‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 132 sur 166 · ARB · texte numérisé non relu

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lui-même en s'assujettissant à ce développement réel, se donne toute liberté en images capricieuses, en ornements fantastiques et en excentriques allégories. Le même poète latin nous a laissé trois ôpitres en vers dont les titres sont : Eyistola ad Flcrianum abbatem ; Epistolaad Vigilium papam ; Epislola ad Partheniwn.

ARBRE DE LA SCIENCE du bien et du mal. 11 est dit dans la Genèse, c. 2, ^ 0, que Dieu avait planté au milieu du paradis l'arbre de la science du bien et du mal, et qu'il défendit à l'homme de manger de son fruit, sous peine de la vie, f 17. On demande pourquoi Dieu ne voulait pas qu'Adam connût le bien et le mal, comment un fruit pouvait donner cette connaissance ; c'est une ancienne objection des marcionites et des manichéens. Tertull. adv. Marcion., 1. 2, c. 23 ; saint Augustin contra Faustum, 1. 22, c. 4.

Nous lisons dans l'Ecclésiastique, c. 17, $ 5, que Dieu avait donné à nos premiers parents le don d'intelligence, qu'il leur avait montré le bien et le mal. Sans cette connaissance, ils auraient été incapables dépêcher.

Mais Dieu ne voulait pas qu'ils connussent par expérience la honte, les regrets, les remords d'avoir fait le mal. ni qu'ils pussent comparer ce sentiment avec celui de l'innocence.

Voilà ce que le péché leur apprit, et il n'était pas nécessaire pour cela que le fruit dont ils mangèrent eût la vertu physique de faire connaître le bien et le mal.

De quelle espèce était ce fruit funeste ? Etait-ce une pomme, une poire, une figue, etc ? A cette importante question, nous répondons que Dieu n'a pas trouvé bon de nous l'apprendre.

Arbre de vie. Des commentateurs, qui avaient sans doute beaucoup de loisir, ont mis en question si cet arbre était le même que celui de la science du bien et du mal. Il nous paraît que l'Ecriture les distingue très-clairement -, elle dit que Dieu avait placé au milieu du paradis Yarbre de vie et l'arbre de la science du bien et du

mal. Gen.,c. 2, f 9. La vertu qu'avait le premier de prolonger la vie étaitelle naturelle ou siu-naturelle ? Cette question est aussi intéressante que les fables forgées par les rabbins sur ces deux arbres merveilleux. Nous nous contentons de remarquer que, selon Salomon, la sagesse est l'arbre de vie pour tous ceux qui l'embrassent, Prov., c. 3, ^ 18, et que Jésus-Christ mourant sur la croix, en a fait un arbre de vie plus puissant que celui du paradis. Voy. Rédemption.

Bergier.

ARC-EN-CIEL. Ce qui en est dit

dans l'Ecriture sainte a semblé ridicule à plusieurs incrédules. Après le déluge, Dieu dità Noé et à sa famille:

« Il n'y aura plus désormais de déluge » qui désole la terre, et voici le signe » de l'alliance que je fais avec vous, » ou de la promesse que je vous fais.

» Je mettrai mon arc dans les nues, » et lorsque j'aurai couvert le ciel de » nuages, mon arc y paraîtra, et je » me souviendrai de la promesse que » j'ai faite de vous conserver et tous » tous les animaux. » Ben., c. 0, $ 11 et suiv. 1° Cela suppose, disentnos critiques, que l'arc-en-ciel n'avait pas existé avant le déluge, puisque Dieu dit, je mettrai mon arc dans les nues:

or, ce phénomène a dû paraître toutes les fois qu'il a plu d'un côté, pendant que le soleil luisait de l'autre :

il n'est donc pas probable que Noé et sa famille n'eussent jamais vu l'arc-en-ciel. 2° Il est ridicule de donner le signe de la pluie pour sûreté qu'il n'y aura plus d'inondation, et que l'on ne sera pas noyé; cela prouve que l'auteur de cette histoire était très-mauvais physicien.

