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des pieds, des mains, des yeux, etc.
"Nous tombons dans le même inconvénient à l'égard des opérations de notre âme. Comme les organes du corps sont les instruments par lesquels nous exerçons nos facultés spirituelles, il est naturel d'exprimer celles-ci par les fonctions corporelles.
Nous dirons d'un homme de génie que c'est une bonne tète, d'un esprit pénétrant qu'il a de bons yeux, d'un homme puissant qu'il a le bras long, etc. Ce langage ne trompe personne.
Ainsi, par analogie, les yeux de Dieu sont la connaissance qu'il a de toutes choses; sa main, son bras, est sa puissance; sa bouche, sa parole, sont les signes qu'il donne de sa volonté, etc. Le psalmiste dit que les cieux sont l'ouvrage des doigts de Dieu, afin de nous faire comprendre que Dieu les a faits sans y employertoutes ses forces, mais avec autant de facilité que ce que nous faisons du bout des doigts. Voyez les deux articles suivants. Bergier.
ANTHROPOMORPHISME, AN- THROPOMORPHES, termes formes d'dtvOpo)-oî,/io»îme, etde[iop9^, forme.
L'anthropomorphisme est l'erreur de ceux qui attribuent à Dieu une ligure humaine, un corps humain. D'anciens hérétiques prirent à la lettre les anthropologies de l'Ecriture, et ce qu'elle nous dit que Dieu a fait l'homme à son image et à sa ressemblance. Ils en conclurent que Dieu a réellement des pieds, des mains, des yeux et un corps comme le nôtre ; que les patriarches avaient vu Dieu, non sous une figure empruntée, mais dans sa propre substance divine. Ils nommaient oriyénistes, ceux qui leur soutenaient que Dieu est un être purement spirituel: Ils allégorisent, disaient-ils, comme Origène, les paroles de l'Ecriture qui prouve que Dieu a un corps comme nous.
Saint Epiphane appelle les anthropomorphites, audiens, d'un certain Audius, que l'on croit avoir été leur chef, et qui a vécu dans la Mésopotamie; il était à peu près contemporain d'Arias; saint Augustin les nomme radiens, vadiani.
Mosheim qui croit sur des preuves
assez légères que V anthropomorphisme était une erreur très-commune dans les premiers siècles de l'Eglise, nonseulement parmi les fidèles, mais parmi les évèques, avoue néanmoins que ceux qui le soutenaient, n'attribuaient pas à Dieu un corps grossier et charnel, mais un corps subtil et délié, semblable à la lumière, organisé comme le corps humain, non par nécessité, mais pour l'ornement et pour se rendre visible aux bienheureux.
Tertullien semble être tombé dans l'anthropomorphisme ; mais on peut aisément l'en 'disculper, puisqu'il a démontré, contre Hermogène, que Dieu est créateur de la matière ; il aurait donc fallu que Dieu créât son propre corps, absurdité qui n'est jamais venue dans l'esprit de Tertullien. Ce Père pense que, quand Dieu est apparu aux patriarches, ce n'était pas Dieu le Père, mais son Fils, qui, en prenant une ligure humaine, préludait, pour ainsi dire, à l'incarnation. Adv. Marcion., 1. 2, c. 27. Il était donc bien persuadé que Dieu n'a point de corps.
Mosheim rapporte qu'au dixième siècle cette erreur fut renouvelée en Italie par des gens du commun, et môme par des ecclésiastiques, et qu'ils y furent induits par l'habitude de voir des images dans les églises. Quand cela serait, il ne s'ensuivrait rien contre le culte des images : les anthropomorphites du quatrième siècle avaient été induits en erreur par plusieurs passages de l'Ecriture sainte grossièrement entendus. Cependant les protestants veulent que les hommes les plus ignorants lisent l'Ecriture sainte.
Aujourd'hui, parmi les incrédules modernes, les uns accusent à'anthropomorphisme tous ceux qui admettent un Dieu; parce que nous ne pouvons penser à Dieu sans nous en former une image. Mais cette illusion de l'imagination ne prouve rien, dès que nous faisons profession de croire que Dieu est un pur esprit. Toutes les fois que nous entendons nommer un objet que nous n'avons jamais vu, nous nous en formons une image, et cette image est touj ours trè s-dilfé-
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rente de ce qu'est l'objet en luimême : il ne s'ensuit rien.
D'autres reprochent aux théologiens l'anthropomorphisme spirituel, c'est-à-dire, d'attribuer à Dieu toutes les qualitéshumaines:! entendement, la volonté, la science, la sagesse, etc.
De ce langage, disent-ils, il s'ensuit que Dieu est de même nature que nous, un homme comme nous, quoique plus parfait peut-être que nous.
Quand cela serait vrai, faudrait-il embrasser l'athéisme, parce que nous ne pouvons avoir de Dieu des idées dignes de sa grandeur et de ses perfections inlinies? ou faut-il nous abstenir de penser à Dieu et d'en parler, parce que le langage humain n'est pas assez parfait? Mais le reproche des athées est mal fondé. Nous croyons et nous déclarons qu'en Dieu toute perfection est inlinie, exempte de tous les défauts d« l'homme, mais que notre esprit borné ne peut rien concevoir d'inlini: il n'y a donc là aucun danger d'erreur. Voyez Attributs, et l'article suivant.
Behgieh.
ANTHROPOPATHIE, ligure, expression, discours par lesquels on attribue à Dieu les passions hurnaines, comme l'amour, la haine, la colère, la jalousie, etc. Ce n'est pas la même chose qu'anthropologie: celleci a lieu lorsqu'on attribue à Dieu quelque chose que ce soit qui convient à l'homme, comme des membres, etc. Anthropopatlde ne se dit que quand on lui prête des passions ou des alfections humaines.
