‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 135 sur 166 · AKI · texte numérisé non relu

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ARIANTSME, ARIENS. Arirnspi'ètre d' Alexandrie, premier auteur de l'hérésie à laquelle il a donné son nom, commença de la publier l'an 310.

Mécontent d'une explication qu'A- . iexaudre, son évèque, avait donnée du mystère de la sainte Trinité dans une assemblée de prêtres, il soutint que le Fils de Dieu, on le Verbe divin, était une créature tirée du néant, que Di'en le l'en' avait produite avant tous les siècles, et du laquelle il s'était SBTVi pour créer le monde ; qu'ainsi le Fils de Dieu était d'une nature et d'une dignité Irès-inférieure au Père; qu'il n'était appelti Dfen que dans un sens impropre. Condamné d'abord par sou évèque dans un concile d'Alexandrie, et d'ans un second tenu l'an 321', il se retira dans la Palestine ; il écrivit aux évèqnes les plus célèbres, pour se plaindre de la rigueur avec laquelle il était traité; il sut déguiser sa doctrine et rendre odieuse celle d'Alexandre, aussi bien que sa conduite : il gagna ainsi plusieurs partisans, surtout Eusèbe de Nicomédie, dont le crédit était grand pour lors, soit à la cour, soit dans l'Eglise. Alexandre, de son côté, rendit compte des erreurs d'Arius et des motifs de sa condamnation; la dispute commença dès ce moment de s'ée!uiull'er de part et d'autre.

I. L'empeivur Constantin, qui en prévit les suites, tâcha \ainement de concilier ou de calmer les deux partis, et de leur imposer silence. Voyant qu'ilne pouvait y réussir, Rassembla, l'an 325, un concile général à N-icée en Bithynie, auquel se trouvèrent trois cent dix-liuit évèquesj, tant de l'Orient que de l'Occident. Après un sérieux examen, dans lequel Arius et ses partisans furent entendus, le concile -condamna leur doctrine ; il décida que a Jésus-Christ, Fils unique de » Dieu, est né du Père avant tous les » siècles, Dieu (h- Dieu, lumière de » lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, en- » gendre et non fait, consubslautiel à » son Père, et que par lui toirtes eho- » ses ont été faites. » t'est le symbole de la foi que l'Eglise répète encore aujourd'hui dans sa liturgie. Arius, ayant refusé de souscrire à sa condamnation, fut exilé en Myrie ; dix-

sept évoques firent d'abord le même refus, ensuite ils se réduisirent à.chiq, et enlin à deux, qui furent aussi exilés.

Mais l'anathème prononcé contre l'erreur ne ladétruisitpas; la plupart de ceux qui n'avaient signé la décision du concile que pour éviter l'ex'i., demeurèrent attachés au parti d'Ariu. .

Constantin lui-même, séduit par un piètre arien, que Constantia sa sœur lui avait recommandé an mourant et qui avait gat;né sa confiance, consentit à rappeler Anus de sou exil en 35-V ; et cethérélique,réunià ses partisans, recommença de semer ses erreurs avec encore plus de chaleurqu'auparavant. Mais saint Aihanase, qui avait succédé au patriarche Alexandre dans le siège d'Alexandrie, refusa constamment de recevoir Arius à sa communion, et par cette fermeté il encourut l'indignation de Constantin.

Dès ce moment, les ariens devinrent un parti redoutable; ils tinrent plusieurs conciles dans lesquels ils se trouvèrent les maîtres; ils parvinrent à faire exiler plusieurs des évèques les plus attachés à la foi de Nicée, en particulier saint Athaaiase et saint Eustache; évèque d'Anlioche.Uss'appliquèrentà interpréter dans un mauvais sens la doctrine du concile de Nieée, surtout leterine consulstantiel ; ils prétendirent que. ce mot pouvait faire confondre la Personne du. Fils avec celle du Père, et renouveler l'erreur de Sabellius, et ils eurent grand soin de le retrancher dans toutes les professions de loi qu'ils dressèrent.

Mais leurs disputes, leurs variations daus ces confessions de foi sur lesquelles ils ne pouvaient s'accorder, et qu'ils changèrent aunmins vins;t fois, ne prouvèrent que trop la nécessité d'un terme qui coupait la raçiue à tous leurs subterfuges.

Constantin lui-même ne put faire consentir Alexandre, évèque de Constarrtintqvle, à recevoir Arius dans sa communion ; cet hérétique mourut d'une manière trafique dans cette circonstance mçmev l'an 33(i; ceux qui ai'ensenfc les catholiques de l'avoir empoisonné-, les- calomnient stins-fondementet par pure màHgnitti

Après la mort do Ctiiisiaiitin, arri-

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vée l'an 337, le parti des ariens fut tantôt plus fort et tantôt plus faible, s 'Ion qu'ils furent protégés ou pros-.

