AL
De cette conteftation même on a conclu contre eux qu'il n'est pas vrai que la communion sous les deux espèces soit de précepte divin, puisqu'il y a des cas où l'on peut s'en dispenser. Voyez Communion sous les deux espèces, Coupe. Bergier.
ABSTINENCE. Le motif général de l'abstinence est de mortifier les sens et de dompter les passions : l'on connaît assez les suites naturelles de la gourmandise. Selon M. de Buffon, la mortification la plus efficace contre la luxure est l'abstinence et le jeûne.
Hist. Nat., tom. III, in-12, c. 4, pag.
103. Dieu, après avoir créé nos premiers parents, leur accorda pour nourriture les plantes et les fruits de la terre ; il ne leur parla point de la chair des animaux. Gen., c. 1, f 29. Mais vu les excès auxquels se livrèrent les hommes antérieurs au déluge, il n'est guère probable qu'ils se soient abstenus d'aucun des aliments quipouvaint flatter leur goût.
Après le déluge, Dieu permit à Noé et à ses enfants de manger la chair des animaux ; mais il leur défendit d'en manger le sang. Gen., 9, f 3 et suiv. Par les termes dans lesquels cette défense est conçue, il paraît que le motif était d'inspirer aux hommes l'horreur dumeurtre. L'habitude d'égorger les animaux et d'en boire le sang porte infailliblement l'homme à la cruauté.
Moïse par ses lois défendit aux Juifs la chair de plusieurs animaux qu'il nomme impurs ; il exclut nommément tous ceux dont la chair pouvait être malsaine, relativement au climat, et causer des maladies. Quelques philosophes ont rapporté au même motif l'usage des Egyptiens, de s'abstenir de la chair de plusieurs animaux.
L'usage du vin était interdit aux prêtres pendant tout le temps qu'ils étaient occupés au service du temple, et aux nazaréens pour tout le temps de leur purification.
A la naissance du christianisme, les Juifs voulaient que l'on assujettît les païens convertis à toutes les observances de la loi judaïque, à toutes les abstinences qu'ils pratiquaient.
rti
ABS
ABS
Les apôtres assemblés à Jérusalem décidèrent qu'il suffisait aux iidèles convertis du paganisme de s'abstenir du sang, des viandes suffoquées, de la fornication et de l'idolâtrie. Act., c. 15. Saint Paul dans ses lettres a donné sur ce point des règles trèssages. Bientôt même cette abstinence se trouva sujette à des inconvénients ; Tertullien nous apprend que les païens, pour mettre les chrétiens à l'épreuve, leur présentaient à manger du sang et du boudin. Apol., c.
9. Mais les abstinences prescrites à Noé, aux Juifs, aux premiers fidèles, démontrent l'abus que les protestants ont fait de la maxime de l'Evangile, que ce n'est point ce qui entre dans labouche qui souille l'homme. Matth., c. 4, f H.
Les manichéens faisaient déjà cette objection pour prouver que les abstinences prescrites par Moïse étaient absurdes, et saint Augustin a réfuté plus d'une fois ce sophisme. L. contra Adim., c. 15, n. 1 ; L. 16 contra Faust., c. 6 et 31. Est-il donc permis de manger de la chair humaine, sous prétexte qu'aucune nourriture ne souille l'homme ? La pomme mangée par Adam le souilla sans doute, puisqu'il en fut puni, lui et toute sa postérité. Dès que les apôtres ont eu le droit de défendre aux chrétiens l'usage du sang et des viandes suffoquées, pourquoi leurs successeurs n'ont-il pas eu celui d'interdire l'usage de toute viande dans certains jours et dans un certain temps ?
Ce qu'il y a de singulier, c'est que les manichéens, qui tournaient en ridicule les abstinences prescrites par Moïse, ordonnaienteux-mèmes àleurs élus de s'abstenir du vin et de la chair des animaux. Pour justifier cette discipline, ils disent que ceux d'eutre les catholiques qui faisaient la mùnae chose, passaient pour être les plus parfaits. Saint Augustin leur répond que ceux-ci pratiquent l'abstinence pour mortifier les passions, au lieu que les manichéens croyaient que la chair en soi était impure parce que c'était l'ouvrage du mauvais principe. Beausobre qui veut à toute force disculper les manichéens, p;>sse sous silence leur contradiction touchant
les abstinences judaïques, et soutient qu'ils raisonnentplus conséquemment que les catholiques. 11 abuse d'une équivoque en appelant nourriture saine, celle qui n'est ni infecte ni corrompue, et celle qui ne nuit point d'ailleurs à la santé. Est-ce donc la même chose ? Avec de pareils sophismes on peut prouver tout ce que l'on veut. Hist. des manich., 1. 9, c. 11.
