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largeur de la main, plus grande que la coudée ordinaire; mais il ne paraît pas que cette mesure ait été employée ailleurs que dans les édilices sacrés comme étaient le temple et le tabernacle.
Buteo et le Père Kircher paraissent avoir mieux rencontré, en supposant la coudée de la Iongeur d'un pied et demi. Ils prouvent géométriquement qu'avec cette mesure l'arche était très-suffisante pour renfermer tous les animaux et toutes les provisions nécessaires pour les nourrir pendant un an. On est encore moins gêné à cet égard dans le sentiment de MM.
Le Pelletier, Graves, Cumberland et Newton, qui donnent à l'ancienne coudée hébraïque la même longueur qu'à l'ancienne coudée de Memphis, c'est-à-dire, environ vingt pouces et demi, mesure de Paris.
Snellius a prétendu que l'arche avait plus d'un arpent et demi de superficie ; Cunéus et Budée n'ont pas calculé demème ; Arbuthnot compte qu'elle avait quarante fois huit mille cent soixante-deux pieds cubiques de capacité. Le Père Lami juge qu'elle était de cent dix pieds plus longue que l'église de saint Merry à Paris, et de soixante-quatre pieds plus étroite.
Son traducteur anglais ajoute qu'elle était plus longue que ne l'est l'église de Saint-Paul à Londres de l'est à l'ouest, et qu'elle avait soixantequatre pieds de hauteur selon la mesure anglaise.
4° Outre les huit personnes qui composaient la famille de Noé, l'arche contenait une paire de chaque espèce d'animaux impurs, et sept d'animaux purs, avec leur provision d'aliments pour un an. Au premier coup d'oeil, cela peut paraître impossible; mais quand on en vient au calcul, on trouve que le nombre des animaux n'est pas si grand qu'on se l'était d'abord imaginé. Nous ne connaissons guère que cent ou tout au plus cent trente espèces de quadrupèdes, environ autant d'oiseaux, et quarante espèces de ceux qui vivent dans l'eau. Les naturalistes comptent ordinairement cent soixante et dix espèces d'oiseaux. Wilkins, évèque de Chester, prétend qu'il n'y avait
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que soixante et.douze espèces de quadrupèdes, qui fusseut nécessairement dans l'aixhe.
5° Suivant la description que Moïse fait de cet édifice, il paraît qu'il était séparé en trois étages, qui avaient chacun dix coudées ou quinze pieds de hauteur. Probablement l'étage le plus bas était occupé par les quadrupèdes et par les reptiles, celui du milieu par les provisions, celui d'en haut par les oiseaux, par Noé et par sa famille; chaque étage devait être divisé en plusieurs loges. Philon, Josèphe, et d'autres commentateurs, imaginent encore un quatrième étage sous les autres, qui était comme le fond de cale du vaisseau, qui contenait le lest et les excréments des animaux.
Drexélius pense que l'arche était divisée en trois cents loges ou appartements; le Père Fourmer en compte trois cent vingt-trois; l'auteur des Questions sur la Genèse, quatre cents.
Budée, Arias, Montanus, Wilkins, le Père Lami, supposent autant de loges qu'il y avait d'espèces d'animaux. M.
Le Pelletier et Buteo en mettent beaucoup moins, parce que, si on les multipliait trop , chacune des huit personnes qui étaient dans l'arche aurait eu quarante ou cinquante loges à pourvoir et à nettoyer par jour; ce qui est impossible.
Peut-être y a-t-il autant de difficulté à diminuer le nombre des loges, à moins qu'on ne diminue le nombre des animaux ; il paraît plus difficile de prendre soin de trois cents animaux dans soixante-douze loges, que s'ils occupaient chacun la leur.
