‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 36 sur 166 · III. Dieu législateur, rémunérateur et vengeur · texte numérisé non relu

III. Dieu législateur, rémunérateur et vengeur

32. Le principe de toute loi est la volonté de Dieu souverain législateur; c'est elle qui impose aux créatures intelligentes des devoirs ou obligations morales, qui établit la différence entre le bien et le mal moral, le droit et le tort, la vertu elle vice; qui donne la force et la. sanction aux lois humaines.

De là viennent les notions d'offense, de faute, de péché actuel, mortel ou véniel, de péché volontaire, dépêché à mort, péché contre le Saint-Esprit, de crime, de coulpe, et ce qu'on nomme syndérèse. Cette volonté suprême, que nous nommons loi naturelle, nous est intimée par laraison, par la conscience, ou par le sentiment moral ; de là dérivent le droit naturel, le droit des gens, les droit et les devoirs respectifs des hommes vivant en société

33. Cette loi n'aurait aucune force si Dieu n'avait établi des récompenses pour la vertu, des peines, des châtiments, des supplices pour le crime; en cela consistent la justice, la sainteté, Iafldélitéde Dieu à ses promesses.

Cette justice n'exige point que le crime soit toujours puni, et la vertu toujours récompensée en ce monde, mais dans la vie à venir; la révélation nous enseigne que ces peines et et ces récompenses sont éternelles, que la crainte d'encourir les premières est un sentiment louable. Elle nous apprend que Dieu n'abandonne, n'aveugle, n'endurcit positivement personne, qu'il nepunit point l'ignorance involontaire, que les méchants seuls sont réprouvés; que les épreuves, les tentations sont l'occasion seulement et non la cause du péché ; que Dieu le permet, mais qu'il ne le fait pas commettre.

Elle nous assure que la justice de Dieu ne déroge point à sa miséricorde, qu'il pardonne quand il lui plaît, qu'il est plus enclin à pardonner qu'à punir, que ses menaces mêmes sont des traits de bonté.

34. Dieu a exercé l'auguste fonction de législateur dès le commencement du monde, a porté des lois positives Il avait créé Adam et Eve dans l'état

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d'innocence et de félicité, et non clans l'état de pure nature ; il les avait placés dans le paradis terrestre ; il leur défendit de toucher au fruit de Varbre de la science du bien et du mal. Séduits par le démon revêtu de la forme du serpent, ils désobéirent, déchurent de l'état d'innocence ; c'est ce qu'on nomme la chute d'Adam. Dieu les condamna eux et leur postérité au travail, aux afflictions, aux souffrances, à la mort, les priva du fruit de Varbre de vie. De là sont venus le péché originel et la concupiscence avec lesquels nous naissons tous. Saint Augustin a défendu victorieusemant ce dogme contre les pélagiens qui l'attaquaient, nommaient les catholiques traduciens, soutenaient que Dieu ne peut punir les enfants du péché de leur père.

35. Mais avant de condamner Adam, Dieu lui promit un sauveur, un médiateur, une rédemption ; cette promesse a été nommée le protêvangile, ou la première nouvelle du salut des hommes. Telleest la première alliance de Dieu avec le genre humain qui a été méconnue par les luthériens appelés substantiaires, et par tous ceux qui soutiennent que depuis ce moment le genre humain est une masse de perdition et de damnation.

36. L'histoire sainte, en parlant i'Abcl, de Caîn, d'Enos et des autres patriarches, nous fait comprendre que Dieu lui-même avait prescrit la croyance, le culte, la morale qu'il exigeait d'eux, qu'il leur avait révélé une religion. Ils n'ont connu qu'un seul Dieu créateur, conservateur, bienfaiteur, législateur des hommes; ils ont cru l'immortalité de l'âme et la vie avenir : ils n'ont rendu qu'à Dieu la gloire ou le cuite suprême d'adoration oa de latrie.

