‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 46 sur 166 · AAR · texte numérisé non relu

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compenser les inconvénients auxquels 'es prêtres en général étaient exposés aussi bien que leur chef. Nous ne voyons pas dans l'histoire sainte que les pontifes des Hébreux aient jamais joui d'une très-grande autorité ni d'une fortune considérable, et nous ne comprenons pas quel motif aurait pu exciter l'ambition de gouverner un peuple aussi intraitable et aussi mutin que l'étaient les Hébreux.

Les mêmes censeurs ont ajouté qu'après l'adoration du veau d'or le peuple fut puni, et qu' Aaron, le plus coupable de- tous, ne le fut point :

que le gros de la nation porta la peine du crime de son pontife. C'est une calomnie. Aaron ne fut ni l'auteur de la prévarication du peuple, ni le plus coupable ; il céda par faiblesse aux cris importuns d'une multitude séditieuse. Moïse, à la vérité , demanda au Seigneur grâce pour son frère, et l'obtint. S'il avait agi autrement, on l'aurait accusé d'inhumanité, ou d'avoir profité de l'occasion pour supplanter son frère. La faute d' 'Aaron ne demeura cependant pas impunie. Il fut exempt de la contagion qui fit périr les prévaricateurs ; mais il eut bientôt à pleurer la mort de ses deux fils aînés; il fut exclu, aussi bien que Moïse, de l'entrée dans la terre promise, et subit une mort prématurée pour une faute assez légère.

Si l'on veut faire attention à la multitude et à la rigueur des lois auxquelles le grand prêtre était assujetti, à la peine de mortqu'il pouvait encourir s'il péchait dans ses fonctions, à l'espèce d'esclavage dans lequel il était retenu, on verra que cette dignité n'était pas fort propre à exciter l'ambition. Voyez Lévite, Pontife, Prêtre, Sacerdoce.

La révolte de Coré et de ses partisans, et leur punition éclatante , ont fourni aux incrédules de nouveaux traits de malignité. Coré, chef d'une famille de lévites, jaloux du choix que Dieu avait fait A'Aaron pour le pontificat, se joignit à Dathan, à Abiron et à deux cent cinquante autres chefs de famille, et ils reprochèrent à Moïse et à son frère l'autorité qu'ils exerçaient sur le peuple

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du Seigneur. Moïse leur répondit avec modération que c'était à Dieu seul de désigner ceux qu'il daignait revêtir du sacerdoce, et il le pria de confirmer, par la punition exemplaire des rebelles, le choix qu'il avait fait d' Aaron et de ses enfants .

En effet, la terre s'ouvrit et engloutit Coré avec ses complices et toute leur, famille, et un feu du ciel consuma^ les deux cent cinquante auires coupables. Num., c. 16.

Reprocher ce châtiment à Moïse comme un trait de cruauté, c'est s'en prendre à Dieu même. Moïse ni son frère n'avaient pas sans doute le pouvoir de faire ouvrir la terre, ni de faire tomber le feu du ciel; et ce prodige se lit à la vue de tout le peuple assemblé. Dieu aurait-il approuvé par un miracle l'ambition ou la cruauté des deux frères?

Vainement certains critiques ont voulu trouver de la ressemblance entre l'histoire à' Aaron et la fable de Mercure ; tous les traits du parallèle qu'ils en ont fait sont forcés. Homère et Hésiode ont connu la fable de Mercure longtemps avant que les Grecs aient pu avoir aucune connaissance de l'histoire des Juifs; Hérodote, qui a vécu quatre cents ans après ces deux poètes, connaissait très-peu les Juifs. D'autres ont cru que le personnage de Mercure avait été copié sur celui d'Eliézer, économe d'Abraham ; ils n'ont pas mieux rencontré. 11 est fort aisé d'abuser de ces sortes de parallèles entre l'histoire sainte et la fable, et nous ne voyons pas quelle utilité il en peut résulter. Ceux qui voudront consulter les allégories orientales de M. de Gebelin, pag. 100 et suiv., verront qu'il n'a pas été nécessaire de copier l'histoire sainte, pour forger la fable de Mercure. Bergier.

AB, ABBA. Voyez Père.

ABADDON, est le nom de l'ange exterminateur dans l'Apocalypse ; il vient de l'hébreu Abad, perdre, détruire.

ABAILARD ou ABÉLARD (Pierre), docteur célèbre du douzième siècle,

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mort l'an H 42. Mous n'aurions rien à en dire, si l'on n'avait pas travaillé de nos jours à réhabiliter sa mémoire, à faire l'apologie de sa doctrine, et à donner au dérèglement de sa jeunesse toute la célébrité possible ; ce que l'on en a dit est tiré du Dictionnaire de Bayle, articles Abclard, Bérenger, H.-hise. Saint Bernard y est accusé d'avoir persécuté Abnilard par jalousie de réputation. Moslieim, Brucker et d'autres protestants, n'ont pas manqué d'adopter celte calomnie.

