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sera morte pour autrui ; elle ne communiquera pas la foi, dont elle sera vide ; et l'effet contraire se produira si c'est la foi qui en inspire la génération; l'être humain donne ce qu'il a; il parle, a dit le Christ, de l'abondance de son cœur; et ce qui est vrai de lui est vrai de son œuvre, qui n'est autre que la prolongation de luimême. Le fruit du travail artistique, s'il s'est formé dans les émotions de la conviction forte, les transmettra à ses admirateurs. Voyez les basiliques de nos pères ! écoutez leurs chants graves ! lisez leurs grands poèmes : ne sont-ce pas des mondes harmoniques où leur foi s'éternise, et où les générations présentes pourraient rallumer la leur au jour qu'elle s'éteint?
« L'espérance étant fille de la foi, et nelaquittantjamais, disons mieux, n'étant que la foi elle-même fixant avec délices ses regards sur l'avenir, en parlant de l'une on a parlé de l'autre.
« Il serait superflu de nous arrêter à démontrer que la religion, comme Vart, et de compagnie avec Vart, a, en même temps, la foi et l'espérance pour principes etpouriloraisohs. Lisez le tableau que l'énergique saint Paul en a fait ; c'est à la i'oi qu'il attribue la série des grands prodiges dans l'ordre religieux.
« vertns primordiales, foi sublime, douce espérance, régnez parmi nous; développez, devant le mondé ébloui, vos splendeurs religieuses et artistiques! nous vous devrons tant de merveilles qu'un jour, enfin, nous nous réunirons en congrès universel pour vous proclamer les inspiratrices célestes de la religion qui sauve et de Vart qui béatifie !
« L'enthousiasme est le mobile immédiat, et des grandes actions dans l'ordre de la vertu, et des grandes œuvres dans l'ordre artistique. C'est un embrasement spirituel, dans lequel se décomposent, en quelque sorte, les éléments moraux, pour se recombiner en produits nouveaux et imprévus, C'est la sainlecolère se surprenant' elle-rtiême ^n ilagratite création de choses supérieures à sa force", et s' étonnant dés éi 'happées de vue qu'elle ouvre devant elle au moment même qu'il lui semble avoir perdu
son sut juris et qu'elle se dirait folle, sj elle n'était absorbée dans son étonnement. Mêmes phénomènes, sous ce rapport, dans l'âme des saints et dans celle des artistes. L'œuvre de ceux-ci est une action héroïque conçue et enfantée dans un embrassement b&àc i. -■,,.. de la beauté infinie; 1 action de ceux-là est une œuvre sublime conçue et enfantée dans un embrassement enthousiaste dn bien infini. Les paroles et les dttes de Jésus-Christ sont vivifiés d'enthousiasme et communiquent l'enthousiasme à la foule du peuple, qui, ne s'étant pas exercée, comme le pharisien, à s'enfermer dans son orgueil, reçoit naturellement les flots qui débordent de ce grand type incarné du bien et du beau. Jésus est, dans sa conduite et dans ses discours, artiste pour être Sauveur, et enthousiaste pour être l'un et l'autre. L'art chrétien et la religion chrétienne rempliront leurs destinées eh s'exaltait de son admiration et de son amour.
C'est ainsi qu'ils palpiteront la vie et la communiqueront; la Vie est la grande condition de la religion et de l'art; et c'est l'enthousiasme qui la donne ;il l'allume en foyers dévorants sur les chevalets où César croit organiser la mort, pirisque c'est de là qu'elle part et devient l'incendie qui embrasera le monde ; il l'allume de même sur le chevalet ou l'artiste Sue la quintessence de sa force, et ne trouve l'épuisement que pour nous combler de sa substance ; semblable au martyr, il transfuse en nous le le sang de ses artères, mais ces mystères ne se font que dans la combustion de l'enthousiasme
« VI. Les faits matériels qu'enregistre l'histoire ont plus d'iniluenee pour convaincre les médiocres intelligences, toujours soupçonneuses, que n'en ont les raisonnements solides sur la nature intrinsèque des êtres.
Nous n'aurons pas de peine à établir, par cette v'oîë; lai liés,, ipie nous avons posée de riiiM.''pai'abililé de la religion
et de Vart
« Viennent les temps de la phase hébraïque contemporaine des livres qui sont parvenus jusqu'à nous.
« Moïse est à la fois législateur
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religieux et artiste sublime ; il se fait alternativement l'un pour être l'autre ; ces deux qualités sont mélangées, en lui, de manière à former l'unité de sa grandeur. Il est peintre sans rival à son début dans le tableau de la création ; il est historien magnifique et simple tour à tour dans ses narrations ; il s'élève au lyrique enthousiasme dans ses cantiques, dans son récit de Jacob mourant devant ses fil», dans .ses malédictions et ses bénédictions; 'il organise des chœurs de musique et ,'de danse, dont il compose les hymnes; il grave sur la pierre la loi naturelle ; il est architecte dans- la construction du tabernacle ; il sail réduire l'or en poudre et jeter en fonte des serpents d'airain; il dessine les vètementssymboliques du grand prêtre, et les draperies qui abriteront l'arche de l'alliance sacrùe des hommes avec Dieu ; il donne les plans de tous les objets d'art, en broderies et sculptures, qui serviront dans la célébration des fêtes ; il est orateur énergique et foudroyant quand il le faut pour le bien du peuple. Moïse est artiste dans tous les genres pour fonder solidement le monothéisme chez une petite nation que poursuivra jusqu'à la fin la passion des dieux étrangers, mais que retiendra, écumante, le mors dont l'aura enchaîné son législateur au moyen de Yart.
« Il est vrai qu'il paralyse en quelque sorte la statuaire et peut-être aussi la peinture, en proscrivant les images ciselées. C'est une sévérité qui correspond à certaines tolérances dont il ne put se dispenser, telle que la polygamie ; il aima mieux interdire à son peuple une des branches de l'art que de l'exposer à des retours vers l'adoration des idoles; il connaissait son caractère et sa faiblesse ; la nature humaine, pendant l'enfance des nations, oblige souvent les grands hommes à de telles mesures. On ne voit pas, en effet, que la nation juive ait beaucoup cultivé la sculpture; mais elle progressa dans plusieurs autres arts, et jusque dans le drame en action ; on y connaissait le spectacle.
