‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 74 sur 166 · LE MONOGÉN1SME ANIMAL ET LE POLYGÉ- N1SUE DES RACES HUMAINES · texte numérisé non relu

LE MONOGÉN1SME ANIMAL ET LE POLYGÉ- N1SUE DES RACES HUMAINES

La géologie et la paléontologie tendent à démontrer l'unité et l'identité originelle des espèces, et de l'espèce humaine en particulier, bien plutôt que les deux extrêmes opposés, à savoir: un polygénisme de nos races, ou un inonogé.nisme animal universel.

Nous avons donné, dans l'article précédent, un sommaire de l'état auquel ces deux sciences sont parvenues jusqu'à ce jour; et le lecteur a pu tirer lui-même de ce sommaire les observations suivantes :

Les débris que nous révèlent les couches géologiques du globe accusent des successions de règnes qui paraissent aller plus ou moins en se perfectionnant dans leurs organismes ; ce principe est incontestable ; le; organismes les plus antiques révélés par les fossiles des couches les plus profondes sont moins parfaits que les organismes révélés par les fossiles des couches supérieures. Il se fait un progrès dans les passages d'une faune à une autre faune, ce qui est conforme aux progrès que Moïse nous révèle, lorsqu'il passe d'un jour à un autre jour. Mais on ne remarque aucuns types de transition d'une espèce à une autre espèce ; les espèces sont toujours fixées dans leur manière d'être ; puis elles disparaissent pour céder la place à des espèces

nouvelles , sans qu'aucuns milieux plus ou moins insensibles se montrent dans le passage, en sorte qu'il est impossible d'assigner, dans l'espèce prérédente aucun type commençant de se transformer et pouvant être considéré comme le père plus ou moins rapproché de l'espèce suivante. Cependant si, comme le prétend Darwin dans sa théorie des sélections, théorie assez semblable à celle de Lamarck, mais enrichie de mille ingéniosités nouvelles, fruits d'une puissante imagination, toutes les espèces animales étaient sorties, parun progrès incessant, d'un premier type commun que le créateur aurait doué du principe de vie, selon une expression de la première édition de son livre, mais qu'il a retirée des éditions suivantes, comme si la science humaine pouvait imaginer ou découvrir une série de formations dont la force éternelle et créatrice ne serait pas le premier moteur, si, disons-nous, les espèces s'étaient ainsi formées, serait-il possible que la géologie, en nous présentant dans ses couches des médailles pétrifiées de tous les êtres terrestres ayant existé depuis des millions d'années jusqu'aux époques les plus voisines de la nô re, ne nous montrât aucun de ces types de transition ?

S'il en eût existé, ils auraient existé par multitudes, et nous en trouverions, par là même, des multitudes. Que dis-je ? nous pourrions échelonner tous les animaux, depuis le polype jusqu'à l'homme, par degrés insensibles de transformation, et faire de leurs débris un musée qui serait la démonstration du système. Loin de là : les espèces restent sans modification d'une époque à l'autre, lorsqu'elles se perpétuent durant plusieurs époques successives, ou bien elles disparaissent, probablement sous le coup d'un cataclysme , pour faire place à d'autres toutes différentes qui reparaissent pius tard. Jamais les centaures, ni les minotaures, ni les sirènes, créés par l'imagination denos poètes, ne se montrent; ce sont toujours des organismes d'une parfaite harmonie, chacun dans son espèce, pour parler comme le peintre sacré,

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et d'une harmonie tollo qu'il suffisait à Cuvier d'avoir un membre pour reconstruire l'animal tout entier, et que, si un hasard heureux faisait découvrir te reste du squelette, il se trouvait toujours que les analogies du savant, fondées sur les sagesses de la nature a lui connues, ne l'avaient point trompé. C'était, chaque fois, le cas de dire avec Moïse qu'à l'éveil de ces âmes vivantes, depuis la petite, coquille microscopique jusqu'au mégalosaure, au mosasaurc, au dinothére et au mastodonte , qu'elles fussent les produits de la terre ou des eaux, quam produiront aquœ in tpecies suas.... pre kccat U rrn anima/M vitsentem m génère sm>..., Dieu avait lui-même admiré son œuvre, et vidit Deus quod esset buintm. Et si nous considérons l'homme en particulier, l'homme qui est ici le point de mire.

car c'est en vue de l'abaisser au niveau du singe que le système des sélections naturelles a été imaginé, nous si rames obligé d'entendre la paléontologie de l'espère humaine nous répendre que, quelque haut qu'on remonte vers le type primitif, on ne trouve que des squelettes humains tout semblables à ceux d'aujourd'hui.

Nous le constaterons , une fois de plus, vers la lin de cette élude, à l'occasion du fameux troglodyte de Menton, qui vient d'être placé dans notre muséum d'à i.l hropnlogic du jardin des plantes de Paris, et qui est un des plus anciens.

Pourrait-on concevoir une réfutation plu= complète du darwinisme?

Aussi l'ingéniosité du savant se trouve-t-elle ici dans uu tel embarras qu'il ose à peine arrêter ses regards sur les problèmes que lui jette, de prime saut, la géologie.

Il y a mieux. Nous avons déjà parlé d'un fait moderne qui touche à ces questions et qu'il importe de rappeler ici avec plus de détails. Depuis une vingtaine d'années, les gouvernements d'Angleterre et des Etats-Unis ont chargé, le premier de ces gouvernements, le professeur W. Carpentier, le second, le capitaine Maury,de pratiquer des soudages et des dragages dans la mer du Nord, dans l'Océan Atlantique et dans la Méditemaaéç,

pour constater les plateaux sous-marins pi opres à recevoir les tils télégraphiques; ces sondages ont duré cinq années, et ils ont eu pour résultat, en ce qui est de la question qui nous occupe, de constater au fond des mers, qu'on avait cru jusqu'alors insondables et qu'on a pu sonder jusqu'à 8,300 mètres — au sud du banc de Terre-Neuve par exemple — l'existence de petits coquillages vivants, appartenant aux f'i!iii»iinifi ; rfs, et étant encore aujourd'hui absolument les mêmes que ceux des terrains crétacés, dont l'existence remonte à des millions d'aimées. Déjà, il y a trente ans environ, l'on avait trouvé, dans des sondages du même génie, divers êtres aquatiques doués de vie, à des profondeurs beaucoup moindres, mais auquelleson avaiteru jusque-là qu'il n'y a\ ait rien d'animé; ces êtres s'étaient montrés tout semblables à des types fossiles que la paléontologie avait déeoiiverls en nombre intini dans des couches de l'époque secondaire, c'est-à-dire, antiques de plusieurs millions d'années également; il n'y avait aucun changement dans les caractères spèeiliques; ces êtres vivaient au fond des eaux, eu m me ils y vécurent dans les temps antiques sans qu'aucune transformation spécitique se soit faite dans leur organisme. Ces découvertes jetèrent en indicible émoi tous les géologues, parce qu'ils avaient cru jusquesdàà des destructions universelles de ces espèces par suite de cataclysme*!

destructions qu'ils avaient nommées les lacunes géologiques ; quelques-uns d'entre eux, qui avaient détonné dans le concert en soutenant que le développement de la vie n'avait jamais eu d'interruption, en lirentleur prolit, et de ce nombre lut Darwin; mais Darwin se jeta dans l'extrême en prétendant que non-seulement les règnes n'avaient jamais cessé de succéder aux règnes, mais que les espèces elles-mêmes s'étaient modifiées parmi progrés continu et s'étaient' engendrées les unes les autres en se ( ' modifiant. Les découvertes prouvaient \ précisément le contraire en montrant 5, l'état de vie, aujourd'hui encore, sans modili ution, des espèces qui

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existaient telles dans les temps les plus reculés.

Ainsi donc, quoi qu'il en soit des deux théories, entendues l'une et l'autre raisonnablement , celle des lacunes ou interruptions totales d'espèces vivantes, ou celle du règne de la vie sans interruption sous des types quelconques, les uns succédant aux autres, les uns disparaissant, les autres apparaissant, sans qu'il y ait jamais eu, sur la surface de notre globe, état universel d'inaction et de mort, quoi qu'il en soit, disons-nous, de ces deux théories, nous avons droit de conclure de ces nouvelles découvertes, que la géologie s'inscrit chaque jour en faux contre le monogénisme animal des positivistes de l'école de Darwin, se prononce de plus en plus en faveur de la persistnnee des caractères spécifiques, et tend, par conséquent, comme nous l'avons dit dans notre assertion, à établir la distinction et l'identité originelle des espèces vivantes, aussi bien de l'espèce humaine que de toutes les autres.

Nous parlerons bientôt de celle de l'homme en particulier.

En ce qui est de l'hypothèse opposée au darwinisme, celle du polygénisme des races humaines, à laquelle le célèbre Agassiz parait accéder jusqu'à une certaine mesure, en croyant à plusieurs centres de formation des races blanche, noire et jaune ('), la paléontologie ne saurait dire grand'chose, attendu, d'un côté, qu'à l'inspection d'un débris humain très-antique, plus ou moins passé à l'état de fossile, il sera toujours possible de soutenir que ce débris appartient à une espèce d'homme qui n'avait rien de commun avec la nôtre quant à son premier centre de formation, et attendu, d'un autre côté, qu'il pourrait avoir existé, avant l'homme, des animaux qui n'auraient été, par leur organisme matériel, ni des quadrumanes, ni des quadrupèdes, mais de véritables bimanes et bipèdes comme l'homme, sans avoir comme lui les propriétés psychologiques qui constituent véritablement

(i) M. de Lamennais, dans son esquisse d'une philosophie a émis une hypothèse pareille

l'humanité. Nous en avions posé nousmême l'hypothèse, il y a quinze ans, dans nos harmonies de la raison et de la foi, et, depuis cette date, le célèbre Agassiz, quenousavons déjà nommé, a cru reconnaître dans quelques ossements, qui paraissent huirains, de l'époque tertiaire, des caractères organiques accusant une espèce qui n'est ni le singe ni l'homme d'aujourd'hui, et qui, dans l'ordre des formations géologiques, aurait précédé l'homme sur la terre. (V. Ada- MIQl'E et Préadamique.)

Mais cette hypothèse n'a point eu de succès devant la science : il est si diflicile de constater, dans des débris encore si incomplets, dételles différences; et si l'on veut s'abstenir de subtilités scientifiques, la conclusion à laquelle paraît assez clairement pousser l'anthropologie paléontologique jusqu'à ce jour, c'est celle de l'unité typique de tous les fossiles humains qui ont été découverts, quelqueanciens qu'ilspuissentètre. Quand un type est semblable à un autre type, au degré où le sont tous les hommes, soit existant aujourd'hui, soit n'étant plus révélés à nous que par des restes épars, il est naturel de supposer qu'ils sont les descendants d'un même couple, ainsi qu'on le suppose naturellement aussidesautres espèces, à quelque antiquité que l'on soit forcé de reporter ce couple originel. C'est ce qui arrive, ainsi que nous le verrons, pour les débris humains trouvés jusqu'à présent.

Restent quatre faits à démontrer par les données géologiques et paléontologiques, à savoir : la contemporanéité de l'homme et des animaux terrestres ; l'état primitif de faiblesse et d'imperfection paraissant insinuer une décadence antérieure ; la réalité d'un dernier déluge universel, ayant bouleversé la surface de la terre et produit un affreux cataclysme dans les espèces vivantes ; enfin l'antériorité de l'existence de l'homme à ce dernier déluge.

Comme ces quatre faits se mélangent dans les observations qui les touchent, nous donnerons d'abord un résumé sommaire de toute l'anthropologie paléontologique contern-

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poraine, et nous tirerons, à la fin, nos conclusions biblico-scientifiques.

Sommaire historique de l'anthropologie FOSSILE COMTEMPORAINE.

Depuisun siècle on était grandement sot ses gardes contre les mystifications auxquelles cette science pouvait exposer ses adeptes. On était payé pour être défiant. On avait trop présente la terrible déconvenue que le fameux Cuvier, aux premiers débuts de sa gloire, avait infligée au non moins célèbre Scheucbzer, dont ï'homo diluvii testis s'était trouvé n'être, ainsi que l'avait déjà reconnu Camper en 1787, qu'un reptile. L'histoire en est curieuse ; elle vaut la peine d'être racontée ; la voici :

M. Scheuchzer, naturaliste allemand du dernier siècle, avait trouvé, en 1726, dans une des roches schisteuses d'OEningen, terrains antédiluviens, appartenant au pliocène, un crâne qu'il avait pris pour un crâne humain, et en avait fait grand bruit, l'appelant, avec une ignorance pardonnable de son temps, l'homme témoin du déluge.

Si, en effet, c'eût été la relique d'un homme, cet homme n'aurait pas été témoin du déluge ; il lui eût été bien antérieur, puisque le pliocène a de très-longtemps précédé le déluge.

La pierre n'avait éié brisée qu'à l'endroit qui encadrait la tète. Partout les idées s'agitaient et les dessins de Y homo diluvii testis circulaient. Cuvier étudia ces dessins, et étonna les savants en prétendant que ce crâne, non-seulement n'était pas celui d'un homme, mais n'était, ainsi que l'avait dit Camper, que celui d'un reptile, qu'il appartenait , dans la classe des reptiles, à la famille des batraciens, et, qui plus est, au genre salamandre, dont il constituait une espèce d'une grandeur relativement monstrueuse. La discussion devint éclatante, et Cuvier soutint son dire au point d'annoncer publiquement qu'il en rendrait la certitude manifeste par une étude publique de la pierre ellemême. Il se rendit sur les lieux, et, enprésenced'une réun ion de savants, attaqua le schiste avec le marteau. Or, il eut la satisfaction de voir apparaî-

tre et de faire voir à tous, à mesure que ses coups enlevaient des morceaux, la suite du squelette jusqu'à la queue ; c'était bien la salamandre annoncée ; elle avait 1 mètre 50 cent, de longueur, et elle servit de type pour l'établissement du sous-genre Andrias dont elle est jusqu'à présent la seule espèce connue.

