‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 140 sur 166 · V. ATHÉISME · texte numérisé non relu

V. ATHÉISME

ASÉITÉ, terme factice, dérivé du latin eus à se, être qui existe de luimême, par la nécessité de sa nature.

Cet attribut ne convient qu'à Dieu, il se l'est attribué lui-même, lorsqu'il a dit : « Je suis l'Etre; vous direz aux Is- » raélites Celui qui est m'a envoyé vers l> vous. » Exod., cap. 3, f 14. De cet attribut de Dieus'ensuivent tous les autres. En effet, rien n'est borné sans 2ause : or, l'être nécessaire, qui existe de soi-même, n'a point de cause ; j il est lui-même la cause de tout ce I qui existe hors de lui : on ne peut | donc le supposer privé d'aucune perfection, et aucune des perfections qui lui appartiennent par nécessité de nature ne peut être bornée.

La raison pour laquelle tout être créé a des bornes, est que le Créateur a été le maître de lui donner tel degré de perfection qu'il lui a plu; de là vient l'inégalité des êtres créés. Conséquemment les théologiens regardent Yasèité comme l'essence de Dieu, comme l'attribut qui le distingue éminemment de tous les autres êtres. Par

là on démontre encore, contre les matérialistes, que la matière n'est point un être nécessaire, éternel, existant de soi-même, puisqu'elle a des bornes, et qu'elle n'est certainement pas douée de toute perfection.

Malgré l'évidence de ce raisonnement, Beausobre a écrit que les anciens philosophes ne le concevaient pas ainsi ; que, selon leur sentiment, la nécessité d'être, ou l'éternité, n'emportait pas toute perfection, et il a douté si les Pères de l'Eglise le concevaient mieux. Hist. du Munich., 1. 3, c.3,§4. Peu nous importe de savoir si les anciens philosophes raisonnaient mal ; cependant Mosheim, dans sa Dissert, sur la création, a cité un passage d'Hiéroclès, qui prouve que ce platonicien comprenait très-bien les conséquences de l'aséité. Quant aux Pères de l'Eglise, Tertullien, dans son livre contre Hermogène, c. 4 et suiv., a constamment raisonné sur le principe que nous venons d'établir, et il l'a développé en profond métaphysicien.

Beausobre lui-même a cité un passage de saint Denys d'Alexandrie, quiprouve que cet évèque a pensé comme Tertullien. Celui que Beausobre allègue de saint Augustin ne conclut rien, et l'on pourrait en citer vingt autres dans lesquels le saint docteur établit que l'être est le caractère propre de Dieu, qu'en lui l'être ou l'essence emporte toute perfection, qu'aucune perfection n'est distinguée de son essence, etc.

Il ne faut pas confondre, comme a fait Spinosa, l'être qui existe par soimême, per se, sans avoir besoin d'un sujet ou d'un suppôt dans lequel il subsiste, avec l'être qui existe de soimême, à se, sans avoiraucune causede son existence ; le premier de ces caractères est lepropre de toute substance; le second ne convient qu'à l'être nécessaire, qui est Dieu. C'est sur cette confusion des termes que Spinosa fonde son paradoxe, qu'il n'y a dans l'univers qu'une seule substance qui est tout. Bergier.

ASIATIQUES, ASIE. Indépendamment de l'attachement opiniâtre des Asiatiques à leurs anciennes mœurs, on conçoit qu'il n'a pas été aisé de

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faire goûter la morale chrétienne à des peuples aussi livrés au luxe et à la mollesse. C'est là cependant que le christianisme s'est établi d'abord, et qu'il a fait des progrès rapides ; l'Asie Mineure la Syrie, l'Arménie, la Perse, ont vu éclore des prodiges de vertus dont on n'avait pas seulement l'idée avant la naissance du christianisme. 11 n'est presque pas possible de convertir aujourd'hui les Turcs qui habitent ces mêmes contrées; les païens devaient être pour le moins aussi vicieux et aussi opiniâtres que le sont les mahométans. Pline, dans sa lettre à Trajan, Lucien dans ses dialogues, Julien dans ses lettres, rendent témoignage aux vertns des chrétiens ; c'est une preuve que cette religion a fait dans les mœurs des peuples autant de changement que dans leur croyance. On ne peut en dire autant d'aucune autre religion de l'univers. Bergter.

ASIE (églises d'), (thèol. hist. egl) — Nous complétons l'article insuftisantqui précède par quelques citations de M. Miehclis. « La Palestine, d'où le Christianisme partit pour se répandre sur toute la terre, était bien, au point de vue géographique et historique, le centre du monde ancien ; et si la nation juive avait complètement répondu à sa mission, Jérusalem seraitprobablement restée la résidence du chef suprême de l'Eglise, comme elle était au commencement le centre des communautés chrétiennes.

«S. Pierren'abandonnala Palestine qu'après avoir vu le sang de l'apôtre S. Jacques couler dans Jérusalem, et ne iixa sa demeure à Rome que pour punir l'incrédulité de cette nation, dont S. Paul se plaint si amèrement (Épitre aux Romains), en même temps qu'il admire et adore la sagesse des voies insondables de la Providence dans l'appel des païens. A dater de ce moment aussi, l'Asie, berceau du Christianisme, cessa d'être le centre de la vie de l'Église et de la civilisation véritable.

« Le Christianisme se propagea d'abord hors de Jérusalem dans trois directions principales. La première s'étendit vers le sud-o uest,par-delàl'É-

gvpte et les contrées unies àl'Égypte; les Églises fondées dans cette direction trouvèrent leur point d'appui ferme etpermanent dans Rome. La propagation de la foi en Arabie n'appartient à aucune destroisdirectkmsprincipates; elle partit, par occasion, soit de Damas et des contrées à l'est du Jourdain, soit d'Egypte et d'Ethiopie. Jamais l'Église ne putréellementficurir et s'asseoir solidement en Arabie, sauf dans les contrées limitrophes de la Syrie et de la Palestine. Aussi le mahométisme ruina-t-il presque de fond en comble le Christianisme en Arabie ; il n'en resta, pour ainsi dire, pas de trace.

« La seconde direction principale alla par Antioche vers le nord, et de là vers l'ouest et le nord-ouest. Ce fut principalement S. Paul qui répandit le Christianisme dans cette direction, à travers l'Asie Mineure, la Macédoine, la Grèce, jusqu'en Illyrie et en Italie. Dans cette première marche du développement de l'Église, S. Paul chercha, pendant un certain temps , à rattacher à Jérusalem , comme à leur centre d'unité et à leur point d'appui, les nouvelles communautés qu'il avait fondées ; mais ce centre s'affaiblissait à mesure que l'histoire du peuple juif s'accomplissait, et l'Apôtre et l'Église entière furent enfin irrésistiblement entraînés vers Rome. Saint Paul eut le malheur de voir encore de son vivant les Églises fondées par lui, surtout en Asie Mineure, dominées par l'esprit d'anarchie et de révolte. D'après les descriptions qu'il fait lui-même, dans la II e Épitre à Timothée, de l'état des Églises d'Asie, ses créations seraient bientôt tombées dans le chaos si le secours ne leur était venu de Rome.

Au moment où l'Apôtre des Gentils était captif, l'apôtre S. Jean recevait manifestement de Rome mission du prince des Apôtres de se fixer d'une manière permanente dans l'Asie Mineure. On doit considérer S. Jean comme le second fondateur des Églises de l'Asie Mineure A dater de ce moment nous trouvons la métropole d'Ephèse en union intime avec Rome.

Il en fut de même des Églises de la Grèce, de Macédoine et d'Illyrie, qui,

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en s'attaehant sérieusement au centre de l'unité, acquirent de la solidité et de la durée.