« Que dirons-nous de la série d'artistes qui part de Moïse et se pro-
longe jusqu'aux derniers prophètes ?
c'est là que s'épanouissent toutes les splendeurs de la poésie, de l'éloquence, du tableau, du chant, du drame, de l'idylle, de l'épopée, de l'histoire, de l'inspiration et de l'enthousiasme.. Il suffit de nommer Job, Debora, Ruth, David, Salomon, Judith, Daniel, Isaïe, Jéréniie, Ezéchiei, Nahum, Joël et les autres. Job fait le grand poème de la déchéance pour exalter Dieu; David s'accompagne de la harpe pour célébrer les merveilles du Seigneur et prophétiser le Christianisme ; Salomon prend la lyre- de son père pour peindre l'amour mystérieux de la Sulamite ; il s'élève aux tons de Job, pour chanter la folie et la sagesse; Isaïe laisse derrière lui tous les Pindares pour maudire les tyrans de la terre, et chanter le libérateur promis. Du commencement à la Un de la littérature hébraïque, c'est la religion et la nature qui fournissent le thème, et c'est l'art qui le prend, se l'assimile, le colore, réchauffe, l'entoure de ses lumineux enchantements. Retirez de notre collection biblique tout ce qui est art, que reslera-t-il ? L'influence morale et religieuse en disparaîtra elle-même, tant elle s'y trouve identifiée avec la lyre ; la philosophie ne se mêle au concert qu'enveloppée du manteau de la poésie, et le Christ n'y règne que mystérieusement plongé dans ses: nuages d'eneens. A lire cette suite majestueuse do chefs-d'œuvre, on sent que la civilisation s'est faite sur les bords du Jourdain, comme aux flancs du Parnasse, sous les accents des harpes et aux éclats tantôt sourds, tantôt aigus, tantôt mélodieux, tantôt effrayants, de toutes les voix de l'art.
« A nos hommes froids dont le positivisme a tué l'imagination, parlons comme parlait Horace à ceux de son temps qui n'avaient pas assez de respect pour les muses :
« Vous rougissez de la lyre et du chantre Apollon! mais qui donc a civilisé les peuples sauvages, leur a appris à respecter la vie des hommes, les a détournés de leurs hideuses coutumes, sinon vos Amphion et vos Orphée de qui l'on peut dire qu'ils ont adouci les tigres et les lions, et
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rendu les rochers sensibles à leurs chants? N'est-ce pas leur sagesse qui lit comprendre la supériorité de l'intérêt général sur le particulier, du sacré sur le profane ; qui mit un frein aux passions, organisa le mariage, protégea la femme contre la tyrannie des époux, fonda Incité, burina des législations sur la pierre ?
N'est-ce pas pour ces bienfaits que vos poètes et leurs chants furent appelés divins ? Ne sont-ce pas vos Homère et vos Tyrtée qui surent enflammer les âmes viriles de l'ardeur des combats, quand il en fut besoin pour soutenir la justice? Les oracles de vos prophètes furent rendus en vers ; en vers fut tracée la marche de la vertu, fut chantée la régénération du monde, furent prédits les temps libérateurs ! et les langues cadencées, toutes les langues harmoniques, toutes les langues de l'art, en produisant ces biens, devinrent encore la volupté de vos loisirs, le repos de vos fatigues, le charme de vos tristesses. Oh l respectez les muses, respectez le chantre Apollon I » {Eor.
Art. poétic.)
« Homère appartient à la période orientale pour la clore dans les lieux qu'il éclaire, et y lancer l'âge nouveau qui, quelques siècles après, embrassera 1 ancien monde. Il est une source où rayonnent déjà dans une immense gloire tous les foyers de l'art. La poésie s'y développe sous ses attraits les plus séducteurs ; le bon goût, le lyrisme, l'idylle, le drame, le tableau, l'éloquence, la majesté grandiose ou touchante y conspirent pour la production d'effets merveilleux. La musique, la sculpture, l'architecture, la peinture, la danse avec ses chœurs, y sont exposées dans un panthéon plus solide que ceux de marbre. Le symbolisme le plus éblouissant s'y joue dans les fictions. L'Iliade et l'Odyssée sont le temple des arts le plus complet et le plus harmonieux qui ait été construit; c'est ce qui n'a pas besoin d'être rappelé par de longs discours.
« Mais, s'il en est ainsi de l'œuvre d'Homère en ce qui concerne l'art, n'en est- il pas de même en ce qui concerne la religion? N'est-ce pas la pen-
sée, religieuse, des rapports de la divinité avec l'humanité, qui en est la grande inspiratrice? Qui voudrait isoler les deux choses dans Homère, le détruirait; il n'est poète et artiste qu'avec la religion; il est religieux avec la poésie. La prière de l'homme à la divinité, l'influence de la divinité sur l'homme, l'idée du Jupiter et des Dieux inférieurs ; voilà les points de départ d'où il tire ses images, ses combinaisons, ses beaux vers, ses allégories grandioses, toute sa puissance. La religion et l'art sont donc intimement unis dans Homère, y sont inséparables; et c'est ainsi que se résument, dans ce palais, riche entre tous, la phase orientale comme conclusion, la phase gréco-romaine comme origine.
« Après Homère, se présente la file majestueuse de ces artistes d'un goût si pur dont nous avons fait nos classiques ; Eschyle, Sophocle, Euripide, Pindare, Hérodote, Platon, Démosthènes,Praxitéle,Phidias,Apelles, Térence, Cicéron, Horace, Ovide, Virgile et tant d'autres, sont tous des disciples du père des poètes, et ne sont grands, comme lui, que par la double irradiation dans leurs œuvres, de la religion et de l'art. Si quelques-uns manquent du sentiment religieux qui constitue la piété telle que la pouvait comprendre leur génie, ou si quelquefois ce sentiment leur fait défaut, l'art chancelle et ne conserve de lui-même que sa forme, toujours pure, mais ingrate, froide, et dépourvue du feu interne qui la vivifie.
« Que serait-ce si nous étudions les législateurs, les pontifes, les sibylles, les oracles, les Apollon* les Orphée, les Linus, les Amphion, les Tyrtée, les Lycurgue, les Charondas, tous les grands chefs de la période de transition? Nous les trouverions tous artistes et civilisateurs, artistes et prêtres ; et nous les verrions n'exercer leur influence sur les peuples que par la conbinaison de la religion et de l'art.
« Nous avons cité Horace présentant aux Pisons la même observation à la gloire de la poésie.