Budée a calculé que tous les animaux renfermés dans l'arche ne devaient pas tenir plus de place que cinq cents chevaux ou cinquantesix paire s de bœufs. Le Père Lami porte ce nombre à soixante-quatre paires, ou cent vingt-huit boeufs. Selon lui, en supposant que deux chevaux ne tiennent pas plus de place qu'uu bœuf, si l'arche a eu de l'espace pourdeux cent cinquante-six chevaux elle a pu contenir tous les animaux :
il démontre qu'un seul étage pouvait contenir cinq cents chevaux, en
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comptant neuf pieds carres pour un cheval
Quant à ce qui regarde les aliments contenus d insle second étage, Budée a observé que trente ou quarante livres de loin suffisent ordinairement à Un bœuf pour sa nourriture journalière, et qu'une coudéesolide de foin, pressée comme elle est dans les greniers ou magasins, pèse environ quarante livres. Or, il parait que le second étage avait cent cinquante mille coudées cubes. Si on les divise entre deux cent six bœufs, ily aura deux tiers de foin plus qu'ils n'en pourront manger dans un an.
Selon le calcul de Wilkins, tous les animaux carnassiers sont équivalents, pour leur volume ctpour leur nourriture, ù vingt-sept loups, et tous 1rs autres à deux cent huit bœufs. Pour la nourriture des premiers, il met mille huit cent vingt-cinq brebis, et pour celle de i o '-, cent neuf mille cinq cents coudées de foin : or, les deux premiers étages étaient plus que suffisants pour contenir le tout.
Quant au troisième, tout le monde convient qu'il y avait plus de place qu'il n'en fallait pour les oiseaux, pour Xoé et sa famille, et pour leur nourriture.
Ce savant évoque observe qu'il est plus difficile d'évaluer la capacité de l'arche, que d'y trouver une place suffisante pour tontes les espèces d'animaux connus. La cause est l'imperfection de nos listes d'animaux, surtout des animaux des parties du monde qui ne sont pas encore fréquentées et suffisamment connues. H ajoute que le plus habile mathématicien de nos jours ne déterminerait pas mieux les dimensions d'un vaisseau tel que l'arche, qu'elles ne le sont dans l'Ecriture, relativement à l'usage auquel l'arche était destinée; d'où il conclut que la narration de Moïse dont on a voulu faire une objection contre la vé*ité de l'Ecriture sainte, en est plutôt une preuve. En effet, il est à présumer que, dans les premiers âges du monde, les hommes, moins exercés qu'aujourd'hui dans les sciences et dans les arts, devaient être aussi plus sujets à des erreurs de calcul ; cependant, si l'on avait au-
jourd'hui à proportionner un vaisseau à la masse des animaux et à leurnourriture, on ne s'en acquitterait pas mieux : par conséquent l'arche ne peut être une invention del'esprit humain. En pareil cas, les hommes sont exposés à grossir prodigieusement les objets ; il serait donc arrivé dans les dimensions de l'arche de Noé ce qui arrive dans l'estimation du nombre des étoiles par la seule vue. De même que l'on juge d'abord le nombre des étoiles infini, on aurait poussé les dimensions de l'arche à une grandeur démesurée et l'on aurait produit un bâtiment beaucoup plus grand qu'il ne fallait; l'historien aurait plus péché par l'excès de capacité qu'il lui aurait donnée, que ceux qui attaquent son histoire ne prétendent qu'il pèche par défaut.
M. Le Pelletier de Rouen et Buteo ont encore poussé p|us loin l'exactitude et la précision; voici l'extrait de leur travail, tel qu'il a été donné par dom Calinet, dans sa Dissertation sur l'arche >l> : Sué .
Le premier suppose que l'arche était un bâtiment de la figure d'un parallélépipède rectangle, dont un peut dhiser la hauteur intérieure en quatre étages. Il donne trois coudées et demie au premier, sept au second, huit autroisième, six et demie auquatrième ; il laisse les cinq coudées restantes des trente de la hauteur, pom les épaisseurs du fond, du comble, et des trois ponts ou planchers des trois derniers étages.
Le premier étage était le fond, ou ce que l'on appelle carène dans les navires ; le second servait de grenier ou de magasin; dans le troisième étaient les étables ; dans le quatrième, les volières. Mais comme la carènene se comptait point pour un étage, et ne servait que d'un réservoir d'eau douce, l'arche n'en avait proprement que trois, comme l'Ecriture le dit, quoique les commentateurs en aient supposé quatre en comptant la carène.
Il ne veut que trente-six étables pour les animaux terrestres, et autant pour les oiseaux; chaque ctable pouvait avoir quinze coudées quatre neuvièmes de long, dix-sept de large et huit de hauteur; par conséquent
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vingt-six pieds et demi de long, vingïieuf de large, treize pieds et demi de haut, puisque M. le Pelletier donne à sa, coudée vingt pouces et demi, mesure de Paris. Les trente-six volières étaient de même étendue que les étables.