Réponse. Cela prouve plutôt que les censeurs de cet historien sont téméraires. 1° Comme les verbes hébreux ne sont que des participes indéterminés, pour traduire à la lettre, il faudrait dire : Me voilà mettant mon arc dans les nues, et cela signifie également : Je mets, j'ai mis ou je mettrai. 2° En laissant le verbe au futur il ne s'ensuit pas encore que l'arc-enciel n'avait pas été vu avant le déluge, mais qu'il n'avait pas paru pendant le déluge, et qu'il allait reparaître de

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nouveau. 3° Eu effet, Varoen-ciel ne peut avoir lieu lorsque les nuées sont très-épaisses, elchargées de beaucoup d'eau, comme cela dut être pendant le déluge ; on ne peutdonc le voir que çuandles nuages sjnt assez légers et assez interrompus pour que le soleil puisse darder ses rayons au travers. Donc toutes les l'ois que l'arcen-ciel parait, c'est un signe certain qu'il ne tombera pas assez de. pluie pour causer une inondation générale; ce signe était donc très- propre à rassurer Noé et ses enfants contre la crainte d'un nouveau déluge.

Le terme d'alliance, dont se sert l'éerivain sacré, a encore ému la bile d'uu philosophe. « En quoi consiste » donc, dit-il, cette alliance que Dieu » afaite avec l'homme et avec les ani- » maux? quelles ontété les conditions » du traité ? Que tous les animaux se » dévoreraient les uusles autres, qu'ils » se nourriraient de notre sang: et » nous du leur ; qu'après les avoir » mangés, nous nous exterminerions

» avec rage S'il y avait jamais eu

» un tel pacte, il aurait était fait avec » le diable. »

Le ridicule de cette tirade est poussé à l'excès ; ce philosophe ne savait pas que le même terme en hébreu sigtiilie alliance et promesse. Qu'estce, en effet, qu'une alliance, sinon une promesse réciproque ? Toute promesse emporte l'obligation de iidélité d'un côté, de couliauce et d'obéissance de l'autre. Or, Dieu promet de ne plus désoler la terre, de ne plus exterminer la race des hommes ni des animauxpar un déluge universel ; il dit :

« Tant que durera la terre, les semail- » les et la moisson, le chaud et le » froid, l'été et l'hiver, le jour et la » nuit se succéderont constamment.

» Gen., c. 8, f 22. Celte promesse devait donc engager Noé à cultiver la terre et à nourrir des animaux, sans craindre d'être frustré du fruit de ses travaux.

Quoique les animaux féroces et carnassiers dévorent les autres, quoique les hommes on détruisent beaucoup pour se nourrir, cependant les espèces utiles ne laissent pas de se conserver et de multiplier; Dieu leur a donné une fécondité relative

à la consouimatun qui s'en fait. Malgré les dérangements passagers des saisons, les orages, les stérilités, la terre continue depuis le déluge a fournir la subsistance à ses habitants, quelque nombreux qu'ils soient : les famines ne sont que locales et passagères. A mesure que la population augmente, ou trouve le moj'en de rendre fertiles des terrains qui paraissent incapables de faire aucune production, etc. Tous ces phénomènes sont assez beaux pouc rnérileiTattention dus philosophes, et assez merveilleux pour que l'auteur sacré ait eu raison de les attribuer à la bénédiction de Dieu. Gtiu., c. 9, f 1.

ARCHANCE, substance intelligente ou ange du second .ordre de la hiérarchie céleste. Voyez. Ange et Hiérarchie. On appelle ces esprits archanges, parce qu'ils sont au-dessus des anges du dernier ordre, du mot grec àpx-n, principauté , et d' àyyzko;, ange; saint Michel est considéré comme le prince des anges, et on l'appelle ordinairement l'archange saint Michel.

Bergier.

ARCHE D'ALLIANCE, coffre d'un bois incorruptible et revêtu de lames d'or, que Moïse avait fait construire par ordre de Dieu ; dans lequel il avait renfermé les deux tables de la loi, un vase rempli de manne, et la verge d'Aaron, qui avait fleuri dans le tabernacle. C'étaient là incontestablement les objets les plus respectables de la religion juive. Ce coffre était nommé arche d'alliance, parce que la loi qu'il renfermait était le titre de l'alliance que Dieu avait contractée avec son peuple ; il fut placé derrière un voile dans le sanctuaire dii tabernacle.

Le couvercle de ce coffre était nommé propitiatoire, il était surmonté de deux chérubins d'or, don,t les ailes étendues formaient une espèce de siège, qui était censé le trône de la majesté divine. Les deux côtés les plus longs étaient armés chacun de deux anneaux d'or, dans lesquels on glissait deux bâtons dorés, qui servaient à transporter l'arche. Deux

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sacrificateurs ou deux l'évites la portaient sur leurs épaules, comme l'on porte aujourd'hui daus Iesprocessions les châsses des reliques des saints ; ce soin fut particulièrement confié aux descendants de Caath, fils de Lévi.