Puisque Dieu est immuable et souverainement parfait, il est évident qu'on ne peut lui attribuer des passions, non plus que des membres corporels, sinon dans un sens métaphorique. On dit que Dieu est irrité, lorsqu'il punit, qu'il hait les impies, parla même raison qu'ilest jaloux de son culte, parce qu'il défend de le rendre à d'autres qu'à lui, etc. Voyez (xlassii Philolog. Sacra, col. 1530 et suiv.
Tertullien disait aux mareionites, qui se scandalisaient de ces expressions de l'Ecriture sainte : « Je vous » répèt» que Dieu n'a pu converser
» avec les hommes à moins qu'il ne dai- » gnàt parler comme eux, s'attribuer » leurs sentiments et leurs alfections.
» Il fallait ce langage humain, pour » mettre à portée de notre faiblesse » les grandeurs de la majesté suprê- » me. Si cela paraît indigne de Dieu, » cela est nécessaire à l'homme : or, » rien n'est plus digne de Dieu que y, l'instruction et le salut de sescréa- » tures. » Adv. Marcion., 1. 2, c. 27.
Origène, contre Celse, 1. 4, n. 71 et suiv.; saint Cyrille, contre Julien, 1. 5, p. 1 S 1-1 54, répondent de même.
Behgieh.
ANTHROPOPHAGES, peuples qui mangent de la chair humaine; leur nom vient d'âvôpwnoî hommes, et de ipafEÏv, manger. Avant que les hommes, devenus sauvages, eussent été adoucis par la culture des arts et civilisés par des lois, il parait que la plupart des peuples mangeaient delà chair humaine: les Sauvages en mangent encore ; les Grecs et les Romains attribuaient à Orphée la réforme de cet horrible usage. Croirait-on qu'il a plu à un philosophe de notre siècle d'accuser les Juifs d'avoir été anthropophages ? Nous lisons dans Ezéchiel, c. 31 et suiv.:
« Dites aux oiseaux du ciel et aux » bêtes de la campagne : Venez, ac- » courez à la victime que je vais » immoler sur les montagnes d'Is- » raël, pour vous en faire manger la » chair et boire le sang. Vous mange- » rez la chair des guerriers, vous boi- » rez le sang des grands de la terre, » des béliers et des taureaux, etc.»
Selon lephilosophe dont nousparlons, les oiseaux du ciel et les bêtes de la campagne sont les Juifs.
Nous ne relèverions pas cette ineptie, si nous ne savions jusqu'à quel point les disciples des philosophes portent l'incrédulité. Behgieh.
ANTI-ADIAPHORISTÉS, c'est-àdire, opposés aux adiaphoristes ou indifférents. Voyez Adiaphoristes.
Dans le seizième siècle, ce nom fut donné à une secte de luthériens rigides, qui refusaient de reconnaître la juridiction des évêques, et im prouvaient plusieurs cérémonies de l'Eglise
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observées par les luthériens mitigés.
Yoyez Luthériens. Bekgier.
ANTIC0NC0RDATA1RES, (théol.
hist. sect.) Cette secte gallicane, qu'on a aussi nommée la Petite Église, n'étail pas sans attache au jansénisme et surtout au légitimante politique ; elle avait principalement entraîné des fractions de la population bretonne, mais elle n'a pas persisté très-longtemps ; elle s'esléleinte avec ceux qui avaient été les témoins des événements qui lui avaient donné lieu. M. l'abbé Pierrot raconte ainsi ces événements, dans son édition de Bergier faisant partie de l'encyclopédie théologique de l'abbé Aligne. « L Eglise de France avait eu horriblement à souffrir de la révolution de 89, lorsque le pape Pie Vil conclut avec le premier Consul le Concordat du la juillet 1801. Les évèques de France étaient morts ou dispersés ; les églises privées de pasteurs étaient ilans une espèce de veuvage. 11 fallait, pour guérir un si grand mal, employer un remède énergique. Pie VII résolut de détruire tous les sièges et d'en établir de nouveaux. Un pareil acte de suprême autorité ne s'était pas encore vu dans l'Eglise. Le Saint-l'ère voulut d'abord recourir à la voie de la conciliation.
Il demanda à tous les évèques la démission de leurs sièges. Quatre-vingtun évèques existaient encore : quarante-cinq accédèrent à la mesure du Pontife ; trente-six s'y refusèrent, alléguant pour motif qu'ils n'avaient pas été consultés dans les nouveaux arrangements du Pape avec le premier Consul. » Alais, comme l'observe M. Picot, la proposition de consulter et d'entendre tous les é\èques étaitelle d'une exécution facile dans un temps de révolutions et d'incertitudes qui n'offrait pas assez de tranquillité pour la réunion, d'un concile ? Et le besoin urgent d'éteindre un long schisme et de faire cesser une persécution déclarée ; la nécessité de relever la religion de ses ruines, et de la rappeler dans le cœur des fidèles, qui l'oubliaient de plus en plus au milieu des orages et des entraves où elle gémissait depuis plus de dix ans, n'autorisaient-ils pas le pape à s'écar-
ter des règles ordinaires et à déployer un pouvoir proportionné à la grandeur des maux de l'Eglise ?