A vrai dire, les schistes d'OEningen n'étaient pas tellement anciens qu'il ne pût s'y rencontrer des fossiles humains, puisque nous serons obligés de reconnaître , au moins comme probable, la présence de tels fossiles dans le pliocène; mais enfin l'homo diluvii testis n'était qu'une salamandre ; et à partir de cette mystification scientifique, on avait bien quelque raison d'être sur ses gardes en présence des découvertes paléontologiques prétendues humaines; cette défiance, au reste, devait être justifiée par beaucoup d'autres mystifications qui devaient se dévoiler encore. Nous n'en citerons qu'une qui n'a été reconnue qu'en 1853 et dont Cuvier luimême avait été la victime. Un certain Hoffman, chirurgien allemand, avait imaginé une industrie qui consistait à vendre aux savants, comme de vrais fossiles, faisant partie du grand Mosasaurus, — saurien monstrueux des carrières de Maêstricht, dont la plus grosse fraction figure actuellement au musée de Groningue, et dont nous avons le reste dans notre muséum de Pari*, — des pièces fausses, artificiellement préparées, formées de morceaux habilement assemblés et collés par ses propres mains.

Cuvier avait décrit, analysé et dessiné ces pièces ; ces dessins sont encore dans ses œuvres; Camper avait agi de même, et pourtant avait eu des soupçons, puisqu'il avait signalé quelques morceaux qui lui paraissaient artificiellement ajoutés. Enfin M.

Schlegel, vers 1855, constata positivement la fraude; la fraude avait porté principalement sur des os du crâne.

M. Schlegel a tout rétabli dans l'état naturel, ne conservant que ce qui était de normale provenance.

Il est donc vrai qu'il y avait lieu de craindre des déconvenues de pluo d'une espèce, et d'être défiants. Mais

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la déQance, quand elle s'y mot, va toujours trop loin. L'on répéta partout comme un axiome, qu'il a y avait point devrais fossiles humains ;qa'il n'y eut pas trace d'homme sur le globe avant le déluge ; que le déluge historique n'était qu'une i'alile; qu'en fait de cataclysmes de ce genre, il y en avait bien eu, et à plusieurs reprises, mais seulement dans des temps géologiques, tels que l'époque du soulèvement des Andes, qui avaient précédé, de longue date, l'apparition de la race, humaine sur la terre; que le àtiavium était le produit d'un de ces déluges anciens; qu'il ne pouvait contenir de Trais fossiles de notre •espèce ; qu'an un mot, l'apparition de cette espèce était beaucoup trop récente pour qu'on en put retrouver des bribesdans aucune des cooi lies vierges antérieures aux alluvions lluvialiles ou maritimes de l'époque présente.

Or, ici faisons une halte, pour élucider la question des fossiles.

Nous ne nous arrêterons pas à l'acception puérile qu'où est convenu, cette année même ( IK72), de donner à.

ce mot; il est entendu entre nos spécialistes en paléontologie, qu'on ne qualifiera plus désormais de fossiles que lis neÂes géologiques d'espèces éteintes, (ju'un fossile réunisse ou ne réunisse p. i> les caractères qui leconstiluentl'os-ile, d'après I 'ai:cienneinterprétation du mot, s'il appartient aune espèce existant encore, ce n'est point on fossile. C'est à partir de cette pauvre convention qu 'on a cessé tout à coup de dire l'homme fossile, parce que tous les restes humains qu'on découvre sont des restes humains qui révèlent Une espèce parfaitement semblable, pour tous les points capitaux, a. l'espèce humaine d'aujourd'hui. Laissons ces petites ruses de nos savants pour ne point choquer les susceptibilités, et étudions le sens sérieux, le sens qui restera, du mot fossile.

Un fossile est un débris organique qui, par suite d'un gisement trèslongtemps prolongé dans un terrain, a plus ou moins cliangè de nature, sans perdre rien de sa forme primitive interne et externe. S'il ne conserve plus aucun reste de la matière organique qui le constitua primitivement,

mais qu'il soit vraiment et complètement fossililié, c'est-à-dire que celte matière organique originelle ait été peu à peu remplacée, sous l'action des agents chimiques, qu'amènent plus ou moins selon les lieux les infiltrations, par de la silice, auquel cas le corps est dit pétrifié, ou par quelque autre concrétion, tellcque ducarbonatede chaux ouun autre sel, alors, le débris dont la forme interne et externe accuse encore avec évidence l'origine organique, porte avec lui un certificat d'ancienneté qui n'a point, comme nous allons le voir, une valeur absolue, mais qui n'est, point sans importance, surtout si on connaitle milieu où il a séjourné pour être lui-même très-ancien et n'avoir pas subi de remaniements; c'est alors une véritable pétrification qui s'est faite lentement et dont l'antiquité pourra être de plusieurs centaines de mille ans.

D'autre part, il faut se garder de considérer comme des fossiles, les simples concrétions de carbonate de chaux à la surface des corps, lesquelles se produisent très-rapidement en certains lieux, sous l'action de certaines eaux, d'une manière analogue à la formation des stalactites. Dans ces cas, le corps conserve, non-seulement sa forme, mais encore sa nature complèie, et il est seulement entouré d'une concrétion qui lui donne l'apparence d'un fossile ; souvent une semblable transformation apparente s'opère en fort peu de temps ; il suffit d'un gisement au sein d'infiltrations chargées de carbonate de chaux, pendant un petit nombre de siècles, d'années ou même de mois. C'est à cette catégorie de phénomènes que se rapportent les espèces d'embaumements naturels des cadavres inhumés dans certains cimetières, tels que ce lui de Bordeaux d'où l'on a retiré ces corps carbonates dont on a fait le musée que tous les voyageurs vont visiter. C'est encore à ce phénomène qu'il convient de rattacher les concrétions de carbonate de chaux qui se produisent si promptement dans quelques fontaines; il n'y aaucune ressemblance entre ces sortes de produits cbimiques de la nature et les pétrifications fossiles. Mais entre les deux extrêmes

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que nonsvenonsde décrire et d'analyser, il y a dos fossiles de tout degré, de toute espèce et de toute ancienneté. Moins il reste de matière organique, plus le fossile est ancien, au moins probablement. Nous ajoutons probablement , car l'ancienneté ne dépend pas seulement du changement de matière; il peut arriver qu'un fossile moins fossile qu'un autre par cette qualité, soit cependant plus ancien par suite des conditions de la couebe qui lui aura servi de matrice durant son gisement, attendu qu'il y a des couches beaucoup plus favorables les unes que les autres à la rapidité de la transformation. M. Figuiercite des pétrifications de coquilles dans leseaux de la. Méditerranée, qui pourraient faire croire aune antiquité prodigieuse et qui, non-seulement nous sont contemporaines, mais sont le produit d'un temps très-limité.

11 faut donc surtout, pour juger avec assurance de. l'ancienneté d'un fossile, fùt-i] vraiment pétrifié en grande partie, ou ne le fût- il presque pas encore, connaître la couche géologique qui l'a conservé; si cette couche est certainement vierge, que son ancienneté relative soit certainement connue par sa classification incontestée dans les séries séilimenteuses, et que le corps en soit certainement extrait pour la première fois, sans qu'ily ait eu déplacement, replacement ou remuement quelconque antérieur, il devient certain qu'il a luimême vécu avant la formation de la couche ou du dépôt au sein duquel il s'est trouvé ensablé de la sorte.

Ces principes posés sur la détinition des fossiles, nous devons accorder, d'abord, ce qu'il y a de vrai dans ce qui se répétait depuis un demi siècle, qu'il n'y a point de vrais fossiles humains ; on n'en a pas encore trouvé, en effet, jusqu'à présent, qui soient véritablement et complètement pétrifiés, ainsi qu'on en voit en abondance, d'une multitude d'espèces ani- 'males ou végétales; mais on doit ajouter qu'il en est à peu près de même des animaux terrestres les plus voisins de l'homme ou ses contemporains, tels que « les ours, les cerfs, les rennes, les chiens, les bœufs, etc.,

etc., des cavernes à ossements: » leurs reliques sont à peuples dans un état semblable à celles de l'homme dont nous allons nous occuper ; ou y remarque encore plus ou moins de matière organique; l'émail des dents, par exemple, y est en général conservé, ainsi que d'autres éléments qui résultent de l'analyse des ossements de nos jours. 11 y a mieux:

la matière organique peut même se conserver, en petites quantités du moins, pendant des temps beaucoup plus longs encore ; e'estee qui arrive lorsque les milieux dans lesquels les débris reposent sont dans certaines conditions favorables à cette conservation; il n'est pas raie, par exemple, que des os de reptiles, remontant jusqu'à la période jurassique, présen eut encore aujourd'hui îles quantités appréciables de matières organiques; ou ne peut donc tirer des certitudes absolues de l'état de pétrilication plus ou moins avancé ni pour ni contre l'antiquité géologique, bien que pourtant cet état, ainsi que nous l'avons dit, soit une première donnée scientifique qui fournit de très-fortes probabilités, et qui concourt avec les autres cii nstances,

quand elles favorisent l'ancienneté, pour la confirmer jusqu'à la certitude.

Abordons maintenant l'historique dont notre sous-titre renferme la promesse.

La première découverte en anthropologie paléontulogique, découverte à laquelle on ne lit nulle attention, remonte à l'année 1774 : J. F. Esper trouva dans la caverne, devenue célèbre, de Gailenreuth en Frauconie, quelques ossements humains mêlés à des débris d'ours et d'autres mammifères; et vingt-trois ans plus tard, eu 1797, une nouvelle trouvaille d'une autre espèce, faite par M. John Frère, vint appuyer les déductions qu'Esper avait tirées de la première sur l'existence de l'homme avant la formation des terrains qui cachaient ces débris ; ce furent des armes en silex dont le travail, quoique grossier, révélait l'homme, et qui gisaient sous des couches, non remaniées, du comté du Suffolk, mêlées à des fossiles d'espèces disparues.

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En 1806, la célèbre découverte du mammouth, à longs poils, enfermé dans les glaces, que l'on conserve encore aujourd'hui au musée de Saint- Pétersbourg, et dont notre muséum possède un peu de la crinière, venait intéresser et activer vivement les recherches paléontologiques de toutes les espèces disparues. M. Joseph de Maistre, l'auteur des soirées de Saint- Pétersbourg, voyait lui-même cet animal et en donnait, dans une lettre, les nouvelles suivantes :

« Au moment où je vous parle, les hommes qui savent admirer, peuvent admirer à l'aise le mammouth trouvé l'année dernière à l'embouchure de la Neva, par le 74 e degré de latitude.

Cet animal était incrusté (notez bien) dans une masse de glace et élevé de plusieurs toises au-dessus du sol.

Cette glace s'étant mise à diminuer par je ne sais quelle cause physique,

on a commencé avoir l'animal

Mais lorsqu'il s'est trouvé entièrement dégagé, l'animal a glissé au bord de la mer; là il est devenu la pâture des ours blancs, et les sauvages ont scié les défenses, qu'il n'a plus été possible de retrouver. Tel qu'il est cependant, c'est encore un trésor qui ne peut être déprécié que par l'idée de ce qu'on aurait pu avoir. J'ai soulevé la tète pour ma part; c'était un poids pour deux maîtres et deux laquais. J'ai touché et relouché l'oreille, encore tapissée de poils. J'ai tenu sur une table et examiné tout à mon aise, le pied et une portion de la jambe; la peau est parfaitement conservée.

Les chairs, racornies, ont abandonné la peau, et se sont durcies autour de l'os ; cependant l'odeur est encore très-forte et très-désagréable. Cinq ou six fois de suite j'ai porté le nez sur cette chair. Jamais l'homme le plus volupteux n'a humé les délicieux parfums de l'Orient avec la suavité du plaisir que m'a causé l'odeur fétide d'une chair antédiluvienne putréfiée.... »

Sur ces faits et quelques autres, le géologue anglais Bucklandfitun travail intitulé h<iii/uiœ diluvianse, qu'il publia en 1823, dans lequel il donnait principalement ladescription delà caverne de K i nklake , dont quelques légè-

res indications militaient en faveur de l'antériorité de l'homme au déluge.

M. Tournai, de Narbonne, trois années après, rendait publiques des trouvailles qu'il venait de faire dans une caverne à ossements du département de l'Aude ; ces trouvailles consistaient dans des os d'auroch et de renne travaillés de main d'homme, et gisant au milieu de coquilles comestibles.

En 1829, M. de Christol, de Montpellier, fait des fouilles dans les cavernes de Pondreset de Souvignargues, et découvre dans ces cavernes des ossements d'homme mêlésà ceux d'ours, de rhinocéros, d'hyènes, etc., et M.

Marcel de Serres groupe ces faits et les discute dans un travail intitulé : Essai sur les cavernes.

A cette époque, il en était encore du singe comme de l'homme ; on n'avait point de singe fossile ; mais voici qu'en 1833, M. Lartet, pratiquant des recherches dans un dépôt d'eau douce appartenant aux terrains tertiaires de Sansan, trouve un singe incontes lé ; et plusieurs découvertes semblables se répètent dans les années suivantes, en sorte que le singe fossile n'est plus un desideratum scientitique. Puisque nous faisons ici une parenthèse pour le singe, devançons la série des temps.

En 1836, on en trouve encore un à Saint-Gaudens, lequel est de grande taille, et très-élancé, avec des débris de macrotherium, de rhinocéros, de dicrocerus elegans, etc. C'est M. Fontan qui fait cette découverte, et il la fait à l'entrée de la plaine de Valentine dans des dépôts semblables sas. f aluns de la Touraine, lesquels en renferment également et sont classés dans les terrains tertiaires moyens, appelés le miocène. Ce singe fait partie du groupe des Simiens à côté du chimpanzé, de Vorang, du gibbon et du petit-singe fossile de Sansan, le premier découvert et nommé par Gervais le pliopithecus antiqms. M.

