‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 95 sur 166 · V. — PROCESSIONS · texte numérisé non relu

V. — PROCESSIONS

AME, substance spirituelle, qui pense et qui est le principe de la vie dans l'homme. C'est aux pbilosopbes d'exposer les preuves de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme humaine, que la lumière naturelle peutfournir; le devoir des théologiens est de faire voir que ces deux dogmes essentiels ont été révélés aux hommes dès le commencement du monde; que Dieu n'a pas attendu les spéculations de la philosophie, pour leur enseigner ces deux importantes vérités; queles philosophes mêmes n'ont jamais pu les démontrer invinciblement, faute d'avoir été éclairés par la révélation.

Nous ajouterons quelques réflexions touchant l'origine de l'âme.

I. De la spiritualité de idme. La première vérité que nous enseigne l'histoire sainte, est que Dieu est créateur, q.i'il a tout fait par sa parole ou par un simple acte de sa volonté ; donc il est pur esprit. Au mot Création, nous ferons voir que cette conséquence est incontestable. Or, cette même histoire nous apprend que Dieu a fait l'homme à son image et à sa ressemblance.

(ion., a. I, Jr 26 et 27; c. 9, ? 0. Donc l'homme n'est pas seulement un corps; il est intelligent, actif, libre dans ses volontés comme Dieu.

Il est dit qu'après avoir formé un corps de terre, Dieu souffla sur le visage de l'homme ; que dès ce moment, ce corpsf ut vivant, animé,doué du mouvement et de la parole. En elfet, c'est sur le visage ou sur la physionomie de l'homme que brillent la vie, l'intelligence, l'activité, les désirs, les sentiment? de son âme. Rien de semblable dans les animaux. L'dtne, l'esprit, ne sont point sensibles par eux-mêmes, mais par leurs effets; ils ne peuvent donc être désignés que par là: le plus

sensible de ces effets est le souffle ou la respiration ; tout ce qui respire est censé vivant. Il est donc naturel d'exprimer par le souffle le principemême de la vie. Mais il est écrit que le souffle du Tout-Puissant donne l'intelligence.

Job, c. 32, y 8. Jamais nos auteurs sacrés n'ont attribué l'intelligence à la matière. Les philosophes qui ont dit que le souffle désigne ici quelque chose de matériel, ont bien peu réfléchi sur l'énergie du langage.

Dieu dit : « Faisons l'homme à » notre image et ressemblance, pour » qu'il préside aux animaux, à tout » ce qui vit sur la terre, à toute la terre » elle-même. » Gen., e. 1. ^ 26. Et Dieu lui donne en elfet cet empire, f 28; l'homme est donc d'une nature bien supérieure à celle des animaux, puisqu'il est créé pour être leur maitre.

En effet, Dieu ne parle point aux êtres matériels, il n'adresse point la parole aux animaux ; mais il parle à l'homme, il converse avec lui, il lui accorde des droits, lui impose des devoirs ; il agit avec lui comme avec un être intelligent, libre, maitre de ses actions, digne de récompense ou de châtiment : est-ce ainsi que l'on traite un automate ou un animal ?

Des spéculations métaphysiques sur la nature de l'esprit et de la matière, des dissertations grammaticales sur la signification des termes, sont bien froides en comparaison des leçons que nous donne l'histoire sainte.

Il n'est donc pas étonnant qu'il ne se soit trouvé sur la terre aucun peuple assez stupide pour confondre l'esprit avec la matière, et l'homme avec les animaux; la plupart, ont mieux aimé donner une âme intelligente et spirituelle aux anim..ux que de la refuser à l'homme.

