‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 85 sur 166 · A.LB · texte numérisé non relu

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mie et la physiologie végétales. N'étaitce pas beaucoup l'aire que de poser ces questions devant le progrès scientifique ? S'il ne les eut posées, les modernes les auraient-ils résolues?

Enfin Albert le Grand a traité de tout, excepté de la magie et de la cabale ; et le peuple a fait de lui le prince des magiciens !

Qu'on nous pardonne de jeter ici, à l'occasion du plus illustre professeur de tout le moyen âge, un cri d'admiration pour ces savants du .xni" siècle qui ralliaient à la théologie toutes les sciences comme les Augustin lui avaient rallié, dans le v e , toutes les philosophies platoniciennes. Nous nous faisons gloire de marcher, de bien loin, sur leurs traces ; mais hélas !

dans ce malheureux siècle des spécialistes, nous voyons avec effroi que nous nous trouvons seul, et que nos efforts sont vains. Point d'oreilles autour de nous quinous comprennent 1 combien de savants sont des théologiens? combien de théologiens sont des savants? Le Noir.

ALBIGEOIS, nom général donné aux hérétiques qui parurent en France dans les xn e et xiu e siècles, et qui furent ainsi nommés, parce qu'ils se multiplièrent non-seulement dans la ville d'Albi, mais encore dans le Bas- Languedoc, dont les habitants sont nommés par les auteurs de ce tempslà Albigenses.

Le fond de leur doctrine était le manichéisme, mais différemment modifié par les visions des différents chefs qui l'avaient prêché en France, tels que Pierre de Bruis, Henri son disciple, Arnaud de Bresse, etc. : c'est ce qui fit nommer ces sectaires pétrobrusiens, hmriciens, amaldistes, ou arneudisks ; mais ils portèrent encore 'plusieurs autres noms tirés de leurs j mœurs, dont nous parlerons ci-après.

Nous ne devons donc pas êtres étonnés de ce que les auteurs qui ont exposé leurs erreurs, ne les ont pas rapportées uniformément; jamais aucune secte d'hérétiques ne fut constante dans ses opinions ; chaque docteur se croit le maître de les entendre et de les arranger comme il lui plaît. Les albigeois étaient un amas

confus de sectaires, la plupart trèsignorants et très-peu en état de rendre compte de leur croyance ; mais tous se réunissaient à condamner l'usage des sacrements et le culte exté- | rieur de l'Eglise catholique, à vouloir détruire la hiérarchie et changer la discipline établie. C'est à ce titre que les protestants leur ont fait l'honneur de les regardercomme leurs ancêtres.

Alanus, moine de Cîtcaux, et Pierre, moine Je Vaux-Cernay, qui ont écrit contre eux, leur reprochent : 1° d'admettre deux principes ou deux créateurs, l'un bon, et l'autre méchant; le premier, créateur des choses invisibles et spirituelles ; le second, créateur des corps, auteur de l'Ancien Testament et de la loi judaïque, pour lesquels ces hérétiques n'avaient aucun respect : voilà le fond de l'ancien manichéisme ; 2° de supposer deux Christ, l'un méchant, qui avait paru sur la terre avec un corps fantastique, qui n'était mort et ressuscité qu'en apparence; l'autre bon, mais qui n'avait pas été vu en ce monde : c'était l'erreur de la plupart des gnostiques ; 3° de nier la résurrection future de la chair, d'enseigner que nos âmes sont des démons, qui ont été logés dans nos corps en punition des crimes qu'ils avaient commis; conséquemment ils niaient le purgatoire et l'utilité de la prière pour les morts ; ils traitaient môme de folie la croyance des catholiques touchant les peines de l'enfer. Ces rêveries sont empruntées de différentes sectes d'hérétiques ; 4° de condamner tous les sacrements de l'Eglise, de rejeter le baptême comme inutile, d'avoir en horreur l'eucharistie, de ne pratiquer ni la confession, ni la pénitence, de croire le mariage défendu, ou du moins de regarder la procréation des enfants comme un crime. C'était encore l'opinion des manichéens. Enfin ces au- î teurs rapportent que les albigeois détestaient les ministres de l'Eglise, ne cessaient de les décrier et de déclamer contre eux ; qu'il n'avaient aucun ■ respect pour la croix, pour les images, pour les reliques; qu'ils les détruisaient et les brûlaient partout où ils étaient les maîtres.