Lartet a nommé celui de M. Fontan le dryopithecus Fontani, de ce qu'il parait avoir été principalement grimpeur aux arbres, (drus arbre ;pithecos, singe, en grec). Plus tard, de 1830 à 1860, les gisements de Pikermi, près Athènes, révéleront de nouveaux

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singes fossiles. M. Albert Gaudry y trouvera 20 individus quadrumanes avec 23 carnassiers, 2 mastodontes, 2 dinotheriums , 9 cochons ou sangliers gigantesques, 20 rhinocéros , 74 hipparions (c'est l'animal, avons-nous dit, qu'on a cru avoir été l'ancêtre de notre cheval actuel), 2 girafes, 11 helladolheriums, 150 antilopes, et un grand nombre de petites espèces. En résumé, le singe a maintenant sa paléontologie ; il a ses fossiles en Angleterre, [macacus eocenus et macacus pliocenus d'Owen), en Fiance (nous les avons nommés), et en Grèce (mezopithecus pentelicus).

Reprenons pour l'homme.

En 1835, M. Joly, visitant la caverne de Nobriguasdans la Lozère, recueille un crâne d'ours des cavernes, sur lequel est une trace qui a toute l'apparence du sillon d'une tlèche, et, à peu de distance, un tesson de poterie qui garde une empreinte de doigt d'homme, indiquant un façonnage humain dans une pâte.

En 1838, M. Schmerling découvre dans les deux cavernes à ossements d'Engis et d'Enghihoulant deux crânes humains avec des dents de rhinocéros, d'hyène, d'ours, d'éléphant, etc., qui paraissaient présenter des traces dun travail humain, et avec des silex taillés en forme de pointe de flèche et de couteau. Le dépôt qui contient ces restes porte tous les caractères d'un terrain vierge.

Alors, M. Boucher de Perlhes, d'Abbeville, commençait ses recherches, recherches infatigables qui n'ont été interrompues que par la mort, il y a quelques années, et qui étaient faites avec la conviction d'une antiquité de la race humaine sur la terre beaucoup supérieure à celle dont on avait l'idée, ainsi que le témoignent ses communications à la Société d'émulation d'Abbeville, ayant commencé dès

En 1839, il apporte à Paris des

haches de pierres taillées, trouvées

■ dans la partie des terrains quater-

j naires, appelée le diluvium, et con-

' sistant dans des alluvions produites

par un déluge que l'on peut croire

avoir été le déluge traditionnel. Il

présentait ces reliques de notre in-

dustrie primitive, au moins prétendue, à MM. Brongniart, Flourens, Elie de Beaumont, Cordier, Jomard, et obtenait d'abord de ces géologues des encouragements, auxquels devait succéder une incrédulité de longue durée, laquelle pourtant devait plus tard avoir un terme.

En 1842, M. Godwin Austen annonce à laSociété géologique de Londres qu'il vient de découvrir dans le Kent- Hole, parmi des fossiles divers qui devaient être antédiluviens, des objets travaillés par la main de l'homme.

En 1844, M. Lund, le grand explorateur des cavernes du Brésil, qu'il avait fouillées au nombre de huit cents, communique au public ce qu'il a trouvé dans l'une d'elles voisine du lac de Sémidouro ; c'étaient des ossements d'une trentaine d'individus de race humaine, présentant un état tout semblable à celui des fossiles d'animaux auxquels ils étaient mêlés, lesquels étaient ceux d'un singe, ceux de plusieurs rongeurs, ceux de plusieurs pachydermes, ceux de tardigrades, etc. caractérisant tous l'époque quaternaire ; et M. Desnoyers prétend encore le réfuter dans un article du Dictionnaire universel des sciences naturelles, sur les grottes et cavernes.

En 1847, M. Henry constate, dans la caverne de Kent, en Angleterre, des restes humains parmi des fossiles d'animaux, cachés sous des stalactites qui s'étaient formés par-dessus, depuis l'accumulation de ces ossements.

Cette même année, M. Boucher de Perlhes publie son premier volume des Antiquités celtiques et antédiluviennes, dans lequel ligurent environ i 600 planches d'o lijets du même genre, que l'auteur a lui-même découverts depuis 1836. Ce n'est, au reste, ni dans les terrains primitifs, et de transition, ni dans les terrains secondaires, ni même dans l'une des trois subdivisions des terrains tertiaires, appelées Véocéne, le miocène et le pliocène (V. l'article précédent) que M.

Boucher de Perlhes faisait ses découvertes, mais seulement dans les terrains quaternaires, antérieurs aux

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alltmons fluviatiles et aux dépôts marins, et postérieurs à l'époque glacière principalement caractérisée par les roches striées et les blocs erratiques. Il pratiquait, en effet, ses fouilles dans les terrains d'Abbeville, dans ceux de Moulin-Quignon eu particulier, qui consistent en couches d'alluvions diluviennes, composées de lits de graviers, qu'on est convenu, en géologie, d'appeler le diluriuin.

En tSTiu, M. Noulet découvre, dans levallon de l'Internat, Haute-Garonne, des outils semblables.

En 1634, M. Rigollot, adversaire déclaré, et l'un des plus ardents, de M. Boucher de Perthcs, étudiant les carrières de Saint-Acheul, près d'Amiens, y rencontre des silex travaillés de telle façon qu'il Huit par être convaincu, et passe bientôt dans le camp du géologue d'Abbeville.

Eu iii't'.'), plu sieurs géologues d'Angleterre \ ionueul eux-mêmes en France visiter les cavernes delà Somme, entre autres M. t'alconer, vice-préside la Sw iité <jcoluyi,tjue de Londres, et M. Lyell, président de la môme société, et ce dernier déclare le 1ÎJ septembre, à son retour, qu'il commence à croire à l'homme quaternaire.

Dans la même année, M. Albert Gaudry déclare devantl'Académie des sciences que lui aussi a trouvé neuf haches en silex avec des dents de bœufs et de chevaux dans des couches du dikwium. M. Gosse lils- en trouve également dans les sablières de Grenelle et de l'avenue de la Motte- Piquet, à Paris, parmi des os de mammouth et de bœuf fossile. On constate des faits analogues à Précysur-Oise, dans le dépôt diluvien de Givry ; et M. de Vibraye découvre, à Arcy, des ossements humains, notamment un fragment de mâchoire, avec des fossiles d'espèces perdues.

En 18o'8, pareilles trouvailles, en Angleterre, dans les couches inférieures de la caverne do Bauuiann, dans le Harz, par les célèbres géuloguesanglaisMM. PTcstwieh, Faiconer, Penquelly et autres.

En 1860, M. Lartet, passant a!*Aurignac, est conduit dans une grotte qui était connue depuis 18 ans, et y trouve une multitude d'ossements

d'ours, de renards, de rennes, d'aurochs, de chevaux etc., et, mêlés à ces ossements, des instruments de bois de de cerf ou de renne soigneusement appointés par un bout et taillés en biseau par l'autre bout, un manche percé en bois de renne, des silex bien taillés en couteaux, poinçons, armes diverses , une dent canine d'ours grossièrement sculptée en forme de tôle d'oiseau et percée d'un trou, enfin des os d'ours, de chat sauvage, de cerf, de renne, de bœuf, de rhinocéros, de cheval, de loup et de mammouth, soit cassés, soit carbonisés, soil striés et marqués d'entailles r qui ne pouvaient provenir que d'instrumentstranchants. Le mode de fractionnement des os montre qu'onlesa brisés pour en extraire la moelle, et lesentaillesqu'ils conservent attestent qu'on en a détaché les chairs avec ces instruments. Des cendres indiquent aussi un ancien foyer.

En 18151, M. Alphonse Milne- Edwards, découvre, à son tour, dans lagrottede Lourdes, département du Tarn, des débris de l'industrie humaine mêlée à des ossements fossiles d'une très-haute et incontestable antiquité.

Jusqu'à cette date, 1861, les trouvailles de M. de Perlhes avaient consisté en quelques centaines débâches en pierre polie bien caractérisées, environ 300, en une vingtaine de très-grossières, et en œuvres de l'art antédiluvien portant des ligures ou des symboles; il y en a qui présentent l'image de la tète humaine vue de profil, de trois quarts ou de face ; il y en a qui présentent celle d'animaux, tels que le rhinocéros et le mastodonte ; il y eu a enbn qui paraissent avoir été des symboles religieux, des monnaies d'échange, des signes de di.~liiic.tion, etc.; dans les ligures d'hommes ou d'animaux, les yeux surtout portent un ciselé qui ne peut avoir été fait que par la main de l'homme.

Nous ne sommes point de l'avis de ceux qui, pour affaiblir une démonstration qui contrarie leurs idées préconçues, disent que ces restes d'un travail quelconque ne révèlent pas une industrie bien supérieure à celle

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d'un nid de loriot, et qui insinueraient par de telles paroles qu'on pourrait l'attribuer à des animaux. Il y a une si profonde dillerence, à notre sens, entre les industries des animaux qui en ont le plus, et les industi îesde L'homme, qu'au moindre produit des unes et des autres, il est impossible de les confondre; et ce n'est certes pas la perfection de l'œuvre qui constitue cette différence ; qu'y a-t-il de plus parfait, dans son espèce, que les alvéoles des abeilles, les galeries s luterraines des fourmis, les travaux des termites, les digues et habitations des castors, les nids suspendus de certains oiseaux?

L'humilie n'en pourrait jamais faire autant. Ce qui disiingue ce que l'homme fait, gras.-ier ou délicat, simple ou compliqué, c'est quelque chose d'indéliuissable qui dit : intelligence!

choix! volonté! caprice! art libre!

et, à ce signe indélinissable, l'homme ne se trompera jamais dans la reconnaissance de sou ceuvre. Nous avons vu ces produits simples de l'enfance des arts, et nous avons dit : l'homme a passé par là; nous l'avons dit avec la même certitude que si nous avions \u gravée sur une écorce d'arbre une figure de géométrie ou une épitaphe.

Ajoutons pourtant qu'il ne s'agit pas, dans notre pensée, decertains objets douteux, sur lesquels on ne peut tomber d'accord, tels que la collection de silex que M. l'abbé Bourgeois, le savant professeur de géologie de Pont-levoy, présentait cette année même (1872) au coiujrés international d'anthropuliKji' préhistorique, tenu à Bruxelles, silex qu'il a recueillis dans le miocène, et qu'il croit porter des traces du travail humain. La commission, chargée de se prononcer sur ces silex, au nombre de trentedeux, laquelle était composée de quatorze savants, parmi lesquels M. de Quatref iges, s'est divisée à peu près par moitié, les uns, dont M. de Qaatrefag s, reconnaissant la main de l'homme sur quelques-uns, notamment sur les poinçons et les racloirs, les autres ne l'y reconnaissant point.

Aussi est-iteontraireaux probabilités, ainsi qu'on le verra, de faire remonter l'homme jusqu'au miocène. Nous

ne parlons que de la multitude des objets de même genre, ou certain travail humain est mieux accusé.

Reprenons notre til :

En 18112, M. Félix Garrigou, aidé de MM. Rames et Filhol, trouva dans, les cavernes de l'Ariège des mâchoires du grand ours et du grand chat taillées de manière à former des armes terribles au bras de l'hercule qui dut s'en servir à l'étal frais. On reconnaissait qu'ils avaient été rongés par les hyènes, et leur nombre .s'élevait à plus d'une centaine. Une trouvaille à peu près pareille, avec des cendres révélant d'anciens foyers, et des outils et ornements de toute sorte, dont la multitude était telle qu'on en eût rempli des boisseaux, fut iaite par les mêmes explorateurs dans la caverne de Bruniquel, déporlcment de Tarnet-Garonne.

En 18U3, le même M. Garrigou présentait à la Société géologique de France, de semblables débris trouvés dans les cavernes de l'IIerm et de Bonichéta; et M. l'abbé Bourgeois, professeur do géologie, lisait dans la même société une note sur les silex taillés du diluvium de Pont-levoy.

Mais on ne portait encore qu'un intérêt médiocre à toutes ces nouveautés, lorsque, dans cette même année, 1803, arriva ce qui suit :

Un des terrassiers de M. Doucher de Perthes recueille dans la couche de sable de Moulin-Quignon, que l'on qualiliait de diluvium et de terrain quaternaire, à 4 mètres ,'i2 centimètres au-dessous du sol, une: hache en silex et un petit fragment d'os, qui, débarrassé île la gangue de terre qui l'enveloppait, par M de Perthes lui-même, se trouve être une molaire humaine. Un autre terrassier, ([uniques jours après, trouve une nouvelle dent et ajoute qu'il apparaît dans le gravier quelque chose qui ressemble à un os. M. de Perthes se transporte sur place, et, en pflésénee de plusieurs témoins, retire du terrain, qui était vierge sans contestation possible, une demi-mâchoire d'homme, très-bien conservée et ne présentant aucune différence réelle avec les mâchoires des hommes d'aujourd'hui, puis, à quelques centimètres de celle demi-

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mâchoire, une nouvelle hache en silex. Ces découvertes sont suivies decellesde deux dents de mammouth, de plusieurs haches encore, et entiu, dans la carrière de Menchecourt, d'un fragment d'une nouvelle mâchoire et de six dents séparées.

A la nouvelle de ces trouvailles, de celle surtout de la demi-mâchoire, une grande émotion se produisit eu Angleterre; plusieurs savants anglais vinrent sur les lieux constater l'état vierge du terrain ; et M. de Quatrefagesprésental'objetdécouvert à l'Institut de France, en lui attribuant une prodigieuse antiquité géologique ; mais nos voisins crurent voir, bien à tort selon nous, dans les déductions auxquelles devaient conduire de pareils faits, une atteinte aux vérités bibliques et religieuses, et ils nièrent la réalité. Les savants des deux pays se divisèrent en deux camps, parmi lesquels celui de l'incrédulité se composait principalement d'Anglais. Ce fut dans cette situation des esprits qu'il fut convenu qu'une espèce de congrès scientifique se réunirait au muséum d'histoire naturelle de Paris pour décider la question autant que faire se pourrait. Ce congrès eut lieu ; il dura plusieurs jours, et les discussions sur l'objet lui-même, que l'on alla jusqu'à scier en deux parties, tout en tournant à l'avantage de M.

Boucher de Perthes, ayant encore laissé subsister quelques difficultés, il fut décidé qu'on se transporterait sur les lieux mêmes, à Moulin-Quignon.