L'arche, construite au pied du mont Sinaï l'an du monde 2ol4, voyagea pendant quarante ans dans le désert avec Moïse etJosué. Après le passage du Jourdain, elle fut placée àGalgal dans la Palestine, et y resta environ sept ans; de là elle fut transportée avec le tabernacle à Silo, où elle demeura trois cent vingt-huit ans.

L'an 2888, les Israélisles l'en tirèrent pour la porter dans leur camp. Dieu permit qu'elle fût prise par les Pliilistins, chez lesquels elle demeura sept mois ; par les lléaux dont Dieu les affligea, ils furent forcés de la renvoyer à Bethsamès : quelques Bethsainites ayant voulu, pur curiosité, voir ce qu'elle renfermait, furent frappés de mort. Delà elle fut conduite à Cariathiarim, et placée sur la partie la plus élevée de la ville de. G'abaa, dans la maison d'Aminadab, où elle resta soixante-dix ans. David l'en tira l'an du monde 2959 : dans le transport, Oza ayant voulu y porter la main pour la soutenir, fut frappé de mort. David effrayé n'osa la conduire chez lui, il la lit déposer dans la maison d'Obédédoin. Trois mois après, il la transféra dans son palais sur le mont de Sion ; elfe y resta quarante-deux ans, ûisqulà ce que Salumon la fit placer dans le sanctuaire du temple qu'il venait de bâtir ; elle- y fut environ quatre cents ans, jusqu'au siège de Jérusalem par Nabucbodonosor.

Pendant ce siège, Jérémie la fit cacher dans un souterrain, afin qu'elle ne tombât pas entre les mains des Chaldéens; après leur relraiLe, il la lit transporter dans une caverne du mont Nébo, située au delà du Jourdain, et célèbre par la sépulture de Moïse, eten ferma l'entrée. Il ne parait pas par l'histoire qu'elle en ait jamais été tirée ; lesJuifsont toujours été persuadés qu'elle n'était pas dans le second temple bâti par Zorobabel.

Voyez L 2, Machabées, c. 2. Voyez dans lesplanch^sde 1' 'histoire antienne la figure de Y arche d'alliance. Daus la

bible d'Avignon, t. XII, p. 823, il y a une dissertation où l'on examine si cette arche fut cachée par Jérémie, et si un jour elle doit reparaître.

Les Juifs modernes ont dans leurs synagogues Une espèce d'arche ou d'armoire dans laquelle ils renferment leurs livres sacrés, à l'imitation de l'arche d'alliance; ils la nomment Aron. Tertullien en parle déjà, et la nomme armarium judaicum; de' là l'expression, mettre dans l'armoire de la synagogue, pour dire, mettre au nombre des livres canoniques.

Arche de Noé, sorte de vaisseau ou de bâtiment flottant qui fût construit par Noé, afin de préserver du déluge sa famille et les différentes espèces d'animaux que Dieu avait ordonné à ce patriarche d'y faire entrer. Voyez Déluge.

Les critiques ont fait beaucoup de recherches et imaginé différents systè'mes sur la forme, la grandeur, la capacité de l'arche de Noé, sur les matériaux employés à sa construction, sur le temps qu'il fallut pour la bâtir, sur le lieu où elle s'arrêta lorsque res eaux du déluge se retirèrent, etc.

iSous parcourrons tous ces points le plus brièvement qu'il nous sera possible.

1° On croit que Noé employa cent ans à bâtir Forme; savoir, depuis l'an du monde ISoo jusqu'en itifili, temps auquel arriva le déluge. C'est l'opinion d'Origène, liv. 4, contre Celse; de saint Augustin, de Civitate Dei, lib. 1S, c. 2"; contra Faust., lib. 12, c. 18; Quxst. in G'nes., n. 5 et 23; de Rupert, sur la Genèse, liv. 4, c.22.

Ils ont été suivis par Salien, Sponde, Le Pelletier, etc. D'antres interprètes prolongent ce terme jusqu'à six vingts ans. Dérose assure que Noé ne commença à bâtir l'arche que soixantedix-huit ans avant le déluge; un rabbi-u n'en compte que cinquante-deux; les inahométans ne donnent à ce patriarche que deux ans pour la construire. Par le texte de la Genèse, il est certain, d'un côté, que le déluge arriva l'an six cents de Noé, de l'autre, qu'il était âgé de cinq cents ans lorsqu'il eut Sem, Chain et Japhet : d'où il s'ensuit que l'opinion de Bérose parait la plus probable. En effet ,

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selon le Père Fournier, dans son hydrographie, et selon le sentiment des Pères, Noé fut aidé dans son travail par ses trois fils : ces quatre personnes suffirent pour le finir ; puisque Archias de Corinlhe, avec le secours de trois cents ouvriers , construisit en un an le grand vaisseau d'Hiéron, roi de Syracuse.