Lorsque l'Eglise nous a commandé Yalistinence et le jeûne, elle n'a envisagé que le motif général de la mortification ; elle ne s'est fondée ni sur les défenses faites aux Juifs, ni sur les rêveries de quelques hérétiques; elle se relâche même de la sévérité de ses lois, toutes les fois qu'il se présente des raisons d'user d'indulgence.
Quelques philosophes sont convenus qu'en bonne politique il est très-utile de suspendre le carnage des animaux pendant quelques jours et quelques semaines de l'année.
Quant aux abstinences pratiquées par quelques sectes de philosophes, par les pythagoriciens, par les orphiques, etc., elles ne nous regardent point; les motifs pour lesquels V abstinence est observée par les chrétiens n'ont rien de commun avec ceux qui dirigeaient la conduite de ces philosophes.
Quelques protestants ont soutenu que, dans les premiers siècles de l'Eglise, l'abstinence de la viande ne faisait pas partie essentielle du jeûne du carême, qu'il était défendu seulement d'user d'une nourriture délicate et recherchée, soit qu'elle fût grasse ou maigre; qu'il n'y avait rien de prescrit sur le genre des aliments, pourvu que l'ou observât la sobriété et la mortification. Le Père Thomassin a fait voir le contraire par des preuves solides. Traité des Jeûnes, ]r e partie, c. 10 et 11 ; 2 e partie, c. 3, etc. Comme il n'y avait point de loi positive et formelle touchant le jeûne, il n'y en avait point non plus concernant l'abstinence ; c'est donc à l'usage établi qu'il a fallu s'en tenir dans tous les temps. Or, dès le troisième siècle, Origèiie nous apprend que plusieurs chrétiens fervents s'abstenaient pour toujours de la viande et du vin, non par les mêmes raisons que les
ACS l
pythagoriciens, mais pour réduire leur corps en servitude et réprimer les passions. Liv. S contra Cels., n.
49, et homil. 19 in Jerern., n. 7. Nous voyons la même chose parle Sl c canon des apôtres. A plus forte raison, le commun des chrétiens devaient-ils le faire les jours de jeûne.
Quand même cet usage n'aurait pas été établi dès l'origine parmi les Orientaux, il aurait encore été nécessaire de l'introduire à mesure que le christianisme a pénétré dans nos climats septentrionaux. Dans ces contrées les viandes ont toujours été les aliments les plus délicats et les plus succulents, pour lesquels tout le monde se sent le plus d'attrait et dont l'apprêt peut être le plus varié, ce sont donc ceux dont la privation a dû paraître la plus dure les jours de jeûne. Si les peuples du Nord avaient été moins carnassiers, ils auraient été moins empressés d'adopter la morale des prétendus réformateurs touchant V abstinence et le jeûne.
Barbeyrac, protestant très-peu modéré, reproche à saint Jérôme d'avoir condamné absolument l'usage de la viande, d'avoir jugé qu'il est aussi mauvais en lui-même que l'usage du divorce. « Jésus-Christ, dit ce Père, » a remis la lin des temps sur le » même pied que le commencement; » de sorte qu'aujourd'hui il ne nous » est permis ni de répudier une » femme, ni de nous faire circoncire, » ni de manger de la chair, selon ce » que dit l'Apôtre : Il est bon de ne » puint boire de vin et de ne point » manger de la chair; car l'usage du » vin a commencé avec celui de la » chair, après le déluge. » Adv. Jovin., 1. 1er, page 30. Saint Jérôme , selon Barbeyrac, abuse ici dn passage de saint Paul ; et dans tout ce qu'il dit de l'abstinence et du jeûne, il copie Tertullien devenu montaniste.
Traité de la morale des Pères, c. 15, § 12 et suit). Tout cela est-il vrai ?
