‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 143 sur 166 · i ; Prolog., n. 2, etc · texte numérisé non relu

i ; Prolog., n. 2, etc

2° Puisque saint Augustin lui-même en appelle à la tradition, c'est suivre

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la règle qu'il trace que d'examiner si tous les sentiments qui sont dans ses ouvrages sont d'accord avec la doctrine des Pères qui l'ont précédé.

On ne peut être obligé de les suivre qu'autant que l'on y reconnaîtrait une trad'tion constante qui remonterait jusqu'aux siècles apostoliques. Ce saint docteur n'a jamais cru qu'il dût seul former le langage de la foi ; et quelque respectable que soit son autorité, elle n'empêche pas d'examiner différents point sur lesquels l'Eglise n'a rien décidé.

3° L'an 431, le pape saint Célestin, écrivant aux évèques des Gaules, après avoir reconnu le mérite de saint Augustin, les services qu'il a rendus à l'Eglise, et l'orthodoxie de sa doctrine, après avoir fixé le dogme catholique contre les pélagiens, ajoute:

« Quant aux questions plus difficiles » et plus profondes, qui ont été trai- » tées plus au long par ceux qui ont » réfuté les hérétiques, nous n'osons » pas les mépriser ; mais nous ne » croyons pas qu'il soit nécessaire de » les établir. En effet, pour confesser » la grâce de Dieu, au mérite et à » l'influence de laquelle il ne faut » rien ôter, il nous parait suffire de » tenir ce que nous ont enseigné les » écrits du siège apostolique selon » les règles dont nous venons de » parler, et de ne point regarder » comme catholique tout ce qui pa- » raît contraire à ces décisions. »

Or, dans la doctrine prescrite par ce pontife, il n'est question ni de la prédestination gratuite à la gloire éternelle, ni de la distribution plus ou moins abondante de la grâce, ni de la nature de la grâce efficace, ni de la manière de ,1a concilier avec la liberté, ni du supplice éternel réservé au péché originel ; donc toutes ces questions sont du nombre de celles que saint Célestin n'a pas jugées nécessaires à établir, qui par conséquent ne tiennent point à la foi catholique.

4° C'est un trait de prévention de ne vouloir puiser les sentiments de saint Augustin sur la grâce que dans ses ouvrages contre les pélagiens ; par là on donne lieu de penser qu'il y a contredit ce qu'il avait écrit contre les manichéens, qu'il a mal réfuté

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ces derniers, qu'il a trahi la cause de la religion: autant de suppositions injurieuses et fausses. On dit que l'Eglise a solennellement approuvé tout ce que le saint docteur a écrit contre les pélagiens ; mais elle n'a pas réprouvé ce qu'il a écrit contre les manichéens et contre les donatisles, ses Commentaires sur l'Ecriture saiute, ses Lettres, ses Sermons, ses ouvrages de morale et de piété; dans ceux-ci saint Augustin ne disputait pas, il instruisait. On ajoute qu'il n'a rien rétracté de ce qu'il a enseigné contre les pélagiens : je le crois; il écrivait encore contre eux lorsqu'il est mort, et son dernier ouvrage est resté imparfait : si par là on veut insinuer qu'il a rétracté ce qu'il avait dit contre les manichéens, on nous en impose; en 420 ou 421, après dix ans de disputes contre les pélagiens, il réfute un manichéen. L. contra advers. legis et proph. Loin de déroger à ses premiers ouvrages, il y renvoie ; il n'en désavoue donc pas la do-'trine. Pour prendre ses vrais sentiments, il faut le comparer avec lui-même, et voir comment on peut le concilier.

5° Les pélagiens ont été condamnés par l'Eglise grecque et latine au concile d'Ephèse. Les Grecs n'ont donc pas adopté les erreurs de ces hérétiques, et l'Eglise grecque a fait partie de l'Eglise universelle jusqu'au neuvième siècle. Dans cet intervalle ont vécu saint Cyrille d'Alexandrie, Théodoret, saint Isidore de Damiette, saintProclus de Constantinople, saint Ephrem, saint Maxime, saint Pierre Chrysologue, saint Jean Damascène, etc. Ces Pères ont-ils embrassé toutes les opinions de saint Augustin, toutes ses explications de l'Ecriture, que l'on voudrait faire passer pour des articles de foi.

6° Aux yeux des hommes instruits, un zèle excessif pour les opinions de saint Augustin peut paraître suspect.

Avec quelques passages cent fois répétés, et qui se trouvent partout, on se donne à peu de frais le relief de l'orthodoxie; on se trouve dispensé de consulter l'Ecriture sainte dans ses sources, de rechercher la tradition des quatre premiers siècles, de respecter les anciens Pères, de garder

aucun ménagement envers les théo logiens modelés, même de raisonner conséquemment.

Il nous reste à défendre saint Augustin contre les calomnies des hérétiques et des incrédules.

Ils l'accusent : 1° d'avoir toujours raisonné en parfait matérialiste sur la nature des substances spirituelles.

Cependant nous trouvons dans ses livres sur la Trinité, liv. 10, c, 10, une démonstration de la spiritualité de l'âme, à laquelle les matérialistes n'ont jamais répondu ; elle est tirée du sentiment intérieur. Je. sens ma propre existence, dit saint Augustin, et je me sens distingué de tout être qui n'est pas moi : or, je ne sens ni l'existence, ni la structure, ni le jeu de mon cerveau, ni d'aucune partie intérieure de mon corps ; donc chacune de ces parties, et toutes prises ensemble, ne sont pas moi : ce que j'appelle moi, ou mon âme, est quelque chose de plus. Saint Augustin a certainement cru et prouvé la création, prise en rigueur ; un être corporel ou matériel peut-il être créateur? Voyez Ih.mjViéiualisme.