critspar les empereurs. Sous Constance, qui les favorisait, ils remplirent tout l'Orient de troubles, deséditions, de violences ; mais Constantin le j eune el Constant qui régnaient sur l'Occident, empêchèrent Yarianisme d'y faire beaucoup de progrès. En 351, Constance, devenu maître de tout l'empire par la mort de ses deux frères-, protégea l'hérésie encore plus hauiemciil qu'auparavant; il y eut pàusiôUES'ùanftiiles tenus en Italie, dans lesquels les arims dominèrent; d'autres, dans lesquels les catholiques reprirent le dessus, condamnèrent Anus et ses partisans, et conlirmèrent la foi de Nicée. Au concile d'Arles en 333, à celui de Milan tenu en 36 5-, à Riminien 359, plusieurs évoques, vaincus par violence, souscrivirent à la condamnation de saint Athanase, et signèrent des confessions de foi dans lesquelles le mot de consubstantiel était supprimé. Ceux qui ont conclu de là que ces évêques avaient signé Yarianisme, ont abusé des termes : les professions de foi auxquelles ils souscrivirent, n'exprimaient pas assez expressément le dogme catholique, mais elles n'exprimaient pas non plus l'erreur d'Arius, puisqu'elles portaient ou que le Fils est semblable auPêre, en substance, ou qu'il Jui est semblable en toutes choses, ou qu'il lui est semblable selon les Ecritures, etc. Cène sont pas là deshérésies, quoique les ariens abusassent malicieusementde ces expressions vagues pour semer leur erreur.

Il en fut de même de la formule que le pape Libère signa par faiblesse danssonexil, l'an 357. Voyez Libère (1).

Il est constant d'ailleurs que, pendant toutes les disputes des évèques, les peuples, qui n'y comprenaient rien, continuaient à croire et à professer le dogme de la divinité de .Jésus-Christ. Les évêques ariens euxmêmes n'osaient pas prêcher en public, comme Arius,quele Fils de Dieu est une créature tirée du néant; qu'il est inférieur en nature à son Père ;

(1) Et la note adjointe.

qu'il n'est pas Dieu dans tjute la. rigueur du terme . Comment donc peuton soutenir que, dans le temps dont nous parlons, Yarianisme avait étouffé la foi catholique, et dominait dans l'Eglise?

Julien, parvenu à l'empire l'an 302, laissa disputer les ariens et les catho'liques : son règne ne dura que deux ans, celui de Jovien ne fut que de quelques mois. Valens, maître d'e rOrientl'an 364, favorisaet embrassa Yarianisme; Valentinien, son frère, travailla efficacement à l'extirper en Occident. Gratieu, et ensuite Théodose, le proscrivirent dans tout l'empire, de manière que vers l'an 380, cette hérésie, après soixante ans de tumulte, n'osa presque plus se montrer.

Au commencement du cinquième siècle, les Goths, les Bourguignons et les Vandales, qui en étaient infectés, voulurent la rétablir dans les Gaules et en Afrique ; ils exercèrent beaucoup de violences, et tirent un grand nombre de martyrs; les Visigoths la portèrent en Espagne : c'est où elle a subsisté le plus longtemps sous la protection des rois qui l'avaient embrassée ; mais ceux-ci l'ayant enfin abjurée, elle s'y éteignit aussi vers l'an COU. Nous la verrons renaître de ses cendres au seizième siècle.

II. Il est probable que Yarianisme aurait subjugué l'Orient tout entier, si ses partisans avaient pu s'accorder; mais, comme tous les hérétiques, ils se divisèrent promptement. Les deux factions principales furent celle des purs ariens et celle des semi-ariens.

Les premiers disaient sans détour, comme Arius, que le Fils de Dieu était une créature, par conséquent très-inférieur et dissemblable à son Père : c'est ce qui les lit nommer anoméens, dissemblables. On les appelle encore acaciens, eudoxiens, cusébiens, aétiens, eunomiens, ursaciens, etc. ; parce que Acace, évèque de Césarée, Eudoxe, évoque d'Autioche, Eusèbe de Nicomédie, Aétius, Eunomius, Ursace, évêque de Tyr ou de Sigedun, furent successivement à leur tète; mais il ne parait pas que ce parti ait été le plus nombreux ; leur hérésie proposée ainsi sans déguisement révoltait les esprits.

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Les semi-aricns, quipensaientpeutêtre de même dans le fond, dissimulaient leurs vrais sentiments. Nous ne pouvons mieux connaître leurs artifices et leurs détours, qu'en examinant la conduite d'Eusèbe de Gésarée, qui parait avoir été constamment dans ce parti. Il ne faisait point de difficulté de dire, comme le concile de Nicée, que Jésus-Christ est le Verbe, la raison ou la sagesse divine, Dieu de Dieu, lumière de lumière, engendré du Père avant tous les siècles, et qui a fait toutes choses ; mais il n'avouait pas que ce Verbe fût engendré de toute éternité et coéternel au Père ; il prétendait, comme font encore les sociniens, que le Père avait donné l'être au Fils avant la- création; et quand il disait que ce n'est pas une créature, il entendait que ce n'est pus une créature semblable aux autres, mais d'une nature beaucoup plus parfaite, et autant semblable à Dieu qu'une créature peut l'être.

C'est pour cela même que les semiariens, au lieu du mot homoousios, consuljstaiitiel, substituaient celui de homoîousios, semblable en substance.

Eusène, en professant, même dans le symbole de Nicée, que le Fils est consubstantiel au Père, entendait que le Fils est sorti du Père non par division ou par retranchement, comme un corps qui faisait partie d'un autre corps, mais sans changement et sans diminution de la substance du Père ; ainsi, par consubstantiel, il n'entendait toujours qu'une ressemblance imparfaite dans la substance, et une parfaite égalité avec le Père. Il ne refusait pas de condamner Arius, ni de dire anathème à tous ceux qui enseignaient que le Verbe est sorti du néant, ou de ce qui n'était pas ; qu'il a été un temps où il n'était pas encore, parce que, disait-il, ces expressions ne sont pas dans l'Ecriture sainte. C'est ainsi qu'il s'explique dans la lettre qu'il écrivit au peuple de Césarée après le concile de Nicée. Socrate, Hist. ecclés., 1. \, c. 8. Dans ses autres ouvrages, il a nié plus d'une fois l'éternité du Verbe et son égalité avec le Père. Petau, Dogm. théol. t. 2, 1. i, c. H et 12.