« Le pape ne tint compte de ce refus, et le 29 novembre il rendit la bulle Qui Christi Domini, qui divisait la France (qui comprenait alors la Belgique et la Savoie) en soixante diocèses, dont dix métropoles et cinquante évêchôs. Par la bulle Quoniam faoente, Pie VII délégua au cardinal Lapierre le pouvoir d'instituer de nouveaux évèques. Les évèques qui avaient refusé leur démission rédigèrent une protestation contre ce qui venait de se faire. Elle portait sur quatre points : — sur le Concordat, — sur la reconnaissance du gouvernement républicain par le pape, au détriment du roi légitime, — sur l'aliénation des biens du Clergé, — et sur les articles organiques. Celte protestation fut signée non-seulement par les trente-six évèques, mais encore par MAI de la Chambre et de la Tour, qui avaient envoyé leur démission.
« Pie VII vint sacrer Napoléon ; il exigea des évèques un acte d'adhésion à toutes les mesures prises par lui relativement aux affaires ecclésiastiques de France; tous souscrivirent.
Us avaient déjà délégué leurs pouvoirs aux évèques nommés, afin q e leurs actes ne fussent pas frappés >ie nullité. Après la chute de Napoléon, Louis XVI II demanda aux opposante qui avaient jusqu'alors persisté dan:
leur refus, de donner enfin leur démission. Pour ne pas contristerle cœur de ce bon roi qu'ils aimaient, ils remuent leur démission entre ses mains. Cette démission était conçue eu termes qui étaient loin d'être flatteurs pour le pape. Une lettre écrite à Pie Vil le 22 août 1818 par M. de Périgord et six autres évèques, fut rejetée par la cour de Rome. Enfin, le 8 novembre, ils souscrivirent un acte d'obéissance sans aucune z'éserve.
Un seul évêque, M. de ïhémines, persista dans son refus. Il écrivit à Louis XVIII, qui avait parlé de son sacre dans un discours d'ouverture des Chambres : « Le siècle est trop usé pour ne lui donner qu'une cérémonie et un spectacle sanspréliminaire et sans suite. Le Dieu de Clovis, de»Charle-
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magne et de saint Louis est le Dieu de saint Rémi, de tous les Apôtres des Gaules et de leurs successeurs légitimes. Aussi, le grand saint dit au baptême de Clovis : Baissez la tête, lier Sicambre ; adorez ce que vous avez brûlé, et brûlez ce que vous avez adoré. Il faut que saint Louis puisse dire à V. M. des paroles bien plus glorieuses : Levez la tète, fils de saint Louis ; vous avez relevé ce qui était abattu, et vous avez abattu ce qui s'était élevé. Sans cela, Sire, le Dieu de saint Rémi, des apôtres des Gaules et de leurs successeurs légitimes, le Dieu de Clovis, de Cbarlemagne et de saint Louis ne sera point à votre sacre. » M. de Tbémines fut alors le chef de la Petite Eglise, et ne se soumit qu'en 1829.
« Environ quatre cents prêtres demeurèrent attachés aux opposants. »
Le Noir.
ANTIDICOMARIANITES , anciens hérétiques qui ont prétendu que la sainte Vierge n'avait pas continué de vivre dans l'état de virginité ; mais qu'elle avait eu plusieurs enfants de Joseph son époux, après la naissance de Jésus-Christ. Voyez Vierge.
On les appelle aussi antidicomarites, et quelquefois antimarianites et aniimariens. Leur opinion était fondée sur des passages de l'Écriture, où Jésus fait mention de ses frères et de ses sœurs; et sur un passage de saint Matthieu, où il est dit que Joseph ne connut point Marie jusqu'à ce qu'elle eut mis au monde notre Sauveur.
Mais on sait que chez les Hébreux, les frères et les sœurs signifient souvent les cousins et les cousines.
Les antidicomarianites étaient les sectateurs d'IJelvidius et de Jovinien, qui parurent à Rome sur la fin du quatrième siècle. Ils furent réfutés par saint Jérôme (1 ). Bergier.
ANTIENNE, en latin antiphona, du grec 4v*i, contre, et çwvr,, voix, chant.
Les antiennes ont été ainsi nommées, parce que dans l'origine on les chantait à deux chœurs, qui se répondaient alternativement ; et l'on comprenait sous ce titre les hymnes et . les psaumes que l'on chantait dans l'église. Saint Ignace, disciple des apôtres, a été, selon Socrate, l'auteur de cette manière de chanter parmi- les Grecs, et saint Ambroise l'a introduite chez les Latins. Théodore en attribue l'origine à Diodore et à Flavicn.
Quoi qu'il en soit, on comprenait sous ce titre tout ce qni se chantait par deux chœurs dans l'église alternativement. Aujourd'hui la signification de ce ternie est restreinte à certains passages courts tirés de l'Ecriture, qui conviennent au mystère, à la vie ou à la dignité du saint dont on célèbre la fête, et qui, soit dans le chaut, soit dans la récitation de l'office, précèdent les psaumes et les cantiques. Lenombre des antiennes varie suivant la solennité plus ou moins grande des offices. L'intonation de l'antienne doit toujours régler celle des psaumes. Les premiers mots de Viuitinme sont adressés par un choriste à quelque personne du clergé, qui la répète; c'est ce qui s'appelle imposer et entonner une antienne.
Dajis L'office romain, après l'imposition de l'anthune, le chœur poursuit et la chante tout entière avant le psaume, et après le psaume tout le chœur la repète.
Ou donne aussi le nom d'antienne à quelques prières particulières que l'Eglise romaine chante à l'honneur de la sainte Vierge, et qui sont suivies d'un verset et d'une oraison, telle que le Salve Iiegina, Regina cœli, etc.
Bergier.
