‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 150 sur 166 · I. Le monde présent finira-t-il · texte numérisé non relu

I. Le monde présent finira-t-il

« C est cefaitnu et dépouillé de tout accessoire que nous voulons d'abord examiner aupointde vue delascience et de la raison humaine, sans aucun parti pris par suite de croyances catholiques. J

« Or nous répondons oui et non, tout a la fois, sans oublier le mot peut-être trop souvent nécessaire à 1 homme et trop rarement employé parmi nous. J

« On peut entendre par la fin du monde, 1 anénntissementdelacréation entière dont nous faisons partie et que nous appelons l'univers : on peut entendre l'anéantissement du monde total des corps, en exceptant celui des esprits; on peut entendre la finde 1 ordre actuel des astres, y compris la terre, et sans en excepter un seul de tous ceux que nous voyons ou pourrions voir si nous le permettaient nos organes; on peut entendre la fan de notre globe considéré seul en tant qu organique ; et l'on peut entendre seulement la fan, par une mort générale quelconque, de la race humaine telle quelle règne aujourd'hui surla terre, sans exclure des renaissances subséquentes d'autres races plus ou moins parfaites.

« A la question comprise dans le premier sens, nous répondons non, par la négation la plus énergique puisque nous établissons, dans l'article

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immotitaltté des âmes, la certitude de la persistance sans tin despersonnalités humaines, et, par conséquent, de notre société, en tant qu'esprits et même en tant qu'esprits-corps. Nous établissons cette certitude au moins pour •notre espèce; et s'il y a, sur les autres globes du firmament, comme tout porte aie croire, des races intelligentes douées de la liberté morale, l'analogienous pousse à tenir pour probable qu'il en existe qui sont, comme la nôtre, immortelles.

« A la question comprise dans le second sens , nous devons encore répondre négativement, vu que la conservation de nos corps, fixés dans un état quelconque, sera encore établie non-seulement comme une certitude mais comme un point de foi catholique; quant au monde corporel qui n'appartient pas à notre personnalité, nous ne pouvons en rienaftirmer avec certitude ; s'il n'a de réalité substantielle comme le veut Berkeley, que par les unités spirituelles depuis celle de Dieu jusqu'à toutes celles qui sont créées par lui à des degrés divers de perfection, il pourrait disparaître pour telle ou telle créature, qui en a la vision, ou pour toutes à la fois, sans qu'il y eût aucune substance d'anéantie ; s'il est une réalité en soi, rien n'oblige le Créateur à soutenir éternellement cette réalité dans l'être; mais l'analogie nous porte à rejeter cette hypothèse de l'anéantissement dans les deux, cas, vu que tout se montre à nous comme changeant de forme, comme soumis àdes métamorphoses périodiques, et comme échappant toujours à l'anéantissement véritable. La raison nous insinue aussi, comme elle l'insinuait à Platon, que Dieu ne créa rien pour le détruire jamais absolument, puisqu'il aime tout ce qu'il t'ait ; et quelques paroles de l'Ecriture, telle que celle-ci de la Sagesse ( i, 13, 14 ) : Dieune fait pas la mort, il n'a pas la joie dans la destruction de ce qui vit ; car il a créé les choses pour que les soient toutes, sont favorables à ces insinuations de la raison.

« A la question comprise dans le troisième sens, nous ne pouvons répondre que par un peut-être : rien ne

ne nous dit que l'harmonie présente de notre univers n'.iit pas à accomplir une longue période générale, compliquée de mul tiludes de périodes partielles, et qu'après cette évolution, toute no se brise pour recommencer un grand cycle nouveau à caractères complètement distincts de ceux dont nous n'avons l'idée que parce que nous en voyons quelque chose. Rien ne nous dit, non plus, que notre univers ne soit pas lancé à jamais dans son ordre présent, ne soit pas immortel avec ses harmonies, et ne doive poursuivre un éternel avenir à modifications, phases, mouvements, vies et morts qui n'auraient qu'une étendue particulière, et concourraient, comme éléments, à la conservation indéfinie du tout. La science ne nous apprend, à ce sujet, que des détails épars, la raison conçoit les deux modes de création comme également possibles, et la révélation ne nous parle que de destructions et de morts particulières restreintes à l'étendue de nos relations dans l'univers.

« A la question comprise dans le quatrième sens, nous pouvons répondre par une probabilité scientifique, sur laquelle nous allons revenir; il est probable que notre globe ne verra pas toujours sur sa surface régner la vie, comme il ne l'a pas toujours vue régner dans le passé : il semble qu'il doive se vieillir et rentrer dans un cycle de silence et de mort, pour en sortir peut-être, ensuite, sous l'influence de causes nouvelles dépendantes d'un ordre général qui nous est inconnu. La révélation n'est peutêtre pas, elle-même, sans jeter quelques étincelles qui peuvent éclairer cette probabilité.

« Enlin, à la question comprise dans le dernier sens, et ramenée à ee qui ne concerne que notre race humaine, nous osons répondre par cette affirmation positive : Le genre humain ne se propagera pas éternellement sur la terre, comme il le fait aujourd'hui ; il viendra un temps où cette espèce disparaîtra du règne organique, et cette disparition sera ce qu'on entend par la fin du monde.