Le 12 mai 1 803, on était dans la carrière qui avait été et continuait d'être le théâtre des explorations de M. Boucher de Perthes. MM. Milne- Edwards, de QuatreFages, Lartet, Delesso, le marquis de Vibraye, membre del'Institut, Hébert, Desnoyers, l'abbé Bourgeois, professeur de géologie de Pontlevoy, Garrigou. Gaudry, de la Noue, Alphonse Milne-Edwards, etc., représentaient la France scientilique. MM.

Falconer, Busk, Prestwich et beaucoup d'autres représentaient l'Angleterre. M. Carpenter, rappelé à Londres par des alfaires indispensables, fut le seul qui ne put assister au dernier acte ; mais il n'était reparti

qu'avec le pressentiment d'une défaite.

L'examen dura toute une journée, pendant que seize ouvriers travaillaient dans la carrière, ayant chacui leur surveillant assigné parmi les savants qui étaient de la partie. On ne trouva point un nouvel ossement d'homme, mais on trouva de nouvelles liacbes; M. Falconer, qui avait été un des incrédules, fut invité à en retirer une de ses propres mains et s'exécuta de bonne grâce. 11 fut constaté qu'il n'y avait eu aucune fraude ; que le terrain était bien véritablement non remanié ; que les trouvailles y gisaient dans une couche de six mètres d'épaisseur au-dessous du sol; que la mâchoire avaitété trouvée dans la partie la plus inférieure de cette couche, presque au contact de celle de craie qui la suit, et qui commence, en ce lieu, la série des autres terrains inférieurs ; que c'était bien dans un terrain diluvien que le tout avait été découvert. Et disons, à l'honneur des naturalistes d'outre-Manche , qu'à partir de ce jour tous retirèrent leurs négations et suspicions précédentes, et se rangèrent à l'avis de M. Boucher de Perihes, en proclamant sans réserve aucune : )° la contemporanéité des instruments en silex et de la mâchoire fossile ; 2° la parfaite identité du gisement avec les terrains quaternaires appelés le diluvium; 3° enlin , la nécessité de l'existence de l'homme avant le déluge qui a produit ces alluvions du diluvium et amassé de la sorte tous ces débris. Le procès verbal dressé et signé le 13 mai, sur les lieux, porte, entre autres choses, ce que tous les membres de la commission, Anglais et Français, ont reconnu à l'unanimité : « que la mâchoire trouvée le 28 mars par M. Boucher de Perthes, à Moulin- Quignon, est bien fossile ; qu'elle a été extraite, par M. Boucher de Perthes lui-même, de ce banc vierge et non remanié ; que les haches de silex qu'on avait dites fabriquées par les ouvriers, sont incontestablement anciennes, etc. »

Cependant nous devons ajouter, pour tout dire, que M. Elie de Beaumont ne s'est point rangé à l'avis de

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la commission sur un point capital. Il a soutenu et a continué do soutenir que le banc de Moulin-Quignon n'appartient pas, avec certitude du moins, au diluvium, à ce diluvium produit par le grand déluge ancien qu'il rattache au soulèvement du nouveau monde, mais plutôt à la partie des terrains quaternaires, beaucoup plus modernes,, qui consistent en alluvions fluviatiles particulières. On lui a répondu qu'il ne pouvait en être ainsi, parce que ce banc forme la crête même des coteaux qui dominent la vallée de la Somme ; qu'un dépôt iluviatile ne pouvait avoir été charrié sur la rivière à de telles hauteurs; qu'on ne saurait assigner, dans une telle hypothèse, le point plus élevé d'où les eaux débordées eussent pu entraîner ces alluvions ; et qu'enliu leur stratification, nette et tranche, indiquait une force tout autre que celle du simple débordement d'un cours d'eau particulier, par suite d'une abondance extraordinaire de pluies ou de neiges.

M. Elie de Beaumont a répondu par des calculs, qui démontrent la possibilité rigoureuse de débordements modernes qui auraient charrié ces bancs de graviers fossilifères, de certaines éminences distantes de quelques kilomètres, lesquelles, d'après la carte de l'état-major, sont élevés à 60, 67, 80 et même jusqu'à 100 mètres au-dessus du niveau delà mer, tandis que celles de Moulin-Quignon ne portent, d'après la même carte, que 39 mètres au-dessus de ce niveau. Qui aurait le droit d'affirmer, a-t-il ajouté, que depuis l'dgre de pierre, et dans des temps plus ou moins modernes, quelque crue extraordinaire n'a pas eu lieu jusqu'à de tels niveaux, et n'a point formé ces alluvions ?

M. l'abbé Chevalier, curé de Givraysur-Cher et secrétaire de la société archéologique de Tours, a appuyé M. Elie de Beaumont, en déclarant d'une part qu'il n'a jamais trouvé pendant qu'il dressait la carte géologique et agronomique du département d'Indre-et-Loire, de silex ouvrés dans les bancs du vrai diluvium, et qu'il a, par contre, rencontré à chaque pas, des dépôts meubles d'origine moderne, qui en étaient plus ou moins

riches. Il a annoncé avoir trouvé sur les bords de la Creuse et de la Claise cinq ateliers de fabrication d'outils et armes en silex dans des alluvions meubles tres-superficielles, dont les matières consistaient en débris roulés de l'étage tertiaire miocène, et en d autres débris appartenant à des époques modernes ; et il a reconnu, dans ces mélangeâmes instruments de toute sorte, passant par tous les degrés de fabrication, entre autres uu curieux polissoir en silex dont les ramures profondes accusent un Ion»

travail de l'ouvrier pour polir de?

haches; il a découvert ce dernier outil à la surface du sol, à Paulmy dans les bois du Chatellier.

M. le docteur Robert a, a son tour appuyé M. Chevalier en donnant communication de découvertes semblables, parmi lesquelles se trouvaient même des ossements humains avec des débris des animaux des cavernes dans des dépôts modernes, tels que ceux de Maxeville , qui indiquaient des remaniements subséquents locaux ayant opéré des mélanges d'objets d anciennetés très-diverses.

Il nous parait tout simple qu'il existe beaucoup de ces remaniements, qui ont tout confondu ; mais ce ne sont point là des réfutations de 1 antiquité probablement homogène d'une grande couche très-étendue portant tous les caractères d'une virginité remontant jusqu'à sa première formation, telle que celle de Moulin- Quignon. Ce sont d'autres faits, qui ont dû se produire et qui se sont produits, ce n'est pas celui-là.

Quoiqu'il en soit, il faut reconnaître que l'explication de M. Elie de Beaumont, appliquée au banc de Moulin- Quignon lui-même, n'a rien d'impossible en théorie; mais il est des choses qui sont très-possibles mathématiquement et qui n'en sortent pas moins des possibilités pratiques de la nature • car la nature, elle aussi, a sa pratiqué et ses utopies ; dans sa pratique, elle ressemble au courant électrique qui suit toujours le meilleur conducteur et, entre plusieurs hypothèses que 1 esprit humain pourra bâtir sur ses procédés, ce sera toujours aussi la plus naturelle qui finira par l'em-

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porter. À l'inspection de ces dépôts réguliers, d'environ 6 mètres d'épaisseur, superposés aux terrains secondaires crétacés — car à Moulin- Quignon, il n'y a pas, ou plutôt il n'y a plus, de couches tertiaires; d[autres révolutions diluviennes antérieures, venues sans doute après des soulèvements volcaniques qui auront exhaussé la surface, les auront enlevées, comme il arrive souvent — à l'inspection, disons-nous, de ces grandes couches, on pense naturellement qu'elles ne sauraient être les résultats de bouleversements locaux, ayant pour causes des influences hydro-atmosphériques, on croit à la réalité d'une des traces du grand déluge, d'un vrai diluvium, et, quand on est impartial, on ne peut empêcher de nallre en soi.

la conviction, partagée aujourd'hui par presque tous les géologues, de la solidité de la thèse de M. Boucher de Perthes.

Nous ne sommes pas encore au bout de cette revue ; nous ne sommes qu'en 1863, et, à cette époque même, il est encore des faits à caractère particulier que nous n'avons point consignés.

Nous avons dit que M. Lartet avait observé, sur des ossements d'animaux de l'époque quaternaire, des traces de coups portés à l'aide d'instruments tranchants. M. Desnoyers, en 1863, en a trouvé de semblables sur des ossements de la fin de l'époque antérieure, de l'époque tertiaire, par exemple sur les os de Yelephas meridionatis et du rhinocéros fossile, découverts dans les sabloaières de Saint- Priest, espèces plus anciennes que Yelephas primigenius ou mammouth de Sibérie, plus anciennes môme que Yelephas antiquus des plus anciens terrains quaternaires, et remontant jusqu'au pliocène des terrains tertiaires, le grand ossuaire fossile duvald'Arno, ainsi que les sablonières de Saint- Priest appartiennent à ce pliocène et sont riches en débris de ces espèces antiques, depuis longtemps compléments éteintes. Or, M. Desnoyers, avons-nous dit, trouva dans ces dépôts des os du rhinocéros leptorhinus, par exemple, qui portaient des cassures transversales ne pouvant guère s'ex-

pliquer que par des coups de haches ou d'autres instruments aigus indiquant l'existence de l'homme. Puis, aidé de M. Lartet, il visita toutes les collections connues de débris fossiles, celle de M. Boisvilette, celle du musée de Chartres, celle du duc de Luynes, la plus riche, celle de notre muséum, et il put constater : 1° que ces traces se retrouvaient partout, plus oumoins nombreuses et accentuées ; 2° qu'elles étaient particulières aux animaux se développant de l'époque tertiaire pliocène aux époques quaternaires ; 3° mais qu'il n'y en avait pas la moindre apparence sur les animaux des époques plus anciennes que le pliocène, par exemple sur ceux des terrains crétacés, jurassiques, etc., et même tertiaires éocène et miocène, certainement antérieurs, les premiers du moins, à l'apparition de l'homme.

11 faut reconnaître que cette dernière preuve, quoique fournissant des probabilités, n'est pas aussi concluante que les autres ; car ne pourrait-on pas supposer que des chutes de cascades, des roulements brusques sur des roches aiguës, des frottements violents par des glacières et une foule d'accidents de ce genre, déterminés par le grand cataclysme d'un déluge universel,eussent produit ces résultats sur les ossements aussi bien que des instruments tranchants conduits par la main de l'homme, exerçant son industrie contre les animaux encore vivants auxquels il aurait fait la chasse et dont il aurait fait carnage pour subvenir à ses besoins? Mous croyons devoir laisser la question indécise jusqu'à plus amples renseignements fournis par des découvertes nouvelles qui révéleraient avec certitude la main de l'homme.

M. Boucher de Perthes échangea, par rapport aux outils en silex et en pierre polie qui ont donné lieu à ladftnominationcT âgedepierre, le premier de nos trois âges paléontologiques et àlamâchoire de Moulin-Quignon, une correspondance dans laquelle il avoua que cette mâchoire et tout autre fossile humain n'étaient pas une preuve plus démonstrative de sa thèse que les outils eux-mêmes. Nous en avons dit assez sur la valeur des preuves

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laisséespar l'industrie humaine,quand elles consistent dans des marques suffisantes, pour donner à déduire à nos lecteurs que nous sommes du même avis.

Tous les faits que nous venons de raconter le plus rapidement possible, sont enregistrés dans l'ouvrage de M.

Lyell, président de la Société géologique de Londres, intitulé Antiquité de l'lwmmc,et traduit en français en 1 863.

Que s'est-il passé depuis cette date?

C'est ce qui nous reste â résumer avant de tirer les conclusions qui termineront cet article.

En 1864-, te 24 avril, M. Boucher de Perthes découvre encore, à 3 mètres de profondeur, dans une région du banc de Moulin-Quignon, parfaitement intacte, une fraction de sacrum humain, puis une petite molaire d'homme.

Quelques jours après, il trouva encore quelques fragments de crâne et une portion de dent, puis, au bout de quelques jouis, avec un nouveau compagnon, une section de crâne d'homme longue de 8 centimètres et large de 7, laquelle fut suivie d'une autre portion de crâne.

Dans une fouille, on recueillit pour la première fois des coquilles marines, qui conservaient leur blancheur comme les dents humaines, avec deux fragments de tibia ou de fémur, une portion d'humérus, un os iliaque et une vertèbre lombaire. On recueillit encore une mâchoire humaine complète, sauf l'extrémité de la branche droite et les dents, à la profondeur de 4 V, mètres. Cette mâchoire indiquait,comme la première trouvée, un individu adulte et de petite taille.

Le 17 juin de la même année, M.

Boucher de Perthes accompagné de M. 1 abbé Dergny et de M. le curé Martin, ancien professeur de géologie au collège de Saint-Riquier, trouva un îleum d'homme et les deux parties d une mâchoire supérieure, puis enlin un crâne d'homme qui conservait presque entier l'os frontal et les deux pariétaux. Ce crâne présentait une dépression étrange à la partie postérieure.

Les 9 et 16 juillet, trouvailles nouvelles qui déterminèrent M. de Qua-

trefages à donner communication à l'Académie des nouvelles découvertes.

Ces découvertes de 1 SOi- portaient le nombre de tous les objets recueillis dans ces gisements à deux cents environ; elles accusaient des transports par des courants qui les avaient roulées, étaient dans des gangues de terre assez fortement collées sur elles, en avaient pris la couleur brunâtre et étaient appelées, pour cette raison, par les paysans de la localité des cailloux pourris, tous caractères de grande ancienneté et convenant, on ne peut mieux, à des accumulations diluviennes remontantjusqu'au grand déluge.

Pendant qu'on faisait ces découvertes, un Samoiède trouvait dans les environs de la baie du Tas, sur le bras oriental du golfe de l'Obi, uu nouveau mammouth conservé par les glaces avec ses chairs, comme celui de 1806. M. Charles de Baer, géologue russe, ne l'apprit que l'année suivante, et l'Académie des sciences de Saint- PétersbourgyenvoyaM. Schmidt, paléontologue très connu.