37. Ils l'ont témoigné par les signes que l'on appelle rites, cérémonies, liturgie, culte extérieur. En effet les prosternations, la. prière, les serments, au nom de Dieu, les vœux, les consécrations, les offrandes, les sacrifices, le choix des victimes, la distinction des animaux purs ou impurs, le feu sacré, les libations ou effusions d'eau, et d'autres liqueurs, les effusions de parfums, l'encens , les ablutions, les

expiations, les abstinences, lejeime, le chant, les hymnes ou cantiques, la danse, les néoménies ou assemblées à la nouvelle lune, les fêtes, les repas communs, les obsèques ou funérailles des morts, le respect pour les sépultures et les tombeaux, ont fait partie du culte primitif, et se trouvent chez toutes les nations.

38. Par les mœurs des patriarches et par le livre de Job nous voyons la piété, la résignation à la providence, la patience, la confiance en Dieu, la crainte de lui déplaire, la sainteté du mariage, la fidélité des époux, la puissance paternelle, la bonne éducation des enfants, leur respect et leur obéissance envers leurs pères, l'union entre les frères et les parents, l'humanité envers les esclaves, la charité, la justice, la compassion envers tous les hommes, tout ce que l'on appelle œuvres de miséricorde, louées et admirées comme des actes de vertu : VimpiUé, le blasphème, le parjivre, VmpudÀdté, la prostitutinn, la sodomie, l'adultère, le vol, le meurtre ou homicide, l'oppression des pauvres, des veuves, des orphelins, etc., sont regardés comme des crimes et des actions abominables ; à plus forte raison la cruauté des Anthropophages. Maisle brigandageou les guerres particulières semblaient permises.

39. Cette religion primitive, que l'on appelle loi de nature, n'est point une religion naturelle dans ce sens que l'homme l'ait formée par ses réflexions. Dieu lui-même l'avait révélée; mais elle est naturelle dans ce sens qu'elle était très-convenable à la nature de Dieu, et à la nature de l'homme dans les circonstances où il était placé. Telle est la première époque de la révélation. Cette religion devait se maintenir et se perpétuer par la tradition domestique; mais les hommes ne tardèrent pas de s'en écarter. En effet l'Ecriture met une dislinction entre les enfants de Dieu et les enfants des hommes ; elle nous parle de la corruption des hommes antédiluviens et des géants, de laquelle Noé sut se préserver; du déluge universel et de l'arche, du crime de Cham fils de Noé, de la malédiction portée contre Chanaan et sa postérité, de la

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tour bâtie par les Noachides, de la confusion des langues attestée par le nom de Babel, de la dispersion.

40. Peu après, l'Ecriture nous montre l'origine du polithéisme et de l'idolâtrie dans le culte des astres ou de l'armée du ciel, culte nommé sabaîsme, pratiqué par les sabéens ou zabiens, par les sampléens, nommés aussi êliognostiques, et hypsistariens.

Les gentils ou païens ont pris pour leurs dieux les prétendus Génies, intelligence ou démons dont ils supposaient que toutes les parties de la nature étaient animées, et les âmes des morts ; ils les ont représentés par des thcraphims ou idoles, et les ont adorées. De là sont nées toutes les superstitions , les apothéoses , la magie, les sorciers et les sortilèges, les enchantements, la divination, la foi aux songes, les augures, les aruspices, la nécromancie, les mystères du paganisme, les sacrifices des victimes humaines, etc. Toutes les pratiques destinées d'abord à honorer le vrai Dieu ont été profanées pour honorer des dieux imaginaires.

41. Dans ce même âge du monde, l'histoire sainte place la ruine de Sodome, la formation du lac asphaltite appelé mer Morte; la punition de la femme de Lot changée en statue, les incestes de Lot desquels sont nés les Ammonites etlesMoabites ; quoiqu'elle donne aux patriarches le nom de justes, leurs mœurs n'étaient pas absolument irréprébcnsibles; l&polygamie assez fréquente parmi eux n'était cependant ni un crime ni un concubinage. Les mœurs des Amorrhéens, des Chananéens, des Egyptiens, étaient encore moins pures. Alors la Providence divine était occupée d'un grand dessein.