« La troisième direction principale de la propagation de la foi s'étendit vers le nord-est et l'est. L'Arménie, la Perse, jusqu'en Hyrcanie, et jusqu'à la Bactriane, l'inde orientale, jusqu'aux bords du Gange, deviennent, dès les temps les plus reculés, les sièges d'évècliés importants, et l'on trouve des traces d'un Christianisme très-anciennement répandu dans les profondeurs de la haute Asie. Après de si brillants commencements, il semblait que l'Asie, éclairée de si bonne heure des lumières du Christianisme, irait, comme l'Europe, au-devant de grandes modifications politiques et sociales. Il n'en fut rien ; au contraire, l'Église répandue au loin perdit bientôt sa force d'expansion, et, s' endormant déplus en plus dans sa vie intérieure., elle finit par s'écrouler, sauf quelques débris qui restèrent debout; et la cause première et principale de cette ruine fut qu'après la première propagation, presque aussi rapide que l'éclair, la constitution ferme et solide de ces Églises et leur intime union avec Rome furent entravées et violemment arrêtées par divers obstacles extérieurs. Un de ces obstacles fut l'expansion de la nouvelle puissance persane, qui s'interposa comme une digue entre Rome et les Églises de l'Asie postérieure et centrale. La domination persane favorisa surtout les sectes hérétiques et schismatiques, notamment le nestorianisme.

« En Arménie les circonstances furent moins contraires, quoique, après la première et rapide diffusion de l'Évangile, il y eut une période de décadence. Au troisième siècle, sous Grégoire l'Illuminé, l'Église arménienne prit un nouvel essor et parvint à se rattacher plus intimement à Rome.

« De l'Arménie le Christianisme se répandit au nord, dans les contrée du Caucase, entre la mer Noire et la mer Caspienne., »

Entre ces débuts plus ou moins glorieux et notre époque contemporaine se placent les schismes et les

hérésies sans nombre qui ont morcelé le christianisme en Asie, l'extension de l'islamisme, les efforts vains de l'Europe chrétienne pour reconquérir la Terre-Sainte par les croisades, enfin les missions des temps modernes, efforts d'un autre genre, efforts de l'Eglise et du cœur plus dignes de la sainte cause que ceux qui se font les armes a la main, plus heureux aussi.

Voici le résumé que donne M. Michelis de la situation présente de l'Eglise catholique dans chacune des contrées de l'Asie :

« Dans l'Asie mineure , l'Église a gardé un grand nombre de diocèses.

Si les fidèles de ces diocèses latins sont en général peu nombreux, du moins conserve-t-elle, dans ces anciens et célèbres sièges épiscopaux, les gages de la future renaissance de ces contrées. L'Eglise grecque n'a de nombreux adhérents que dans la partie antérieure de l'Asie Mineure, dans Vile de Chypre et en Syrie. Le protestantisme a aussi cherché à s'établir dans ces régions;il a fondé des missions dans beaucoup de localités; il a même établi à Jérusalem un évoque angloprussien. Les Maronites en Syrie et dans l'Ile de Ch)-pre, qui comptent 2 à 300, 000 âmes, professent la foi catholique. Une grande partie des Arméniens tient à l'union, et le Pape Pie IX a pu instituer parmi eux toute une série d'évêchés nouveaux. Outre cela il y a des Nestoriens revenus à l'unité : ce sont les Chaldéens, les Syriens et les Grecs ( Melchites ).

« La masse des habitants de l'Arabie est islamite. Dans les derniers temps, de petites communautés catholiques se sont formées à Aden, possession anglaise, et dans qaelques villes des bords de la mer Rouge. De plus les habitants de l'Hauran ( l'Auranitide), au nord-ouest de l'Arabie, sont pour la plupart catholiques.

« L'islami-me domine en Perse; dans l'ouest et le nord-ouest seulement se trouvent des communautés nestoriennes eta rmèniennes, nombre uses surtoutautourdu lacUrumia. L'archevêché latin d'Ispahan est provisoirement uni à celui de Babylone, le nombre des catholiques étant fort petit en Perse. Plusieurs communau-

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tés nestoricnnes et arméniennes sont rentrées dans le sein de l'unité.

« Dans le Turkestan, l'Afghanistan et le Beloudschistan la masse est mahométane Ce n'est que depuis la domination anglaise dans le Pendjab que des missionnaires chrétiens y ont pénétré.

Le nombre des catholiques de l'Inde antérieure anglaise s'élèveà peu près à i million, à 3 ou 400,000 âmes dans les possessions portugaises et françaises de cette portion du monde. Les missionnaires protestants déploient dans les Indes, sous la protection de la domination anglaise, une grande activité, et cherchent surtout à pénétrer dans les communautés catholiques longtemps abandonnées. L'ancien évèché portugais, aujourd'hui vicariat apostolique de Malacca, consiste à peu près en 3G 000 Catholiques.

« L'empire birman compte près de 6 à 7,000 Catholiques, sous un vicaire apostolique.

« Les choses en sont au même point dans le royaume de Siam, où les circonstances paraissent actuellement favorables au Christianisme.

« L'Eglise del'empire d'Anam(Cochinchiue, Cambodje, Tonquin oriental et occidental) est beaucoup plus importante; là, depuis des siècles, elle lutte, non pas tantpourson existence que pour sa domination, et, malgré les persécutions les plus sanglantes, le nombre des lidèles y est toujours croissant. Elle compte "7 vicariats apostoliques et un peu plus d'un demi-million de Chrétiens.

« A Ceylan l'Église a résisté à une dure et longue oppression; elle fleurit aujourd'hui et compte deux vicaires apostoliques et 200,000 fidèles.

Il y a un séminaire de missionnaires catholiques à Pulo-Penang. Les possessions hollandaises, qui s'étendent de plus en plus au delà de Java. Sumatra, Borréo, Célèbes, etc., ont un vicaire apostolique à Batavia, auquel obéissent 30 à 40,000 Catholiques.

« Depuis les dernières persécutions suscitées contre le vicaire apostolique de Groot, l'Église catholique parait avoir obtenu plus de liberté.

« Les possessions portugaises embrassent l'ile Timor, outre une partie

de Flores et de Sabrao, avec 140,000 catholiques, sous la juridiction de l'évèque de Macao.

« Les possessions espagnoles enfin (lesilesPhilippincs,Magindanao,Sulu et une partie de Palavan) comptent 4 millions de catholiques et un million de païens et de mahométans, et comprennent l'archevêché de Manille et les 3 évèchés delaNouvelle-Ségovie, de la Nouvelle-Cacêrès et de Zébu.

En somme l'Église catholique des Indes orientales a déjà une véritable importance.

« En Chine, l'activité des missionnaires est parvenue aussi, depuis trois cents ans, à poser les fondements d'un florissant avenir. Il serait difficile de déterminer avec quelque exactitude le nombre des liiièlcs. Bientôt aussi les vicariats apostoliques pourront y être convertis en évèchés. Déjà l'évèché de Macao est sous le protectorat du Portugal. L'évèché de Péking est actuellement administré par un vicaire apostolique.

« La Corée, autrefois inabordable aux Européens, a vu également le Christianisme pénétrer dans son sein depuis le commencement de ce siècle, et un vicaire apostolique y gouverne un troupeau de lidèles de jour en jour plus nombreux.

« Nous n'avons aucun renseignement exact sur la situation de l'Église au Japon. De vagues récits apprennent qu'il y a encore des traces de l'ancienne Église catholique dans l'intérieur du pays. On a nommé, il n'y a pas longtemps, un vicaire apostolique au Japon. »

Le zèle que mettent en ce moment même les Japonais à s'initier par des ambassades aux sciences, aux industries, aux arts de l'Europe, ainsi que la liberté de communication internationale qui a été imposée au Japon par les armes américaines, annoncent de grands changements prochains sous le rapport religieux dans cet empire, depuis si longtemps fermé par la force aux propagandes chrétiennes.

« Quant aux possessions russes en Asie, on estime que le nombre des Catholiques qui virent en exil en Sibérie monte à 20 ou 30,000 âmes, pour lesquelles il n'y a, dans les villes prin-

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cipaies, que trois églises paroissiales catholiques.

« Les Catholiques sont plus nombreux dans les contrées du Caucase, mais ils y sont exposés à une persécution permanente. Les missionnaires catholiques sont bannis de ïillis et de la plupart des villes d'Arménie, et les Arméuiens catholiques sont, par un ukase impérial, subordonnés à la juridiction du patriarche schismatique.

