AGE DE LA PIERRE, DU BRONZE, DU FER, DU RENNE, DES GLACES
(Théol. mixt. scien. anthropol.) — V. Ages paléontologiques de l'espèce EUMAINE.
AGES. ( Théol. mixt. philos, scien.) — Tous les êtres créés portent avec eux une marque inamissible de leur origine par création, marque dont l'être éternel tout seul est exempt :
ce sont les tiges par lesquels ils passent et qui constituent leur développement lui-même, disons plutôt l'essentialité de leur existence. Celui qui n'a pas de commencement ne saurait partir d'un premier terme pour compter ses jours, ses années, ses siècles ; il n'y a ,pour lui ni siècles, ni années, ni jours, il est, c'est tout ce qu'on en peut dire, et c'est tout ce qu'il dit de lui-même : ego sum qui sum. Mais il en est autrement de la créature ; quelque .parfaite qu'elle soit, il y a entre elle et le créateur une infranchissable distance qui consiste précisément en ce que l'existence d'un point de départ, duquel elle partira pour se juger elle-même plus jeune ou plus vieille, lui soit essentielle. De là les âges.
Comme nous sommes sans cesse plongés dans un ensemble de choses créées et dans un ensemble qui est le nôtre, nous assimilons aux développements de cet ensemble humain, les autres développements ; nous rapportons tout à nous, et c'est ce qui explique pourquoi on retrouve dans toutes les traditions et dans tous les livres les plus antiques, la division des âges du monde, des âges de laiterre, et des âges de tous les êtres organiques et inorganiques, organiques surtout, qui se développent sur la terre, à commencer par l'homme, ■en quatre âges, correspondant aux ■quatre saisons, lesquelles ne sont pourtant, sous l'équateur, que deux étés et deux printemps. Nous croyons que cette division n'est fondée que sur les apparences, et qu'en réulité il n'y a que trois âges, qui sont l'enfance,
la jeunesse et l'âge mur. Il n'y a point de vieillesse à. propremeut parler; il n'y a qu'une mort apparente, un sommeil qui nous fait passer d'un état dans un autre état.
Mais laissons le développement de cette idée pour d'autres articles qui viendront en leur lieu, par exemple
au mot TRINITÉ DANS LA CRÉATURE, et
commençons seulement à en faire une application à la division de l'univers et aux grandes phases de son évolution.
L'univers se présente à nous sous trois grandes catégories: 1° le cosmos, avec ses corps immenses dont nous apercevons quelques-uns dans les étoiles et dont fait partie le soleil qui nous chauffe avec tout son monde de planètes ; 2° la terre même que nous habitons; 3° l'espèce principale qui se développe sur la terre, l'homme.
Or chacune de ces trois catégories d'êtres créés a ses trois âges ; il y a les trois âges cosmologiques du monde des astres ; il y a les trois âges géologiques du globe terrestre; il y a les trois âges paléontologiques de l'espèce humaine sur ce globe.
Nous allons faire trois grands articles successifs soi' ce triple objet, jugeant plus utile et plus intéressant pour le lecteur de les lui présenter à la suite les uns des autres, et se complétant les uns par les autres de manière à former trois ensembles, qui soient pour lui équivalents à trois traités inséparables : le premier de cosmologie biblieo-scientifique, le second de géologie biblieo-scientifique, le troisième d'anthropologie paléontologique biblieo-scientifique. Le Noir.
AGES (les trois) COSMOLOGIQUES,
OU LES TROIS JOURS DE LA COSMOLOGIE BIBLIQUE DEVANT LA COSMOLOGIE SCIEN- TIFIQUE moderne. (Théol. mixt. scien.
cosmol.)
Le trop fameux Proudhon — je dis trop fameux, parce qu'il n'a que trop réussi à pousser les classes lettrées qui le comprennent à -demi, et les classes illettrées qui ne le comprennent pas du tout, dans la voie des philosophies positivistes qui ne veulent s'occuper que de ce qui frappe les sens, — a écrit, dans songrand ou-
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yrage De la justite dans la Révolution et dans l'Eglise, à la page 1S8 du tom II e (6 e étude, oliap. m rx), les lignes suivantes : « Ce qui arrive à l'Eglise avec la science économique n'est que la répétition de ce qui lui est arrivé tant de fois avec les autres branches du savoir humain, une contradiction de plus qui se dresse devant elle, une nouvelle redoute delà raison contre la foi. Elle en a vu bien d'autres. Un jour, c'est l'astronomie qui lui dérange son ciel ; le lendemain, c'est la géologie qui bouleverse sa Genèse ; après, la linguistique donne un démenti à son histoire de la dispersion babélique ; voici l'économie qui continue la tranchée et tout à l'heure la justice donnera l'assaut. »
Il eût été difficile de reproduire en moins de paroles, et plus fidèlement, l'éternelle objection qui se résume dans l'argumentation suivante : « Vous aviez une astronomie, une géologie, une anthropologie, et ainsi des autres branches de la science humaine ; or, cette science même, en se perfectionnant réfute et détruit la vôtre ; vous êtes donc vaincus, vous êtes morts. »
Nous répondrons par la démonstration des trois propositions suivantes :
La première, qu'il n'y a, dans l'enseignement biblique, aucune profession scientifique officielle ni en astronomie , m en géologie , ni en anthropologie, pas plus qu'en physique, en chimie, en linguistique, etc. ; Laseconde, que la cosmologie, qualifiée par vous, à tort ou à raison, de biblique et d'ecclésiastique, n'est pas plus le fait de la religion chrétienne que celui des autres religions, mais qu'elle est, en réalité, la cosmologie du genre humain tout entier ;
La troisième, que, quoi qu'il en fût de ces deux premières assertions, s'il y a une cosmologie biblique, cette cosmologie est, en fait, identique à celle de la science, en sorte que le progrès scientifique n'a abouti, en fin de compte, qu'à faire de la Bible, à ce point de vue,uneplus parfaite exégèse.
I. Ni la Bible ni l'Eglise n'ont eu la prétention d'offrir aux hommes un enseignement scientifique; elles n'ont eu que celle de leur présenter
une morale religieuse avec quelques dogmes révélés, qui sont les fondements de cette morale. Quant à la science humaine, elles l'ont toujours laissée maîtresse d'elle-même, ont invariablement suivi ses progrès, sans se mêler à ses travaux, et n'ont cessé de conformer leur langage, enmatière scientifique, à celui qui était accepté par tout le monde.
Quand l'auteur du poëme philosophique de Job, par exemple, met dans la bouche de Dieu ce discours, d'une sublimité sans égale, par lequel il interpelle Job sur les mystères de la nature, sur la terre, sur l'océan, surle jour etla nuit, sur les météores, sur les constellations des pléiades, d'Arcturus, du Scorpion, sur l'étoile du soir et du matin, sur les influences du firmament, sur les instincts, les industries, les forces et les beautés de certains animaux, tels que le cheval, sur Behemoth et sur Leviathan, cet auteur inspiré vise-t-il le moins du monde à faire un cours de science?
Il proiite seulement de la science de son temps, de ce qu'elle disait alors des merveilles de la nature, qu'il appelle en témoignage de la grandeur de Dieu, pour arriver à une conclusion de morale religieuse sur le problème du mal immérité dans ses rapports avec la Providence. Il pourrait donc, au point de vue scientifique, répéter des erreurs ; le but de son enseignement n'en serait pas compromis, et ce ne serait pas lui qui en porterait la responsabililé, mais seulement la science de son époque qu'il prend telle qu'il la trouve et dont il profite pour développer sa thèse philosophique.