« Cette dernière vérité prophétique, et celle-là seule est une certitude

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catholique, bien qu'elle ne soit pas encore, que nous sachions, une vérité directement et formellement déclarée sous peine d'hérésie par une définition ad Jwc, de concile œcuménique (1); car nous ne l'avons trouvée indiquée que dans des paroles accessoires comme celle du concile de Latran, in fine ssoculi, qui est la plus précise, et cela no suffit pas pour constituer l'article de foi ; mais elle est, comme nous l'avons dit plus haut, si clairement supposée dans l'Ecriture, la tradition, le langage de l'Eglise et la croyance universelle, que nous devons fa donner comme jouissant du plus haut degré d'importance après l'article de foi proprement dit.

« Or, s'il en est ainsi de cette vérité an point de vue de la théologie, il importe de savoir ce qu'en doit penser le savant à son titre de savant ; et nous disons que toutes les données scientifiques concourent à en établir aa moins la probabilité.

« I. La philosophie, quand elle observe et analyse les phénomènes dont se compose la vie présente, n'arrive pas à percevoir la nécessité ontologique d'une fin de l'ordre actuel, comme elle perçoit la nécessité ontologique d'un commencement; elle sait que la cause absolue a pu réaliser deux sortes d'elle I s, les uns à période limitée, les autres à durée sans lin, et fl le reste dans un doute rationnel sur l'avenir des mondes qu'elle connaît, aussi longtemps que la cause ne lui manifeste point, par des signes quelconques, de quelle manière il lui a plu d'organiser leurs destinées.

« Mais ne trouve-t-elle pas, de toutes parts, de ces signes indicateurs du plan de Dieu sur l'humanité?

foutes les sciences, etjusqu'à l'industrie, vont lui en fournil' une ample

moisson ; car la philosophie cueille partout et élève toute chose à la dignité suprême qui la caractérise. Et.

même avant d'aborder ces observations précises et détaillées, ne voitelle pas en gros des indices prophé-' tiques d'une fin réservée à notre race?, un tout sera-t-il immortel quand il' se compose de parties qui meurent toutes sans renaître? or, devant nous et dans notre domaine, tout organisme meurt, et aucun ne ressuscite ; pas d'alternance réelle ; productions neuves qui durent un temps pourmourir après avoir lancé, dans la vie, d'autres productions qui se nourriront de leurs débris; l'oiseau qui renaît de ses cendres n'a point été vu, ne sera jamais vu (1) ; tout homme qui vit est un homme nouveau, toute feuille,- toute Heur, toute herbe est nouvelle ; pas de metempsychose observée, ni observable ; pas un être qui soit, dans son individualité, le retour identique de lui-même ; tous commencent el tous finissent à proprement parler: la perpétuité de l'espèce est une continuité, jamais une alternance; les familles, comme Qes individus, finissent par s'éteindre , il n'y a de différence que dans la longueur de la durée. Qu'on nous cite une génération qui paraisse, disparaisse et reparaisse périodiquement dans son identité. On dit que l'individu s'use et que l'espèce ne s'use pas, expressions impropres qui ne doivent s'entendre que d'une usure plus ou moins lente, plus ou moins sensible à nos observations ; est-ce que les nations, les races, les familles ne s'usent pas encore assez vite pour quenouspuissions nous en apercevoir? est-ce qu'on ne citepassans cesse des variétés perdues, des espèces mêmes disparues de la scène ? elles ont leurscience spéciale, leur musée, leur histoire, leur technologie ; l'empire du génie, de

(1) Il faut ajouter depuis le concile du Vatican : ou de souverain Pontife pailant ex cathedra. Une telle délinition pourrait cyncndarit exist r et existe peut-être, mais elle no se présente pas à notre mémoire. En tout cas, le sens en est partout indiqré; et, si elle existe, il faut rayer ces ligues que nous écrivions il y a quinze ans.

Le, Nom.

(!) Mous disons ailleurs le contraire en nous serrant aussi de l'imase du pliœnix; mais le lecteur inti;lli»,.|it comprend facilement qu'il s'agit, dans un cas, des éléments qui sont toujours, en un certain sens, les Ames des choses, et dans l'autre cas, de» formes organiques ou mécaniques qui en sont les corps à proprement parler.

Le Noir.

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l'observation et de l'expérience est l'empire de la mort.

« Oui, la pliilosopMe, quand elle médite sur le spectacle qui lai est offert, ne trouve rien d'immortel ; elle ne peut que voir plus ou moins loin dans les siècles futurs la destruction et la fin de tout ce qui se forme, végète, vit et engendre, aussi bien des séries totales que de leurs divisions, subdivisions , et individualités. Elle croit donc à une mort de la race humaine qui viendra à son heure, parce que c'est la loi commune, universelle, permanente denotre séjour. Elle croirait même à la mortalité des âmes, si d'autres considérations, les unes tirées de la nature morale comparée avec les attributs de la divinité, les autres tirées de ces morts elles-mêmes, qui ne sont en réalité que des transformations (1), ne venaient fournir un contrepoids qui l'emporte assez pour lui inspirer des convictions contraires»

plus solides encore.

« Oui, oui, dit la philosophie, si la mort, la mort réelle est dans les détails, elle sera dans l'ensemble, si elle estdans l'individu, elle sera dans l'espèce, et l'avenir verra un jour la fin de notre monde.

« Mais voici venir au secours de la philosophie tout le cortège scientifique.