Il en résulte que beaucoup de ces Catoliques ont émigré dans l'Arménie turque. » Le Nom.

ASILE. Voyez Asyle.

ASIMA. Voy. Samaritain.

ASMODAI ou ASMODÉE, est le nom que les Juifs donnent au prince des démons, comme on peut voir dans la paraphrase chalduïque sur l'Ecclésiastique, cap. I. Rabbi Elias, dans son dictionnaire intitulé Thisbi, dit qu'Asmodai est le même que Samaël qui tire son nom du verbe hébreu sumad, détruire; et ainsi Asmodai signilie un démon destructeur.

Bergier.

ASPERSION, du latin aspergere, arroser. C'est l'action de jeter de l'eau ça et là avec un goupillon ou une branche de quelque arbrisseau.

Ce terme est principalement consacré aux cérémonies de la religion pour exprimer l'action du prêtre, lorsque dans l'église il répand de l'eau bénite sur les assistants ou sur les sépultures des fidèles. La plupart des bénédictions se terminent par une ou plusieurs aspersions. Dans les paroisses, Vaspersion de l'eau bénite tous les dimanches précède la grand' messe.

Quelques-uns ont soutenu qu'on devait donner le baptême par aspersion ; d'autres prétendaient que ce devait être par immersion, et cette dernière coutume a été assez longtemps en usage dans l'Eglise. On ne voit pas que la première y ait été pratiquée, si ce n'est peut-être lorsqu'il fallait bapti- , ser un grand nombre de personnes en même temps. Voyez L'ancien Sa-

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cramentaire par Grandcolas, seconde partie, p. 71, et l'article Purification.

Les païens avaient leurs aspersions auxquelles ils attribuaient la vertu d'expier et de purifier. Les prêtres et les sacrificateurs se préparaient aux sacrifices par des ablutions ; c'est pourquoi il y avait à rentrée des temples, et quelquefois dans les lieux souterrains, des réservoirs d'eau où il se lavaient. Cette ablution était pour les dieux du ciel; car pour ceux des enfers, ils se contentaient de Vaspersion.

Voyez Eau bénite. Bergier.

ASPHALTE, lac Asphaltite. Voyez Mer morte.

ASPHALTITE (Mol. mixt. scierie. géogr.) — Le lac Asphaltite, ou Mer Morte, est un grand trou, dans lequel se jette le Jourdain après avoir pris sa source dans l'Antiliban, et avoir formé quelques lacs plus petits, délicieusement bordés d'une végétation où brillent les lauriers roses, et dontle principal est celui de Génézareth en Palestine, autour duquel Jésus-Chrisl donna à ses disciples la plupart de ses instructions. Du mont des Oliviers, à l'orient de Jérusalem, on a une vue splendide du côté de la Mer Morte.

Les eaux de ce lac sont de plus en plus salées par les eaux qu'y versent les torrents des coteaux voisins, coteaux abruptes, bizarrement brodés de mille hachures dont ces torrents sillonnent leur surface, et composés d'un sel gemme aux dissolutions salines et acres. C'est ce qui rend les eaux du lac Asphaltite plus lourdes que celles des mers les plus salées ; un homme y nage plus facilement que dans toute autre mer. Ce qu'on a dit des fruits de ses bords qui s'en iraient en poudre est fabuleux; mais il y pousse des arbustes, tels que VAsclepias gigantea, dont lësfruits, pleins de duvet quand ils sont mûrs, ont pu donner lieu à ces fables.

Le phénomène le plus curieux du lac Asphaltite est sa profondeur; et le Jourdain avec toute la vallée qu'il arrose partage avec lui ce caractère ; c'est la plus profonde des vallées du globe jusqu'à présent connues relativement au niveau des mers. Le niveau

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des eaux de ce lac est à i 200 pieds audessous du niveau de la Méditerranée qui se trouve à une quinzaine delieues seulement vers le nord, et le Jourdain lui apporte ses Ilots après avoir coulé depuis le lac deGôuézareth, en les maintenant toujours à un niveau proportionnellement aussi bas. Si la Méditerranée pouvait envahir, par un canal, le lac AsphaltiteeX la vallée du Jourdain, elle transformerait aussitôt toute cette vallée, c'est-à-dire, une grande partie du pays, en une mer de plusieurs centaines de pieds de profondeur.

Le lac Asphaltite est encore assez curieux par ses antiques souvenirs ; il occupe l'emplacement de l'ancienne Sodome et des autres villes, parmi lesquelles Goraorrke, qui furent détruites par-le feu. On peut même présumer que ce vaste entonnoir fut le résultat d'une immense révolution volcanique, à laquelle les villes coupables durent leur embrasement; ses rivages présentent encore quelques ruines qui indiquent l'emplacement de plusieurs d'entre elles, et toute la contrée garde les traces d'un ancien terrain volcanique.

C'est dans la vallée qui s'étend du lac Asphaltite , en remontant le Jourdain, jusqu'au lac de Génézareth, que le Sauveur des hommes est né, à vécu, a prêché, a été crucitié, est mort, et a été enseveli en un tombeau dont on peut voir encore l'emplacement sous le dôme de l'église du Saint- Sépulcre.

M. l'abbé Michon avait fait, sur les lieux mêmes, un relief de la ville de Jérusalem, qui étaitdela plus grande exactitude, et sur lequel on pouvait se faire une idée du pays plus complète, en une heure, que si on y eût fait le pèlerinage. Tout le monde a pu le voir à Paris pendant une quinzaine d'années, jusqu'en 1870.

ASSEMANIf les), (théol. hist. biog. et bibliog.) — H y a quatre Assemani, qui ont conquis, parmi les savants, des places fort distinguées. Ils appartenaient à une famille de Maronites du Liban; mais plusieurs vécurent à Roula et y travaillèrent. Voici les pré-

cis biographiques et bibliographiques qu'en a donnés M. Héfélé.

« I. Leplus ancien savant célèbre de cette famille est Joseph-Siuon Assemani, né en 1687, en Syrie, et élevé à Rome au collège des Maronites. Il travailla pendant de longues années à la bibliothèque du Vatican, fut envoyé par le Pape, dans un but scientifique et religieux, on Egypte et en Syrie (1717), de nouveau en Syrie (1733), et rapporta de ces pays des centaines de manuscrits, des milliers de pièces de monnaie et d'autres antiquités. Le Pape, à son retour, le nomma conservateur de la bibliothèque vaticane, camérier et chanoine de S. -Pierre. Il mourut, entouré d'une grande considération, à Rome, en 1768, âgé de quatre-vingts ans. Ses ouvrages les plus célèbres sont :

« {"BUdiothecaoï-ientalisClemerdino- Vatieana, recensais manuscriptos codicesSuriacos, Arabicas, Persicos, Turcicos, Hebraieos, Samaritmws, Armenicos, MUiiopims, Grsecos, JEgyptios, Iberios et Malabaricos, de jussu etmntiificentia Clementi XI; Romse, 1719- 1728. Il indique une foule de manuscrits orientaux inconnus avant cette publication. Aug.-Fréd. Pfeiffer a donné à Erlangen, 1776, une édition allemande de cet important ouvrage. « 2° La magni tique édition syriaeolatine et grœco- latine de S. Èphrem d'Edesse, qu'il publia avec le concours de son neveu, Etienne Évode, et d'un autre Maronite, le jésuite Pierre Benoit, en 6 vol. in-fol., a. Rome, 1732-

« 3° Çalendaria Ecclesise universse, Romse 1730 sq., 6 vol. in-4°, dont le troisième surtoutrenferme des renseignements remarquables sur l'histoire ecclésiastique des Slaves, sur S. Cyrille et Méthode, sur la conversion des Chazares, des Bulgares et des Moraves.

«4° Italkx historix scriptores, ex biblioth. Vatic, Romse, 1751-53, 4 vol.

in-4°.