Plusieurs sociniens se servent encore

aujourd'hui des mômes artifices, pour pallier l'impiété de leur sentimenr touchant la divinité de Jésus-Christ.

Voyez Semi-Arianisme.

Cet abus continuel des termes, ces explications subtiles pour altérer le sens des paroles de l'Ecriture sainte, ces expressions ambiguës dans les professions de foi des ariens, ces disputes toujours renaissantes parmi eux démontraient assez la duplicité de de leur caractère et la fausseté de leur opinion. Ils croyaient avoir remporté une grande victoire, lorsque par fourberie ou par violence ils étaient venus à bout de faire signer aux évèques catholiques une profession de foi dans laquelle le mot consubstantiel était retranché. Quelle différence entre cette marche tortueuse de l'hérésie, et la conduite franche de l'Eglise catholique ! Le .concile de Nicée, du premier coup et d'un seul mot, tixa la croyance d'une manière irrévocable. Le mot consubstantiel rendait toute l'énergie et le vrai sens des expressions de l'Ecriture sainte; il prévenait toutes les équivoques et les subtilités àesariens; l'Eglise, après l'avoir une fois adopté, ne l'abandonna plus ; il fut conservé dans toutes les professions de foi et dans les divers conciles où les catholiques furent libres d'exposer leur croyance; malgré toutes les attaques de l'hérésie, après quatorze siècles, la consubstantialité du Verbe est encore la foi de cette même Eglise. V. Consubstantiel.

Divinité de Jésus-Christ, Fils de Dieu.

III. Un des "artifices dont se sont servis les fauteurs de Yarianisme, a été de représenter ces disputes comme des contestations indiiférentesau fond du christianisme, qui ne valaient pas la peine de faire tant de bruit ; de prétendre que l'on peut être bon chrétien sans souscrire à la décision du concile de Nicée. Les incrédules n'ont pas manqué d'appuyer cette prétention, afin de couvrir de ridicule les Pères du quatrième siècle, et de rendre le zèle de religion responsable des troubles que Yarianisme a causés^ dans le monde. Nous soutenons au contraire que la divinité de Jésus-Christ, fondée sur la consubstantialité du Verbe, est le dogme

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fondamental du christianisme ; que si ce dogme n'est pas vrai, Jésus- Christ a établi une religion fausse.

1° Il est clair que si les trois personnes divines, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ne sont pas un seul Dieu dans le sens le plus exact et le plus rigoureux, le christianisme, tel qu'il subsiste dans toutes les communions qui ne sont pas ariennes ou sociniennes, est un véritable polythéisme, puisque nous rendons à ces trois Personnes divines leinème culte suprême.

Entre les païens etnous, il n'y aura point de différence, sinon qu'ils admettaient un plus grand nombre de Dieux que nous, et que nous savons déguiser notre polythéisme par des subtilités qui leur étaient inconnues.

Dans ce cas le mahométisme , qui se borne au culte d'un seul Dieu, est une religion plus pure que le christianisme. Abbadie a porté cette conséquence jusqu'à la démonstration, dans son Traité de la divinité de Jésus- Christ. Elle est confirmée par le suffrage de tous les sociniens, qui ne cessent de nous reprocher le trithéisme , ou l'adoration de trois Dieux.

Est-il croyable que Dieu, qui, sous l'Ancien Testament, s'est montré si jaloux du culte suprême exclusif; qui répétait continuellement aux Juifs : je suis seul Dieu, il n'y a point d'autre Dieu que moi, ait permis que l'univers fût bouleversé pour établir une religion qui n'aboutît qu'à offusquer, par sa croyance et par son culte, le dogme capital de l'unité de Dieu, sans lequel il ne peut point'y avoir de vraie religion.

Dans ce même cas, les Juifs sont bien fondés à demeurer dans l'incrédulité. Le dogme de l'unité de Dieu est le bouclier que le juif Orobio ne cesse d'opposer aux arguments de Limborch ; celui-ci, qui était socinien déguisé, en affectantde laisser de côté le dogme de la Trinité et celui de la divinité de Jésus-Christ, a évidemment trahi la cause du christianisme qu'il voulait défendre. Voyez Philippi à Limborch arnica collatio cum erudito Judœo, troisième partie.

2° Jésus-Christ a déclaré qu'il était venu dans le monde pour apprendre

aux hommes à rendre à Dieu le culte d'adoration en esprit et en vérité.

Joan., c. 4, } 24. Or, il veut que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père, c. 5 ,f 23. S'il n'est pas un seul Dieu avec le Père, ce culte est-il juste et légitime? C'est une profanation et une impiété. Nous prenons encore pour juges les sociniens. Y en a-t-il un seul qui se croie obligé de rendre à Jésus-Christ le même culte suprême, la même adoration qu'ilrend à Dieu le Père? Ils ont beau chercher des palliatifs, il s'ensuit toujours de leur opinion que Jésus-Christ, par cette funeste leçon, a voulu nous plonger dans une superstition grossière et inévitable, et que toute la chrétienté y est tombée en effet. Pendant que d'un côté les sociniens affectent de prodiguer à Jésus-Christ les titres les plus pompeux, de l'autre ils nous donnentà conclure qu'il a été le moins sage de tous les législateurs, et un usurpateur des honneurs de la Divinité.