2° D'avoir rejeté la liberté d'indiffé rence, d'avoir admis dans la volonté, mue par la grâce, la même nécessité d'agir que Calvin et Jansénius. Fausseté criante. La vérité est que saint Augustin a rejeté seulement l'indifférence soutenue par les pélagiens, c'est-à-dire, le penchant égal au bien et au mal, la même facilité de faire l'un que l'autre, l'équilibre de la volonté entre l'un et l'autre ; c'est en cela que les pélagiens faisaient consister la liberté. Voyez Op. imperf., lih. 3, n. 109, 117, etc. Saint Augustin soutient avec raison que l'homme, corrompu par te péché originel, n'a plus cette heureuse indifférence, qu'il est plus porté au mal qu'au bien, qu'il a besoin d'une grâce qui rétablisse en lui le libre arbitre, en lui rendant le pouvoir de choisir le bien. Il a fallu toute la prévention de Calvin et de Jansénius, pour soutenir qu'une grâce qui rétablit la liberté impose la nécessité de faire le bien.

3° D'avoir été aussi grand prédeslinateur que Calvin. Nous ferons voir à l'art. Prédestination la différence

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qu'il y a entre le système de Calvin et cplui de saint Augustin. Il suffit d'observer ici que, par prédestination des saints, ce Père acnteDdula prédestination des lidèles à la grâce de la foi, et nous le prouverons par l'analyse du livre qu'il a fait sous ce titre.

4° Ou lui reproche d'avoir enseigné une morale pernicieuse, en soutenant que Sara, épouse d'Abraham, a pu permettre à ce patriarche de prendre Agar pour concubine, et en posant pour maxime que tout appartient aux justes. A l'article Polygamie, nous prouverons que cet abus n'était pas défendu aux patriarches par le droit naturel ; qu'Agar était une seconde épouse, et non une concubine. L'abus d'un terme n'est pas un titre légitime pour condamner les Pères de l'Eglise.

Loin d'approuver la maxime : tout appartient aux pistes, saint Augustin a blâmé et condamné ceux qui, sous ce prétexte, s'emparaient des biens des donatistes.

5° L'on dit qu'après avoir prescrit latolérance en faveurdes manichéens, il a prêché la persécution et la violence contrelcs donatistes. Oui, contre les donatistes séditieux armés, sanguinaires, qui, par leurs circoncellions, remplissaient l'Afrique de désordres et de carnage; mais saint Augustin n'a pas dit qu'il fallait employercontre eux la violence lorsqu'ils étaient paisibles : il a enseigné et fait le contraire, et il a eu la conso-

lation de les voir réunis à l'Eglise.

Barbeyrac prétend que ce saint docteur a approuvé la peine de mort portée par les empereurs contre les païens. Il fallait dire au moins contre les sacrifices des païens. Le passage de saint Augustin est formel. Epist.

93. ad Vincent. Rogatistam,n. 10. On pouvait être païen sans offrir des sacritices, et nous ne voyons pas en quoi il importait à la chose publique qu'un usage aussi absurde, et souvent accompagné de crimes, fût conservé.

| 6° L'on prétend qu'il a été pélagien eneenvant contre les manichéens, et qu il est redevenu manichéen en disputant contre les pêlagiens. C'est une calomnie, et saint Augustin s'en est justifie lui-même dans ses livres des Rétractations et ailleurs. Mais pour

comparer dix volumes in-folio, pour saisir les vrais sentiments de ce saint docteur, pour distinguer les arguments absolus d'avec les arguments personnels qu'il tire des principes de ses adversaires, il faut plus de sagacité, de patience, de droiture, que nen ont en les censeurs de ce Père.

Les accusations que nous venons de' voir ont été tirées des sociniens et des arminiens leurs amis, de Bayle de Le Clerc, de Barbeyrac; les savants Muratori etMaffei, et plusieurs théologiens, les ont réfutées sans réplique. Nous enréfuteronsnous-mème un assez grand nombre dans les divers articles de ce Dictionnaire. Voyez Lamindus Pritanius, de ingeniorym moderatione in religionis negotio, et Ihstor. Thcol. doamatum et opin. de afvina gratta, etc.

Beausobre, dans son Histoire du Manichéisme, accuse souvent saint Augustin de ne pas rapporter fidèlement les opinions des manichéensd attribuer à ces hérétiques des erreurs qu'ils n'ont pas soutenues, et de les réfuter par de mauvaises raisons.

Ce reproche suppose que tons les docteurs manichéens avaient les mêmes opinions, et que tous suivaient la doctrine de Manès : faux préjugé qui ne s'est vérifié à l'égard d'aucune secte hérétique, et qui n'aura jamais une ombre de vraisemblance, imisque tout hérétique prétend être arbitre de sa croyance, et n'être assujetti aux leçons d'aucun maître. Croironsnous que saint Augustin n'a pas su mieux connaître les vrais sentiments de Fauste, d'Adimante, de Félix, de Sécondinus, etc., avec lesquels il avait disputé de vive voix, que Beausobre, qui prétend les deviner par des conjectures et des probabilités?

Quant aux réponses et aux arguments de ce saint docteur, nous verrons à l'article Manichéisme, qu'il a réfuté victorieusement le principe fondamental de cette hérésie, et qu'il a résolu solidement la difficulté tirée de l'orjgine du mal. Ce point décisif une fois obtenu, tout le reste du système de Manès tombait parterre ; mais Beausobre n'a pas daigné faire cette observation, qui était cependant la première chose à examiner pour nous

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faire un tableau fidèle de la dispute.

Les ennemis de ce saint docteur ne se sont pas bornés à calomnier sa doctrine ; ils ont encore voulu rendre suspectes ses vertus, ses actions, les plus louables, la confession même qu'il a faite de ses fautes. Le Clerc prétend que saint Augustin a écrit ses confessions, plutôt pour fermer la bouche à ses détracteurs que pour s'humilierdesesfaiblesses, etque c'est une espèce d'apologie fort adroite.

Soin* Augustin, dit-il, y avoue les désordres de sa vie qu'il ne pouvait pas cacher; il supprime ou excuse le reste, et ne néglige aucune occasion de se faire valoir ; il lui a fallu une forte dose d'amour-propre pour parler si longtemps de soi, et pour entretenir ses lecteurs de choses qui devaient leur être fort indifférentes ; il s'adresse à Dieu, pour ne les occuper que de lui-même ; s'il eût voulu simplement les édifier, il n'était pas moins nécessaire d'avouer les fautes qu'il avait faites depuis son baptême, que celles qui l'avaient précédé.