Ils étaient divisés en deux ordres;

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savoir, les parfaits et les croyants.

Les premiers menaient une vie austère en apparence, vivaient dans la continence, faisaient profession d'avoir en horreur le jurement et le mensonge. Les seconds vivaient comme le reste des hommes, et plusieurs avaient des mœurs très-déréglées ; ils croyaient être sauvés par la foi et par l'imposition des mains des parfaits.

C'étaient l'ancienne discipline des manichéens.

Le concile d'Albi, que quelques-uns nomment concile de tombez, tenu l'an H76, dans lequel les albigeois furent condamnés sous le nom de bonshommes, et dont les actes sont cités par Fleury, Eist. ecclés., 1. 72, n. 61, leur attribue les mêmes erreurs d'après leur propre confession. Rainerais, dans l'histoire qu'il a donnée de ces mêmes hérétiques suus le nom de cathares, expose leur croyance à peu prés de même. Bossuet, Uist des t>ariat., 1. 9, a cité encore d'autres auteurs qui continuent toutes ces accusations.

A la vérité, la plupart des protestants qui auraient voulu persuader que les albigeois soutenaient la même doctrine qu'eux, nul accusé les écrivain- catholiques d'avoir attribué à ces sectaires des erreurs qu'ils n'avaient ifijj de les rendre odieux, et de justifier la rigueur avec laquelle on les a traités. Moshe m, mieux instruit, n'a pas osé Caire de même ; il n'a rii n dit de leurs dogmes ni de leur conduite, parce qu'il a bien senti qu'il n'était pas possible de justifier ni l'un ni l'autre. Uist. Ecclés., nu" siècle, deuxième partie, c. 5. § 2 et suiv.

Le nom de bonshommes leur fut donné d'abord, parce qu'ils affectaient un extérieur simple, régulieret paisible, et ils se donnaient eux-mêmes le nom de cathares, qui signifie jurs; mais leur conduite leur en lit I ientôt donner d'autres ; on les appela jk'/'/vs et putarins, c'est-à-dire, rustres et grossiers; publicains ou poplicains, parce qu'on supposa que les femmes étaient communes entre eux; passagers, parce qu'ils envoyaient des émissaires et desprédicauts de tontes parts pour répandre leur doctrine et faire des prosélytes.

Leur condamnation, prononcée an concile d'Albi, l'an 1170, fut confirmée dans celui de Latran, l'an 1179, et dans d'autres conciles provinciaux; mais la protection que leur accorda Ilaimond VI, cumtc de Toulouse, leur lit mépriser les censures de l'Kglise, les rendit plus entreprenants, et empêcha le fruit des prédications de saint Dominique et des autres missionnaires que l'on envoya pour les instruire et les convertir. Les violences qu'ils exercèrent, engagèrent les papes à publier une croisade contre eux, l'an 1210. Ce ne fut qu'après dixhuit ans de guerres et de massacres qu'abandonnés par les comtes de Toulouse leurs protecteurs, affaiblis par les victoires de Simon de Montfort, poursuivis dans les tribunaux ecclésiastiques et livrés au bras séculier, les albigeois furent entièrement détruits. Quelques-uns s'échappèrent et se joignirent aux vaudois dans les vallées du Piémont, de la Provence, du Dauphiné et de la Savoie ; c'est pour cela que quelques auteurs ont quelquefois confondu ces deux sectes, mais elles étaient très- différentes dans l'origine: les vaudois n'ont jamais été manichéens. Voy.

Vaudois.