« IL C'est la paléontologie qui lui montre desmillions de médailles conservées dans le sol pour témoigner de Y existence passée de races végétales et animales monstrueuses et microscopiques, de toute grandeur, de toute forme, de toute puissance, de toute fécondité, qui n'existent plus et qui se sont succédé sur la face terrestre, ayant eu, lesunes après les autres, leur temps de règne, de domination, de gloire, et ayant toutes fini par disparaître pour faire place à de nouvelles, dans des destructionsgénéralesparl'eauoupar le feu; ayant, toutes, en un mot, eu successivement leur lin du monde.

Pourquoi donc la race humaine, avec les races inférieures d'animaux et de végétaux qui l'accompagnent, serait-

(I) Voy. l'art. iMMonriLué, où noua raisonnons 8 nr les éléments dans un sens opposé.

elle exceptée de cette loi de succession qui se montre à nous avec tous les caractères de la généralité ? Pourquoi ne serait-elle pas destinée à céder, un jour, le domaine qu'elle occupe à d'autres espèces peut-être supérieures ?

« III. C'est la géognosie qui étale les couches superposées de haut en bas, et, plus profondément, de bas en haut, qui servent de tombes soit à ces reliques, soit à ce qui peut rester des divers états par lesquels a passé la surface de notre plauète. Elle fait lire dans ce livre l'histoire de révolutions universelles, de règnes du feu, de règnes de l'eau, d'harmonies non moins belles que celles de nos jours, mais à caractères totalement distincts, de catastrophesgrandioses et d'afireuxi cataclysmes qui ont été pour le passé, des destructions et, pour l'avenir, comme des rejets en fonte des éléments afin qu'il en sortit des merveilles d'ordre et de vie jusqu'alors inconnues. Pourquoi donc l'état présent qui varie encore insensiblement sous nosyeux, ne serait-il pas appelé à finir par quelque catastrophe pour servir d'origine à de nouveaux ordres de choses?

« IV. C'est la géographie physique qui lui décrit des cliangements merveilleux déjà réalisés sur la terre depuis qu'elle est habitée par les hommes ; les dégradations des montagnes, les ravinements des eaux, les conquêtes de l'Océan, les formations de deltas, les ralentissements de feux volcaniques, les brisements des isthmes, des séries entières de phénomènes qui sont en voie de s'opérer et qui prophétisent, pour un temps éloigné, un nivellement universel qui ne sera plus contrebalancé par les soulèvements de nouvelles montaignes, vu le refroidissement progressif du centre incandescent, et duquel résultera, sans doute, à la fin, une fixation des eaux autour de la terre rendue plane par le travail même de ces eaux toujours agitées, tour à tour lacs, mers, vapeurs, nuages, pluies, torrents. Or, cette métamorphose se fera-t-elle, si elle se fait, sans la destruction du genre humain?

« V C'est la chimie qui ne saurait

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lui répondre que dans le travail énorme, l'agitation universelle, le métamorphisme furibond, l'alternance compliquée des éléments, il ne se fasse pas des perles incessantes, des émanations dans l'étendue, des chutes sur d'autres astres; et que peu à peu les conditions de nos vies ne s'épuisent, ne se vieillissent, ne touchent à un vide ou à un nouveau mélange chaotique, qu'aura besoin l'esprit vital universel d'incuber de nouveau pour en faire renaître d'autres avenirs. Encore destruction de ce qui est, et, pour nous, fin du monde.

« VI. C'est la physique quiluirévèle des forces effrayantes dormant plus oumo'ns profondément dans les ateliers de l'univers, et capables, dans un éveil ensursaut, de communiquer au monde, à tout instant, la palpitation de la mort. Une commotion magnétique universelle, un gros coup de tonnerre suffirait pour étendre sans vie, en une seconde, tous les habitants de la terre. Que savons-nous si la foudre, chaque fois qu'elle gronde, ne nous prédit pas cet événement? Nous sommes plongés dans un océan d'élasticitésqui sommeillent et qui n'auraient qu'à battre pendant une heure pour ramener le chaos. Il est vrai de dire de la machine totale, comme on le dit de nos petits organismes, qu'il suffirait du brisement d'un ressort, d'un fil, pour déterminer l'immobilité universelle, ou la révolution qui tuerait toute vie. Qui vous dit, physicien, que chacun des globes de notre système n'est pas en train, dans son mouvement, de se charger d'électricité, pour former, un jour, une batterie géante dont la subite décharge replongera toutes ces harmonies dans la confusion d'où elles ont pris naissance ?

« VII. C'est la physiologie qui, tout en lui disant qu'aujourd'hui n'apparaissent point des espèces nouvelles, et que i'hélérogénie lui parait être un rè\e, avoue cependant la perte successive et incessante de variétés et de races parmi celles qui sont vieilles; plus elle découvre, plus elle lui montre l'ordre présent comme marchant à une simplification, par des

disparitions d'espèces moins utiles.

M. Puvis, auteur d'un traité des engrais et de la marne, a soutenu qu'on peut constater dans notre époque présente, des naissances, des accroissements, des jeunesses, des âges mûrs, des vieillesses et même des morts d'espèces sur le même plan que celui qui sert de règle à la vie des individus. Les praticiens agronomes ont ri des exemples qu'il apportait à l'appui de sa théorie, et lui ont répondu par des dénégations et par des faits tels que ceux d'espèces d'animaux ou de végétaux, de poiriers par exemple, qui existaientil y a deux ou trois milleans.

