‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 158 sur 166 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DORÉE PROBABLE DE L'HUMANITÉ SUR LA TF.RRE, D'APRÈS LES DONNÉES FOURNIES PAR LA RÉVÉLATION ET PARLA SCIENCE.

Nous ne sommes pas prophète, et cependant nous prophétiserons, parce que tout le moud, prophéti e, et qu'il y a dans l'humanité un instinct de prophétie qu'on n'étouffe jamais ; on oublie le passé et l'un regarde l'avenir beaucoup plus que le présent, qui passe sans cesse ; l'avenir est la chose fixe qui pose devant l'esprit, et qui le préoccupe véritablement. Nous trouvons, d'ailleurs, des bases sur lesquelles on peut asseoir des calculs de probabilités ; et nous pouvons, sur ces bases, avec les simples appréciations du bon sens, faire de la prophétie.

« Durant les premiers temps du Christianisme, l'idée d'une tin du monde très-prochaine circulait nonseulement chez les Chrétiens, mais chez tous les peuples de l'Occident.

Peut-être cette croyance venait-elle de la Perse, car il est enseigné dans leZend-Avesta que le roi de la lumière employasix mille ans à perfectionner ses œuvres; que dès le iv»

mill 'maire, le génie du mal y sema des principes de désordre; qu'au commencement du vu , il brouilla tout ''4 dans une grande guerre qu'il lit à Or- ! mouzd, avec ses cohortes de Dewset * de Darvands: qu'Ormouzdle vainquit . avec ses Amshaspands, ses Izeds et les Ferouers, mais pas assez pour qu'il ne conservât presque une moitié de l'empire; et qu'à partir de cette date, qui commence le mélange actuel des biens et des maux, il devait s'écouler encore six millénaires jusqu'à la lin de l'ordre présent et jusqu'à l'enchaînement délinitif d'Ahrimane ; d'où il

fallait conclure, il y a deux mille ans, que le monde était près de sa fin puisque ce partage de l'empire entré Ormoudz et. Ahrimane existait déjà depuis plusieurs milliers d'années, auprès 1 Histoire incontestable

«Quoi qu'il en soitde cette hypothèse sur 1 origine de cette croyance, les stoïciens, qui étaient les philosophes régnants et qui reflétaient mieux le sentiment commun de leur époque sur des choses de ce genre, donnaient, tous, ta hn du monde comme un événement qui ne se ferait pas longtemps attendre, et les Pères de l'Eglise de la même époque sont d'accord avec eux sur cet article. On lit dans l'Epitre catholique de saint Barnabe, classée parmi les livres apocryphes, que le monde doit durer six nulle ans Origene soutient, dans le Dialogue contre les marcionites. que le Christ est venu su mille ans après la formation du premier homme, et qu'il e.-tvenusur la hn des temps. Saint Justin parle de nvine dans son exhortalion aux martyrs; le monde, d'après lui, dure depuis six mille ans ; le diable ne cesse de tourmenter le genre humain, et 1 Antéchrist va bientôt venir. Lactance fait des calculs sur cette base que le monde ne doit durer que six nulle ans, et il marque la date de la nu pour une année que nous ne nous rappelons plus, mais qui tombe vers le v« siècle... Plus tard, ces prédictions ne s'étant pas accomplies, et le monde allant toujours son train, on voulut encore qu'il ne durât que six mille ans, comme continuent de le vouloir aujourd'hui même beaucoup de gens parmi nous; et pour faire concorder les faits avec cette idée, on réduisit la durée écoulée du premier homme à Jésus-Christ à quatre mille ans au lieu de six mille, en préférant la Vulgate aux Septante sur les vies despatriarches. Déjà les rabbinsavaient essayé, d'aprts Abulfarage, historien arabe du xiv« siècle, d'abréger ces vies pour prouver aux Chrétiens que le Christ n'était pas venu au vi 8 millénaire , époque qu'ils croyaient être celle de la venue du Messie : et cet historien les accuse même d'avoir altéré, dans ce but, le texte hébreu.

« On disait et l'on dit encore, pour

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appuyer cette croyance delà durée du genre humain marquée à six millénaires, que cette durée doit être d'autant de fois mille ans qu'il y a eu de jours de la création, vu que saint Pierre a dit que mille ans sont devant Dieu comme un jour, et les millénaristes voyaient dans leur vu millénaire du règne paisible de Jésus- Christ revenu sur la terre et de la bète enchaînée, le correspondant du septième jour auquel Dieu se reposa.

On voit de ces idées émises dans le livre du Pasteur, dans saint Justin, dans Clément d'Alexandrie, dans Origène, dans Lactanre, et dans presque tous les plus anciens Pères. Il ne faut pas croire qu'ils prétendent tirer de ces rapprochements des raisonnements démonstratifs ; ils ont pour cela trop de hon sens; ils exposent seulement l'idée qui avait cours alors, et marquent, parleur manière de l'exposer, sans oublier les concordances symétriques qui pouvaient plaire à l'esprit, qu'ils n'étaient pas éloignés de l'accepter, n'y voyant aucun inconvénient.

« Mais tout cela est réfuté aujourd'hui p.ir la durée même du genre humain déjà accomplie, et ceux qui s'acharnent à soutenir que le monde antbropique n'a point encore acquis six mille ans d'antiquité, ne font preuve que d'ignorance en chronologie ; c'est au moins ainsi que la question nous apparait sur les éludes que nous en avons faites : il nous semble qu'on ne peut attribuer raisonnablement à la durée du genre humain, moins de sept à huit mille ans (Voy.

Dict. des Harmonies, art. Historisriues); et, pour notre compte particulier, nous croyons à une ancienneté d'à peu près dix mille ans, depuis la création du premier homme (1).

« Nnussommesdoncobligé d'établir des calculs nouveaux sur des données nouvelles, si nous voulons traiter la question de la durée future de notre genre humain. C'est ce que nous allons faire.

« Nous avons distingué trois âges, celui de la paix embryonaire, celui de la lutte qui n'est que l'acquisilion

11) Voyez notre article : Chronologie».

progressive du troisième par les conquêtes successives du bien sur le mal, et celui de la paix acquise avec tout le développement du bien. Or, le premier doit avoir été d'une très-petite durée, vu que la lutte entre la vie et la mort, entre Dieu et Satan, a dû se manifester presque aussitôt, et simultanément avec les premiers symptômes du mouvement qui commença le second âge. Quant au troisième, considéré comme propre au genre humain tout entier, il est probable qu'il sera également d'une très-petite durée, puisqu'il sera le degré suprême du perfectionnement, le but terrestre atteint par la série accomplie des conquêtes, et que l'on ne conçoit plus, dès lors, pourquoi l'homme serait laissé sur une terre où il aurait accompli sa tâche. Nous ne parlerons donc pas du premier ni du troisième âge ; nous considérerons leur durée comme inappréciable relativement à celle du second, et calculerons seulement cette dernière, en ayant soin de ne pas perdre de vue que cette sorte de réduction de la totalité relative de notre vie sociale à la période des combats n'est nullement exclusive des perfectionnements que nous avons rêvés, soit dans telle ou telle portion de l'humanité, soit sous tel ou tel rapport dans l'humanité totale; nous ne brisons pas le lil de l'espérance, nous considérons seulement l'acquisition complète et simultanée du but pour toute la famille humaine comme la conclusion de son parcoursterrestre, et nous reportons à une autre vie, àun autre séjour, tout progrès, encore imaginable, supérieur à celui-là.