« Mais hâtons-nous d'arriver à la
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période chrétienne dont les destinées sont de tout envahir et d'être immortelles. Toute connue qu'elle soit nous devons quelqueshachures à sa gloire.
« Croyez-vous d'abord que le Verbe de Dieu s'incarne et sauve le monde, sans associer l'art à son travail sacré ?
croyez-vous qu'il se soit fait homme sans se faire artiste? ce serait donc qu'il ne se serait pas fait homme complet ; a priori la proposition serait fausse et même hérétique ; et qui le croirait n'aurait jamais compris ni senli l'Evangile. Non, Jésus n'a pas été le pontife médiateur de l'humanité sans être, enmème temps, et par là même, le plus grand des poètes, le plus sublime des peintres. Le récit appartient aux apôtres; les apôtres étaient des esprits simples; et cependant ce récit est admirable ; il présente les grandes qualités de l'art vrai, qui sont le naturel, le feu et la foi calme; il fallait que leur maître leur eût montré le beau dans sa splendeur pour les transformer en de pareils historiens. Mais laissons le style des apôtres, et ne considérons que le Christ lui-même tel qu'ils nous le font connaître. Il va rêver la nuit sur les montagnes et au bruit des Ilots ; il voyage en poète et en pèlerin; moins riche que l'oiseau des cieux, plus pauvre que le renard des forêts, il n'a pas un nid, pas une tanière, pas une pierre où reposer sa tète; il pleure sur Jérusalem, dont il voudrait rassembler les enfants comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes ; il tire ses comparaisons, ses images, ses allégories des beautés de la nature; il admire la robe de la fleur des champs, et, près d'elle, méprise celle des rois; il assemble les foules sur les coteaux, et, prenant pour temple celui du soleil, pour tapis le gazon, leur prêche la bonté du père des créatures ; il bénit le peuple avec toutes les grâces qui séduisent; il maudit les dominateursavectoutesles énergies de la colère ; il parle en ligures; il fait usage de la parabole, que tantôt il élève à la hauteur du drame effrayant, comme dans la sombre antithèse du riche et de Lazare, que tantôt il déploie en aventures touchantes, comme dans la fiction del'en-
fant prodigue, et que toujours il rend frappante et enchanteresse pour insinuer l'amour de la vérité dans les cœurs. Il est d'une abondance infinie en images douces, saisissantes, terribles; il met tout en tableau; sa qualité dominante est celle du grand peintre ; voyez ses descriptions de l'avenir et du jugement de Dieu. Il se montre lui-même dans des situations qui sont des tableaux vivants faits pour enthousi asmer; sa naissance, son baptême, ses miracles, sa transfiguration, ses épisodes, sa passion, sa résurrection; ses apparitions, toutes les situations qu'il se donne sont divinement calculées pour l'effet qu'il veut produire sur les témoins, et sur les générations futures; il déploie, dans ces combinaisons, un goût infini, unsentiment exquis, une énergie immense, une majesté qui éblouit, une vie qui déborde, un art sublime ; sa manifestation sur la terre est un drame réel, supérieur à toutes les conceptions du génie; et, pour que rien ne manque, il ménage des colloques avec ses adversaires, dans lesquels ses réponses sont encore des modèles de finesse, d'esprit, et d'argumentation personnelle. Trouvez une prière pareille, en beauté, à celle qu'il adresse à son père après la cène; trouvez un discours aussi sublime que celui qui précède cette prière ; citez une invention comme celle de son corps transformé en nourriture; imaginez des situations qui égalent, sous le rapport de la grâce et de l'éloquence appropriée, celles de l'épisode de la femme adultère et de celui de la samaritaine. Il faudrait tout rappeler.
Que dut être Jésus pour ceux qui le virent, sinon le beau humain et divin tout ensemble, parle regard, le geste, l'expression, l'action, la parole, la pensée, la sensibilité, la grandeur, la bonté; sinon une exhibition complète de l'art lui-même? Qu'est-ce i qu'un Tyrtée maintenant? et que dirait Horace de notre Christ, si, chrétien, il faisait aujourd'hui un traité de l'art?
Joignons maintenant à l'évangile pris dans son ensemble, sans distinguer le héros du livre, toute la série d'explosionsartistiques, qui commence
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à son apparition, se continue jusqu'à nous, et ira se développant dans l'avenir jusqxi'à parfaite absorption de toute vitalité terrestre. Nous trouvons plus que jamais l'art et la religion, tellement associés que leur séparation devient une abstraction inimaginable.
« Résumons-nous dans l'émission d'une pen-ée générale, que déjà nous a suscitée l'étude de la série biblique.