Nous ne savons s'il y a réellement dans cet ordre des faits différents des faits géologiques assez formels, pour être étudiés par nos observateurs. Mais ce que nous croyons, c'est que, d'une part, les praticiens ont raison de douter d'un affaiblissement des espèces, prophétique de leur mort future, assez rapide pour nous être sensible, au moins en général, et que les théoriciens ont également raison de ne pas douter de leur mortalité après une très-longue vie. Dans tous les cas, l'homme est lui-même un destructeur, il verra le bout de tout ce qu'il considère comme inutile à ses besoins ; et quand il aura fait disparaître ce qu'il n'aura pas domestiqué, est-il déraisonnable de supposer qu'alors, de quelque germe déposé par l'ordonnateur des mondes dans les arcanes de la nature terrestre, et fermentant dès aujourd'hui sous son incubation, naîtra l'être nouveau qui, à son tour, dévorera celui qui aura tout dévoré ? Enfin, quel que soit le dénoùment, n'est-il pas naturel de penser pour le naturaliste que le drame de la vie humaine aura sa fin, comme chacun des termes, chacune des phrases, chacune des scènes, chacun des actes dont il se compose?

Nous voyons nous-mêmes nos variétés s'éteindre; il n'y a presque plus de Peaux Rouges, il n'y aura plus d'Australiens dans quelques années; ils fuient et disparaissent devant l'homme civilisé quiles refoule au loin sans pouvoir se les assirnilier. On ne fait pas la vie avec la mort. L'individu meurt dans la famille la famille

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meurt dans l'espèce, l'espèce meurt dans le genre, le genre mourra dans le tout.

« Et d'ailleurs, s'il est vrai, selon le système communément admis sur la génération, système résumé par l'aphorisme de Harvey, omne vivurn ex ovo (tout être vivant vient d'un œuf), que les germes ne se forment pas, mais ne font jamais que se développer et se nourrir, il faut bien admettre que le nombre des germes humains contenus les uns dans les autres est limité, qu'il s'épuise saus cesse et par conséquent nécessitera, un jour, une extinction de la race. Si nous préférons, en notre particulier, la théorie qui admet dans chaque mère et dans chaque père une force capable non-seulement de développement, mais aussi de constitution germale, ce n'est pas le système communément adopté, et ce dernier exige un épuisement.

« VIII. C'est la cosmologie surtout qui lui montre l'immense univers, de la terre au ciel des étoiles fixes, rempli de signes prophétiques de notre lin du monde.

« Herschell fait sou jaugeage de la voûte étoilée, et il s'aperçoit que toute la région du pôle austral présente l'aspect d'une contrée infinie dévastée par le temps, ne gardant plus que des ruines. Il y a même, dit-il, de ces ravages dans l'anneau stellaire auquel nous appartenons ; il a constaté, par exemple, un désert de cette sorte de quatre degrés et demi dans le Serpentaire.

« La comète d'Enké a révélé aux astronomes une matière cosmique, un fluide éthéré qui la ralentit dans sa marche et diminue sa force centrifuge; cette matière n'a-t-elle pas pour effet général de rapprocher les planètes de leur centre, de rendre plus courte la durée de leurs révolutions, et de les précipiter ainsi peu à peu vers le foyer incandescent d'où il est probable qu'elles sont sorties? Ce qui est admis, c'est que cette matière tend à rétrécir toutes les excentricités et toules les orbites.

« L'uniformité des matières composantes de toutes nos plaiiètes ainsi que celle des lois qui les régissent, donnent à penser qu'elles ont appar-

tenu à un même corps originel, dont elles sont des fragments. Or, une loi générale de la nature, c'est qu'on retourne, pour finir, au point d'où l'on est parti pour commencer; aussi voyons-nous déjàreveniràla terre tous ces aérolithes, composés comme nos minéraux ; ces petites planètes appelées astéroïdes, qui se trouvent passer dans notre sphère attractive, ne pai - aissent-elles pas annoncer, pour le siècle futur, une réunion totale des corps de notre système ; les grosses masses commencent à recruter autour d'elles pour se grossir, avant d'aller elles-mêmes se refondre dans leur père. Nous serons un jour, peutêtre, nous autres planètes, les aérolithes du soleil.

« Il arrive quelquefois que notre foyer de chaleur et de lumière s'obscurcit sans éclipse et sans nuages dans notre atmosphère, de manière à nous laisser voir les étoiles en plein midi; c'est ce qui eut lieu en 1347, et fut observé par Kepler. Qu'on explique comme on le pourra ce phénomène, il n'en sera pas moins, de toute façon, une sorte de menace et de preuve de la possibilité d'une complète extinction. Si, d'ailleurs, comme quelques-uns leprétendeut, et comme porterait à le croire la science moderne expérimentale sur les foyers lumineux, qui sont d'autant plus caloriliques qu'ils donnent moins de lumière, si les formations des taches solaires sont accompagnées d'un redoublement de chaleur, qui nous dit que le soleil ne perdra pas un jour sa clarté pour devenir, comme la statue de Saturne, un brasier ardent qui tuera toutes les vies sur les planètes, ses lilles ? qui nous dit même qu'il ne s'en détache pas encore des parties pour former de nouveaux astéroïdes, et que ce père n'épuisera pas sa propre substance à force d'en tirer des enfants ?