A la naissance de la prétendue réforme, les nus et les autres cherchèrent à se joindre aux zuingiiens, et ils s'unirent enfin aux calvinistes sous le règne de François l fr . tiers de ce nouvel appui, ils se permirent des violences qui attirèrent sur eux l'exécution sanglante de ( Sablière et de Hérindol ; depuis ce moment ils ont disparu, et il n'en reste plus que le nom.

La croisade entreprise contre les albigeois, les supplices auxquels on les condamna, l'inquisition que l'on établit contre eux, ont fourni une ample matière de déclouai ions aux' protestants et aux incrédules leurs copistes. Les uns et les autres oril répété cent fois ipie cette guerre l'ut une scène continuelle de barbarie; qu'il y avait de la démence à vouloir convertir des hérétiques parle fer et par le feu ; que le vrai motif de celte guerre fut l'ambition du comte de Montfort, qui voulait s'emparer des

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états du comte de Toulouse, et de la fausse politique de nos rois, qui ont été bien aises d'en partager les dépouilles.

Nous n'avons aucun dessein de justifier les excès qui ont pu être commis de part ou d'autre par des gens armés, pendant une guerre de dis-huit ans:

nous savons assez que dès que l'on a tiré l'épêe, l'on se croit tout permis; qu'un trait de cruauté commis par l'un des deux partis devient un motif ou un prétexte de représailles sanglantes. C'est ce que l'on a vu dans nos guerres civiles du xvi e siècle ; l'on n'était sûrement pas plus modéré au xiu e . Nous ne prétendons pas soutenir non plus qu'il est louable ou permis de poursuivre à l'eu et à sang des hérétiques, dont la doctrine n'intéresse en rien Tordre et la tranquillité publique, et dont la conduite est paisible d'ailleurs; toute la question estde savoirsiles albigeois étaient dans ce cas.

C'est une discussion dans laquelle nos adversaires n'ont jamais voulu entrer.

1° Enseigner que le mariage ou la procréation des enfants est un crime; que tout le culte extérieur de l' Eglise catholique est un abus, et qu'il faut le détruire ; que tous les pasteurs sont des loups ravissants, et qu'il faut les exterminer: est-ce une doctrine qui puisse être suivie et réduite en pratique sans que l'ordre et le repos public en souffrent? Les pasteurs de l'Eglise peuvent-ils se croire obligés en conscience de la tolérer? Le comte de Toulouse, quels que fussent ses motifs, était-il sage, et avait-il raison de la protéger? Nous savons bien qu'à la réserve du premier article les protestants ont été de cet avis; mais nous appellerons toujours au tribunal du bon sens, de leur décision.

Il estfort singulier que les catholiques aient dû tolérer des opinions qui ne tendaient à rien moins qu'à les faire apostasier et à les faire blasphémer contre Jésus-Christ, et que les albigeois aient été dispensés de tolérer la doctrine catholique, parce qu'elle ne s'accordait pas avec la leur.

2° Quoi qu'en puissent dire les protestants, les albigeois avaient commencé par des insultes, des voies de

fait et des violences contre les catholiques et contre le clergé, dès qu'ils s'étaient sentis assez forts. L'an l 147, plusde soixanteans avantla croisade, Pierre le Vénérable, abbé de Cluni, écrivait aux évèques d'Embrun, de « Die et de Gap : On a vu, par un » crime inouï chez les chrétiens, re- » baptiser les peuples, profaner les » églises, renverser les autels, brû- » 1er les croix, fouetter les prêtres, » emprisonner les moines, les con- » traindre à prendre des femmes par » les menaces et les tourments: »

Parlant ensuite à ces hérétiques, il leur dit : « Après avoir fait un grand » bûcher de croix entassées, vous y » avez mis le feu ; vous y avez fait » cuire de la viande, et en avez man- » gé le vendredi-saint, après avoir in- » vite publiquement le peuple à en » manger. » Fleury, Hist. ecclés., {.

69, n. 24. C'est pour ces belles expéditions que Pierre de Bruis fut brûlé à Saint-Gilles quelque temps après.