Faudra-t-il parcourir toute la suite de l'histoire et des livres saints, pour montrer la même croyance toujours subsistante chez les Hébreux ? Vainement on y chercherait des vestiges de matérialisme, ou des expressions capables de prouver que les Juifs ont mis l'homme au rang des animaux. Le reproche le plus sanglant que les auteurs sacrés font aux hommes corrompus et livrés à

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des passions brutales, est de leur dire qu'ils ont oublié leur propre nature, qu'ils se sont dégradés jusqu'au rang des animaux, et se sont rendus semblables aux brutes. Ps. 48 f 15 et 21 ;haî., c. I, t 3, etc. ' On a voulu tourner Moïse en ridicule, parce qu'en défendant aux Israélites de manger le sang des animaux il a dit que l'âme de toute chair est dans le sang et que le sang, est lame des animaux. Levit., c 17 t ii et 14; Deut., c. 12, y 23. Et l'on a conclu que les auteurs sacrés, en parlant de l'dme en général, n'ont entendu rien autre chose que le souffle ou la respiration.

Quand Moïse aurait voulu donner à entendre que le principe de la vie des animaux est dans leur sang, nous ne voyons pas par quelle raison démonstrative nos plus habiles physiciens pourraient prouver le contraire, et il ne s'ensuivrait pas que Moïse à pensé de mrme à l'égard de l'dme de l'homme. Mois ce législateur ne faisait pas uno dissertation philosophique sur l'dme des bêtes ; il donnait aux Hébreux une raison sensible de la loi qu'il leur imposait. Il leur défend de manger le sang des animaux parce que ce sang, sans lequel les animaux ne peuvent vivre, a été donné de Dieu aux Israélites pour expier leurs dmes, lorsqu'il est offert sur l'autel. C'est donc dans ce sens qu'il dit, Levit., c. 17, ? 11 : « Le sang est » pour l'expiation de l'dme, » et Deut., c. 12, y 23 : « Leur sang est pourl'dme. ,> Mais cela ne signifie point que le sang tient lieu d'Orne aux animaux.

Comme l'dme signifie en général te principe de lavie,ïea Hébreux ontpu dire, comme nous, l'dme des brutes, puisqu'elles ont en effet un principe de vie. Quel est-il? Nous ne le savons pas mieux qu'eux. Mais ils n'ont jamais pensé, non plus que nous, que ce principe fût le même en nous et dans les brutes. Ils se servent du mot àme pour désigner l'homme, et non les animaux quand ils disent :

toute âme qui ne recevra point la circoncision, toute âme qui péchera mourra, toute âme qui ne s'affligera point, etc. Ils attribuent à l'dme et

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non au corps es fonctions spirituelles Lorsque David dit : Mon âme se ré'jouit dans le Seigneur; mon âme est affligée ; mon dme,bénissez le Seigneur etc. ce a ne peut s'entendre du souffle, de la respiration, du principe de vie matérielle.

Nous prouverons dans un moment que les Israélites ont cru constamment àl immortalitédel'dmehumaine; il en résultera qu'ils ne l'ont point confondue avec le souffle ou la respiration.

Personne ne nous obligera, sans doute à montrer que Jésus-Christ a confirmé par ses leçons divines la croyance primitive de la spiritualité de Y Ame, et qu'il a pleinement dissipé les doutes qu'une philosophie contentieuse avait répandus sur cette importante question. « Dieu est » esprit, dit-il, et ceux qui lui ren- » dent un culte doivent l'adorer en » esprit et en vérité. » Joan., c 4 »

24. Mais c'est surtout en établissant î!™ manière invincible l'immortalité de 1 dme, que notre divin Maître en a démontré la spiritualité ; nous le verrons ci-après.

Les incrédules, qui ne savent argumenter que sur des mots, ont cependant objecté que souvent, dansl'Evangile, l'dme ne signifie rien autrechose que la vie. Cela n'est pas étonnant, puisque c'est l'dme qui est le principe de la vie ; mais lorsque Jésus-Christ a dit : « Celui qui perdra son àme » pour moi, la retouvera ; celui qui » hait son dme en ce monde la garde » pour une vie éternelle, » Matth..

c. 10, y 39; Joan., c. 12, y 25; n'est-il question là que de la vie du corps?