En premier lieu, le texte de saint Jérôme n'est pas fidèlement rendu; il porte : « Depuis que Jésus-Christ » a remis la tin des temps sur le » même pied que le commencement, » il ne nous est pas permis de répu- » dier une femme : nous ne recevons
5 ACS
» plus la circoncision et nous ne » mangeons point de chair. » Saint Jérôme ne dit point que ce dernier usage ne nous est pus permis : remarque essentielle. Son intention est évidemment de dire : Nous ne mangeons pas tous de la chair, et dans tous les temps.
En second lieu, ce Père écrivait contre Jovinien qui soutenait, comme les protestants, qu'il n'y a aucun mérite à s'abstenir de la viande, parce que c'est un usage indifférent; puisque Dieu, qui l'avait défendu avant le déluge, le permit ensuite. Or, ce raisonnement est évidemment faux.
L'Ecriture approuve les nazaréens, qui faisaient vœu de s'abstenir du vin et de ne point se raser la tète pendant un certain temps. Num., c. 6, f 3. Les réchabites sont loués d'avoir observé la défense que leur père leur avait faite de boire du vin et d'habiter dans des maisons. Jerern.., c. 33, f 16. Jésus-Christ a loué saint Jean-Baptiste qui vivait de sauterelles et de miel sauvage. Les apôtres défendirent aux premiers fidèles l'usage du sang et des chairs suffoquées, quoique cet usage lût en lui-même indifférent. Il y a donc du mérite à s'abstenir de choses indifférentes, lorsque le motif de cette abstinence est louable.
En troisième lieu, saint Jérôme ne compare point l'usage de la viande à celui du divorce, quant à leur nature et à leurs effets, mais relativement a.
la défense et à la permission de Dieu, sur lesquelles Jovinien argumentait.
Celui-ci disait : Dieu a permis après le déluge la chair qu'il avait défendue auparavant; donc cet usage est indifférent en lui-même, donc il n'y a aucun mérite à s'en abstenir. Saint Jérôme attaque ces deux conséquences l'une après l'autre, et voici le seus de sa réponse. Votre raisonnement pèche par trois endroits. 1« Dieu a permis par Moïse le divorce qu'il avait défendu auparavant; il ne s'ensuit pas néanmoins que le divorce soit indifférent en lui-même. 2° Quand l'usage de la chair serait indifférent en soi-même, il suffirait que Jésus-Christ, qui a voulu rétablir la perfection primitive, nous eût déconseillé cet usage, comme
ABS
il a défendu le divorce, pour nous faire abstenir de l'un et de l'antre.
3° Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas une défense positive, saint Paul dit, Rom., c. 14, f 21 : « Il vaut mieux » ne point manger de viande, ne » point boire de vin et s'abstenir de » tout ce qui peut faire tomber le » prochain, le scandaliser ou affai- » blir sa foi. » Donc il peut y avoir de bonnes raisons de s'abstenir de ce qui est indifférent en soi-même, et alors c'est un mérite ; donc voire argument ne vaut rien. Barbeyrac, qui sentait Je poids de ces trois réflexions, les a confondues et a tout brouillé pour déraisonner à son aise.
Que l'on dise, si l'on veut, que la réponse de saint Jérôme n'est pas assez développée, soit ; il ne s'ensuit pas qu'elle est mauvaise et que sa morale est fausse.
Il n'est pas vrai non plus qu'il ait mal entendu le passage de saint Paul :
il a rendu mot à mot les premières paroles ; et, en lui donnant le même sens que Barbeyrac, le raisonnement de saint Jérôme conserve toute sa force.
En quatrième lieu, qu'importe que ce Père ait copié Tertullien devenu nionfcaniste, pourvu qu'il ne soit pas tombé dans le même excès? Les raisonnements que ce dernier a faits depuis sa chute ne sont pas tous des hérésies, et un raisonnement mal appliqué n'est pas toujours une erreur.
Il y a sur l' abstinence deux excès à éviter, et un milieu à suivre. Le premier excès est celui des hérétiques encratites, moutanistes, manichéens, etc., qui soutenaient que l'usage de la viande est impur, défendu, mauvais en lui-même ; saint Paul les a combattus; I Tim., c. i, f 3. Le second est celui de Jovinien et des protestants qui prétendent que l'abstinence de la viande est sans aucun mérite, superstitieuse, judaïque, absurde, etc. Le milieu est suivi par 1 Eglise catholique qui décide que celte a6s/mencepeul être louable, méritoire, commandée même pour - de Lons motifs et eu certains cas. Tel est l'esprit du 43 e ou 51 e canon des apôtras : « Si un clerc s'abstient du » mariage, de la viande et du vin,
ABS
» non par mortification, mais par » horreur et en blasphémant contre » la création, qu'il se corrige ou qu'il » soit déposé. »
Il est donc absurde d'alléguer aujourd'hui, contre l'abstinence pratiquée par mortification, ce que les apôtres et les anciens Pères ont dit contre celle des hérétiques.