« Quelle sera donc la longueur de notre âge des conquêtes, et combien de temps encore doit progresser notre genre humain sur cette terre ? Telle est la question qu'il s'agit de résoudre par des appréciations probables, à la hauteur de l'état présent de la science profane et de la science religieuse.

« Comme il serait trop long d'entrer dans les détails de ces appréciations, donnons seulement les résultats de nos réflrxions sur cette question que beaucoup trouveront oiseuse et que certains esprits jugeront intéressante.

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« I. La philosophie théiste peut arriver à un a priori de probabilité fondé sur la double idée qu'elle a de Dieu et de l'homme. Dieu est la sagesse par excellence ; l'homme est un être d'une haute dignité, d'une puissance merveilleuse, d'une perfectibilité admirable, d'une importance considérable dans la partie de la création soumise à ses propres explorations. Serait-il sage que Dieu eût jeté cette puissance, cette dignité, celte perfectibilité, cet être important sur la terre pour l'en retirer presque aussitôt après l'y avoir mis ?

N'est-il pas naturel de croire qu'il doive l'y laisser se développer trèslongtemps, assez longtemps pour que la période en paraisse, à son intelligence, proportionnelle à sa grandeur ?

Or, quand nous nous élevons à cette méditation, plus d'un million d'années ne parait pas trop pour notre règne terrestre, et nous trouvons aussi que ce nombre est suffisant : il nous écrase assez pour répondre aux conditions que nous venons d'exprimer, et il ne nous écrase pas trop pour n'être pas facilement embrassé par notre imagination. Nous le trouvons donc convenable, et nous ea concluons cette probabilité, que notre race, ayant déjà existé dix mille ans à peu près, existera encore au moins douze cent mille ans sur la terre.

« Quand le lecteur aura médité toutes les considérations qui vont suivre, il ne trouvera rien de puéril ni même d'original dans cette fixation qui lui parait sans doute fort étrange .

« II. La science géographique nous dit que la surface terrestre est à peine envahie, conquise, défrichée ou rendue productive dans sa centième partie: donc si l'homme a mis dix mille ans à en conquérir un centième, il mettra cent fois dix mille ou un million d'années à la conquérir tout entière; on peut objecter que le progrès sera plus rapide à proportion que la population augmentera; mais on doit répondre que ce qui restera sera de plus en plus difficile à féconder, puis qu'on aura toujours pris, d'abord, les meilleurs terrains.

« On pourrait raisonner de même

sur l'augmentation de la population, qui pourrait être, dit-on, cent fois plus considérable; et, en tenant compte des causes de perturbation qui sont et seront dans toutes les espèces, on arriverait à un résultat approximatif qui ne différerait peut-être guère du précédent; car si, d'une part, la population augmente selon une progression croissante à mesure qu'elle devient plus considérable, d'un autre côté, nous croyons que la civilisation, la moralisation et le travail auront pour effet de diminuer cette progression en livrant davantage la puissance vitale aux dépenses de l'esprit, en rendant les mariages moins précoces, et en fournissant, de toutes manières, des contre-poids à l'excès de fécondité.

« III. La science géologique nous montre notre globe se formant lentement dans le passé, et habité successivement par des règnes organiques d'une très-longue durée. On compte à peu près trente-deux couches de terrains sédimenteux, qui, pour se former, ont exigé chacune des millions d'années. Il est nécessaire qa'il y ait harmonie dans la nature ; on ne concevrait pas que tout ce passé eût employé de si longues périodes à son développement pour amener un état plus parfait qui ne devrait lui-même durer que peu de temps; tout, au contraire, indique que plus les siècles s'avancent, plus les périodes s'allongent, parce que les causes des révolutions et des cataclysmes deviennent moins nombreuses et moins puissantes. D'un autre côté, il est établi que notre période n'est qu'à son début; la couche qu'elle dépose est imperceptible près des précédentes ; donc il est infiniment probable qu'elle doit durer très-longtemps dans l'avenir. Combien durerat-elle? On ne saurait le dire; mais puisque les sérieux géologues ne s'expliquent les modifications qui se sont faites dans la terre et dont ils étudient les traces, qu'avec un temps énorme, tel que trente ou quarante millions d'années, et que les couches de terrains auxquelles ont correspondu des flores et des faunes annoncent des laps de temps qui ne peu-

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vent être moindres que de plusieurs centaines de mille ans ; ce n'est pas donner trop à notre âge que de lui donner un peu plus que le million qu'on est obligé d'attribuer déjà à plusieurs autres qui l'ont précédé ; et, cela accordé avec au pins dix mille ans d'écoulés, ce qui est déjà beaucoup pour les observations géologiques, restera encore à l'avenir un à peu près de douze cent mille ans.

Les six jours de la Genèse sont six époques indéterminées ; nous sommes dans la septième ; et comme il est essentiel que ces époques soient excessivementlongues, il est essentiel aussi de donner à cette septième une excessive longueur, sans quoi l'esprit humain ne verrait pas comment Dieu aurait employé si longtemps à préparer notre globe pour nous recevoir; la question de sagesse est ici tout entière dans le rapport; si la préparation est longue, et que l'âge humain, qui était le but, soit long en proportion, il y a la même sagesse que si la préparation ayant été courte, l'évolution proposée le lut aussi; mais l'harmonie ne peut s'apercevoir dans l'ordre inverse. Or, nous le répétons, il est impossible d'attribuer moins de douze cent mille ans à notre règne sur la terre, pour conserver cette harmonie, après ce que nous savons par la géologie, de la longueur des six premiers jours.

IV. La cosmographie nous conduit à des déductions toutes semblables :

d'abord cette lenteur relative des mouvements et ces ' espaces imniensurables nous disent qu'un million d'années, pour, une forme de la terre et une de ses générations organiques, n'est qu'un instant dans l'immensité desharmonies célestes, de même que la terre n'y est qu'un point imperceptible; et si nous avons passé en revue, dans le second chapitre, de nombreuses causes astronomiques d'extinction de notre race comme pouvant amener la catastrophe, on a pu voir, en même temps, combien elles sont lentes, combien elles laissent de marge au genre humain pour espérer une longue vie. Borner cette vie à douze cents mille révolutions de la terre autour du soleil est encore la

faire coui te relativement aux chances de destruction que présentent ces causes et à lalenteur des révolutions célestes ; quand ofl pense, par exemple, que la révolution des équinoxes ne s'est pas encore accomplie depuis que l'homme est sur la terre, lenombre que nous assignons paraît bien peu considérable. Cependant comme ces causes de destruction sont nombreuses, et qu'après tout douze cents fois mille ans ne forment pas une durée sans importance, même relativement aux astres, nous croyons qu'un calcul de probabilités sagement construit aboutirait aux environs de cette limite.