42. En effet la vocation d'Abraham attestée par la circoncision et accompagnée de promesses magnifiques, les voyages de ce patriarche, son séjour sous le chêne ou le térébinthc de Mambré, l'histoire de Sara, nièce et non sœur d'Abraham,d'Agar,d'Ismaël, dlsaac, de Jacob, de ses douze enfants chefs de douze tribus, de Joseph, le testament de Jacob, etc., sont le prélude d'une seconde alliance que Dieu voulait former, d'une seconde loi po-

sitive plus ample que la première, et qui était devenue nécessaire à l'état dans lequel se trouvait alors le genre humain. C'est ïà seconde époque de la révélation.

43. Ce grand événement fut précédé de la mission de Moïse attestée par ses miracles, par les plaies de l'Egypte, par l'institution de la pdque ou de l'agneau pascal, par le passage de la mer Rouge, par l'arrivée des Israélites dans le désert près du mont Sinaï, par une suite d'autres prodiges, tels que la colonne de nuée, la manne du désert, etc. Ainsi par le choix ou l'élection de Dieu; les descendants d'Abraham nommés Hébreux, Israélites, ensuite Juifs, sont devenus le peuple de Dieu; mais on ne doit pas les accuser d'avoir volé les Egyptiens, d'avoir été une horde d'Arabes bédouins, etc.

44. Les lois que Dieu leur donna par Moïse, les promesses qu'il y ajouta, sont appelées l'Ancien Testament, la loi ancienne, laloiécrite,laloide Moïse, lareligionjuive,lejudnisme. Dieu ne leurrévélapointdenouveauxdogmes; ceux qu'ils avaient appris par la tradition de leurs pères étaient suffisants.

Mais il renouvela les commandements de la loi primitive renfermés dans le décalogue, les fit graver sur deux tables, y ajouta pour nouvelle sanction la promesse des récompenses temporelles. Il défendit rigoureusement l'idolâtrie, lasuperstition des hautslieux, des songes, desprésages, des stigmates, toutes les pratiques des païens, comme de consulter les ob et les morts, d'honorer le mort, de faire les repas dumort; de là l'impureté contractée par l'attouchement des cadavres.

45. Toute espèce d'impudicité, toute espèce d'injustice ou d'acception de personnes à l'égard du prochain, furent sévèrement interdites, toutes les œuvres de charité et d'humanité furentexpressément commandées. Dieu y ajouta des lois civiles, judiciaires, politiques et militaires.

Celles qui regardent l'année sabbatique, l'année jubilative ou de la rémission, les villes de refuge, le mariage d'une veuve nommée lbum, la flagellation de quarante coups, la lapidation, les vengeurs du sang, etc. , la ser-

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vilude, le jugement de zèle, les serviteurs ou esclaves ; ainsi le gouvernement des Israélites fut d'abord une théocratie.

46. Mais les lois cêrémoniellcs furent le plus grand nombre. Elles ordonnaient 1° des offrandes, comme la présentation des premiens nés ou des aines de famille, des prémices, de la gerbe avant la moisson, des pains de proposition,desj>arî\iais ou de l'encens;

2° des sacrifices et le choix des victimes, les holocaustes, les sacrifices pour le péché, celui du bouc émissaire nommé zazel, celui de la vache rousse, etc. ;

3° des abstinences, comme celle de la chair de pourceau, du sang, des chairs suffoquées, par conséquent les choix des viandes ;

4° des expiations et des purifications pour effacer les souillures ou les ■impuretés légales, même des épreuves, comme celle des eaux de jalousie;

b° des consécrations, comme celle qui se faisait avec l'huile d'onction, celle des Nathinéens, des Nazaréens ou du Nazaréat, des vœux ; mais l'anathème était une exécration ;

6° des fêtes, le sabbat, les néoniénies, la pâque, la pentecôte, la fête des tabernacles, des expiations ou pardon, des trompettes, la fête des sorts nommé purim ou phurim. Les encénies ou la fête de la dédicace du temple sont d'une institution plus récente.

