‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 146 sur 166 · AIT · texte numérisé non relu

AIT

L'usage de la consécration des au- ' tels est assez ancien, et la cérémonie en est réservée aux évoques. Depuis qu'il n'a plus été permis d'offrir que sur des autels consacrés, on a l'ait des autels portatifs, pour s'en servir dans les lieux où il n'y a point d'autel solide consacré ; Hincmaret Iiède en font mention. A la place d'autels portatifs, les Grecs se servent de linges bénits qu'ils nomment àvTifilvaia, c'està-dire, qui tiennent lieu d'autels. Sur la forme, la décoration, la bénédiction des autels, voyez l'ancien Sacramentaire par Grandcolas, i ro part., p. 33 et CIO.

L'abbé Renaudot, dans sa collection des Liturgies orientales, t. 1, p. 181 et 331, t. 2, p. 52 et 56, a remarqué, après le cardinal Bona , que dans toutes les Eglises d'Orient, aussi bien que dans l'Eglise latine, on a toujours regardé Vautel, non comme une table commune, mais comme une table sacrée, sur laquelle le corps et le sang de Jésus-Cbrist sont offerts en sacritice. L'usage constant de consacrer les autels, les prières que l'on récite, les cérémonies que l'on fait pour ce sujet, attestent hautement que les Orientaux ont toujours attaché au nom d'autel la même idée que nous.

Pendant les persécutions, il n'était pas possible d'avoir des autels massifs et solides; on fut obligé de se servir de tables de bois et d'autels portatifs.

L'espèce d'esclavage dans lequel les Grecs ou melchites, les copiâtes, les Syriens, etc , sont encore à l'égard des mahométans, les obligent souvent de faire de même. Mais dès que l'on eut la liberté d'élever des basiliques, on y plaça des autels de pierre ou de marbre, souvent revêtus d'ornements d'or et d'argent. Fleury, Mœurs des chrétiens, n. 33; Languet, du véritable Esprit de l'Eylise dans l'usage de ses cérémonies, p. 432.

C'est donc mal à propos que Daillé et d'autres écrivains protestants ont voulu persuader que, dans les écrits des Pères et dans les anciens monuments ecclésiastiques, le nom d'autel était pris dans un sens abusif, et ne signiliait qu'une table commune ; qu'ainsi l'on ne peut en tirer aucune conséquence pour prouver que les an-

ciens regardaient l'eucharistie comme un véritable sacrifice. Il y a des preuves positives du contraire. Saint Paul dit aux Hébreux, c. 13, f 10 :

« Nous avons un autel, duquel les « ministres du tabernacle n'ont pas « le pouvoir de manger. » Dans le tableau de la liturgie, chrétienne , tracé par saint Jean, Apoc, c. 4, f 2, nous voyons un trône occupé par un personnage vénérable, autour de lui vingt-quatre vieillards ou prêtres ; devant le trône, au milieu des vieillards, un agneau en état de mort ou de victime, c. 5, ^6, qui reçoit les honneurs de la Divinité, c. 6, jr 9; sous Vautel, les âmes de ceux qui ont été mis à mort pour la parole de Dieu. Voilà certainement l'appareil d'un sacritice.

Saint Ignace , instruit par saint Jean l'évargéliste, écrit aux Philadelphiens, n. 4: « Ayez soind'user d'une » seule eucharistie. H y a une seule » chair de Notre-Seigneur Jésus- » Christ, un seul calice, pour mar- » quer l'unité de son sang; un seul » autel, comme un seul évèque, avec » le presbytère et les diacres. » Dans ces trois passages , le grec porte euaizÇ-f.piov; ce terme n'a jamais signifié une simple table à manger, mais un autel destiné à offrir des sacrifices.

Saint Irénée, adv. User., 1. 4, c. 18, n. 6, parlant de l'eucharistie, dit que Dieu nous ordonne, comme à l'ancien peuple, de lui faire souvent et sans interruption nos offrandes sur son autei, quoiqu'il n'en ait pasbesoin.Grabe, sur cet endroit, est forcé de convenir qu'il est question là d'un autel proprement dit, et d'un sacrifice dans toute l'énergie du terme. Origène, Ilom. 10 in Josue, parle des tidèles qui faisaient des dons pour l'ornement des églises et des autels . Saint Cy prien, Epist. 55 ad Cornet, oppose l'Eglise au Capitule, et les autels du Seigneur aux autels des idoles. Eusèbe, Hist.

ecclés., 1. 7, c. 15, fait mention d'une Eglise et d'un autel dans la ville de Césarée, sous le règne de Gallien, par conséquent au milieu du troisième siècle. Les protestants ne peuvent pas nier que les Pères du quatrième n'aient souvent donné le nom d'autel

AUT

AUT

à la table sur laquelle on consacrait l'eucharistie, et ne l'aient appelée l'autel sacré.

Mais comment prouveront-ils que le sens de ce terme n'a pas toujours été le même, que saint Paul et saint Jean n'ont eniendu par là qu'une table à manger, pendant que les Pères postérieurs l'ont pris pour une table de sacritice? Ces deux apôtres n'ont pas pu confondre un autel avec une table, puisque ces deux objets ont un nom différent en grec et en hébreu. Pour prendre leurs repas, les anciens, se couchaient sur des lits ;nous ne lisons nulle part que les premiers chrétiens aient été dans cette attitude pour recevoir l'eucharistie ; il faut donc qu'ils ne l'aient pas envisagé comme une cène ou un souper, tel que le font les protestants, mais comme une cérémonie auguste et sacrée, digne du plus profond respect, et ils l'ont témoigne par la manière dont ils ont orné les autels, dès qu'il leur a été possible et libre de le faire.

Les noms éWipiov, propitiatoire, «uffwtî-fioiov, sacrifleatùvre, table sacrée, etc. que les Orientaux ont toujours donnés et donnent encore aux autels, ne signifient poiut une table commune. Toutes les fois que les païens, les hérétiques les mahométans, ont renversé et démoli les autels, cet acte de haine a été regardé par les chrétiens comme une impiété et une profanation. On peut faire la même remarque sur les linges ou nappes d'autel, et sur les ruses sacrés; jamais on ne les a traités comme des meubles ordinaires. En général les rites, les cérémonies, les usages religieux attestent la croyance des peuples avec plus d'énergie que les expressions des théologiens. Lorsque les protestants ont démoli les autels dans les églises desquelles ils se sont emparés, ils ont assez témoigné qu'ils voulaient détruire l'ancienne croyance du christianisme touchant l'euclianstie.

Autel de Prothèse, est une espèce de crédonce sur laquelle les Grecs bénissent le pain destiné au sacrifice, avant de le porter au grand autel, où se fait le reste de la célébration. Selon le père Goar, ce petit autel ou crédence était autrefois dans la sacris-

tie. Les protestants n'y font pas tant de façons pour célébrer leur cène ; bonne preuve qu'ils ne pensent pas comme les Grecs.

Autel se trouve aussi employé dans l'Histoire ecclésiastique pour signifier les oblations ou les revenus casuels de l'église ; racheter les autels, c'était racheter ses revenus usurpés par les séculiers. On appelait l'église les dîmes et les autres revenus tixes, et autels les revenus casuels. Quand on dit que le prêtre doit vivre de 1 autel, cela signifie qu'il a droit de vivre des revenus de l'église. Bekgier.

Page 1