V. La physiologie nous montre, dans le royaume de la vie qu'elle explore, une harmonie constante et minutieuse qu'elle ne cesse d'offrir à nos admirations; or, est-il un physiologiste qui ne trouverait rationnelle et conforme aux sagesses de la nature cette proposition : que les espèces quand elles ne sont pas immortelles, — ce qui arrive pour celles de notre terre, puisque la géologie nous les montre se succédant les unes aux autres et se cédant peu à peu le terrain jusqu'à celles qui régnent aujourd'hui et qui n'ont rien de plus que les précédentes en conditions de vitalité, ■ — sont beaucoup plus durables que les individus qui les composent, le sont dans une proportion énorme, et que leur attribuer en moyenne douze mille fois la durée de ces individus, c'est rester dans les limites les plus raisonnables. Or, la vie humaine étant de cent ans au maximum, il vient d'après cette base, douze mille siècles pour la durée totale de l'espèce humaine. Est-il possible de penser, quand on y réfléchit, que Dieu l'ait lancée pour durer moins de douze mille générations individuelles ?

« On pourra objecter que, si tous les animaux contemporains de l'homme se perpétuent aussi longtemps que lui, la proportion que uous venons de poser sera brisée pour le plus grand nombre ; mais on peut répondre qu'il n'est pas établi que beaucoup d'espèces ne doivent pas disparaître successivement plus tôt ou plus

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tard selon leur faiblesse relative pour être remplacées par d'autres qui seraient encore plus utiles à l'humanité, et que, d'ailleurs, les animaux étant faits pour nous, ce n'est pas sur eux qu'il convient d'établir la moyenne de proportionnalité entre la vie de l'individu et la vie de l'espèce.

« VI. Voici une autre considération physiologique non moins importante.

L'humanité s'est divisée très-distinctement en plusieurs races qui ont demandé longtemps pour se constituer, et qui se sont elles-mêmes subdivisées ensuite en sous-races, familles, rameaux. Nous avons posé le principe d'une réfusion de toutes ces races dans un type unique qui sera le plus fort, le plus vigoureux par le corps et par l'âme, et nous en avons trouvé la tendance ; mais quand on pense à la lenteur d'un pareil travail, aux obstacles qu'il rencontrera, aux variétés qui se reformeront probablement encore jusqu'au mélange complet et à l'oubli des nationalités, on trouve que la reconstitution de l'unilé véritable exigera un temps énorme, d'autant plus qu'elle est liée à tout le reste et qu'onne peut, entre autres conditions, la concevoir complète qu'avec la disparition des diversités de langage dont nous allons parler tout à l'heure. Ce que nous en savons par l'expérience, c'est que jusqu'à présent il n'y a pas eu de rapprochement sensible entre les trois grandes races caucasique, mongolique et éthiopique, et qu'elles sont ce qu'elles sont depuis que l'histoire en fait mention.

« VII. Nous avons admis que les langues se refondront dans une langue unique qui sera l'héritière des richesses de toutes les autres. Mais quand on pense aux difticultés et à la complication des combinaisons qui devront amener ce résultat, on se perd dans les profondeurs de l'avenir. Nous pouvons cependant faire un calcul approximatif. Il y a douze cents ans, la France se composait de parties trèshétérogènes qui parlaient des idiomes différents; et le français moderne, que parle à peu près toute la France aujourd'hui, a résulté d'un travail de fusion qui s'est fait entre ces idiomes originaires ; lous les linguistes n'ad-

mettent pas cette appréciation, mais le fait la démontre, avec cette restrictl in qu'il faut accorder une influence centrale à l'un de ces idiomes, ce qui ne détruit pas le principe, et ce qui ne fait que corroborer la déduction que nous allons en tirer ; or, s'il a fallu douze cents ans pour ce petit résultat dans un petit coin du monde, sera-t-on exagéré si l'on imagine que, pour le grand résultat dont il s'agit, et pour sa réalisation complète, il faille à peu près mille fois plus de temps? Nous ne le croyons pas ; car il faut penser qu'avant l'unilication universelle du langage, doivent se produire des unifications partielles analogues à celle que nous donnons pour exemple, c'est-à-dire beaucoup de langues nouvelles déplus en plus étendues, par assimilation d'idiomes particuliers; et il faut aussi ne pas oublier le nombre intini de dialectes aujourd'hui parlés dans l'Asie. l'Afrique, l'Amérique et les îles; l'Europe est, sous ce rapport, en progrès considérable sur toutes les autres parties du monde; or, mille fois douze cents donne encore douze millénaires de siècles, ou douze cent mille ans, pour l'évolution laborieuse depuis la confusion des langues, quelle que soit la manière dont elle a commencé, jusqu'à leur réfusion future.

« VIII. Dans l'ordre industriel, le plus haut degré de progrès qu'on puisse rêver sans déraison, c'est que les machines produisent en abondance le suffisant pour toute la population de' l'avenir, et que l'homme n'ait plus qu'à les surveiller, en sorte qu'il épargne ses sueurs, et qu'il reste à tous la partie de temps nécessaire pour la culture de l'esprit, du cœur, et pour la récréation, en sus de l'alimentation physique et du repos. Or, le progrès a beau nous sembler rapide chez les peuples civilisés depuis quelques siècles, sous ce rapport, il n'en est pas moins vrai que, si l'on pense à la différence énorme entre ce rêve et l'état présent du genre humain, ainsi qu'aux pertes qu'on faij toujours aux époques malheureuses, on ne peut s'empêcher de dire qu'il faudra du temps pour en arriver là,

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peut-être plusieurs fois cent mille ans, si l'on embrasse tous les peuples et tous les liommes sans aucune exception. Le monde a attendu Pascal pour avoir la brouette, un des plus ingénieux et des plus simples instruments qui aient été inventés. Combien de temps n'attendra-t-il pas le génie bienfaisant qui clora la série des inventions!

« IX. On doit parvenir à posséder l'Océan, de manière à naviguer sans danger dans ses profondeurs, et à y faire produire les poissons, gros et petits, comme le berger ses moutons sur la terre ; on doit parvenir aussi à naviguer dans l'air comme l'oiseau; il semble que de rêver pareille ebose n'est pas aller plus loin que de tenir pour bonne la promesse faite à fhomme qu'il dominera les oiseaux, les poissons, tous les êtres de son séjour. Mais, àenjugerpar ce que nous avons gagné dans cette voie, depuis à peu près dix mille ans, nous devons imaginer des siècles et des siècles pour ces résultats, près desquels tous ceux qui ont été obtenus ne nous paraissent que des jeux d'enfants.