Lorsque nous citons les paroles de saint Paul, Philip., c. 2, f 6 :

« Imitez Jésus - Christ qui , étant » dans la forme de Dieu , n'a » point regardé comme une usurpais tion de s'égaler à Dieu, etc., » le3 sociniens nous disent que nous traduisons mal, qu'il y a dans le texte :

« Jésus-Christ qui, étant dans la forme » de Dieu, n'a y int fait sa proie de » s'égaler à Dieu, » ou ne s'est point attribué l'égalité avec Dieu.

Nous soutenons que cette explication socinienne est fausse. En premier lieu, il est faux que Jésus-Christ ne se soit pas égalé à Dieu; il a dit: « Mon » Père et moi sommes une même chose, Joan., c. 10, j* 31; « Celui qui me » voit, voit mon Père, » c. 14, ^9; « Tout ce qu'a mon Père est à moi, »

c. 16, y 15; « Il veut que tous ho- » norent le Fils comme ils honorent » le Père, » c. 5, y 23. Vouloir être honoré comme Dieu, c'est certainement s'égaler à Dieu ; tel a été le crime et la folie de tous ceux qui se sont fait rendre les honneurs divins.

En second lieu, si Jésus-Christ n'est pas égal à Dieu, où est l'humilité de ne pas y prétendre? En avoir seulement la pensée, serait ime impiété.

En troisième lieu, dans cette hypo-

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thèse, saint Paul et les autres apôtres sont des prévaricateurs : ils ont égalé Jésus-Christ à Dieu, puisqu'ils lui ont donné tous les attributs de la Divinité, l'existence avant tous les siècles, la toute-puissance, le pouvoir créateur, la science et la sagesse divine, le nom même de Dieu. Ils ontcontredit l'exem-

Ele de Jésus-Christ, en exhortant les dèles à l'imiter.

4° Dès que les nouveaux ariens ont méconnu la divinité de Jésus-Christ, il leur a fallu détruire successivement tous les dogmes du christianisme, la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption des hommes par Jésus-Christ, le péché originel, la nécessité du baptême pour les enfants, l'efficacité des sacrements, les œuvres satisfactoires, etc. Ils ont fait consister la religion chrétienne à croire seulement l'unité de Dieu; à regarder Jésus-Christ comme un envoyé de Dieu, sans s'informer de ce qu'il est personnellement; à prendre l'Evangile pour règle de foi et de conduite, sauf à l'entendre comme chacun le trouvera bon. C'est le déisme pur. Il n'est pas étonnant que cette licence ait fait éclore tous les systèmes possibles d'incrédulité.

Est-ce donc là le système sublime de religion que Dieu avait préparé

Eendant quatre mille ans, pour l'étalissement duquel il a opéré tant de prodiges, et changé la face de l'univers? Nous ne serons jamais assez insensés pour le croire.

On nous dit aujourd'hui qu'avant le comile de Nicée, la doctrine touchant les trois Personnes divines n'était point encore fixée ; que l'on n'avait rien prescrit à la foi des chrétiens sur cet article, ni déterminé les expressions dont on devait se servir en parlant de ce mystère ; que les docteurs chrétiens avaient des sentiments différents sur ce sujet, sans que personne s'en scandalisât, etc. On croira peutêtre que c'est un socinien qui s'exprime ainsi ; non, c'est Mosheim, Hist. ecclés. du quatrième siècle, 2 e part., c. 5, § 9. Beausobre lui avait donné l'exemple. Ilist. duman., 1. 3, cap. 7.

Cependant Bullus, dans sa Défense de la foi de Nicée, Bossuet, dans son sixième avertissement aux pro-

testants, et d'autres, ont prouvé invinciblement qu'avant le concile de Nicée, les Pères des trois premiers siècles ont professé hautement l'éternité du Verbe et sa consubstantialité avec le Père. Une preuve positive de ce fait, c'est que jamais Arius ni ses partisans n'ont voulu s'en rapporter au jugement des anciens docteurs, et qu'ils prétendaient mieux entendre l'Ecriture que tous ceux qui les avaient précédés. Le patriarche d'Alexandrie, qui avait condamné Arias, le leur reprochait déjà. Théodore', Eist. ecclés., 1. 1, c.4. Ils refusèrent de même dans le cinquième concile.

de Constantinople, sous Théodose, l'an 383, d'être jugés par le sentiment des anciens Pères. Socrate, Hist.

ecclés., 1. 5, c. 10. Ils étaient donc bien convaincus que les Pères des trois premiers siècles ne pensaient pas comme eux, et les catholiques le soutenaient ainsi. Sait-on mieux au dixhuitième siècle qu'au quatrième ce qui en est?

D'ailleurs, ou le dogme de l'éternité et de l'égalité parfaite du Verbe avec le Père est clairement et formellement révélé dans l'Ecriture sainte, ou il ne l'est pas. S'il l'est, donc ilétait cru dans les trois premiers siècles, et on ne pouvait refuser de le croire sans être hérétique; s'il ne l'est point, ce n'est pas plus aujourd'hui un dopme de foi pour les protestants, qu'il ne l'était avant le concile de Nicée, puisqu'ils ne reconnaissent pour domine de foi que ce qui est clairement et formellement enseigné dans l'Ecriture sainte : ils nepeuvent donc, même aujourd'hui, regarder les sociniens comme des hérétiques. Ce n'est pas sans raison que nous leur reprochons leur connivence avec les ennemis de la divinité de Jésus-Christ.