En 1865, voici que se présente une bien autre découverte : c'est M. Lartet qui en a les honneurs ; ce savant à trouvé, il y a quinze mois, à cette date, dans un gisement fossilifère du Périguid mie lame d'ivoire fossile qui porte un dessin de mammouth ou éléphant à longue crinière pareil à celui de Sibérie que possède le musée de Saint-Pétersbourg; et il en donne un moulage à l'Académie, le 21 août 1865. La découverte a été faite dans les mêmes bancs où l'on avait déjà trouvé des bois de renne ornés de dessins d'animaux, en gravures grossières, mais accusant l'art luimême à sa naissance. La crinière du mammouth y était représentée le long du cou par des lignes descendantes.

Et quinze jours après, M. de Vibraye découvre et présente une pièce à peu près semblable qu'il vient de trouver dans le banc de la commune de Tayac(Dordogne), long de 8S0 mètres et dominant d'environ 10 mètres le lit de la Vesère. Il ne reste que la partie qui porte le dessin de la tète du mammouth : c'est un bois de renne dont l'une des extrémités est perforée

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d'un trou circulaire ; la tète du monstre est dessinée dans tous ses détails, elle ressemble à la tète de nos éléphants avec des particularités qui l'en distinguent très-bien spécifiquement.

En 1800, un nouvel homme fossile est découvert en Alsace, dans la couche sablonneuse du Lehm, formant des plaines et de petites collines au pied des Vosges du côté du Rhin, et appartenant encore au diluvium de l'époque quaternaire, ainsi que le prouvent le genre d'atterrissement et les fossiles du cerfmegaceros, les molaires de mammouth, etc. qu'on y rencontre. M. le D r Fandel retire du mélange, encore vierge, un os frontal et un os pariétal appartenant au même crâne, et indiquant un sujet adulte de taille moyenne ; l'angle facial est de 6b degrés.

En 1867, M. l'abbé Bourgeois trouve, dans les couches de Saint-Prest, près de Chartres.unc grande quantité d'instruments grossiers en silex ; ce sont des têtes de lances ou de flèches, des poinçons, des grattoirs, des marteaux etc., gisant à tous les niveaux; mais ici, les caractères du gisement sont trop vagues encore pour qu'il soit possible, selon M. Bourgeois, d'en lixer l'dgc.

Dans la même année, M.Peccadeau de l'Isle fait exécuter des fouilles à Bruniquel sur les bords dcl'Avcyron, sous la saillie d'un des rochers les plus élevés de la station, et il recueille deux défenses de mammouth dont l'extrémité a été sculptée en forme de tète de renne. Il recueille aussi, entre autres restes d'un art grossier trèsantique, un morceau de buis de renne sculpté dans une forme qui fait penser à l'éléphant, mais qui parait plutôt le produit d'une imagination fantasque.

Ce fut en celte année (1867) que tout le monde put voir à l'Exposition universelle, dans la galerie la plus concentrique, une collection aussi complète que possible, de ce qui avait été découvert, en anthropologie paléontologique, depuis cinquante ans, en Franco, en Angleterre, en Allemagne, cnSiiècle, en Danemark, eu Italie, en Grèce, eu Afrique, et eu Amérique.

En 1808, on discille dans ia réunion annuelle des sociétés savantes sur une découverte nouvelle qu'on vient de faire dans la Dordogne, se rapportant aux mêmes questions d'anthropologie. Us'agitdc sept squelettes d'hommes d'une taille et d'une force supérieures aux nôtres, associés, dans la station des Eyzies, à des débris de la première époque de la faune quaternaire (âge du mammouth, ou des animaux éteints, précédant l'âge du renne ou des animaux émigrés). Des ossements d'animaux de cette époque travaillés de diverses manières, des outils en silex, des coquilles perforées arrangées en ornements, accompagnent les squelettes. Les fémurs et les tibias sont énormes ; ils sont assez fortement courbés, ce qui se voit encore parfois, quoique rarement, chez l'homme d'aujourd'hui. Les cubitus ressemblent un peu à ceux de quelques singes, surtout des gorilles ; mais le crâne esttrès-développé; il renfermait un cerveau très-volumineux, et le résultat de l'examen des physiologistes, c'est qu'il est impossible qu'un pareil crâne et un pareil cerveau aient appartenu à des singes perfectionnés.

Plusieurs os de ces curieux squelettes portent les traces de graves blessures indiquant des mœurs guerrières. Un tibia a reçu une contusion violente; un frontal également; et un des crânes a été perforé par une arme de pierre, mais la cicatrisation s'est faite, et il y a eu guérison, c'est ce qu'atteste l'espèce d'ourlet organique qui s'est reformé autour de la perte de substance.

Dans la même année, M. Fraas, révèle à notre Académie des sciences les trouvailles qu'il a faites dans le Wurtemberg, à Schussenried. Ce sont des ossements et des objets de l'industrie humaine primitive s'élevant au nombre de six cents. Le tout était comme jeté pêle-mêle dans une grande excavation creusée dans le gravier; ce gravier est erratique ; un banc de tuf qui le surmonte renferme des coquilles fluviatiles existant encore aujourd'hui, et, par-dessus ce banc, le tout est recouvert d'une couche épaisse de tourbe qui forme maintenant le sol et l'humus. Entre

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le gravier et le tuf sont des débris de végétaux, principalement de mousses très-bien conservées, que M. Schimfer a reconnus pour drs espèces vivant aujourd'hui à une latitude de 70 degrés, ou sur les montagnes près des neiges éternelles. Les os accusent l'époque du renne; ils portent des fentes indiquant qu'on en a extrait la moelle; les dents sont extraites avec soin de leurs alvéoles ; le bœuf et le cheval s'y trouvent, avec un ours qui n'est pas celui des cavernes, mais plutôt l'ours antique de nos jours, et divers autres animaux du Nord tels que Le glouton, le loup, le renard polaire, le cygne. Tout est septentrional : les débris industriels sont des aiguilles, des hameçons, des pointes de llèches en os, des pierres plates portant des traces du feu, et des fragments de charbon. Point de poteries ni d'ossements humains. D'après M.

Fraas, l'époque originelle du dépôt est postérieure a ta période glacière.

En 1809, M.Dupont, nouveau directeur du musée de Bruxelles, réussit a monter, dans l'attitude de la marche, le squelette d'un nouveau mammouth pareil à celui du musée de St. Pétersbourg, qu'on avait trouvé dans les glaces, en 1806, dans un tel état de conservation avec ses chairs, que des chiens s'en nourrirent} celui de Bruxelles provient du gisement sableux de Lierre, à ISO pas delà porte de Malines; les eaux du déluge l'avaient enfoui là et ensablé ; il était couché sur le flanc droit, la colonne vertébrale courbée ; la tète était entière et portait encore une défense énorme. Le monstrueux pachyderme a 3 mètres 60 cent, de hauteur au garrot, un mètre de plus que l'éléphant des Indes du même musée, et sa tète pèse 2S0 kilogrammes ; la défense qui reste est longue de 2 mètres 90 cent. Malgré les difficultés que présentait la restauration, — car il n'était pas pétrifié suffisamment pour être solide, et les pièces se brisaient, — M. Dupont a pu la taire si bien qu'aucun des os n'a été percé, et qu'où peut maintenant le démonter et le remonter en moins d'une heure. Ce fait s'ajoute à mille autres qui concernent la réalité du déluge et celle

des animaux quaternaires antédiluviens, aujourd'hui disparus. Voici pour l'homme :

Depuis trois ans, à la date où nous en sommes, on connaissait une grotte, dans le Gard, près de Durfort, qu'on avait nommée la grotte des morts; on y faisait des fouilles, et voici le résumé de ce qu'on en avait retiré, au milieu des stalactites élégantes qui décoraient une voûte en forme de dôme, après des déblayages très-laborieux: Colliers en os, couteaux et haches en silex, un sifflet en os, une pierre à aiguiser, des fragments de poterie, une clavicule humaine traversée d'une lame en bronze qui devait avoir donné la mort, deux ou trois crânes complets, très-allongés relativement et à mâchoires proéminentes, des javelots, des bouts de lances, des llèches avec encoches, des dents percées de bmp, de chien, de renard paraissant destinées à former des pendeloques, une défense de sanglier percée de deux trous, un poinçon long de S centime Ires, des perles à collier, des perles en enivre rouge, et même un fragment de lien encore adhérent à l'une d'elles, d'autres perles en jais, d'autres embellies de matières transparentes, telles que spath calcaire, de petites pierres plates provenant des Alpes, et enfin de vrais boutons d'albâtre. Les ossements étaient tous humains et enfouis assez profondément. La grotte de Durfort paraissait être de la même époque que celle de Saint-Jean-d'Alcas dans l'Aveyron.

A Paris, la même année, M. Reboux recueille, sur les communes de Levailois, Glichy et Billancourt, des crânes et autres ossements humains, enterrés dans une couche qui parait vierge à 2 mètres de profondeur, et dont les uns sont attribués à l'époque quaternaire du mammouth, et les autres à l'âge de la pierre polie. Parmi ces os est un sacrum droit et différant par là. assez notablement, des mêmes os dans les races contemporaines surtout dans celles du midi de la France.

C'est alors que, les découvertes de ces sortes de statious étant devenues déjà fort nombreuses — on en connaissait une centaine pour la période

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seulement de la pierre taillée par éclats — M. Mortillet eut l'idée d'en essayer une classification chronologieo-géologique, fondée sur leurs distinctions caractéristiques. Voici celle qu'il proposa : les unes se caractérisent parla prépondérance des instrumentsen silex, et les autres, supposées, plus récentes, par la prépondérance des instruments en os ; chacune de ces catégories se subdivise en deux autres, ce qui établit quatre époques dont chacune reçoit le nom de la grotte la plus typique; voici ces époques:

i" L'époque de la grotte du Mauttier, commune de Peyzac (Dordogne):

absence presque complète d'instruments eu os. Grottes et terrains qui s'y rattachent : celle de Pey-de-l'A/.é (Dordogne); celle de la Martin (Vienne) ; celle de Chez-Pouré (Corrèze) ; vallées quaternaires de la Somme et de la Seine ; gisement de Cœnove (Aisne) ; etc.

2° Epoque de la grotte de Solutré (Saône-et-Loire) : encore grande rareté des instruments en os ; mais plus de haches en amande ; les pointes de silex se perfectionnent, elles sont finement entaillées sur les deux faces.

Crottes et terrains cpii s'y rattachent :

les gisements de Langerie-Haute à Tayac (Dordogae) et ceux de Pont-à- Lesse en Belgique,

3° Epoque de la grotte d'Aurignac, (Haute-Garonne) : les instruments en os deviennent abondants ; encore le easse-tète en pierre, mais les pointes de lances no sont plus en silex, ils sont en os ou en bois de renne. Gisements qui s'y rattachent : la gratte de Gorge-d'Ènfer et celle de Cro- Magnon 'même localité) ; la grotte de la Chaise à Vouthon.

4° Epoque de la grotte de la Madeleine (Turzac, Dordogne) : pointes de traits ou de lances en os et en bois de renne devenues très-abondantes ; leur extrémité inférieure est taillée en biseau pour recevoir un manche ; nombreux produits artistiques; gravures et sculptures parmi lesquelles des dessins d'espèces éteintes ou qui s'éteignent; disparition des débris de ces espèces et apparitions trèsnombreuses d'espèces qui existent en-

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core, telles que le renne, mais qu ont émigré vers les régions boréales.

Gisements qui s'y rattachent : celui des Eyzies et de Langerie-Basse à Tayac (Dordogne) ; celui de Massât (Ariège) ; celui du Salève (Haute-Saône) ; celui de Furfooz (Belgique) ; celui de Schussenried (Wurtemberg).

Vient ensuite la période de la pierre polie.

Il faut avouer que tout cela est bien hasardé et, en tout cas, ne prouve rien de nouveau après les faits eux-mêmes.

Enregistrons encore pour les années 1868 et 1869: 1° les trouvailles de M.

l'abbé Richard sur les hauts plateaux du sud de l'Algérie, près des oasis et de sources anciennement connues, par exemple à Mecta-el-Ouest, au caravansérail I-Aïn-Ouessera, dans le voisinage de la trappe de Staouéli; ce sont des couteaux, des scies, des grattoirs, des pointes de flèches, des marteaux, le tout, petit mais très-fin, en silex de la même espèce que celui des montagnes crayeuses de Laghouat. 2° Les trouvailles de M. Berbrugger vers les frontières de l'Egypte, au delà de l'Aurès: silex taillés; celles de M. Reboud, au-delà du Tell : instruments en pierre polie ; et celles de M. Chopin, aux Chotts, province d'Oran :

pointes de silex bien taillées ; il y en a une au musée de Saint-Germain.

3° Enfin, les trouvailles faites dans la caverne du Goyet (province de Namur), au sein d'un limon lluviatile qui recouvre, sur une épaisseur de trois à quatre mèlres, l'aire de la caverne ; ce sont des silex taillés en couteau, quelques haches présumées de même matière, des bois de renne formés en dards, des débris nombreux de mammouth, de rhinocéros, d'hyène, du grand ours , du renne de l'élaphe, du loup, et eniin, chose nouvelle depuis certaines communications de même ordre de M. Lartet, deux bouts de bois de renne travaillés de manière à les faire qualifier de bâtons de commandement; le premier porte sur ses deux faces les restes de dessins, dont la partie la plus importante était sur un prolongement du bâton qui est perdu; ce qu'il en reste sur une des faces indique un poisson qui parait avoir des taches comme

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la truite. Le second n'est pas historié ; il était adhérent à une brèche stalagmiliquc, dont on a emporté un morceau duquel il n'est pas détaché.

Nous arrivons au terme de cette revue sommaire, n'ayant plus à signaler, dans les années de 1870 et 1871, que quelques faits qui n'ajoutent rien de nouveau à la multitude des faits précédents; le principal de ces faits, c'est la découverte de la caverne à ossements de Montréjeau dans La Haute Garonne. Ce sont MM.Piette et Fourcade de Ludion qui ont les premiers exploré cette caverne; elle est située à 100 mètres au-dessus du niveau de li Garonne, qui, comme on le sait, se trouve elle-même dans les versants des Pyrénées, déjà fort élevée au-dessus du niveau des mers; elle est située dans un massif calcaire; elle s'ouvre par une entrée de 16 mètres de largeur, est profonde de 20 mètres et haute de quatre. Le sol est fermé d'une assise composée de cendres, de cailloux roulés, de fragments de calcaire, et d'ossements en grand nombre de renne, de cerf, de sanglier, d'élan, de bœuf, de cheval, d'ours, et d'oiseaux. A ces débris sont mêlés des silex taillés et quelques ossements humains; on y a trouvé un humeras, trois radius, un fragment de tibia , des côtes, une vertèbre a h et, deux mâchoires; on y a trouvé aussi des débris de cornes travaillées en pointe de flèches, et beaucoup d'aiguilles ou poinçons en os, propres à la couture.