« X. Que l'on compare les travaux de l'homme sur la terre, ses villes, ses cultures, ses digues, ses canaux, ses tunnels, etc., avec ce qui resterait encore à faire pour utiliser les montagnes, les déserts, les lacs, les précipices, pour se rendre maître des fleuves, des torrents, des mers, pour apprivoiser les inondations et parer à toutes les causes de destruction, pour assainir toutes les parties du globe, pour en faire une sorte de paradis terrestre n'ayant rien perdu de ses grandeurs artistiques, et n'offrant plus les dangers de toute sorte dont il nous menace jusqu'à présent, comme si la beauté élait incompatible avec la vie ; et l'on trouvera tant et de si difficiles choses à faire, que les centaines de mille ans dont nous parlons ne pèseront pas trop dans la balance. Aujourd'hui, l'homme fait l'utile, et sur la petite échelle, aux dépens du beau; quand fera-til à la fois le beau et l'utile sur l'échelle en rapport avec sa grandeur et celle de la nature ?

« XI. Nous avons conquis depuis

quelques siècles beaucoup de forces cosmiques dont on ne soupçonnait pas même l'existence; mais combien y en a-t-il encore à découvrir, et combien reste-t-il d'inventions à faire pour avoir droit de penser qu'on a vraiment assujetti celles que l'on connaît? Elles sont encore pour nous des forces sauvages ; elles ne sont point domestiquées; or, est-ce imaginer trop que de concevoir la nature livrée à nos conquêtes comme douze mille fois plus riche que nous ne la connaissons après dix mille années d'efforts, et pourra-t-on nous accuser de ne point donner assez à la rapidité du progrès, en supposant une progression telle qu'il suffise de cent vingt fois le même temps pour conquérir douze mille fois davantage?

Or nous retombons encore, par celte voie, dans nos douze cent mille ans, pour chiffre minimum.

« XII. Le progrès médical et hygiénique nous conduit aux mêmes supputations. Qu'a-t-on gagné depuis Hippocrate pour prévenir les pestes, les lièvres, les phthisies, les scrofules, les folies, les infirmités excessives de la vieillesse, toutes les maladies de l'homme, toutes celles des végétaux, toutes celles des animaux? On pourrait constater quelques pas en avant, maisunbien petit nombre. Est-ce trop de concevoir qu'il faille, pour en arriver an perfectionnement rêvé par les Francklin, les Condorcet, les Descartes, dans cet ordre de nos inventions, cent vingt fois plus de temps qu'il en a fallu uu genre humain pour arriver au point où il en est? Personne ne trouvera le chiffre exagéré; et ce qui en prou 1 era la modération, ce sera la réclamation des prophètes de mauvais augure et celle des progressistes impatients, entre lesquelles il se trouvera placé.

« XIII. Il en sera de même de la science des astres, de notre système solaire, de notre terre et de tout ce qu'elle contient. Le nombre des secrets qui ne dépassent pas nos puissances n'est pas infini; nous compléterons ce nombre dans nos annales scienliliques; nous pousserons, par exemple, notre regard dans les deux jusqu'aux limites des mondes étoiles,

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car il y en aune, nous le savons a t prton par la métaphysique (I) ; niais

[supposer que ce summum de notre science soit douze mille fois plus étendu que notre répertoire présent, n'est pas supposer trop ; et accorder à notre progrès scientifique une progression croissante telle qu'avec cent vingt fois plus de temps seulement nous arrivions à la combler, n'est pas se montrer trop exigeant ; or nous retombons encore dans notre douzaine de millénaires de siècles, pour la durée terrestre de l'humanité.

« XIV, On conçoit que la pais universelle se réalise plus vite; cependant quand il s'agit de L'imaginer complète et solidement assise on va encore aux longues durées, pour peu que 1 on sache en apprécier les obstacles. Celte paix ne peut guère être conçue définitive qu'avec l'unité do culte, l'unité de science, l'unité de langage et la fédération universelle.

Or, toutes ces conditions demandent un temps énorme, puisque l'existence passée du genre humain n'a encore abouti qu'à des divisions et à des rivalités plus graves et plus profondes peut-être qu'il n'y en eut jamais.

a XV. Nous raisonnerons de même sur 1 établissement de la république universelle. Pour la disparition des royautés, des empires, des systèmes dynastiques, il faut imaginer des métamorphoses radicales dans les mœurs, dans les idées, dans les préjuges qui asservissent les foules; si ces foules étaient composées d'âmes nobles, grandes, intelligentes, généreuses, désintéressées et instruites comme le sont quelques martyrs de philanthropie, d'autant plus admirables qu ils sont plus en avant de leur siècle, on comprendrait qu'un tel changement pût se faire du jour au lendemain ; mais nous ne savons que

(1) Il n'y anrait qu'un moyen d'imaeiner qu'il ny en ait pas: ee aurait, en concevant notre univers nia ériel, avec Berkeley, comme uno simple vision Oe I esprit, de supposer cette vision inhérente à notre âme tellement et de telle façon, par vol ,nté duCreote -r, qu elle la suive toujours, .Vrandusant ou se -rétrécissant indéfiniment par une successivité de même espèce que celle ,1e l'indéfini dos années. Mais dans le sy tème do Berkelev lui-même ,1 est pins naturel de concevoir une limitati .n définie. {note qui emstait.)

trop qu U n en est pas ainsi; et, sans perdre courage, sans soustraire la valeur d un iota à l'intensité de nos dévouements, de nos travaux, de nos espérances, nous sommes néanmoins obliges de reculer de bien loin dans I aven irl inauguration de celte organisation politique dont le désir oppresse nos poitrines, et que nous préparons petit à petit pour nos descendants, sans aucun espoir d'en profiter nous-mêmes.

«XVI On ne peut, non plus, s'empecher d attribuer de longs siècles au triomphe de cette organisation économique dans laquelle la richesse sera équilibrée sur le travail, où l'on ne mangera plus sans produire, où 1 on no soutirera plus le fruit des sueurs du frère par le prêt des instruments de production, où la richesse acquise ne condamnera plus le travailleur à la pauvreté, où la propriété sera conquise, fondée et soutenue par le travail seul, où l'on dépensera le capital si l'on veut vivre sans travailler, ou même on ne pourra plus vivre sans le travail raisonnable proportionnel aux forces, où I impuissance sera garantie par l'assurance mutuelle, etc., où régnera 1 équité autant qu'elle peut régner sur 'la terre. S'il nous est donné de croire sans déraison à de grands pas très-voisins vers ce socialisme de la justice, de croire même que certaines fractions du genre humain y arriveront bientôt dans une certaine mesure, nous ne pouvons l'attendre sur toute la surface de la terre, et dans sa réalisation parfaite qu'après de bien longues périodes et de pénibles luttes.