Malgré les efforts de Bayle et de ses copistes, il résulte de leurs aveux 1° que le dérèglement des mœurs a. Abailard n'est point venu de fiéble-a, mais d'un fond de perversité naturelle; il avait formé le dessein de séduire Héloïse avant qu'elle fût son écolière ; c'est dans cette intention qu'il se mit en pension chez le chanoine Fulbert et lui offrit de donner des leçons à sa nièce ; et il en convient lui-môme dans la relation qu'il fait de ses malheurs.

; 2° La vanité, la présomption, la jalousie, le .caractère hargneux à'Abailard, sont prouvés par ses écrits et par sa conduite. Son ambition était de vaincre ses maîtres dans la dispute, d'établir sa réputation sur les ruines de la leur, de leur enlever leurs écoliers, d'être suivi d'une foule de disciples. On voit par ses ouvrages qu'il entraînait ses auditeurs, beaucoup plus par ses talents extérieurs que par la solidité de sa doctrine; il était séduisant, mais il instruisait très-mal : il se fit des ennemis de propos délibéré, par le seul plaisir de les braver. Jaloux de la réputation de saint Norbert et de celle de saint Bernard, il osa les calomnier l'un et l'autre.

3° Il se mit à professer la théologie sans l'avoir étudiée suffisamment; il y porta les subtilités frivoles de sa dialectique et un esprit faux; cela est évident par le premier ouvrage qu'il publia. Rien n'était plus absurde que de donner un traité de la foi à la sainte Trinité, pour servir d'introduction à la théologie; de vouloir expliquer ce mystère par des comparaisons sensibles ; s'il pouvait être comparé

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à quelque chose, ce ne serait plus un mystère ou un dogme incompréhensible.

4° Ses apologistes sont forcés de convenir qu'il y a des erreurs dans cet ouvrage et dans les autres; ce n'est donc pas injustement qu'il fut condamné dans un concile de Soissons, l'an 1121, et que l'auteur fut obligé de se rétracter. Cet événement rendit avec raison les évèqnes et les autres théologiens plus attentifs sur sa doctrine. Vingt ans après, Guillaume, abbé de Saint-Thierry, crut trouver de. nouvelles erreurs dans les écrits A' Abailard ; il en envoya le précis et la réfutation à Geoffroi, évéque de Chartres, et à saint Bernard, abbé de Clairvaux. A-t-on quelque motif de prêter de la jalousie, de la haine, de lapréventionàrabbédeSaint-Thierry?

Saint Bernard, loin de témoigner ces mêmes passions contre Abailard, lui écrivit pour l'engager à se rétracter et à corriger ses livres. Cet entêté n'en voulut rien faire : il voulut attendre la décision du concile de Sens, qui était près de s'assembler, et demanda que saint Bernard y fût présent.

L'abbé de Clairvaux s'y trouva en effet ; il produisit les propositions extraites des ouvrages d' Abailard, et le somma de les justifier ou de les rétracter.

Parmi ces propositions, que l'on peut voir dans le Dictionnaire des hérésies, article Abailard, il y en a quatre qui sont pélagiennes, trois sur la Trinité, dont le sens littéral est hérétique; dans une autre, l'auteur enseigne l'optimisme ; dans la quatorzième, il soutient que Jésus-Christ n'est pas descendu aux enfers. Qui l'empêchait de rétracter les unes et d'expliquer les autres, comme il fut obligé de le faire dans la suite? Sans vouloir le faire dans le concile deSens, il en appela à la décision du pape, et se retira. Par respect pour son appel, le concile se contenta de condamner les propositions et ne nota point sa personne.

On dit, pour l'excuser, qu'il vit bien que saint Bernard et les évêques du concile de Sens étaient prévenus contre lui, et que sa justification n'eût servi à rien. Mauvais prétexte dont un opiniâtre peut toujours se servir

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quand il le veut. S'en rapporter d'abord au jugement du concile, en appeler ensuite avant même qu'il soit prononcé, est un trait de révolte et de mauvaise foi : les évèques étaient ses juges légitimes; en refusant do se justifier, il méritait condamnation.

En effet, il fut condamné à Rome aussi Lien qu'à Sens. Est-ce encore par haine ou par jalousie que le pape et les cardinaux prononcèrent l'anathème contre lui? Ce n'est qu'après cette condamnation qu'il lit entin son apologie et sa profession de foi, dans laquelle il rétracta formellement la plupart des propositions qu'on lui avait reprochées, et tâcha d'expliquer les autres.