« 5° Bibliothecse apost. Vatic. codé, mser. Catalogas, Romse, 1756, en 3 vol. Le quatrième fut brûlé par accident. — Adelung compte d'autres ouvrages moins importants dans sa continuation du Lexique des Sav-wU de Jocher.

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« II. Son jeune frère Joseph est un peu moins connu ; il fut professeur de syriaque à Rome et y mourut le 9 février 178;. Ses ouvrages sont :

ai" Codex liturgicus Ecclesise, 1749- 1766, en 13 vol.in-4°;

«2° OissertatiodesacrisRitibiis, ll$1; in-4°;

« 3° Commenfaria de ecclesiis, earum revercntia et asylo, 1766, in- fol.;

« 4" Commcntaria de Catholicis seu patriarchis Chaldxorum et Nestorianorum, 1775, in-4°.

« III. Etienne- Evodjus Assemani, archevêque d'Apamée en Syrie {in partibus), neveu des deux précédents, succéda à son oncle Joseph-Simon en qualité de conservateur de la bibliothèque vaticane. Nous avons dit plus haut qu'il concourut avec Joseph-Simon à la publication des œuvres de S. Ephrem ; en outre il l'aida dans la publication du Catalogus codicum tnsur. biblioth. Vaticauze. Il publia seul :

« 1° liibliothecse Mediceo-Laurmt .

et Palatinse codd. manuscr. orientaUum cotai, Florent,, 1742, en 2 vol. in-fol. ;

« 2° Acta sanctorum Marlyrum orientaUum. et occidentalium, in duas partes distributa, ubietiam actaSimonis Stylitx e biblioih. apostolicovaticana in lucemprotraxit, Chaldaicumtexlum rccensuit, etc., Romx, 1748, en 2 vol.

in-fol., avec traduction latine.

« IV Simon Assemani, le dernier savant renommé de cette famille, orientaliste remarquable, né le 14 mars 1749 à Tripoli, en Syrie; élevé depuis 1736 dans le collège des Maronites à Rome. Après avoir achevé ses études il passa douze ans dans son pays natal en qualité démissionnaire ; puis, revenu en Italie, il obtint la chaire des langues orientales au séminaire de Padoue, où il mourut le 7 avril 1821. On lui doit aussi divers * travaux érudits, notamment l'ouvrage sur l'Origine, la civilisation, la littérature et les mœurs des Arabes 1787, in- 8°, et plusieurs dissertations sur les monuments arabes en Sicile et ailleurs. » Le Noir.

ASSIDÉENS ou HASIDÉENS, secte de Juifs, ainsi nommés du mot hébreu hhasidim, justes. Les assidéens

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croyaient les œuvres de subrogation nécessaires au salut; ils furent les prédécesseurs des pharisiens, desquels sortirent les esséniens qui enseignaient comme eux que leurs traditions étaient plus parfaites que la loi de Moïse.

Serrarius, jésuite, et Drusius, théologien protestant, ont écrit l'un contre l'autre touchant les assidéens, à l'occasion d'un passage de Joseph, fils de Gorion. Le premier a soutenu que, par le nom d'assidéens, Joseph entend les esséniens, et le second a prétendu qu'il entendait les pharisiens. Il serait facile de concilier ces deux sentiments, en observant qu'assidéens a été un nom générique donné à toutes les sectes des Juifs qui aspiraient à une perfection plus haute que celle qui était prescrite par la loi : tels que les cinéens, les réchabites, les esséniens, les pharisiens, etc., à peu près comme nous comprenons aujourd'hui sous le nom de religieux et de cénobites tous les ordres et les instituts religieux. Mais tous les assidéens n'étaient pas pharisiens. Brucker, Hist. de la Philos., tome 2, p. 713.

Bergier.

ASSIMILATION DANS L'ORDRE ORGANIQUE ET DANS L'ORDRE MORAL. (Théol. mixt. scien. social.) — V. Individualisme et communisme.

ASSISTANCE, secours particulier que Dieu accorde à un homme ou à une société pour les préserver de l'erreur. Quelques théologiens ont cru que ce secours était celui que Dieu a donné à chacun des écrivains sacrés, pour empêcher qu'il ne tombât dans aucune erreur ; tous conviennent que Dieu donne cette assistance à son Eglise, pour la préserver du même danger.

Cette assistance n'est point la môme chose que la révélation et l'inspiration. Voyez Ecriture sainte.

Bergier.

ASSOCIATION. (Théol. mixt. scien.

social.) — V. Individualisme et communisme.

ASSOMPTION, du latin assumptio

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dérivé d'assumere, prendre, enlever. Ce mot signifiait autrefois en général le jour de la mort d'un saint, parce que son âme est enlevée au ciel.

Assomption, se dit aujourd'hui particulièrement dans l'Eglise romaine d'une fêle qu'on y célèbre tous les ans le 15 d'août, pour honorer la mort, la résurrection, et l'entrée triomphante de la sainte Vierge dans le ciel. Elle est encore devenue plus solennelle en France depuis l'année 1G38, que le roi Louis X11I choisit ce jour pour mettre sa personne et son royaume sous la protection de la sainte Vierge: vœu qui a été renouvelé en 1738 par Louis XV.

Cette tète se cèlèhre aussi avec beaucoup de solennité dans les Eglises d'Orient. Cependant Yassomption corporelle de la Vierge n'est point un article de foi, puisquel'Eglise ne l'a pas décidé, et que plusieurs anciens et modernes en ont douté . Usuard, qui vivait dans le neuvième siècle, dit dans son Martyrologe que, le corps de la sainte Vierge ne se trouvant point sur la terre, l'Eglise, qui est sage en ses jugements, a mieux aimé ignorer avec piété ce que la divine Providence en afait, que d'avancer rien d'apocryphe ou de mal fondé sur ce sujet :

paroles qui se trouvent encore dans le Martyrologe d'Adon. Plusieurs n'appellent point cette fête l' Assomption de la sainte Vierge, mais seulement son sommeil, dormitio, c'est-à-dire, la fête de sa mort : nom que lui ont aussi donné les Grecs, qui l'ont désignée tantôt par ustinÇaic;, trépas ou passage, et tantôt par ■/co;,u.t,<ti<; ) sommeil ou repos.

Néanmoins la croyance commune de l'Eglise est que la sainte Vierge est ressuscitée, et qu'elle est dans le ciel eu corps et en âme. La plupart des Pères grecs et latins, qui ont écrit depuis le quatrième siècle, sont de ce sentiment ; et le cardinal Baronius dit qu'on ne pourrait sans témérité assurer le contraire. C'est aussi le sentiment de la faculté de théologie de Paris, qui, en condamnant le livre de Marie d'Agreda en 1697, déclara qu'elle croyait que la sainte Vierge avait été enlevée dans le ciel en corps

et en âme. Parmi les ornements des églises de Rome, sous le pape Pascal, qui mourut en 824, il est l'ait mention de deux sur lesquels était représentée Yassomption de la sainte Vierge en son corps. Il est parlé de cette fête dans les capitulaires de Charlemagne et dans les décrets du concile deMayence, tenu en 813. Le pape Léon IV, qui mourut en 855, institua l'octave de Y Assomption delà sainte Vierge, qui ne se célébrait point encore à Rome. En Grèce, cette fête a commencé beaucoup plus tôt, sous l'empirede Justinien, selon quelquesuns, et selon d'autres sous -celui de Maurice, contemporain de saint Grégoire le Grand. André de Crète, sur la fin du septième siècle, témoigne cependant qu'elle n'était établie que dans quelques Eglises ; mais au douzième elle le fut dans tout l'empire, par une loi de l'empereur Manuel Comnène. Alors Y Assomption était également fêtée dans l'Occident, comme il parait par la lettre 174 de saint Bernard aux chanoines de Lyon, et par la croyance commune des Eglises, qui tenaient Yassomption corporelle de Marie comme un sentiment pieux, quoique non décidée par l'Eglise universelle (1). Voyez Vie des Pères et des Martyrs, tome VII, page 323 et suiv. Bergier

ASSOMPTION (fête de 1'), (Mol.

hist. fût.) — V. Assomption.