Pour charger également l'arche, Noé avait pu remplir les étables et les volières, en commençant par celles du milieu, des plus gros animaux et des plus grands oiseaux. Un calcul exact démontre qu'il pouvait y avoir plus de trente-un mille cent soixantequatorze muids d'eau douce dans la carène; c'est plus qu'il n'en fallait pour abreuver pendant un an quatre fois autant d'hommes et d'animaux qu'ilyen avaitdansl'arc/ie. Il en estde même de la capacité du grenier pour contenir la nourriture nécessaire à tous pendant un an.
Dans le troisième étage, Noé a pu construire trente-six loges pour y serrer les ustensiles de ménage, les instruments de labourage, les grains, les semences, etc., une cuisine, une salle, quatre chambres, et un espace de quarante-huit coudées pour se promener.
M. Le Pelletier place la porte de l'arche, non dans l'un des côtés de la longueur où. elle aurait gâté la symétrie et ôté l'équilibre, mais à l'un des bouts.
Quelques-uns ont cru qu'un réservoir d'eau douce n'était pas nécessaire, que l'eau de la mer mêlée avec les eaux du déluge pouvait être assez potable; ils se sont trompés:
l'expérience prouve qu'un tiers d'eau salée mêlée avec deux tiers d'eau douce, est encore une boisson insupportable. Comme l'arche cessa de flotter sur les eaux le vingt-septième jour du septième mois, elle demeura à sec sur les montagnes d'Arménie pendant plus de sept mois, pendant lesquels Noé ne pouvait pas avoir de l'eau du dehors.
Le Père Jean Buteo, né en Dauphiné, religieux de l'ordre de saint Antoine de Viennois, dans son Traité de l'arche de Noé écrit au seizième siècle, suppose que la coudée dont parle Moïse n'avait que dix-huit pouces commela. nôtre ; cependantil ne laisse
pas de trouver dans les dimensions données par Moïse toutrespace nécessaire pour loger dansl'arc/ie les hommes, les animaux et les provisions. Il pense que l'arche était composée de plusieurs sortes de bois gras et résineux, qu'elle était enduite du bitume dont l'Assyrie abonde, qu'elle avait la forme d'un parallélépipède, avec les dimensions que lui donne l'Ecriture, mesurée à notre coudée.
Il y suppose quatre étages, le premier de quatre coudées de hauteur, 1© second de huit, le troisième de dix, le dernier de huit ; il destine le premier à servir de sentine, le second est pour les étables, le troisième pour les provisions, le plus haut pour la demeure des hommes, des oiseaux, des ustensiles, etc. Il place la porte à vingt coudées près du bout de l'un des cotés, la fait ouvrir et fermer en pontlevis; il met la fenêtre au haut de l'appartement des hommes, et prétend que les animaux n'avaient pas besoin de lumière. Il élève le milieu du comble d'une coudée de hauteur dans toute sa longueur.
Dans le second étage, il met une allée de six coudées de large et de trois cents coudées de long; une autre qui la coupe à angles droits, et deux autres parallèles. Par cette distribution il forme quarante petites étables ou cellules, soixante grandes étables et quarante moyennes.
Or, en réduisant tous les animaux renfermés dans l'arche à la grandeur du bœuf, du loup et du mouton, il juge qu'ils étaient égaux à cent vingt bœufs, à quatre-vingts loups et quatre-vingts moutons. Il soutient que les étables, telles qu'il les suppose, pouvaient contenir soixante paires de bœufs, quarante paires de loups, et quarante paires de moutons. Pour nourrir les bêtes carnassières, il pense que trois mille six cent cinquante moutons pouvaient suffire pour leur en donner dix par jour, ou un à quatre.
Il perce toutes les étables parle bas, pour que les ordures des animaux tombent dans la sentine et servent de lest; il y met des soupiraux qui remontent jusqu'au dernier étage, pour donner de l'air et prévenir l'infection.