Il en est de même de Moïse et de sa Genèse. Nous verrons plus loin, quand nous ferons passer cette cosmologie devant les traditions antiques, que l'auteur inspiré n'a fait que résumer, dans un sublime sommaire, ce que se transmettait le genre humain sur ses origine?, sur celles du globe qu'il habite et sur celles de l'univers , d'une manière à poser, comme fondements de la religion, l'unité de Dieu, la création, la déchéance de l'humanité dans ses premiers pères, sa restauration future,
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et à édifier sur ces bases toute la morale religieuse qui en découle. Il pourrait donc encore se rencontrer, dans ce tableau, sous le rapport purement scientifique, des expressions inexactes conformes au langage universel, dont le fondateur religieux ne serait pas plus responsable, qu'il n'est responsable, entant qu'historien, des crimes dont il fait l'histoire. Son but n'est pas d'établir une cosmologie scientifique, une géologie scientifique, une anthropologie scientifique ; son but est de fonder, en l'appuyant sur les traditions du genre humain, une religion pure ou plutôt une restauration de la religion pure primitive qui, parla suite des siècles, s'était altérée ; et comment le ferait-il avec plus d'autorité sur les hommes et d'efficacité, qu'en prenant pour point de départ leurs propres croyances traditionnelles relativement à leurs origines ?
Plus tard l'Eglise chrétienne est venue reprendre et accomplir la même mission, à la suite et à l'imitation de son divin fondateur, qui avait, lui aussi, dans son enseignement évangélique, suivi la même méthode, ne s'occupant pas davantage de la science humaine, mais parlant selon celle de son temps et profitant parfois, dans sesparaboles, des choses de la nature, comme la robe dé" la fleur et l'instinct de l'oiseau, et de celles de la société, comme la ruse de l'économe infidèle, telles qu'elles se présentent à première vue, pour faire ressortir et inculquer aux hommes quelque vérité morale. Mais qu'il nous suffise de trancher ici toute difficulté en rappelant le témoignage de l'Eglise ellemême, que nous avons longuement discuté dans notre dissertation préliminaire, lorsqu'elle a défini et délimité son infaillibilité religieuse au concile du Vatican.
« C'est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition qui remonte au commencement de la foi, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l'exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, nous enseignons et définissons, avec l'approbation du saint concile, que c'est un dogme divinement révélé ; que le pontife romain, lorsqu'il parle ex ca-
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thedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant la charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit une doctrine sur la foi ou les mœurs, devant être tenue par l'Eglise universelle, jouit pleinement, par l'assistance divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Eglise fût pourvue en définissant sa doctrine sur la foi ou sur les mœurs ; et, par conséquent, que de telles définitions du pontife romain sont indéformables, etc. »'
Rien ne saurait être plus clair; le pape et le concile ne s'attribuent la compétence et l'infaillibilité que sur les matières concernant la foi et la morale catholiques, et ils déclarent que cette" attribution, implicitement mais clairement exclusive de tout ce qui est étranger à cette foi et à cette morale, est conforme à la tradition qui remonte auœ origines de la foi chrétienne. La conclusion à tirer d'une telle déclaration, c'est que la science humaine est et a toujours été mise par l'Eglise elle-même à part et en dehors de sa compétence.
N'allons cependant pas trop loin.
Qu'arriverait-il si la science, libre dans son domaine, se trouvait conduite, par des observations et des déductions de son ressort, fondées du moins en apparence, àdes conclusions qui impliqueraient contradiction et négation de certains points de doctrine essentiels à la dogmatique ou à la morale catholique, par exemple celui de l'unité originelle de la race humaine, point essentiel à l'enseignement religieux de l'Eglise de Rome sur la déchéance et la rédemption?
Oh ! alors, cette Eglise ne ferait plus ce qu'elle à toujours fait et ce qu'elle fera toujours relativement au progrès scientifique, c'est-à-dire accepter ce progrès et mettre son langage en harmonie avec les découvertes. Elle se lèverait devant la science humaine et lui dirait : « Tu dois ici briser l'orgueil de tes flots si tu veux rester dans mon sanctuaire; mon dogme est l'arche sainte à laquelle on ne touche pas sans mourir à la vie que
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je donne. Si tu persistes dans ta négation, tu ne m'appartiens plus ; tu es anatkème. »
C'est en vue de cette supposition, et pour en prédéterminer les conséquences si le cas s'en trouvait, que le même concile du Vatican, tout en laissant à la science pleine liberté, porte le canon suivant : « Si quelqu'un dit que les sciences humaines doivent être traitées avec une telle liberté que l'on puisse tenir pour vraies leurs assertions quand même elles seraient contraires à la doctrine révélée, ou que l'Eglise ne peut les proscrire ; qu'il soit analhème. »
Assurément l'Eglise a bien le droit de rejeter de son giron celui qui nie quelqu'un des fondements de son symbole, à quelque titre que ce soit, aussi bien à titre de savant qu'à tout autre titre. Elle a bien le droit de refuser d'admettre jamais la négation d'une des affirmations qu'elle tient pour ses axiomes. Mais pourquoi nous placerions-nous, nous autres théologiens initiés à la science humaine, nous autres savants initiés à la théologie, dans une supposition contraire aux faits? Avec des si conditionnels on peut élever sur toute chose des difficultés insolubles. Evitons ces vaines discussions; prenons simplement les faits scientifiques sérieusement observés et démontrés, et voyons donc s'il existe entre la science sérieuse et la Bible une vraie contradiction. S'il n'en existe aucune, que devient l'objection toujours ressassée? Que devient la redoute, dontparle Proudhon, de la raison contre la foi?
Nous venons de prouver notre première assertion. Nous venons de prouver par le témoignage de l'Eglise elle-même que, de tout temps, depuis a naissance de la foi dans le monde, la religion considérée et dans ses livres sacrés et dans l'interprète officiel de ces livres, ne prétendit donner aux hommes niunccosmologic sienne m une géologie sienne, ni une anthropologie sienne, ni aucune exposition scientifique sienne étrangère à sa dogmatique et à sa morale. C'est avoir coupé par lapoignéel'argumeut dans la main de ses ennemis. De par la science, disaient-ils, la Bible et
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1 Eglise sont vaincues, sont mortes.
Mais, pour être vaincu, encore faut-il avoir été sur le terrain? Elles n'y sont point allées; elles n'ont présenté aucun enseignement scientifique ; elles n'ont pas eu leur astronomie, leur « ciel »'; comment la science l' auraitelle bouleversé ?.. Vous avez dégainé contre le vide; vous avez cru saisir la proie, vous n'avez atteint que l'ombre.
Mais nous irons plus loin; nous accepterons le récit des origines du monde qui forme le début de la Genèse mosaïque, tel qu'il se présente, et nous le ferons comparaître avec orgueil devant le tribunal de la science humaine, de cette science dans son passé traditionel, de cettescience dans son présent devenu véritablement scientifique.
Passons donc à la seconde assertion.
II. S'il y avait des reproches à faire à ce tableau de notre Genèse, ces reproches ne retomberaient pas spécialement sur son auteur; ils s'adresseraient aux traditions primitives dn genre humain tout entier, car la partie fondamentale de cet exposé de la création du ciel et de la terre se retrouve, exactement la même, dans toutes ces traditions antiques.
Avant de passer rapidement en revue les principales de ces traditions, détachons du récit mosaïque les versets qu'on peut appeler cosmologiques, traduisons-les littéralement, et posons ces passages comme type objectif de l'étude à laquelle nous allons nous livrer. Ces versets sont les huit premiers, concernant les deux premiers jours, une partie du neuvième; concernant le troisième jour, enfin le quatorzième et les suivants jusqu'au dix-neuvième concernant le quatrième jour. Tout le reste se rapporte à la géologie et à. l'anthropologie. (V. les ; deux articles qui font suite à celui-ci.) !
« Dans le principe Dieu créa le Ciel et la Terre.