ASSURANCE. (TIM. mixt. scien.

social.) — La prohibition du contrat usuraire faite par l'Eglise chrétienne n'est pas seulement une mesure sociale justifiée par tes désordres qui résultent, dans la cité, de lapratique contraire, en appauvrissementsindéfinis des uns à mesure qu'ils produisent, et en enrichissements indéfinis des

(i) Il en était ainsi de {'immaculée conception avant la bulle itic ffabilis de Pie IX; depuis cette bulle l'immaculée conception est un article de foi catholique. Il est probable qu'il en arrivera de même de Yassomption cor/ioreUe de Marie, avant qu'il Hoit longtemps. ; car la pieuse ci ovance en est bien universellement répandue dans la catholicité, ainsi que la fête qui la constate ; et il suffira désormais û"une bulle ex cathedra pour faire passer une telle croyance à l'état de dogme défiai, dont la négation constitue hérésie. La Nom.

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autres, sans qu'ils produisent rien ou quoiqu'ils produisent peu, et par suite en inégalités trop grandes des fortunes ; c'est encore une mesure qui se fonde sur la justice la plus exacte; nous n'en ferons voir ici qu'une raison.

Quand on prête à quelqu'un moyennant stipulation d'un intérêt pour l'année, il y a, d'une part', un assuré devant la conscience et, de l'autrepart, un assureur. Quel est l'assuré? C'est le prêteur ; en effet, par là même qu'il prête, son emprunteur s'engage à lui rendre, à une échéance quelconque," ce qu'il a emprunté de lui, et cela, quoi qu'il arrive, c'est-à-dire quelles que soient lespei tes que pourra subir, même sans sa faute, le capital pendant tout le temps qu'il restera entre ses mains; c'est lui qui, pendant ce temps, répond des cas fortuits et de tous les accidents , en telle sorte que, s'il vient à perdre ce capital, il n'en sera pas moins obligé de le rendre en conscience sur son propre bien. Quel est l'assureur ? l'emprunteur par la même raison.

Or, cette assurance vaut bien quelque chose, ainsi que toute assura?ice.

Que vaut-elle? Elle vaut l'intérêt qui est proportionnel au capital et au temps de l'emprunt. Voilà donc le service rendu ou l'intérêt, payé par l'assurance, devant la conscience, et par conséquent, voilà le prêt qui, en exacte justice, doit être gratuit.

« Prêtez sans intérêt.» mutuum date, nihil inde sperantcs....volenti mutuari a te ne averlaris (Luc. VI 35 — Matth. V. 42)

Les réponses des congrégations romaines depuis cinquante ans, s'expliquent facilement par les compensations qui deviennent nécessaires dans l'ordre social existant ; si nous avions à résoudre des cas de conscience pratiques propres à notre milieu social, nous ferions des réponses semblables ; mais le principe posé par l'Eglise et consacré de nouveau, d'une manière si formelle par Benoît XIV, (bulle vix pervenit) n'en reste pas moins, et sera toujours inviolablement conservé par l'orthodoxie catholique.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter

qu il ne s'agit que de l'intérêt stipulé vi mutui, car s'il entre, eu égard à descirconstancesparticulières, dans le contrat, quelqu'autre motif extrinsèque au prêt, ayant une valeur et méritant salaire, il va sans dire que la justice ne saurait être satisfaite que si cet autre titre à rémunération est rémunéré. C'est ce qu'explique le même pontife, dans la même encyclique. Le Nom

ASTAROTH ou ASTARTÉ, idoles des Philistins que les Juifs abattirent par le commandement de Samuel ; c'était aussi une divinité desSidoniens, que Salomon adora lorsqu'ilfut entraîné par ses femmes dans l'idolâtrie.

La plupart des étymologies que l'on a données de ce nom sont fausses ou hasardées. M. de Gébelin pense avec plus de justesse qu'il est formé d'aster, qui, dans les langues orientales, signifie un astre; qu'ainsi astartê est la lune, la reine du ciel, la divinité de la nuit. Allêg. orient., p. 50. Chez les Hébreux elle était connue sous le nom de la reine du ciel, chez les Egyptiens c'était Isis, chez les Arabes Ali/tta; les Assyriens l'appelaient Milylla, les Perses Métra, les Grecs Artemis, les latins Diana. Dans l'Ecriture sainte, Mal et Astaroth sont presque toujours joints ensemble comme deux divinités des Sidoniens; c'est le soleil et la lune. Cic, de Nat.

Leor., lin. 3. Tertul., Apologct., c.

23, etc. Mém. de l'Acad. des Inscr., t. 71, in-12, p. 173. Beugier.

ASTAROTHITES, adorateurs d'Astaroth, ou de la lune. On dit qu'il y eut do ces idolâtres parmi les Juifs depuis Moïse jusqu'à la captivité de Babylone. Voyez Astres. Bergier.

ASTATIENS, hérétiques du neuvième siècle, sectateurs d'un certain Sergius, qui avait renouvelé les erreurs des manichéens. Leur nom, dérivé du grec, signifie sa?is consistance, variables, inconstants, parce qu'ils changeaient de langage et de croyance à leur gré. Ils s'étaientforfifiôs sous l'empereur Nicéphore qui les favorisait ; mais son successeur Michel

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Curopalate les réprima par des édits très-sévères. On croit que ce sont eux que Théophane et Cédrêne nomment antiganiens. Le père Goar, dans ses notes sur Théophane, à l'an 803, prétend que les troupes de vagabonds, connus en France sous le nom de Bohémiens et d'Egyptiens, étaient des restes d'astatiens ; mais cette conjecture ne s'accorde pas à l'idée que Constantin Porphyrogénète et Cédrène nous donnent de cette secte ; née en Phrygie.elle y domina, et s'étendit peu dans le reste de l'empire.

Les astatiens joignaient l'usage du baptême à toutes les cérémonies de la loi de Moïse, et faisaient un mélange absurde du judaïsme et du christianisme. Beegier.

ASTÈRE ou ASTÉRluS (saint), archevêque d'Amasée dans le Pont, mort peu après l'an 400, a tenu un rang distingué parmi les docteurs de l'Eglise du quatrième siècle. Il reste de lui plusieurs homélies, dont les anciens ont fait très -grand cas. Elles ont été publiées parle père Combetis, Auct.Bibl. Putrum. tom. 1, avec les extraits de quelques autres tirées de Photius. Théophile Raynaud les avait aussi recueillies et fait imprimer en latin, en 1661. Bergier.

ASTÉROÏDES. (Théol. mixt. scien.

cosmol.) — C'est le nom qu'a donné Arago aux étoiles filantes et aux météorites ou bolides, ordinairement lumineux avant leur chute, qui tombent quelquefois du ciel sons forme de pierres métalliques. Les astéroïdes, quelle que soit l 'explication qui en sera donnée un jour, sont de petits astres ou des débris d'astres qui se trouvent entraînés dans la sphère d'attraction terrestre. Pour être entraînés dans cette sphère, ils ne peuvent être que très-petits et très-rapprochés de la terre au moment où ils entrent dans son attraction et dans son atmosphère ; mais il y en a des multitudes qui disparaissent de même et qui sont de grands corps célestes, échappant à nos observations. Tous cependant n'y échappent point ; on peut citer plusieurs faits enregistrés sur les tahles astronomiques, qui, en vertu de la loi

des analogies, forcent la généralité que nous venons d'émettre.

Le plus célèbre phénomène de ce genre est la fameuse étoile deTicho- Brahé qui apparut subitement dans la constellation de Cassiopée sous une grandeur supérieure à celle de Sirius, la plus belle du ciel, brilla dix sept mois, diminua de grandeur, ne fut plus visible qu au télescope, puis disparut comme elle avait apparu, sans qu'on ait pu en savoir la cause.

