religieuse de sou époque.

« Anselme présente, dans l'histoire de l'Église, le triple modèle d'une âme ardente et pieuse, uniquement appliquée a restaurer l'image du Sauveur en elle ; d'un prince de l'Église uniquement préoccupé de propager la doctrine chrétienne et de faire triompher les libertés de l'Église ; d'un écrivain solide et brillant, qui donna à la théologie un esprit nouveau et répandit une semence dont les fruits se perpétuent à travers les siècles. »

La meilleure édition ancienne de ses œuvres est celle de don Gabriel Gcrberon, Paris 1075, 1721. On en a fait une aussi à Venise en 17ii, 2 vol.

in-fol. et n'oublions pas celle qu'en a donnée, dans notre temps, l'abbé Migne dans sa patrologie.

Le Nom.

ANTÉCÉDENT. Ce terme est usité en théologie, où l'on dit, en parlant de Dieu, décret antécédent, volonté antécédente.

Un décret antécédent est celui qui précède, ou un autre décret, ou quelque action de la créature, ou la prévision même de cette action.

Les théologiens sont fort partagés pour savoir si la prédestination à la gloire est un décret antécédent ou subséquent à la prévision de la foi et des mérites de ceux qui sont appelés; c'est une opinion qu'on agile librement pour et contre dans les écoles catholiques, et toutes deux sont fondées sur des autorités et des raisons trèsfortes. Voyez Prédestination.

Volonté antécédente, dans un sens général, est. celle qui précède quelque autre voltrarté, désir ou prévision. On dit qu'il y a en Dieu une volonté antécédente' tir. sauver tous les hommes; mais, conséquemment à la prévision des crimes de plusieurs, il ne veut plus les sauver, .nais les damner.^

On dispute beaucoup dans les écoles sur la nature de cette volonté ries uns prétendent que ce n'est qu'une

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volonté de signe, unn volonté métaphorique, inefficace, un simple désir qui n'a jamais d'effel ; |cs antres , mieux fondés, soutionncnl que c'est unn volonté de bon pl.ùsir, volonté sincère et réelle, qui n'e3l privée de son dernier effet que par la fautedes homme:;, qui n'usent pus, ou qui usent mal des moyens que Dieu leur accorde pour opérer leur salut.

Cette volonté c i d me prouvée par son effet immédiat qui esj d'accorder des grâces. Voyez Ut.m e,§ 3; Saldt.

Il est bon de remarquer que ce terme "N.'rfcrrfV-nfn'ostappliquéà Dieu que relativement à notre manière de concevoir. En rffel, Dieu voit et prévoi*. eu même temps et sans diversité dans la manière, tant l'objet de sa prévision, que les circonstances inséparables de cet objet : de même il veut eu môme temps tout ce qu'il veut, sans succession et sans inconstance : ce qui n'empêche pas que Dieu ne puisse vouloir ceci à l'occasion de cela, ou qu'il ne pnisseavoir un désir à causerie telle prévision.

C'est ce que les théologiens appellent ordre ou priorité île nature, priorUas naturx, par opposition h l'ordre nu à la priorité du temps, prioritas tem- P°ri»- Bergier.

ANTECHRIST. Ce terme est formé de la préposition grecque 4w, contra et de JCf>KTï?«, Christm. Il signilie en général un ennemi de Jésus-Christ, un homme qui nie que Jésus-Christ soit venu, et qu'il suit le Messie promis.

C est la notion qu'en donne l'apôtre saint Jean dans sa.premiêre épitre, c.2.

En ce sens, on peut dire des Juifs et des intidèlesque ce sont des antechrists .

Par antechrist, on entend plus ordinairement un tyran impie et cruel à l'excès, qui doit régner sur la terre lorsque le monde touchera à sa tin.

Les persécutions qu'il exercera contre les élus, seront la dernière et la plus terrible épreuve qu'ils auront à subir. Selon l'opinion de plusieurs commentateurs, Jésus-Christ mémo a prédit que les élus y auraient succombé, si le temps n'en eût été abrégé en leur faveur : c'est par ce fléau que Dieu auuouccra le jugement dernier

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et la vengeance qu'il doit prendre aes

méchants.

L'Ecriture et les Pères parlent de f antechrist comme d'un seul homme auquel, à la vérité, ils donnent un grand nombre de précurseurs. Suivant saint irénée, saint Ambroise, saint Augustin et presque tous les autres Pères, Yantechrist doit être, non un homme engendré par un démon, comme l'a prétendu saint Jérôme, ni un démon revêtu d'une chair apparente et fantastique, moins encore un démon incarné, comme l'ont imagina d autres; mais un homme de la même nature et conçu par la même voie que tous les autres, qui ne différera d eux que par une malice et une impiété plusdignesd'un démonque d'an homme. Oimme les traits du tableau qu'ils ont tracé ne sont que des conjectures et n'ont aucun fondement solide, il est assez inutile de nous y arrêter.