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En divisant le troisième étage comme le second, il trouve suffisamment d'espace pour placer toutes les provisions, tontes les commodités dont Noé et sa famille pouvaient avoir besoin, toutes les facilités pour soigner sans beaucoup de travail le s différentes espèces d'animaux. Toute la capacité de l'arche, selon son calcul, et en prenant la coudée à dix-huit pouces, était de six cent soixante-quinze mille pieds; elle avait quatre cent cinquante piedsdelong,soixante-quinze de large, et quarante-cinq de haut.
Quelque ingénieuses que soient les idées du Père Buteo, quelque exact que soit son calcul, M. Le Pelletier trouve plusienrs difficultés dans son système. 1° La coudée dont parle Moïse était celle de Mcmphis, plus courte d'un septième que celle de Paris. 2° Un bâtiment plat et carré, plus long et plus large que baut, n'a pas besoin de lest pour l'empêcher de tourner, de quelque manière qu'on le charge.
3° Les animaux seraient mal placés entre des fumiers et dus provisions; ils auraient été sous l'eau, privés de la lumière, en danger d'être étouffés ; on prévient ces inconvénients en les mettant au troisième étage. 4° La pesanteur des animaux pouvant aller à soixante-dix milliers, au lieu que celle desprovisionspouvait semonteràplus de dix millions de charge, il n'est pas convenable de placer les provisions au-dessus des animaux. 5° La porte, placée à un des côtés de l'arche, avec une allée vide dans tonte la longueur, aurait rendu l'arehe plus pesante d'un côté que de l'autre, et incommode dans sa totalité, etc.
Mais, comme le remarque dom Calmet, il y a peu d'auteurs qui, en traitant cette matière, ne soient tombés dans des inconvénients. Les uns ont fait V arche trop grande, les autres trop petite, plusieurs peu solide; la plupart n'ont envisagé dans l'histoire du déluge que les difficultés qui peuvent concerner la capacité de Yarche, sans faire attention à celles qui pouvaient résulter de sa forme, de la distribution des appartements et des loges, de la manière dont il fallait donner aux animaux de la nourriture, du jour, de l'air, de la propreté. M. Le Pelletier
les a éclaircies et prévenues dans sa Dissertation sur l'arche de Noé, c. 52,
6° Dans quel lieu s'arrêta Yarche après le déluge ? Quelques-uns ont cru que c'était près d'Apamée, ville de Phrygie, sur le fleuve Marsyas, parce que cette ville était surnommée Y Arche, et portait une arche dans ses médailles.
Mais il est très-probable que cette ville était nommée x'.Swtôç, Arche, parce qu'elle était située dans un vallon trèsétroit, et renfermée comme dans un coffre; il paraît que c'est même la signiiicvtion du nom propre Apam^e.
On lit dans les, vers sibyllins que le mont Ararat, où s'arrêta l'arme, est sur les confins de la Phrygie, aux sources du fleuve Marsyas :"c'est une erreur. Tout le monde sait que cette montagne est en Arménie; Josèphe l'historien, parlant d'Izates, fils du roi de rAbdiahène, dit que son père lui donna dans l'Arménie un canton nommé Kaeron, où l'on voyait des restes de Yarche de Noé. 11 cite Bérose, historien chaldéen, qui dit que de son temps on voyait des restes de Yarehe sur les montagnes d'Arménie. Antiq., liv. \, c. 5; liv. 20, c. 2.
Nicolas de Damas, saint Théophile d'Antioche, saint Isidore de Séville, citent la même tradition ; Jean Stuys, dans ses voyages, dit qu'en 1670 un ermite de ce canton lui assura encore ce fait : c'est une fable. M. de Tournefort, qui a été sur les lieux, atteste que la montagne d'Ararat est inaccessible, que depuis ie milieu jusqu'au sommet elle est couverte de neiges qui ne fondent jamais, et au travers desquelles il n'est pas possible de s'ouvrir un passage. Les Arméniens eux-mêmes tiennent par tradition, qu'à cause de cet obstacle personne depuis Noé n'a pu monter sur cette montagne ni donner desnouvelles des restes de Yarche; c'est sans aucune preuve et sur de simples bruits populaires que quelques voyageurs ont dit que l'on en voyait encore des débris. Voyez la Dissertation de dom Calmet ; celle de M.