« XVII. Si l'on consulte les chronologies historiques, mystiques ou astrologiques des peuples, on ne les trouve d'accord ni sur le durée passée de l'âge présent, ni sur sa durée future. Si nous avons vu les Persans ne donner à l'humanité terrestre que six mille ans d'existence, nous avons vu les bouddhistes lui attribuer plusieurs centaines de millions d'années.

Citons encore le fameux Kali-Youga des brahmanes, ou quatrième âge, qui est celui de l'ordre présent; cet âge est long de 432 mille ans, sur les-

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quels 4051 ans étaieut déjà écoulés on 1880, d'où il suit qu'à partir de cette date, le monde avait encore devant lui 427,010 ans à parcourir. On trouve, de plus, des rapprochements singuliers entre cette chronologie et celle des Chaldécns. Bérosc divise le temps en saros, ncros et sossos; le »aros est de 3600 ans, le néros de 600, et le sossos de 60 ; or, le sossos se trouve être précisément le cycle de 00 ans par lequel on suppute le temps encore 'aujourd'hui dans le Thihet, la Chine, le Japon et toutes les contrées adjacentes; et il se trouve aussi que les cent vingt saros que Bérosc attribue aux temps antédiluviens, probublemeut par une inversion erronée qui consiste pour lui à donner au passé ce qui appartenait à l'avenir, forment eKactement les432 mille uns du Kali-Youga de la tradition hralimanique. On ne peut donc op-

poser un concert de traditions ■ o la longue durée que nous donne i h ce monde; et peut-être même qu'en réunissant toutes les chronologies, La plus grande masse d'autorité n terait à notre manière de penser SUT cette question.

« XVIII. Dans l'ordre reUgieux si nous cherchons à apprêciar le t mps nécessaire au genre humain pouj qu'il arrive à l'unité de foi, sous la houlette de l'unique pasteur, qui sera le Christ, et à l'épuration de l'adoration parmi les hommes déjà réunis dans cette unité , nous trouvons encore une énorme durée, à moins de transformations subites et miraculeuses qui ne se feront pas, parce que Dieu n'agit dans notre nature qu'en suivant la marche progressive qu'il lui assigna en la créant. Que de nations et de peuplades à rendre catholiques; que d'hérésies et de schismes à faire rentrer au bercail; que de biens, de changements, de perfectionnements à faire dans la société ca~ tholique elle-même! Tout cela demande plusieurs fois cent mille ans, si l'on tient compte des rechutes, des excès où l'on se jette en embrassant la vérité et qu'on ne corrige ensuite qu'avec tant de peine; si l'on tient compte , en un mot, des ruses de guerre de ce Satan des prophètes qui

ne rend jamais les armes sur un point que pour se porter sur un autre.

« XI .V. On nous demandera pourquoi nous sommes tombés jusqu'ici sur le nombre douze pour exprimer le nombre rond des millénaires de siècles de la durée de notre monde, plutôt que sur le nombre dix ou le nombre quinze, dont ta différence en plus ou moins ne parait pas considérable et ne peut être dite réfutée par les considérations précédentes qui n'ont rien d'assez précis pour une telle réfutation. Nous répondons que nous l'avons fait par suite d'un instinct qui n'est pas sans raison déterminante. Ka douzaine joue un si grand rôle dans les grandes classincationsqui nous intéressent, que nous avons dû la préférer à toutes les autre Le zodiaque est divisé

louze sig i; l'année est compo»

i ire douze

esprin fois les six jours de la

,-, ition ; le Christ choisit douzeapo-

tn ; Jacoh eut douze fils; il y avait

etril us d'Israël; le nombre douze

fui la ba e la plus employée pour les

iivs dans toute l'antiquité; les

cycles de l'antique Orient

,i! et ""t encore de douze di-

- d'années; les doubles néros

des i étaient de douze sjê-

1 ; quand saiul Jean veut dire un

moyen, ni trop grand ni trop

t, il dit douze douzaines de mille

Lpoo. vu); le nombre 12 a pour

nombres générateurs le nombre 3,

qui exprime Dieu, et le nombre 2

qui exprime la création, il résulte de

ce nombre 3 multiplié par deux fois

2, etc., etc., etc. Enfin nous avons.»

présenterau Lecteur les considérations

suivantes qui vont singulièrement

justifier ce choix instinctu.

« XX. N'oublions pas quelques supputations ou rapprochements de diverses natures fondées sur des convenances religieuses ou des parole»

prophétiques de l'ordre chrétien.

i< Serait-il naturel et convenable que le Sauveur de l'humanité ne fût descendu pour nous qu'à La fin réelle de la durée de notre monde? N'est-il pas conforme à. la sagesse, telle que nous la pouvons comprendre, que le Verbe divin principe de la résurrec-

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tion et du salut quand nn est dans un état de déchéance, se soit, au contraire incarné dès l'aurore de notre jour terrestre? N'est-il pas, d'ailleurs, appelé l'Orient ? N'est-il pas dit qu'il se lève dès le matin ? Est-il jamais comparé au soleil couchant? Or, en considérant comme un jour l'évolution de l'humanité sur la terre, en supposantque l'incarnation se soit opérée au commencement de ce jour, par exemple, un peu avant la lin de son premier quart d'heure, entre la 9 e ou la 10° minute, et en attribuant, comme nous l'avons fait, à peu près huit mille ans à la durée du genre humain avant le Christ, on arrive à une proportion qui donne environ douze cent soixante mille ans pour la durée totale, et douze cent cinquante mille àpeuprès pour ce qui reste en ce moment devant nous. Puisque le Christ n'est pas venu plus tôt, le seul moyen de le faire encore venir à l'aurore des âges consiste à les allonger, et ce moyen nous parait nécessaire à employer pour conserver l'harmonie dans les opérations de la Providence.

