‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 161 sur 166 · AVO · texte numérisé non relu

AVO

AXI

qu'une tentative d'homicide même sans résultat 'a été faite, et que les deux cas sont réservés à l'évêque, vu qu'on a égard, non comme dans le cas de 1'excommuuieation, au péché accompli par un acte extérieur, jmocatum opère externo completum, mais à la gravité du péché, gravitas peccati.

L'irrégularité n'est encourue que dans le cas d'un effet produit, effectu secuto, et, selon les uns, sans égard au temps où l'effet en est résulté, procwutu), vu qu'on a commis un acte défendu dont la suite est un homicide, avec l'intention de l'opérer. Si la mère meurt par suite de l'amorti ment, il y a une double irrégularité. Quant à l'excommunication, la décision de la glose subsiste, elle a lieu ipso facto.

« Autrefois l'absolution de ce péché et celle de l'excommunication qui y est attachée étaient réservées au Pape. Grégoire XIV, dans la bulle « Sedes apostolica » de 1591, étendit la décision ci-dessus citée de Sixte V, dans la bulle « E/jrcitutam » de 11188, en ce sens que l'évêque put absoudre par un prêtre spécialement délégué par lui à cet effet. Le pouvoir doit être transmis dans un acte particulier, et il n'est pas compris dans la faculté générale d'absoudre pour les cas réservés, facilitas absolvendi in reservatis. •

« Le droit canon considère comme un homicide, outre l'avortement, le cas où l'on rend un homme ou ui:e femme incapable de procréer ou de concevoir, par toutes sortes de moyens (1) ; mais l'irrégularité encourue par là, en vertu de la ci eu litution « Effrenatemi, » e^t révoquée par la bulle « Sedes apostolica. »

Comme les deux constitutions parlent de l'avortement procuré à une tierce personne, certains canonistes prétendent que la censure n'est pas encourue par la personne qui se tait avorter elle-même, et notamment lorsqu'elle y a été entraînée par une grande crainte. Ainsi, disent-ils, ceuxlà. n'encourent pas non plus les peines ecclésiastiques et l'irrégularité qui approuvent le fait accompli, pus plus que le médecin qui donne à la mère

(1) C. 3, S, t'e lionne.

malade dos remèdes dont l'avortement est la suite.

« L'avortement direct, par des manipulations chirurgicales ou des moyens médicinaux, ne peut être autorisé qu'autant que sans lui la vie de la mère et de l'enfant serait en danger, auquel cas il va de soi que le médecin n'encourt aucune irrégularité. Les peines corporelles qui peuvent être la suite du crime à'avortemmt sont de la compétence de la justice séculière. Le droit romain décide (pie la femme qui se fait avorter d'un fœtus non animé, proewatio alji'r'us fœtus nondum animait, est punie du bannissement, et de la mort si le fœtus était animé ; la peine de celui qui a commis ce crime sur une autre personne est abandonnée au juge. Des législations plus modernes ne prononcent la peine de mort, dans ce dernier cas, que lorsque la mère a perdu la vie par suite du crime. »

Le cardinal Gousset dit nettement ce qui suit :

« En morale, nous ne distinguons point entre le fœtus animé et le fœtus inanimé... Ceux qui coopèrent à l'avortement pèchent mortellement.

a II n'est pas permis à une femme dangereusement malade de prendre un remède dans le but de se délivrer de sa grossesse, à moins qu'il y ait certitude de corruption dans le fœtus; mais elle peut prendre un remède dans le but de se guérir, même au risqua d'un auortement, lorsque la maladie est mortelle.

« Une femme enceinte peut encore user d'un remède nécessaire à sa guérisoa, avec danger pour la vie de reniant, quand il est moralement certain que la mort de la mère doit entraîner celle de l'enfant. »

Le Nom.

AXIOMES. [Théol. mi.et. philos, logiq.) — H y a des vérités si simples et si claires que l'esprit les perçoit immédiatement ; ce sont elles qu'on anommées les axiomes. Toute science a ses axiomes, sans quoi elle ne serait pas une science, un édifice intellectuel, puisqu'elle manquerait de bases.

Or, vous nous dites, tristes savants des écoles pwitivistos de nos jours,

AXI

que l'ontologie, la théologie, la psychologie, toutes les sciences qui composent la métaphysique, ne son t point des sciences ; répondez à l'argumentation que je vais vous présenter :

Si l'ontologie, par exemple, a pour bases des axiomes qui soient exactement de la même évidence que ceux de votre géométrie, bien plus, qui soient les mêmes, et qu'il faille en dire autant de toutes les sciences métaphysiques parce que toutes découlent de l'ontologie, ou vous devez accorder que ce sont des sciences, ou vous devez soutenir qu'il n'existe point de sciences, y compris les vôtres et à commencer par la géométrie.