Des ennemis jaloux pouvaient dire que saint Augustin n'avait pas fait un grand sacrifice, en renonçant à la profession de rhéteur et d'orateur profane, pour exercer son talent sur un théâtre plus brillant, dans l'Eglise même, où il était sur de jouer un rôle plus honorable et plus avantageux ; que par une pauvreté apparente, il avait acquis le droit de subsister aux dépens des riches, même la faculté d'assister les pauvres; qu'en paraissant renoncer à tout, il était parvenu à dominer sur tout un peuple au nom de Dieu, à se rendre chef de parti, à pouvoir excommunier, condamner et proscrire ceux qui lui déplaisaient. Les vraies fautes, continue Le Clerc, dont Augustin avait à se repentir, étaient d'avoir voulu se mêler d'expliqué;' l'Ecriture sainte, après en avoir fait une simple lecture, sans avoir appris le grec ni l'hébreu, sans avoir acquis aucune des connaissances nécessaires; c'était d'avoir été ordonné prêtre et évêque contre les canons du concile de Nicée, qui défendaient à un évêque de se donner un successeur de son vivant; c'était enfin d'être parvenu au plus

haut degré de gloire, d'autorité et de pouvoir, en faisant semblant de renoncer au monde , aux richesses , aux honneurs; artifice qui a été employé dans la suite par tant de gens, et toujours avec le même succès.

Quelque indécente que soit cette satire de Le Clerc, nous n'avons pas craint de la copier, afin de montrer jusqu'où les protestants ont poussé la malignité contre les Pères de l'Eglise.

Avant de hasarder une pareille censure, il aurait fallu être certain de plusieurs faits desquels Le Clerc ne pouvait avoù aucune preuve, et que l'on reconnaît être faux, pour peu l'on consulte l'histoire.

1° Le Clerc suppose que quand saint Augustin a écrit ses confessions, il a eu intention de les publier, et que, par un esprit prophétique, il a prévu qu'il aurait besoin de cette apologie adroite pour fermer la bouche à ses détracteurs; que son dessein était d'occuper de lui-même ses lecteurs, et non de s'exciter à la reconnaissance envers Dieu, par le souvenir des fautes que Dieu lui avait remises par le baptême. Mais il paraît certain que cet ouvrage a été fait vers l'an 400, peu de temps après la promotion de saint Augustin à l'épiscopatj et alors nous ne voyons pas qu'il ait eu des détracteurs, ni des accusations à repousser. La manière dont il en parle, en les envoyant à un ami qui les lui avait demandées, Epist. 205, marque la plus parfaite candeur, et nous ne croyons pas lui faire grâce en disant qu'il était d'un caractère trop vif pour être hypocrite. S'il ne parle pas des fautes qu'il avait commises depuis son baptême, c'est qu'elles devaient être la matière d'une confession sacramentelle, et non d'une déclaration publique; celle-ci ne convenait plus à un évêque, obligé de faire respecter son caractère.

2° La plupart des fuites dont saint Augustin s'aoeuse, n'avaient pas été assez publiques pour venir à la connaissance de ses ennemis , et les étourderies de jeunesse qu'il se reproche, n'élaieut pas de nature à le déshonorer : où était donc la nécessité d'en faire une apologie adroite?

Quel avantage saint Augustin pouvait-

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il tirer de là pour sa réputation ? Les Africains, charmés de ses talents, ne pensaient guère à aller rechercher ce qu'il avait t'ait en Italie.

3° Qui a révélé à Le Clerc que quand ce saint docteur quitta la profession de rhéteur, après son baptême, et retourna en Afrique, il avait déjà le dessein et l'espérance d'être promu aux ordres sacrés ; que quand il se retira dans la solitude, il savait qu'on l'en tirerait bientôt pour l'élever au sacerdoce et à l'épiscopat ; que quand il opposa de la résistance à son évèrnie qui voulait l'ordonner, elle ne fut pas sincère ? Si en cela l'évèque Valère pécha contre les canons du concile de Nicée, la faute ne peut pas en être attribuée à suint Augustin ; c'était au primat do Carthage et aux autres évoques d'Afrique de s'en plaindre, et nous ne voyons pas qu'aucun ait réclamé : ils jugèrent sans doute que ces canons n'étaient pas indispensables.

„£'.$*> en entreprenant d'expliquer 1 Ecriture sainte, saint Augustin avait eu le même dessein que Le Clerc qui était do faire parade d'érudition' et de se montrer plus habile que les autres commentateurs, il aurait eu besoin, sans doute, de grec, d'hébreu, d histoire, de géographie, etc. ; s'il a seulement voulu en tirer des leçons morales pour lui et pour les autres, tout cet appareil ne lui était pas nécessaire. Mais voilà l'entêtement des protestants; ils interprètent l'Ecriture sainte comme on explique Homère ou Hérodote ; et parce que les Pères do l'Eglise y ont cherché de quoi nourrir la piété et non la curiosité, cela déplait aux protestants.

5° Le Clerc a su encore, par révélation sans doute, que quand saint Augustin a écrit contre les manichéens contre les donatistes, contre les pélagicns, contre les ariens, contre les pnscillianistes, il l'a fait par humeur, par l'envie de contredire et de disputer, et non par zèle pour la pureté de la foi et pour le salut de son troupeau. Cependant d'autres protestants ont remarqué qu'il a traité les hérétiques avec plus de modération que saint Jérôme, qui était cependant plus vieux que lui. Mais son grand

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crime a été de subjuguer les esprits de gagner la confiance, de se faire admirer par la supériorité de ses talents et par l'ascendant de ses vertus. Heureux ceux à qui Dieu a donné assez de mérite pour s'attirer de pareils reproches ! Il a été le fléau des hérétiques de son temps; il doitdonc être censuré par les hérétiques de tous les siècles.

Un autre critique encore plus téméraire a prétendu que saint Augustin se reconnaissait lui-même sujet aux excès du vin, parce qu'il dit dans ses confessions, 1. 10, c. 31, n. 47 : «Je » suis bien éloigné de m'enivrer ; » cependant la crapule me survient » quelquefois. » Cet habile homme n'a pas su qiiecrapula signifie seulement la douleur de tête qui provient du vin mal digéré ; l'homme le plus sobre peut y être sujet par faiblesse d estomac, maladie que produit assez ordinairement le travail d'esprit continué trop longtemps. Il est fort singulier que des écrivains du dix-septièmo ou du dix-huitième siècle se soient flattés de détruire une réputation do talents et de vertus établie depuis douze cents ans ; on ne doit pas être étonné de la fureur avec laquelle ils déchirent les vivants, puisqu'ils n'épargnent pas même les morts ni les saints. Bergieh.