Des os, cassés sur la longueur, portent la trace de coups, dont le but était d'en faire sortir la moelle.

La grotte de Gargas, à Aven'ignan, (Hautes-Pyrénées) a été encore explorée en I872,aumoisd'avril.0n va découvert des squelettes d'ours et de lions des cavernes et, parmi ces squelettes, d'autres squelettes, qui, renxlà, sont humains et qui ont vécu dans cette grotte, au dire de ceux qui les y ont trouvés et de la population de la localité. On a dû faire là de nouvelles fouilles ; aumomentoù nousécrivons, nous n'en avons pas encore eu les renseignements que nous attendons.

Mais laissons toutes ces explorations pour nous occuper de la double découverte qui a été faiie l'année der-

nière (1872), et qui est la plus curieuse de toutes en ce qu'elle couronne de la manière la plus éclatante toutes les précédentes. Nous voulons parler du squelette presque complot de la station de Laugerie-Basse, près de celle des Eysies, dont nous avons parlé, à Tape, et surtout du fameux troglodyte de Menton qui li-ure maintenant dans notre muséum d'anthropologie. Cédons, sur ces deux faits, la parole à M. bonis Figuier qui les décrit comme ils le méritent dans sa Seizième Année Scientifique, qui vient de parai! re 27 février In;:; .

Ce vulgarisateur de la science, savant lui-même, raconte comme il suit le premier de ces deus faits :

« A peu de disttn de [ a station

au chemin defer du Midi, appartenant au village des Çysies, à Laugerie- Basse, commune de Tavac, dans le département de la Dordogne, s'étend un escarpement considérable qui domine la rivière île la Vézère. Ce talus, élevé de 12 mètres au-dessus du ht de la rivière, et qui n'a pas moins de • 00 mètres de longueur, est célèbre

dans les fastes delà science dtelTiomme

primitif. Sous son escarpement, qui surplombe le cours d'eau, des peuplade, humaines qui remontent jusqu'à l'Age du renne, ont fait leur séjour pendant une longue série de siècles, ei de nombreux vestiges de leur séjour lent encore leur présence. La ion de Laugerie-Basse a été explorée depuis dix ans avec un zèle infatigable par divers naturalistes, entre autres par Larlct et Cbristy , par M. Brun, par le marquis de Yibraye, enfin et plus récemmentpar'MM. Massenat, Lalande et Cartailbac

« Les plu. curieuses découvertes ont secondé les elfbrts de ces naturalistes, car c'est surtout parles fouilles opérées à Laugerie-Basse et à la station des Eyzies que l'on doit les connaissances les plus précises que nous possédions aujourd'hui sur les mœurs, coutumes et particularités diverses de l'homme qui vivait à l'âge du renne.

« Une nouvelle découverte a été faite en 187 2 à la station de Langerie- Basse, par MM. Massenat, Lalande et Carlailhac. On y a trouvé un squelette

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entier de l'homme appartenant à l'époque de la pierre polie.

« Ce squelette est presque complet.

La tète était placée du côté de la rivière, les pieds vers le rocher. 11 était allongé sur le côté et tout à fait accroupi; la main gauche sous le côté gauche de la tête, la main droite sur le cou; les coudes touchant à peu près les genoux, un pied rapproché du bassin. Les os sont presque en place ; seulement la colonne vertébrale a été écrasée par l'angle d'un gros bloc, et le bassin est brisé. MM. Lalandc et Cartailhac pensent que cet homme a dû être enseveli sous un éboulcment de rocher.

« Le corps est placé entre deux restes de foyers, ce qui prouve qu'il est bien contemporain des objets qui l'entourent, et qui sont des ossements abondants de bœufs, de chevaux et de bouquetins, provenant certainement des repas de la peuplade qui vivait dans celte localité.

« Près du corps sont de petites coquilles, qui devaient faire partie du vêtement de cet individu. Ces coquilles, accouplées deux à deux, sont des espèces de porcelaines propres à la Méditerranée et qui manquent à l'Océan. Les habitante de la Dordogne, en ces temps reculés, faisaient donc des excursions jusque sur les bords de la Méditerranée.

« Ce qui caractérise cette découverte, c'est la précision des circonstantes géologiques, qui permettent de fixer rigoureusement la date de l'existence de cet être humain. Le lieu où il a été découvert n'a subi aucun remaniement, et n'a été soumis à aucune atteinte postérieure.

« Les débris d'espèces animales qui accompagnent ce corps, fixent à l'époque de la pierre polie la date de son existence. C'est ce qui a été établi

Far la discussion qui a eu lieu, à occasion de cette pièce, au Congrès préhistorique de Bruxelles, au mois de septembre 1872.

« Le squelette trouvé dans la Dordogne par MM. Massenat, Lalande et Cartailhac est déposé aujourd'hui au Musée d'histoire naturelle de Toulouse. »

L'autre découverte a plus d'impor-

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tance et demande une description beaucoup plus détaillée, que M. Figuier n'a pas manqué de donner, et que nous transcrirons à peu près in extenso :

« Les curieux et les amateurs d'histoire naturelle qui désirent jouir d'un spectacle qui s'est bien rarement offert aux savants, n'ont qu'à se rendre au Jardin des Plantes et dans la gale-'; rie consacrée aux collections de l'an- 1 tkropologie : ils se verront en face d'un véritable et authentique squelette d'homme primitif, appartenant à l'époque du grand ours et du mammouth, c'est-à-dire à la date de la première période de l'apparition de l'homme sur la terre

« 11 a existé un homme primitif, c'est-à-dire un être humain, qui fut contemporain des grands mammifères aujourd'hui disparus du globe, du mammouth, du grand ours, du grand tigre, du grand cerf, etc., et qui a vécu pendant une longue suite de générations successives, à une époque bien antérieure à toute civilisation, c'est-à-dire à l'âge drs cavernes, à l'âge de pierre ou à l'âge des métaux.

« Decet homme primitif qui remonte à l'époque la plus reculée de l'existence de notre espèce, le squelette qui se trouve aujourd'hui dans les salles du Muséum d'histoire naturelle, est certainement l'échantillon le plus extraordinaire qui ait encore été mis au jour.

n Le temps n'est pas éloigné où, pour raisonner sur l'homme primitif, sur l'homme fossile comme on l'appelait alors, on n'avait que des portions de crâne plus ou moins incomplètes et d'une origine toujours cou tes table. Qui n'a entendu parler du crâne d'Engis, du crâne du Neandcrthal, simples fragments de tètes osseuses, sur lesquels avait beau jeu l'imagination des naturalistes, empressés de rattacher l'espèce humaine à la race des singes ? On se souvient encore du bruit que fit la découverte de la mâchoire de Moulin-Quignon, faite par M. Boucher de Perthes, en 1863, dans les sables d'Abbeville. Cet objet, dont on fit tant de bruit, se réduisait à un os maxillaire inférieur.

« Vint ensuite la découverte des

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crânes humains dans la grotte de Cro- Magnon, puis celle des crânes de Solutré, qui lurent si Lien étudiés par M.Pruner-Bey, parLartctct par Féry.

Mais en tout cela il ne s'agissait <jue de petites portions de squelette. Jamais un individu entier ne s'était offert aux yeux de l'observateur. La seule trouvaille de ce genre qu'on puisse opposer à celle de M. Rivière, s'est accomplie presque en même temps que la sienne. Nous voulons parler de ce squelette entier d'homme primitif qui a été mis à découvert en 1872, dans unegrotte de la Dordogne, par MM. Massénat, Lalande et Cartailhac, el dont nous avons dit un mot dansla note précédente. Mais cesquelette de l'homme primitif appartient a une épotpie relativement récente, à l'époque de la pierre polie. 11 doit dune céder de beaucoup le pas de l'antiquité au troglodyte de Menton.

» Comment a été découvert cet ancêtre archiséen ladre de notre humanité ? Il existe tout près de la frontière de France et d'Italie, à peu de dislance du pont Saint-Louis, une série de cavernes creusées dans l'épaisseur de la montagne qui surplombe en ee point la Méditerranée, et qui fait partie de la célèbre corniche, si connue des touristes. Depuis plusieurs années ces cavernes étaient explorées par deux ou trois naturalistes, qui y avaient trouvé un grand nombre d'objets de l'industrie primitive, tels que haches de silex, pointes de flèches, poinçonsenos, etc. ; mais aucun ossement humain n'y avait encore été mis à nu.

« C'est que les premiers explorateurs dont nous parlons n'avaient fait descendre les fouilles qu'à une faible profondeur, à deux ou trois mètres seulement. Un tout autre résultat a été obtenu, lorsqu'un autre chercheur plus persévérant a poussé les fouilles jusqu'à 7 et 8 mètres de profondeur.

r « Ce chercheur est M. Rivière.

Venu d'abord à Menton pour rétablir sa santé, M. Rivière fut bientôt pris du désir de s'associer aux fouilles commencées. lise rendit acquéreur de Tune des cavernes, et en entreprit l'exploration pour son compte. Bientôt une mission scientilique, dont il

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futinvesli parle minière de l'instruction publique, el un crédit qui fut affecté à cette mission, lui permirent de procéder plus facilement à ses recherches.

« Un succès imprévu devait les couronner.

« Depuis plus de trois mois, M. Rivière étudiait le sol de la caverne du CœoiUon, creusant chaque jour plus profondément, et il était parvenue six mètres et demi au-dessous du niveau des anciennes fouilles, sans avoir recueilli d'autres objets que de nombreux instruments en silex, des instruments en os, des coquilles marines et terrestres, et un grand nombre d'ossements, de dents et de mâchoires appartenant à divers animaux carnassiers, pachydermes, ruminants et rongeurs, lorsque, dans la journée du 20 mars, il découvrit les. premiers ossements d'un pied appartenant à un squelette humain.

« Ce squelette, qui ne put être entièrement dégagé quaprèshuit jours d'un travail non interrompu, était placé sur ie côte -anche. Son attitude était celle du repos, celle d'un homme que la mort aurait surpris pendant le sommeil. La tète, un peu plu- élevée que le reste du corps et légèrement inclinée en bas, reposait suc la partie latérale gauche du crâne el de la lace; le maxillaire inférieur était appuyé sur les dernières phalanges de la main

gauche.

« Le squelette était situé dans le sens longitudinal de la caverne, à sept mètres environ de l'entrée, et près de

la paroi latérale droite.

« Le crâne était couvert de nombreuses coquilles percées d'untrou se rapportant au genre Tfassa (\nssn neritea , et de quelques dents perforées par la main de l'homm •.

« De plus, un Instrument en os, long de dix-sept centimètres, terminé en pointe d'un côté, et de l'autre par une extrémité large et aplatie, était appliqué sur le crâne, en travers du front.

« En arrière du crâne et contre l'occipital étaient placées deux pointes de lance en silex, toutes deux brisées à la base, mais à pointe à peu près intacte, à bords accidentellement dentelés.

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« Le crâne est arrondi et de la plus belle forme.

« L'occipital est fortement déprimé.

Les os de (a face sont bien conservés ; les dents paraissent être au complet :

elles sont très-usées, indice d'un âge avancé. Le maxillaire inférieur est assez développé ; l'angle de la mâchoire très-arrondi. Le crâne a éprouvé un léger renversement de gaucho à droite et de haut en bas, sur les os de la face.

« La colonne vertébrale présente une incurvation très-prononcée, àconcavité intérieure, principalement à la région dorsale, due à la position du corps avant la mort et à la compression du thorax. Les vertèbres lombaires sontaplalies et brisées. Le sacrum est entier.

« Le thorax, qui a du subir une compression considérable par le poids des terres qui le recouvraient , est assee farteanest écrasé, les cotes res supérieurs présentent une flexion prononcée des os de l'avanl-bras sur l'humérus. Le cubitus et le radius gauches sont fracturés au niveau du tiers inférieur.

La courbure des clavicules est trèspeu prononcée.

« Les membres inférieurs, à demi fléchis, s'enire-croisent légèrement, reposant l'un sur l'autre.

« Au-dessous des tubérosités de 1 extrémité supérieure du trbiagauche, on a recueilli quarante et une coquilles percées d'un trou (les Nussa ntritea trouvées sur la boite crânienne), qui paraissent avoir fait partie d'un bracelet de la jambe.

Ces ossements présentaient une teinte rougeâtre, due à la présence d'une couche très-mince d'oxyde de fer. Cette couche était beaucoup plus épaisse à la surface du crâne.

La base du crâne, ainsi que la région postérieure du tronc, jusqu'au bassin, était appuyée contre quelques pierres. Ces pierres paraissent avoir servi de points d'appui au corps pendant le sommeil.

Quand on examine le crâne de ce troglodyte, de cet homme dont l'existence ne peut pas remonter au-dessous de vingt à vi:;gt-cinq mille ans (1), on

(1) Il eonvieut de prendre toujours les cli ffres

reste vraiment confondu de sa ressemblance avec les plus beaux crânes des races humaines contemporaines Dans la salle du Muséum d'histoire' naturelle où se trouve ce troglodyte à l'âge si vénérable, se voit un squelette humain ordinaire ; on est frappé en comparant les deux crânes et les deux faces, de leur analogie. L'angle facial du troglodyte de Menton ne nous a pas paru s'éloigner de 80 degrés, c'est-à-dire du type des races humaines les plus élevées en intelligence. La beauté de son ovale et la proéminence du vertex, enfin le grand volume de la partie postérieure du crâne, rapprochent cet homme de vingt nulle ans de l'homme de nos jours.