« Or, la terre était inconsistante et vide (inanis et vacua) ; et les ténèbres étaient sur la face de l'abîme; et l'esprit de Dieu était porté sur les eaux.
« Et Dieu dit : Se fasse la lumière.
Et la lumière se fit. Et Dieu vit la lu-
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mière ; il vit qu'elle était bonne. Et il sépara la lumière des ténèbres. Et il apjiela la lumière Jour, et les ténèbres Nuit. Et, du soiret du matin, se lit un jour.
« Dieu dit aussi : Se fasse le firmament au milieu des eaux ; et qu'il divise les eaux des eaux. Et Dieu fit le firmament ; et il divisa les eaux qui étaient sous le firmament de celles qui étaient au-dessus du firmament. Et il se fit ainsi. Et Dieu appela le firmament Ciel. Et se fit, du soir et du matin, un second jour.
« Or, Dieu dit : que s'amassent en un lieu les eaux qui sont sous le ciel; et qu'apparaisse l'aride. Et il se fit ainsi ; et Dieu appela l'aride Terre, et les amas des eaux, il les appela Mers.
Et Dieu vit que c'était bon Et
se fit, du soir et du matin, un troisième jour.
« Alors Dieu dit : se fassent des luminaires dans le firmament du ciel ; et qu'ils divisent lejmiretla nuit ; et qu'ils soient en signes et mesures des temps, jours et années ; qu'ils luisent dans le firmament du ciel et illuminent la terre. Et il se fit ainsi. Et Dieu Ut deux grands luminaires : un luminaire plus grand pour présider au jour et un luminaire plus petit pour présider à la nuit, et les étoiles. Et il les plaça dans le firmament du ciel pour luire sur la terre et présider au jour et à la nuit et diviser la lumière et les ténèbres. Et Dieu vit que c'était bon. Et se fit, du soiret du matin, un quatrième jour. »
Tel est le tableau cosmologique de Moïse. Or, ce tableau sommaire, dans ses traits principaux, ne diffère pas de ceux qui nous ont été transmis par les livres sacrés de toutes les religions et par les traditions de tous les peuples. Citons, autant que nous le permettra l'économie de cet article.
Le législateur brahmanique, Manou, dont l'ouvrage, au moins dans cette partie, ne peut, d'après les plus sérieuses critiques, être postérieur à dix siècles avant Jésus-Christ, commence ainsi sa Genèse :
« L'univers n'était que ténèbres et chaos.
« Loi, le grand pouvoir, l'existant par lui-même, lui, que l'esprit seul
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peut concevoir, l'indécouvert, 1 incompréhensible..... etc. Lui, l'esprit suprême., etc., produisit d'abord les eaux. »
Et ce lui, qui est l'esprit de Dieu, est souvent appelé Narayana, c'est-àdire : « celui qui se meut sur les eaux, »
« Les eaux, dit encore Manou, ont été appelées Nara, (espritdivin) parce qu'elles ont été l'ayana (le premier lieu de mouvement) de iVara. Il (Brahma) a été, en conséquence, appelé Narayana, celui qui se meut sur les eaux.) »
Les Védas et les Pouranas présentent des propositions nées delamèm« idée. « Ton esprit, est-il dit à Dieu dans ces derniers, esprit mystérieux, force immense, puissance insondaf Me , avant la période de création était-il errant sur l'eau,
puisqu'on t'appelle Narayana'! »
Toutes les cosmogonies de l'Inde, qui sont très-nombreuses, posent d'abord le principe philosophique de Dieu, l'être absolu, et même celui d'une trinité, puis racontent, en y mélangeant du panthéisme et du polythéisme, une formation primordiale de l'univers en plusieurs époques, dont la première est une confusion de toutes choses, un chaos. Viennent ensuite le ciel, la lumière, la terre, l'atmosphère et les astres.
Les Bouddhistes ont une cosmogonie fondée sur une division en quatre âges, formant ce qu'ils appellent le jour de Brahma, son jour de travail et de manifestations ; chacun de ces âges renferme dos millions de millions d'années; le premier est appelé l'âge de formation et se subdivise en plusieurs périodes dont la première est celle des eaux. Le jour et la nuit ne viennent que plus tard, puis les végétaux , les animaux et enfin l'homme.
Les Chinois remontent, comme les autres peuples, à un chaos primitif, duquel sortent le ciel et la terre, qui d'abord sans forme au sein de ce chaos, prennent ensuite des formes, lesquelles subissent, après, des métamorphoses pour aboutir au dernier des pouvoirs de la création, qui est l'homme.
LeZend-Avesta,deZoroastre, après
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la création des génies dont les uns restent bons et les antres deviennent mauvais, assigne à la formation de notre globe en particulier, an sein du ebaos, six époques, dont les premières sont celle du ciel, celle des eaux et celle de la terre.
Les Phéniciens, d'après les fragments de Sancboniatou conservés par Eusèbe et parPbilonde Biblos, avaient une cosmogonie traditionnelle d'après laquelle, avant cet univers, existait le chaos; ce chaos fut animé parj'esprit ; le mélange mat en résulta ; puis se fit une fermentation générale; et de cette fermentation sortirent, époques par époques, les diverses parties du ciel et notre globe terrestre.
D'après les traditions mythologiques des Egyptiens, la formation du monde commença par le feu et la lumière ; il se fit un refroidissement; de ce refroidissement sortirent les eaux, ce qui explique l'espèce de proverbe égyptien que la mer fut engendrée par le feu, et aussi ce que dit Aristote, que la salure de ses cauxvient de cendres et de matières calcinées. Pins tard, régna le soleil, fils du feu, puis successivement les plantes, les animaux et enfin l'homme.
La sombre mythologie des Etrusques, presque révélée ou, du moins, grandement éclairée, par les découvertes modernes de leurs nécropoles, assignait à la création six grands âges, dont les quatre premiers étaient ciel et. terre, firmament, les eaux, les astres. Les animaux et l'homme ne viennent que les derniers.
La mythologie des Scandinaves, une des plus confuses, distinguait encore des séries de formation à partir d'un état de confusion universelle :
glaces, fusion des glaces ; êtres vivants ; inondations ; enfin l'homme et la /emnie.
Les traditions mexicaines assi-
tnaient quatre âges à la formation u monde : celui de la terre, celui du feu, celui du vent et celui de l'eau.
Quant aux traditions de la Grèce et de Rome, demandez-les à leurs philosophes et à leurs poètes.
Thaïes, par exemple, disait que « toutavajj, commencé parl'eau et par
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la nuit. » Et Virgile exposait ces traditions dans ces beaux vers : « Il (Silène) chante comment les principes de toutes choses, la terre, l'air, l'eau et le lluide du feu étaient jadis confondus dans un vide immense; comment de ces premiers éléments se formèrent tous lesêtreset le globe môme de ce monde ; comment le sol, moins ferme en naissant, se durcit peu à peu, força Nérée àse renfermer dans ses limites et prit lui-même mille formes diverses; comment, après, l'univers ébloui vit briller son premier soleil, les nuages s'élever pour retomber en pluie, etc. » On remarquera que Virgile, dans ce passage, ne fait lui-même apparaître le soleil que tard, longtemps après le fluide du feu, et après laséparation de la terre d'avec les eaux.
Platon, dont l'honnête génie, loia de mépriser les traditions antiques universelles, qui ne sauraient être fabuleuses que dans les formes mythiques qu'elles peuvent revêtir, les, recueillait avec soin pour les dégager, autant que possible, de leursaltérations, les ramener à leur pureté originelle et s'en servir comme de flambeaux et comme de soutiens:
pour sa philosophie. Voici un échantillon du magnifique langage par lequel il les reproduit et se les assimile dans le Timée.
« L'éternel créa le monde, et quand cette image des êtres intelligibles eut commencé à vivre et à se mouvoir, Dieu, content de son ouvrage,, voulut le rendre plus semblable; encore au modèle et lui donna quelque chose de cettenatureimpérissable..