Nous convenons que l'Eglise n'avait pas encore consacré le mot consubstantiel pour exprimer ce dogme, mais il ne s'ensuit pas que le dogme n'était pas encore cru, puisque l'on exprimait par d'autres termes ce que celui-là signifie, en disant que le Fils ou le Verbe est éternel et parfaitement égal au Père. Si les ariens avaient voulu s'exprimer de même, on ne les aurait pas condamnés.

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Mosheim ajoute que si l'on considère les moyens qu'employèrent les nicêniens et les ariens pour défendre leurs opinions, on est en peine de décider lequel des deux partis excéda le plus les bornes de la probité, de la cbarité et de la modération. Ibid., § 15.

Nous ne relèverons pas l'indécence du nom de nicéniens, donné par mépris aux catholiques ; Mosheim pouvait les appeler encore homoousiens, comme faisaient, les ariens, mais nous demandons en quoi les catholiques ont violé la probité à l'égard de leurs adversaires. Que les ariens en général aient été de mauvaise foi, c'est un fait qui nous parait incontestable ; mais les catholiques ont-ils employé comme eux les équivoques, les expressions captieuses, les fausses protestations de zèle pour le fond du dogme, les fausses promesses de paix, etc., dont se servaient les premiers pour parvenir à leurs lins? A la vérité Mosheim a trouvé bon d'accuser saint Ambroise et d'autres évêques d'avoir supposé de fausses reliques et de faux miracles pour en imposer aux fidèles et confondre les ariens ; mais cette accusation est-elle prouvée? Quant au défaut de charité nous ne voyons pas en quoi les catholiques ont été coupables de se défendre tant qu'ils ont pu contre des hérétiques audacieux, violents, séditieux, qui abusaient de l'autorité des empereurs qu'ils avaient séduits et qui ont fait les plus grands effortspour anéantir la foi de l'Église.

Nous lisons que les ariens ont fait beaucoup de martyrs, mais il n'est écrit nulle part qu'il y en eut parmi eux ; il n'est donc pas vrai que les catholiques aient autant violé les règles de la modération que les ariens.

Après soixante ans de tumulte, nous ne pouvons blâmer Théodose d'avoir porté des lois sévères contre ces derniers; il ne fut pas obligé de répandre du sang ponr les faire exécuter.

IV. La raison de cette partialité de Mosheim et des protestants en faveur de Varianisme, n'est pas difficile à découvrir; c'est que l'on a vu au seizième siècle cette hérésie renaître des principes du protestantisme. Dès que Luther et Calvin eurent posé pour maxime, que la seule règle de

foi est l'Ecriture sainte entendue comme il plaît à chaque particulier, il se trouva des prédicants qui pervertirent le sens des passages par lesquels on prouve la distinction des trois Personnes de la sainte 'Trinité, leur coexistence éternelle, leur égalité parfaite, l'unité de la nature divine ; ainsi, la divinité de Jésus-Christ devint parmi eux un problème. Luther même et Calvin ont parlé de ce mystère dans des termes très-capables de faire douter de leur foi. Hist. du Socinianisme, i " part. ,c. 3 . Plusieurs anabaptistes, sortis de l'école de Luther, prêchèrent Varianisme en Suisse, en Allemagne, en Hollande; Okin et Bucer en jetèrent, sous Edouard VI, les premières semences en Angleterre.

Servet voulutl'établiràGenève ; Calvin le fit punir du dernier supplice. La crainte de subir le même sort écarta de Genève Gentilis, Blandatra, et d'autres qiù soutenaient cette erreur ; ils se retirèrent en Pologne, où ils trouvèrent des protecteurs, et ils y fondèrent des sociétés ariennes. Les deuxSocin, oncle et neveu, parvinrent à les réunir à peu près dans le même sentiment, et donnèrent ainsi leur nom à toute la secte. Vvyez Socinia-

NISME.

Les protestants, honteux de cette postérité sortie de leur sein, ont vainement fait tous leurs efforts pour l'étouffer; dans toutes les conférences et les disputes qu'ils ont eues tr*e les sociniens, ceux-ci leur ont fait voir qu'avec l'Ecriture sainte seule on ne les convaincrait jamais d'erreur ; et lorsque l'on a voulu employer contre eux la tradition, le sentiment des Pères, la croyance constante de l'Eglise chrétienne, il ont reproché avec raison aux protestants de contredire le principe fondamental de la réforme, et de recourir à une arme à laquelle ils ont fait profession de renoncer. La voie d'autorité, les lois pénales, les supplices même dont les protestants ont usé plus d'une fois envers les nouveaux ariens, sont une inconséquence encore plus révoltante, puisqu'ils n'ont cessé de se plaindre euxmêmes lorsque les catholiques en ont fait usage contre eux.

Aussi tous ces moyens ont-ils pro-

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duit très-peu d'effet; ils n'ont pas em-

Î>èché les sociniens de ])énétrer dans a Transylvanie, dans la Prusse, dans la Basse Allemagne, dansla Hollande et en Angleterre, et de s'y multiplier parmi les différentes sectes qui jouissent de la tolérance civile. Dans le dernier siècle et dans celui-ci, Yarianitme mitigé, ou le semi-arianisme, y a trouvé beaucoup de partisans.