AUGUSTIN (S.), (théol. hist. bi- Oliog.) La seule biographie digne d'un si grand génie, a été faite par luimême dans ses contes -ions; ajoutons quelques notes bibliographiques de M. Scharpfc traduit de l'allemand par Goschler.

Après qu'Augustin, près d'embrasser le Chnstisnisme et de se faire baptiser se fut retiré avec sa mère dans sa retraite de Cassiciacum, près de Milan, il se livra à des entretiens philosophiques avec ses amis et a ces entretiens, dit le biographe que nous venons de citer, donnèrent naissance aux écrits suivan ts : contra Academicos, 2 lib. ; — de Beata Vita, de Ordine, 2 lib. ; — Soliloguia, 2 lib. ; — de Immortalitate animw, année 387. C'est par ces ouvrages que commence l'activité littéraire si féconde de S. Augustin. Quoique encore consacrée à

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des sujets philosophiques, elle a déjà cette haute tendance spéculative qui, dégagée plus tard de quelques faux points de vue et fortiliée par l'expérience, finit par se consacrer tout entière à des questions théologiques, et les traita avec une profondeur, une variété, une pénétration qui séduit, captive et entraine le lecteur.

« Il défend contre les académiciens le droit qu'à la raison de parvenir à la connaissance de la vérité et au bonheur. Le scepticisme se contredit luimême, car le vraisemblable n'est pas possible sans la connaissance du vrai, qni lui sert de mesure, puisque le vraisemblable est ce qui ressemble au vrai, et la béatitude que. demande tout homme, sceptique ou non, ne peut se concilier avec un doute éternel.

C'est ce que S. Augustin démontre plus au long dans l'ouvrage de Beata Vita, où il résume ainsi les résultats de l'entretien de ses amis et son opinion à ce sujet : « La vie bienheureuse consiste à reconnaître pieusement qui nous mène à la vérité, par quelle voie nous y arrivons, comment nous nous unissons à l'ordre suprême.

Cette triple connaissance révèle , à ceux qui peuvent le comprendre , un Dieu et une substance! » Monique à son tour résume en paroles plus religieuses encore l'idée de son fils , en citant le dernier vers de l'hymne ambroisien du samedi : Fuve precantes Trinitas, etc.

« Augustin donna une preuve de la solidité et de la pénétration de son esprit en plaçant, dans ce même ouvrage, à la tète de son argumentation, ce fait, qu'aucun doute ne peut ébranler : « Je vis (1),» et qu'il développe davantage dans les Soliloques, lorsqu'il dit : « Toi qui veux teconnailre toi-même, sais-tu que tu es? — Oui.

— D'où le sais-tu? — • Je l'ignore. — Sais-tu si tu es un être simple ou un être complexe? — Non. — Sais-tu que tu es mû ! — Je ne le sais pas.

' — Sais-tu que tu penses? — Oui, je le sais. » Après avoir cherché, dans les Soliloques, les conditions subjectives de la connaissance du vrai, il circonscrit le domaine de la philosophie et

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le borne à la connaissance de Dieu et de l'âme. Augustin pose ainsi le point de départ anthropologique qu'il a toujours conservé. Il démontre l'immortalité de l'âme par les idées universelles, qui sont pour lui quelque chose de réel et d'éternel, et il traite ce thème dans son ouvrage de Imtncrtalitutc animse.

« C'est dans la rédaction de ces divers petits livres et de ces traités que se passèrent l'automne et le printemps de son année de conversion. »

A peine eut-il reçu le baptême qu'il perdit sa mère au moment où elle était au comble de ses vœux; et dès lors « Augustin, poursuit notre bibliographe, défenseur zélé de l'Église, dirigea sa polémique contre les Manichéens et expliqua dans ses écrits :

de Moribus Ecclesise catholicx et de Moribus Manichseorum, les garanties de paix et de bonheur que l'homme trouve dans la communion de l'Eglise catholique, et dans quelle servitude le manichéisme précipite l'homme.

C'est ce qu'il démontra plus au long encore dans son traité de Libcro Arbitno, dont il écrivit le premier livre à Rome, en 388, les deux autres en Afrique, en 39o. Vers la fin de 388 il se retira dans une petite maison de campagne près de Tagaste, où il résolut de se consacrer avec ses amis à une activité purement littéraire. C'est à ce loisir que sont dus plusieurs de ses ouvrages, parmi lesquels il faut citer comme les meilleurs : de Vera Religions, qui défend le dogme de la Trinité contre le dualisme manichéen au point de vue pratique ; de Utilitate credendi, qui démontre la fausseté du reproche faità l'Église d'employer la contrainte pour obtenir la toi, et expose combien le savoir subjectif est insuffisant dans les choses divines. »

« Augustin avait conçu d'abord la foi comme une foi raisonnable :

« Sans raison nous ne pouvons croire ; car l'autorité à laquelle nous croyons doit être examinée par nous. La raison est la source de la vérité et le fondement de notre béatitude (1). » La foi était pour lui la vertu qui purifie

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(1) Cti. 7.

(I) De Ordine, II, Î6, Contra -icad., II, U.

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1 intelligence, donne au cœur la force d'adhérer à la vérité et y allume l'amour de Dieu.

« Le cœur, c'est l'homme ; sans amour, point de foi. La science sans la charité enlle, l'amour sans la

science égare, aveclascience la charité édifie. »

Déjà la réputation d'Augustin s'était répandue assez pour que le peuple d'Hippone, ayant perdu son évèque, le contraignit de recevoir la prêtrise et d'accepter d'être le successeur de l'évêqne défunt.

« Dés lors, reprend M. Scharpfe, Augustin cousan-a exclusivement sa plume à des questions théologiques.