« De la prédication philosophique et religieuse, écrite et parlée, des saint Jean et des saint Paul, retranchez, en esprit, tout ce qui revient à l'art, l'éloquence abrupte, la sensibilité touchante, la ligure suhlime, l'évolution nerveuse, l'explosion de vie, l'expression énergique ou séduisante ;
« De l'attitude entraînante, et contagieuse dans l'ordre divin, de ces légions de martyrs, retranchez l'exaltation admirative du beau aperçu dans le modèle évangélique, inspirant le dégoût de toute autre beauté, et donnant la force de tout sacrifier, même la vie et la famille, pour ce beau réel devenu l'idéal des siècles qui ne l'auront pas vu personnifié ; retranchez le saint orgueil avec ses poses insultantes, ses réponses provocatrices, ses regards de héros, ses démarches hères devant les Césars et leurs préloriens;
« De la mission si magnifiquement accomplie desPères du Christianisme, depuis l'auteur de l'Apocalypse jusqu'à l'auteur des Confessions et de la Cité de Dieu, en y comprenant Hermas, Clément, Ignace, Tertullien, Justin, Clément d'Alexandrie, Origène, Cyprien, les Grégoire, Ambroise, Jérôme, Chrysostome et tous les autres , retranchez l'éloquence douce ou pathétique; la poésie exaltée ou calme, dramatique ou naïve, foudroyante ou harmonieuse ; l'ingénieuse allégorie; la hardie métaphore; la prosopopée imprévue; l'ironie acérée; la voix sympathique; les tons variés; les grâces enchanteresses; l'action scénique; l'étude des convenances ; l'appropriation des choses écrites ou parlées aux temps, aux circonstances, aux lieux; retranchez, en un mot, tout ce que l'art réclame comme étant sorti de sa
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boîte, pour compenser les émanations méphitiques de celle de Pandore;
« De la propagande chrétienne du moyen âge, de la renaissance, et des temps modernes, retranchez le rêve du beau ; l'inquiétude aspiratrice de la merveille; le fanatisme de l'espérance et de la foi ; cette architecture qui nous donne des temples où l'on peut trouver la solitude et la prière comme dans les forêts; cette sculpture qui nous symbolise les mystères dans des symboles mystérieux comme les mystères eux-mêmes; cette épopée des Dante, des Tasse, des Milton, où l'imagination se dilate comme dans l'infini; ce drame des Shakespeare et des Calderon, où se déchaîne la liberté et plane le terrible ; cette peinture des Michel-Ange, des Raphaël, des Philippe de Champagne , des Yan-Dyck, des Rubens, desVelasquez, des Zurbaran, des Murillo, plus éloquente peut-être, pour prêcher les peuples, que la parole et l'écriture ; cette musique avec ses hymnes, ses proses, ses psalmodies, son plainchant, plus populaire encore que tout le reste; retranchez aussi ces douces et simples analyses des passions, des vices, des vertus, des quiétistes contemplations de l'âme pieuse, dont l'imitation de Jésus-Christ et les œuvres de saint François de Sales sont les principaux types, et les extatiques visions des sainte Thérèse et des Guyon, ces irradiations naturelles de l'art mystique cloîtré dans la foi;
« De l'explosion de cette philosophie chrétienne, qui remplit de sa magnificence nos grands siècles, retranchez le style harmonieux des Fénélon et leurs fictions antiques ; les sublimités éloquentes des Bossuet et des Pascal , l'art des Bourdaloue ; la tragédie et la comédie des Corneille, des Racine, des Molière; l'apologue malin des la Fontaine ; la satire des Boileau; les chants romantiques de l'Allemagne; les éludes artistiques de Chateaubriant; les éloquents tableaux de Lamennais; les lyres de Lamartine et de Victor Hugo ; les symphonies de nos compositeurs; les voix de nos chantres et cantatrices; les fanl de nos orgues; les rôles des Ta!i;ia,
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des Rackel, des Ristori ; les toiles de nos Delacroix et de nos Ari Scheffer; les improvisations de nos Lncordaire...
on ne Unirait pas rénumération; retranchez, en un mot, de ce torrent chrétien qui enveloppe l'humanité dans tous ses progrès, depuis l'Evangile, ce qui revient à Yart par droit de nature, de tendance, et d'appropriation; que vous rcstera-t-il ?....
« La religion, di es-vous. Oui !
mais la religion semblable à un esprit sans corps, à une pensée sans voix, à une âme ensevelie dans des membres paralytiques, ou, si vous aimez mieux, à l'aigle vaincu qui, privé de sa serre, de son aile et de son regard, s'est réfugié, honteux, parmi les hiboux.
« Mais il ne peut en être de la sorte, Dieu ayant sacré indissoluble l'alliance du frère et de la sœur, et leur ayant dit, comme aux premiers couples de toutes les espèces: croissez! multipliez!... Gloire au catholicisme d'avoir favorisé le développement des arts, de les avoir nourris.
« AussL,combien de grands hommes, parmi les protestants, ont été catholiques de sentiment et de raison, dans l'intimité de leur conscience, pour ne pas cesser d'èlre artistes.
« Mébmi hton pleurait cpiand Carlostad abattait les statues des saints.
« Partout où régnera le luthéranisme, disait Erasme, on verra s'éteindre le culte des arts! »
« Le grand Lcibuitz disait en parlant de la liturgie catholique : « La musique de leur église est vraiment belle ! je ne saurais croire que Dieu repousse ces chants empreints de spiritualisme, cette fumée d'encens, ce bruit de cloches, ces harmonies de voix, que, dans notre étroit préjugé, nous osons bannir. »
« Nous avons voulu n'adorer qu'en esprit, a dit un autre protestant célèbre, et il n'y a plus chez nous ni esprit, ni vérité, ni adoration. »
Clausen, Spindler, Wix, Fessier et beaucoup d'autres ont chanté leur douleurde voir l'Eglise réformée, dont ils étaient les enfants, semblable à un printemps qu'on aurait dépouillé de sa robe de verdure et de roses ; ils ont célébré l'Eglise catholique pour
n'avoir jamais cessé de confier à l'art le soin d'orner son culte.
« Quand une mère , dit Clausen sur la lyre, va se jeter au pied de l'autel pour vouer son premier-né à la garde des anges ;
« Quand le soleil couchant se joue à travers les vitraux gothiques, et inonde de ses rayons la ligure de la jeune fille qui prie dévotement ;
« Quand la lumière des cierges de l'autel brille à travers les ombres du crépuscule, et qu'à l'aube du jour la cloche appelle le moine qui va prier pour les morts et les vivants ; l'Eglise catholique ne nous dit-elle pas que la vie ne doit être qu'une longue prière à Dieu ;
« Que l'art et la nature doivent s'unir pou rélever le cœur de l'homme à l'adoration du souverain maître;
« Et que le temple, où se trouvent tant d'éléments de prière, de contemplation et de recueillement, a droit ii nos hommages? »
« Résumons en deux mots. L'art est le frère, la religion, la sœur, et tous deux, enfanls de Dieu, sont unis dans leursaventures parmi nous, comme dans leur commune source.
Ils s'étaient magnifiquement épanouis dans l'ancien monde, et avaient accompli leur mission quand Jésus- Christ vint les relancer, l'unetl'autre à la fois, dans de nouvelles destinées, dont les anciennes n'étaient que l'ombre, la prophétie, la ligure. De ce moment, c'est la décadence universelle delà religion et de l'art en dehors du développement chrétien, pendant qu'à l'intérieur de ce développement c'est une irradiation croissante qui prédit des gloires infinies dont on ne saurait encore se faire une idée, tant par l'accumulation des productions dn passé que par celle des créations de l'avenir. Il semble que, pareils à nos feux de la nuit qui s'éclipsent au lever du soleil, toutes les grandeurs antiques se sont voilées et condamnées au silence à mesure que celle du Christ s'épanouissait à l'horizon »
VII. Ici nous considérions l'art dans ses genres; nous en trouvions deux, réalisés jusqu'alors : le genre classique etle genre romantique ; mais nous en imaginions un troisième, auquel
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uous donnions le nom de catholique, et qui devait sortir dans l'avenir de la fusion des deux précédents. Aucun symptôme d'une telle naissance ne nous a donné raison depuis que nous écrivions cet article; tout, au contraire, a tourné vers des rives opposées, rives désespérantes qui sont celles de la décadence. La religion a presque cédé la place, dans la société lettrée, à l'athéisme, et l'art, avec elle, a presque cessé d'être ; il est devenu suc et froid comme un registre, métier pur, sous le nom de réalisme. Espérons pourtant, espérons toujours !