Le grand reproche que l'on fait à saint Bernard, est de s'être exprimé trop durement au sujet à' Abailard, dans les lettres qu'il écrivit à Rome et aux évêqucs de France à ce sujet; mais ce ne fut qu'après le refus que fit Abailard de s'expliquer et de se rétracter. Cette conduite dut persuaderau saint abbé que ce novateur était un hérétique obstiné. Mosheim et Brucker disent que saint Bernard n'entendait rien aux subtilités de la dialectique de son adversaire ; mais celui-ci s'entendait-il lui-même? On voit, par les ouvrages du premierqu'il était meilleur théologien que son antagoniste, et qWA.baila.rd aurait pu le prendre pour maître ou pour juge, sans se dégrader. Toujours est-il vrai que les prolestants qui reprochent à l'abbé de Clairvaux la haine, la jalousie, la violence, l'injustice contre l'innocence persécutée, se rendent eux-mêmes coupables de tous ces vices.

5° Ils affectent d'insinuer qu'il fut condamné et persécuté, non pour ses erreurs, mais pour avoir soutenu aux moines de Saint-Denys que leur saint n'était pas le même que saint Denys l'aréopagite ; c'est une imposture. Ce point ne fut mis en question m à Soissons, ni à Sens, ni à Rome ; Abailard fut condamné pour des erreurs qu'il avait enseignées sur la Trinité, sur l'incarnation, sur la grâce, et sur plusieurs autres chefs.

6° Lorsque Pierre le Vénérable, abbé de Cluni, eut donné à Abailard

une retraite et l'eut converti, saint Bernard se réconcilia de bonne foi avec lui, et ne chercha point à troubler son repos ; il n'avait donc point de haine contre lui. Mais aux yeux des incrédules, les hérétiques onttoujours raison; les Pères de l'Eglise ont toujours eu tort. Ils blâment dans les ouvrages de saint Bernard les défauts de son siècle, et ils les excusent dans ceux d' Abailard, où ils sont beaucoup plus sensibles. Voyez Saint Bernard, Hist. del'Egl. Gallic. ,tom. 8, ann. 1 1 17 etsuiv. ; tom. 9, ann. 1130-1 1 V2, etc.

Bergier.

Nous croyons devoir compl éter cette étude, un peu trop acerbe, de Bergier, sur les luttes et les travaux d'Abailard , par la citation biographique et bibliographique suivante de M.

Héfèlé (Dict. encyd. de la théol. cathol. publié par les D" Wetzer et Welte, et traduit de l'allemand par I. Goschler, art. Abélard.)

« Pierre Abélard naquit en 1079, non loin de Nantes, dans le bourg de Palais, en Bretagne (d'où son surnom de Vi Hpaieticus Palatinus), de parents nobles, hérita de son père, homme de guerre instruit, l'amour de la science, et pour s'y adonner renonça à son droit d'ainesse en faveur de ses sœurs. On nomme ordinairement parmi ses maîtres Roscelin, le père du nominalisme; mais c'est positivement une erreur, car Abélard énumère lui-même ses maîtres, sans faire aucune mention de Roscelin (1).

« Il montra de bonne heure un goût passionné pour la dialectique, et dés l'âge de quinze ans il lit, à l'instar des chevaliers errants, une sorte d'expédition aventureuse à travers sa patrie, pour rompre des lances en l'honneur de la dialectique et provoquer les savants dans l'arène de la discussion. On voit dès lors se prononcer dans son caractère cet orgueil dont il se plaignit plus tard, et qu'avec la sensualité il désigna lui-même comme la double source de son malheur. Lorsque la Bretagne ne lui fournit plus aucun moyen de s'ins-

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(1) Voy. Cramer, Contin.deV Hist. de Bossuet, p. V,t. II, p. 410.

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tniire, il alla à Paris auprès de Guillaume de Champeaux. Mais une vive rivalité s'éleva rapidement entre le maître et le disciple, et le second triompha du premierdans leurs luttes dialectiques. Pour mettre fin à ces disputes, Abélard, âgé de vingt-deux ; ans, se rendit à Melun, plus tard à .Corbeil, non loin de Paris, et y fonda l une chaire de philosophie qui fut bientôt tellement célèbre qu'on déserta l'école de Guillaume de Champeaux. Les travaux excessifs d'Abélard Ini causèrent une maladie qui le força d'interrompre ses leçons et de chercher la santé dans son pays natal.

Au bout de quelque temps il revint à Paris ; il avait vingt-huit ans.