Il est aussi des astres qui changent de couleur : Sirius, qui était rouge au temps de Ptolémée, est blanc-bleu aujourd'hui. Il est d'autres étoiles qu'on avait toujours observées et qui ontdisparupour ne jamais reparaître, du moins jusqu'à présent. Laplace expliquait ces disparitions par des incendies ou combustions immenses qui détruisaientl'étoile.etleschangements de couleur de quelques-unes venaient à l'appui de sa supposition. Au reste la mullilude infinie des étoiles filantes à certaines époques de l'année, principalement en août et novembre.

— Olmsted et Palmer en comptèrent, en 1833, en Amérique^pendant une observation de neuf heures, en novembre, 240, 000, — est un fait assez éclatant pour nous donner le droit de soupçonner dans l'univers, sans crainte de nous tromper, des disparitions aussi bien que des formations de mondes sans lin.

Or, pourquoi y aurait-il exception pour notre planète? De quel droit viendrait-elle se prévaloir, dans le conseil des astres, de l'immortalité?

Evidemment, tout, en astronomie, milite en fa\eur d'une probabilité de la lin de notre monde. Chaque étoile qui tile est pour nous un avertissement et une prophétie de ce que la religion nous annonce. « Les étoiles passeront, mais mes paroles ne passeront point. » Ce sont les paroles, en effet, qui disent, quand elles sont vraies, les véritéséternelles.

Le Noir.

ASTRES. La première idolâtrie a commencé par le eulte des astres.

Lorsque les peuples eurent perdu de vue la révélation primitive, ils s'imaginèrent que les astres étaient des ètreo

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animés et intelligents. Comment concevoir que ces grands corps suivissent une marche si régulière, s'ils n'étaient pas la demeure d'un génie qui les conduit ? Leur lumière, leur chaleur, les influences qui en viennent, sont très-nécessaires aux hommes ; ce sont donc des êtres bienfaisants auxquels nous devons de la reconnaissance.

Souvent ils nous annoncent les changements de l'air, le beau temps et la pluie ; sans doute ils sont doués d'une intelligence supérieure et de l'esprit prophétique. Ainsi ont raisonné, nonseulement les ignorants, mais les philosophes ; Celse, dans Origène, s'efforce de prouver qu'il faut rendre un culte aux astres. Plusieurs Pères de l'Eglise ont encore été persuadés que les astres étaient conduits, non par des dieux, comme le pensaient les païens, mais par les anges soumis à Dieu.

Les Hébreux et les antres Orientaux appelaient les astres, l'armée du ciel, militia cœli. Souvent les prophètes ont reproché aux Juifs d'adorer Baal, le soleil, Astaroth ou Astartè, la lune, et l'armée du ciel ; cette idolâtrie est ce que l'on nomme le sabisme ou zribisme.

C'est pour cela que les écrivains sacrés ont coutume d'appeler le vrai Dieu, le Dieu des armées, c'est-à-dire le Créateur du ciel et des astres. Ce nom ne signifie donepoint le Dieu de la guerre ou du carnage, comme quelques incrédules ont affecté de l'interpréter.

Nous convenons cependant que le vrai Dien est quelquefois nommé le Dieu des armées d'Israël, pour donner à entendre qne c'est de lui seul que les Israélites attendaient la victoire ; mais ce n'est point là le sens le plus ordinaire du titre de Dieu des armées.

Mémoires de l'Acad. des inscript., tom.

18, in-12, p. 30; tom. 71 p. 131.

ïln'estpas étonnant que les Syriens et les Arabes aient été singulièrement attachés au culte des astres .

Dans ces affreux déserts, où le jour n'offre que le tableau uniforme et triste de vastes plaines couvertes de sable aride, la nuit au contraire déploie à tous les yeux un spectacle magnifique. Presque toujours claire et sereine , elle présente à l'œil étonné l'armée des deux dans tout son

éclat. A la vue d'un spectacle aussi merveilleux, le passage de l'admiration à l'idolâtrie était très-facile pour des hommes ignorants ; il est tout simple qu'un peuple dont le climat n'offre aucune beauté à contempler que celle du firmament, la choisisse par préférence pour objet de son culte. C'est la réflexion très-sensée d'un écrivain moderne.

Aussi, selon la remarque d'un autre savant, l'astronomie a l'ait la grande religion qui couvrit toute l'Asie sous des formes un peu différentes ; dans tout l'Orient s'éleva une multitude d'idoles astronomiques, dont chacune représentait le soleil, la lune, leurs phases, leurs changements; ou les planètes, les constellations, les divers points du ciel; ou des figures allégoriques du jour, de la nuit, du matin, du soir , des points solsticiaux et équinoxiaux ; celles des ans, des mois, des semaines, des jours, et de tout ce qui, figuré dans l'écriture primitive, put devenir un personnage ; de tout ce qui, ayant servi dans des siècles plus simples à indiquer les travaux de l'agriculture, put devenir un objet de vénération.

Au milieu de cette démence générale, il est digne de notre attention de considérer le peuple juif, seul adorateur du vrai Dieu, auquel toute image est interdite ; et de trouver dans cette défense du législateur une preuve de cette vérité, que l'abus des images a causé la plupart des erreurs des peuples polythéistes.

Comme l'observation des astres servait à fixer les fêtes rurales et les travaux de l'agriculture, elle se trouva liée à la religion; d'où il arriva que les observateurs furent à la fois astronomes et prêtres. Ce fut une des raisons de l'exactitude et de la persévérance avec laquelle on observa; mais ce fut aussi une cause des superstitions qui s'établirent , lorsque les rapports du ciel avec la terre furent regardés comme des influences, et que l'astronomie dégradée ne fut plus que l'astrologie.

L'histoire de la création, telle que Moïse l'a tracée, était le meilleur préservatif contre l'erreur des païens; elle nous apprend que Dieu a créé

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les astres pour l'utilité des hommes, et les conduit par sa volonté ; ce ne sont donc ni des dieux ni des génies tutélaires plus favorables à une nation qu'à une autre. Moïse dit aux Juifs: « Lorsque vous élevez les yeux » vers le ciel, que vous voyez le so- » leil, la lune et les autres astres, » gardez-vous de donner dans l'er- » reur et de les adorer ; le Seigneur » votre Dieu les a créés pour rendre » service à toutes les nations qui » sontsousleciel. «Deut.,c. 4, f if).

Cette leçon servait encore à prémunir les hommes contre la terreur des éclipses, des météores, des phénomènes singuliers, dont les adorateurs des astres ont toujours été consternés; « Ne craignez point, dit Jéré- » mie, les signes du ciel, comme font » les nations, » c . 10, f 2. Parla enfin, les Juifs étaient préservés de la folie des pronostics, de la divination par les astres, des horoscopes, de l'astrologie judiciaire, etc. Ceux qui ne croient point à la révélation, devraient nous apprendre comment Moïse a été plus éclairé que les sages de toutes les nations dont il était environné. BEitr.iER.

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ASTROLOGIE judiciaire , science fausse et absurde dont les partisans prétendent qu'il y a une liaison nécessaire entre le cours des astres et les actions humaines ; qu'ainsi nos destinées sont écrites dans le tableau du ciel ; que l'on peut les y lire et les annoncer d'avance ; qu'à la naissance dun enfant, l'on peut tirer son horoscope, prévoir et prédire ce qu'il sera, ce qu'il fera, et quel sera son sort pendant toute sa vie, etc.

A la honte de l'esprit humain, cette erreur a régné chez presque tous les peuples et dans tous les siècles; les Chaldéens, qui se distinguèrent par leur habileté dans l'astronomie, déshonorèrent cette science en y mêlant l'astrologie. Cet abus est proscrit par les lois de Moïse, parles lois des empereurs païens, plus rigoureusement encore parcelles des empereurs chrétiens et par celles de l'Eglise. Plusieurs philosophes ont été attachés à cette étude vaine et frivole, et y ont eu confiance, en particulier l'empe-

reur Julien; Cicéron l'a combattue dans son hyre De fato. Les Père de 1 Eglise et les théologiens n'ont rien néglige pour en désabuser les hommes ; ]ls en ont fait voir l'absurdité etrimp.été.Maisiln'yapasencore longtemps que nous pouvons nous féliciter d être guéris de cette malade, bous la régence de Marie de Méaiçis, aucune femme n'aurait entrepris un voyage sans avoir consulté son astrologue, qu'elle appelait son baron. Louis X1I1 fut surnommé le Juste .parce qu'il était né sous le signe de la balance ; et les historiens nous apprennent qu'à la naissance de louis AIV son horoscope fut tiré Sbîe 8raVité et riln P orta nce

D'où a< pu naître cette démence?

