‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 71 sur 166 · E RÉCIT MOSAÏQUE · texte numérisé non relu

E RÉCIT MOSAÏQUE

Après que la Genèse nous a peint, en traits d'une majesté sublime, les formations du monde astronomique, puis les formations géologiques du règne végétal et du règne animal à la surface du globe que nous habitons, elle passe, comme il suit, à sou épopée de l'apparition de l'iiomnie sur la terre :

o Dieu lit les bêtes de terre selon leurs espèces, et les juments, et tout reptile de terre dans son espèce.

« Et Dieu vit que c'était bien.

« Et il dit : Faisons l'homme à notre image et similitude, qu'il préside aux poissons de la mer et aux oiseaux du ciel, et aux bètes, et à toute la terre, et à tout reptile qui se meut sur la terre.

« Et Dieu créa l'homme à son image. Il le créa à limai;!; de Dieu.

Il les créa mâle et femelle.

t Et Dieu les bénit et leur dit.

« Croissez et multipliez-vous , et remplissez la terre, et soumettez-la, et dominez sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux du ciel, et sur tous les animaux qui se meuvent sur la terre.

« Et Dieu dit : Voilà que je vous ai donné toute herbe portant graine sur la terre, et tous les arbres ayant, en eux-mêmes la semetiee de leur espèce, aiin qu'ils vous soient en nourriture, et à tous les animaux de La.

terre, et à tous les oiseaux du ciei, et à tout ce qui se meut sur la terre ayant une âme vivante, afin qu'ils aient pour se nourrir.

« Et il le lit ainsi.

« Et Dieu vittoutesles choses qu'il avait faites; et elles étaient très-bonnes.

« Et se fit, du soir et du matin,. Le sixième jour. » (Genèse, i, 2:5- à 31)

Viennent ensuite, les tableaux plus détaillés dte la création de l'homme et de la formation de la femme, puis ceux du paradis terrestre, de l'état d'innocence, de la tentation par le

serpent, de la chute des premiers humains, de la promesse d'une victoire de la femme sur le serpent, du développement de la race adanikrae par les patriarches, de la corruption générale,, du déluge qui envahit jusqu'aux montagnes, de Noé et du vaisseau sauveur, de la tour de Babel et de la multiplication des langues.

Telle est l'anthropologie biblique, dont nous entreprenons de démontrer L'harmonie avec l'anthropologie scientifique des temps modernes.

Cette anthropologie indique la reprise d'une série nouvelle de trois âges, qui vont se développer pour le genre humain, comme les trois jours cosmiques se sont développés pour le cosmos, comme les trois jours géogéniqnes se sont développés pour le globe de la terre. Il y a assez dans le récit pour Les indiquer tous les trois :

Le premier de ces trois âges de l'homme, en tant qu'humanité, fait suite à la fin du sixième jour, le troisième' de La gôul >gie (création des nni.'rjaux terrestres et de l'homme), et iL consiste dans le paradis terrestre ou l'état d'innocence, chanté, d'ailleurs, sous le nom à k àge d'or ou sous d'autres noms, par tous les poètes du monde antique.

Le second est l'état de dégénérescence qui lui succède ; rien ne saurait mieux ressortir du récit mosaïque.

Et le troisième est suffisamment indiqué par la parole d'espérance adressée au serpent, mais concernant la femme : « Un jour elle te brisera la tète, ipsaconteretcaput tuum. » On ne saurait mieux peindre en trois mots,, la victoire future delà femme par le fils de la femme sur le mal. Ce troisième âge qui est celui de la restauration, c'est ï'àge chrétien, c'est ie règne du Christianisme, sous lequel L'humanité atteindra peu à peu Les apogées de sa puissance et de sa gloire, par le triple côté, moral et religieux, philosophique et scientifique, politique et industriel.

Le premier, c'est la simplicité de 1' enfance, mais aussi son innocence et son bonheur, avec tout le développement futur en puissance.

Le second, c'est la jeunesse qui suit la déchéance avec ses boutes et ses

AGE

grandeurs, ses énergies et ses faiblesses, ses luttes, ses misères.