Champeaux, promu chanoine de Saint- Victor, enseignait toujours la dialectique et la rhétorique. Abélard se réconcilia avec lui, et, quoique âgé de près de trente ans, il redevint son disciple. Cela ne dura guère, et la division reparut bientôt. Sans être nominalisle, comme quelques-uns le prétendent faussement, Abélard combattit le réalisme de son maître en lui substituant un autre système réaliste, selon lequel l'universel, universelle, n'était point essentiellement, essentialiter, mais individuellement, individualiter, en chaque chose (1). Abélard contraignit son maître à lui faire cette concession, l'abandonna de nouveau après ce triomphe, et fonda, par esprit d'opposition, une école particulière, près des murs de Pans, sur la montagne de Sainte- Geneviève, qui alors était encore hors de la ville. Champeaux, pour échapper aux chicanes d'Abélard, se relira entièrement de l'enseignement, et fut nommé peu de tempsaprès évêque de Châlons-sur-Marne. Alors Abélard sentit naître en lui l'ambition des dignités ecclésiastiques, et il partit pour Laon afin de s'y appliquer à la théologie sous un célèbre scolastique, l'archidiacre Anselme. Abélard n'avait encore étudié que la philosophie. Il ne fut pas longtemps sans mépriser son nouveau maître. « Ce n'était,

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(I) Conf. Marbncli, Hist. de la Phi!., t. II, p. 270; I. c. p. 4||; Hitler, Hist. de la P/iil t. VU, p. 416 5q.

disait-il, qu'un arbre portant des feuilles sans fruit, un homme qui, au lieu d'éclairer sa maison, la remplissait de fumée. » Ayant exprimé son dédain en présence des autres disciples, ceux-ci lui demandèrent si, sans un tel maître, il aurait, jamais pu comprendre la sainte Écriture.

Abélard proposa d'expliquer quelque livre de la Bible que ce hit, au bout d'un seul jour de préparation. Ils lui désignèrent les difficiles prophéties d Ezéclnel, et le lendemain son coup d'essai fut un coup de maître, qui causa la stupéfaction de tous les auditeurs. Mais, Anselme ayant interdit cette conférence, Abélard retourna à Pans, où son cours de théologie eut un si grand succès que, quoique laïque, il obtint un canonicat, et qu'on vit la jeunesse, ardente à s'instruire, arriver de toutes les parties du monde pour l'entendre ; tels furent Jean de Salisbury, Othon de Freisingen, etc. Il vivait ainsi depuis cinq ans, jouissant paisiblement de sa gloire, lorsqu'il entendit parler d'une Parisienne, de dix-huit ans, qui surpassait en raison et en beauté toutes les jeunes filles de son âge, également savante dans les langues latine, grecque et hébraïque, nommée Héloïse. C'était la nièce de Fulbert, chanoine de la cathédrale de Paris, qui l'avait élevée avec le plus grand soin , après la mort prématurée de ses parents. Abélard chercha à la connaître; il parvint à se faire charger par Fulbert, désireux de développer de plus en plus l'intelligence de sa nièce, de lui donner des leçons et fut môme admis à demeurer dans sa maison. Mais Abélard , dont le cœur n'avait été sensible jusqu'alors qu'à la passion de l'étude, s'éprit d'amour pour Héloïse et fut payé de retour. Quoique âgé de trente-neuf ans, Abélard était encore plein de grâce et de beauté ; il était aimable, il avait une voix mélodieuse. Il passait son temps à composer, sous des noms supposés, d'ardentes chansons d'amour, négligeait ses études et sa chaire, et poussa les choses si loin qu'il fut exclu de la maison d'Héloïse par l'imprudent Fulbert, averti enfin de leurs intimes relations, quoiqu'Hé-

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loïse les niât formellement à son oncle. Quelque temps après, Héloïse écrivit, pleine de joie, à Abélard, qu'elle portait dans son sein le fruit de leur amour, et s'enfuit auprès d'une des sœurs de son amant, en Bretagne, où elle mit an jour un fils qu'elle nomma Astrolabe, c'est-àdire étoile brillante. Abélard cependant se réconcilia avec Fulbert et lui promit d'épouser secrètement Héloïse; mais celle-ci ne voulut pas entendre parler d'un mariage qui, d'après elle, pouvait entraver Abélard dans sa glorieuse carrière, et il fallut les instances les plus vives de son amant pour arracher son consentement à un mariage secret. Abélard reprit alors ses fonctions habituelles, Héloïse demeurant chez son oncle, afin de garder le mystère de leur union. « Plaise à Dieu, s'était-elle écriée dans un triste pressentiment, au moment de son mariage, que cette malheureuse union ne soit pas notre perte! »

Astrolabe son fils était mort. Fulbert rendit le mariage public, pour rétablir l'honneur de sa nièce, et de toutes parts on s'empressa de la féliciter. Mais elle continua à nier son mariage avec une telle persévérance qu'on finit par la croire et par tenir Fulbert pour un menteur. Fulbert s'irrita tellement contre sa nièce qu'Abélard crut nécessaire de la soustraire à sa fureur et la conduisit au couvent d'Argenteuil.