Et, eu attendant, peut-être en vain, la réalisition de nos espérances, rassérénons notre cœur, plus triste encore de la décadence de l'art dans notre patrie que de ses autres malheurs, en citant quelques pages d'un auteur laïque qui lutte autant qu'il peut, sans succès jusqu'à ce jour, contre l'entraînement positiviste de ses contemporains :
« Jugeons l'ineptie de cette théorie moderne qui s'est appelée réalisme, avec la prétention de faire correspondre ce mot dans l'art à ceux d'athéisme et de matérialisme en philosophie ! Qu'entendez-vous par le réel?...
« Est-ce simplement ce que le fait présente à votre observation, ce que vous vous proposez de reproduire avec fidélité? Mais alors l'idéal est dans cette reproduction même, et vos efforts pour la réussir avec perfection ne sont autres que des efforts vers l'idéal. Est-ce que vous ne faites pas, ô artiste, le mieux que vous pouvez ?
et, quel que soit le parfait de votre œuvre, avez-vous jamais trouvé la forme, le mot, la couleur, l'harmonie, qui expriment le summum de votre idéal?
« A un autre point de vue, le réel, tel que le présente la nature, est-il sans âme, sans pensée, sans vie, sans mouvement ? parvenez à le bien reproduire dans toutes ses conditions d'épanouissement, et vous aurez mis dans votre œuvre ce qu'il y a en lui de plus important, le ressort et l'action, vous aurez animé la pierre, fait parler la toile, fait respirer l'airain, fait palpiter la phrase. Vous aurez
mis l'aine dans la matière ; et qu'est-ce que l'âme, si ce n'est l'idéal, en même temps que le réel ?
« Entendez-vous par le réel la matière seulement, le mot sans son idée, la tète sans la vie, le son sans le sentiment, le mouvement sans la pensée qui eu marque le but? Alors vous détruisez le réel dans ce qui fait son attrait, dans ce qui le rend beau. Vous le tuez en le privant de son âme, de son centre. Qu'en reste-t-il ? rien, parce que, s'il en reste encore quelque chose, ce quelque chose appartient à l'idéal. Quoi ! vous ne voyez rien d'immatériel dans le cerf qui brame, dans le rossignol qui s'écoule chanter, dans le buisson qui fleurit, dans l'astre qui brille, dans la nuit qui se tait ! quoi I vous ne voyez dans tout cela que la mort ! Mais dans la mort elle-même, n'y a-t-il pas une éloquence qui n'est pas de la matière? Quoi de plus éloquent que les tombeaux ! et vous éliminez cet élément ! et vous prétendez garderquelquechose!.. contradiction.
Le réel, ô artiste, c'est l'idéal, l'idéal c'estle réel ; et toujours votre réel sera d'autant plus beau que l'idéal en lui se développera plus largement. C'est l'idéal qui est la substance, la vie, la beauté ; c'est lui qui est tout. Sans lui point d'art » [Philosophie intuitive de la nature et de l'art, par Gustave Gilles.)
Plus loin, vers la fin de son livre, le même auteur dans un chapitre sur « le surnaturel de la figure » en vient iusensiblement à parler de l'art chrétien comme on va le voir :
« La figure ne prend le cachet du grand artiste que si elle s'élève à une beauté royale ou virginale, qui soit, par rapport à elle, surnaturelle. C'est ce que nous avons entendu par le surnaturel de la figure. Le drame s'élève, par exemple, dans la prophétie de Joad au-dessus de la nature ; il atteint le surnaturel de la figure, et le grand acteur le suit jusques-là. 11 prend lemèmeélau dans le songe d'Athalie ; l'homme y surpasse l'homme, le poète le poète, et Talma l'acteur.
La musique s'élève peuàpeu jusqu'au surnaturel de la figure dans le fameuxquatuordeDonJuan, dauslabénédiction des épées des Huguenots.
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Elle fait le même saut dans l'Africaine, quand elle réalise les seize mesures des violons, ligure de la vie qui jette son dernierflot dans la mort, morceau qui n'a peut-être pas son égal en sublime ; la musique y est rouge comme un torrent de sang. La peinture atteint le même surnaturel de la ligure dans la barque de Dante et Virgile aux enfers d'Eugène Delacroix, dans l'Augustin et sa mère devant l'Océan et Dieu d'Ary Scheffcr, dans le Saint François d'Assise en prière devant l'apparition de l'Archange, de Zurbaran, dans l'assomption, de Vclasquez.dans la conception, de Murillo, dans l'Elie, de Rubens et dans tant d'autres chefsd'œuvre des diverses écoles, mais plus encore de l'école espagnole que de l'école italienne et des autres. Taglioni, dans la Sylphide, élevait la danse au même idéal. Les cathédrales gothiques sont des mondes composés de ces figures ravies à l'infini ; quand leurs dômes s'élèvent dans les airs en dissimulant leurs points d'appui, elles portent la figure à son surnaturel.
Le Laocoon, dans la sculpture, ne s'élève pas moins haut pour rendre la douleur majestueuse ou la majesté luttant avec la douleur. L'inscription que le Dante met sur la porte de son enfer, sa "Francesca de Rimini, et tant d'autres imagesmonten tau môme surnaturel. Le Jupiter d'Homère, lorsqu'il fait trembler par son froncement de sourcil legrand Olympe, a le môme caractère. Et la salutation angélique de S. Luc, l'Are, gratiaplena du Séraphindevant la jeune fille de Nazareth, l'emporte encore sur toutes ces choses au même point de vue.
« Assez d'exemples pour nous faire comprendre. Tout est plein, chez les grands poètes, chez les grands peintres, chez les grands sculpteurs, chez les grands architectes, chez les grands compositeurs de musique, chez les grands acteurs, chez les grands orateurs, chez tous les grands artistes, de ce surnaturel de la figure, aussi bien que du surnaturel de l'idéal : c'est là leur sceau ; c'est là ce qui les fait si grands. Jouis omnia plena; tout est plein de Jôhovah
« L'art antique des Sémites s'était élevé jusqu'à Jéhovah, son point cul-
minant, son Sinaï sillonné d'éclairs et visité par les premiers grands maîtres, les prophètes hébreux.