47. Pour remplir le culte divin avec plus de dignité, Moïse construisit un tabernacle en forme de temple, plaça dans le saint des saints une arche d'alliance et un propitiatoire, lit faire des autels, une table des pains de proposition, un chandelier d'or. Aaron son frère fut choisi de Dieu pour être souverain pontife. Les habits de sa dignité étaient une robe de lin, une tiare, une lame d'or placée sur son Iront, un éphod ou super-huméral, un pectoral ou rational auquel était attaché l'oracle nommé nrim et thummim. Les lévites furent chargés des fonctions du sacerdoce, et simples prêtres.

48. Bientôt les Israélites se rendirent coupables d'idolâtrie en adorant le veau d'or Kijoun ou Rcmphan,

Baal Astarothau Astarté Bêelphégor, Cliamos, Moloch, la reine du ciel et l'arméedu ciel. Dieu punit leurs murmures et leurs révoltes, surtout celle de Coré, et leur complaisance pour les Madianites. Ils ne sont point accusés d'avoir adoré dagon, mais le serpent d'airain, sous les Rois. Les auteurs profanes, qui ont nommé les Juifs célicoles, et leur ont attribué le culte d'un prétendu dieu Anonichyte, connaissaient mal leur religion, aussi bien que ceux qui ont blâmé leurs prières.

49. Après la mort de Moïse, Josué gouverna ce peuple sous le nom de juge, lui fit passer le Jourdain, prit Jéricho, arrêta le soleil dans sa course, lit surles Chananéensla conquête de la Palestine, terre promise à Abraham.

Parmi les guerres des Juifs on distingue celle qu'ils iirent aux Benjaniites de Gabaa, et celle dans laquelle Jahd acheva la victoire; Aod, Jephté, Samson, Samuel sont célèbres entre les juges; on accuse mal à propos de cruauté le dernier à cause du meurtre d'Agag.

50. Les Israélites voulurent avoir des rois : le premier fui Saùl qui consulta la pythonisse d'Endor; il fut remplacé par David sous le pontificat d'Abiathar et d'Achimélech; David punit les Ammonites et fut repris de ses fautes par le prophète Nathan.

Salomon, son fils et son successeur, fut visité par la reine de Saba, fit construire le temple de Jérusalem dans lequel, outre les choses qui avaient été dans le tabernacle, on voyait une mer d'airain et un voile magnifique ; on y admirait les parvis, les pastophories, les galeries appelés péribolos, le pinacle, la plate-forme, etc. Salomon établit des portiers, des musiciens, et d'autres officiers pour le service du temple, dont les richesses et la magnificence surpassaient celles des temples du paganisme.

51. Sous Roboam un schisme de dix tribus sépara le royaume d'Israël de celui de Juda. Sous les rois idolâtres parurent plusieurs faux prophètes, tels qu'Elie, Elisée, Isaie, Jérémie, etc. On accuse mal à propos Osée d'avoir fait des imprécations, Elisée d'avoir été cruel, et d'avoir permis

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à Naaman le culte de Rcmnon, dieu des Syriens.

52. Pour punir les fréquentes idolâtries de son peuple, Dieu le livra aux Assyriens, lui fit essuyer une transmigration et une captivité à Babylone. Dans cet intervalle arriva le Imiracle des trois enfants sauvés de la fournaise et le châtiment de Nabuchodonosor. Après soixante et dix ans, Dieu fit reconduire son peuple flans la Judée. La résistance des Maehabées et leurs victoires sur les rois de Syrie sont une époque célèbre dans l'histoire juive.

53. Alors il se forma différentes sectes chez les Juifs. On y vit éclore les assidéens, les pharisiens, les saducéens, les samaritains adorateurs de Nergal, les esséniens, les thérapeutes, les galiléens, les sébuséens, les hérodiens; on établit les synagogues, les scribes ou les docteurs de la loi; on distingua les Juifs génites et les Juifs prosélytes. La distinction des rabbanistes et des caraîtes est plus moderne ; les réchahites, dont a parlé Jérémie, n'étaient pas une secte. Ce sont les rabbanistes qui ont forgé la prétendue loi orale renfermée dans la mischna. Il n'est pas certain que les auteurs profanes aient emprunté des Juifs quelques-unes de leurs connaissances.

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