Persuadé qu'Abélard n'avait enfermé Héloïse que pour s'en débarrasser, Fulbert jura de se venger et fit saisir Abélard pendant la nuit par cinq scélérats stipendiés, qui le mutilèrent. Lorsque, le lendemain, on apprit cet acte de barbarie , tout Paris, pour ainsi dire, prit part au malheur d' Abélard. Fulbert fut destitué ; ses biens furent confisqués, et deux des coupables, qu'on saisit, furent mutilés et eurent les yeux crevés.

Abélard, après sa guérison, se retira au couvent de Saint-Denis, et, à sa demande, Héloïse, de son côté, entra au monastère d'Argenteuil, sans vocation véritable , mais paramourpour l'homme dont, dans sa passion, elle disait : Charius et dignius mihi videre-

tur tua dici meretrix quam iïïius (tofius mundi) imperatrix. Abélard, se conformant aux désirs de ses supérieurs, ouvrit un nouveau cours de théologie; mais le zèle amer qu'il manifesta pour la règle de l'ordre, que ses confrères lui pardonnèrent moins qu'à tout autre, le rendit odieux à la communauté, qui songea à l'éloigner.

Lorsqu'il fut ordonné prêtre, son supérieur lui assigna pour demeure une petite maison de campagne isolée, parce que, disait-il, le grand concours d'élèves qu'attirait le maitre ne pouvait s'accorder avec le silence du cloître, mais surtout parce qu'il tenait à isoler, sous un prétexte spécieux, le rigoureux zélateur. Abélard vit, comme autrefois, affluer dans sa retraite une foule de disciples, parmi lesquels se trouvaient le futur pape Côlestin II et Pierre Lombard, si fameux par la suite. Abélard, à leur demande, rédigea son Introduction à la Théologie, Introductio ad Theologiam. L'expression theologia est prise ici dans le sens restreint et spécial de « science de Dieu, » in specie, et, par conséquent, le livre d'Abélard n'est pas une sorte d'encyclopédie de toute la théologie, comme le titre pourrait le faire croire ; c'est un traité de l'Unité ctde la Trinité divines (1).

« Deux anciens condisciples d'Abélard, akirs professeurs, Albéric et Lotulphe de Reims, qui déjà avaient été ses adversaires dans l'école d'An elme de Laon, attaquèrent son livre et l'accusèrent d'erreur devant Rodolphe, archevêque de Reims. L'archevêque, d'accord avec le légat du pape, Conon, convoqua à ce sujet un concile à Soissons. Abélard fut condamné à brûler son traité en présence de l'assemblée et autorisé à retourner au couvent de Saint-Denis. Là il suscita contre lui de nouveaux orages en soutenant, dans une conférence publique, que Denis l'Aréopagite n'avait pu être l'apôtre des Gaules ; car, disait-il, le vénérable liède raconte que Denis l'Aréopagite devint évêque de

(1) Voyez les extraits dans Cramer, loc. fit; t. VI, p. 336-384. — Schrœekh, Hist. de l'Egl., t. XXV1U, p. 440.— Marbaclj, Uist. de la Philos,, t. U, p. 274 sq.

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Corinthe, tandis que l'apôtre des Gaules est nommé évêque d'Athènes, et non de Curintlie. Adam, abbé de Saint-Denis, menaçant Abélard de le faire comparaître devant le roi, le pauvre moine crut prudent de chercher un refuge auprès du comte Théobald de Champagne. C'est de cet asile qu'il termina son différend avec son couvenl. Le nouvel abbé de Saint- Denis, le célèbre ministre d'État Suger, le délia rie ses vœux et le dégagea de l'obligation de retourner à Saint-Denis. Désireux d'un repos qui le fuyait parluut, Abélard se retira dans les environs de Nogrnt-sur- Seine ; il y bâtit un oratoire, le nomma le Paraclet, parce qu'il espérait y trouver enfin quelque consolation, et bientôt, là comme ailleurs, il fut recherché par de nombreux disciples, qui se bâtirent d'humbles cellules autour de celle d>i maître. Ce ne fut qu'a regret fa'Abélajpâse rendit à leur désir de l'entendre. Son pressentiment ne l'avait pas trompé; de nouv.mus désagréments lui furent suscités, surtout parce qu'il avait donné à sa chapelle le nom du Saint-Esprit (Hapi*5>iyro«), et qu'il y avait placé une statue de la très-sainte Trinité ayant trois ligures semblables. Saint Bernard et saint Norbert s'étaient spécialement élevés contre lui. Néanmoins Abélard triompha cette fois, et bientôt après ses compatriote., de Bretagne l'élurent abbé de Saint-Gildas de Ruys (1 120). Agé alors de près de quarante-sept ans, Abélard prit possession de son abbaye et se voua avec zèle à ses fonctions nouvelles.

Mais le malheur semblait vouloir le poursuivre partout; ses moines furent bientôt mécontents du régime d'un supérieur rude et presque misanthrope, et le persécutèrent de toutes les manières.