On sait que plusieurs écrivains protestants ont trouvé bon d'appliquer au Pape et à l'Eglise romaine tout ce que l'Ecriture, et surtout l'Apocalypse, dit de Yantechrist. L'absurdité de cette idée n'a pas empêché que les protestants du dernier siècle ne l'aient adoptée comme un article de foi dans leur dix-septième svnode national, tenu à Gap en 1G03. Ils affectèrent même de publier que Clément VIII, qui décéda quelque temps après, était mort de chagrin de cette décision ; mais ce pontife, aussi bien que le roi Henri IV, qu'ils avaient déclaré en plein synode rocede l'antechrist, n'opposèrent à leurs excès que la modération, le mépris et le silence.

Quoique lesavantGrotiusetle docteur Hammond se fussent attachés à détruire ces rêveries, on a vu, sur la fin du siècle dernier, JosephMède en Angleterre, et le ministre Jurieu en Hollande, les présenter sous une nouvelle forme, qui ne les a pas accréditées davantage. Les catholiques ont démontré le fanatisme des explications de l'Apocalypse, par lesquelles ces écrivains s'efforçaient de montrer que Yantechrist devait paraître et sortir de l'Eglise romaine vers l'an 17fO.C-n peut consulter sur cette matière Y If ut.

des Variatio », par Bos'suet, tom. 2,

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liv. 13, depuis l'art. 2 jusqu'à la fin du même livre.

Il est fâcheux que cette idée bizarre des protestants ait été consacrée à Genève par une inscription qui fait pitié aux voyageurs sensés.

Pour en pallier l'absurdité, quelques protestants on dit que, quand ils soutiennent que le pape est Vantechrist, ils n'entendent point parler de sa personne, mais de son autorité; que cela signifie seulement que sa domination est un règne antichrétien, ou contraire à l'esprit du christianisme. Mais ont-ils prévu les conséquences de cette prétention même?

Jésus-Christ avait promis à son Eglise qu'il serait avec elle jusqu'à la consommation des siècles, et que les portes de l'enfer ne prévaudraient point contre elle ; il a si mal tenu sa parole, que pendant plus de mille ans, selon le calcul des protestants mêmes, cette Eglise a reconnu pour pasteur légitime et pour vicaire de Jésus-Christ un personnage antichrétien, et lui a constamment attribué une autorité anlicbrétienne : ainsi, le royaume de Jésus-Christ est devenu un royaume antichrétien. Autant vaudrait dire qu'il n'y a pas eu de vrai christianisme sur la terre depuis le cinquième siècle jusqu'au seizième, et que l'anticliristianisme en avait pris la place. Il faudrait même supposer que cet antichristianisme a commencé immédiatement après la mort des apôtres, si le portrait que les protestants ont fait des pasteurs de l'Eglise dans tous les siècles était vrai; il nous parait que de toutes les opinions, il n'y en a point de plus antichrétienne que celle-là.

On trouve parmi les écrits de Raban Maur, d'abord abbé de Fulde, puis archevêque de Mayence, auteur fort célèbre du neuvième siècle, un traité sur la vie et les mœurs de Vantechrist. Nous n'en citerons qu'un endroit singulier ; c'est celui où l'auteur, après avoir prouvé par saint Paul que la ruine totale de l'empire romain, qu'il suppose, être celui d'Allemagne, précédera la venue de l'antechrist, il conclut de la sorte : « Ce » terme fatal pour l'empire romain » n'est pas encore arrivé. Il est vrai

» que nous le voyons aujourd'hui ex- » trêmement diminué, et pour ainsi » dire détruit dans sa plus grande » étendue , mais il est certain que son » éclat ne sera jamais entièrement » éclipsé; parce, que, tandis qucles rois » de France, qui en doivent occuper » le trône, subsisteront, ils en seront » toujours le ferme appui. Quclques- » uns de nos docteurs assurent que » ce sera un roi de France qui, à la » lin du monde, dominera sur tout » l'empire romain. »

Il ne parait pas que nos rois aient jamais compté beaucoup sur cette prédiction.

Malvenda, théologien espagnol, a donné un long cl savant ouvrage sur Vantechrist. Son traité est divisé en treize livres. Il expose dnnslc premier les différentes opinionsdes Pères touchant Vantechrist. Il détermine, dans le second, le temps auquel il doit paraître, et prouve que tous ceux qui ont assuré que la venue àel'antechrist était proche ont supposé en même temps que la lin du ™?:;de z'itri':

pas éloignée. Le troisième est une dissertation sur l'origine de Vantechrist, et sur la nation dont il doit être. L'auteur prétend qu'il sera juif et de la tribu de Dan, et il se fonde sur l'autorité des Pères et sur le f 17 du chap. 49 de la Genèse où Jacob mourant dit à ses fils : Dan est un serpent dans le chemin, et un céraste dans le sentier; et sur le chap. 8, f 16, de Jérémie, où il est dit que les armées de Dan dévoreront la terre; et encore sur le c. 7 de l'Apocalypse, où saint Jean a omis la tribu de Dan, dans l'énumération qu'il fait des autres tribus. Il traite, dans le quatrième et le cinquième, des caractères de Vantechrist. Il parle dans le sixième de son règne et de ses guerres ; dans le septième, de ses vices ; dans le huitième, de sa doctrine et de ses miracles; dans le neuvième de ses persécutions; et dans le reste de l'ouvrage, de la venue d'Enoch et d'Elie, delà conversion des Juifs, du règne de Jésus-Christ et de la mort de Vantechrist, qui arrivera après un règne de trois ans et demi. Il ne manque à toutes ces belles choses que " des preuves et du bon sens. Ceux qui