Le Pelletier de Rouen se trouve dans les Mém. de Trévoux, de l'année 1702.
Quelques incrédules, qui ne pouvaient rien opposer de solide aux ouvrages que nous venons d'extraire, se sont bornés à les tourner en ridicule :
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c'est leur dernière ressource. Mais quoique les divers systèmes sur la structure de l'arche ne soient que des conjectures, elles démontrent cependant que les commentateurs qui ont travaillé à éclaircir la narration des livres saints, ont eu en général plus de capacité, de lumières, d'érudition, de jugement, que ceux qui font profession de mépriser les anciens monuments, sans pouvoir en donner aucune raison. Voyez parmi les planches de l'histoire ancienne la figure de l'arche de Noé. Bergier.
ARCHÉOLOGIE, (Mol. mixt. scien.
histor.) — L'archéologie est, dans son sens le plus général, la partie de l'histoire qui s'occupe des origines ; nous la ferons comparaître, entendue dans ce sens, au mot chronologies.
On la restreintordinaireniont à l'étude des médailles, des inscriptions et des monuments, et, sans entrer dans des détails qui demanderaient à être très-longs, nous nous contenterons de dire en général que la numismatique, l'épigraphie et l'archéologie monumentaire modernes, ne font, par leurs découvertes qui s'accumulent sans cesse, que confirmer la véracité des anciens livres et de nos livres sacrés en particulier.
Hérodote a longtemps passé pour un conteur de fables; tout ce qu'on découvre démontrelavérité descs récits, quelque étranges qu'ils paraissent.
Notre Bible a toujours été plus respectée qu'Hérodote; pourtant combien d'ennemis duehristianisme et de toute religion n'ont pas travaillé à la démolir comme histoire sérieuse ? Eh bien, depuis cinquante ans tout ce qu'on déchiffre dans les inscriptions égyptiennes et autres, tout ce que l'on parvient a interpréter sur les monuments, vient peu à peu, et détail par détail, faire revivre pour nous les personnages qu'elle nomme, les villes dont elle parle, les faits qu'elle raconte. Au reste, les antiques histoires ne portent pas le caractère des fictions et ne sont point des romans; les œuvres d'art qui ne sont que le produitde l'imagination, comme tout ce qui est poème, portent leur cachet propre et ne peuvent être confondues
avec les histoires sérieuses. Il est impossible de s'y tromper; la critique impartiale ne confondra jamais une narration avec une fiction ; l'auteur "de l'une ne saurait emprunter le caractère de l'autre; la meilleure preuve est dans l'œuvre elle-même, dans sa facture intime et profonde. Aussi \'archéologie trouve-t-elle, tous les jours, dans les inscriptions, dans les tombeaux, dans les monnaies, dans toutes les choses antiques, des démonstrations nouvelles de la véracité naïve des premiers historiens. Le Noir.
ARCHÉOPTERIX, ou oiseau de Solenhofen , (théol. mixt. scien. paléont.) — Les paléontologues ont ainsi nommé un oiseau fossile qu'on a découvert, très-bien conservé dans ses formes pétrifiées, au sein d'un bloc de roche jurassique, c'est-à-dire appartenant au terrain secondaire supérieur venant immédiatement après les salifôres et immédiatement avant les crétacés, ou leur étant contemporain, mais certainement antérieur aux plus anciens des terrains tertiairesqu'onnommeTéocène. Voici la description qu'en donne M. Alphonse Milne Edwards :
« Par ses proportions générales, le squelette de Yarchœopteryx se rapproche jusqu'à un certain point de celui de quelques gallinacés. Les ongles de cet animal sont en elFet assez robustes, soit pour lui permettre de percher, soit pour gratter la terre.
Les dimensions relatives des membres postérieurs et des membres antérieurs, ainsi que celles de chacune de ces parties examinées à part, s'accordent assez bien avec cette manière de voir. En résumé, je serais porté à croire que ce devait être un oiseau lourd dans ses allures, se perchant ordinairement et vivant de matières végétales. Mais je n'avance cette opinion qu'avec la plus grande réserve, et j'attends sur ce point le jugement de M. Owen, qui prépare en ce moment un travail détaillé sur le sujet qui nous occupe (1). »
(I) Mémoires sur la distribution géologique des oiseaux fossiles et description de quelques espèces nouvelles, par Alph. Milne-Eilwards. ( Annales des sciences naturelles. 18G4.)