Si on nous demande pourquoi il est louable de se mortifier par l'abstinence; nous répondrons avec sain!
Paul, Galat., c.5, > 2 i- : « Ceux oui » sont à Jésus-Ghrist ont crucifié » leur chair avec ses vices et ses con- » voitises. » I Corinth., c. 9, f 27 :
» Je châtie mon corps, et je le réduis » en servitude, de peur d'être ré- » prouvé après avoir prêché aux au- » très. »
Comme on a eu de nos jours l' ambition de réformer toutes les lois on a proposé fort sérieusement de retrancher un bon nombre des jours à' abstinence et de jeûne, parce que la loi qui les ordonne n'est plus respectée et devient une occasion continuelle de transgression ; l'on a cité à ce sujet le passage de saint Paul, Rom,, c. 7, ^ 10 : « Le commandement qui « devait me donner la vie a servi à » me donner la mort. »
Si cette raison était solide, il ne faudrait pas seulement conclure à retrancher quelques jours d'abstinence, mais à supprimer toute loi d'abstinence quelconque. On n'a pas vu que saint Paul parlait du précepte de la loi naturelle : Tu ne convoiteras point, etc., Faut-il aussi abolir la loi naturelle,
Earce qu'elle est souvent violée?
orsque les mœurs publiques sont licencieuses, on ne respecte plus aucune loi ; ce n'est point alors le cas d'abolir les lois, mais de les renforcer si on le peut. Voyez Carême, Jelnk.
Beugieh.
ABSTINENTS, secte d'hérétiques qui parurent dans les Gaules et en Espagne sur la fin du troisième siècle.
On croit qu'ils avaient emprunté une partie de leurs opinions des gnostiques et des manichéens, parce qu'ils décriaient le mariage, condamnaient l'usage des viandes et mettaient le Saint-Esprit au rang des créatures.
ABS
Baronius semble les confondre avec les liiéracites ; mais ce qu'il en dit, d'après saintPhil astre, convientmieux aux cncratites dont le nom se rend exactement par ceux d'abstinents et de continents. Voyez E.nchatites et
HlÉRACITES. BERGIEIU
ABSTRAIT (Y) {théol. mixt., philos, logiq.). — On qualifie de sciences abstraites celles qui ont pour objet des généralités applicables à toutes sortes d'espèces; et l'on nomme, par opposition, sciences concrètes celles qui appliquent ces vérités générales à telles ou telles réalités spéciales.
On a raison d'établir cette classification prirmordiale des opérations de l'esprit. L'esprit fait ces deux choses; il abstrait et il concrète; et c'est la première qui constitue sa puissance et sa gloire. Il possède une force inexplicable, celle d'établir des sciences absolues comme certitude, par exemple, l'algèbre, avec toutes ses sœurs et ses filles, par lesquelles, ne faisant aucune application, il construit des échafaudages d'idées générales, qui soat, d'une part, aussi certains et évidents que cette vérité générale de même ordre : toute partie d'un tout est plus petite <juc ce tout , et qui sont, d'autre part, avec la même évidence, applicables à toutes les choses possibles, quoique la série en soit sans limite.
L'esprit humain franchit d'un saut, par sa puissance d'abstraction, la série indéfinie, l'indéfini, et voit clairement que rien dans cette série, tant de ce qu'il y perçoit que de ce qu'il n'y perçoit pas, tout iualt'mgible qu'elle suit ù sa vision, ne peut, en soi, échapper à la règle démontrée comme généialité. (V. Not. wl.)
Voilà l'abstrait I voilà la puissance de l'esprit!