En eflet, tes nouveaux ennemis de la divinité de Jésus-Christ ont compris, comme ceux du quatrième siècle, que Y arianisme pur ne pourraitjamais faire fortune; l'on ne persuadera jamais à ceux qui respectent l'Ecriture sainte, que le Fils de Dieu est une pure créature, tirée du néant dans le temps, et qui n'existait pas avant la naissance du monde; encore moins que Jésus-Christ n'est qu'un homme, quoique plus parfait que les autres.

Fauste, Socin et d'autres ont osé le dire, et blâmer le culte rendu à Jésus-Christ ; mais ils ont eu peu de sectateurs sur ce point. Ceux d'aujourd'hui ont adopté le sani-ariatUtme, tel à peu près qu'Eusèbe de Césarée et d'autres le soutenaient; c'est pour cela qu'ils rejettent le nom de sociniens, parce qu'ils ne suivent pas à la rigueur les sentiments de Socin. Ils disent que le Verbe divin a été créé avant toutes choses ; quelques-uns même sont allés jusqu'à dire qu'il a été créé de toute éternité; d'autres, sans user du terme de création, disent que les trois Personnes divines sont égales en perfection, mais qu'il y a entre elles une subordination de nature en fait d'existence et de dérivation. Ainsi s'exprime le docteur Clarke, accusé de semi-arianisme. Mosheim, Uist. ecclés. du dixhuitième siècle, à la lin, note du traducteur anglais. Nous ne sommes pas assez habiles pour entendre ce que signifient ces termes. En 1777, l'on a aussi soutenu le semi-arianisme à Genève, dans une thèse publique, et dans une brochure intitulée: Dissertatio historico-theologica, de Christi deitate. Les arminiens de Hollande et plusieurs théologiens anglicans passent pour être dans le même sentiment. Il n'est donc pas étonnant que les protestants en général témoignent

beaucoup moins d'aversion pour les sociuiens que pour les catholiques.

Aux mots Fils de dieu et Jésus- Cuiust nous prouverons le dogme catholique opposé à toutes ces erreurs. Beugier.

ARISTIDE, [thcol. hist. biog. et bibliog.) — Cet apologiste vécut sous Adrien, de 117 à 138; philosophe d'Athènes, il se faisait remarquer par son éloquence, et, n'étant pas satisfait du paganisme, il se fit chrétien.

L'apologie qu'il présenta à Adrien et qui eut pour effet d'arrêter la persécution, est perdue. Voici ce qu'en a dit S. Jérôme : « Aristides philosophus, vir eloquentissimus, eidem pnneipi [Hadriano) apologcticumpro christianis obtulit, contextum philosophorum sententiis (1). Le Noir.

AiUSTON, (théol. hist. biogr. et bibliog.) — « Ariston, dePella, dit M.

Gams, Hébreu de naissance, embrassa le Christianisme, et composa pour la défense de sa foi nouvelle un petit écrit intitulé : Disputatio (d'après S.

Jérôme Altercatio) Jasonis et Papisci.

Jason était un Juif converti au Christianisme ; Papiscus, un Juif d'Alexandrie encore attaché à sa croyance.

Jason lui prouve, d'après l'Ancien Testament, que les oracles des prophètes se sont réalisés dans la personne de Jésus de Nazareth; Papiscus naît à la foi et demande le baptême. Le païen Celse connaissait déjà le petit ouvrage d'Ariston et en parle dédaigneusement , tandis qu'Origène en parle avec faveur et le défend. Eusèbe (ï) tire d'Ariston une notice historique de la ruine de Jérusalem sous l'empereur Adrien. Saint Jérôme ne fait pas mention de l'écrit d'Ariston dans son catalogue, mais il le cite deux fois ailleurs (3), sans paraître en avoir connu l'auteur ou du moins sans le nommer. S. Maxime est le premier qui parle d'Ariston comme auteur; il dit que Clément d'Alexandrie, dans le sixième livre de ses Hypotyposes,

(1) Hier, epist. 85 ad Magnum.

(î) Hist. écoles., IV, 6.

(3) Qutest. Hebr. in Genesin. sub im(.; ep.ad Gai., II, î, U.

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attribue à S. Luc l'écrit d'Ariston.

Dans le supplément des œuvres de S. Cyprien on trouve une préface au livre d'Ariston d'un certain Celse, qui dit avoir traduit Ariston en latin, et dédié sa traduction à l'évêque Vigile.

Nous ne possédons ni le texte grec ni la version latine ; nous n'avons que la préface de Celse, qu'il ne faut pas confondre avec Celse le païen. »

Le Noir.

AR1STOTE, (thêol. hist. biog. et bibliog.) — Ce grand philosophe, médecin et naturaliste, fondateur de l'école péripatélicienne, naquit à Stagire en Thrace, l'an 384 avant Jésus- Christ. Elève de Platon, et formant avec lui le duo des plus grands génies de toute l'antiquité greco-latine , il fut le précepteur d'Alexandre. Il procédait par l'observation et l'analyse pour arriver à la synthèse. Il a fait des traités en toutes les sciences : logique et dialectique, physique et phsychologie, métaphysique et théologie, morale, politique, économie, rhétorique, histoire naturelle, tout a passé par les études de son génie. M. Barthélemy-Saint-Hilaire a donné, une traduction française de toutes les œuvres d'Aristote qui sont parvenues jusqu'à nous. Voyez au mot Barthélemy-Saint-Hilaire la nomenclature de ses œuvres ; c'est de lui que nos théologiens scolastiques disaient durant tout le moyen âge : Magister dixit.