Ue la même source que le culte des astres ,« Par une vaine imagination, « dit le Sage, les hommes ont mé-' « connu Dieu dans ses ouvrages- ils « sont persuadés que les éléments, « les astres qui roulent sur nos tètes « e soleil, la h me , les planètes, sont « les dieux qui gouvernent le monde.»

Sap-, cap. 13, f {. Par conséquent ils leur ont attribué des connaissances et une puissance bien supérieures a celles des hommes. Dès qu'on les a regardes comme les arbitres de nos destinées, l'on a dû conclure qu'ils pouvaient aussi nous les faire connaître d'avance.

On a vu d'ailleurs que les astronomes pouvaient prédire l'apparition de tel astre ou de telle constellation, le changement des saisons et de la température de l'air, une éclipse de soleil ou de lune ; que les diverses couleurs de ces deux astres annonçaient ou le beau temps, ou le vent, ou la pluie. Les astrologues, pour se rendre importants, se sont vantés a avoir des connaissances encore plus étendues, de pouvoir prédire des événements qui n'avaient aucune liaison avec les phénomènes du ciel; quelques-unes de leurs prédictions, vériiiees par hasard, ont inspiré aux ignorants une confiance aveugle à leurs pronostics. On sait jusqu'où a été poussée la curiosité de tous les peuples, et leur envie de connaître l'avenir. Ainsi s'est établie la croyance

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générale de l'influence des astres sur nos destinées, l'opinion que les dieux, c'est-à-dire, les astres animés, révélaient aux observateurs du ciel les événements les plus cachés dans l'avenir. Et puisque les stoïciens mêmes croyaient fermement à l'astrologie , il se peut très-bien faire que les astrologues eux-mêmes aient été souvent dupes de leur propre curiosité.

Mém. de l'acad. des Inscrip., t. LVI, in-12, p. 45.

Voilà pourquoi les Chaldéens, qui sont les plus anciens observateurs des astres, ont été aussi les plus célèbres devins de l'antiquité. Dans le livre de Daniel, c. 2, f 2 et 27, les sages, les mages, les devins, les faiseurs de prédictions, les Chaldéens, sont la même chose.

Les philosophes qui ont combattu cette erreur, n"en attaquèrent point le fondement, c'est-à-dire, la prétendue divinité des astres; ils ne purent donc pas la détruire : leurs raisonnements étaient trop abstraits pour être à la portée du peuple. La lumière du christianisme fut plus efficace; mais elle n'étouffa pas entièrement l'habitude d'ajouter foi aux prédictions des astrologues. Lorsque les Arabes se mirent à étudier l'astronomie, ils donnèrent dans le même faible que les Chaldéens, et contribuèrent ainsi à entretenir le préjugé.

Il domine autant que du passé chez les Grecs, et l'on prétend qu'il est assez commun en Italie.

Cependant les livres saints, les leçons des Pères de l'Église, les anathèmes lancés contre cette superstition, auraient dû la déraciner. Il était sévèrement défendu aux Juifs de consulter aucune espèce de devins. Lévit., c. 19, t 31. Deut., c. 18, f 10. Le prophète Isaïe insulte à la crédulité des Babyloniens et à la folle confiance qu'ils donnaient à leurs astrologues, c. 47, f 13. ce Qu'ils » paraissent, dit-il, ces hommes si ha- » biles à contempler le ciel et à ob- » server les astres, qui supputaient les » lunaisons pour vous prédire l'ave- » nir ; qu'ils vous sauvent à présent » de vos malheurs ; ils sont comme » la paille consumée par le feu, et ils » ne peuvent se délivrer eux-mêmes.»

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Une loi de l'empereur Constance défend, sous peine de la vie, de consulter des astrologues ou mathématiciens, et les antres devins. Si elle porte aussi le nom de Julien, elle ne fut pas faite de son aveu, puisque dans son ouvrage sur le christianisme, il se déclare partisan de l'astrologie. Saint Cyrille, contre Julien, 1. 10,pag.3SG. et 357. Honorius et Théodose bannirent aussi les astrologues. Origène, saint Basile, saint Ambroise, saint Augustin, ont démontré la vanité et l'illusion de leurs prédictions. Saint Epiphane nous apprend qu'Aquila fut excommunié pour n'avoir pas voulu renoncer à l'astrologie. Plusieurs conciles ont condamné la confiance que l'on avait à cet art funeste, et ont sévèrement défendu d'y avoir recours.

Nos rois ont confirmé ces lois par leurs ordonnances dans les derniers siècles. Thiers, Traité des Superst , t. i, c. 7,1.3, p. 243.

On dit que la philosophie seule a pu nous détromper sur ce point; mais si la religion n'y a contribué eu rien, pourquoi les anciens philosophes n'ont-ils pas pu y réussir, et pourquoi plusieurs d'entre eux ont-ils donné dans le même préjugé que le vulgaire? Les Pères l'ont attaqué par la philosophie aussi bien que par la religion. Si l'on veut comparer les arguments de Bardai, dans son Argenis, avec ceux des Pères, on verra qu'ils sont les mêmes. Voyez Devin.

Bergier.

ASTRONOMIE, (théoî. mixt. scien.

cosmol.) — V. cosmologie et Ages (les

trois) COSMOLOGIQUES.

ASYLE, sanctuaire, lieu de refuge, qui met un criminel à l'abri des poursuites de la justice. Ce mot qui vient du grec, est composé d'à privatif, et de aiAâw, prendre, arracher, dépouiller.

On ne pouvait sans sacrilège arracher un homme de l'asyle dans lequel il s'était réfugié.

Les temples, les autels, les statues des dieux ou des héros, leurs tombeaux, étaient chez les anciens la retraite de ceux qui étaient accablés par la rigueur des lois, ou opprimés

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par la violence des tyrans. De tous ces asyles, les temples étaient les plus sacrés et les plus inviolables. On supposait que les dieux se chargeaient eux-mêmes de punir les criminels qui venaient se mettre ainsi sous leur dépendance immédiate ; et on regardait comme une impiété de vouloir leur ôter le soin de la vengeance.

Chez les païens on accordait ainsi l'impunité aux criminels, même les plus coupables, soit par superstition, soit pour peupler les villes par ce moyen ; c'est ainsi en effet mie Thèbes, Athènes, Rome, se remplirent d'habitants : preuve assez sensible de la multitude des crimes qui se commettaient pour lois.

Les Israélites avaient des villes de refuge que Dieu lui-même avait désignées ; mais elles n'étaient un asyk assuré que pour ceux qui avalent commis un crime par inadvertance, par un cas fortuit et involontaire, et non pour ceux qui s'en étaient rendus coupables de propos délibéré.

Bingham, dans ses Origines ecclésiastiques,!. 8, c. Il, § 3, pense que le droit d'usyle dans les Eglises chrétiennes a commencé sous Constantin.

Il obseive que, dans l'origine, ce privilège n'a été accordé ni pour mettre les criminels à l'abri des poursuites de la justice, ni pour diminuer l'autorité des magistrats, ni pour donner atteinte aux lois ; mais afin de fournir un refuge aux innocents accusés et poursuivis injustement, de laisser aux juges le tmps d'examiner mûrement les cas incertains et douteux, de mettre les accusés à couvert de la vengeance et des voies de fait, enfin, de donner lieu aux évèques d'intercéder pour les coupables, chose qu'ils faisaient souvent. Il ne faut donc pas être surpris si les empereurs suivants confiimèrentae droit a'nsyle, et si les pasteurs de l'Eglise furent ardents aie soutenir. Nous en voyons un exemple remarquable dans les ouvrages de saint Jean Chrysostome.