Un tout quelconque est plus grand que sa partie; deux choses égales ou semblables ou équivalentes, etc. à une troisième sont égales , semblables ou équivalentes entre elles, etc. ; entre deux termes le chemin le plus court et le plus direct est la ligne droite ; deux forces égales qui s'ajoutent ont leur résultante égale à leur somme; deux forces inégales qui sont opposées ont leur résultante égale à leur différence; et une multitude d'autres évidences de cette qualité, sont des axiomes tellement nécessaires à la géométrie que sans elles toute la géométrie s'écroule.

Or, ces axiomes s'appliquent également et au même titre à l'ontologie, à la théologie, à la psychologie età toutes les sciences métaphysiques, en sorte que celles-ci ne s'écroulent comme les premières que si on les leur enlève en récusant leur valeur d'axiomes.

Pourquoi cela?... parce que ces axiomes sont essentiels à la logique, sont toute la logique concentrée, et que la logique est aussi nécessaire à la géométrie et à toutes ses sœurs, qu'elle est nécessaire aux sciences métaphysiques. Quelle différence, en valeur démonstrative, y a-t-il entre un syllogisme en forme, dont la conséquence est évidenteetincontestable, appliqué a la démonstration d'un théorème de géométrie, et un syllogisme tout pareil sous le même rapport, appliqué à une vérité métaphysique?

S'il prouve dans un cas, il prouve dans l'autre ; s'il ne prouve rien dans nn cas, il ne prouve rien dans l'autre.

AXI

Or, la valeur de tout raisonnement detoute la logique, à quelque objet quel e soit appliquée, lui vient deçà quelle repose précisément sur ks axiomes indémontrables par excès de clarté, et qu'on peut qualifier de géométriques, dont nous avons cité quelques-uns. Pour le prouver, il suffit d en prendre un; soit celui-ci : deux choses égales à une troisième sont égales entre elles. N'est-ce pas tout le syllogisme? Que fait-on dans un raisonnement, si ce n'est mesurer deux choses à une troisième, qui est le terme moyen, et conclure de leur égalité à cette troisième leur égalité entre elles? et le syllogisme en serat-il moins bon, si, au lieu de l'appliquer à deux quantités géométriques, algébriques, physiques etc., on l'applique à deux êtres métaphysiques par exemple, à deux idées abstractivement prises?

Se réfugiera-t-on sur les principes quiserventdebaseau raisonnement, en disant que, pour la géométrie et ses sœurs, les principes sont des êtres visibles, mesurables, tangibles, tandis que pour l'ontologie et ses sœurs, ces principes, ces grandes majeures primordiales, sont des choses invisibles, qui peuvent n'être que d es êtres de fantaisie pure, crées par l'imagination?

Eh bien, chercrrbns le principe le plus radical de la géométrie, et voyons s'il dill'ère du principe le plus radical de l'ontologie. Ce principe est celuici : il existe quelque chose, El ce principe est indémontrable ; il n'estqu'évident. ; il n'est que d'intuition ; et, tout en n'étant qu'un fait, il est aussi clair pour nous qu'un axiome. Il est, d'ailleurs, nécessaire à sous-poser comme fondement indispensable de toutes les constructions que l'on élèvera dessus à l'aide des syllogismes en forme qui s'enchaîneront les uns aux autres; car il est clair que, s'il n'y a rien, tout s'évauouil pour la géométrie, comme pour toutes ses sœurs. Or, n'est-ce pas aussi le principe sur lequel repose toute l'ontologie, et, par suite, toute la famille des sciences qui en émerge? (v. athéisme.)

Ce n'est pas tout; il n'y a pas seulement entre les sciences mathématiques et autres, et les sciences onto-

AZA

AZA

logiques et autres, ces deux premières choses communes, les axiomes servant de base à la logique et le premier fait principe sans lequel tout s'écroule : il y a quelque chose ; les unes et les autres ont encore cela de commun qu'elles rencontrent toutes, dans leurs parcours, l'invisible, l'intangible, et l'inobservable. Pour les sciences métaphysiques, je n'ai pris besoin de vous le démontrer, puisque c'est le reproche même que vous leur faites; mais il faut que je le démontre pour vos sciences positives.

Or, ce n'est pas difficile .

Est-ce que vous aurez quelquefois vu, touché, observé les deux extrêmes auxquels vous conduisent à tout instant par leurs raisonnements inéluctables la géométrie, l'algèbre, le calcul infinitésimal, etc. Ces deux extrêmes sont, d'une part, le tout, dans l'espèce dont il est question, du côté de l'infiniment grand, et, d'autre part, le tout, dans la même espèce, du côté de l' infiniment petit; c'est en géométrie le plus grand cercle, par exemple, d'une part, et le plus petit de l'autre, auxquels s'appliquent tous les théorèmes sur le cercle, puisqu'ils sont absolus, ne souffrent aucune exception, et embrassent rigoureusement tous les cercles. C'est, en arithmétique, le tout des nombres par augmentation et le tout des nombres par diminution; lafractionpériodique, par exemple, vous montre avec une clarté absolue l'indéfini de la division. Estce visible, tangible, observable, cela, autrement que par le même procédé qui conduit l'esprit aux choses métaphysiques? et cependant vos sciences positives vous montrent à chaque pas, comme d'une nécessité absolue, tous ces termes que vous ne pouvez atteindre.