(1) Le- hérétiques doDt il est ici question prétendaient que Tertuilien, vers l'an 200, avait émis leur idée ; mais u on ne voit rien de s- mUahie, dit RI. llidVdé (dit t. encycl. de lu theo'. coth&U) dans les écrits qui nous restent de Tertidlien, et si Sehrisha prétendu trouverdans son ouvrage demoîlOfjaniiu, e. 8, des expressions dirigées contre la vii'-iuih' perpétuelle de Marie, il y a vu plus qu'il n'ya; il a lu avec Rigaltius, mal lu, pos£ partum a ulieu de ob partum, et en à tiré de iaussus conft équenees. »
■ Du reste, poursuit le môme auteur, noua apprenons par Origéne (homil 7 fil Luc.) que, de sou temps, il y avait dé|à des adversaires de lu virginité permanente de Marie. Le professeur Kuhss, dans sa dissertation sur les frères .le Jésus, applique aux ébionites le passage d'Origéne, mais a tort, a ce qu'il me semble, car les éliiunites, qui tenaient Jésus pour le fils d» Joseph, n'enseigamenlpua iViiriainniipsissepostpartumiC/irUti), muis ante partum. » Le Nota.
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ANTILUTHÉRIENS ou SACRA- MENTAIRES, hérétiques du sixième siècle, qui, ayant rompu de communion avec l'Eglise, à l'imitation de Luther, n'ons cependant pas suivi ses opinions, et ont formé d'autres sectes, telles que les calvinistes, les zuingliens, etc. Bergier.
ANTIMENSE, est une sorte de nappe consaerée, dont on use en certaines occasions dans l'Eglise grecque-, dans les lieux où il ne se trouve point d'autel convenable.
Le père Goar observe, qu'eu égard au peu d'Eglises consacrées qu'avaient les Grecs, et à la difficulté du transport des autels consacrés , cette Eglise a fait durant des siècles entiers usage de certaines étoffes consacrées, ou de linges appelés antimensia, pour suppléer à ces défauts. Bergier.
ANTINOMIENS ou ANOMIENS, ennemis de la loi. Plusieurs sectes d'hérétiques ont été ainsi appelées.
1° Les anabaptistes, qui soutinrent d'abord que la liberté évangélique les dispensait d'être soumis aux lois civiles, et qui prirent les armes pour secouer le joug des princes et de la noblesse. En cela, ils prétendirent suivre les principes que Luther avait établis dans son livre de la liberté évangélique. Voyez A;vabapti»tes.
2° Les sectateurs de Jean Agricola, disciple de Luther, né comme lui à Islébe, ou Aisleben, dans la Basse- Saxe, d'où ces sectaires furent aussi nommés lslébicns. Comme saint Paul a dit que l'homme est justilié par la foi, sans les œuvres de la loi; que la loi est survenue de manière que le péché s'est augmenté; que si l'on peut être juste par la loi, Jésus-Christ est mort en vain, etc., Luther et ses disciples en prirent occasion de soutenir que l'obéissance à la loi et les bonnes œuvres ne servaient de rien à la justification ni au salut. Ils ne voulaient pas voir que, dans tous ces passages, saint Paul parle de la loi cérémonielle et non de la loi morale contenue dans le Décalogue , puisque, en parlant de celle-ci, il dit que ceux qui accomplissent la loi seront justiliés. Rom., c. 2, } 13.
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Mosheim a fait ce qu'il a pu pour pallier la turpitude de la doctrine de Luther, et les pernicieuses conséquences qui s'ensuivaient. Pendant que Luther, dit-il, inculquait aux peuples la doctrine de l'Evangile, qui no'js représente les mérites de Jésus-Christ comme la source du salut des hommes; pendant qu'il réfutait les papistes, qui confondent la loi avec l'Evangile, et qui nous représentent le bonheur éternel comme la récompense de l'obéissance légale, il s'éleva un fanatique nommé Agricola, qui abusa de sa doctrine, et ouvrit la porte aux erreurs les plus pernicieuses. Il se mit à déclamer contre la loi, soutenant qu'il ne convenait point de la proposer aupeuple comme une règle de mœurs, et que l'on devait se borner à enseigneret àexpliquer l'Evangile; ses sectateurs furent nommés antinomiens. Ceux qui les ont combattus prétendent que leur morale était très-dissolue ; que , selon leur doctrine, un homme pouvait se livrer à ses passions et transgresser sans remords la loi divine, pourvu qu'il fût toujours attaché à Jésus-Christ, et qu'il embrassât ses mérites par une foi vive.
Mais, continue Mosheim, il ne faut pas croire aveuglément toutes ces imputations : le principal crime d'Agricola consistait dans quelques expressions malsonnantes, inexactes et impropres, qu'il ne faut pas prendre à la rigueur. Sa doctrine consistait à soutenir que les dix commandements donnés à Moïse ne regardaient proprement que les Juifs ; que les chrétiens pouvaient les négliger sans pécher ; qu'il suffisait d'expliquer clairement et d'inculquer ce que Jésus-Christ et ses apôtres avaient enseigné dans le Nouveau Testament, tant au sujet de la grâce et du salut, que par rapport aux obligations du repentir et de la vertu. La plupart des docteurs de ce siècle ont le défaut de ne point expliquer leurs sentiments d'une manière claire et suivie ; de là vient qu'on leur impute des opinions qu'ils n'ont jamais eues.
Hist. ecclêsiast. , seizième siècle, sect. 3, \ 2 e part., c. 1, §25 et 26.