Le troisième, c'est l'âge mûr.

Or, nous n'avons pas à nous occuper ici du premier d". ces trois âges ; l'état d'innocence et du Paradis terrestre constitue le premier des objets de la théologie pure.

Nous n'avons pas, non plus, à nous occuper du troisième, de la restauration par Jésus-Christ et par le Christianisme ; c'est encore un des objets de la théologie pure, son objet le plus capital.

Ce n'est pas à dire, pourtant, que ces deux âges, celui du début et celui du dénouement auquel nous appartenons, nous autres chrétiens, lequel a devant lui des siècles inconnus à parcourir, soient, absolument et sous tout rapport, du domaine de la théologie pure. Ils présentent de nombreux points d'attache aux sciences humaines , que nous discuterons quand l'occasion s'en présentera.

Déjà nous avons fait voir dans l'article Adam, que l'état d'innocence, de l'âge d'or, n'étayait pas seulement sa certitude historique sur le récit de Moïse, mais qu'il l'étayait également sur les histoires et les traditions profanes universelles. Le même , nous trouverons dans le Christianisme, sous le règne duquel sont, depuis 18 siècles.en voie de se faire les grandes conquêtes de l'homme sur les éléments, mille et mille choses sur lesquelles ces sciences seront appelées à exercer leur compétence, et nous verrons qu'elles l'exerceront toujours en sa faveur ; mais ce n'est point ici le lieu d'aborder ces détails ; c'est pourquoi nous devons pour le moment renvoyer à la théologie pure.

M ne nous reste donc a étudier, dans cet article du moins, par les moyens que nous présenteront les sciences, que le second âge, et à montrer qu'il n'y a point de contradiction réelle entre ce que nous en dit l'historien sacré et ce que les sciences nous en ont appris jusqu'à ce jour.

Or, ce second âge de l'espèce humaine se subdivise lui-même en trois âges que nous révélera, autant qu'elle le peut dans l'état présent de

ses progrès, la paléontologie. Ce seront les périodes que l'on a nommées l'âge de la pierre, l'âge des métaux et l'âge de l'industrie historique.

Mais, ne devançons pas ; nous avons voulu seulement ouvrir une échappée de vue générale au lecteur sur le chemin que nous avons à parcourir.

Commençons par éliminer du nombre des difficultés réelles les points secondaires qui, en vertu des principes que nous avons déduits, dans notre dissertation préliminaire, des détinitions du concile de Trente et surtout de celles du concile du Vatican, ne sont point importants pour un chrétien ni pour un catholique, et par réduire la thèse que nous avons, à soutenir à ses points capitaux.

Soutiendrons-nous une chronologie quelconque qui ne ferait remonter l'apparition de l'homme sur la terre qu'à quelques milliers d'années que l'on déterminerait sur les vies des patriarches ? Non, ces chiffres n'intéressent en rien la foi et la parole chrétiennes, ainsi que nous verrons Bergier en faire plus d'une fois la judicieuse remarque Les trois textes eux-mêmes de notre Pentateuque , l'hébreu , le samaritain et celui des septante, ne s'acordent pas sur ces chiffres , et si l'on rapproche des chronologies sémitiques les chronologies des autres peuples, les diversités deviennent beaucoup plus considérables. Nous ne soumettrons pas ces détails à un examen, que nous ne pourrions appuyer sur aucune base solide ; nous les mettrons simplement à l'écart, nous abstenant de les juger, de les attaquer ou do les défendre.

Nous agirons de même à l'égard destableaux plus ou moins poétiques, dont la partie littérale et matérielle a été et peut être longuement discutée; tout cela n'a point, pour cette partie de notre théologie mixte, une importance réelle ; tout cela n'importe point non plus, d'une manière sérieuse, à la foi ni à la morale chrétienne. L'art étudie ces formes au point de vue du beau, et c'est par l'entremise de l'art qu'elles ont exercé et qu'elles exerceront leur influence en

AGE

AGE

faveur de cette foi et de cette morale.

La science n'a point à s'en occuper.