« Le sort d'Héloïse n'avait'pas été beaucoup meilleur; elle avait été nommée abbesse d'Argenteuil ; mais ses religieuses étaient si indisciplinées qu'elles furent chassées de leur couvent, avec leur abbesse, par les supérieurs de Saint-Denis. Abélard olirit un asile à la supérieure fugitive ; il lui donna le Paraclet, que révêtjiie de Troyes avait érigé eu abbaye, Ilé-

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buse se retira avec huit on dix religieuses, parmilesquelles se trouvaient deux nièces d'Abélard, dans cette abbaye depuis lors fameuse, et qui subsista jusqu'en 1593. Quelque temps après, les moines de Saint-Gildas cherchèrent à empoisonner l'abbé dont ils étaient fatigués, et ce fut en apprenant cette criminelle tentative qu'Héloïse écrivit de nouveau, pour la première fois, à Abélard, et commença cette célèbre correspondance ardente peinture de la lutte d'une 'âme partagée entre l'amour et le devoir, qui finit par triompher d'ellemême. Abélard abandonna son abbaye en 1 1 M et revint à la montagne de Sainte-Geneviève comme maître et docteur. Alors aussi ses ennemis Idéologiques reparurent; Guillaume, abbe de Saint-Thierry, l'accusa d'hérésie et appela à son aide saint Bernard.

« Saint Bernard, à cette occasion, alla visiter lui-même le docteur incriminé, et lui fit des remontrances si amicales qu'Abélard promit de corriger les proportions erronées de son enseignement; mais, se repentant promptement de sa promesse, il demanda à l'archevêque de Sens de convoquer un concile, où il pourrait détendre sa doctrine. Le concile se réunit en effet en 1140. Contre toute attente, Abélard refusa la discussion, et en appela simplement au Pape.

Malgré cet appel, le concile condamna sa doctrine, dont saint Bernard envoya au I ape un compte-rendu rédigé par l'abbé Guillaume. Innocent 11 censura les doctrines d'Abélard, lui ordonna le silence et le condamna à rester enfermé dans un couvent.

« Abélard, pour se justifier, voulut se rendre lui-même à Rome, visita en passant le célèbre couvent de Cluny, résolut d'y rester, touché qu'il fut des douces paroles de l'illustre abbé Pierre le Vénérable, et, grâce à l'intermédiaire de ce saint personnage, se récom ilia avec l'Église, le Pape et saint Bernard. Celui-ci s'empressa de tendre la main à son ancien adversaire, qui écrivit, à cette occasion, une apologie de sa conduite (Confessio fidei). Pour rétablir sa santé fort délabrée, Abélard se rendit à l'abbaye

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de Saint-Marcel , très-agréablement située près de Chàlons-sur-Saôue, et qui dépendait de Cluny, y passa dans une pieuse et sévère pénitence les derniers temps de sa vie, qu'il terminale 21 avril 1 142, âgé de soixantetrois ans. Pierre le Vénérable, conformément aux usages du temps, lit graver sur sa tombe l'absolution qui lui avait été accordée de la sentence du Pape, et, se rendant au désir d'Héloise, envoya la dépouille mortelle d'Abélard au Paraciel, où elle fut inhumée. Héloïse mourut vingt-deux ans plus tard (17 mai 1164); elle ordonna que son corps fût déposé à côté d'Abélard. Les cendres de l'un et de l'autre reposent, depuis 1817, dans une chapelle du cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

« Outre V Introduites ad Theologiam que nous avons citée plus haut, Abélard écrivit encore une théologie chrétienne (Theologia christiana) , en cinq livres, qui n'est qu'une reproduction développée du premier ouvrage et qui se trouve imprimée dans Martène et Durand, Thesaur., t. V. On a de plus d'Abélard : 1° un écrit intitulé :

Sic et non, qui n'est qu'un recueil de sentences contradictoires des Pères de l'Église (édité pour la première fois, avec quelques autres petits écrits, par M. Victor Cousin, en 1830); 2° une sorte de morale dans l'écrit intitulé : % Scito te ipsum (i) ; 3° Dialogus voter Philosophum Christianum et Judaium, publié pour la première fois en 1837 par Rheinwald ; enfin 4° ditférenlesLeiiVes, dontla première contient l'histoire de sa vie, des sermons et des petits traités, qui, ainsi que Vlntrodwitio, sont dans l'édition complète des Œuvres d'Abélard et d'Héloise (2) L'écrit publié en 1835 par Rheinwald sous leti're de : Absslardi epitome Theol. christ., n'est pas d'Abélard, mais d'un de ses élèves. »

Abélard a, selon nous, un trèsgrand mérite, celui d'avoir été platonicien bien plutôt qu'aristotélicien dans un siècle (le xiie) où les tendances étaient toutes du côté de la philosophie, beaucoup moins exclusivement

11) Voy. Pertz, Thesaur., t. in, p. 2.