« Tout n'est pas fixe dans le système du monde ; il est vrai qu'on a pu observer des périodes, mais il est vrai aussi qu'il y a des mouvements mystérieux, dont la périodicité n'est pas constatée ou ne l'est qu'avec des modifications perpétuelles, dont rien ne garantit les sûretés. Un jour vien-

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dra, par exemple, où nous ne verrons plus Sinus et le baudrier d'Orion ou les étoiles de Céphée et du Cy°nê deviendront, l'une après iffi 1 étoile po aire. On sait même déjà par des calculs, que, dans douze mille uns, notre polaire sera Wéga de la 1*3». qui parait être la plus belle '\ la <P»elle ce rôle puisse échoir II i.y a d unmobilité qu'en apparence, ■ [*Ua :q U1 nous frappe n'est qu'un "-ultattrompaurde la faiblesse de nos sens pour saisir les immensités de 1 étendue.

s ment dans la masse terrestre; les eiudes d Arago, de Cabinet et de tous les modernes sur eo^e question ne vont qu a établir la lenteur, insensible pour nous, juraeiaqwile ce nsfroidis- »;Milso|,è'e, Mq , 1I „'e st ,aufa, 1 d, ju un aveu du principe: or, si ce icfrou lissement, si bien démontré par lob,,. nation des volcans anciens compares aux nouveaux, nous enlève une chance de destruction analogue à colles des Wfle*gtolagi<pH»ditM88é, tenues par suite de bouleversements p utouiques, puisque la croûte du g.obe se solidilie sans cesse, nue la masse centrale perd de sa fusion et de sa force expansive et qu'elle est moins a sujetlie à des llux et retlux océaniques déterminés par les attractions du soleil etde la lune, il nous apporte eu revanche, d'autres éventualités non moins redoutables; celle de la destineion par le froid, si la terre reste toujours dans la légion céleste qu'elle occupe, ou celle d'une descente aux régions de Vénus et de Mercure, où ses habitaus seraient sans doute grilles par le soleil ; C ar il y a une relation entre les densités des planètes et eur eloigne/nent du soleil ainsi que leur vitesse de translation et de rotation ; nous savons que cette relation est sujette à des variations qui déconcertent, et que la loi iixe n'en a pas enoore été saisie ; mais elle n'en existe pas moins, et c'est, par exemple, Mercure qui est, à la fois, et le ;plns massif proportionnellement à son volume, et le plus rapproché du soleil, et le plus rapide dans son double mouvement; on peut donc supposer que la terre , en se refroidissant, et

se condensant parla même, se rapprochera insensiblement du soleil et ira se brûler dans son voisina-e

« M. Poisson a soutenu, contrairement a tous les indices de la géologie et a 1 opinion maintenant admise par

nr Hp eS f : ')' antS ° , sulide ™nt fondée sur de si ai s, que la terre commença a se refroidir par le noyan central, en sorte q„, ; la soliditicationprogress'ade ba, en haut, non de haut en bas, et il expliquait les changements énormes de température qui m sont faits à sa surlace depuis les temps géologiques par des translations de son gJoSe dans des «régions plus froides ; car il admetluit .pièces Sérions étaient glaciales "il lorndes pardle,-mèmes; or sckmeette théorie, à peu près inad'mi,sible, non, rrtonAeriooB encore dans la chnaoe «1 avoir un jour à traverser des con rees si froides ou des contrées si enaudes que l'humanité n'y towrait (dus vivre. ^

« M Cordier croit assez à un déluge d eau douce, occasionné pardes plaies extraordinaires, comme ayant eu lieu dans les derniers temps géologiques et ayant de Iruit presque tout le geui • humain avec les animaux, ses ee temporains, dont on retrouve des restes dans les cavernes osseuses av.-c des os d'hommes et même quelques rehqoes de notre primitive industrie, tels que des instruments à percer à oouper et à lancer, faits d'ossemeiîls de betes ; or, voici comment il s'explique qu'un 'tel déluge puisse arriver par la pluie. Qu'on corps céleste énorme, de l'espèce des bolides, une comète a noyau opaque, mais incandescent, si l'on veut, se soit approché de la terre à une petite distance, an moment de son périhélie, moment ou son noyau eût été pour nous un loyer de calorique très-considérable, cet astre aura pu élever notablement notre température, l'élever, par exemple, au double de celte des tropiques; mais il a calculé qu'une tetle élévation de chaleur, pendant les jours du passage de l'astre, aurait suifi pour vaporiser presque toutes les eaux des nvières, des lacs, de l'Océan et de la terre elle-même, toujours " plus ou moins humide, et pour produire ensuite, par la condensation

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qui serait arrivée au moment du refroidissement, la quantité de nuages et de pluie suffisants à uu déluge qui aurait détruit toutou presque tout ce »{ui vit sur la terre. Si ce phénomène jfeest réalisé dans les temps anciens, 'l;ui nous garantitqu'il ne doive point se reproduire plus tôt ou plus tard?

qui nous dit même que notre température ne doive pas s'élever un jour, sous une influence de ce genre, assez liaul pour nous détruire, eu sorte que ie déluge, qui suivrait, ne viendrait plus que bercer dans ses eaux des ovules et des zoospermes, jusque-là endormis, pour en faire éclore, après que l'ordre serait rétabli, des végélalités, des animalités, des humanités, des vitalités quelconques, à caractères nouveaux, marquant un jour de plus à la longue semaine de la création?

