‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 151 sur 166 · SI · texte numérisé non relu

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nons sur la nôtre . Ils trouveront avec nous, leur limite de reproduction, pour les mêmes motifs que nous trouverons la nôtre. Nous l'avons dit, les éléments sont probablement aussi des provisions qui se dépensent , dont une partie s'échappe insensiblement dans les espaces, et qui retournent peut-être à des centres attractifs d'où ils nous étaient venus. Qui prouvera que ces comètes aux vastes chevelures ne sont pas des voleuses, allant de monde en monde ravir ce qu'elles peuvent des matières cosmiques pour en former, chez elles, avec le temps, des principes et des aliments de vitalités qui s'y développeront? Les uns perdent quand les autres gagnent ; le travail est long et mystérieux dans la création ; mais il recompose toujours avec ce qu'il détruit ; il est probable que lesmondes s' entredévorent comme les poissons de notre Océan.

« X. Enfin, laissons mille et mille autres considérations pour signaler l'appoint, non moins digne d'attention, qu'apportent à la philosophie pour corroborer ses persuasions, les sciences historiques. L'étude des peuples dans leurs chronologies, leurs traditions, leurs poésies, leurs croyances, accuse un esprit prophétique universel, et dans cet espritl'idée immuable d'une fin de la société humaine, devant arriver tôt ou tard.

« Les Egyptiens, » dit l'abbé Berce trand, croyaient qu'après une révo- » lution d'années , qu'ils fixaient à » 35,625 ans, tous les astres se renconj) treraient au même point, et qu'a- » lors le monde se renouvellerait ou » par un déluge, ou par un embrase- » ment général. Ils se figuraient que » le monde avait déjà été plusieurs » fois renouvelé de cette sorte, et qu'il » devait encore se renouveler dans la » suite des âges.» (Dict.des Religions; art. Fin du monde.)

« Les Chaldéens, d'après les études de M. Lajard, fixaient la durée du monde à douze millénaires.

« Les philosophes et savants de la civilisation grecque et romaine, enseignaient tous que le monde finira quand les cieux auront achevé une série compliquée de mouvements qui doit les ramener dans l'état de rela-

tion par lequel ils ont commencé : les uns faisaient cette période longue, et les autres la faisaient courte. Elle varie, selon leurs calculs, depuis 2484 ans, qui est le chiffre d'Aristarque, jusqu'à 1,800,000,000, qui est le chiffre de Cassandre; quelques-uns aussi l'ont dite indéfinie. Arétèse de Dyrrhachium la faisait de 5,552 ans; Heraclite etLinus de 18,000 ans; Dion de 10,884; Orphée, de 100,020, etc., etc., Les Romains avaient repris ces supputations, comme on peut le voir dans Cicéron, et quelques astronomes modernes n'ont pas dédaigné de faire de semblables calculs : Ticho-Brahé trouva, pour son résultat, 25 ou 26 mille ans, d'autres^mt trouvé 40 mille, et plusieurs autres 300 mille années.

« Les poètes grecs-romains ont tous chanté les traditions populaires sur l'anéantissement futur de l'ordre présent ; citons seulement Lucrèce : « Considérez cette terre, cette mer, ce ciel...

» Un seul jour les verra périr, et la » machine du monde, après s'être » soutenue pendant tant d'années, s'é » croulera en unmoment... Peut-être » verrez-vous, avant peu, le globe suc- » comber dans une destruction géné- » raie. Puisse la destinée détourner de » nos jours un pareil désastre! » (De rer. nat., lib. v.)

« Deux mille ans avant Jésus-Christ dit P. Leroux , on croyait dans la Perse et dans l'Inde, « que le monde » est sujet à des époques de lin et de » renouvellement, qu'il meurt et re- » naît ; que la mort et la résurrection » s'opèrent par l'eau et le feu ; qu'il » a été renouvelé par l'eau, qu'il le » sera par le feu ; qu'il finira donc » par un embrasement général, suivi » bientôt d'une nouvelle terre, d'un » nouvel univers. »(flM»)ï(m#é, p. 701.) !

« Tout le monde connaît le système de destructions et de renouvellements , périodiques du livre de Manou, et des; Vedas. Les Hindous, en général, distinguent quatre âges; le premier est| de 1 million 728 mille ans; le second de 1 million 296 mille ans ; le troisième de 864 mille ans ; le quatrième de 4 millions 320 mille ans, et ces nombres sont même consignés dans la cosmogonie citée par le rabbin Abraham Barkhiya; ils ajoutent que

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nous sommes dans le quatrième âge, lequel a commencé il y a 49o0 ans, d'où il résulte que selon eux, il nous reste encore, avant la fin du monde, a partir de 1850, 427, 019 ans.

« D'après le Zciid-Avesta, nous sommes dans un troisième âge qui est celui de la lutte d'Ahrimane contre Ormouzd, et qui doit durer six mille ans, après lequel viendra la fin de l'ordre présent , et l'inauguration d'une nouvelle série par le triomphe d'Ormouzd. Ce quatrième âge sera celui de la terre régénérée, du sacrifice universel oflcr à Ormouzd, et de son adoration par Ahrimanelui-uiènie.

Tout avait commencé pur le bien; tout finira par le bien ; mais l'ordre présent sera détruit; telle est la croyance antique du magisme ou mazdéisme.