« Quand le Christ compare la révolution qu'il va peu à peu opérer dans le monde au grain de sénevé, à des semailles, etc., ne suppose-t-il pas que la saison humaine, la journée humaine, l'année hnmaine ne fait que commencer, et que tout l'important, sous le rapport d e ladurée comme sous les autres rapports, est réservé à l'avenir ? Nous savons qu'on a prétendu trouver dans quelques paraboles des insinuations contraires, mais nousn'encroyonspasmoinsque, si on étudiait toutes celles qui sont susceptibles de rapprochement à la question qui nous occupe, notre opinion garderait l'avantage.

n Finissons par un calcul qui vaut bien tous ceux qu'on a faits sur les fameux passages de Y Apocalypse où il est question des 42 mois, des 1200 jours, et de l'espace exprimé, comme dans Daniel, par un temps, deux temps et la moitié d'un temps.

a En supposant que cet espace signifie notre second âge. tout entier, ou le temps pendant lequel Satan, la bête, la grande Babylone, etc., en Un mot, le mal, lutte contre le bien

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et n est pas encore définitivement vaincu, ce qui concorde assez bien avec les textes; en prenant à la lettre la parole de saint Pierre qui dit que mille ans sont comme un jour dans l'œuvre de Dieu au moment même ou il prévient l'objection de ceux qui voyant le monde poursuivre son cours, ne voudront pas croire qu'il doive jamais finir ; et enfin, en faisant concorder ces deux sortes de révélations, comme on doit toujours le faire, nous arrivons à la supputation suivante :

« Trois années et demie, composées de 360 jours chacune, ou 42 mois de 30 jours chacun, ou 1200 jours, pris comme exprimant la durée de notre second âge, donnent, pour cette durée réelle, en évaluant chaque jour à une valeur de mille ans ou d'un millénaire, 1260 mille ans, ou 1260 millénaires d'années, ou un peu plus de 12 millénaires de siècles ce qui est le nombre aux abords duquel toutes nos probabilités viennent de nous conduire.

Ce nombre peut s'exprimer par 42 mois de 300 siècles ou 30 mille ans chacun, dont le premier n'est encore écoulé qu'au tiers à peine; et par trois années et demie de 12 fois 300, ou 3600 siècles, nombre égal à celui des années du saros des Chaldéens, ce qui revient à trois années et demi, de 360 mille ans chacune, dont la première ne fait que de naître, conformément aux indications de la géologie, puisque cette première année n'en est tout au plus qu'à son dixième millénaire, ou dixième jour.

« Si l'on voulait déduire au juste, de cette base, la durée future de cette humanité, au moins jusqu'à la réalisation parfaite du troisième âge, il faudrait:! "évaluer combien ce nombre d'années de 360 jours donne d'années astronomiques exactes, c'est-à-dire composées de 365 jours, en tenant compte de toutes les fractions qui engendrent les années bissextiles, les siècles bissextiles, etc., évaluation très-facile à faire. 2° Trouver au juste, le temps de la durée passée du genre humain depuis sa déchéance, ce qui n'est pas aussi facile. 3° Enfin rapporter le résultat des opérations à notre

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ère chrétienne ; etl'on arriverait ainsi à fixer l'année et même le jour final de notre évolution qualifiée par nous de second âge. Ce jour se trouverait dans le voisinage de l'an du Christ 1,230,000. Nous laissons ces supputations à ceux qu'intéressent ces mystères inutiles.

« La base que nous venons d'établir serait favorisée par une foule de rapprochemenis, tels que les trois jours de Jonas dans le ventre de la ba'eine, les trois jours de la prédication aux Niniviles, les trois années et demie delà sécheresse d'Elie, les trois jours du Christ au tombeau, surtout les trois années et demie de sa vie active de prédicateur qui pourraient être considérées comme le type abrégé de la vie totale de l'Eglise militante, chaque jour de ces trois années et demie représentant mille ans de cette dernière, etc., etc.,; nous laissonsencore tous ces jeux d'esprit à de plus habiles que nous. Mais nous maintenons notre probabilité d'un avenir terrestre de plus d'un million d'années réservé à notre race, comme également appuyée sur la science et sur la religion.

o La race humaine a donc du temps devant elle pour entendre répéter, et répéter elle-même l'écho monotone de son passé, que fera peut-être cesser, quelque jour, une organisation meilleure, mais qui jusqu'à présent ne fait que s'étendre de plus en plus loin sous le soleil ; écho à double accent d'orgueil et de tristesse, dont la plume de Tertullien traduisait ainsi le sens il y a seize siècles :

« La terre se cultive et s'orne déplus » en plus. L'homme arrive partout, » il découvre de nouvelles terres, il » fait tout produire ; des campagnes » agréables ont remplacé les solitudes » immenses, la charrue a tracé des » sillons dans les forêts, les bêtes fé- » roces se sont enfuies devant les » troupeaux des bergers, on sèmesur » les grèves, on plante au milieu des » rochers, on assainit les marais, on > voit s'élever plus de villes qu'il n'y » avait autrefois de chaumières. Déjà » les îles ne causent plus d'etTroi, les » écueilsn'épouvantentplus, on trouve » partout des peuples, partout des

» gouvernements, on trouve partout » la vie. C'est un suprême témoi- » gnnge que ces multitudes humai- » nés!.... Les pestes, les famines, les » guerres, les tremblements de terre » ont beau promener la mort comme » un remède et une tonsure sur l'exu- » bérance du genre humain ; nous » sommes à charge au monde, les » éléments ne suffisent plus, les be- » soins sont plus grands, les plaintes » sortent de tous, la nature nous man- » que 1 Jamais, cependant, l'univers » s'est-il épouvanté, en voyant revenir » à la vie, après mille ans, les mul- » titudes qui descendirent ensemble » dans le tombeau?.. . »

« Oui, longtemps encore, tel sera le cri de la terre ; et les génies delà multitude y verront une prophétie de la fin, croyant toujours que le progrès a comblé sa mesure, que la nature a épuisé ses forces, et que les fléaux deviennent insuffisants pour faire latonsure à l'exubérance.

« Mais il y aura aussi des cris d'espérance, des paroles d'avenir, etDieu fera tout le reste. » Le Noir.

AVENT, temps consacré par l'Eglise pour se préparer à célébrer dignement la fête de l'avènement ou de la naissance de Jésus-Christ, et qui précède immédiatement cette fête Voyez Noël.

Ce temps dure quatre semaines, et commence le dimanche qui tombe ou le jour de saint André, ou le jour qui eu est le plus proche, soit avant, soit après, c'est-à-dire, le dimanche qui tombe entre le 21 novemhre et le 3 décembre inclusivement. Cet usage n'a pas toujours été le même. Le rit ambrosien marque six semaines pour l'avent, et le -acramentaire de saint Grégoire en compte cinq. Les capilulaires de Charlemagne portent qu'on faisait un carême de quarante jours avant Noël : c'est ce qui est appelé, dans quelques anciens auteurs, le carême de la Saint-Martin. Cette abstinence avait d'abord été instituée pour trois jours par semaine ; savoir, le lundi, le mercredi, et le vendredi, par le premier concile de Màeon, tenu en 581. Depuis, la piété des fidèles l'avait éteudue â tous les autres

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jours : mais elle n'était pas constamment observée dans toutes les Eglises, ni si régulièrement par les laïques que par les clercs. Chez les Grecs, l'usage n'était pas plus uniforme : les uns commençideut le jeûne de Yavent dès le 15 novembre, d'autres le 6 de décembre, et d'autres le 20. Dans Constantinople même, l'observation de Yavent dépendait de la dévotion des particuliers, qui le commençaient tantôt trois, tantôt six semaines, et quelquefois huit jours seulement avant Noël.