« L'art antique des Hindous s'était élevé jusqu'à lirahma, s'était dilaté dans toutes les subtilités extatiques, et avait produit, avec une architecture géante, les grands hymnes de l'esprit.
« L'art payen, parti de l'Olympe, s arrêtait sur la terre à la séduisante Vénus, au malin Cupidon, à lafroide Minerve, à fa sauvage Diane, au jeune Apollon, au Jupiter tonnant; et, dans toutes ces conceptions, ne trouvait plus à créer et à adorer que la beauté des formes.
« Dans l'extrême orient, l'art chinois n'était plus, si jamais il avait été autre chose, que l'industrie positive utilitaire ; et l'art indien s'était oublié, lui, dans le nirvana, pendant que sa patrie s'égarait aux pays perdus de la monstruosité.
« Le monde de l'art était donc mort, si le christianisme n'était venu le relancer dans une nouvelle vie.
« Voici que le phénomène change :
l'art se transforme, toute la mise en scène se renouvelle. Ce ne sera plus l'homme qui incarnera le beau dans l'argile ; ce sera Dieu le Verbe qui purifiera la chair en l'habitant, élèvera la forme à la hauteur de l'esprit, subordonnant par là l'homme de chair à lTlonime-Dieu, et lui imprimera un autre beau idéal, non plus solennel et froid, lumineux et austère, poétique et hasardeux, mais palpitant de vie, débordant d'amour, ardent, fiévreux, pénétrant, fait de larmes de cris, de soupirs, de tressaillements, d'indicibles joies, d'effrois, de désirs, d'effusions, d'appétences de Dieu et de ses délices, du Verbe et de ses figures, de l'esprit et de ses ravissements.
« Le tourment a envahi l'art; essoufflé, l'art court sus au vice pour l'étouffer sous sahaine, sus à lavertu pour l'étreindre d'amour. Le zèle du bien commande; l'esprit de lutte domine; le démon terrassé grimace; l'ange élend ses ailes, et plonge, la lance en avant, sur le serpent Lucifer.... Rien de commun entre le mal, beau ou hideux , absorbé dans la
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chair, et le bien amaigri par le travail ou embelli par la victoire. A tous les angles du monument chrétien se voit la colombe qui s'élance, l'âme qui s'envole, l'esprit qui rompt sa lisière. Le ciel est en haut qui s'entr'ouvre, et la terre n'est que l'arène du combat, le gite de la nuit.
« L'art chrétien flotte sans cesse eotre Dieu le Verbe et Dieu crucitié, pour se résumer dans l'Homme-Dieu.
11 a un point de départ et un point de mire, la douleur et la joie, la honte et la gloire, la croix et le ciel des cieux, foyer des visions de Paul, ce prêtre de l'esprit, ce champion de Jésus, foyer des visions de Jean, son historien, son poète.
« La littérature, la statuaire, l'architecture, la peinture, la musique, la danse même rayonnent l'avenir, l'avenir en Dieu, l'avenir par delà le tombeau. Le tourment, né de l'incertitude et de l'espérance, est là ; parfois même la forme s'en ressent, se montrant négligée, souffrante, déchirée. Un démon harcèle l'artiste, le pousse en avant, le jette meurtri , mort au monde, à la merci des trombes qui passent, portant de la terre à Dieu des cargaisons d'âmes.
a L'art chrétien n'a rien d'arrêté, de fini, comme l'art antique ; il n'est qu'un essai, une ébauche ; s'il crée pour ce monde, quin'estqu'uneétape, une ombre, c'est l'œil tixé sur l'autre.
« 11 se trouve, bien avant, jusqu'au fond, en tout monument de souche chrétienne, une lamentation inquiète, Un cœur gros de soupirs, qui brise les ressorts cie la matière. Cela tend, jusqu'à les faire éclater, les cordes des harpes, pousse en haut et au large, jusqu'aux etTets du lointain, les bras des arcades et les flèches des tours, absorbe la couleur sur les toiles inspirées, élargit et multiplie indéfiniment les échos de la voix des poètes, des philosophes et des historiens, peuple les temples d'un monde agité et frémissant d'âmes tourmentées.
a Les plus grandes pages de l'art chrétien sont celles où l'éloquence foudroie le mal et prononce la sentence, celles où la musique, réleste idiome, exprime l'inexprimable iutiui, celles où la philosophie pose son siège
de fonte, celles où la poésie, plaintive ou stridente, se lamente ou sonne la la charge, celles où l'humanité se dilate dans la nature, avec l'idée, le sentiment et l'emblème.
« Chaud coloris, accents passionnés, harmonieuses plaintes, élans sublimes, sombres tableaux, art divin dans toutes ses branches, voilà l'école chrétienne, toujours jeune, fraîche, impétueuse, jamais lasse, parce qu'elle est tout âme, cœur, espérance, foi, charité, candeur, vertu, et que plus elle vieillit au monde présent, plus elle s'approche du monde à venir, où est la jeunesse éternellement belle, où est la beauté éternellement jeune.
« Et vous essayez, pâle jeunesse de la terre, de lui substituer les écoles qui tuent Dieu dans le monde, qui tuent l'âme dans l'humanité, les deux principes de l'art!...
(Philosophie intuitive de la nature et de l'art, par Gustave Gilles.) « VIII. Arrivant à considérer l'art dans l'individu qui en est le sujet , une question se présente à notre esprit. Peut-on être religieux sans être artiste, et artiste sans être religieux?
« Or cette question est plus grave qu'on ne pense; et voici comment nous la résoudrons.
« A prendre les mots dans leur sens large, la négative nous parait incontestable. Jamais âme ne fût religieuse sans que le sentiment du beau, que la religion renferme, se soit quelque peu développé dans cette âme, et, par conséquent, sans que l'art l'ait subjuguée, dans une mesure quelconque, sur le terrain de la religion.
Par contre, jamais âme ne fut vraiment artiste, sans qu'il ne se soit manifesté en elle quelque sentiment religieux, c'est-à-dire quelque aspiration du beau spirituel et divin, que la volonté raisonnée a pu, d'ailleurs, étouffer plus ou moins dans les moments où, l'art faisant silence, la liberté a eu son tour pour façonner l'être moral.