« Les périodes du système bouddhiste sont très-longues; encore quatre âges, trois pi ur arriver à la tin du monde présen , et le 4° est le repos. La conclusion du troisième se fait pur une disparition successive des habitants de l'univers, puis du vase lui-même, qui se transforme en un vide immense. C'est le grand incendie qui amène cette catastrophe finale; et il réalise soi œuvre de destruction en sept jours. Les quatre âges, ou moyens kalpas, se subdivisent en 80 petits kalpas, et forment 25-4 millioi s d'années dont il nous reste encore environ 18ô' millions à parcourir, espace qui forme le grand kalpa auquel succède , ensuite , un autre grand kalpa de la même longueur. Ce n'est pas seulement le feu qui entre comme élément anni- Lilateur, c'est aussi l'eau et le vent:

au reste telle est la destinée de l'ordre présentqu'il doit s'éteindre comme de vieillesse, n'y eùt-il, pour amener ce résultat, aucune cause extérieure.

Cent mille ans, avant ce dénoùment, un esprit céleste, tenant en sa main un bouquet rouge , descend parmi Hous, et cherche à convertir les hommes; ils écoutent et marchent dans les voies de sa loi, à la pensée du grand événement qui est inévitable et qu'ils voient arrivera l'heure assignée . Une des maximes de la doctrine de Bouddha est celle-ci ; l'univers n'existe que dans l'imagination, ce qui

le réduit à une vaste harmonie fantasmagorique, et une autre maxime est la suivante: tout ce qui se voit doit penr, ce qui marque que la fantasmagorie s évanouira, ou perdra, au moins, sa forme présente.

« Tout le monde sait que la Trimourti des brahmanes renferme un esprit de destruction et de rénovation qui est la troisième personne, et qu'ils nomment Siva.

« Chez les Chinois, tous les livres antiques indiquent de semblables exphcationsdel'avenirdu monde. Laotseu parle de productions et d'annihilations du ciel et de la terre, et Kohinan, dans sa préface du Tao-téking, donne à ce philosophe une existence aussi longue que le nombre ineffable d'années qui embrasse les périodes de la vie du monde.

Parmi les Kings, il y al'Y-king qui décrit les transformations de l'univers, et le Chou-king qui présente plusieurs prédictions de ce qui doit arriver jusqu'à la lin des temps. 11 y a même un mot, le mot y, qui, prononcécommei désigne le mondedans sadurée, prononcé comme ié, désigne le monde changé ou détruit dans son ancienne forme, et, prononcé comme ié, désigne le monde rétabli.

Cela rappelle un peu le triple Prométhée de la Grèce et d'Eschyle, le Prométhée ravisseur, le Prométhée déchu, et le Prométhée restauré.

« Inutile de citer la croyance de tonte la société islamite sur la Un du monde. Le Koran n'est rempli que de tableaux effrayants pour la peindre.

La poésie Scandinave nous a décrit des traditions semblables; la lyre des Edda en a même tiré ses plus mâles accents ; nous citerons plus loin un de ces passages.

« Restent deux sociétés, la juive, et la chrétienne sa fille.

« Le rabbin Abraham Barkhiyacite parmi les Juifs, des philosophes ou savants qui assignaient au monde une destruction après de longues durées, telles que 3b0 mille ans, et 49 mille ans. Mais les opinions populaires et religieuses ne lui attribuaient que six mille ans d'avenir. Il est écrit dans le Talmud: Le monde durera six mille ans et sera détruit dans un; cet

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un fut interprété par beaucoup de rabbins d'un septième millénaire, durant lequel l'univers serait détruit ; et ils ajoutaient que le Messie viendrait dans le sixième ; mais, aujourd'hui, voyant que le sixième millénaire, selon leurs supputations , s'avance beaucoup, les cabalistes juifs ont renoncé à l'idée de ne faire durer le monde que six mille ans.

« Cette croyance des Juifs passa aux premiers chrétiens ; beaucoup de Pères ont cru à la durée des six millénaires, et plusieurs à la venue d'un septième millénaire pendant lequel le monde, visité de nouveau par le Christ, serait dans un état de bonheur pareil à celui de l'Eden, après quoi viendrait la lin véritable ; mais il est inutile de nous appesantir sur la croyance à la tin du monde des Chrétiens et des Juifs. Chacun sait que cette croyance est, chez les uns et les autres, universelle.

« Nous venons de prendre les principales civilisations dont la série compose toute l'histoire connue du genre humain, et nous avons trouvé, chez toutes, la persuasion d'une extinction future de la race humaine soit considérée seule, soit considérée avec l'ensemble de son séjour. La philosophie, de quelque part qu'elle se tourne, ne découvre donc que des motifs propres à confirmer les convictions prophétiques qu'elle conçoit par elle-même sur cette énigme de nos destinées; et toutes les sciences font cortège avec elle pour aller rendre hommage aux oracles de notre prophétie catholique qui paraissent annoncer, plus ou moins clairement, pour une date indéterminée, une disparition de la société terrestre. Le ciel et la terre passeront, a dit le Christ, et mes paroles ne passeront point ; c'est . ce que ne peut s'empêcher de répéter la philosophie, en considérant, d'un côté cet ordre matériel où tout se meut, se transforme, nait et s'éteint ; de l'autre, ces vérités absolues qu'exprime la parole et qui sont immuables ; ici tout passe, là tout demeure.

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