Nous aurions peine à les croire, si les protestants n'avaient pas renouvelé ces excès au xvi e siècle.

3° L'on ne peut pas douter que tous les libertins et les malfaiteurs de ces temps-là, connus sous le nom de routiers, cotteraux et mainades, ne se soient joints aux albigeoisdès qu'ils virent que sous prétexte de religion l'on pouvait piller, violer, brûler et saccager impunément. C'est ainsi qu'à la naissance de la réforme, l'on vit tous les ecclésiastiques libertins, tous les moines dyscoles et déréglés, tous les mauvais sujets de l'Europe, embrasser le calvinisme, afin de satisfaire en liberté leurs passions criminelles. Un huguenot, qui avait un ennemi catholique, s'en vengeait à son aise et avec honneur ; les enfants révoltés contre leurs parents les menaçaient d'apostasier; un paysan, qui en voulait à son seigneur ou à son curé, pouvait exercercontre eux toute sa haine: les prédicants sanctifiaient tous les crimes commis par zèle contre le papisme, leur successeurs les excusent encore aujourd'hui.

4° Avant de sévir cnnrre les albigeois, l'on avait employé pendant plus de quarante ans les missions, les instructions et toutes les voies

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que la charité chrétienne pouvait suggérer. L'on n'en vint aux armes et aux supplices, que quand des hérétiques intraitables et furieux ne laissèrent plus aucune espérance de conversion. Lorsque saint Bernard alla en Languedoc pour les combattre, l'an 1147, il n'était armé que de^ la parole de Dieu et de ses vertus. L'an 1179, le concile général de Latran ditanathème contre eux, et il ajouta:

« Quant aux Brabançons, Aragon- > nais, Navarrais, Basques , colte- » reaux et triaverdins, qui ne respec- » tent ni les églises, ni lesmona^téres, » r\ n'épargnent ni orphelins, ni;ïge, » ni sexe, mais pillent et désolent « tout comme des pnïens, nous or-

» donnons à tous les lidèlcs, pour

» la rémission de leurs péchés, de s'op- » poser courageusement à ces ravages, » et de défendre les chrétiens contre » ces malheureux. » Cun. 27. Voilà le motif de la guerre contre les albigeois clairement exprimé, et c'est pour cela que le légat Henri marcha contre eux avec une armée, l'an 1 181 .

Ce n'était donc pas pour les convertir que l'on employait contre eux la violence, mais pour réprimer leur ravages.

Les excès auxquels ils s'étaient livrés, sont prouvés, 1° par la confession même que le comte de Toulouse fit publiquement au légat, l'an 1209, pour obtenir son absolution ; 2° par le vingtième canon du concile d'Avignon tenu la même année ; 3° par le témoignage des historiens du temps, témoins oculaires. Que penser des albigeois, lorsque l'on voit le comte de Toulouse, leur protecteur, pousser la barbarie jusqu'à faire étrangler son propre frère, parce qu'il s'était réconcilié à l'Eglise catholique? Le comte deFoix était un monstre encore plus cruel. Hist. de l'Egl. gall., t. 10, 1.

29 et 30.

Mosheim a déguisé les faits avec sa prudence ordinaire ; il dit que toutes les sectes hérétiques du xiu e siècle convenaient unanimement que la religion dominante n'était qu'un composé bizarre d'erreurs et de superstitions, l'empire des papes une usurpation, et leur autorité une tyrannie. Ces sectaires, selon lui, ne se bornèrent

pas à répandre ces opinions : ils réfutèrent encore les superstitions et les impostures du temps par des arguments tirés de récriture sainte; ils déclamèrent contre la puissance, les richesses et les vices du clergé, avec un zèle d'autant plus agréable aux princes et aux magistrats civils, que ceux-ci étaient las des usurpations et de la tyrannie des gens d'église.

Treizième siècle, 2 e part., ch. 5, §2.