Cela flaire tellement l'absolu, l'infini, Dieu, que Dieu lui-même est coni;u par l'esprit qui réfléchit à cette puissance, comme nécessaire pour la communiquer, et comme moteur perpétuellement présent à son œuvre pour la soutenir dans une telle puissance. Il y a là de l'infini, de l'absolu, un divin si clair et si indispensable à l'opération, que Dieu tout entier en sort avec tous ses infinis. Oui! positi-
ABS
visles, l'abstrait me suffit pour la démonstration de Dieu. Serait-elle sortie du vide cette puissance étrange de l'abstraction, si un être éternel ne l'avait possédée pour la communiquer?
serait-elle sortie du non-être, du néant, du vide absolu? Serait-elle sortie d'un atome de matière ?... Et si vous le dites, en ajoutant pour sauver le, bon sens, que cet atome est éternel, je vous dirai moi : cet atonie est Dieu, et j'aurai encore raison....
Oui, si vous êtes matérialistes et athées du fond de l'aine, pendant que votre esprit fait des abstractions, je ne pourrai vous accuser d'une mauvaise loi monstrueuse ; mais je vous accuserai d'un monstrueux aveuglement.
Le Nom.
ABSURDE (1') (théol. mixt., philos, logiq.). — Ce mot signifie une série quelconque d'idées qui se détruisent mutuellement. Dire que la partie peut être aussi grande que le tout qui la renferme est dire une chose absurde, parce que c'est dire, à la fois, qu'il s'agit et qu'il ne s'agit pas d'une partie impliquée dans un même tout et plus petite que lui. L'absurde est chassé par la logique de toute assertion raisonnable. C'est ainsi que nous avons vu, au mot absolu, l'aftirinalion du relatif appliquée parles positivistes à toutes choses, avec négation de l'absolu, impliquer une des absurdités les plus évidentes.
Mais il n'en est pas de même du mystérieux, lors même qu'il parait absurde sans qu'il y ait pourtant évidence de contradiction dans son énoncé. La différence est si grande entre l'un et l'autre, que, dans les réalités existantes, rien ne saurait être absurde, tandis que tout y est nécessairement mystérieux.
Rien, dans les êtres réels n'est absurde, car s'il pouvait s'y trouver quelque chose d'absurde, ce serait que ces êtres pourraient impliquer, à la fois, dans leur réalisation, le oui et le non, ou si l'on aime mieux, une manière d'être avec une autre manière d'être qui serait la négation de la première; il est évident que celle qui détruit l'autre ne peut l'accompagner dans le même objet au même moment de
ABS
ABU
son existence. Il <>st donc nécessaire qu'il n'y ait rien â'absurde dans les choses réelles. Nous disons dans les choses réelles, parce que, s'il s'agit des créations de l'imagination d'un être borné, il peut arriver que, la mémoire ouhliant ce qui a été déjà posé dans le tableau, ou la sagacité limitée du poète y ayant introduit un élément sans se rendre suffisamment compte des conditions d'être de cet élément, cette imagination y ajoute ensuite un autre élément qui suit négatif et destructif du premier. Alors la création est absurde et s'annule d'elle-même, quoique les images mentales et les expressions parlées ou écrites qui lui correspondent dinimi rent;c'estun ètremurt-né, qui n'exista jamais et qui ne pourra jamais entrer dans le monde réel, parce qu'il n'appartient pas au monde des possibles.
Mais il en est tout autrement, avons nous dit, du mystère ; le mystère est nécessairement partout, de la pins petite chose à la plus grande. On peut le démontrer <i y / iori: cette chose est, par hypothèse, une réalité; or, une réalité ne peut être qu'absolue ou relative. Si elle est absolue, vous
Îiouvez comprendre la qualité d'absoue qui est en elle, attendu que c'est la chose la plus simple de toutes, puisque c'est l'être seul dépourvu de toute complication, de toute relation, de toute attache, de tout besoin de cause et de soutien ; et nous devons conclure de là que, sous ce rapport, Dieu est l'être le moins mystérieux, le plus compréhensible de tous les êtres. Mais, se présentent aussitôt, par une concomitance nécessaire, toutes les propriétés qui composent l'absolu, dans son totalisme, et voilà l'abîme insondable ; voilà le mystère. Si la chose est relative, elle ne peut être relative, en tin de compte, qu'à l'absolu ; l'absolu devient son soutien, sa cause, son contenant, son point de départ et son point de retour ; c'est déjà le plus grand des mystères, le mystère insondable pour l'être même* qui existe de la sorte, s'il a la pensée, et pour toute intelligence autre que l'inlclligence absolue. La relation seule est déjà
mystérieuse, comment comprendre un être qui n'est pour lui-même, ni son propre soutenant, ni son propre contenant, ni son propre produisant, ni son propre activant, qui parait, en un mot, soustous ses points de vue n'être qu'en n'étant pas ?