La logique d'Aristote est peut-être la plus ingénieuse des productions du génie de l'homme ; j'entends par cette logique les règles du syllogisme qui portent son nom. Aristote, 22 siècles à l'avance, réfutait, par ces règles mêmes, tous les systèmes positivistes de notre époque. Il rendait mathématiques, matérielles et visibles les relations abstraites des idées et des choses les plus métaphysiques, et il élevait, en même temps, à la métaphysique la plus transcendante toutes les sciences les plus positives, et dont les objets sont les plus observables. Quand Aristote nous dit que le raisonnement doit avoirtrois termes, le petit extrême, la terme moyen et le grand extrême, et le reste, il nous positivise toute la métaphysique, il nous spiritualise tout

l'ordre matériel, il nous fait voir que, du plus bas au plus haut, des sens à l'esprit, des vérités brutales aux vérités transcendantes, du mètre à Dieu, tout se voit également, se mesure également, et passe de déductions en déductions par la même évidence.

A contient B B contient C Donc A contient C

Voilà à quoi revient ce syllogisme d'Aristote, ou plutôt de la nature intellectuelle de l'homme et de toute intelligence ; mais Aristote l'a pris dans toutes ses formes et l'a soumis à des règles mathématiques. Faites signifier aux signes A, B, C, tout ce que vous voudrez ; observez ces règles dans la combinaison, et vous aurez toujours la même rigueur dans l'obtention du résultat.

Toutes les sciences viennent donc se centraliser dans le syllogisme ; elles viennent y prendre, sous un rapport, la même valeur. N'est-ce pas la réfutation de toute prétention analogue à celle de Proudhon, consistant à chasser l'ordre métaphysique de l'ordre scientifique? Le syllogisme luimême est la plus métaphysique de toutes les opérations, si on le considère dans l'esprit, tandis qu'il est le plus matériel des faits, si on le considère dans deux corps égaux à un troisième.

Avez-vous quelquefois réfléchi à cette puissance de l'âme qui voit avec évidence la déduction logique de deux propositions, qui perçoit cette conséquence, qui en fait un être, et qui a la certitude de ne pouvoir se tromper sur sa réalité objective entre les termes existants, quoique cette réalité soit comme suspendue dans le vide?

Or, Aristote, prenant l'opération dans ses expressions parlées ou écrites, a dit à l'âme, comme Kepler et Newton au firmament : Voilà tes lois.

Le Noir.

AmTimÈT]QUE.(Théol.mixt.scien.

math.) — Nous démontrons, dans nos Harmonies, que les mathématiques réfutent le scepticisme, l'athéisme, le polythéisme, le panthéisme, le fatalisme, et le matérialisme.

L'arithmétique a sa partie dans ces réfutations, et nous en détacherons

wM

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-5.il

ARI

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seulement la réfutation suivante qu'elle présente du polythéisme et du panthéisme absolu, qiû confond tous les êtres dans leur passé, dans leur présent et dans leur avenir, en les réduisant en une seule unité qui serait le Dieu-tout.

« III. L'arithmétique démontre le monothéisme.

« Dieu, après que la nécessité de $on être est prouvée, est reconnu comme n'étant autre chose en essence radicale, que l'absolu-substance s' enrichissant de l'absolu-mode. Or, cet absolu-substance, rayonnant autour de son être l'absolu-mode, peut-il être dei«;outout autre nombre? Voilà la question du monothéisme.

« La philosophie religieuse 'suffit seule à y répondre sans aucun doute ; mais cependant il ne faut pas mépriser les considérations puissantes, invincibles, dont les mathématiques viennent lui faire hommage. Rappelons-en quelques-unesseulement avec rapidité.

« L'absolu, au sens complet comme nous venons de le définir, ne peut être deux. L'arithmétique nous suffira pour le démontrer.

a L'arithmétique nous présente le nombre comme une série essentiellement indéfinie dont Yomnia, qui en serait l'absolu, est impossible à réaliser. « L'omnia, dit Leibnitz pris comme nupierus maœimus est chose contradictoire. De même le nihil comme nuvierus minimus; ils sont l'un et l'autre hors des nombres ; ils sont exlremitates exclusse, non inclusse. » (Lettre à Bangicourt) , Voilà du bon sens et de l'évidence. Mais il faut ajouter que ce numerus maximus est tepeudaut, aussi bien que l'étendue infinie, dans une certaine acception.

L'un et l'autre sont contradictoires en tant qu'impliqués dans le nombre et l'étendue; ils sont, comme dit Leibnitz, en dehors et non en dedans, mais ils sont en dehors ; et que sont-ils? L'unité absolue et le point absolu. Le nombre complet ne diffère pas plus de l'unité que l'espace complet ne diffère du point indivisible et inextensible ; et l'unité, ainsi que le point intelligiblement compris, ne sont ni le nombre, nil'étendue^aisl'absolu, qui les

engendre au dehors de lui-même, ad extra, pour parler cérame la théologie. Le symbole précédé du signe affirmatif + est leur nom à l'un et à l'autre ;et si on met, devant, le signe négatif —, il devient le symbole de la négation de l'absolu, ou du néant, qui est l'autre extrême également en dehors de l'idée de nombre et d'étendue. L'un affirmé.voilà l'absolu de l'arithmétique et de la géométrie; l'un nié, voilà leur zéro, autre absolu qui n'en est pas un, puisqu'il n'a pas l'être, et qui ne doit son idée qu'à celle du premier, le seul absolu véritable. Puis, entre ces deux extrêmes 1 et 0,-f i et — i, se dilate et se conta-acte indéfiniment la série du nombre et celle de l'étendue qui n'a rien d'absolu en soi par sa susceptibilité même de contraction et de dilatation.