Quand on supposerait l'arche beaucoup phis grande, et bâtie en soixantedix-huit ans, il faudrait faire attention aux forces des hommes du premier âge du monde, qui ont toujours été regardés comme beaucoup plus robustes que ceux des temps postérieurs. Par ces réflexions, l'on peut répondre aux objections de ceux qui prétendent que l'ainé des enfants de Noé ne naquit qu'environ le temps auquel l'arche fut commencée, que le plus jeune ne vint au monde que lorsque l'ouvrage était déjà fort avancé, qu'il se passa par conséquent un temps considérable avant qu'ils fussent en état de rendre service à leur père. On détruit également ce que d*autres objectent, qu'il est impossible que trois ou quatre hommes aient suffi pour construire un bâtiment auquel il fallait employer une prodigieuse quantité d'arbres, et un nombre infini de bras pour les façonner.

Que sait-on d'ailleurs si Noé ne se fit pas aider par des ouvriers?

2° Le bois qui servit à bâtir l'arche est appelé dans l'Ecriture hetsé gopher , que les septante traduisent par bois équarri; Onkélos et Jonathan, bois de cèdre; saintJérôme, bois taillé ou poli, et ailleurs, bois goudronné, ou enduit de bitume; Kimchi dit que c'était un bois léger; Vatable, unbois qui demeure dans l'eau sans se corrompre; Junius, Tremellius et Buxtorf. une espèce de cèdre appelé par les Grèce xsSpeWuïi. M. Le Pelletier de Rouen pense de même , parce que ce bois incorruptible .est trèscommun dans l'Asie. Selon Hérodote et Aristopbane, les rois d'Egypte et de Syrie employaient le cèdre au lieu île sapin à la construction de leur3 llottes; mais on ne doit pas faire beaucoup de fond sur la tradition reçue dans tout l'Orient , qui veut que l'arche se soit conservée jusqu'à

présent tout entière sur le mont Ararat.

Bochart soutient que gopher est le cyprès, parce que dans l'Arménie et dans l'Assyrie, où probablement l'arche fut construite, il n'y a que le cyprès qui soit propre à construire un long vaisseau tel que l'arche. Arrien, liv. 7, et Strabon, liv. 16, racontent qu'Alexandre voulant faire construire une Hotte dans la Babylonie, fut obligé de faire venir des cyprès d'Assyrie. Or, il n'est pas vraisemblable que Noé avec ses enfants, obligés de faire un vaisseau si vaste en si peu de temps, aient encore été dans la nécessité de tirer de loin les bois de construction.

D'autres enfin croient que l'hébreu gopher signifie en général des bois gras et résineux, comme le pin, le sapin, le térébinthe. On ne doit faire aucune attention aux fables que les mahométans ont forgées à ce sujet.

3° Selon Moïse, l'arche avait trois cents coudées de long, cinquante de large, et trente de hauteur. Plusieurs critiques ont prétendu que ces mesures ne donnaient pas une capacité suffisante pour contenir tous les animaux et les provisions que l'arche devait renfermer. Celse s'en est moqué, et a nommé ce bâtiment l'arche d'absurdité.

Pour résoudre cette difficulté , les Pères et les commentateurs ont recherché quelle était la grandeur de la coudée dont Moïse a parlé. Origène, saint Augustin et d'autres, ont pensé qu'il était question des coudées géométriques des Egyptiens, qui contenaient, selon eux, six coudées vulgaires ou neuf pieds. Mais on ne voit pas que ces coudées aient été en usage chez les Hébreux. Dans cette supposition, l'arche aurait eu 2700 pieds de longueur ; ce qui, joint aux autres dimensions, lui eût donné une capacité énorme et superflue. Quelques-uns ont dit que les hommes d'alors étant plus grands que ceux d'aujourd'hui, leur coudée était aussi plus longue; nais par la même raison, les animaux devaient être aussi plus grands et occuper plus de place.

D'autres supposent que Moïse parle de la coudée sacrée, qui était de la

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