Dans l'impossibilité de faire de Jésus-Christ un matérialiste, nos savants dissertateurs ont du moins voulu imprimer cette tache aux Pères de l'Eglise. Ilsontsoutenu que, comme aucun des anciens philosophes n'a eu l'idée de la parfaite spiritualité, les Pères de l'Eglise ne l'ont pas mieux conçue ; qu'ils ont seulement entendu par l'esprit une matière subtile ; que selon leur opinion Dieu, les anges, les dmes humaines, sont foncièrement des corps, mais légers, ignés ou aériens.

Nous n'avons certainement aucun

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intérêt à justifier les anciens philosophes ; niais nous ne pouvons nous .'résoudre à croire que des hommes, qui ont combattu de toutes leurs forces contre le matérialisme des épicuriens, sont tombés cependant dans la même erreur. Cicéron, dans ses Tusculanes, a prouvé la spiritualité de l'âme aussi solidement que Descartes, et il fait profession de répéter les leçons de Platon, de Socrate et d'Aristote.

Nos littérateurs modernes se sont moqués de celui-ci, parce qu'il a dit que Ydme est une entéléchie ; ils n'ont pas vu que IvxeXs/erâ chez les Grecs signifie la même chose que intelligentia chez les Latins. Voilà des dissertateurs fort en état de juger de la doctrine des anciens philosophes.

Nouscroirons encore moins que les Pères de l'Eglise ont préféré les leçons du portique ou de l'académie à celles de l'Ecriture sainte, et qu'en admettant un Dieu créateur, ils ont supposé un Dieu corporel : ces deux dogmes sont incompatibles. La plupart ont insisté sur ce qu'il est dit dans la Genèse , que Dieu a fait l'homme à son image ; et ils n'ont jamais pensé qu'un corps, tant subtil qu'il put être, pouvait ressembler à un pur esprit. Enfin, tous ont attribué à Yâme humaine l'intelligence, la liberté et l'immortalité : propriétés qui ne peuvent appartenir à un corps.

A la vérité les Pères, obligés de s'assujettir au langage ordinaire, ont été dans le même embarras que les philosophes ; ils ont été forcés d'exprimer la nature, les propriétés, les opérations de Yâme par des termes empruntés des choses corporelles :

parce qu'aucune langue de l'univers ne peut en fournir d'autres. Ainsi, les uns ont pris le mot de corps dans un sens synonyme a celui de substance, parce que celui-ci n'était pas employé chez les Latins dans la même signification que chez noiis; les autres ont appelé la manière d'être (tes esprits une forme, et leur action un mouvement; d'autres ont désigné la présence de Ydme dans toutes les parties du corps parle terme de diffusion, d'égalité ou de quantité ; autant de métaphores sur lesquelles il est ridicule

d'appuyerdes arguments. Aum" siècle de l'Eglise, Plotin, disciple de Platon, dans sa quatrième Ennéade ; saint Augustin, dans son livre De quantitate animée ; au v e , Claudien Mamert, dans son traité De statu animée, ont démontré l'immatérialité de Yâme par les mêmes preuves que Descartes. D est donc ridicule de leur attribuer le matérialisme par voie de conséquence, ou sur quelques expressions qui ne sont pas parfaitement exactes, pendant qu'ils font une profession formelle de la doctrine contraire.

Le comble de la témérité a été d'affirmer, comme on l'a fait de nos jours, que saint Augustin est le premier qui, après bien des efforts, est venu à bout de concevoir la spiritualité et l'essence de Ydme; que cependant il a toujours raisonné en parfait matérialiste sur les substances spirituelles. Nonseulement dans l'ouvrage que nous venons de citer, mais dans le livre 10, De Trinitate, c. 10, ce Père donne de la spiritualité de Yâme une démonstration à laquelle aucun matérialiste n'a jamais répondu.

On attribuait autrefois à saint Grégoire Thaumaturge une dispute dans laquelle l'auteur prouve contre Tatien que Yâme humaine est une substance immatérielle, simple et non composée , par conséquent immortelle.