« Mais ce sens large n'est pas celui qui doit nous occuper, vu qu'en raisonnant sur les données qu'il fournit, on aboutirait simplement à ce principe incontesté : que l'individualité humaine a reçu de Dieu le dou-
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ble germe du sentiment religieux et du sentiment artiste, bien qu'à des degrés divers de puissance, avec la force libre de provoquer ou d'enrayer leur développement.
a II nous faut donc prendre le terme dans un sens plus étroit, et voici, sur ce nouveau terrain, ce que nous avons à dire.
« On peut être religieux et même excellent chrétien sans être artiste, au sens ordinaire du mot; c'est le phénomène le plus commun qui puisse être soumis à l'observation.
On peut aussi être artiste sans être ni religieux, ni chrétien, dans le même sens ; c'est encore ce qui se voit trop souvent. Mais nous ajoutons 1° quant à l'artiste, qu'il ne peut être grand et puissant en influence sur les foules, s'il n'est profondément religieux dans la production de ses œuvres, et 2<> quant au chrétien, qu'il ne peut être grand, saint etsanctificateur des autres, s'il H'est artiste .
« Ces deux propositions n'ont presque pas besoin d'être développées, tant elles sont évidentes après tout ce que nous avons dit. Si l'artiste s'enferme dans la beauté matérielle; s'il ne s'élève aux visions de l'esprit ; s'il n'alimente son travail des ardeurs inspirées par le flair des essences supérieures à celles qui frappent les sens; s'il ne fait suinter de sa toile, de son vers, de sa mélodie, de sa voix, de son geste, de son marbre, de son mouvement, ce quelque chose sans nom qui vient de l'âme sensible et de ses espérances d'un idéal futur; s'il ne travaille plongé dans le brasier dévorant qu'allume autour de soi le sentiment divin; si, en un mot, la religion ne l'échauffé, ne le provoque, ne l'illumine, ne le vivifie de ses flammes, il pourra produire ce qu'on appelle de l'esprit, de la logique, du bon sens quelquefois, mais jamais de cet art souverain qui, comme la lyre de Tyrtôe, transporte les foules, est compris d'elles, les enthousiasme, les élève, les civilise, les mène aux combats de l'intelligence et de la vertu. Il pourra se faire admirer de quelquesuns, réunira peut-être une école de matérialistes ses pareils; mais il ne
vivra point dans la postérité, plus puissant après sa mort que pendant sa vie, et tenant sa place parmi les chefs de file de la grande armée. Dieu a réservé à la religion le beau qui fanatise les masses ; et l'artiste que la religion n'a pas conduit à la contemplation de cette espèce de beau, n'a jamais pu devenir le grand artiste aux populaires et immortelles influences. L'autre proposition n'est pas moins vraie; l'homme religieux sans goût, sans feu, sans mouvement, sans vie, sans art, n'est religieux que pour lui; il est mort pour les autres ; les grands saints ont tous été des artistes dans l'accomplissement de leur mission, nous l'avons déjà dit; il y a plus: le dévot qui n'a rien du sentiment de l'art, et qui n'a pas la prudence de s'en taire, fait plus de mal à la religion, dans sa défense, que l'impie qui l'attaque. Il y a une bonne et une mauvaise manière de manœuvrer pour elle, avec toutes les armes, celles de l'éloquence, celles de la poésie, celles de la conversation, celles des peintres, des sculpteurs, des musiciens, des architectes, des acteurs et même des mouvements gymnastiques dont les processions et toutes les cérémonies extérieures font partie; or la bonne, c'est l'art divin, le véritable art, qui la trouve, la réglemente, et la pratique; quant à la mauvaise, elle nait, comme tout ce qui est mal , de l'absence de Y art, du tact, de l'habileté, du goût, et elle rentre dans les perlides insinuations de Satan. L'art est le grand propagateur de tout bien; on peut être philosophe, savant, saint pour soi-même, sans son aide; mais on ne saurait l'être pour les autres. Celui-là seul communiquera sa philosophie, sa science, sa sainteté, en les rayonnant dans son atmosphère, qui, étant artiste en même temps, saura transformer sou être extérieur, avec ses facultés et leurs productions, en transmissions ingénieuses de son mouvement interne; c'est par cet artilice qu'ont réussi tous les grands chefs de religion ; Jésus lui-même, le seul réformateur véritable, Jésus, la manifestation de Oieu par excellence, n'a pas dédaigné de s'en servir. Dieu fit
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Je bien, 1 enveloppa de l'auréole du beau pour lui donner la puissance de séduire, et chargea l'art de dévoiler peu a peu cette auréole; depuis celte loi, que ferez-vous sans lui?
i « Soyons donc artistes, nous autres ; prêtres ; soyons-le de notre mieux, en respectant et cultivant les arts, si nous voulons être d'utiles messagers de Jésus-Christ .
« L'art et la science, la littérature, seront aussi nos antidotes contre les petites et les grandes passions. La première condition pour que nous soyons dignes du Sauveur, c'est que nous soyonshommes de bien ; or cette qualité est essentiellement inhérente al étude. Quiutilien le disait, et les païens comme lui ont émis des leçons que beaucoup d'entre nous seraient Jnen heureux d'avoir suivies. Écoutons-le en finissant.
« Non-seulement je dis que pour être un orateur comme je le comprends, il faut être homme de bien • mais encore qu'on ne sera point orateur si l'on n'est homme de bien • car 1 esprit ne peut vaquer à l'étude du plus beau des arts, s'il n'est libre de tout vice; d'abord parce qu'il ne peut y avoir dans le même cœur alliance de l'honnête et du honteux, et qu'il n'est pas plus ordinaire à une même âme de concevoir à la fois de bonnes et de mauvaises pensées, qu'à un même homme d'être tout ensemble probe et pervers. Ensuite parce qu un esprit appliqué à une si grande étude, doitètie exempt de toutes autres préoccupations, même innocentes; c'est ainsi seulement que, libre et n'ayant rien qui le distraie ou 1 entraîne ailleurs, il pourra se livrer tout entier à la recherche du but auquel il tend. Si le trop grand souci de nos terres, si la trop grande attention à nos affaires domestiques, si le plaisir de la chasse, et les jours donnés aux spectacles dérobent beaucoup de temps à l'étude — car le temps que vous donnez à une chose est perdu pour une autre, — quel ne sera pas 1 effet de la cupidité, de l'avarice, de 1 envie, ces tyrans de la pensée qui troublent jusqu'à notre sommeil? Car rien n'est si occupé, si dissipé, si tiraillé et déchiré de tant et de si di-
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verses passions, qu'un mauvais esprit Quand il tend des embûches, il est harcelé par l'espoir, par le souci, par la fatigue; et quand if jouit de son crime, il est torturé par l'inquiétude, par le remords, par l'attente de toutes peines. Y a-t-il place, au milieu de tout cela, pour les lettres et pour toute autre étude honnête? Pas plus assurément, que pour les fruits dans une terre occupée par les buissons et les ronces. » Le Nom.