Cette apologie d'un sectaire fanati-
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que est un chef-d'œuvre d'entêteiii M nt et de mauvaise foi. En premier lieu nous délions Mosbeim et tous les prolestants de citer un seul théologien catholique qui n'ait pas représenté les mérites de Jésus-Christ, comme la source du salut des hommes; qui ait attribué aux bonnes œuvres un mérite indépendant de ceux de Jésus-Christ ; qui ait représenté le bonheur éternel comme la récompense d'une obéissance à la loi qui ne fut pas l'effet de la grâce de Jésus-Christ. Nous les délions encore d'en citer un seul qui ait confondu la loi avec l'Evangile, qui ait dit que le bonheur éternel est la récompense de l'obéissance légale, si par là l'on entend l'obéissance à la loi cérémonielle des Juifs. A la vérité, Luther prêtait toutes ces erreurs aux théologiens catholiques, en déguisant malicieusement leur doctrine ; mais après les décisions si formelles du concile de Trente , universellement suivies par tous les théologiens de l'Eglise romaine, il y a bien de la mauvaise foi à coulirmer encore la calomnie de Luther, et à leur imputer une doctrine qu'ils regardent comme hérétique. Quand il seraitvrai que les théologiens catholiques du seizième siècle avaient le même défaut que les autres docteurs de ces temps-là, et qu'ils n'expliquaient pas leurs sentiments d'une manière assez claire, il y aurait de l'injustice à prendre à la rigueur les expressions inexactes dont ils se sont servis, pour leur imputer des opinions qu'ils n'ont pas eues , pendant que l'on blâme ce procédé à l'égard des docteurs protestants.
Mosheim, en blâmant les détracteurs d'Agricola et des antinomiens, fait évidemment le procès à Luther, et se condamne lui-même.
En second lieu, quand la doctrine de ces sectaires aurait été telle qu'il le prétend, elle serait encore fausse et formellement contraire à l'Evangile.
Jésus-Christ, Matth., c. 5, > 17, commence par déclarer qu'il n'est point Tenu détruire la loi ni les prophètes, mais les accomplir ; que quiconque détruira le moindre commandement de la loi, et enseigneraà le faire, sera le dernier dans le royaume descieux;
ensuite il explique plusieurs de ces commandements. Il répond à unjeune homme qui lui demandait ce qu'il faut faire pour avoir la vie éternelle :
« Si vous voulez entrer dans la vie, » gardez les commandements, qui » sont de ne commettre ni homicide, » ni adultère, ni vol, ni faux témoi- » gnage, d'honorer votre père et votre » mère, d'aimer le prochain comme » vous-même. » chap. 19, ^16. C'est le Décalogue. Il est donc faux que ces dix commandements ne regardent proprement que les Juifs, et que les chrétiens peuvent les négliger sans pécher. Il est absurde d'opposer l'Evangile à la loi du Décalogue, puisque l'Evangile la renouvelle : il l'est de dire qu'il faut inculquer ce que Jésus-Christ et les apôtres ont enseigné, sans faire mention du Décalogue, puisque le Décalogue fait partie essentielle de leur doctrine. Mais Mosheim, comme tous les protestants, ne voit des erreurs que dans l'Eglise romaine; les plus monstrueuses et les plus révoltantes ne lu: paraissent rien dans sa secte.
. 3° Dans le dix-septième siècle, il y a eu d'autres antinomiens parmi les puritains d'Angleterre, qui tirèrent de la doctrine de Calvin les mêmes conséquences qu'Agricola avait tirées de celle de Luther. Les uns argumentèrent sur la prédestination. Ils enseignèrent qu'il est inutile d'exhorter les chrétiens à la vertu et à l'obéissance à la loi de Dieu, parce queceux qu'il a élus pour être sauvés, par un décret immuable et éternel, sont portés à la pratique de la piété et de la vertu par une impulsion de la grâce divine, à laquelle ils ne sauraient résister ; au heu que ceux qu'il a destinés à être damnés éternellement, ne peuvent devenir vertueux, quelques exhortations et quelques remontrances qu'on puisse leur faire, ni obéir à la loi divine, puisque Dieu leur refuse sa grâce et les secours dont ils ont besoin. Ils conclurent qu'il faut se borner à prêcher la foi en, Jésus-Christ, et les avantages de la nouvelle alliance. Mais quels sont ces avantages pour ceux qui sont destinés à être damnés ?
Les autres raisonnèrent sur le
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dogme de l'inamissibilitédelajustiee.
Ils diront que, les élus ne pouvant déchoir de la grâce, ni perdre la faveur divine, il s'ensuit que les mauvaises actions qu'ils commettent ne sont point des péchés réels, et ne peuvent être regardées comme un abandon de la loi ; que par conséquentes n'ont besoin ni de confesser leurs péchés, ni de s'en repentir ; que l'adultère, par exemple, d'un élu, quoique paraisse aux yeux des hommes un péché énorme, n'est point tel aux yeux de Dieu, parce qu'un des caractères essentiels et distinctifs des élus est de ne pouvoir rien faire qui déplaise à Dieu et qui soit contraire à sa loi.
Uosheim, dix-septième siècle, seot. 2, 2 e part., c. 2, § 23.