Mais comme la création ne pouvaiti ressembler en tout à l'idée élernelle, il fit une image mobile de l'éternité; et, gardant puur lui la durée indivisible, il nousen donna l'emblème dirvisible que nous appelons le temps, le temps créé avec le cieldont lanaissante fit tout à coup sortir du néant les jours, les nuits, les mois et lesannées, ces parties fugitives de la vie mortelle. Nous avons tortde dire, enparlant de l'éternelle essence: Elle fut, elle sera ; ces formes du temps ne conviennent pas à l'éternité; elle est, voilà son attribut. »
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C'est ici le Jehovah do Moïse, son je suis celui qui suis; c'est aussi l'étant toujours, l'aion d'Aristote. Platon continue :
« La parole et la pensée de Dieu, voulant ainsi créer le temps, le soleil, la lune, et les cinq planètes allèrent dans l'espace en mesurer la marche rapide et parcourir obliquement les sept routes que Dieu leur avait tracées... — Mais à peine les astres furent-ils lancés dans la route où ils s'en vont mesurer le temps....
chacun d'eux suivit le mouvement oblique qui lui est propre, maitrisé par celui d'une âme universelle....
Alors du jour et de la nuit se forma la première et la plus simple division du temps.... Le créateur donna aux génies des étoiles un corps de feu pour les rendre plus éclatants et plus beaux, la forme circulaire pour qu'ils fussent semblables à l'univers même .... Il leur assigna aussi deux mouvements, l'un qui les fait tourner sur eux-mêmesdansuneinfatigablepersévérance, l'autre qui les attire par l'impulsion
irrésistible de la cause première
Ainsi parurent ces dieux fidèles à la loi qui les rend presque stationnaires, tandis que les génies des planètes, nés avant eux, se promènent dans l'immensité. La terre, notre mère commune, qui, par son mouvement de rotation autour de l'axe du monde, produit incessamment les jours et les nuits, naquit la première des créatures célestes Son auteur, pour achever l'ouvrage, continua de reproduire le modèle suprême, et tout ce que l'intelligence peut concevoir d'êtres vivants fut créé par sa pensée dans le ciel, dans notre atmosphère, au sein des eaux et sur la terre.
Vient enfin la création de l'homme, « qui doit être soumis à la vertu, être le roi de la terre et réunir à un corps périssable un principe d'immortalité,»
mais cette partie, avec les dernières | paroles que nous venons de citer, con- ' cerne la géologie et l'anthropologie, i Et Platon termine son tableau par ces mots, que rend vraiment sublimes leur position même à la suite de l'expbsé du travail de Création des mondes: «Et le Créateur n'était pas sorti de l'éternel repos. »
Nous savons, au reste, par des études modernes plus approfondies de documents qu'avait fait oublier, durant le moyen âge, le règne absolu de YAlmageste de Ptolémée, que le système du double mouvement de la terre, et du soleil au centre, avait fait partie de l'antique astronomie des Chaldéens et de celle de Pythagore, que Platon, dans sa vieillesse surtout, l'avait accepté, — Aristote le lui reproche — et que Philolaûs le professa un peu plus tard de la manière la plus explicite.
En résumé:
Dieu, première cause.
Un chaos originel, représenté comme un océan d'eaux confuses, incubé par l'esprit de Dieu.
Un développement de formes dans ce chaos, sous l'influence de l'esprit et de la parole.
Un progrès dans le débronillement des ^ choses, dans l'épanouissement des êtres ; progrès se marquant par de grandes divisions qu'on appelle jours, Ages, ou de tout autre nom.
Une apparition de la lumière au sein des ténèbres et une séparation des solides et des liquides, avant même la formation ou du moins l'apparition des astres.
Un grand rôle attribué au feu et à la lumière ainsi qu'à l'eau dans la série des développements.
Voilà les traits fondamentaux de cette cosmologie des traditions, commune à tous les peuples. Les différences ne portent que sur des détails et plutôt sur la forme dans l'exposition que sur les choses elles-mêmes.
Nous sommes donc en droit de répondre à nos adversaires : « Vous accusez l'Eglise chrétienne et ses livres sacrés! Mais, en particularisant de la sorte votre accusation, vous êtes injustes : c'est contre la tradition primitive tout entière que vous devez diriger vos attaques; c'est au genre humain tout entier que vous devez, intenter votre procès devant la science moderne. Attaquez tous les peuples, toutes les religions, toutes les philosophies, tous les Platons de tous les temps, tous les enseignements populaires de l'antiquité, dans leur pensée commune. Mais ce n'est pas ainsi
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que vous pratiquez la guerre. Vous n'oseriez soutenir que l'accord universel, sous tant de formes diverses et de la part de tant de pays et de tant de siècles qui n'ont pu s'entendre, puisse tomber sur de pures chimères ; c'est à dessein que vous n'en considérez que les fractions ; vous divisez, pour essayer de vaincre; et, vous attaquant au Christianisme en particulier, vous essayez de faire croire que la Bible et la religion chrétienne ont fait bande a part. La tactique serait bonne si elle ne reposait sur un mensonge. La Bible et le Christianisme n'ont fait que joindre leurs voix, mais pourtant avec une différence : Moïse, parmi tous, a été le plus clair, le plus compréhensible, le plus à la portée des foules ; et il a, du moins, déchargé son tableau des absurdités puériles qui déparent la plupart des autres tableaux ; car on est étonné de voir leurs auteurs étaler souvent d'énormes difformités à côté des émissions les plus sublimes de la philosophie la plus profonde.
III. Arrivons à notre troisième et dernière assertion et à l'examen scientifique de cette cosmologie des premiers âgesde l'humanité. Mettonsla, sous sa forme mosaïque, en parallèle avec la science moderne.
D'abord ne la confondons pas avec le système du monde ptoléméen, qui régna sans conteste, dans notre Europe, pendant trefze siècles à peu près, presque à l'égal d'un axiome.
Ce système plaçait la terre au centre du grand tout, la déclarait absolument immobile, échelonnait autour d'elle la lune, le suleil, les planètes et les étoiles, faisait décrire aux premiers de ces astres des révolutions diurnes avec des vitesses dilférentes, mais impossibles en réalité, et tourner, d'une pièce, en 24 heures, tout le ciel des étoiles lixes. Quant aux perpétuels déplacements de position des planètes, grand embarras ; il les expliquait par des cercles particuliers appelés ép (cycles qu'il faisait décrire à ces astres, en même temps qu'ils tournaient autour de la terre, ce qui amenait une inextricable complication. Or, bien que cette théorie soit conforme aux mouvements apparents, aucun
de ses points essentiels, n'est supposé nécessairement par l'antique cosmologie. Prise dans Moïse, cette cosmologie n'en dit rien, nous venons de le voir, et nous le verrons encore mieux plus loin. Prise dans les livres sacrés des religions extra-chrétiennes, elle n'affirme pas non plus ces divers points ; et, considérée dans les exposés qui nous en sont venus des Chaldéens, et qu'en ont donnés les Pythagore, les Platon, les Philolaùs, si parfois elle parait mettre le soleil en compagnie des planètes et de la lune, elle assigne clairement à la terre le mouvement de rotation sur elle-même, seule explication rationnelle du jour et de la nuit, et même elleluidonne souvent, dans Philolaùs et Aristarque de Samos par exemple, d'une manière formelle le mouvement de translation.
On peut dire que le système de Copernic ne fut qu'une restauration du système du monde le plus antique, professé surtout parles Chaldéens.