Où sont maintenant, nous le demandons, les tranchantes affirmations, les déductions téméraires des anatomistes allemands, suisses et français, concernant la prétendue filiation anatomique entre le sin"-e et l'homme primitif? Déjà les études approfondies du docteur Pruner-Bey sur l'homme de Cro-Magnon (Périgord) et sur celui de Solutrê (Maçonnais) avaient réduit ces assertions presque à néant. La découverte du troglodyte de Menton leur porte le dernier coup ; car maintenant on ne raisonne plus seulement sur une tête osseuse, mais sur un squelette entier, et l'analogie entre ce squelette et celui de l'homme de nos jours est tellement évidente, que toute discussion à cet égard serait hors depropos.

« Il ne resterait plus aux partisans de cette ancienne et malheureuse conception scientifique qu'à contester la date de l'existence du troglodyte de Menton. Mais les objets qui environnaient le squelette et qui étaient placés soit autour, soit au-dessous de lui, permettent de fixer, avec une approximation suffisante, l'époque où il a vécu. D'après M. Rivière, il remonterait à la première période de la naissance de l'humanité, c'est-à dire à l'époque du grand ours et du

émis en pareil cas, pour de simples suppositions, el c'est dans ce sens que M. Figuier donne celui-ci. La science n'est pas encore assez avancée pour pouvoir fixer des dates. L B |( 0Ia ,

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fcammouth. On a trouvé, en effet, des dents du grand ours parmi les objets environnant le squelette, niais point d'ossements de mammouth.

o Les objets qui étaient placés soit autour, soit au-dessus du squelette, étaient, comme nous l'avons dit brièvement tout à l'heure:

« 1° Une cinquantaine d'instruments en silex taillé, mais non poli, tcL que pointes de flèches, pointes de lances et grattoirs;

a 2° .Un fragment de poinçon en Ci, de petite dimension;

« 3° Une dent incisive de bœuf, quelques dents séparées, trois os maxillaires intérieurs brisés, appartenant à des ruminants du genre ccrvus, une dent incisive du sus scrofa, deux fragments de côte de bœuf, ainsi que d'autres ossements plus oumoins brisés, incinérés ou non, et un astragale de cerf;

« 4° Des coquilles appartenant aux genre"; patella, pectuncutus, cardtum, mytilus et pecten Jacobeus. Cette dernière coquille, renfermant encore des traces de i I de charbon, était

placée tout auprès du crâne. Le sol était mêlé de nombreuses parcelles de charbon et de quelques pierres calfiii

« Quelques naturalistes du Muséum d'histoire naturelle étaient disposés à fixer à l'âge du renne la date de l'existence de ce troglodyte. Mais on n'a pas trouvé le plus petit vestige d'un ossement de renne dans toutes les fouilles de ces cavernes, et les instruments en silex qu'on a découverts par milliers dans les grottes de Menton, sont taillés, mais non polis, et appartiennent dès lors aux premiers âges de notre espèce.

« Une sorte de conflit diplomatique s'est élevé à l'occasion de la découverte de l'homme primitif de Menton.

En fait, c'est sur le territoire de l'Italie qu'existent les grottes explorées par M. Rivière, car elles sont situées audelà de la frontière franco-italienne, et dès lors leur propriété semblait, à quelque titre, pouvoir être revendiquée par l'Italie. C'est ce qui est arri\ é, et M. Rivière a eu à lutter contre les prétentions des autorités italiennes. Cependant cette difticulté a pu

être aplanie, et le savant français a été remis assez premptement en possession de sa trouvaille.

a Nous ne raconterons pas quels soins minutieux ont présidé à l'enlèvement de cette pièce remarquable.

Plus de huit jours de travaux furent nécessaires pour soulever, tout d'un bloc, et transporter, sans secousse dangereuse, cet objet précieux qui était enfoui an milieu des cendres du foyer de la carême, selon l'usage des antiques peuplades. Lorsque, après saille soins et précautions, le squelette, reposant toujours sur son lit de cendres, put 'être placé sur une table de buis de sapin el lire hors de la grotte, il fallut B'oocuper de son transport par le chemin de fer. Les difficultés et lient nombreuses et les dangers sérieux ; mais (ont a été heureusement conjuré. La table supportant le troglodyte était suspendue par

quatre eordes au plafond du wagon, et M . Rivière ne cessa pas de surveiller, pendant tout le voyage, l'étal de

nui précieux eolis.

« Grâce a ees précautions, tout est arma en parfait état, et le Muséum d'histoire naturelle, auquel il appartient désormais, a installé dans fa galène d'anthropolopie ce vétéran de l'humanité

« Nous venons d'affirmer que l'homme de la caverne de Menton appartient à l'époque du grand ours ou du mammouth. Ce fait est trop capital dans la question pour être avancé sans preuves.

« Les diverses espèces animales dont les débris entouraient le squelette, fixent nécessairement l'époque à laquelle cet homme a vécu. Or, il se trouve parmi ces espèces des os et des dents de grand ours. (Ursus Spe- Iseus, de grand chai [Felis tpelxa,) de Rhinocéros tichorhinus et d'Ili/xna spétxa, toutes espèces qui caractérisent l'époque du grand ours et du mammouth. En nuire, il n'y a pas trace d'ossement de renne, ce qui prouve que l'époque du renne n'était pas encore atteinte; enlin les silex qui sont placés près du corps sont tous taillés et non polis.

« Voici, du reste, comment L'auteur décrit les espèces animales dont il a

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recueilli les débris dans le voisinage le plus immédiat du squelette.

« 1° Carnassiers : Felis spelsea, plu- « sieurs phalanges ; Ursus spelxus, « phalange incinérée ; Ursus, de pe- « tite taille , probablement YUrsus « arctos; Canis lupus, de grande « taille; Erinaceus, maxillaire infé- « rieur.

« 2° Pachydermes : Rhinocéros, « fragments de dent molaire ' ; Equus, « dent molaire; Sus scrofa, plusieurs « dents.

« 3° Ruminants : Bos primigenius, « plusieurs dents molaires et inci- « sives et des ossements; Cervus al- « ces, une première molaire supérieure « droite; Cervus elaphus, des frag- « ments de mâchoire, des dents et « des ossements, un fragment de bois « incinéré; Cervus cunadensis (lequel « ne diffère de l'élaphe que par ses « dimensions plus grandes), des frag- « ments de mâchoires, des dents et « des ossements brisés ; un Cervus « plus petit que l'élaphe et qui pour- « rait être le cerf de Corse, des dents « et des mâchoires brisées ; le Cervus « capreolus, dents et ossements ; une « grande chèvre, Capra primigenia 2 ?

« des dents et des fragments de mâ- « choire en très-grand nombre, ainsi « que des ossements brisés ; antilope « rupkapra ou chamois, un astragale « et deux fragments de mâchoires « présentant une troisième molaire « à trois collines.

« 4° Rongeurs : Lepus, une mâchoire inférieure avec ses dents.

« Parmi les divers animaux dont je « viens de faire rénumération, trois « surtout, par leur présence autour « du squelette, et à des niveaux supé- « rieurs à lui, le grand Felis, VUrsus « spelxus et le Rhinocéros, dontj'avais « déjà trouvé, et antérieurement à « l'homme des débris osseux, indi- « quent l'époque à laquelle l'homme « de Menton a vécu 3 .

(!}M. E. Rivière avait déjà recueilli, à pins d'un mètre au-dessus rie cet homme, deux dents de Rhinocéros tichorhinvs , attenant encore ensemble et a un fragment de mâchoire.

(2) Nom donné par M. le professeur Gervais à une chevro plus grande et plus trapue que la chèvre actuelle.

(3) M. £. Rvière a trouvé également à uu ni-

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« Quant au renne, il n'existe pas « dans les cavernes de Menton ; il pa- « rait également faire défaut dans « toutes les autres cavernes de l'Ita- « lie.

« Parmi les divers objets trouvés « auprès du squelette, je citerai prin- « cipalement deux lames de couteaux « en silex, l'épingle en os taillée dans « un radius de cerf, les Nassa neritea « du crâne et du jambelet, et les • vingt-deux canines de cerf perfo- « rées, tous objets qui présentent la « coloration rougeâtre que j'ai signa- « lée sur toutes lespièces du squelette « et principalement sur la tète. Cette « coloration est due au peroxyde de « fer, peroxyde formé par l'hydrata- « tion du fer oligiste dont toute la « surface du corps avaitété recouverte « après la mort, et indique une inhu- « mation.

« Cette inhumation a eu lieu, mais « sans aucun déplacement ; en effet, « l'attitude du squelette indique par- « faitement que l'homme est mort « pendant son sommeil, au lieu et « place où je l'ai découvert, c'est-à « dire sur un sol formé de cendres, de « charbon et de pierres calcinées, et « au milieu des détritus de la vie de « chaque jour, et sans aucune trace « d'éboulement. »

Nous venons d'inspecter, nousmêrne avec beaucoup d'attention, avant de terminer notre article, ce squelette humain, et nous ajouterons quelques remarques.

C'est la première fois que nous voyons dans notre musée figurer une pareille relique sous cette étiquette homme fossile, et c'est aussi la première fois qu'un squelette d'homme nous parait la mériter. Ces ossementslà, tout assemblés qu'ils soient encore, portent un cachet particulier d'ancienneté; une pétrification véritable commence de se faire dans leur substance ; et supposez-leur cent mille ans de plus de gisement à la même place, nous sommes convaincu qu'ils seraient complètement pétrifiés.

veau supérieur à l'homme, non-seulement des dents d'Hyxna spelxa, dont quelques-unes ont subi l'actiou du feu, niais encoi e des coprolithes, c'est-à-dire les excréments pétriiiés du mémo animal.

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D'un autre côté, c'est absolument un homme, de moyenne taille, et un homme beau ; il n'y a aucune différence entre son squelette et les plus beaux de la race blanche ; ses dents sont jolies, régulières, bien plantées, et son crâne est magnifique; il est de ceux qui ont renfermé le plus de cerveau ; il est de ceux qui ont engendré l'angle facial le plus ouvert, et il y en a peu aujourd'hui qui l'égalent à ce point de vue. Si l'on trouve un jour beaucoup de ces types, loin de dire que l'homme primitif se rapproche du singe, il faudra dire, à l'inverse, que l'homme a plutôt dégénéré vers le singe, en descendant son histoire.

Enfin tout dans ce squelette, probablement antédiluvien, sa pose, ses formes, les instruments et tous les objets qui l'entourent, y compris les cendres qui prouvent qu'il connut l'usage du feu, tout respire encore l'intelligence humaine, moins seulement les inventions de la civilisation.

Oh! oui. Moïse a eu bien raison de dire : •producant aqux... producat terra... secundum speeies suas... et :

faciamus homim m.

Parlerons-nous enfin des habitations lacustres des vallées des I\\ renées analogues à celles de la Suisse , du Tyrol, de l'Italie, de l'Allemagne. Ce sont des restes de pilotis plantés dans des tourbières , et même des portions de planchers qui accompagnent encore ces pieux. M. Garrigou, après avoir déblayé la terre labourée et la tourbe sur une profondeur de près d'un mètre, a découvert un reste de plancher formé d'éclats de troncs d'arbres , et reposant sur un pilotis enfoncé verticalement à une profondeur de plusieurs mètres. Les entailles que portent les pieux indiquent un travail net et franc qui n'a pu être exécuté qu'avec un instrument de fer, en sorte qu'un doit, d'après lui, ne faire remonter ces étranges constructions qu'àl'cije du fer. L'eau qui envahissait la place etqui s'élève, dans toute l'étendue de la vallée, c'est-à-dire, de l'ancien lac, à unniveau uniforme, rendait l'exploration imp oibic ù de plus grandes profon-

deurs. On trouvera de ces restesde travaux humains, paraissant remonter à l'époque des métaux, dans l'Ariége, dans l'Aube, dans les Pyrénées Orientale-!. Les lacs de Saint-Pé, de Massât, d'AngOt, les tourbières des mêmes localités, et les alluvions de toutes les vallées pyrénéennes ont révélé des objets de fer, de bronze et de pierre polie qui font pressentir des découvertes de ce genre.

Mais nous nous rapprochons, par ces derniers faits, des temps historiques.

Conclusions sur le déluge et la coexistence de l'homme et des animaux avant le déluge.

On avait cru, et nous avions cru nous-môme ({Me les couches d'alluvions appelées le diiux ium étaient trop anciennes pour pouvoir être considérées comme des dépôts accumulés par les eaux du déluge historique des traditions humaines, et nous étions porté à y voir 1rs effets d'un déluge géologique antérieur, beaucoup plus antique Mais, avec la bonne foi que tout auteur doit mettre dans ce qu'il écrit, nous avouons, à la suite des découvertes datant des vingtdernières années que nous venons de résumer, que le diluvium nous parait avec évidence s'appliquer a ce déluge luimême. Comment expliquerait-on, en effet, l'existence de ces couches d'alhivion dans tant de lieux à la fois, eu France, en Angleterre, en Belgique, eu Italie, en Allemagne, en Danemarclc, eu Algérie, en Egypte, au désert, en Grèce, en Amérique et probablement jusqu'aux extrémités de l'Asie où on les trouvera composées de même, quand la science d'observation y pourra porter ses investigations, sans un cataclysme diluvien qui aura couvert de ses eaux torrentielles toute la face de la terre et aura accumulé des amas dans toutes les anfractuosités de lasurface propres à les retenir?

C'est le premier fait d'observation qui donne raison aux traditions et à Moïse. Les eaux, dit-il, s'élevèrent jusques sur les montagnes; n'avousnou ; pas vu, eu cllet, de ces anus

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fossilifères sur toutes les hauteurs ?

Les Pyrénées n'ont pu< fait exception ; uue grotte qui en est remplie et qui s'élève à 100 mètres au-dessus de la Garonne près de sa naissance, en présente un reste qui parle assez éloquemment; et plus tard, nous n'avons là-dessus aucun doute, inaltéré la tendance qu'ont les montagnes à se dénuder, et les soulèvements qui ont ramené, en ces lieux, les roches gramticrues. primitives à la surface en place des sédiments, ces lieux euxmêmes nous montreront assez de restes des alluvions diluviennes pour achever la démonstration «OHMaeneée, de la vérité du récit mosaïque, avec un te] éclat qu'il n'y aura plus d'objcciion possible.