Hosheim déteste avec raison toutes ces conséquences; mais est-il en état de démontrer qu'elles ne se tirentpas directement et évidemment du dogme de la prédestination, et de celui de l'inamissibililé de la justice, tels que Calvin les a enseignés? Le docteur Arnaud a prouvé la connexion de ces conséquences dans l'ouvrage intitulé:
Le renversement de la morale de Jêsus- Christ par les erreurs des calvinistes touchant la justification; et nous soutenons qu'elles ne s'ensuivent pas moins de l'opinion de la grâce irrésistible, opinion commune aux luthériens et aux calvinistes. Dans cette hypothèse, il est aussi absurde de
Erècher la nécessité decroire en Jésushrist et les avantages de la nouvelle alliance, que d'exhorter les hommes & la vertu et à l'obéissance à la loi de Dieu. Ceux à qui Dieu ne donne pas la grâce irrésistible de la foi en Jésus-Christ, ne peuvent pas plus avoir cette foi, qu'ils ne peuvent obéir à la loi, lorsque Dieu leur refuse la grâce irrésistible de l'obéissance. Dans cette même hypothèse, il est très-vrai que l'homme privé de la grâce ne pèche point en désobéissant à la loi ; parce qu'il est absurde que l'homme qui pèche soit condamnable et punissable, en ne faisant pas ce qu'il lui est impossible de faire. Or, il est impossible a l'homme de croire en Jésus-Christ et d'obéir à la loi sans la grâce.
Il est donc évident que les erreurs de ces diverses sectes à'antinomiens ne
pouvaient manquer d'éclore de la doctrine des prétendus réformateurs.
4° Quelques-uns prétendent que l'on a aussi donné le nom d'antinomiens à ceux qui soutiennent que, dans la pratique des bonnes œuvres, il ne faut avoir aucun égard aux motifs naturels, parce que les œuvres inspirées par ces motifs ne servent de rien au salut. Mais ces motifs ne sont point incompatibles avec ceux que la foi nous propose. Lorsque Jésus- Christ dit : « Donnez, et l'on vous » donnera;... vous serez mesurés a comme vous aurez mesuré les au- »tres, )> Luc.,c. 6, ^ 36 ; « Accordez- » vous promptement en chemin avec » votre adversaire, de peur qu'il ne » vous livre au juge, et que vous ne » ne soyez mis en prison, » Matth., c.
5, f 25 ; lorsque saint Paul dit :
«Gloire, honneur et paix à quiconque » fait le bien : etc. r Us nous prennent par notre propre intérêt, motif très-naturel . Autre chose est de dire qu'il ne faut pas agir par les motifs naturels seuls, et antre chose de soutenir qu'il ne faut jamais agir par aucun de ces motifs. Quoique une bonne œuvre faite par ces seuls motifs ne soit pas méritoire pour le salut, elle est cependant louable; l'habitude d'en faire ainsi dispose, du moins indirectement, à en faire par des motifs pins parfaits. Un païen vertueux par nature est sans doute mieux disposé qu'un païen vicieux à devenir chrétien, et à pratiquer la vertu lorsqu'il le sera.L'Eglise a condamné avec raison les théologiens qui ont enseigné que toutes les bonnes œuvres des inlidéles sont despéukés, et que toutes les vertus des philosophes sont des vices (1). Voy, Infidèles, Œuvres.
Bbbchb.
(r) Alexandre VUI a condamna une proposition qui disait ■ qu'il est nécessaire que l'infidèle pèche en toutes ses œuvres, s Et une autre qui disait i que celui-là pèche en réalité qui hait le péché à came de sa turpitude et de sa répugnance avec la nature raisonnable, sans égard à Dieu offensé i. Et ClémentXl,daus sabulle unigenitus, acondamné cellesci de Qiiesuel : t que la pensée de Dieu, dans bas philosophes païens ne produit sans la grioa que la présomption, la vanité et l'opposition à Dieu laimôme ; s ■ que Dieu ne récompense que la charité, parce que la charité seule honore Dieu; » a que la parité cbjMtisane an k manière chrétienne rend,
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« Il s'est formé, dit l'abbé Pierrot, au xvm e siècle une nouvelle secte à'antinomiens. Elle reconnut pour chef un certain Whithfield, qui compta bientôt un grand nombre de sectateurs d'un rang distingué dans le comté d'Exeter.
Sa doctrine est un prédestinatianisme absolu, parce que, selon elle, Dieu a voulu le salut des uns et la damnation des autres. La vertu, d'après lui, n'a d'autre effet que de nous donner un certain bien-être en cette vie. On est révolté d'une telle doctrine qui détruit les notions élémentaires de la justice éternelle. » Le Nom.
ANTINOMIES de Kant. (V. Kantisme).
ANTIOCHE. Il paraît que l'Eglise de cette ville capitale de Syrie est la plus ancienne après celle de Jérusalem; selon la tradition, c'est là que saint Pierre établit son premier siège, et que les disciples de J.-C. prirent le nom de chntiem.Act.,c. H,M9et26; c.13, if, etc. Saint Luc, l'un des évangélistes, était d'Antioche. Comme c'était la demeure du gouverneur romain qui commandait dans la Palestine, il y avait une relation nécessaire et continuelle entre Jérusalem et Antioche; ceux qui crurent en Jésus-Christ dans cette dernière ville, ne purent ignorer les faits qui s'étaient passés dans la première. Ce fut donc avec pleine connaissance de cause que plusieurs Juifs d'Antioche, et ensuite plusieurs païens, embra-sèrentle christianisme.
Il devait y avoir parmi eux plusieurs témoins oculaires des miracles que Jésus-Christ avait opérés immédiatement avant la Pâque à laquelle il fut mis à la mort, et de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres à la fête de la Pentecôte. Cette Eglise eut sans
seule, les actions chrétiennes par relation à Dieu et à Jésus-Christ; it « que, sons la mat diction de la loi, il ne se Tait jamais de bien, parce qu'on pèche Boit en faisant le mat soit en ne l'évitant que par crainte. »
Or, ces condamnations nous paraissent dire un peu plus encore qnene paraîtdireBergier dans le même sens que lui, c'est-à-dire, dans le sens raisonnable, suiloiit celle de laquelle il résulte que Dieu récompense antre chose que la charité, et celle d'où il suit qu'il peut y avoir des actions chrétiennes qui ne s lent pas rendues telles par la charité chrétienne.