Il est vrai que la cosmologie de Ptolémée, pendant qu'elle régna dans la science européenne , c'est-à-dire depuis l'apparition de ce glorieux astronome jusqu'aux Copernic, aux Descartes, aux Kepler, aux Galilée et aux Newton, fut acceptée par l'Eglise ; mais ce fut uniquement parce qu'elle était devenue populaire, parce qu'elle était incontestée parmi les savants, aussi bien que parmi le peuple; et si on peut reprocher à l'Église, ainsi que nous l'avons vu dans la dissertation préliminaire, d'avoir trop vigoureusement défendu cette cosmologie, en condamnant celle de Copernic dans Galilée et dans Kepler, il ne faut pas oublier que, d'après ses propres déclarations œcuméniques, elle sortait en cela des matières de foi et de morale auxquelles elle a toujours limité sa compétence. Cette cosmologie nouvelle ptoléméenne n'était qu'une grande reculade sur la cosmologie antique, elle n'était qu'une aberration de l'esprit humain singulièrement contraire au bon sens, contre laquelle protestèrent, du reste, la plupart des Pères grecs, en restant au moins fidèles à la rotation diurne du globe terrestre de Pythagore et de Platon. Elle enlevait au créateur
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la sagesse qui distingue toutes ses œuvres. C'est ce que pressentirent, en plein moyen-âge, quelques rares esprits tels que Roger Bacon et Alphonse X roi de Castille ; ce dernier, s'étant fait, un jour, expliquer par ses astronomes, les mouvements des astres selon le système reçu, trouva ces mouvements tellement impossibles et tellement contraires à la raison, qu'il leur dit avec beaucoup de malice et de finesse : « Si Dieu, messieurs, m'avait appelé à son conseil lorsqu'il créa votre univers, les choses eussent été dans un ordre meilleur et surtout plus simple. » Alphonse en avait bien j ugé ; mais ce n'était pas Dieu qui s'était trompé; c'était Ptolémée, c'était l'astronomie. Attendons Copernic, attendons Kepler; et nous autres, plus heureux, nous comprendrons la magnificence des œuvres de Dieu.
D'ailleurs, la critique d'Alphonse n'aurait pas eu sa raison d'être s'il ne se fût agi que de la cosmologie de Moïse et de l'antiquité. Faisons enfin comparaître devant les sciences modernes cette cosmologie dans ses divers âges, telle que nous l'avons littéralement traduite de la Genèse, et débarrassée des interprétations systématiques postérieures.
Dans le principe Dieu créa le ciel et la terre.
Gfi début n'est qu'un sommaire avec une profession monothéiste, sublime dans sa. simplicité-, du dogme philosophique <!e Dieu et de ta création.
Il n'implique aucune idée qui puisse attrister la science qui nous occupe ; il rejette seulement l'athéisme et pose, pour force motrice, la cause première sans laquelle non-seulement rien ne s'explique, mais tout devient impossible et absurde.
Or, la terre était inconsistante et vide ; et les ténèbres étaient sur la face de l'abîme ; et l'esprit de Dieu était porté sur les eaux.
Cela n'est pas encore un premier âge; ce n'est qu'un point de départ.
Or, ces paroles pourraient avoir trois sens : elles peuvent d'abord s'appliquer à l'état primitif de tout l'univers, c'est-à-dire de l'ensemble de tous les systèmes planétaires dont les étoiles fixes sont les soleils, en-
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semble dans lequel la terre est com prise; elles peuvent s'appliquer à notre système planétaire en particulier, lequel est notre monde, à nous habitants de ce globe terrestre, et dans lequel ce globe est encore compris; elles peuvent, enfin, ne s'appliquer qu'à notre globe, à cette terre proprement dite qui, dans son développement particulier, commença par être un chaos dans lequel l'eau et le feu jouèrent le plus grand rôle pour l'amener peu à peu à l'état dans lequel l'homme la trouva quand il y apparut. Mais en restreignant à ce dernier sens, exclusif de ce qui n'est pas la terre, ces antiques paroles, nous les rendrions seulement applicables à la géologie qui va être plus loin l'objet d'une étude à part ; d'ailleurs, l'expression la face de l'abime est bien grandiose pour ne convenir qu'à la terre, et les versets suivants, où il s'agit des astres, indiquent assez bien qu'il faut leur donner plus d'extension. D'un autre côté, sinousles appliquions à tout l'univers, nous croirions les étendre au delà de leur acception naturelle, que l'on sent, à la lecture du récit génésique, se borner à ce qui concerne l'homme. Ce qui le concerne spécialement, ce n'est pas, d'une part, seulement la terre ;.
ce ne sont pas, d'autre part, tous les mondes ; c'est le monde dans lequel il est plongé, monde qui se compose de la terre qui le. porte, de l'atmosphère qu'il respire et qui entoure la terre, de la lune, son satellite, qui éclaire ses nuits, des planètes et des comètes qui sont les objets de ses admirations , du soleil qui est la grande source de sa lumière et de sa chaleur, et enfin, mais comme pur spectacle, comme vue transmondaine, comme simple aperçu des frontières des autres mondes, de ces étoiles, en apparence fixes, dont son œil aperçoit les plus rapprochées. C'est donc notre système solaire et planétaire en particulier, rien de moins, rien de plus, que nous considérons comme étant l'objet de la cosmologie mosaïque. Notre examen scientifique du récit de sa création et de son développement sera, de la sorte, beaucoup mieux fixé.
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Voilà donc la terre, à son origine, inconsistante et vide. C'est une niasse vainc, qui n'a ni poids, ni plénitude.
Elle est confondue, dans un chaos sans consistance, avec les éléments du soleil, des planètes, de la lune, de son atmosphère, de ses océans, de tout ce qui doit sortir un jour de cette universelle confusion ; c'est un immense abîme, un océan d'éléments neutres qui ne se distinguent pas les uns des autres et dans lequel n'apparait aucune différence entre la lumière et les ténèbres. Les ténèbres sont sur la lace de cette masse sans forme, de ces eaux troubles etvagues; et cependant l'espritde Dieu se repose dessus pour les féconder, puisqu'il va bientôt en faire jaillir la lumière, puis tous les êtres. Un vide, une inanité, un ténébreux abîme, des eaux cosmiques, et le souffle de Dieu, l'esprit de vie, qui va rendre tout cela fécond ; voilà les seules idées que suggère ce magnifique verset.
Or, n'est-ce pas là toute la science moderne la plus avancée jusqu'à présent ?Que dit-elle cette science dans son hypothèse, la plus accréditée et déjà devenue presque populaire, qui est tvlle deLaplace, d'Herscbel, d'Arago, d'Alexandre de Humboldt, d'Ampère qui y ajoute seulement les actions chimiques, et de tous nos savants modernes ?
Elle dit que notre système avec son soleil et tous ses globes confondus en un, ne fut, à l'origine, qu'une masse cosmique assez semblable à une immense comète ou à une nébuleuse, dans laquelle reposaient pêle-mêle, les éléments des choses, ceux de la matière brute et ceux delà matière impondérable, ceux des corps et ceux des forces, ceux des fluides, électromagnétique, lumineux, calorique, et ceux des substances inorganiques et organiques, tous à l'état neutre et encore indistincts. Elle dit que cette primitive nature constituait un abîme chaotique, vaste océan des principes élémentaires, sans aucune chose formée. Elle dit enfin qu'un mouvement universel d'attractions, de répulsions, d'affinités, de rotations centripètes, d'impulsionseentrifuges, mouvement principe de vie, était imprimé dans cette masse
cosmique... Mais par qui, s'il vous plaît?.... l'antique tradition vous répond, ô science : « Par l'esprit de force et de vie, par l'esprit de Dieu qui l'enveloppait et la pénétrait. » et tous les sages, de ceux du Jourdain à ceux du Gange età ceux du Céphise, vous répètent : « Oui, c'est par lui, l'esprit suprême, l'existant par soi, la grande âme, le narayana, Dieu enlin qui tout crée, tout meut, tout féconde. ■> Or, qu'avez-vousà mettre à sa place, si vous, prétendez, là-dessus, délonner dans le concert,?., Serait-ce que VOUS vous passeriez die la cause, tout en gardant L'effet, ce qui ïernati dirait à dire que, tout en la posant dans son œuvre par la supposition niènie de celle-ci, vous la nieriez, l'élimineriez, ou fermeriez les yeux sur elle. Oh! si c'est ainsi que vous raisonnez , le bon sens du genre humain sera plus exigeant que vous. Toujours est-il que, sur l'état primordial du cosmos, vous avez travaillé quatre mille ans pour dire, en tin de compte, exactement ce que disaient, en quelques mots sublimes, les anciens et Moïse.