« Or, cet un absolu arithmétique et géométrique ne peut être double.

« D'abord l'esprit voit , apriori, que les expressions deux néant, deux tout, deux un, sont contradictoires, soit qu'on les rapporte à l'idée de nombre, soit qu'on les rapporte à l'idée d'espace. Deux un, c'est deux par nécessité, et, en le disant, on sort de l'un pour entrer dans le nombre relatif indéfini .Deux (ouf est une expression absurde, puisque le tout ne laisse rien en dehors de lui, et que par là même, il ne peut être qu'un. Deux néant n'est pas moins absurde par une raison semblable, le tirant unique n'omettant rien de ce qui est néant.

« Il n'est pas douteux que un ne puisse être répété en arithmétique, puisque Je nombre relatif n'est que l'addition de un à lui-même. Mais cet un qui se répète n'est pas l'un absolu dont nous parlons ; c'est l'unité créée concrétée, faite seulement à l'image de l'autre et entrant dans le nombea, comme les individus entrent dans leurs collections. L'un absolu dont nous parlons ne peut être répété, et sa répétition implique contradiction dans l'idée; pour le comprendre, représentons-nous la collection de tous les nombres, possibles, , parl'arlifice du calcul différentiel, qui consiste à envelopper l'iudéfini dans sa limite;

ARI

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cette collection peut-elle avoir deux un pour base ? Non, car le deux-un, chez elle, est le deux et non l'un. On dira peut-être qu'on imagine facilement des collections de nombres à l'infini ayant chacune leur un, ce qui fait plusieurs un ; mais ces un au pluriel cessent encore d'être l'un absolu dont nonsparlons, car faites tant que vous voudrez des collections de collections commençant toutes par un, elles ne formeront ensemble qu'une partie de la collection totale des nombres possibles, laquelle, comme nous venons de le dire, n'a essentiellement qu'un seul un pour générateur.

« Il en est de même de l'espace en géométrie : on conçoit des étendues particulières non-seulement au nombre deua: mais en nombre indéfini;mais on ne conçoit qu'un espace et qu'un point absolu. Multiplier des points particuliers dépendants les uns des autres, ainsi que des espaces de cette espèce, est très-possible; mais multiplier le point et l'espace indépendants de tout et de qui tout dépend dans la multiplication précédente, implique contradiction,

« On le voit par les images qui s'en forment dans tous les ensembles particuliers. Chaque cercle, par exemple, peut-il avoir deux centres et deux circonférences? Dans la figure des triangles que nous avons faite, nous voyons tout sortir du point A et en même temps se dessiner par agrandissement dans l'espace, sans que l'espace en soit plus dévoré à la fin qu'au commencement; peut-on imaginer deux points A engendrant, et deux espaces contenant? V.HARM.(nos).

« L'absolu n'est qu'à la condition de n'avoir aucune relation à d'autres, pendant que tout autre en a à lui. Or, supposer deux absolu, c'est détruire parla supposition cette condition essentielle de son être; puisque c'est dire 1 + 1 , par conséquent mettre les deux en dépendance réciproque, par conséquent encore les faire sortir du règne de l'absolu pour les faire entrer dans celui du nombre relatif. Il n'y a que l'un parfaitement unique avec qui tout ait relation de dépendance, sans qu'il soit lui-même dépendant d'un autre .

« Dans le calcul différentiel, on ne trouve d'absolu que la limite, et ce ealcul ne se comprend philosophiquement que par la théorie des limites ou toute autre qui revient à celle-là.

Or, la limite est essentiellement unique, qu'elle soit 1 ou 0, qui n'est que i effacé totalement, ou le nihil.

« Appliquant ces considérations tirées des lois abstraites de l'être parles mathématiques à l'univers réel, notre esprit lui trouve, par la même nécessité, l'unité absolue ne pouvant être deux, pour cause génératrice soutenante et contenante. Aussitôt qu'on veut la doubler, on entre dans la série indéfinie du relatif. Comme substance, supposer deux fois la substance absoute, c'est supposer deux centres au cercle universel, deux espaces contenant tout, deux unités engendrant tous les nombres, autant d'associations contradictoires ; comme mode, supposer deux fois le mode absolu, c'est supposer deux totalités de perfection, deux tout, absurdité identique avecla première. Soit comme substance, »oit comme mode, supposer la dualité de l'absolu-Dieu, c'est supposer la dualité de l'un générateur des nombres, la dualité de l'espace contenant les étendues, la dualité de la limite fermant la série algébrique, etc., etc.

« Il est donc vrai que l'arithmétique et la géométrie établissent, à leur manière, le monothéisme.

« IV. L'arithmétique réfute le panthéisme.

« Nous n'avons, pour le fane voir, qu'à ajouter une observation à ce qui précède. Nous avons reconnu la nécessité de l'unité de l'absolu comme négatif et comme positif . Mais entre ces deux extrêmes et 1 qu'il pose par son essence, et qui, nommés théologiquement, s'appellent le néant et Dieu, nous avons vu aussi s'alloDger indéfiniment, soit vers la limite 1 , soit vers la limite 0, une série de relatifs qui implique et engendre le nombre, et de laquelle ces deux limites sont, pour parler comme Leibnitz, extremitates exclusse. (Extrémités exclues.)

« Or, il résulte de la même analyse que cette série intermédiaire est distincte des deux extrêmes, et aussi

Sa

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