Un favori de l'empereur Arcadius, nommé Eutrope, avait suggéré à ce prince de supprimer le droit d'asyle ; bientôt disgracié et poursuivi luimême par des ennemis puissants, il futréduità se réfagierdans une église,

et à chercher son salut en embrassant l'autel. Cet événement fournit à saint Jean Chrysostome le sujet d'un discours très-éloquent sur la vanité des grandeurs humaines, et sur la justice des décrets de la Providence. Op. t.

Lorsque les empereurs Honorius et Th^odose eurent réglé et modéré le droit d'asyle, les évêques et les moines eurent soin de marquer une certaine étendue de terrain qui fixait les bornes de la juridiction séculière.

Peu à peu les couvents devinrent des espèces de forteresses où les criminels se mettaient à l'abri du châtiment et bravaient les magistrats. Ce privilège fut étendu d.ins la suite, nonseulement aux églises et aux cimetières, mais aussi aux maisons des évèques ; parce qu'il n'était pas possible à. un criminel de passer sa vie dans une église, où il ne pouvait faire décemment plusieurs des fonctions animales. Mais enfin les asyles furent insensiblement dépouillés de leurs immunités, parce qu'ils ne servaient plus qu'à favoriser le brigandage et à multiplier les crimes.

11 faut convenir cependant, que si les asyles ont mis à couvert de châtiment plusieurscoupables qui l'avaient justement mérité, ils ont aussi sauvé la vie à un grand nombre d'innocents injustement poursuivis par lesfureurs de la vengeance. Dans les temps malheureux où les vengeances particulières étaient censées permises, où l'on ne connaissait plus d'autre loi que celle du plus fort, il fallait nécessairement avoir des lieux de refuge contre la violence des seigneurs toujours armés. Cette triste ressource n'a cessé d'être nécessaire que quand l'autorité de nos rois, la police des villes, la juridiction des tribunaux de magistrature, ont été solidement établies.

Il y avait plusieurs de ces asyles on sanctuaires en Angleterre; le plus fameux était â Beverly, avec cette inscription : Hsec sedes lapidea freed stool dicitur, id est, pacis cathedra ad quam nus fugimdo pervenient ùtnmmodam habet securîtatem. Camdcn. En Fiance, l'église de Saint- Martin de Tours a été longtemps un asyle inviolable. Les franchises accor-

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dées aux églises en Italie, ressemblaient beaucoup au droit à'asyle ; mais elles ont été abolies.

Cbarlemagne avait donné avixasyles une première atteinte en 779, parla défense qu'il fit de porter à manger aux criminels réfugiés dans les églises.

Nos rois ont heureusement achevé ce crue Charlemagne avait commencé.

Éist. de l'Acart. des Inscr., tom. 2, in-12, p. 52 ; Mém., tom. 74, p. 46.

Bergier.

ASYMPTOTES. (Théol. mixt. scien.

math, gèom.) — Les asymptotes sont deux lignes géométriques dont l'une est une courbe dont la courbure diminue indéfiniment selon une certaine loi qui lui estpropre, dont l'autre est une droite indéfinie qui, tirée à une distance quelconque de cette courbe, s'en rapproche indéfiniment ; et la loi de rapprochement entre les deux lignes est tel le que, quelle que soit la distance à laquelle on les prolonge, elles ne se rencontreront jamais quoiqu'elles se rapprochent toujours l'une de l'autre. Aussi le mot asymptotes signiiie-t-il : qui ne se rencontrent point, du grec a privatif et tuv-kiixtëiv se rencontrer. Les deux lignes peuvent être appelées asymptotes, mais c'estordinahvmentla droite qui prend celte dénomination. C'est ainsi qu'on dit les asymptotes de l'hyperbole; l'hyperbole est la courbe et ses asymptotes sont les prolongements de deux droites dans des directions opposées.

Soit l'hyperbole ABC, et les deux droites DE, F G.

Ces deux droites qui se croisent à angle droit en 0, sont les asymptotes de cette hyperbole. Or, il est démontré géométriquement que , quelle que soit la distance à laquelle on les prolonge avec les branches de l'hyperbole, elles ne les touche-

ront jamais. Nous ne nous arrête- .

rons pas à la démonstration géomé- !

trique, nous rendrons seulement le fond de la vérité saisissable pour tout le monde à l'aide d'un raisonnement commun.

Prenons seulement une des branches de l'hyperbole, soit la branche AB et la droite DE qui est son asymptote. La loi de courbure de l'hyperbole est telle que cette courbure diminue indéfiniment sans jamais disparaître tout à fait de manière à faire une droite. On conçoit que les diminutions de courbure puissent être de toute espèce selou la nature de la courbe, et que, parmi toutes celles qui sont possibles mathématiquement, il y en ait une qui soit telle que l'espace OA (soit 1 mètre), qui sépare les deux lignes à leurs points de départ A et 0, aille en se rapetissant .(soit à chaque kilomètre de prolongement de ces deux lignes) selon la progression arithmétique suivante :

~2~ï 8 16 32 6tC - Il est évident qu'en vertu de cette loi progressive l'espace OA ira toujours en diminuant, et que, cependant, il ne sera jamais réduit à zéro quelle que soit la multitude des kilomètres dont on prolongera la droite et la courbe; il restera toujours une fraction qui sera la moitié de la dernière, exprimera cet espace et dira mathématiquement avec l'évidence absolue que les deux lignes ne se touchent point. Aucune puissance ne peut faire qu'elles arrivent jamais à se toucher, les prolongeât-elle pendant l'éternité, pourvu que cette puissance ne triche pas, mais respecte l'hypothèse, c'est-à-dire la loi de diminution de courbure de la courbe, dont convention a été faite au début.

Ces évidences sont inéluctables comme toutes les évidences mathématiques, quelque étrange qu'en soit la conséquence immédiate.

Qu'en conclurons-nous pour la théologie? une chose bien impor.

taute contre les positivistes athées- Nous lisions dernièrement, dans une revue des plus convenables pour la

El

ATH

forme, et des plus modérées, la Critique philosophique par M M. Renouvier et Pillon, le raisonnement suivant fait contre Dieu. Il est nécessaire d'admettre dans une intelligence sans bornes, les idées de tous les possibles ; les possibles sont en nombre infini, puisque entre les deux limites, Dieu et néant, il n'y a pas de terme assignable aux perfections vers la première, aux imperfections vers la seconde; donc il y a dans l'intelligence absolue, un nombre infini d'idées réalisé ; cependant un nombre infini réalisé est une contradiction, puisqu'il est de l'essence du nombre d'avoir un dernier, auquel on peut ajouter encore.

La revue laissait la conclusion à tirer, selon sa méthode pudique ; mais chacun la pouvait suppléer facilement.

Or, nous répondons à l'objection, qui est en effet une des plus radicales, par les asymptotes; nous disons à la Critique philosophique, à M. Renouvier :

Votre difficulté est tout entière dans l'espace OA qui sépare nos deux lignes : cet espace géométrique tout positif, visible, réalisé, mesuré qu'il est (1 mètre par exemple), renferme un nombre infini de parties puisque la courbe AB mord dessus indéfiniment sans jamais l'épuiser, sans jamais le réduire à zéro. Nierez-vous l'espace géométrique pour cette raison qu'il implique un nombre infini de parties? non, ce serait nier la géométrie tout entière. Pourquoi donc nierez-vous Dieu pour le même motif, lorsque, par ailleurs, il est aussi impossible au philosophe de s'en passer qu'au géomètre de se passer de l'espace, l'un étant la cause sans laquelle tout serait sans cause, l'autre étant le contenant sans lequel aucune figure ne pourrait être contenue et déterminée. Il y a mieux. Nous voyons et vous devez voir comme nous, une différence très-grande entre les deux difficultés, et tout en faveur de celle qui s'adresse à l'intelligence absolue.

Dans le cas de ['asymptote, il s'agit d'une réalisation substantielle et matérielle, d'un mètre d'espace plein par exemple, contenant l'infini division-

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