Poursuivons.
Et Dieu dit : Se fusse la lumière. Et la lumière se fit. Et Lieu vit la lumière;' il vit qu'elle était bonne; et il divisa la lumière des ténèbres, et il appela la lumière Jour, elles ténèbres .Xuit. Et, du soir et du matin, se fit un jour.
Voilà le premier àgc de notre cosmos planétaire.
Le mouvement n'a pas cessé de se faire dans la grande niasse cosmique sous l'impulsion de l'éternelle parole, de la force motrice première et permanente. Or, le premier clfet de la fermentation générale est la sécrétion des fluides qui deviendront les forces du monde, leur séparation d'avec les matières brutes qui se rangeront bientôt, sous l'action des forces, par ordre de pesanteur et de densité, Mais, cette division, comment se manifeste-t-elle et devient-elle visible, si ce n'est par l'apparition de la lumière cosmique ? La science la plus avancée ne préjuge-t-clle pas aujourd'hui l'unité homogénique des fluides impondérables ? L'électricité, le magnétisme , la chaleur, l'attraction elle-même, ne sont-ce pas pour elle au-
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tant de manifestations d'un même fluide éthérédontla vibration perceptible à la vue est la lumière ? Le calorique a sa lumière, l'électricité a sa lumière, l'attraction newtonnienne, quand le progrès aura plongé à de nouvelles profondeurs, aura sa lumière. La lumière est donc la manifestation commune de toutes les forces cosmiques, ou mieux de la force, et il est rationnel autant que scientifique de donner à toutes ces vertus de l'univers, la dénomination générique de lumière, par opposition aux matières brutes et opaques qui sont les ténèbres et la nuit ? Il faut bien que, dans la proposition : il sépara la lumière des ténèbres, le mot ténèbres soit pris au figuré pour signifier quelque chose de positif; autrement la proposition reviendrait à celle-ci :
séparer la lumière de l'absence de lumière, ce qui n'a pas plus de sens que cette autre proposition : séparer l'être du néant qui est l'absence de l'être.
Chose étrange autant que mystérieuse! voici la cosmologie de l'enfance des âges qui nous donne l'apparition de la lumière comme ayant été le premier pas du chaos vers les formations, et qui nous la pose dans le monde avant le soleil et les autres astres. Pendant quatre mille ans, on ne comprendra rien à cette contradiction : la lumière avant le foyer lumineux. Patience I il viendra un génie qui s'appellera Descartes et qui précisément soutiendra que la lumière ne vient pas du soleil, qu'elle n'est que l'ondulation d'un fluide existant partout, comme le son n'est qu'une onde aérienne; deux siècles et demi se passeront en discussions et recherches sur les deux théories, cartésienne et newtonnienne, des ondulations et des émissions lumineuses :
mais ce sera la première qui, enfin, aura gain de cause. Or, dans ce triomphe tout récent de notre Descartes sur ce problème est impliqué le triomphe de Moïse et de la tradition antique ; et dans les modernes théories de l'unité radicale des fluides impondérables^) se prépare un nouveau triom-
(I) Cotte tbéirie a été eiposée Jinsuo livre spécial par le savant abbé Moigno.
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phe de la vieille cosmologie biblique.
Ainsi donc, dégagement progressif, dans la masse informe et confuse, des forces cosmiques qui sont la lumière, d'avec les autres éléments cosmiques, opaques et lourds, qui sont les ténèbres ; immense atmosphère lumineuse, chaude, électro-magnétique et attractive vers un centre commun, avant que les globes lumineux soient encore suffisamment perfectionnés quant à leurs enveloppes pour devenir eux-mêmes des foyers de vibrations lumineuses ; par conséquent distinction de ce qui est jour et de ce qui est nuit, et séparation de l'un d'avec l'autre; enfin cette première évolution des choses, qui part des ténèbres chaotiques et qui aboutit au matin de notre monde, à sa première aurore, mesure un premier jour; non pas un jour solaire, puisque le soleil n'existe pas encore, mais un jour cosmique, dont la durée peut être énorme, un jour dans l'espèce de ce jour de Brahma des traditions de l'Inde, qui équivaut à des millions de millions de nos jours et de nos années.
N'est-ce pas notre enseignement cosmologique le plus avancé, présenté par les traditions de l'Orient et plus clairement traduit par Moïse que par tous les génies, quarante siècles à l'avance ?
Dieu dit aussi : Se fasse un firmament au milieu des eaux, et qu'il divise les eaux d'avec les eaux. Et Dieu fit le firmament, et il divisa les eaux qui étaient sous le firmament de celles qui étaient au-dessus du firmament. Et il se fit ainsi. Et Dieu appela le firmament ciel. Et se fit, du soir et du matin, un second jour*
Voilà le second âge.
Quelles sont donc ces eaux qui sont au-dessus et au-dessous du firmament, et qu'est-ce que ce firmament qui les divise, second échelon franchi parla progression cosmologique ? Déjà nous avons vu cette expression les eaux signifier tout autre chose que les eaux réelles d'aujourd'hni, signifier ce que nous avons appelé les eaux cosmiques, assemblage confus de tous les éléments dont la nature entière devait se composer, dans lequel elle devait se dé-
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brouiller, d'où elle devait jaillir. Nous sommes trop près encore de ce premier état pour que la même expression ne conserve pas ce sens allusionnaire et comparatif. Il s'agit donc encore des eaux cosmiques se modiliant par un second progressus. Là dessus, ce nous '.emble, point de difficulté. Mais sm'est-ce que ce firmament, ce ciel, qui se place au milieu de ces eaux et les divise en eaux supérieures et en eaux inférieures par rapport à la terre, ou, du moins, à ce qu'elle commence d'être?
Le mot de l'énigme fut longtemps introuvable; on se perdait dans la mesquine interprétation des mers pardessous, des nuages par-dessus et de l'air dans l'intervalle ; tout cela, jugez combien c'était logique, avant que les mers se fussent encore formées, que la terre aride eût apparu et que les luminaires existassent. Les théories cosmologiqucs modernes devaient lever le mystère. Nous en sommes à la formation première des globes du système, à la distinction qui s'établit entre le corps central, qui est le soleil encore opaque et les planètes également opaques, au sein de l'immense éther, père des fluides, et qui est la 1 umière. Ce firmament n'est donc autre chose que l'espace lui-même, l'espace impondérable qui va toujours se dégageant de plus en plus entre les corps lourds et les séparant : c'est aussi l'atmosphère terrestre qui commence de se former. Les grands corps sont tous en fusion et à l'état liquide au sein de l'espace fluide ; ils y forment déjà des océans, de grandes eaux très-chaudes, incandescentes, de formes ellipsoïdales, exécutant des mouvements de rotation sur elles-mêmes, de translation autour du point central, et soumises, dans leur entité propre, à d'autres mouvements, sortes de marées immenses dont celles de nos grandes .jeaux d'aujourd'hui sont de faibles -images. Ce sont donc encore des eaux.
S La terre est, comme les autres, une {fusion incandescente qui va, désor- , ! mais, de plus en plus, se refroidir ; elle pst, tout entière, liquide, quoique déjà séparée et formant un globe.