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doute une liturgie propre dèsson ori« gine ; mais il n'est pas certain que cesoit celle qui a para dans la suite sous le nom de saint Pierre. Voyez Liturgie..
Que saint Pierre ait fondé le siège épiscopal d'Antioche avant d'aller à Home, c'est un fait attesté par les auteurs les plus respectables; Origène, Eusèbe, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome, etc. , en parlentcomme d'une chose de laquelle personne n'a.
jamais douté ; et la fête de la chaire de saint Pierre à Antioche est trèsancienne dans l'Eglise. Vies des Pérès et des Martyrs, tom. 2, pag, 345.,
Basnage, Hist. de l'Eglise, 1. 3, c. I.
a fait tous ses efforts pour prouver le, contraire parles Actes des apôtres ; mais il n'en a tiré que des preuves négatives et des difficultés de chronologie,, faibles armespour renverser des témoir gnages positifs touchant un fait qui a dû être très-public.
Au cinquième et au sixième siècle, le patriarcat de cette ville se nommait le diocèse d'Orient; il s'étendait sur la Syrie, la Mésopotamie et laCilicie ; la ville fut saccagée par Cbosroës, roi de Perse, l'an 540, et prise par les Sarrasins mahométans l'an Ôb7. Les croisés la reprirent l'an 1098, et les Turcs s'en sont emparés de nouveau en 1268.
Aujourd'hui il y a trois évoques qui prennent le titre de patriarche d'Antioche: l'un est celui des melchites, ou chrétiens grecs schismaliques ; l'autre celui des Syriens monophysites ou jacobites ; le troisième, celui des Syriens maronites, ou chrétiens catholiques attachés à l'Eglise romaine.
On prétend que celui des jacobites s'est réuni depuis peu à cette même communion, avec plusieurs évoques de sa dépendance (1). Bergier.
ANTIOCHE(Synodes d'). (Théol. hist.
cône.) — Le premier de ces synodes consista dans la réunion en concile des apôtres eux-mêmes, à Antioche, dont parle le martyr Pamphile. Un
(1) Le patriarcat schismatique d'Antioche subsiste encore, mais avec un très-petit re sort ; il est subordonné au patriarcat de Constuntinople. Les chrétiens de cette contrée unis à l'éylise romaine sont en partie melchites ou grecs unis, et on partie syriens unis. Les catholiques latins de ce pays sont dépendants du vicaire apostolique d'A'^p,
Le No tu
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autre y fut tenu, en 252, contre les Novatiens. et trois autres, en 20b, 268 et 269 ou 270, contre Paul de Samosate.
En 341 , se tint à Antioche le fameux concile qui se trouva composé en majorité d'ariens (Eusébiens), et qui déposa saint Athanase. Il y a 25 canons dits d' Antioche qui sont peutêtre d'un concile antérieur à ce dernier comme le soutiennent les Btillerini et Mansi. En 3i3,un autre synode arien se tint dans la même ville ; les Eusébiens y modifièrent leur arianisme et y redigèrent un nouveau symbole qui fut nommé le lony, dont l'apparence est orthodoxe et dans lequel l'arianisme ou semi-arianisme se cache sous des réticences; par exemple l'expression Omoousios ne s'y trouve pas.
En 379, dans un autre synode d'Antioche furent rapprochés les deux évèques orthodoxes, Melèce et Paulin.
Il y en eut encore d'autres ensuite, dans lesquels les patriarches d' Antioche inclinèrent d'abord vers les Nestoriens et ensuite vers les Monophysiles.
Enlin, le dernier fut celui de 1806, au couvent de Carapha (diocèse de Beyrouth) par le patriarche melchite Agab-Matar. « A peine les décisions de ce synode furent-elles, en 1810, imprimées en arabe, dit M. Fritz, avec approbalion du délégué apostolique du Liban, Aloyse Gandolphe, que des rameurs défavorables se répandirent ; elles déterminèrent plus tard le pape Grégoire XVI, à faire faire par le patriarche melchite, monseigneur Mazlum, une traduction exacte en langue italienne de ces décrets, publiés en arabe en 183 1. Vérification faite, il se trouva que le synode d' Antioche n'était qu'une seconde édition du fameux synode de Pistoie; c'est pourquoi Grégoire XVI, le rejeta par un bref du 16 sept, 1835. » Le Noir.
ANTIOCHE (l'école d'). (Théol. hist.
êcol.) — Cette école mérite d'être signalée en particulier , parmi les nombreuses écoles chrétiennes du troisième et du quatrième siècle ; à celte époque, en elfet , dès qu'une Eglise prenait de l'importance, elle
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organisait chez elle une école théologico-scientilique ;mais quelques-unes seulement gardèrent toujours la tête du haut enseignement, et nous ne devons parler que de celles-là. Au troisième et au quatrième siècle, ces écoles tout à fait dominantes furent celle d'Alexandrie, la première de toutes, celle de Rome, et celle d' Antioche. Dans cette dernière, on s'occupait surtout de critique et d'exégèse biblique; et l'on s'était imposé la régie de tenir, autant que possible, un certain milieu entre les interprétations purement allégoriques des uns et les interprétations trop littérales des autres, allant jusqu'à une espèce d'anthropomorphisme.