En effet, les tisserands, les manouvriers, les laboureurs de la Provence et du Languedoc, étaient des docteurs fort habiles dans l'Ecriture sainte; au concile d'Albi, l'an 1 176, l'évèque de Lodève leur opposa l'Ecriture sainte, et ils furent confondus; les actes en font foi. Leurs seuls arguments étaient les déclamations, les railleries, les insultes, les calomnies, les voies de fait, comme ceux des huguenots. L'on sait d'ailleurs quel usage les manichéens savaient faire de l'Ecriture sainte; nous le voyons dans les disputes que saint Augustin soutint contre eux,

Quand il serait vrai que la religion dominante au xm* siècle était un amas d'erreurs et de superstitions, celle des albigrois valait encore moins; puisque c'était un chaos de rêveries de deux ou trois sectes différentes. Quand celle-ci aurait été plus pure.il n'appartenait pas à desimpies particuliers, sans mission, de l'établir, encore moins d'employer la violence, le meurtre, le brigandage, pour en venir à bout. Paice que les protestants ont fait de même, ce n'est pas une raison d'approuver cette étrange manière de réformer l'Eglise.

Si les princes étaient las de la tyrannie des gens d'église, comment ontils pu soutenir à main armée les efforts que faisaient le pape et les évoques pour réprimer les albigeois f

Nous ne prendrons pas la peine de réfuter les motifs odieux pour lesquels on prétend que nos rois, et surtout saint Louis, sont entrés dans la guerre contre le comte de Toulouse et contre les albigeois . A la vérité, le traité par lequel ce seigneur lit sa paix avec saint Louis, en 1228, fut très-avantageux à la couronne, puisqu'il y fut stipulé que l'héritière du comte de

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Toulouse épouserait un des frères du roi, et, qu'au défaut d'enfants mâles, ce comté reviendrait au roi. Mais lorsque la croisade contre les albigeois fut résolue, dix-huit ans auparavant, on ne pouvait pas prévoir cette clause, et il nous parait que le comte de Toulouse dut se tenir fort honoré de cette alliance. Il se révolta quatorze ans après, trait qui ne lui fait pas honneur; mais la victoire de saint Louis à Taillebourg força ce vassal rebelle de se soumettre; dès lors les albigeois, privés de toute protection, furent aisément détruits.

Basnage , dans son Histoire de l'Eglise, 1. 24, a fait tous ses efforts pour réfuter l'histoire des albligeois tracée par Bossuet ; voici ce qui résulte de toutes ses recherches.

i° Avant que les manichéens répandus dans la Lombardie au xn e siècle eussent pénétré en France, il y avait déjà dans nos provinces méridionales des sectateurs de Pierre et de Henri de Bruis, qui y dogmatisaient et y tenaient des assemblées.

Quoiqu'ils n'eussent point les mêmes opinions que les manichéens, ils ne laissèrent pas , lorsque ceux-ci arrivèrent, de se joindre à eux et de faire cause commune avec eux, de même qu'au xm e siècle ils s'associèrent encore aux vaudois. Telle a toujours été la politique des sectaires, afin de faire nombre et de tenir tête aux catholiques. Par la même raison les vaudois se sont ensuite joints aux calvinistes, quoiqu'ils n'eussent pas la même croyance.

2° De là même il résulte qu'au xm e siècle les albigeois étaient un ramas de manichéens, d'ariens, de pétrobrusiens, de henriciens et de vaudois, très-peu d'accord sur le dogme, mais réunis par intérêt et parla haine contre l'Eglise romaine et son clergé; que la plupart très-ignorants ne savaient pas trop ce qu'ils croyaient ou ne croyaient pas. De là vient la variété des récits que les historiens du temps ont faits de la doctrine de ces sectaires.

3° Dans les interrogatoires que l'on fit subir à leurs chefs, et dans les conciles où ils furent condamnés, il ne fut pas aisé de découvrir et de

distinguer leurs différentes opinions, soit parce que ces prédicants n'avaient aucune doctrine fixe, soit parce qu'ils cachaient avec soin celle de leurs erreurs qui pouvaient inspirer le plus d'horreur aux catholiques.