En Angleterre, les tribunaux de judicature étaient fermés pendant ce temps-là. Le roi Jean fit à ce sujet une déclaration expresse, qui portait défense de vaquer aux affaires du barreau dans le cours de Yavent, In adventu Domini nulla a^sisa capi débet ; et même encore à présent il est défendu de se marier pendant Yavent sans dispense.

Une singularité à observer par rapport à Yavent, c'est que, contre l'usage établi aujourd'hui d'appeler la première semaine de Yavent celle par laquelle il commence, et qui est la plus éloignée de Noël, on donnât ce nom à celle qui en est la plus proche, et l'on comptait ainsi toutes les autres en rétrogradant, comme on fait avant le carême les dimanches de la septuagésime, sexagésime et quinquagésime, etc.

Bergieh.

AVESTA (zend). (Théol. mixt. scien.

hist. parsism.) — V. zexd-avesta.

AVEUGLEMENT SPIRITUEL. Il consiste à ne pas sentis l'importance du salut, le prix des grâces de Dieu, l'énormitéde nos péchés, la nécessité de faire pénitence, etc. L'Ecriture dit des infidèles, qu'ils sont dans les ténèbres, et de tous les pécheurs, qu'ils sont aveugles. Lorsque cet aveuglement est volontaire, il est criminel sans doute ; s'il ne l'était pas, il ne serait pas imputable.

Cependant nous lisons dans plusieurs endroits des livres saints, que Dieu aveugle les pécheurs, les impies, les incrédules ; comment cela doit-il s'entendre? Souvent Dieu reproche

aux pécheurs leur aveuglement ; peutil en être l'auteur? Non sans doute.

Il est dit, Sap., c. 2, $ 25, que les pécheurs sont aveuglés par leur propre malice ; II Cor., c. 4, f 4, que c'est le dieu de ce siècle, ou les passions divinisées, qui ont aveuglé l'esprit des inlidèles ; ce n'est donc pas.

Dieu. Saint Paul dit que le cœur des faux sages a été aveuglé, parce, qu'ayant connu Dieu, ils ne l'ont pas honoré, qu'ainsi ils sont inexcusables;, Rom., c. 1, f 20 et 21 ; c'a donc été leur faute, et non celle de Dieu. Saint Jean dit que celui qui hait son frère,, ne voit pas clair, que les ténèbres l'ont rendu aveugle ; mais il nous avertit qui: Dieu est la lumière, et qu'en lui il n'y a point de ténèbres, Joan., c. 1, f 5; c. 2, f 12 ; Yaveuglcrnad ne vient donc pas de lui. Il dit que le Verbe divin est la vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient en en ce monde, Joan., c. 1, f 9; les pécheurs ne sont pas exceptés.

Dieu répète continuellement aux Juifs: Soyez saints, parce que je suis saint: or, la sainteté de Dieu consiste en ce qu'il défend le péché et le punit ; ilne peut doncy contribuer en aucune manière. « Dieu, dit le Sage, déteste » l'impie et son impiété, » Sap., c.

» 14, f 9. Et il ne donne lieu de pé- » cher à personne, » Eccli., c. 15, ^ 21. Dieu ne veut pas seulement que l'on dise qu'il abandonne les pécheurs, ibid., y 11 ; à plus forte raison seraitce un blasphème de penser qu'il les aveugle, qu'il leur ôtc absolument toute lumière de la grâce. Entin Jésus- Christ dit formellement aux Juifs:

« Si vous étiez aveugles, vous n'auriez » point de péché, c'est-à-dire, vous » ne seriez point coupables du péché » que vous commettez, en refusant » de croire en moi, » Joan., c.9, y 41.

Cela nous parait clair.

Cependant Calvin a cité vingt passages qui prouvent que Dieu aveugle positivement les pécheurs ; les incrédules ne cessent de les répéter ; plusieurs théologiens en abusent pour prétendre qu'il y a des pécheurs auxquels Dieu refuse des grâces de conversion ; il faut donc les examiner en détail. La question est très-importaiùe; il s'agit llc savoir si nous n'a-

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vonspas à faire à des aveugles volontciircs.

Remarquons d'abord que^ dans toutes les langues, même la nôtre, il y a deux équivoques très-communes.

La première est de aire qu'un homme fait ce qu'il laisse faire, ce qu'il néglige d'empêcher autant qu'il le peut; ainsi l'on attribue à un magistrat les désordres qu'il n'empêche point, à un père les passions de son lils lorsqu'il ne les réprime point, à un maître le libertinage d'un domestirrue sur lequel il ne veille point.

Les Pères de l'Eglise disent aux riches qui n'assistent point les pauvres :

Vous ne les avez point nourris, vous les avez tués. JVorc pavisti, occidisti ; et cela signilie seulement, vous les avez laissés périr. Nous disons à un imprudent qui s'est attiré des malheurs par défaut de prévoyance % et de précaution : Vous l'avez voulu, etc. La seconde, qui revient au même, est d'appeler cause ce qui est seulement occasion; ainsi nous disons brusquement à un homme, vous me faites enrager, lorsque son caractère ou sa conduite sont pour nous une eoeasion de dépit et de colère, môme contre son intention ; la vraie cause est notre impatience, et sowrenJ] la bizarrerie de noire propre caractère. On dit à un jeune homme follement, épris des attraits d'une femme : Cette beauté vous aveugle, vous rend fou; souvent elle l'ignore ou en est fâchée. On dit des grands cpii prodiguent leurs bienfaits, qu'ils font des ingrats; ce ne devrait pas être là le fruit des bienfaits.

C'est dans ce double sens qu'il est dit que Dieu aveugle les pécheurs: 1° parce qu'il ne leur accorde pas des lumières aussi abondantes et aussi puissantes qu'il le faudrait pour dissiper facilement leur aveuglement; mais l'excès de leur opiniâtreté n'est pas un titre pour exiger de lui de plus grandes grâces ; 2° parce que la patience avec laquelle il les attend, les bienfaits qu'il leur accorde, leur persuadent souvent qu'il en sera toujours de même, et que Dieu ne les punira pas. Dieu dit aux Juifs, Isa., c. 43, f 24 : « Vous m'avez fait servir » à vos propres iniquités. » c'est-à-

dire, vous avez abusé de mes bienfaits pour m'offonser. Toutes ces façons de parler, abusives et fausses en bonne logique, ne doivent pas plus nous surprendre en hébreu qu'en français, dans les auteurs sacrés que cttBZ les éni.aius profanes.