■ « L'oscillation de l'obliquité de notre axe de rotation sur le plan de l'écliptique est un phénomène constaté, sans qu'aucune loi de périodicité soit encore iixée. Laplace a bien soutenu, dans son Système du monde, que cette obliquité n'oscille pas de plus d'un degré et demi des deux côtés de la position moyenne, ce qui influerait à peine assez sur la température des zones tempérées pour la l'aire varier d'un degré centigrade ; mais Biot juge prudent de n'en point lixer l'étendue, bien qu'il pense qu'à ne considérer que le seul eifet des causes observées jusqu'à présent, on puisse affirmer que le plan de l'écliptique n'a jamais coïncidé et ne coïncidera jamais ni avec l'axe terrestre, ni avec le plan de l'équateur : mais quel savant oserait nous répondre que de tels résultats ne puissent ou ne doivent un jour se produire sous l'action de causes maintenant ignorées? Or, ils changeraient totalement la face de la terre : le premier exagérerait la différante des saisons d'une manière intolérable ; le second établirait un éternel été dans la zone torride, un éternel hiver dans la zone glaciale, et dans la zoixe tempérée un éternel printemps.

« 11 en est de même de l'excentricité ou forme elliptique des orbites planétaires. Les ellipses de Mercure,

de Mars et de Jupiter s'allongent sans cesse ; celles de Mercure, de Vénus et de la Terre se rapprochent du eercle. La diminution d'excentricité de cette dernière est de 0,00004299 en cent ans. Les phénomènes qui s'en suivent sur la position variable des abscides, sur la durée de l'année, sur la précession des équiuoxes, etc., ont porté les astronomes à agiler le problème de l'avenir de notre planète, et plusieurs sont arrivés à des résultats alarmants ; on aime croire à une loi de retour périodique, qui empêchera certaines perturbations d'être indéiinies ; et le théorème de Lambert (1) est rassurant jusqu'à un certain point; mais ce qu'il y a de vrai, c'est que la période n'est pas encore connue, et que, jusqu'àce qu'elle soit découverte, on ne peut que rester dans le doute, même sur son existence.

« Il est des étoiles dont l'éclat a varié ; il en est qui ont changé de couleur. En 1857, par exemple, une de celles du navire Argo montra un accroissement subit dans l'intensité de sa lumière. Du xvn e au xix e siècle, on u compté huit apparitions d'étoiles nouvelles, visibles à l'œil nu, et la plus fameuse est celle de Ticho ; elle se montra tout à coup dans Cassiopée, grande comme Sirius et même davantage, puisqu'avec une bonne vue on la voyait pendant le jour, brilla durant dix-sept mois en diminuant d'éclat, et huit par disparaître à jamais. Ticho établit, à cette occasion, une théorie presque semblable à celle d'Herschell sur la formation d'astres nouveaux par la matière cosmique et leur destruction après un règne plus ou moins long. La dernière des étoiles neuves s'est montrée en 1845, dans Ophiucius. Les étoiles qui paraissent et disparaissent uie sont pas, sans doute, anéanties, mais au moins faut-il dire qu'il se passe en elles de grandes transformations.

« Si nous voyous, de loin, des so-

(i) La quantité de chaleur que la lune reçoit du soleil dans chaque partie de 1 année est proportionnelle à l'anyle décrit durant lo lûôuie temps par le rayon vecteur du soleil.

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leils varier delà sorte, qu'en devonsnous conclure pour les mondes de planètes dont ils peuventêtre le centre ! Lt pourquoi, dit Humboldt, le notre serait-!! différent de ces soleils?

il a pu varier sa force de lumière et de chaleur, il pourra la varier encore et ce ne sera pas, à coup sur, sans déterminer de graves changements sur la terre. S il a ses périodes, nous sommes dans celle qui nous est favorable, et, cette période passée, que deviendrons-nous? ' J

« M. Leverrier annonçait dernièrement al Institut les six cartes célest^sdeM. Chacornac, plus complètes que celles de Berlin et que toutes celles qu on avait faites jusque-là vu que ces cartes comprennent 1 23 mille étoiles depuis la 1"= jusqu'à la 3e grandeur, tandis querelles de Berlin n allaient qu'à la 9« grandeur. Or en comparant ces cartes, laites de 1812 à 1856, à celles de Berlin terminées en 1845, on trouve qu'un grand nom- Are d étoiles placées sur celles de Berlin ont déjà disparu du ciel. Si l'homme peut en compter déjà un si grand nombre de disparues en dix années n est-il pas à croire qu'il en disparait des myriades à tout instant dans la totalité des étoiles du ciel ? et s'il en est ainsi, pourquoi notre tour ne viendrait-il pas, puisque chacune de ces étoiles était, sans doute, le centre a un monde comme le nôtre?

« On a trouvé des mouvements propres a des soleils, à Sirius, à Arcturus, a Aldebaran, etc. Les foyers de systèmes planétaires sont donc euxmêmes emportés, avec leur escorte de régions en régions ; qui nous dit que le notre, à force de voyager dans les espaces, n'ira pas se plonger dans une région torride ouglacée qui nous transformerait en un vaste brasier ou éteindrait notre foyer de lumière et de chaleur, en vertu de la loi absolue des équilibres.