Quels sont les points qui intéressent la science, et que nous avons à défendre? les voici :

Si nous réduisons les récits de la Genèse des sémites, qui est devenue la nôtre, à ses articles fondamentaux, les seuls vraiment sérieux, nous allons aux affirmations suivantes :

1° Constitution des espèces animales après celle des espèces végétales, et notamment de l'espèce humaine, t Que les eaux produisent.... que la terre produise... a dit Dieu dans la Genèse, les cete grandia... les jumenta... les reptiles, et les volatiles aquatiques et terrestres... chacun dans son espèce... et enfin : « faisons l'homme. »

2° Unité des races humaines, telles qu'elles existent aujourd'hui et concourent à former le genre humain présent : toutes ces races descendent d'un seul couple.

3° Identité originelle distincte de l'espèce humaine. L'homme n'estpas, comme le prétendent aujourd'hui beaucoup de positivistes, tels que l'Anglais Darwin, un animal perfectionné, par exemple un singe, qui,aprèsavoir été lui-même un grand perfectionnement sur des types antérieurs desquels il serait sorti durant les longs âges de la lutte du fort contre le faible pour le triomphe vital du premier, s'est erilin élevé jusqu'à l'humanisme, tandis que d'autres singes, à organisation moins puissante, se sont arrêtés dans leur développement.

4° Apparition de l'homme dans le même âge que les animaux terrestres désignés par les expressions bestias terrx, jumenta, reptile terrse, « les bêtes de terre », « les juments », « le reptile de terre », c'est-à-dire ceux qui ne sont venus qu'après le règne des eaux et dont l'existence avait besoin de la terre ferme pour se réaliser. La création de l'homme à l'image de Dieu est bien, dans le tableau, posée la dernière ; mais elle a lieu, comme celle de ces sortes d'animaux, le sixième jour, c'est-à-dire dans la même période qui est la sixième générale, la troisième géologique et le début (le lapremière anthropologique.

5° Un état d'imperfection et de misère de la race humaine, que, d'une part, la paléontologie nous révèle à l'origine de l'humanité, et que la philosophie, abstraction faite de la théologie pure, ne concilierait pas facilement avec l'idée qu'elle se fait de Dieu, sans une invasion du mal moral et une dégénérescence primitive qui en soit la conséquence.

6° Un grand déluge qui bouleverse la surface du globe et en détruit les habitants, mais qui ne vient qu'après un développement considérable de l'espèce humaine et des autres espèces qui lui ont été contemporaines, soit qu'elles l'eussent déjà précédé, soit qu'elles eussent commencé de régner avec lui, en sorte que, si nous trouvons dans le sol des restes qui accusent le passage de ce grand cataclysme, ces monuments géologiques doivent nous révéler en même temps l'existence antérieure de ces espèces, l'espèce humaine comprise.

7° Enii n, unité primitive de langage, à laquelle succédera une diversité d'idiomes qui sera appelée la confusion des langues.

Tels sont les faits capitaux de notre anthropologie biblique. Tout le reste, ainsi que nous l'avons dit. est de peu d'importance, à tout pointde vue, dans la partie scientifique surtout de notre théologie mixte, et doit être négligé, comme affaires d'art, de forme pure, de^ précautions de législateur, ou même de difficultés graphologiques, bien explicables lorsqu'il s'agit de livres antiques jui ont passé par des copies très-mystérieuses dans des langues assez mystérieuses elles-mêmes, avant de se fixer définitivement sous les formes graphiques qu'ils ont aujourd'hui.

Si donc, convoquant toutes les sciences modernes qui peuvent avoir quelque rapport à ces sept grands faits primordiaux qui constituent toute l'anthropologie biblique, avec tout ce qui s'y rattache, nous trouvons qu'elles concourent à les établir tous, nous am'ons vraiment édifié notre thèse de l'harmonie de l'anthropologie biblique avec l'anthropologie scientifique, et aurons renversé à la fois les constructions antichrétiennes des nouvelles

AGE

AGE

écoles qui se pavanent dans le mot usurpé de philosophies positivistes.

Page 1