L'école d' Antioche produisit plus d'un homme illustre ; on peut citer les suivants : Théophile auteur de trois livres a. Antiloque ; l'évèque Sérapion, qui lit plusieurs ouvrages, dont un contre un évangile qu'on attribuait à saint Pierre ; le savant Lucien, martyr ; le prêtre Dorothée ; Mélèce , disciple de saint Jean Ghrysostôme; l'évèque Flavien ; Diodore de Tarse ; Cyrille de Jérusalem, Théodore de Mopsuesle, et beaucoup d'autres.
Le Nom.
ANTIPAPES. On donne ce nom à ceux qui ont prétendu se faire reconnaître pour souverains pontifes, au préjudice d'un pape légitimement élu ; on en compte, depuis le troisième siècle jusqu'aujourd'hui, ving-huit.
Bergier.
ANTIPODES, hommes dont les pieds sont tournés vers les nôtres:
c'est ce que signifie ce nom. Si nous en croyons Aventinus, dans ses Annales de Bavière, Bonit'ace, archevêque de Mayence, et légat du pape Zacharie dans le huitième siècle, déclara hérétique un évèque de ce temps nommé Vigile ou Virgile, pour avoir osé soutenir qu'il y a des antipodes.
L'auteur d'une Dissertation imprimée dans les Mémoires de Trévoux, janvier 1708, soutient: 1° que ce fait n'est pas constaté ; le seul monument qui en reste est une lettre du pape Zacharie à Boniface : « S'il est prouvé, » lui dil le souverain pontife, que Vi-
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» gilesoutientqu'ilyaunautremonde » et d'autres hommes sous cette terre, » un autre soleil et une autre lune, » assemblez un concile, condamnez- » le, cliussez-le de l'Eglise après l'a- » voir dépouillé de la prêtrise, etc. »
Il n'y a, dit cet auteur, aucune preuve que cet ordre du pape ait été exécuté: soit que l'accusation intentée contre Vigile se soit trouvée fausse, soit qu'il se soit expliqué ou rétracté, il est certain que depuis ce temps-là il vécut en bonne intelligence avec le pape, qu'il fut élevé à l'évèehé de Salzbourg ; qu'il a même été canonisé après sa mort, honneur qui ne lui aurait pas été rendu s'il avait été condamné comme hérétique.
11 prétend, 2° que le pape Zacharie n'avait pas tort; que si Vigile avait soutenu qu'il y avait dans un autre monde d'autres hommes, c'est-à-dire, des hommes d'une espèce différente de la nôtre, et qui n'étaient pas commenous enfants d'Adam, un autre soleil et une autre lune différents de ceux qui nous éclairent, cet évèque aurait été véritablement condamnable, parce que ce paradoxe serait contraire à l'Ecriture sainte. C'est dans ce sens que l'entendait le pape Zacharie; et c'est dans ce même sens que saint Augustin a rejeté les antipodes dans son seizième livre de la Cité de Dieu, c. 9.
Un critique moderne n'a pas goûté cette apologie. Selon lui, il vaut mieux s'en tenir à la tradition, qui nous apprend que Vigile fut condamné. A la vérité, l'auteur de cette tradition est Aventin, cabaretier de Bavière, qui a écrit dans les fureurs du luthéranisme; mais les protestants ont recueilli avec soin toutes ses invectives contre les ecclésiastiques ; ilsy ajoutent foi, donc il faut faire eomme eux. Selon ce critique, il valait mieux passer condamnation sur le pape Zacharie, parce qu'il n'est pas nécessaire que l'Eglise soit infaillible en matière dephysiquc;maisil n'est pas fort nécessaire non plus de condamner un pape sans raison, pour plaire à quelques protestants. Il est vrai, dit le savant Leibnitz, que Boniface, archevêque de Mayence, a accusé Vigile de Salzbourg d'erreur sur ce point, et que le pape répond à sa lettre
d'une manière qui fait paraître qu'il donnait assez dans le sens de Boniface; mais on ne trouve point que cette accusation ait eu de suite. Les deux antagonistes passent pour saints ; et les savants de Bavière, qui regardent Vigile comme un apôtre de la Carinthie et des pays voisins, en ont justilié la mémoire. Esprit de Leibnitz, t.2,p. 56.
Le critique dont nous parlons pense que Vigile pouvait dire innocemment qu'il y avait sous terre un autre soleil et une autre lune, comme nous disons que le soleil d'Ethiopie n'est pas le nôtre. Cela se peut dire sans doute en français; mais cela ne s'est jamais dit en latin, et dans cette langue la phrase avait un sens tout différent.
Il convient que les anciens philosophes ont nié les antipodes aussi bien que les Pères de l'Eglise; ceux-ci n'étaient pas obligés d'être plus habiles en cosmographie que les philosophes de leur siècle. Cependant Philoponus, qui vivait sur la tin du sixième siècle, a démontré, dans son livre de mundi Créât., 1. 5, c. 13, que saint Grégoire de Nysse, saint Grégore de Nazianze, saint Athanase, et la plus grande partie des Pères de l'Eglise, ont su que la terre est ronde. Il est même parlé des antipodes dans saint Hilaire, In Ps. 2, n. 23; dans Origène, 1. 2, de Princip., c. 3; dans saint Clément, pape, Epist. I ad Cor., n. 20. Voyez les notes. Il n'est donc pas vrai qu'en général les écrivains ecclésiastiques aient été dansl'erreur sur les antipodes jusqu'au quinzième siècle, comme quelques auteurs l'ont prétendu (1).
Bf.rgieh.
ANTIQUITÉ DU MONDE HISTORI- QUE. (Théol. mixt. scien. hist.) — V.