Cet ouvrage est sans doute d'un écrivain plus récent, mais qui raisonne très-solidement. Gérard Vossius observe que la même doctrine est formellement professée par saint Maxime dans une dissertation sur Yâme, par saint Athanase, par saint Jean Chrysostome et par saint Grégoire de Nazianze. Nous aurons soin de justifier les autres dans leur article particulier.

Parmi les passages allégués par les incrédules pour calomnier les Pères, il y en a plusieurs qui sont forgés, d'autres que l'on a tirés d'ouvrages qui ne sont point des auteurs auxquels on les attribue, d'autres dans lesquels on force le sens des expressions ; mais nos adversaires ne sont pas scrupuleux sur le choix des armes dont ils se servent.

Ils disent que les anciens étaient fort embarrassés à expliquer l'origine

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de l'âme, surtout Tertullien, ]. De anima, c. 19, et saint Augustin, 1. De origine anim/i. Mais avons-nous besoin de l'expliquer mieux que ne fait l'Ecriture sainte? Saint Augustin n'a traité cette question que parce qu'il aurait voulu concevoir comment le péché d'Adam est transmis à ses descendants. Cela n'est pas fortnécessaire; il suflit de croire le dogme du péché originel tel qu'il est révélé. Tertullien, dans ce livre même, soutient de toutes ses forces la simplicité, l'indivisibilité et l'indissolubilité de Vùme c. 14. Cependant l'on s'obstine à dire qu'il a cru 1 âme corporelle (,;.

II. De l'immortalité de l'Ame. On demande si ce dogme est clairement révélé, s'il a été cru par les patriarches et par les Juifs: il n'en est rien, selon nos philosophes matérialistes ; ils disent qu'avant la capivité de Babylone les Juifs n'en ont eu aucune notion, qu'ils l'ont empruntée des Chaldéensou des Perses; mais on ne nous dit point à quelle école ces derniers en avaient été instruits.

Nous répondons d'abord que le souille de la bouche du Seigneur ne meurt point; mais nous ne sommes pas réduits à cette seule preuve. Après le péché d'Adam, avant de le con-

(I) !. La spiritnalilé de l'Ame tiuai bien que l'cxistenc ■ de Dieu est une croyance universelle, un témoignage eonstant que l'humanité se rend à ellemême; c'est la f..i du genre humain. Qu'elle soit Tenue de la trndit ou primitive, du sentuneut intérieur ou de la réflexion sur nos opération», cela est é.-al : pourquoi ne serait elle pa, venue de ces trois sources? Avant qu'il y eût des philosophes, aucun peuple, aucun être raisonnable De s'était persuadé que la matière pût penser, aucun même n'avait Imagine qu'alla pût so mouvoir. Halgrfl les sophisme* d'Epicnre, la «piritualiié do l'être pensant est un dogme aussi généralement répandu que dans les premiers Ages u monde, S il y a une vérité que [a nature si la conscience dictent à tous les hommes, c'est la différence entre l'esprit et la matière; aucun peuple qui n'ait desterm sdiver- pour les désigner; tons entendent, sous le nom A'ttprit, Un être qui connaît, qui se sent exister, qui a la Conscience du moi individuel, qui a le pouvo.r d'agir et de mouvoir la matière.

^ Rien n'est plus risible que do voir des philosophes s évertuer pour trouver dans l'antiquité le premier

Peuple qui a cru la spiritualité et l'immortalité de aine. Les un- s'arrêtent aux Egyptiens, d'antres aux Thracesou auxGaulois, quelques-nos au* Indiens, et font gravement la géoéalogie de ce dogme. Il aurait été plus court de • iter une nation qui eût professé la croyance contraire : jusqu'à présent l'on n'en a connu au une. Mais c'est justement pari-e que ce te opinion est généralo, que nos raisonneurs se font gloire de lutter contre elle, etjngeot qu'il est digne Q'eux de lélonffer; ils parviendront plutôt à dépouiller l'homme de sa propre nature.