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A notre connaissance, aucun oiseau plus antique n'a été jusqu'à présent découvert. On a seulement trouvé quelques ossements qu'on croit avoir appartenu à des oiseaux, et des empreintes de pattes que l'on croit aussi avoir été des pattes d'oiseaux, dans quelques ardoises et dans quelques grès d'Amérique qui sont plus anciens encore.
La paléontologie ornithologique est la plus obscure et la plus pauvre de toutes jusqu'à présent; cela s'explique assez bien par les conditions mômes d'existence de l'oiseau, qui vit dans l'air, est, par conséquent, plus difficile à saisir par les révolutions terrestres, soit les torrents, soit les éruptions volcaniques, soit les enteirissoments quelconques , qui enGn est léger et dont les débris se disséminent, se dissolvent plus facilement.
Cependant, il n'en est pas muins vrai que cette pauvreté en oiseaux fossiles a paru aux géologues qui s'occupaient de concilier leur science avec la Genèse, une vraie difficulté.
Les oiseaux, (Usaient-ils, sont donnés par le livre sacré comme ayant apparu le cinquième jour avec les sauriens et tous Jes grands animaux aquatiques ; et, tandis que tout est plein des restes de ces derniers dans les terrains secondaires qui correspondent à cette cinquième période, les oiseaux n'y figurent presque pas, on peut-être même pas du tout.
Pour résoudre la difficulté, reprenons la Genèse d'une part, la géologie de l'autre ; et nous allons voir, ainsi que déjà nous l'avons indiqué dans notre grand article sur les trois âges de la géogénie, que l'accord ne saurait être plus complet, ni plus étonnant.
La Genèse met dans la bouche de Dieu, au versct20, ces paroles : « Que les eaux produisent le reptile à âme vivante et le volatile sur la terre sous le firmament du ciel », puis il reprend : « et Dieu créa cete rgmndia, et toute âme vivante et active qu'avaient produite les eaux dans ses espèces, et -tout volatile selon son genre. Et Dieu vit que c'était bon; et il les bénit, disant : Croissez et multipliez et remplissez les eaux
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de la mer; et que les oiseaux multiplient sur la terre. Et se fit, du soir et du matin un cinquième jour. »
Quels sont donc ces êtres, appelés « le reptile à âme vivante et le volatile sur la terre sous le firmament, »
que « produisent les eaux »? quels sont ces êtres dont il est dit encore :
« et Dieu créa cete grandia, les grands cétacés, et les âmes vivantes et actives qu'ont produites Jes eaux, et les volatiles selon leurs genres » ? quels sont enfin ces êtres à propos desquels on ramène les eaux pour la troisième fois, en faisant dire à Dieu : « Croissez et multipliez, et remplissez les eaux. »
Oh ! ce ne sont point les oiseaux qui sont exprimés là, par « le volatile que produisent les eaux, » pas plus que par « le reptile à âme vivante que produisent aussi les eaux; » ce sont les grands sauriens volants, les amphibies volants, tous les monstres volants, dont le ptérodactile est un type fort petit, puisqu'il variait de la grosseur de la bécassine à celle du cormoran, et qui, tout en étant des volatiles comme nos chéiroptères, ne sont pas plus qu'eux des oiseaux.
Or, n'est-ce pas de tous ces grands sauriens que les terrains secondaires, correspondant au second âge de la géologie, et au 5 e jour de la Genèse, sont devenus les reliquaires ?
Quant aux oiseaux proprement dits, ne semble-t-il pas que la dernière parole seulement : « que les oiseaux multiplient sur la terre », leur soit applicable ? Or, cette parole termine le tableau du 5 e jour, et parait indiquer que la classe des véritables oiseaux commence d'avoir son développement à la fin de ce cinquième jour, le second de la géologie ; mais n'avons-nous pas trouvé précisément dans le dernier des. terrains secondaires, dans le terrain jurassique correspondant à la fin du second âge géologique, cet archioptérix qui serait suffisant pour attester l'existence, à cette date, de la classe dont il Ht partie, et qui paraît annoncer quel'on en trouvera d'autres ?