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voudront prendre la peine de lire la longue dissertation sur Yantechrist, que l'on a placée dans la Bible d'Avignon, 1. 16, pag. 39, n'cnseront pas plus instruits.

S'il nous est permis d'en dire notre avis, nous pensons que c'est une mauvaise manière d'expliquer l'Ecriture sainte, que de rapprocher l'une de l'autre des prédictions qui ont un objet tout différent, de prendre à la lettre des expressions qui sont évidemment figurées et hyperboliques, de supposer au contraire des figures où il n'y en a point, et où l'on trouve un sens littéral très - clair et trèssimple. Il n'est pas sûr que Maladie, en annonçant le retour d'Elie, ait voulu parler de cet ancien prophète, puisque Jésus-Christ a fait à saint Jean - Baptiste l'application de celte prédiction. Voyez Elie. Il n'est pas certain que Jésus-Christ lui-même ait prédit la fin du monde, puisque tout ce qu'il dit peut s'entendre de laruine de Jérusalem, et de la fin de la république juive ; plusieurs interprètes catholiquesl'ont ainsi entendu. Voyez Fin du monde. Il est fort douteux si, dans la seconde épitre aux Thessaloniciens, saint Paul, par Y homme depéché, a voulu désigner Yantechrist, ou un des persécuteurs qui avaient entrepris la ruine du christianisme.

Nous n'avons aucune preuve certaine que saint Jean, par Yantechrist, ait entendu un seul homme, puisqu'il dit qu'il y a eu plusieurs antechrists, etc. Enfin, l'on ne peut pas prouver qu'il est question de ce personnage dans l'Apocalypse. Que peut-il donc résulter de la 'comparaison de quatre ou cinq prophéties dont le sens n'est pas clair, sur l'explication desquelles les interprètes ne sont point d'accord, et qui peut-être n'ont aucun rapport entre elles? Notre religion n'a pas besoin de conjectures, de vains systèmes, de figurisme arbitraire, pour se soutenir; la fureur de lui donner de pareils appuis ne peutquelui nuire et donner prise à ses ennemis. Voyez FiGunisME. Bergier.

ANTÉDILUVIENS, hommes qui ont vécu avant le déluge. L'Ecriture nous les représente comme une race d'im-

pies et d'hommes pervers; elle dit que leur malice était extrême et toutes leurs pensées tournées vers le mal, que toute chair avait corrompu sa voie. « Dieu dit, ajoute la vulgate, » mon esprit ne demeurera point avec » l'homme pour toujours, parce qu'il » est charnel ; je ne le laisserai plus » vivre que cent vingt ans. » Gen., c.

6,^3. A ce sujet, saint Jérôme fait une observation remarquable. « Il y » a, selon l'hébreu, mon esprit ne » jugera pas ces hommes pour l'éternité, » farce qu'ils sont de chair; c'est-à- » dire, je ne les réserverai pas à des « châtiments éternels, parce que la » nature de l'homme est fragile ; mais » je leur rendrai ce qu'ils méritent.

» Ainsi ce verset n'exprime point la » sévérité de Dieu, comme dans nos » versions, mais sa clémence, lorsque » le pécheur est puni en ce monde » pour ses crimes. » InGen., c. 6. En effet, le texte hébreu et le samaritain portent littéralement le sens qu'y a vu saint Jérôme. De là les Pères oit conclu que par le déluge Dieu a praf les pécheurs en ce monde, poui leur faire miséricorde en l'autre. Origène, Hom. i, in Ezech., n. î. TertulL, L.

de Bapt., c. 8. Saint Jean Chrysostôme, In Ps. \ 10, n. 3. Saint Jérôme, Epist. ad Océan., tom. 4, 2" parlie, pag. 650. Saint Augustin, In Ps. 58, serin. 2, n. 6; serm. 171, de verbis apost., n. 5, etc. Ils ont présumé que comme le déluge n'arriva pas tout à coup et dans un seul instant, mais peu ci peu, les pécheurs eurent le temps de demander pardon à Dieu, et que le Seigneur se servit de la crainte de la mort pour leur inspirer le repentir. Bergier.

ANTÉ DTLUVIEN (l'homme). (ThéoL mixt. scien. anthropol.) — V. âges

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