Pour l'observateur, qui se suppose sur *lle, elle n'est qu'une masse d'eaux
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inférieures, pendant que les autres globes sont des masses d'eaux supérieures ; et, entre les deux est le firmament, l'étendue fluide qui les sépare.
Tâchons de nous bien représenter cette étendue cosmique dans laquelle, par un premier progrès, se sont déjà distingués l'impondérable du pondérable, le lumineux de l'opaque, la lumière des ténèbres, le jour de la nuit. Cet océan originel que ne cesse d'incuber l'esprit de mouvement, et qu'enveloppe et pénètre la lumière éthérée, vague, sans foyers précis, n'a d'abord été que le soleil primitif, père de toutes choses, comprenant tout ce qui formera les planètes ses filles. Un mouvement gyratoire universel s'est déterminé dans cet ensemble, et a marqué le centre, qui restera le noyau du soleil, le plus opaque et le plus lourd de tous les globes du système, qui servira de lest et de point d'attache autour duquel ils exécuteront leurs mouvements de translation pendantque lui-même continuera sa rotation et que chacun d'eux gardera aussi la sienne, conséquence fixée de la première rotation universelle, qui se sera décomposée en rotations particulières. Nous sommes au moment où tout cela se produit, où se forment les globes opaques au sein de la vague lumière, par décompositions de mouvement etdétermmations defoyers. Mais tout est liquide encore, et les atmosphères commencent de se dégager par les rangements mêmes des matières selon leur ordre de densités. Les refroidissements continus qui se font sont une autre cause de la formation de ces atmosphères. Lecosmologue antique ne s'occupe pas de tous ces détails; il voit seulement les grandes masses qui passent de l'état gazeux à l'état liquide ; il écrit, d'ailleurs, pour les habitants de la terre, et il rapporte tout à ce point particulier de l'espace. Or, pour ce point spécial, un moment vient où, après avoir passé par diverses transformations, il est devenu lui-même, un globe en fusion et s'enveloppe de son atmosphère.
C'est à ce moment intéressant pour l'homme, que Moïse s'arrête. Déjà la couche aériforme, qui deviendra plus tard l'atmosphère respirable, l'en-
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toure comme un vêtement ; des phénomènes semblables se produisent autour des autres planètes, et selon des proportions beaucoup plus immenses, autour du soleil, qui, sans cesser encore d'être ténébreux, est en voie de composer ses atmosphères, qui deviendront un jour des atmosphères enflammées. Ce qui sépare et séparera désormais, de mieux en mieux, les uns des autres, tous ces grands corps, ce qui sépare et séparera surtout cette terre liquide ineandescenle, de l'ensemble des autres masses IriquJées comme clic, c'estl'espacc fluide avec cette atmosphère terrestre à travers laquelle le rayon lumineux se Attirera, se tamisera, se rétractera, se décomposera, se polarisera, se livrera à mille jeux qui composeront, pour l'homme, cette enveloppe si licite, aux nuances intimes, qu'il appellera le ciel; c'est donc la détermination de ce lirmament entre la masse océanique de lateire, ou les eaux intérieures, et les autres masses océaniques, ou les eaux supérieures, àétermiHatwm qui est une conséquence de la formation même des globes en fusion commençant déjà de se refroidir assez pour dégager des vapeurs atmosphériques, c'est cenouveau progressus qui fixe l'attention du narrateur, lui l'ait mettre dans la bouche de Dieu, le second fiât, fiât firrnurncnlum in medio aquurum, et marque pour lui le deuxième jour cosmique, qui est le deuxième âge.
En voici venir un autre : « Or Dieu dit : Que s'amassent en un lieu les eaux qui sont sous le ciel; et qu'apparaisse l'aride. Et il se fit ainsi. Et Dieu appela l'aride Terre, et les amas des cau.r, il les appela Mers. Et Dieu vit que c'était bon Et se fit, du soir et du
matin, un troisième jour.
Mais ce troisième progrès n'est que pour la terre ; il n'est que géogénique, et il constituera le premier âge de la géogénie proprement dite, c'està-dire de notre globe en- particulier.
IS'ous y reviendrons donc dans l'article suivant. Cependant il présente aussi un point de vue qui est cosmologique et qu'on peut rapporter soit au crépuscule du second âge cosmogénique, soit à l'aurore du troi-
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sième. Nous devons le développer.
La terre, aussi bien que les autres planètes, aussi bien que le soleil luimême, s'est refroidie, dans sa croûte, assez pour devenir solide ; elle a sécrété ses eaux véritables, ses eaux de notre époque, mais par l'action de sa chaleur trop forte encore, les a dispersées autour d'elle en vapeurs ; or ces vapeurs se sont peu à peu condensées et l'ont couverte d'une udorosphère ; son atmosphère aérienne s'est perfectionnée par là même, s'est purifiée sous l'action des forces physiques et chimiques; les matières minérales les plus lourdes de sa substance ont pris leur place à son centre ; elle s'est composée enfin, comme nous le dira la géologie ; durant le refroidissement et la solidification de la croûte sous les eaux, se sont formés les éléments volcaniques des grands soulèvements, se sont chargées ces mines cosmiques qui vont accidenter sa surface, et pousser les chaînes de montagnes avec les continents, comme ces petits volcans, leurs derniers vestiges, qui fonctionnent enoore sous nos yeux poussent parfois dans nos mers, de nouveaux ilôts ; et vient un moment où, les explosions se faisant sur la grande échelle, se forment, par grandes boursoufflures, ces montagnes, ces vallées, ces terres sèches, toutes les inégalités de la pellicule.
C'est alors que les eaux, partout répandues jusques là, s'amassent dans les bas-fonds et forment les mers, tandis que les Lieux hauts, qui sont l'aride, la terre à proprement parler, apparaissent. Ils se couvrent, comme nous le verrous en géologie, d'une grande végétation primitive, espèce de végétation de serre chaude sous l'action de la lumière confuse, caries astres ne sont point encore apparus comme points lumineux. Et voilà la lin du second âge cosmique, qui est la séparation des continents d'avec les eaux géologiques, comme le matin du même jour a été la séparation du lirmament d'avec les globes liquides, et comme le premier avait été la séparation des fluides, ou de la lumière, d'avec les matières brutes au sein des eaux chaotiques qui avaient été le point de départ. Celte lin du second
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Ûge, Moïse la décrit par -une phrase :
Qmgregsntw aquœ qux sub cœlo sunt in uiium lueum, et appareat arida.
Arrivons au quatrième jour, qui n'est que le troisième de la série cosmugénique.
k Alors Dieu dit : Se fassent des luminaires (huis fa firmament du ciel; et qu'ils dkiaent le jour et la nuit; et qu'ils soient en signes et (mesures des) temps, jours et années ; qu'ils luisent dans le firmament du ciel et illuminent la t< !r:. Et il se fit ainsi. Et Dieu fit dimx grands luminaires : un luminaire plus < pour présider au jour, et un lumiuairr plus peti./ pour présider à la nuit; et les étoiles. Et il les mit dans lu firmament du ciel pour luire sur la terre et présider au jour et à la nuit et dioiser la lumière et les ténèbres. Et Dieu vit que c'était bon. Et se fit, du sair et du matin, un quatrième jour.
Voilà le troisième âge du grand cosmos, puisque celui qui précède est principalement géologique; c'est le troisième dgc du ciel, c'est son âge mûr, pendant lequel il prend possession de ses globes lumineux, les fait briller pour la terre dans une magnifique splendeur.
Nous avons vu l'expression les eaux, moditier trois fois son acception pour arriver à signitier les eaux telles que nous Lee voyons aujourd'hui; le sens progressait avec la chose : c'était, en premier lieu, l'océan chaotique, c'était, en second lieu, les océans liquides des globes en fusion ; c'était entin noire océan de l'époque actuelle.