Le passage ! ■ plus fort qu'il y ait sur cette matière, est dans le prophète Isaie, c. G, ^ 9. Dieu lui dit : « Va et » dis à ce peuple : Ecoutez et n'entendez » pas, voyez et ne comprenez pas. En- » durcisle cœur dece peuple, bouche- » lui les oreilles et ferme-lui les yeux, » de peur qu'il ne voie, n'entende et » ne comprenne, qu'il ne se conver- » tisse et que je ne le guérisse. Jus- » gués à quand, Seigneur? Jusqu'à ce » que ses villes soient sans habitants, » ses Biaisons désertes, et ses terres » sans culture. » Si l'onprenait ce passage à la lettre, rien ne serait plus absurde. 1° Ce serait une contradiction de la part do Dieu d'envoyer un prophète aux Juifs pour leur faire des reproches, s'il avait le dessein de les aveugler et do les endurcir : ils l'étaient déjà. 2° Isaïe n'avait certaine-:

ment pas le pouvoir de les rendre pires qu'ils n'étaient. 11 est dune évident que c'est ici une prédiction, et non un commdeineut ; le sens est :

« Va dire à ce peuple : Vous écouLz » et n'entendez pas, vous voyez et ne » comprenez pas, Mais laisse-le endur- » cir son cœur, se boucher les oreilles, » se fermer les yeux, parce qu'il craint » de voir, d'entendre et d'être guéri; n et cela durera jusqu'à ce que l'excès » de ses malheurs le fasse rentrer en, lui-même. » Celle menace était évidemment plus propre à convertir les Juifs qu'à les aveugler; c'est le langage d'un père irrité contre ses enfants, mais qui voudrait les changer, afin de nepasèlre obligé de lespunir.

Ce passage d'Isaïe est répété cinq ou six fois dans le Nouveau Testament. Matth., c.13, f 13. Jésus-Christ dit des Juifs : « Je leur parie en parav boles, parce qu'ils regardent et ne «voient pas, ilsécoutentet ils n'enten- » dent pas, et ne comprennent rien.

» Ainsi s'accomplit à leur égard la » prophétie d'Isaïe, qui leurdit: Vous » écouterez et n'entendrez pas, vous re-

» gardtrezctne verni pas. Car le creur

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» de ce peuple est appesanti; ils ou- » vrent àpeineles oreilles, ils ferment » les yeux, de peur de voir, d'enten- » dre, de comprendre, de se conver- » tir et d'être guéris. » Ainsi le Sauveur attribue à la malice volontairedes Juifs ce que la prophétie semblait attribuer à Isaïe lui-même. Malgré cette évidence, les incrédules concluent que Jésus-Christ parlait exprès aux Juifs en paraboles, alin de les aveugler et de les endurcir. Quoi ! des paraboles sensibles, des comparaisons palpables, n'étaient-elles pas la leçon la plus propre à ouvrir les yeux d'un peuple grossier et obstiné? Il était question là de la parabole de la semence, image de la parabole de Dieu, et des causes qui l'empêchent de produire du fruit; cette énigme n'était pas fort difficile à comprendre.

Cependant, disent les incrédules, Jésus-Christ témoigne qu'iln'a aucune envie d'ouvrir les yeux aux Juifs ; lorsque ses disciples lui demandent :

« Pourquoi parlez-vous en paraboles » à ces gens-là? il répond : Parce qu'il s vous est donné de connaître le mys- » tère du royaume des cieux, au lieu » que cela ne leur est pas accordé. »

Ibid.. y H. Ensuite il explique à ses disciples en particulier le sens de la parabole, et ne l'explique point au peuple.

Mais pourquoi n'était-il pas donné aux Juifs de connaître les mystères du royaume de Dieu? Parce qu'ils ne le voulaient pas : Jésus-Christ le dit formellement; ils fermaient les yeux, ils se bouchaient les oreilles, etc. S'ils lui avaient demandé une explication dans le dessein d'en proliter, il la leur aurait donnée aussi bien qu'à ses disciples.

Point du tout, répliquent les incrédules; suivant saint Marc, c. 4, f 1 I, Jésus-Christ dit à ses disciples : « Il » vous est donné de connaître les » mystères du royaume de Dieu, au » lieu qu'aux étrangers tout est dit » en paraboles, atin qu'ils voient sans » connaître, qu'ils écout:nt sans en- » tendre, de peur qu'ils ne se conver- » tissent, et que les. péchés ne leur » soient remis. »

Fausse traduction; "va en grec, ut enlatin, ne signifient point Ikufin que,

mais, demaniére que ; il serait absurde de supposer que Jésus-Christ parlait, instruisait, reprenait les Juifs, afin qu'Us n'écoutassent pas, et ne fussent pas convertis. Voyez Intention.

Dans le même sens, Jésus-Christ dit, Joan., c. 9, y 39 : « Je suis venu » dans ce monde pour exercer un ju- » gement, de manière que ceux qui ne » voient pas soient éclairés, et que » ceux qui voient deviennent aveuli gles. » La suite donne l'explication.

Les pharisiens lui demandèrent :

« Sommes-nous donc aussi des aveu- » grtes? Si vous l'étiez, répliqua le Sau- » veur, vous n'auriez point de péché ; » mais vous dites nous voyons ; votre » péché demeure. » Donc, si Vaveuglement despharisiens était venude Jésus- Christ, et non de leur opiniâtreté, ils auraient été exempts de péché.

Joan.,c. 12, f 37, nous lisons encore:

« Quoique Jésus eût fait de si grands » miracles en présence des Juifs, ils ne » croyaientpasenlui, demaniére qu'ils » accomplissaient ce qu'a dit Isaïe :

» Seigneur, qui a cru ce que nous avons » annoncé, qui a reconnu l'opération » de votre bras? » Ils ne pouvaient pas croire, parce qu'Isaïe a encore dit :

«.Dieu les a rendus aveugles et a endurci « leur cœur, de manière qu'ils ne voient » point, etc. » A ce sujet, saint Augustin dit : «l'on me demande pourquoi » ilsne pouvaient pas croire, je répon- » drai d'abord, parce qu'ils ne le vou- » laient pas... S'ils ne le voulaientpas, » c'était la faute de la volonté humai-

» ne Ils étaient si orgueilleux,

» qu'ils voulaient leur propre justice, » et non celle de Dieu. » Trac. 53, in Joan,, n. 6 et 9. Tous les jours nous disons dans le même sens : Cet homme nepcut se résoudre à faire telle chose; et cela signifie seulement qu'il ne le veut pas, qu'il le refuse avec obtination.

Soutiendra-t-on que les Juifs refusaient de croire, afin d'accomplir la prédiction d'Isaïe, et que Dieu les aveuglait positivement, afin de les rendre incrédules? Non-seulementl'on dira deux absurdités, mais l'on contredira l'évangéliste ; il ajoute que cependant plusieurs des principaux Juifs crurent eu Jésus-Christ, mais qu'ils ne se déclaraient pas, à cause

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