Moïse dit aussi que tous les hommes et tous les animaux qui leur étaient contemporains furent détruits; comment la géologie pourrait-elle mieux nous le dire elle-même? elle nous montre dans ce diluvium, dont les lieux hauts, comme les lieux bas, conservent de» fragments, un imiiiL'iiM'ussuairequiru, eloppe le globe,

et qui n'est qu'un vaste monument

prouvant aussi bien la destraction générale, que les ruines de Ninive avec leurs objets d'art ensablés, prouvent la disparition de cette grande ville, ou, si l'on aime mieux, que les nécropoles de Pompéi et d'IIerculanum prouvent l'ensevelissement de ces cités par la première et la plus terrible des éruptions du Vésuve.

Mais ce n'est pas là la seule conclusion que nous ayons à tirer de notre sommaire historique de l'anthropologie paleoniolo-ique. Dieu, dit Moïse,

avait créé le même jour, c'est-à-dire, à la même époque géologique, les animaux terrestres, notamment ceux qui étaient appelés à devenir domestiques,yame/i(a,ctrhommc;ilsétaient donc coexistants, dans leur antériorité au cataclysme. Or, n'avons-nous pas vu les observations de ces dernières années répondre, avec toute la profusion désirable, qu'il en fut ainsi, puisqu'elles nous montrent partout, dans la grande nécropole dadilucium, des ossements de tons ces animaux, des produits d'arts et d'une industrie qui ne peuvent èlre que ceux de l'homme

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lui-même, et jusqu'à des ossements fossiles d'individus ayant fait partie du genre humain de ces temps antiques. Nous avons vu apparaître de toutes ces choses non-seulement dans les alluvions du déluge, mais encore dans le pliocène dont la formation précédait depuis longtemps déjà la catastrophe.

Jamais récit, dans ce qu'il a de fondamental et de vraiment important, ne fut mieux confirmé par la science.

Reste une seule difficulté : celle de l'antiquité du déluge, ainsi que de l'espèce humaine et des espèces animales, ses contemporaines avant le déhi|

La réponse est donnée d'avance par la logique générale qui se déduit, dans notre dissertation préliminaire, du concile de Trente sur l'interprétation de l'écriture sainte et du concile du Vatican sur l'infaillibilité du Pape et de l'Eglise; la compétence de toutes ces autorités surnaturelles est limitée par l'Eglise ellemême aux choses qui intéressent la foi ou la morale. Une question de chiffres eu plus ou en moins, s'agit-il de milliers de siècles, ne saurait intéresser la foi ni la morale; donc nous n'avons point à prendre fait et cause pour un chiffre plutôt que pour un autre chiffre, et nous ne faisons qu'user de notre droit en laissant, là dessus, à notre plume une liberté qui ne soit limitée que par les déductions scientifiques.

Raisonnons donc, sur ce point, avec la science pure.

Or, d'une part, nous avons MM. Deluc , Dolomieu , et surtout Cuvier, qui, avant les nouvelles découvertes, avaient fait des observations et des calculs dont nous avons donné le résumé au mot géologicjues (sciences), de notre Dictionnaire des harmonies de la raison et de la foi. Ces observations portaientsur l'accroissement des tourbières, sur celui des lies madreporiques, sur celui des stalactites dans les grottes, sur celui de l'humus principalement dans les forêts vierges, sur les Moraines ou accumulations de détritus par les glaciers au pied des versants, sur les dénudations desmontagues, sur les diminutions annuelles

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des bu Uesde sel gemme, telle que celle deCardona, en Espagne, sur les deltas des fleuves, sur les dunes de sable des bords de la mer aux endroits des côtes où leur accumulation est régulière, et sur plusieurs autres phénomènes de même genre qui se réalisent dans notre ihjc, et par lesquels il semble qu'on puisse juger de la longueur du passé ; et les conclusions étaient que tous ces phénomènes n'avaient guère pu commencer plus haut que cinq à sept mille ans, attendu qu'autrement, ils seraient plus avancés qu'ils ne le sont, et qu'en conséquence le déluge, qu'on devait considérer comme leur point de départ, ne pouvait guère remonter au delà de cette date. Voici les paroles de Cuvier lui-même dans un de ses discours : « Je pense donc, avec MM. Deluc et Dolomieu, que, s'il y a quelque chose de démontré en géologie, c'est que la surface de notre globe a été la victime d'une tndi et soudaine révolution, dont late oepeul pas remonter beaucoup pins haut que cinq on six mille ans. »

Si nous pouvions concilier une telle conclusion avec les observations récentes que nous avons groupées plus haut, la science géologique se rctrouvcraild'accord avec la cosmogonie de Moïse même pour une lixation, précise autant que possible, des durées curon jlogiques.

Mais notre bonne foi nous force d'avouer que cela nous parait bien difficile. Exposons d'abord les raisons contre qu'allèguent les modernes, en ayant soin, presque toujours, de passer sous silence les raisonnements de Cuvier et ses paroles que nous venons de eàter textuellement.

M. liecquerel, dit-on, a calculé que le creusement de certaines vallées du Limousin dans un sol do granit a de mandé quatre-vingt deux mille ans pour arriver à une profondeur de 2 mètres 50 cent.

Mais qu'est-ce que cela prouve? ce creusement par les ravins actuels, eu supposant qu'il n'ait pas eu d'autre cause, aurait pu commencer bien avant le déluge, qui n'aurait point ensablé ces vallées-là, mais au contraire les aurait lavées, et se continuer depuis.

On poursuit : M. Elie de Beaumont a calculé qu'une végétation de vingtcinq ans ne peut fournir que 2 millimètres de houille, ce qui donne 6000 ans pour un demi-mètre, 12,000 ans pour 1 mèlre, et six cent mille ans pour une couche de 00 mètres; or nous avons va qu'A n'yapas seulement des couches de houille de 00 mètres ma : s qu'il y en a de 2000, 3000, et' peut-être même, de HW0 mètres. '

Qu'est-ce que cela prouve encore?

lescouchea carbonifères appartiennent aux terrains primaires ou forment les étages les plus anciens des terrains secondaires. On ne saurail se mettre mieux en dehors de la question, relativement au but antireligieux qu'on se propose, et, d'autre part, s'enferrer.

mieux soi-même en confirmant, sans s'en apercevoir, ce q Qe nous avons déduit du tableau du la Genèse sur l'antiquité nécessaire des couches de houille, antiquité si grande, d'après ce tableau, que la végétation grandiose qui fut le point de départ de leur formation, précéda le troisième «:/ cosmologique qui fut celui de 1 apparition du soleil.

On poursuit encore : Les plus me-

destes géologues évaluent le temps de la formation des couches terrestres à

six ou sept cents millions d'années.

Qui vous dit le contraire ? on ne vous conteste ni de vous accorde de pareils chiffres. On estlà-dessus dans 1 ignorance. Vais quel rapport voyezvous donc entre ces hypothèses "et la : ""- soit du déluge, soitde l'apparition de l'espèce humaine sur la terre?

Laissons toutes ces ignorances et toutes ces faibli sses Je raisonnement, dont sont remplies nos publications pré entes les plus populaires, et arrivons a des auteurs sérieux.

Sir Charles Lyell estime que l'alluvion de la Somme, qui ne remonte pas au delà du duuvttnn, ne date pas de moins de cent mille aus ; et le même auteur calcule que certains objets, attestant l'homme, ont été trouvés dans le sol de la basse Egypte (delta du Nil), sol qui s'exhausse de 3 '/, pouces par siècle, à une profondeur telle qu'il a fallu soixante-douze mille ans pour le former.

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M. Agassiz estime aussi à environ soixante-douze mille ans le temps qu'il a fallu au delta du Mississipi pour s'élever à la hauteur sous laquelle on y a trouvé une relique humaine.

Ces dernières preuves d'une antiquité très-considérable sont fortes, si la base des calculs est fondée. Mais n'oublions pas qu'elles ont pour contre-poids les observations de Cuvier qui vont à des conclusions toutes contraires et qui sont écrasantes , sinon pour ne faire remonter le déluge qu'à cinq ou six mille ans, selon ses expressions, mais pour en limiter l'antiquité à des chiffres modérés, par exemple de six à dix mille ans. Ces preuves paraissaient à M. Babinet inattaquables; nous l'avons nous-mème entendu, dans des leçons, lesprésenter comme impliquant des solutious irrévocables de la question. Prenons pour exemple celle qui s'appuie sur la colline de sel gemme de Cardona.

M. Cordier a calculé que cette butte, qui est égale à la butte Montmartre près Paris, subit, sous l'action dissolvante des pluies, une diminution d'un mètre et demi par siècle ; si, comme tout paraît l'indiquer, c'est le déluge qui l'a dénudée , et que le déluge remonte à dix mille ans, elle a perdu depuis le cataclysme cent fois 1 '/* mètre, soit 150 mètres; or, il est à peu près impossible de supposer qu'elle ait jamais pu s'élever jusqu'à une hauteur supérieure de 150 mètres à celle qu'elle présente aujourd'hui, à cause de l'étendue limitée de sa base au-dessous du sol, base qui n'a pas dû changer.

Ces raisonnements paraissent forts, et il en est de même des autres; mais ceux de MM. Lyell et Agassiz sur les deltas dans le sens contraire le sont aussi.

Y a-t-il, dans les faits nouveaux, quelque chose qui soit de nature à nous édifier sur cette question d'antiquité du déluge et de notre espèce?

les instruments en silex ne disent rien autre chose que l'état d'enfance des arts et métiers dans les lieux où on les trouve ; les divers âges de la pierre brute, de la pierre taillée, de la pierre polie, des métaux, des os de renne sculptés et portant des dessins etc.

n'ont pas encore atteint une généralité assez grande ni assez précise pour qu'on puisse les attribuer à l'humanité toute entière; ils pourraient convenir à des peuplades retombées dans la sauvagerie comme celles des îles et de l'Australie dont il reste encore des types de nos jours et qui sortent assez promptement de leur dégradation soit par destruction violente, soit par extinction lente, soit par civilisation progressive. D'ailleurs, une telle généralité dùt-elle s'établir, qu'il resterait à savoir s'il a fallu des siècles infinis, comme on le suppose, pour la réalisation du progrès. L'imagination est portée à grossir ces sortes d'hypothèses, et nous croyons qu'avec les éléments que l'homme possède dans sa nature psychologique, il se perfectionne beaucoup plus rapidement qu'on ne le pense. Quant aux ossements fossiles, nous avons vu que les commencements de pétrification ne sont point une preuve d'une antiquité exorbitante, puisque l'effet tient à la nature du milieu où se trouve le dépôt et qu'on connaît aujourd'hui certains de ces milieux, tels que les eaux de la Méditerranée, on la pétrification peut se faire avec rapidité. L'extinction de certaines espèces d'animaux demande du temps, il est vrai, si l'on en juge par les espèces qui disparaissent ou tendent à disparaître de nos jours; mais ce temps dépasse-t-il certaines limites modérées? Il ne le semble pas, puisque nous avons vu, par exemple, s'opérer en un siècle la disparition de certains gros oiseaux, tels que l'epiornis, dont nos musées conservent des œufs d'une grosseur colossale; un de ces œufs trouvé à Madagascar avait 88 centimètres de circonférence et contenait dix litres et demi ; ces oiseaux monstres existaient encore dans les forêts de plusieurs grandes îles aux 16° et 17 e siècles, et il n'en reste plus de trace vivante aujourd'hui :

plus de choses qu'on ne le croit peuvent se faire en quelques milliers d'années. Que sera-ce si l'on est obligé de faire intervenir une révolution comme celle du déluge?

Que reste-t-il? La formation des sédiments. Cette formation paraît

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demanderdelonïucspériodes, surtout si l'on est obligé do reporter l'existence de l'homme, avant le dUuoium, jusqu'à la fin de la période tertiaire, jusqu'au pliocène. C'est ici que nous serions portés à voir la meilleure preuve d'une antiquité qui ne se compterait plus par siècles, mais par centaines de siècles. Cependant, nous sommes encore obligés de nous en tenir aux hypothèses de notre imagination. Quant au diluvium luimême, qui aura été formé subitement, comme l'indique avec évidence sa composition, par le déluge, nous ne voyons pas avec certitude qu'il lui ait fallu autant de siècles qu'on veut bien le dire pour prendre les tassements et les adhérences qu'il présente aujourd'hui, et d'autres révolutions violentes peuvent être supposées antérieurement pour expliquer une formation semblable des autres terrains. Les apparences sont néanmoins favorables à une très-haute antiquité.

Voila où notre bonne foi et notre impartialité nous conduisent, au jouiprésent des découvertes.

Comment concilier avec ces données de l'anthropologie géologique, les traditions et les histoires qui fout toutes, ou à peu près toutes, remonter le déluge et l'apparition de l'homme à un temps très-rapproché de nous? Rien ne nous parait [dus simple : le déluge, ayant détruit le genre humain et tous les animaux terrestres, fut une catastrophe tellement extraordinaire, tellement épouvantable, sortant tellement du cours ordinaire des choses, que la mémoire eu resta présenti' durant de longs siècles dans la petite portion du genre humain qui repeupla la terre, que l'on se transmit ce souvenir comme celui d'un événement récentdurant très-longtemps, que les premiers livres qui furent faits le prirent dans les traditions eu cet état de nouveauté apparente et, sans se tromper sur les vérités fondamentales, lui assignèrent des dates diverses sans importance . en soi, dénature, d'ailleurs, àfrapper les hommes, à se trouver conformes aussi aux idées reçues, mais non conformes, en elles-m^mes, à la chronologie réelle.

Nous en avons trop dit sur ce point secondaire. La conclusion capitale, c est que Moïse, ehiffres mis de côté, — ceschiffresprésententdes questions de plus d'une espèce, que la science d'une part, et l'exégèse, de l'autre, ne nous paraissent pas encore assez avancées pour résoudre — n'a raconté que des faits qui sont chaque jour démontrés de plus en plus par la géologie et par la paléontologie, à savoir le grand déloge et l'antériorité simultanée des animaux terrestres et de l'homme à cette révolution du globe.

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