Prié vers 307 par l'évêqne dellilan, Simplicien, d^nterpréter le texte de S. Paul aux Humains, 0, 10, 20, Augustin s'explique déjà sur la question de la prédestination, qui le préoccupait, dans les deux livres : de Diversis Quxstionibvs ad Simplicimum. Il y attribue l'élection de Jacob et le rejet d'Esaù uniquement à l'équité éiecnefte (xquitas .insondableà l'homme, et qui ne repose que sur la volonté de Dieu. S. Augustin, dans ses écrits antérieurs, avait dit : « Croire c'est notre affaire; accomplir le bien, c'est l'affaire de celui qui communique l'Esprit-Saint , à ceux .qui croient en lui. » II enseignait alors plus justement, avec rÉcritue sainte : < Le commencement de la foi et le premier bon vouloir sont l'univre de la grâce divine. Quiconque persévère dans son endurcissement, ce n'est pas Dieu qui le repousse, mais il n'a pas été affranchi de la corruption universelle dans laquelle le genre humain s'est précipité lui-même par le péché; par des mol ifs qui nous sont incompréhensibles, Dieu ne lui a pas donné, comme à d autres, les moyens et l'occasion de devenir meilleur. »

« Augustin ne poussa pas, poulie moment, cette question plus loin, il tourna sa pensée vers l'ensemble de la doclrine chrétienne dans les quatre livres de Doctrina Christiana, et. vers-la dogme fondamental du Christianisme dans les quinze livres de Trinitate.

Ces deux écrits sont de l'année 100:

le dernier ne put être achevé qu'en 416. C'est aux quatre livres de Doc-

trina Chrhtiana que Pierre Lombard qu'on cite ordinairement comme le premier sententiaire, a presque littéralement emprunté l'idée et la division de la dogmatique chrétiennne, de manière que c'est, à proprement dire, Augustin qui a donné à tout le moyen âge le compendium de la' dogmatique. Le livre de Trinitate est un des meilleurs ouvrages de S. Augustin ; il a une forme toute spéculative et dénote un progrès marqué dans la manière de traiter théoriquement le dogme de la Trinité. »

On trouve dans cet ouvrage les idées fondamentales sur Dieu et sur l'homme créé à son ima^e, qu'il développera lui-même avec tant de profondeur philosophique dans sa Cité de /' a. et que développeront plus tard, avec tant, de magnuicence liossuet et Lamennais. Tout ce qui est dit de la substance de Dieu vaut pour chaque personne distincte et pour toute la Trinité. Chacune des personnes divines est à sa manrére le type et l'origine de toutes choses.

« A dater de l'an 400, reprend notre auteur, les ouvrages d' Augustin contre les Doua listes se succèdent rapidement et viennent à l'appui de sa conduite prudente et douce à l'égard de ces schismaliques, dontil disait que le veux étaient enflammés, pour marquer qu'on ne pourrait les gagner que par la clémence et les ménagements.

Les écrits qui appartiennent à cette époque sont: 1° le livre de Baptismo, dans lequel il résout avec une rigueur dogmatique la question du baptême des hérétiques contre l'opinion de S.

Cyprien, à laquelle les Donatistes croyaient pouvoir en appeler; il déclare, que le Baptême n'opère pas (comme les Donatistes le pensaient faussement de tous les sacrements) en vertu du mérite moral de celui qui l'administre, mais uniquement en vertu des mérites de celui dont il est écrit : « Celui-ci est celui qui baptise dans l'eau et le Saint-Esprit; » et il ajoute : Au point de vue du Baptême, la plupart des hérétiques ne se sont pas séparés de l'Eglise ; ils ont conservé le Daplême tel que l'Eglise le leur a transmis, tel qu'elle l'administre elle-même ; 2° de U?iitate Eccle-

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six; 3° contra Cresconium Bonatistam, 4 lib. ; 4° de Unico Baplismo contra Petilianum, et S une série de lettres.

« A peine les conférences religieuses de Cartilage (411 ), dont Augustin était l'âme, eurent apaisé l'affaire des Donatistes, et eurent reconquis la majeure partie de ces hérétiques à l'Eglise, qu'un adversaire nouveau, Pelage, appela derechef Àaigu&ti* sur le champ de bataille, et ce fut dans cette lutte que le docteur de la Grâce dévoila le caractère spécial de sa théologie.

« Pelage et Cœlestius soutenaient les propositions suivantes, empruntées au théologien syrien Théodore de Mopsueste : « La mort n'est pas une suite du péché, mais une suite nécessaire de la nature humaine; — le péché ne se propage pas, il s'imite ; ce n'est pas une transmission originelle, c'est une imitation actuelle ; — dans la nature supérieure de l'homme reposent les germes de la vertu, ^ et c'est en cela que consiste la grâce accordée à l'homme; — l'humanité a sans doute reçu une grâce spéciale en J.-C. en ce que, par son sublime exemple, les semences de la vertu se développent plus rapidement dans l'homme; mais c'est toujours par le mérite de sa volonté libre que l'homme accomplit le bien. » — Quoique S. Augustin eût défendu vigoureusement la liberté de la volonté contre les manichéens, l'histoire de sa vie intérieure était une réfutation trop manifeste de la théorie pélagicnne pour qu'il n'entreprit pas de la combattre avec la plus grande énergie Il n'était pas parvenu aussi facilement que le disait Pelage à plaire a Dieu, et le vieil homme l'avait longtemps dominé. C'est pourquoi Augustin enseignait que « la nature humaine est sortie pure et bonne des mains du Créateur, et que c'est par le péché, œuvre de la liberté, que la mort est entrée dans le monde. » Le premier traité dirigé contre Cœlestius et Pelage, en 412, est intitulé : de Peccatorum meritis et remimwne, 3 lib.

« C'est par le péché, dit S. Augustin, que l'harmonie des forces de l'âme a été troublée, que l'intelli-

gence et la volonté ont été affaiblies ; > c'est à cause du péché que tous les j efforts personnels pour arriver à la ' vérité et à la vertu sont insuffisants, si Dieune communique actuellement, d'une manière surnaturelle, la vérité et la grâce à l'homme, grâce que celui-ci doit saisir par la foi comme le principe de sa vie nouvelle, comme le germe de sa renaissance spirituelle.

Tous les hommes ont besoin de cette grâce, parce que le péché d'Adam, transmis par l'acte même de la génération, est devenu le mal héréditaire de sa race, et ca mal, le nouvel Adam, le Christ seul peut l'anéantir, parce qu'en entrant dans ce monde par la voie de la chair il a engendré toute

l'humanité à la vie nouvelle

« Pelage étant parvenu, en dissimulant sa véritable pensée sur la • grâce, à obtenir une décision favorable dans un synode de Palestine, S.