« David Brewster, dans son livre lie la pluralité des mondes (More words thanone), nous fait des tableaux de mondes qui se détruisent, et de mondes q,u se reforment ; car il y a continuité progressive dans les créations comme dans les destructions ; et il cite 1 exemple del'annaau deSaturue ■

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cet anneau se compose de trois anneaux concentriques, dont le dernier a ét e découvert pari'américàin Boud directeur de l'observatoire de Cambridge aux Etats-Unis, après qu'Ilûyghens et Cassini avaient déjà trouvé

cessé q dpl'n. etV - a ( s « ri, PP r °chant sans cesse de la planète qui est son centre

se fermant progressivement, par là

même, et annonce ainsi à nos ohser

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un jour. Peut-être sommes-nous ob-

SaUirn, T e r me -, par ^ Jlabitauts de ^alui ne, de Jupiter, de Mars ou de

Venus et ces astronomes, en nous voyant de loin, ont-ils sais dans les conditions de notre .terre, quelque signe prophétique de destruction dont nous ne nous doutons pas. Peut-être ont-ils calculé le moment de notre tin du monde, comme nous calculons les heures des éclipses du soleil pour' une planète ou un satellite.

« Beaucoup d'astronomesont adopté 1 hypothèse d'Olbers sur les petites planètes qui occupent la lacune entre Mars et Jupiter, et d'après laquelle ces corps sont autant de fragments d une grande planète brisée ; ils disent même que les changements d'éclat dans leur réflexion lumineuse paraissent indiquer des formes angulaires, résultant du brisement : M Babmet et plusieurs autres savants contemporainsrejettent cette supposition, en objectant que les morceaux de la planète brisée auraient dû se rapprocher, se retrouver un centre et circulerautourdu soleil autrement que ne le font les petites planètes qui paraissent indépendantes ; mais il faut avouer que l'objection ne vaut rien, puisqu'on supposerait le choc assez puissant pour éparpiller les morceaux de manière à les assujettir à des lois de mouvement toutes nouvelles. Or, si un astre pareil à notre terre a subi une telle destinée, il est Ires-supposable quele nôtre la subisse a son tour.

« Le célèbre astronome de Brème, que nous venons de nommer fît, enl 1826, un calcul fort curieux sur la co- f meteà co

période, de 1786, 1793,, 1801,1803, 1818 et 1823, laquelle né!

dépasse jamais l'orbite de Jupiter, et ^

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fait sa révolution la plus rapide en 3 années un quart. Il trouva que dans 83, 000 ans à dater d'aujourd'hui, cette comète se placera par rapport à nous, à Ja distance de la lune ; que dans 4 millions d'années, elle ne sera éloignée de la terre que de 7, 100 milles géographiques ; et qu'alors les eaux de la mer s'élèveront sous son influence, à 13, 000 pieds de hauteur, en sorte qu'il n'y aura en Europe que le pic du Mont-Blanc qui ne sera pas couvert, et que les habitants des Andes et de l'Himalaya seront les seuls hommes non submergés; qu'après 216 millions d'années à partir de cette date, la comète passera directement sur notre globe, et le détruira probablement. Les périodes sont longues; mais elles aboutissent ; que nous f uitil de plus pour démontrer la possibilité d'une révolution pareille beaucoup plus prochaine par une autre comète, qu'aucun astronome n'aurait encore ni vue ni calculée ?

« La comète de Biela, dans son apparition de 1 846, s'est coupée en deux, son? l'œil même de l'observateur. Les uns croient que la plus petite des deux parts s'est dissoute, ou qu'elle disparut avant l'autre; et quelquesuns supposent qu'elles se sont ensuite réunies,

« La comète de Halley est rétrograde; elle a paru en 1842 dans l'orbite de la terre, quand celle-ci en était encore à un mois de distance ; elle pourrait rencontrer la terre.

« Voici ce que dit Laplace du choc possible d'une comète contre notre planète, a Ce choc, quoique possible, est si peu vraisemblable dans le cours d'un siècle, il faudrait un hasard si extraordinaire pour la rencontre de deux corps aussi petits relativement à l'immensité de l'espace dans lequel ils se meuvent, que l'on ne peut concevoir, à cet égard, aucune crainte raisonnable. Cependant la petite probabilité d'une pareille rencontre peut, en s'accumulant pendant une longue suite des siècles, devenir très-grande.

Il est facile de se représenter les elfets de ce choc sur la terre. L'axe et le mouvement de rotation changés ; les mers abandonnant leurs anciennes positions, pour se précipiter vers le

nouvel équateur; une grande partie des hommes et des animaux noyés dans ce déluge universel, ou détruits par la violente secousse imprimée au globe terrestre ; des espèces entières anéanties; tous les monuments de l'industrie humaine renversés; tels sont les désastres que le choc d'une comète a dû produire, si sa masse a été comparable à celle de la terre. »