ART. Certains critiques, fort mal instruits, ont accusé le christianisme d'avoir contribué à la dégradation des arts. Pour peu que l'on ait lu l'histoire, on sait que ce fut en Europe un effet de l'inondation des Barbares, et en Asie une suite des ravages des mahométans ; que, sans la religion chrétienne, tous les arts de dessin auraient été anéantis. Les mahométans ont en horreur les statues: les iconoclastes, pour leur plaire, brisèrent les images ; les Barbares venus du Nord étaient trop grossiers pour faire aucun cas de la peinture, de la sculpture, de l'architecture, de l'art des décorations ; toute pompe extérieure fut bannie, excepté du culte divin et des temples du Seigneur. C'est là qu'il s'en est conservé un reste de goût, qui s'est ranimé à la renaissance des lettres; et celles-ci n'ont été préservées de leur ruine entière que par la religion. Voy.
Lettres, Sciences.
Art des Esprits, ou art angélique, moyen superstitieux pour acquérir la connaissance de tout ce qu'on veut savoir avec le secours de son ange gardien, ou de quelque autre bon ange. On distingue deux sortes d'art angéliqm : l'un obscur, qui s'exerce par la voie d'élévation ou d'extase ; l'autre clair et distinct, lequel se pratique par le ministère des anges, qui apparaissent aux hommes sous des formes corporelles, et qui s'entretiennent avec eux. Ce fut peut-être cet art dont se servit le père du célèbre Cardan, lorsqu'il disputa contre les trois esprits qui soutenaient la doctrine d'Averroës, et qu'il reçut ou crut recevoir des lumières d'un génie qu'il eut avec lui pendant trente-trois
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ans. Il est certain que cet art est superstitieux, puisqu'il n'est autorisa ni de Dieu ni de l'Eglise, et que les anges, parle ministère desquels onsnppose qu'il s'exerce, ne sont autres que des esprits de ténèbres et des anges de Satan. D'ailleurs, les cérémonies dont on se sert ne sont que des conjuralions par lesquelles on oblige les démons, en vertu de quelque pacte, de dire ce qu'ils savent, et rendre les services qu'on exige d'eux. Voyez Art Notoire. Cardan, lib I6,rfcra\ Vuriet.
Thiers Truite des superstitions, tom. i.
pag., 273.
Art notoire, moyen superstitieux par lequel on promet l'acquisition des sciences par infusion et sans peine, en pratiquant quelques jeûnes et en taisant certaines cérémonies inventées à ce dessein. Ceux qui fout profession de cet art, assurent que Salomon en est l'auteur, et que ce fut par ce moyen qu'il acquit en une nuit cette grande sagesse qui l'a rendu si célèbre dans le monde. Ils ajoutent qu'il a renfermé les préceptes et la méthode de cet art dans un petit livre qu'ils prennent pour modèle. Voici la manière pur laquelle ils prétendent acquérir les sciences, selon le témoignage du Père Delrio : ils ordonnent a leurs aspirants de fréquenter les sacrements, de jeûner tous les vendredis au pain et à l'eau, et de faire plusieurs prières pendant sept semaines; ensuite ils leur prescrivent d'autres prières, et leur font adorer certaines images les sept premiers jours tle la nouvelle lune, au lever du soleil, durant trois mois; ils leur font encore choisir un jour où ils se sentent plus pieux qu'a l'ordinaire et plus disposés à recevoir les inspirations divines : ces jours-là ils les font mettre à genoux dans une église ou oratoire, ou en pleine campagne, et leur font dire trois fois le premier verset de l'hymne Veni, Creator Spiri- 1ui, etc., les assurant qu'ils seront après cela remplisde lascience comme Salomon, les prophètes et les apôtres.
Saint Thomas d'Aquin montre la vanité de cet art prétendu : saint Antonin, archevêque de Florence, Denys le Chartreux, Gerson et le cardinal Cajetan, prouvent que c'est une cu-
riosité criminelle par laquelle on tente Dieu, et un pacte tacite avec le démon : aussi cet art fut-il condamné comme superstitieux, par la faculté de théologie de Paris, l'an 1 320. Delrio, Disquis. Magic, part, 2. Thiers, Traité des superstitions, ibid.
Art de saint Anselme, moyen da guérir les plaies les plus dangereuses, en touchant seulement aux lmge- qui ont été appliqués sur les blessures. Quelques soldats italiens, qui l'ont encore ce métier, en attribuent l'inveniionasaint Anselme; mais Delrioassure que c'est une superstition inventée par Anselme de Parme, fameux magicien, et remarque que ceux qui sont ainsi guéris, si toutefois ils en guérissent, retombent ensuite dans de plus grands maux, et finissent malheureusement leur vie. Delrio, Disquis. Magic, liv. i.
Art de saint Paul, sorte d'art notoire, que quelques superstitieux disentavoirélé enseigné par saint Paul, après qu'il eût été ravi jusqu'au troisième ciel : on ne sait pas bien les cérémonies que pratiquent ceux qui prétendent acquérir les sciences par ce moyen, sans aucune élu !e et par inspiration; mais on rie peut douter que cet art ne soit illicite; et il est constant que saint Paid n'a jamais révélé ce qu'il ouït dans son ravissement, puisqu'il dit lui-même qu'il entendit des paroles ineffables, qu'il n'est pas permis à un homme de raconter. Voyez Art notoire. Thiers, Traité des superstitions. Keucier.
ARTÉMONITES, {théol. hist. sect.) — Ces hérétiques reconnaissaient pour maître Arlémon, qui, se rattachant à la dogmatique de Théodose, avait enseigné que la divinité ne s'était unie à l'humanité en Jésus-Christ qu'à sa naissance, d'où il suivait que le Messie ne pouvait être appelé Dieu qu'improprement. Il y en eut quelques-uns à Rome. Le Noir.
ARTÈRES, (théol. mixt. scien. physiol.) V. Circulation du sang,
ARTICLE DE FOI. Voyez Dogme.
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