Augustin, par son écrit de Gestis Pelagii, dévoila ses finesses et orienta les théologiens de Palestine. Dans son ouvrage de ilo : de Natura et Gratia contra Peiagium, et plus encore dans son traité de Gratia Christ* e! percato originali, ainsi que dans les six livres contra Julianum, de 421, il développa les idées indiquées ci-des,;us sur les rapports de la nature et de la grâce, de telle sorte que, dès son temps, on croyait déjà que sa manière de concevoir l'idée de La grâce détruisait la liberté humaine. Ce furent les moines du couvent d'Adrumète qui les premiers s'imaginèrent que, d'après la théorie de S. Augustin, ils perdaient le mérite de leur ascétisme, reposant sur un renoncement volontaire. Augustin chercha à les détromper et à les calmer dans deux écrits de 427 :

de Gratia et libero Arbitrio, et de Correptione et Gratia. Mais les opinions de ces moines se propagèrent surtout dans la Gaule méridionale, parmi les théologiens (devenus plus tard les semi-Pélagiens) du couvent de Cassien, fondé à Marseille, et de celui de S. -Honoré, dans l'Ile de Lérins. Augustin combattit cette altération de son système dans les écrits de 429 :

de Prxdestinatione sanctorum, et de Dono perseverantiœ. La prévision divine, que ces derniers adversaires ac-

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cordaient, prépare, dit-il, à la béatitude éternelle, l'individu placé dans des circonstances favorables, et la volonté divine serait un fantôme si ceux que Dieu a élus n'arrivaient pas infailliblement à la béatitude, lors même que, durant un temps, ils se seraient égarés des voies de Dieu. — On objectait : La volonté est nécessairement paralysée s'il est vrai que les uns arrivent infailliblement à la béatitude lors même qu'ils pécbent pendant un certain temps, que les autres sont rejetés lors même qu'ils font preuve de zèle et de bonne volonté. S. Augustin répond en protestant contre cette fausse interprétation de sa doctrine et en ajoutant : « Il faut comprendre la doctrine de la prédestination d'une manière pratique ; or elle dit à •l'homme : Cours avec zèle dans la carrière de la vertu, aiin qu'en courant tu acquières la certitude que tu es du nombre des élus. Que l'un éperonne l'autre, car nul ne sait dès le commencement et avec une infaillible certitude s'il est élu. Ce que Dieu en sait ne peut entraver l'ardeur de l'homme, pasplusque la certitude qu'a le maître de deux écoliers du succès de l'un dans son examen et du rejet de l'autre ne peut nuire au travail préparatoire de tous deux. »

« Il reste à citer de S. Augustin trois écrits qui ne caractérisent pas, comme les précédents, un moment spécial de son développement théologique, mais qui appartiennent aux productions les plus belles de ce profond génie. C'est d'abord le liv : de Civitate Dei, XXII lib., l'apologie la plus large, la plus pure et la plus solide du Christianisme qui eût paru jusqu'alors. Augustin y travailla depuis 41 3 jusqu'en 426; il l'entreprit pour répondre au vieux reproche qu'on faisait aux Chrétiens à l'occasion des fréquentes invasions des Germains.

Ce sont les Chrétiens, disait le peuple, qui attirent tous les maux sur l'empire romain. Augustin considère l'empire au point de vue politique et religieux, et prouve que, tel qu'il est, il est condamné à périr par luimême.

« Le fondateur de l'empire romain, Romulus, qui souille ses mains du

sang de son frère, est d'un mauvais augure pour toute l'histoire de Rome.

L'égoïsme est le caractère des Romains ; leur patriotisme n'est que de l'égoïsme national ; leur vertu, utile en ce monde, est sans valeur pour l'autre. Le despotisme de leurs empereurs est une conséquence nécessaire et le complément fatal de toute l'histoire romaine; les excès d'une liberté, sans frein devaient engendrer un despotisme sans mesure : Rome devait tomber. Au point de vue religieux, les Romains étaient, aux mains de la Providence, un instrument de police universelle, destiné à introduire dans le inonde une certaine unité et une certaine légalité.

Ils avaient rempli leur mission , et leur gloire et leurs succès les avaient récompensés ici-bas; Dieu, d'après sa justice, ne pouvait leur donner une récompense plus haute.

Enlin le temps est venu où l'organisation romaine est tombée en ruine.

Qui a pu arrêter cette ruine ? A quoi ont servi aux Romains les dieux de l'Olympe? L'immoralité de leur culte a précipité la chute de l'État, et les dieux disparaissent avec l'empire qui s'écroule. Autre chose est le Christianisme ; ilne détruit pas, il conserve, il maintient, il relève tout dans le monde. Les Goths n'ont-ils pas épargué les temples chrétiens ? Ces temples n'ont-ils pas été l'unique asile contre les barbares? L'empire romain est l'empire du monde ou la cité terrestre ; le Christianisme est le royaume du ciel, la cité de Dieu.

« La base de la cité de Dieu est le Christ, le Fils de Dieu ; son principe, l'amour ; son domaine, ce monde et l'autre, dans leur rapport spirituel ; sa loi, la volonté divine ; son but, la victoire sur la cité terrestre, avec laquelle elle est en conflit perpétuel. La base et l'origine de la cité terrestre, c'est le diable; son principe, l'égoïsme et le mépris de Dieu ; son but, la ruine de l'ordre divin ; et sa tin, les supplices éternels, alors que la cité de Dieu sera le séjour de l'éternelle béatitude, où régnera sans terme la paix reconquise.

« Vers 427 Augustin entreprit une

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révision de ses ouvrages, surtout de ses premiers écrits philosophiques, qui renfermaient des propositions qui, insuflisamment mûries, étaient ou trop exclusives ou trop partielles.

Ainsi parurent ses deux livres des lietractationes. Entin Augustin se montre commehomme et comme chrétien dans les treize livres de ses Confessions, qui lurent écrites en 400. 11 y parcourt, avec la plus grande abnégation, la période do ses égarements.