« Arago a calculé qu'il y a à parier à peu près 200 millions contre un, que ce choc n'aura pas lieu de sitôt, et nous adhérons aux considérations de M. Babinet sur l'extrême raréfaction de certaines comètes, qu'il appelle des riens visibles vu qu'elles laissent pénétrer à travers leurs substances la lumière des étoiles, et dont le choc, d'après lui, n'aurait aucune influence sur un corps solide comme là terre, ce qui est, en elfet, rendu assez probable par l'exemple de la comète de Lexel qui traversa les satellites de Jupiter sans les influencer d'une manière sensible pour nous; mais tout cela ne réfute ni la possibilité d'un choc au sens absolu, ni celle du choc d'un astre quelconque, comète ou autre, qui serait de force suflisante pour mettre lin à notre règne organique; car les comètes elles-mêmes ne sont pas toutes telles que les peint au public le spirituel savant que nous avons nommé ; Arago en a très-clairement distingué de deux sortes, les comètes à noyau nébuleux comme la queue qu'il entraîne, et les comètes à noyau opaque, compacte, et très-dense. Il y a même un grand rapport entre ces comètes et certains bolides énormes tombés sur la terre, après avoir été très-chauds dans l'étendue; on en connaît d'un volume de 800 mètres cubes ; des savants ont pensé que ces bolides n'étaient que de petites comètes à noyau solide et incandescent^ qui se sont précipitées sur nous ; a une petite comète, planète ou étoile, peut se jeter contre la terre, pourquoi une grande ne le ferait-elle pas ua jour? Or, on sait qu'il nous arrive des aérolithes, et ce que nous appelons des étoiles filantes, en nombre incalculable chaque année. Quel astronome oserait nous répondre qu'il n'y a pas

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dansles espaces, un astre énorme lancé contre nous, voyageant de sphères en sphères et, flèche de Dieu, nous apportant la mort avec cette rapidité stellaire qui n'est, relativement à nos appréciations, qu'une excessive lenteur ? Lequel nous dira même que ce n'est pas un de ceux qu'il observe chaque joui - dans la voûte étoilée ?

« M. de Humboldt , après avoir établi toutes les chances de stabilité fondées sur les calculs de Laplace, Lagrange, Poisson, et tous les autres, conclut comme il suit : « Ces motifs « de stabilité, qui sont la sauvegarde « des planètes, dépendent d'une ac- « tinn réciproque, s'exerçant à l'in- « téi'ieur d'un cercle circonscrit. Si « cetto condition venait à être trou- « blée par l'arrivée d'un corps céleste « venu du dehors et étranger à notre « système, soit qu'il déLerminât un « choc, soit qu'il introduisit de uou- « velles forces attractives, ce trouble « pourrait être fatal à l'ensemble « des choses actuellement existantes, « jusqu'à ce qu'enfin, après un long « conflit, il s'établit un nouvel* équi- « libre. » (Hcmboldt, Cosmos, III; p.

« Enfin disons, en général, qu'à l'aspect de l'univers, on conçoit invinciblement la conviction d'une fin pour toute la série dont il se compose.

Chaque étoile filante est un prophète qui nous avertit que nous aussi sommes un météore destiné à s'éteindre dans l'immensité.

« IX. C'est encore l'économie sociale et l'industrie, qui présentent à la philosophie des calculs d'autant plus effrayants qu'ils portent sur des faits exclusivement propres à notre race humaine.

« Maltbus n'a-t-il pas démontré, en se basant sur la moyenne de l'accroissement de la population terrestre, qu'il doit arriver un jour où la terre ne pourra plus nourrir tous ses habitants? La raison seule nous dit avec évidence, que ce jour arrivera plutôt ou plus tard, étant posée cette loi de l'humanité en vertu de laquelle il y a toujours, dans les circonstances régulières, plus de naissances que de décès. On ne peut introduire indéfiniment des causes violentes de des-

tructionen contre-partie, sans renoncer à l'idée du perfectionnement social ; et la seule hypothèse raisonnable à former, c'est que peu à peu, le progrès se faisant dans la généralité, la terre peuplera toutes ses contrées, augmentera, autant que possible, ses produits , finira par être comblée comme un vase'qui s'emplit, et devra, alors, par suite de l'ordre qui règne dans l'univers, avoir accompli sa tâche en tant que séjour, atelier et nourrice de la race humaine. On peut comprendre une très-longue période, comme nous le dirons bientôt, surtout en faisant entrer comme modéraments de la fécondité le travail, la religion et la morale, mais on ne saurait comprendre la période sans fin.

Le même raisonnement pourrait s'établir sur toutes les branches du progrès humain; sur toutes, laraison ne peut s'empêcher de voir la nécessité d'un terme. 11 y en a, Lamartine est de ce nombre, qui disent que nous tournons dans un cercle éternel; ceux-là n'ont pas considéré l'humanité d'assez haut ; certains détails, heureux ou malheureux, peuvent ressembler à la forme circulaire ; mais, pour nous, il n'est rien, au total, qui lui ressemble moins que la trame historique de notre humanité.

« L'industrie travaille à consommer des provisions entassées, pour nous, par les siècles, et qui ne réparent point les pertes qu'elle leur fait subir ; les houilles, et tous les minéraux qu'elle extrait desentrailles delà terre y ont été formés, dans les âges géologiques, pour être dépeuséspar notre genre humain; mais, comme ces richesses s'épuisent, et que, cependant nous en avons besoin, n'est-il pas tout naturel de penser qu'elles ont été calculées par la sagesse créalrice selon une mesure suffisante dont l'épuisement total coïncidera avec la disparition du consommateur.

« Qu'on n'objecte pas les produits végétaux et animaux qui se renouvellent sans fin; ils ne suffiraient pas seuls à la perpétuité vitale de notre espèce, et, d'ailleurs, ils partagent nos conditions d'existence, ils sont nos contemporains, et l'on peut raisonner sur leurs espèces comme nous raison-

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