(ï) Xbxlardi et iieloiix opéra, Paris, 1610, 4o.

spiritualiste, du stagirite. Cette tendance se prononcera encore bien davantage dans le. siècle suivant par l'influence du célèbre professeur Albert le Crnnd. Abélard représentait, par ce côté, les Origène et les Augustin, à nos yeux les premiers des grands hommes, dont la race, dans cette malheureuse moitié du xix e siècle, semble presque éteinte!.

Le Noir.

ABAISSEMENT. Les livres du nouveau Testament nous parlent souvent des abaissements ou des humiliations du Verbe incarné. « Il s'est anéanti, » dit saint Paul, et a pris la forme » d'un esclave ; il s'est humilié et s'est » rendu obéissant jusqu'à mourir, et » mourir sur une croix : c'est pour » cela que Dieul'a exalté et lui a donné » un nom supérieur à tout autre nom ; » alin qu'au nom de Jésus, tout ge- » nou llécbisse dans le ciel, sur la » terre et dans les enfers, et que toute » langue publie que Notre Scigneuf » Jésus-Christ jouit de la gloire de » son Père. » Philipp., c. 2, f 7, 8.

Il ne s'ensuit donc pas que le Fils de Dieu, en se faisant homme, ait rien perdu de sa grandeur. Rien, disent les Pères de l'Eglise, n'est plus digne de la majesté divine que d'opérer le salut de ses créatures; il fallait cet excès d'abaissement de la part du Verbe incarné, pour guérir l'homme de l'orgueil excessif qu'une fausse philosophie lui avait inspiré : il le fallait, pour consoler la plus grande partie du genre humain, de l'humiliation à laquelle elle est réduite.

Bergieh.

ABANDON. Il y a dans l'Ecriture sainte des passages qui semblent prouver que Dieu abandonne les pécheurs, et même des nations entières; mais il en est d'autres qui nous assurent que Dieu est bon à l'égard de tous, qu'il a pitié de tous, qu'il n'a de l'aversion pour aucune de ses créatures, que ses miséricordes se répandent sur tousses ouvrages, etc. Les premiers ne signifient donc pas que Dieu prive absolument détentes grâces les pécheurs ou les nations iuiidèles, mais qu'il ne leur en accorde

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pas autant qu'à d'autres peuples, ou qu'il ne leur fait pas autant de bien qu'il leur en a fait autrefois. C'est un usage commun dans toutes les langues, d'exprimer en termes absolus ce qui n'est vrai que par comparaison.

Ainsi, lorsqu'un père ne veille plus avec autant de soin qu'il le faisait autrefois, sur la conduite de son fils, on dit qu'il l'abandonne ; s'il témoigne au cadet plus d'affection qu'à l'aîné, on dit que celui-ci est délaissé, négligé, pris en aversion, etc. Ces façons de parler ne sont jamais absolument vraies ; personne n'y est trompé ; elles ne doivent pas nous surprendre davantage dans l'Ecriture sainte que dans le langage ordinaire.

En effet, malgré les promesses formelles que Dieu avait faites aux Juifs de ne jamais les abandonner, ils ne manquaient pas de dire dans toutes leurs calamités : le Seigneur nous a délaissés, nous a oubliés. Voici ce que leur répond le prophète Isaïe de la part de Dieu, c. 49, ^ 14 : « Une » mère peut-elle oublier son enfant » et manquer de tendresse pour le » fruit de ses entrailles? Quand elle » pourrait le faire, je ne vous oublie- » rais point. » L'abandon prétendu dont se plaignaient les Juifs, consistait seulement en ce que Dieu ne les protégeait plus d'une manière aussi éclatante, et ne leur accordait plus autant de bienfaits qu'autrefois.

Nous devons raisonner de même, et entendre de même l'Écriture sainte, à l'égard des grâces de salut et des secours surnaturels. Dans l'article Grâce, § 3, nous prouverons, par l'Ecriture sainte, par les Pères de l'Eglise, par l'efficacité de la rédemption, qu'il n'est sous le ciel aucune créature que Dieu laisse manquer de grâces absolument et entièrement, mais il n'en fait pas également et en même mesure à tous les hommes ; aux uns il en accorde de plus abondantes et de plus efficaces qu'aux autres, et c'est dans ce sens seulement que ceux-ci sont abandonnés en comparaison des premiers.

Quelques accusateurs de la Providence ont affecté d'alléguer un passage du livre des Proverbes, c. 1, ^ 24, où la Sagesse dit aux pécheurs:

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» Je vous ai appelés, et vous m'avez » rebutée; je vous ai tendu les bras, » et aucun de vous ne m'a regar-

» dée De mon côté, je rirai et

» j'insulterai à votre ruine, lorsque » les maux que vous craignez vous

» seront arrivés Alors on m'invo-

» quera, et je n'écouterai point : on » me cherchera, et on ne me trou-

» verapas Mais celui qui m'écou-

» tera reposera sans crainte ; il sera » dans l'abondance et n'aura plus de » maux à redouter. » Nous ne voyons pas comment l'on peut conclure de là qu'il y a un moment fatal auquel Dieu n'écoute plus les pécheurs, les abandonne entièrement, leur refuse toute grâce, et les laisse périr.