C'est le plus entraînant de ses écrits, et celui qui convient au plus grand nombre de lecteurs; il ne faut pas oublier, en le lisant, que l'humilité du saint y a peut-être exagéré les reproches qu'il mérite.

« La vie d'Augustin, pleine d'oeuvres saintes et de travaux littéraires, se termina le 28 août 430; mais l'esprit da saint Pontife a survécu dans l'Eglise et continue à y vivre par la puissance de ses idées. »

Disons un mot du grand écrivain au point de vue de l'art. S.Jérôme, dans une petite revue qu'il nous a laissée des auteurs ecclésiastiques de son temps, revue dans laquelle chacun est caractérisé par quelques mots seulement très-significatifs et où Pelage, dont le talent était très -grand et très-persuasif, n'est pas oublié, dit d'Augustin : « C'est l'aigle qui ne hante que les hautes cimes. » Cette parole est parfaitement exacte au point de vue de la pensée; mais le serait-elle au point de vue de la forme ? Malgré les critiques que les censeurs des lycées ont faites de son style, que l'on pourrait appeler un latin punique, nous ne le croyons pas. Ce style est d'une originalité à laquelle nous ne pouvons comparer que celle de notre V. Hugo dans la langue française ; comme chez ce dernier, tout est neuf dans S. Augustin; il diffère autant de Cicéron que V. Hugo diffère des Massillon et des Voltaire. Il abuse aussi dé l'antithèse; il affecte aussi des formes bizarres qui sont plus africaines que latines ; mais ce sont des traits de génie que ces formules, ce sont des créations qui souvent vous surprennent et qui accusent toujours, avec la douceur du philosophe, la

personnalité du grand artiste. Il mêle à cela, ce que n'ont point nos modernes, et ce qu'on trouve chez les Fénelonetchez les Rousseau, le suintement même de l'âme avec la finesse de l'esprit la plus délicate et la plus exquise. Oh! nous avons entendu trop de fois censurer le mauvais latin, le latin de mauvais goût, le latin de décadence, le latin à petites antithèses, de notre grand homme pour qu'il nous soit refusé de tirer de ces censures, une fois seulement, quelque vengeance. Laissons dire les petits classiques ; Cicéron eût admiré l'originalité d'Augustin, et, dansl'ébahisscment qu'il en aurait eu, il aurait oublié d'en faire la critique.

Y a-t-il un ouvrage, dans l'antiquité chrétienne, qui soit aussi rempli de la plus haute poésie en même temps que de tous les terre-à-terre de l'humanité, que les confessions d'Aurelius Augustinl Tous les amours honnêtes distillent de son cœur dans ces pages; on y rencontre toutes les finesses de l'esprit, tous les charmes de la vertu, toutes les sincérités du philosophe, et toutes les profondeurs du génie.

C'est le plus beau des livres. Il a charmé notre enfance ; il a sanctifié notre jeunesse ; et ses excursions philosophiques par les plus hautes cimes, pour parler comme S. Jérôme, ont enthousiasmé notre âge mûr...

La meilleure édition des œuvres de S. Augustin passe pour être celle des Bénédictins, en 11 vol. in-fol., Paris, 1679-1700 ; cette édition donne aussi les ouvrages qu'il faut consulter pour la biographie du saint, savoir :

la Vie de S- Augustin, par Possidius, un de ses amis; puis une biographie qui n'est qu'une traduction des Mémoires de Tillemont. MM. Gaume frères ont publié aussi une magnifique édition, en 22 vol. grand in-8°, à deux colonnes, des œuvres de Saint- Augustin; mais surtout n'oublions pas de citer l'édition du texte dans le patrologie de l'abbé Migne, connue du monde entier; et de recommander en particulier l'édition Vives des œuvres complètes de S. Augustin avec les notes des bénédictins, traduction française du texte et des notes par MM. Peronne, Vincent, Charpentier,

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Ecalle, Barreau, et texte au bas de la traduction, le tout 30 vol. inquarto.

Le Nom.

AUGUSTIN (1) titre que Corneille Jansénius, évêque d'Ypres, a donné à un ouvrage qu'il a composé sur la grâce, parce qu'il prétendait y soutenir le vrai sentiment de saint Augustin, et y donner la clef des endroits les plus difficiles de ce Père sur cette matière.

. Ce livre, qui a causé des disputes si vives, et qui a donné naissance à l'hérésie nommée le Jansénisme, ne parut qu'après la mort de son auteur, et fut imprimé pour la première fois à Louvain, en 1640, in-folio. Il est divisé en trois parties. La première contient huit livres sur l'hérésie des pélagiens.

La seconde en renferme neuf, un sur l'usage de la raison et de l'autorité en matière théôlogique, un sur la grâce du premier" homme et des anges, quatre de l'état de nature tombée, trois de l'état de pure nature.

La troisième partie est subdivisée en deux : l'une contient un traité de la grâce de Jésus-Christ, en dix livres; l'autre est un parallèle entre l'erreur des semi-pélagiens et l'opinion de quelques modernes, c'est-à-dire des théologiens qui admettent la grâce suffisante.

C'est de cet ouvrage qu'ont été extraites les cinq fameuses propositions qui en contiennent toute la substance, et qui ont été condamnées par plusieurs souverains pontifes. A l'article Jansénisme, nous en traiterons avec plus d'étendue. Bergiek.

AUGUSTINIANISME, AUGUSTI- NIENS. Dans les écoles, on donne ce dernier nom aux théologiens qui soutiennent que la grâce est efficace parsanature absolument, sans aucune relation aux circonstances ni aux degrés de force, et qui prétendent fonder cette opinion sur l'autorité de saint Augustiu.

Leur système se réduit principalement aux points suivants. 1° Que, pour faire des œuvres méritoires et

(1) Ou mieux : Aur/ustfrm

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utiles au salut, les créatures libres, en quelque état qu'on les suppose, ont besoin du secours intérieur et surnaturel de la grâce. C'est un dogme de foi décidé contre les pélar giens.

2° Que, dans l'état de nature innocente, cette grâce n'a pas été efficace par elle-même et par sa nature, comme elle l'est à. présent, mais versatile; c'est ce qu'ils appellent adjutorium sine quo.

3° Que, dans ce même état de nature innocente, il n'y a point eu de décrets absolus, efficaces, antécédents au consentement prévu de la nature ; par conséquent nulle prédestination à la gloire avant la prévision des mérites, nulle réprobation qui ne supposât la prévision des démérites.