Ce n'est pourtant pas l'absurde, car on ne dit point qu'il soit et qu'il nesoii pas tout à la fois; on dit, au contraire, qu'il est, etl'on nie qu'ilne soit point ; mais on dit qu'il n'est pas d'une manière absolue, qu'il n'est que d'une manière relative, et que sans sa relation à un autre il ne serait point. Oh ! la contingence toute seule, quel mystère !...
Ce mystère serait l'absurde si vous étiez l'absolu ; à la condition de le laisser, il ne va pas au delà du mystère. *
Avec Dieu tout est mystère ; sans Dieu tout est absurde. Le Nom.
ABUKARA (Théodore) (théol. hist., Hog. et bibliogr.). — On l'a confondu à tort avec Théodore de Mopsueste; il fut un disciple de S. Jean Damascène et évoque de Carrhcs (Karae en Mésopotamie}. Il fut un vigoureux adversaire de l'Islam, des Nestoriens, des Monophysites et des Origénistes.
On lui attribue 43 écrits qui ont de l'importance pour l'Histoire du tiii 8 siè,!,.. il y en a 22 dans la Bibliotheca Patrutn. C'est dans la patrologie de l'abbé Migne que ses œuvres sont le plus complètes. Il y en a un qui porte pour titre : De unione et imarnatione.
Le Nom.
ABUS en fait de Religion. Vu la manière dont l'homme est constitué, il abuse souvent de la religion, comme des lois, des coutumes, du langage, de l'amitié, des signes d'affection, des talents, des arts, etc. Il n'abuserait de rien, s'il était sans passions et si la droite raison était toujours larègle de sa conduite ; mais cette perfection est au-dessus de ses forces.
Les pratiques du culte primitif étaient simples et. pures ; l'homme, devenu polythéiste, s'en servit pour honorer les divinités imaginaires qu'il s'était forgées : ce fut imitas et une profanation. Ces pratiques étaient
ABU
ABU
destinées à exciter en lui des sentiments intérieurs de respect, de soumission, de reconnaissance, de pénitence, de confiance à l'égard deDieu; il se persuada que les signes seuls suffisaient, pouvaient tenir lieu de piété, plaire à Dieu et mériter ses grâces, sans être accompagnés des sentiments du cœur. Dieu n'avait pas défendu d'employer à son culte les signes de la joie, le chant, la danse, les repas de fraternité ; l'homme voluptueux en abusa, pour satisfaire sa sensualité. Les signes du repentir sont utiles pour nous humilier et nous corriger; des esprits ardents peuvent le pousser à l'excès et les rendre nuisibles. La religion est destinée à réprimer l'orgueil, l'intérêt, l'ambition, la jalousie, la haine ; souvent des hommes, dominés par ces passions impérieuses, se sont persuadés qu'ils agissaient par motif de religion, etc. Voilà d'énormes abus.
Si nous remontons à la source première de tous les abus, nous la trouverons toujours dans [es .passions humaines ; sans elle l'ignorance stupide n'aurait pas pu agir : mais les passions inquiètes suggérèrent de faux raisonnements et une fausse science, bien plus redoutables que l'ignorance. Ainsi l'avidité pour les biens de ce monde et la crainte de les perdre, firent inventer la multitude des dieux ou génies chargés de les distribuer, et le culte insensé qu'on leur rendit; la vanité des imposteurs leur suggéra des fables et des pratiques prétendues merveilleuses pour tromper les hommes; l'amour impudique, la haine, la jalousie, la vengeance, invoquèrent les puissances infernales; la curiosité effrénée voulut pénétrer dans l'avenir et forger l'art de la divination ; la mollesse trouva son compte dans le culte purement extérieur, etc. Quel remède y apporta la philosophie?
Aucun. Loin d'attaquer de front tous ces abus, elle les confirma par son suffrage ; elle les étaya par des sophismes et les rendit ainsi plus incurables.