1» 11 est évident que le Sage parle de maux temporels, et non de la réprobation des pécheurs. 2° Ce serait en vain qu'il ajoute : celui qui m' écoutera, etc. Les pécheurs peuvent-ils encore écouter Dieu, lorsqu'il ne leur parle plus par la grâce? 3° Cette opinion est formellement contraire à la promesse que Dieu a faite par Ezéchiel, c. 33, ^ 14 : « Lorsque j'aurai » dit à l'impie, tu mourras, s'il fait » pénitence et pratique la justice,...

» il vivra et ne mourra point. » Or, l'impie ne peut faire pénitence, à moins que Dieu ne lui donne lagrâce.

Les Pères de l'Eglise ont tous insisté sur ce passage, et sur ce qui précède, ^ H : « Par ma vie, dit le » Seigneur, je ne veux point la mort » de l'impie, mais qu'il se convertisse » et qu'il vive . » Ils en ont conclu que la miséricorde de Dieu n'abandonne jamais entièrement les pécheurs. Dieu dit dans l'Apocalypse, c. 3, f 19 : « Faites pénitence, je » suis à la porte et je frappe ; siquel- » qu'un m'ouvre, j'entrerai chez lui. »

Il ne met point d'exceptions. Jésus- Christ nous est représenté, non comme un juge empressé de faire justice, mais comme un Sauveur miséricordieux, qui craint de perdre son âme et le prix du sang qu'il a répandu pour elle.

Cependant quelques théologiens soutiennent que ce n'est pas là le sentiment de saint Augustin. Ce Père, disent-ils, arépété vingt fois que Dieu n'abandonne point le juste, à moins

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qu'il n'en soit abandonné; il appliqub ce principe même à notre premier père, Serm. I, in Ps. 58, n. 2 ; il dit i que Dieu a délaissé Adam, parce ' qu'Adam lui-même a délaissé Dieu :

donc il suppose que quand un juste ubandonne Dieu, il en est abandonné à son tour. L. 3. de Pecc. meritis et remiss., c. 13, n. 22, le saint docteur prétend que, dansquelques occasions, Dieu n'aide point les justes à faire le bien, parce qu'ils peuvent s'enorgueillir ; il pense que Dieu leur refuse la grâce et les laisse tomber, alin de les humilier par leur chute. Or, s'il refuse quelquefois la grâce aux justes, à plus forte raison aux grands pécheurs. Lorsque ceux-ci veulent s'excuser en disant : « En quoi sommes- » nous coupables de vivre mal, dès » que nous n'avonspas reçu la grâce » de bien vivre ? » Saint Augustin répond, Epist. 194 ad Sixtum, c. 6, n. 22 : «S'ils sont au nombre des » vases de colère destinés à la perdi- » tion, qu'ils s'en prennent à eux- » mêmes, parce qu'ils ont été faits » de cette masse que Dieu a justement » condamnée pour le péché d'un seul » dans lequel tous ont péché. » Ainsi, ce Père suppose que la grâce leur est refusée à cause du péché originel.

Enfin, Tract. 58, in Joan., n. 6, il dit que Dieu aveugle et endurcit les pécheurs, non en les forçant au mal, mais en ne les secourant point, par conséquent en les abandonnant.

Il est étonnant que ceux qui prêtent à saint Augustin cette doctrine absurde n'aient pas vu qu'ils le font tomber dans des contradictions grossières. 1° Puisque le juste a besoin de la grâce prévenante non-seulement pour faire le bien, mais encore pour y persévérer, s'il lui arrive d'abandonner Dieu ou de pécher, parce \ qu'il a manqué de la grâce, ce n'est • pas lui qui a délaissé Dieu, mais c'est Dieu qui l'a délaissé le premier : dans ce cas, que devient le principe tant répété par saint Augustin, que Dieu n'abandonne jamais le juste, à moins qu'il n'en soit abandonné? Lorsque Adam a péché pour la première fois, avait-il déjà délaissé Dieu ? ou la grâce lui a-t-elle élé refusée, parce qu'il était né de la masse de perdi-

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tion ? 2° Lorsque les pécheurs veulent rejeter sur Dieu la cause de leurs crimes, saint Augustin leur oppose ce passage de l'Ecclésiastique, c. 15, y 11 : « Ne dites point, Dieic me man- » que ; c'est lui qui m'a égaré ; Dieu » n'a pas besoin des impies, etc. »

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