4° Que, dans l'état de nature tombée ou corrompue par le péché, la grâce efficace par elle-même est nécessaire pour toutes les actions surnaturelles ; et ils appellent cette grâce adjutorium quo.

5° Ils fondent la nécessité de cette grâce, non sur la subordination et la dépendance dans laquelle la créature est à l'égard du Créateur, comme le veulent les thomistes, mais sur la faiblesse de la volonté humaine considérée après la chute d'Adam (1).

0° Ils font consister la nature de cette grâce efficace dans uue délectation ou suavité victorieuse, non par

(1) La distinction que fait ressortir ici Bergier avec tant « le raison, entre le Tliouiisine et i'Augustinianiswe est de la pins grande importance; et, autant que nous avons pu étudier saint Augustin sur ce;ie question, nous n'avons réellement trouvé chez lui que l'idée qui est devenue plus tard celle du grand saint Thomas et des Th.;mis:os. Or, cette id.-o lions parjit profondément pliiliisophique, avant d'être sagement théôlogique, s'il nous est permis d'ainsi parier. Ainsi que nous le démontrons partout et à propos de-tout, la créature n'est qu'un mouvement iûù ayant Dieu pour moteur, une activité activée ayunt Dieu pour activant, une substance soutenue ayant Dieu pour soutenant, nne liberté prémue ayant Do-u pour préiuotenr physique, selon, l'expression de saint Th mus, comme elle est, du côté de I être, une réal té réalisée ayant Dieu pour réalisateiu'. Tout cela dit, philosophiquement, la grâce du Thomisme. Noos n'avons jamais trouvé dans saint Augustin autre chose que ce panthéisme rationnel, si l'on nous permet d'employer cette expression httrdie, eu le ramenant à uo sens orthodoxe, comme nous l'avions trouvé daœ saint Paul, et nous cous faisons gloire, tout petit que nous sommes, d'apercevoir devant nous, duo ^ la voie, d'aussi grands géuies et d'aussi grands saiuts. Le Xcrnu

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degrés et relativement comme l'admettent les jansénistes, mais simplement et absolument, par laquelle Dieu incline la volonté au bien, sans toutefois blesser sa liberté. Ils disent, après saut Augustin, que Dieu a une infinité de moyens inconnus et inconcevables à l'homme pour déterminer absolument sa volonté : Dcus miris incjfali'i'ibv.sque modis homincs ad se vocat et trahit. L. 1 ad Simplic.

7° Outre la grâce efficace, les augustiniens en admettent une autre qu'ils nomment suffisante, grâce réelle qui donne à la volonté assez de force pour pouvoir, soit médiatemenl, soit immédiatement, produire des œuvres surnaturelles et méritoires, mais qui cependant n'a jamais son effet sans le secours d'une grâce efficace.

8° Selon ces théoiogiens, lorsque Dieu appelle efficacement quelqu'un, et veut lui faire pratiquer le bien, il lui donne une grâce efficace, qui a toujours son effet ; aux autres, il accorde seulement une grâce suffisante pour accomplir ses commandements, ou au moins pour demander et obtenir des grâces plus fortes qui leur fassent remplir leur devoir - . Il est un peu difficile de concevoir en quei sens est suffisante une grâce qui n'est pas par sa nature adjutoriam quo; encore pteB difficile de comprendre comment la volonté privée de Yadjutorium quo a un pouvoir réel de faire le bien.

9° Ils soutiennent que, quant à l'état de nature tombée, il faut admettre des décrets absolus et efficaces par eux-mêmes pour les œuvres qui sont dans l'ordre surnaturel, et que la prescience de ces mêmes œuvres est fondée sur ces décrets absolus et efficaces.

10° Que la prédestination, soit à la grâce, soit à la gloire est absolument gratuite ; que la réprobation positive se fait en conséquence de la prévision des péchés actuels, et la réprobation négative à cause du seul péché originel.

Ajoutons que, dans ce système, le salut éternel n'est accordé qu'à un très- petit nombre de prédestinés, qui y sont conduits par une suite de grâces efficaces.

On divise les augustiniens en rigides et en relâchés. Les rigides sont ceui qui soutiennent tous les points que nous venons d'exposer ; les relâchés sont ceux qui distinguent des œuvres surnaturelles faciles, et des œuvres difficiles, qui n'exigent une grâce efticace par elle-même que pour ces dernières, et soutiennent que pour les autres, telle que la prière par laquelle on obtient des secours plus forts et pfus abondants, la grâce suffisante a souvent sou effet sans autre secours. C'était le sentiment du cardinal Noris, du père Thomassin, et selon M. Haberl, évèque de Vabres, celui que de son temps l'on suivait communément en Sorbonne, Tournély, Tract, de Grat., part. 2, q. o, § 2.

Nous ne voyons pas pourquoi une grâce suffisante, avec laquelle on fait une bonne œuvre facile, n'est pas appelée pour lors une grâce efficace, ou adjutoriurn quo.

Bornons-nous à remarquer qu'à la réserve du premier point, décidé par l'Eglise contre les pôlagiens et les sémipéiagiens, tout le reste est de pure opinion. En lisant saint Augustin avec toute l'attention dont nous sommes capables, nous avons vu qu'il appelle adjutoriam quo le don de la persévérance finale qui renferme la mort en état de grâce ; mais nous n'avons trouvé nulle part que saint Augustin donne ce nom à la grâce aduelle, nécessaire pour toute bonne œuvre surnaturelle el méritoire. C'est cependant sur cette supposition fausse que porte tout le système qu'on lui prête. La distinction entre adjutoriurn sine quo et adjutoriurn <juo, ne se trouve que dans le livre de Corrept. et Grat., c. 12, n. 34; et il est question là de la persévérance iiuale, et non d'aucune autre grâce.

Mais un inconvénient qui mérite la plus grande attention, c'est qu'on ne peut pas concilier la plupart des pièces de ce système, surtout la réprobation négative du très-grand nombre des hommes à cause du péché originel, avec la volonté de Dieu de sauver tous les hommes, clairement énoncée dans l'Ecriture sainte, et avec la rédemption de tous les hommes par Jésus-Christ : deux vérités que saint

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