Nous devons cependant avouer que jusqu'à présent cette espérance ne
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s'estpoint réalisée d'une manière complète. M. Alphonse Milne Edwards, le fils de notre savant physiologiste, s'occupe spécialement depuis douze ans de cette branche de la paléontologie ; il publie au moment même où nous écrivons, par fascicules, les résultats de ses découvertes avec les dessins ; et voici, à ce jour, où en sont ses révélations.
L'âge quaternaire, signalé par le d»7un'/<mctles alluvions subséquentes, lui a fourni en oiseaux, les types gigantesques de l'Ile de Madagascar et des îles voisines, connus souslcs noms de diornis, d'apternyx, de palapteryx de la Nouvelle Hollande, et d'épiornis de Madagascar, dont les espèces ne sont éteintes que depuis deux ou trois siècles.
L'âge tertiaire, qui est celui des terrains éocène, miocène et pliocène, lui en a aussi fourni un grand nombre, mais notamment le miocène. A cette époque se rapportent environ soixante-dix espèces de formes trèsvariées, dont quelques-unes sont disparues, dont le plus grand nombre continuent d'exister. Perroquets, couroucous, hirondelles, salanganes, serpentaires , marabouts, grues, flamands, ibis, paloéludes, échassiers de formes bizarres, pélicans, gangas, beaucoup de gallinacées, canards, cormorans en certaines localités, mouettes, le petit plongeon, quoique assez rare, quelques espèces perdues accusées par le gypse des environs de Paris, quelques autres à formes trèsétranges propres à l'éocène, tel est à peu près tout le répertoire de cet âge, étudié par le jeune savant.
Le terrain crétacé et ceux qui se présentent immédiatement après, en profondeur, lesquels commencent la série secondaire en allant de haut en bas, ne lui ont encore à peu près rien révélé, en sorte qu'on attend à voir si la lacune entre les terrains tertiaires etlesjurassiques, dans lesquels reposait au moins un oiseau, le fameux archéoptéryx ou oiseau de Solenhofen, se comblera. Si ellenesecomblaitpas, ne pourrait-on point supposer que ces terrains n'étaient pas de nature à conserver de pareils débris.
Quoi qu'il en soit, nous attendrons,
heureux d'avoir à présenter,' à la gloire de notre géologue antique, au moins un type pour les terrains socondaires intérieurs ou moyens at, par là même, pourlaseconde moitié, ou même le soir, du second jour de la géologie. V. at.es (les trois) géologiques. Le Noir.
ARCHÉTYPES, (thêol. mixt. philos, ontol.) — Deux conditions sont nécessaires pour qu'une création quelconque soitpossibleontologiquoment; la première est l'existence antérieure à cette création de sa cause efficiente, le rien ne pouvant rien produire ; la seconde est l'existence antérieure à cette même création de sa cause typique, forme éternelle dont elle soit comme la copie dans sa réalisation temporelle. On pourrait aussi qualifier cette cause typique de cause substantielle absolue, ou de véritable essence ; et la condition de son éternelle antériorité est aussi nécessaire à la possibilité de la production que celle de la cause active produisante, par cette raison profonde que le rien ne peut pas plus senir de modèle 1 i d'élément à quelque chose qu'il ne peut produire quelque chose. Parlons un langage qui soit un peu plus à la portée de tout lecteur : il est aussi impossible à Dieu de faire une chose sans en avoir l'idée, qu'il est impossible à ce qui n'est pas de produire ce qui est.
Le génie de Platon était tellement puissant qu'il aperçut, dans cette seconde impossibilité, plus de lumière encore que dans la première, surtout plus de richesse en conséquences lumineuses, et que ce fut d'elle surtout qu'il fit l'inépuisable mine ontologique de laquelle il tira sa philosophie.