Nous avons vu, de même, les expiv.s-ions lumière et jour, signifier d'abord leslluides impondérables, l'éther partout répandu, par opposition aux ténèbres et à la nuit qui étaient la matière opaque. Ces expressions vont signifier maintenant ce qu'elles signifient aujourd'hui, depuis que le soleil a pris sa qualité lumineuse, ainsi que les étoiles, par rapport à la terre, et depuis que la lune et les planètes ont acquis leurs propriétés réiléchissantes.
Jusqu'à présent durait encore le règne de la grande lumière phosphorescente, et les globes ne cessaient de se parfaire ; ce règne est iini; les astres deviennent des luminaires, des
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foyers lumineux. Le soleil a composé son atmosphère incandescente, et cette atmosphère, devenue parfaite, acquiert la vertu de mettre en vibration le iluide éthéré qui remplit tout l'espace; la lune et les planètes se sont assez refroidies et consolidées, elles ont acquis la propriété de réiléchir, par la surface, les rayons du grand astre; elles deviennent aussi, par ce moyen, des flambeaux. Les étoiles, qui sont des soleils, n'ont pas subi, par rapport à nous, des changements intrinsèques dignes d'être signalés, mais leur lumière, pendant le règne de la lumière vague qui a précédé, ne nous parvenait pas plus qu'elle ne nous parvient maintenant durant le jour, puisque oette lumière vague constituait un grand. jour permanent dont nous ne conservons que des restes dans les lumières météoriques, chimiques, électriques, diil'érentes de celle du soleil ; elles deviennent visibles désormais durant la nuit.
En un mot, apparitions des luminaires, non point parce qu'ils n'auraient existé jusque là en aucun sens, mais parce qu'ils commencent de .remplacer, comme foyers de vibration ou comme surfaces de réflexion, la lumière vague aux dépens de laquelle il se sont eux-mêmes perfectionnés ; ils sont mis en signes, dit Moïse ; ils deviennent visibles. Ce sont ces corps qui vont désormais faire le jour et la nuit, mesurer les mois et les années.
Le récit inspiré ne dit pas, il est vrai, les différences réelles entre le soleil, les planètes, la lune et la terre, il ne dit point, par exemple, que c'est la rotation de la terirequi, en présentant alternativement au soleil toutes les faces de son orbe, fait en réalité, le joui-; il s'en tient au spectacle des apparences perçues par les habitants de la terre. Mais n'avons-nous pas entendu Arago, par exemple, commencer toujours son cours d'astronomie par plusieurs leçons sur les mouvements apparents des globes de notre système, avant d'entreprendre l'explication des mouvements réels ? Moïse n'a qu'un but, celui de faire sentir à l'homme sa dignité devant son créateur, au sein de l'univers, et il n'a pas besoin, pour atteindre ce but, d'aller au delà des
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sensations ; mais il ne dit rien, non plus, qui soit inconciliable avec le système de Copernic. Pas un mot n'est là pour affirmer que la terre est au centre ou qu'elle est immobile en réalité. Les apparences seulement sont décrites, ainsi que les rôles des principaux globes du système relativement aux conditions de vie des habitants de la terre. Et les écrivains sacrés du sêmifesme qui se sont inspirés de ce tableau primitif n'en ont pas tiré, non plus, avec une clarté affirmative, pareilles conclusions. L'auteur des Proverbes, par exemple, chantant dans le plus beau des langages, la sagesse incréée, réternel/ogos, lui fait même dire des mots qui peuvent s'entendre de la rotondité de la terre ou de tout le système et d'une suspension dans l'espace du centre de gravité de la terre qui en est le fondement. « J'étais avec Dieu , dit la sagesse , quand il suspendait les fondements de la terre, quando appendebat fundamenta terne, j'étais avec lui composant toutes choses, je me jouais avec lui dans l'orbe des mondes, ludens in orbe terrarum. Et, pour en revenir à Moïse et mettre sur lui notre dernier mot, son récit donnerait plutôt à conclure l'immobilité du soleil ; il représente tout le système solaire comme un temple à Dieu, c'est ce que paraissent indiquer les expressions, luminaria, qu'il emploie ; or, ce luminare majus, ce grand lustre, qui est le soleil, est-il naturel qu'il se promène, dansl'esprit du poète sacré, à l'entour du temple qu'il éclaire, et n'est-il pas plus convenable de supposer qu'il reste immobile à sa place, donnant, tout à l'entour, sa chaleur et sa lumière ?
Ici se termine notre étude de la cosmologie mosaïque comprenant les trois grands âges cosmiques, époques indélinies de la nature, se divisant chacune en soir et matin, soir de la période qui a précédé, matin de celle qui doit suivre, se liant toutes par là même, s'engendrant les unes les autres par des séries continues et commençant toujours par le soir, parce que la première a commencé avec le soir du chaos primordial, qui n'a pas dû compter pour un âge ni pour un jour.
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Des savants ont appelé ces séries de développements des époques, d'autres les appelleront des évolutions, d'autres des périodes etc ; nous les avons appelées âges cosmiques; Moïse les avait nommées jours ; et lui seul en avait fait trois exactement, puisque, dans ses six jours, trois seulement se rapportent au cosmos solaire et planétaire, le premier, le deuxième et le quatrième, les trois autres, à savoir le troisième, le cinquième et le sixième devant se rapporter à notre globe lui-même, et, parmi ces trois derniers, le troisième, placé entre les deux derniers du cosmos, devant former le premier des âges géologiques. C'est ce qui restait encore à découvrir aux savants du siècle des lumières.
Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, n'avons-nous pas acquis, par cette étude même, le droit de juger sévèrement la phrase du critique : « Un jour c'est l'astronomie qui lui dérange son ciel?.... » Si la Bible, en effet, avait eu la prétention de présenter, dans son antique tableau, un système scientifique du monde, ce n'eût certes pas été pour aboutir à « déranger son ciel » que l'astronomie, quarante siècles durant, eût observé le firmament et couvert de chiffres ses tables ; c'eût été, au contraire, pour aboutir à le confirmer et à en rendre compréhensible la sublime profondeur, puisque tel est, après tout, le résultat de ses travaux. Le Noir.
AGES (les trois) GÉOLOGIQUES, ou
LES TROIS JOURS DE LA GÉOLOGIE BIBLI- QUE DEVANT LA GÉOLOGIE SCIENTIFIQUB
moderne. (Théol. mixt. scien. cosmol.
et géol.).
Nous venons de répondre, dans l'article qui précède, à l'objection de nos adversaires, que Proudhon résumait lorsqu'il disait en parlant de l'Eglise : « un jour c'est l'astronomie qui lui dérange son ciel. » Celui-ci a pour but de répondre à l'autre objection, qui lui est toute semblable, et que le même auteur concentre dans cette proposition : « Le lendemain, c'est la géologie qui bouleverse sa Genèse. »
Nous ne répéterons pas cette réponse générale ; que ni la Bible ni
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le Christianisme n'ont jamais entendu présenter aux hommes un enseignement scientifique; nous ne nous étendrons pas, non plus, sur les traditions primitives du genre humain qui paraissent se rapporter à d'antiques révolutions géologiques, elles se confondent avec celles qui se rapportent à la cosmologie, et nous venons d'en donner une idée presque suffisante dans l'article qui la concerne. Nous passerons donc immédiatement au développement de notre titre, à l'étude directe de la géologie de la Genèse, comparée avec la géologie scientifique moderne, telle que nous la présentent nos géologues en se fondant sur l'observation.
Il est nécessaire, pour atteindre notre but, de donner d'abord un résumé succinct de la géologie scientifique ; nous ferons voir ensuite que le récit de Moïse est en parfaite harmonie avec elle.
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