La lumière du christianisme en fit disparaître le plus grand ' nombre ; mais elle n'étouffa pas toutes les pas-
sions prêtes à les reproduire. Plusieurs sectes d'hérétiques s'obstinèrent à en conserver une partie, et les éclectiques du quatrième siècle firent tous leurs efforts pour remettre en crédit toutes les superstitions du paganisme. Au cinquième, les Barbares du Nord nous apportèrent celles qui étaient nées dans leurs forêts, et ils en consacrèrent plusieurs par leurs lois. L'Eglise ne cessa de faire des décrets et de prononcer des anathêmes pour les extirper ; mais que peuvent les leçons, les lois, les menaces, les censures contre des Barbares? Aujourd'hui de faux raisonneurs accusent l'Eglise môme d'avoir fomenté les superstitions, en y attachant trop d'importance : C'est par la plrysique, disent-ils, et par l'histoire naturelle qu'il faut instruire les peuples; et cette grande révolution était réservée à notre siècle qui est celui de la philosophie.
Nous voudrions savoir d'abord quels progrès la physique a fait dans les vallées des Pyrénées, des Cévennes, des Alpes, des Vosges et du Mont- Jura; dans les campagnes du Berri, de la Bretague, de la Champagne et de la Picardie. Ce ne sont pas des livres d'histoire naturelle que nos philosophes s'attachent à répandre parmi le peuple, mais des livres d'athéisme et d'incrédulité. Or, nous savons par une longue expérience que l'incrédulité ne guérit ni les passions, ni la superstition qui en est l'effet, et que l'on peut très-bien croire à la magie sans croire en Dieu. Si le peuple, affranchi du joug de la religion, pouvait donner un libre cours à ses vices, serait-ce la philosophie qui le retiendrait?
Nous avouons sans difficulté qu'aujourd'hui comme autrefois toute passion quelconque peut abuser de la religion : ainsi, l'on en abuse par orgueil, lorsqu'on se glorifie des grâces de Dieu, que l'on montre de la haine ou du mépris pour ceux à qui Dieu n'a pas fait les mêmes faveurs ; c'était le défaut des Juifs : on en abuse par ambition, lorsque, sous prétexte de zèle, on se croit fait pour remplir toutes les places, pour obtenir toutes les dignités de l'Eglise; par avance,
ABU
lorsquel'on trafique deschosessainles, que l'on emploie des impostures et des fraudes pieuses pour extorquer les aumônes des fidèles ; par envie ou par jalousie, lorsque l'on ne rend pas justice aux talents, aux vertus, aux travaux, aux succès d'un ouvrier évangèliquc ; par violence de carac- • tère, quand on voudrait faire tomber le feu du ciel sur les Samaritains ou exterminerions les mécréants ; par paresse, lorsque, par une fausse humilité, l'on refuse de travailler au salut des âmes, etc.
Mais ne sont-ce pas ces mêmes passions qui font naitre l'incrédulité?
On l'embrasse par orgueil , parce qu'elle donne un relief d'esprit fort aux yeux des ignorants, et que l'on se pique, de mieux penser que les autres hommes; par ambition et par cupidité, lorsqu'on l'envisage comme un moyen de plaire aux grands, de se donner du crédit, de parvenir aux honneurs littéraires et aux récompenses des talents ; par lubricité , Ïiaree que c'est un moyen de séduire es femmes et de les débarrasser du joug de la religion; par jalousie contre le clergé, parce que l'on est fâché du crédit et de la considéraration dont il jouit ; par emportement d'humeur , lorsque l'on déclame et que l'on invective contre lui , sans garder aucune bienséance ; par mollesse, parce que les pratiques de religion sont incommodes, etc. De quoi servent donc aux incrédules leurs dissertations continuelles touebant les abus en fait de religion ? 11 y aura des vices tant qu'il y aura des hommes, vitia erunt donec hommes; ce n'est pas l'incrédulité qui guérira les imperfections de l'humanité.
Que faire pour prévenir tous les abus? Les lois, les défenses, les menaces, les peines, sont souvent inutiles; l'homme passionné les esquive ou les brave. L'Eglise , qui ne peut infliger que des peines spirituelles, qui craint d'aigrir le mal par des remèdes violents, gémit, exhorte, instruit, se borne à des réprimandes et à des menaces; elle tolère des abus qu'elle ne peut ni empêcher ni réformer. L'expérience des maux causés par les réionnes imprudentes, la ré-