•Les idées- types de toutes choses, qui sont éternelles comme Dieumème, ou plutôt Dieu, lui-môme puisqu'elles composentson intelligence, sonverbe, son logos, devinrent pour Platon les réalités solides, fixes, permanentes, véritables, les vraies substances de3 choses, leurs substantialités divines, et il les appela les archétypes, ou types originels et originaux. Quant aux choses elles-mêmes, créées et suspendues dans le temps, substances
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incomplètes ayant besoin d'attache, elles ne furent plus pour lui que des images fugaces de ces réalités éternelles, que des ombres. Dans la conception parfaite qu'il se forma des archétypes divins, ceux-ci prirent, pour ainsi parler, la place de leurs images, de leurs ombres , en devinrent la véritable essence, la substance divine ; et, par eux, les choses purent quelquefois être qunliliées, dans ses explications , d'éternelles; les êtres recevaient la qualiliration qui se rapportait à leurs archétypes , ceux-ci les effaçant, aux regards du génie, dans la véritable existence. C'est ainsi que Platon a pu se faire accuser souvent par les esprits superficiels qui forment le grand nombre,- et qui ne l'ont jamais compris, ni ne le comprendront, de professer l'éternité de la matière. Au sens que nous venons d'expliquer, il professa l'éternité de toutes choses; et il eut raison dans les profondeurs de son ontologie.
Tout est éternel dans la trinité divine, dans sa substance, dans son intelligence , dans sa vie; et c'est ainsi que tout y trouve sa raison d'être, sa possibilité de réalisation.
Mais ce n'est pas à cette conclusion transcendante que nous voulions aller.
Nous voulions seulement tirer de cette nécessité des archétypes divins pour toutes les créations, pour celle d'une fourmi comme pour celle de l'archange, une preuve de l'existence de Dieu aussi lumineuse que celle qui résulte de la nécessité d'une cause efficiente pour tout effet. Rien ne sort de rien, pour parler avec l'exactitude ontologique, tout sort de quelque chose ; il y a des êtres dans le temps, des êtres à existence temporelle, fugace ; donc ces êtres ont une existence éternelle, immobile, absolue, dont l'autre existence n'est qu'une image mobile. Cette existence archétype ne saurait être sans une substance, sans un substratum éternel ; ce substratam est Dieu, nous l'appelons Dieu, voilà Dieu tout trouvé, Dieu nécessaire, Dieu indispensable. Il est indispensable comme le type est indispensable à la copie, comme l'original est indispensable au portrait, comme l'idée est indispensable à la chose, comme
il est indispensable que l'être, pour être, sorte de l'être, et comme il est impossible qu'il sorte de rien. Le Noir.
ARCHEVÊQUE. V. Métropolitain.
ARCHITECTURE, (théol.mixt. art.) — L'architecture est le plus beau jet de la souche de l'art, après ceux dont les racines s'alimentent dans le terrain de la langue et dont les feuilles se nourrissent dans l'atmosphère de la poésie, de la philosophie et de la religion. Ses paroles sont de marbre, son éloquence est dans ses tours, ses flèches, ses rosaces, ses cintres, ses colonnes, ses ogives, ses voussures ; tel monument architectural est un poëme grandiose qui n'a de plus grand que lui que l'idée dont il estime incarnation.
Quelle est cette idée?... Si nous pissons en revue tous les lieux de la terre où de pareils monuments bravent, depuis des siècles ou depuis des années, les assauts des vents, des orages, des incendies et des combats, nous trouvons que partout cette idée n'est autre que celle de la divinité.
L'homme construit de vastes palais pour loger des rois ou des parlements ; mais ces palais ressemblentils aux temples religieux? Lorsque ces derniers ont acquis une grandeur et un style qui ont absorbé toutes les sympathies artistiques des foules, on les imite dans toutes les autres constructions, mais on ne les imite qu'en rapetissant l'échelle, ou en diminuant la beauté ; et, dans tous les cas, la création du genre a eu pour premier type un temple à Dieu.
* Faites le tour du monde : ici c'est la mosquée ; ici la pagode ; ici l'ateshgah ; ici la basilique ; ici la synagogue; ici l'église ; ici la chapelle; ici la cathédrale; partout le temple.
Et partout c'est la divinité qu'on y adore ; les noms changent : ici c'est Allah, l'être adorable ; ici c'est Godah, l'être par soi ; ici c'est Dcva, Theos, Deus, Dieu, l'être lumière; ici c'est Jéhovah, Jovem, l'étant, celui qui est :
l'idée fondamentale n'a point ebangé.
Cependant nul n'a vu Dieu dans nos ténèbres; et nos ténèbres ne l'ont point compris. Comment expliquer l'accord universel des générations,
ARC