Quelle différence voyez-vous maintenant entre vos sciences positives et nos sciences métaphysiques? les unes et les autres s'appuient sur la même notion primordiale, se démontrent par la même logique, et conduisent également à l'inobservable pour les sens. Le Nom.

AZAZEL ou ASASEL(en héb. Sw?).

(Théol. mixt.philolo. hebr.) Il est dit

dans le rituel du grand jour d'expiation des Juifs : « Aaron tirera au sort les deux boucs, un sort pour Jéhova et un sort pour Azazel (1). Et le bouc sur lequel sera tombé le sort pour Azazel sera amené vivant devant Jéhova; on fera sur lui des prières et on l'enverra pour Azazel dans le désert (2). Et celui qui conduira le bouc pour Azazel au désert lavera ses habits, etc. (3).

Qui donc est cet Azazel 1 on n'ajamais pu s'accorder là-dessus. Cependant les opinions des commentateurs se réduisent à quatre que le docteur Welte résume et explique ainsi qu'il suit :

« 1° Les uns comprennent ^ par Azazel le bouc expiatoire lui-même; 2° Les autres, le lieu où on devait le conduire; 3° D'autres encore, l'être auquel il devait être envoyé; 4° les derniers enfin tiennent le mot pour un mot abstrait, qui désigne la destination prochaine du bouc qu'on doit faire disparaître.

« La première interprétation se trouve déjà dans Symmaque xpâro?

àra P x.V"o; et dans la Vulgate (hircus emlssarius). Mais ce qui contredit cette traduction c'est que dans le texte original StttwS (à Azazel) est aussi clairement que' possible opposé à ninH, (à Jéhova), et que l'un des boucs est placé vis-à-vis a' Azazel comme l'autre en face de Jéhova. De là il ressort du moins ceci qu' Azazel ne peut pas signifier le bouc lui-même.

m La deuxième explication a surtout pour auteurs et pour défenseurs les anciens rabbins. On ne voit pas bien dans Pseudo-Jonatham, ad Levit., 16, 8, 10, 20, si Azazel est pris réellement pour une montagne escarpée dans le désert, ou si ce qui est dit verset 10 ne doit être considéré que comme un développement du texte . Mais Saadia désigne très-positivement Azazel comme étant une montagne (4); de même Jarchi, ad Lev., 16, 8, s' appuyant sur des tradi-

(1) Lev. XVI. 8.

(î Ibid. XVI. 11.

3) Ibiâ. XVI. Î6.

(4) Coof. L. Dukos, Docum litter, et hist. sur les plus anciens exégHes hébreux, p. 66.

Afi

AZA

tions talmudiqucs, et Ahen-Esa, qui considère le mot comme la réunion d'un mot syriaque signifiant lieu rude, sauvage, etdebtt (hel), quoique ce soit là une combinaison de mot contraire à l'analogie. Plus tard cette explication eut du succès. Cependant elle a contre elle, d'une part qu'elle n'a pas égard à l'opposition marquée que nous avons indiquée plus haut, et d'autre part qu'elle produit une tautologie inadmissible dans le verset 10. Et c'est précisément aussi ce qui contredit la quatrième explication, qui combine S"NW (Azazel) avec un mot arabe signifiant séparation, éloignement, de sorte que la fin dn verset 10 dirait : « l'éloigner pour l'éloignement dans le désert, « ce qui laisse le sens du mot tout à fait vague, « pour l'éloignement » devenant un pléonasme.

« La troisième explication a d'abord pour elle la plus ancienne autorité exégétique, car la version alexandriue

traduit W A Lév., 16, 8, par t$

<iiro-ra)[iiraîw, puis sans doute aussi eIs àwironirfiv , v. 10, et Eli dçEJiv, v. 26 ; mais le premier indique comment il faut entendre le dernier. Aitoiroii-awî en effet, est comme diuorpômiio? ou d^i/axo? (cf. Pollux, V, 26 : ot Se SaîixovEç, oljjLÉvXiJovTSîTàîiipàî àXcÇïxaxot Xsyovxai dhtom>|Mtaïoi, aTtotpoaaioi, x. x.

X.), et il est entendu par là un être par lequel sont assumés lespécbésdu peuple, mais en même temps un être qui n'était pas favorablement disposé pour le peuple, et ne voulait pas lui venir en aide, une sorte à'Averruncits ou d' Avemmcator dans le sens de la théogonie grecque et romaine, c'estnà-dire un être mauvais, contraire et opposé à Jéhova. Beaucoup d'anciens rabbins avaient déjà considéré Azazel comme le prince des anges déchus (1), tel qu'il apparaît dans le livre d'Enoch (2) ; les gnostiqucsnommaient aussi Satan Azazel (3), et Origène déclare de même qu'A.zazel est Satan et n'est autre que le

(i) V y. EiseDmengor, Judtfisme dévoilé, II, 157 sq.

(2) VIII, i; XII, 2.

(3) Epipb-, Hm:, 34.

Page 1