4° Par là même on voit le ridicule de Basnage et des protestants, qui veulent faire passer les albigeois pour leurs ancêtres ; aucun de ces hérétiques n'aurait voulu signer une profession de foi luthérienne ou calviniste, et aucun protestant sincère ne voudrait adopter toutes les rêveries des différentes sectes d'albigeois.

5° Basnage a eu grand soin de dissimuler les véritables raisons pour lesquelles on fut obligé de sévir contre ces mécréants, savoir : leurs violence.;, leurs voies de faits, leur fureur contre le culte extérieur de l'Eglise catholique et contre le clergé. Il veut persuader qu'on les punissait uniquement pour leurs erreurs, ce qui est faux. Si quelquefois on a condamné au supplice des novateurs, avant qu'ils eussent eu le temps de se former un parti redoutable, c'est que leur doctrine et leurs principes tendaient directement à la sédition et à troubler la tranquilité publique. Voyez Hérétique. Behgier.

ALBINISME. (Théol. mixt. stien.

physiol.) L'albinisme est une anomalie qui se rencontre assez fréquemment dans le règne animal et dans le règne végétal. Dans ces deux règnes, on ne peut guère aflirmcr d'aucune espèce que tous les individus qui lui appartiendront puissent y échapper. Cette anomalie consiste dans la couleur blanche de l'enveloppe extérieure contrairement à la couleur naturelle de l'espèce. Une fleur rouge, jaune, bleue, etc., de sa nature, peut produire par exception des individus blancs ; un arbre dont l'écorce et les feuilles sont colorées peut produire exceptionnellement des types purfaitementblancs ; tout le monde sait qu'il se voit parfois des merles blancs, des moineaux blancs, des souris blanches, des poissons blancs qui devraient être rouges ou de toute autre nuance, etc. Dans les races humaine», les albinos ne sont pas rares ; la race nègre en four-

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nit comme les autres races ; il suffit, pour la production de cotte anomalie, qu'il ne se forme pas, sous l'épidémie qui est transparent, une couche noire appelée le pigmentum, ou plutôt qu'il s'y forme une sorte de pigmentum blanc. On a dit que la race blanche n'avait pas de pigmentum ; il est vrai qu'elle en a fort peu, et que ce qui colore la peau, c'est la chair qui se trouve immédiatement par-dessous et dont le derme peut être considéré comme la première couche, mais il y en a cependant un léger commencement qui peut quelquefois se développer ; c'est ainsi que M. Geoffroy St.

Hilaire a trouvé du pigmentum chez des individus de race caueasique qui étaient devenus noirs après un long séjour dans les pays chauds.

D'un autre côté l'albinisme d'un individu peut quelquefois déterminer une série de générations qui seront toutes albines comme leur père. Cela se voit souvent dans certaines espèces ; un couple de souris blanches engendrent des souris blanches conima elles, et peut devenir le point de départ d'une variété blanche qui se reproduira indéfiniment.

Nous citons ces faits pour en faire remarquer l'importance à l'appui de la formation de la variété nègre dans l'espèce humaine. De même rien n'empêche qu'il se forme une race d'albinos, par suite d'un père et d'une mère qui le seraient, rien n'empêche, par la même raison, qu'un père el une mère nègres, par anomalie et par l'iniluence du climat, aient servi de souche à une descendance nègre, si les autres circonstances ont été favorables C'est une sélection naturelle dans le genre de celles du darwinisme, et si l'on ne peut concevoir que les espèces vraiment différenciées entre elles engcndrentd'autres espèces vraiment espèces distinctes, on conçoit que, dans lamèmeespèce, se réalisent de simples variétés de cette nature, qui s'éteignent ensuite d'elles-mêmes avec le temps, lorsque les conditions de leur conservation cessent d'exister.

La différence de couleur n'est donc

F as une objection sérieuse contre unité de l'espèce, aiusi que le dé-

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