Les matérialistes prétendent que tous les philosophes anciens faisaient de l'Ame humaine une substance matéiielle ; mais cette assertion est absolument fausse. Voyez l'article F.spkit, où M. Berglor rapporte la doctrine des philosophes sur la spiritualité de l'ame.

II. Le sontiment intérieur : il suffit à tout homme raisonnable. Je sens ma propre existence, et je me sens distingué de tout être qu n'est pas moi : or, je ne sens ni l'existence, ni la figure, ni la structure, ni le jeu de mon cerveau, ni d'aucune partie intérieure de mon corps; donc chacune de ces parties, et tontes prises ensemble, ne sont pas moi.

Je sens que jo suis le même individu qui, depuis soixante eus, éprouve dos -ensatious, des pensées des vouloirs, du plaisir, de lu douleur, etc.; je sens donc que je suis une substance, puisque 6ous •e nom fou entend un être qui reçoit successivement

différentes modifications, et les perd sans cesser d'exister, sans rien perdre de son être.

Ce sentiment du moi individuel et permanent n'est poiot nu accident qui me survienne, c'est mon essence même, l'essence de mon Ame; il ne peut cesser sans que je sois anéanti, je ne serais pins si je ne me sentais pas exister : il ne resterait de moi que l'idée abs raite d'être, sans attributs et sans aucune modification quelconque : nn tel être n'est qu'une chimère. Si j '. xistais sans sentir mon existence, comment poorrais-je recevoir ce sentiment ? Dieu même ne pourrait, sans contradiction, me donner le sentiment d'avoir été, puisque, selon la supposition, je recevrai* le sentiment d'être pour la pr m ère fm-. Lu matérialiste, un sceptique ne s entend pa lui-même quand il dit : je sens en moi je ne sais quel être, je ne sais quelle substance, qui est le sujet do mos modifieations. Il détache par abstraction I existence d'avec sa sub-ta ice il fait de lui-même un être abstrait, il prétend sentir l'existence hors du la substance qui existe. Y a-t-il une absurdité plus complète?

Donc il est démontré que le sentiment du moi individuel et permanent est l'essence même de l'Ame. Or, ce sentiment n'est point l'essence de la matière, outrenient toute matière se soutirait. Il est impossible qu'elle le reçoive, puisque ce n'est point un accident de l'être qui se sent ; donc il est évident que l'esprit et la matière sont deux êtres esseot-ellement différents, et que mou Ame n'est point matière.

Lorsque les philosophes disent que nous n'avons point d'idée de l'Ame ni d'aucune substance : si par iii r il* entendent nue imnge, cela est vrai; mais il est absurde que l'esprit ait une image. S'ils entendent une idre abstraite, cela est eoeore vrai ; mais fatll -il que l'esprit/asseuneabstract on de lui-même, qu'il se voie hors de soi-même comme nous doos vovons dans un niirnir ? Cea raison eurs veulent voir leur Ame en dehors et du dehors; ils disent qu'un terme anqne' ne correspond aucun objet sensible, ne signifie rien. C'est le comble de l'absurdité de substituer des idées abstraites au sentiment intérieur; ce sentiment est supérieur A toute évidence d'idées possibles.

Pour connaître A fond deux substances, il faut les comparer. Nous connaissons notre Aine par le sentiment de ses opérations et la matière par ses qualités sensibles; les opérations de l'Ame font sentir, penser, réfléchir, vouloir, mouvoir le corps : voyou si la matière en est capable.

IU. La matière est incapable de sensation. Il est

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damner à la mort, Dieu lui promet un rédempteur. En quoi celte promesse pouvait-elle l'intéresser, si elle ne devait pas être accomplie pendant sa vie, et s'il devait mourir tout entier? Dieu dit à Caïu : « Si tu fais » bien, n'en recevras-tu pas la récom- » pense? Mais si lu fais mal, ton pé- » ché s'élèvera contre toi. » Gen., c. 4, y 7. pependant Abel, loin de recevoir la récompense de ses vertus en ce monde, a péri par une mort violente et prématurée. Dieu, qui faisait alors la fonction de législateur et de juge, a-t-il pu le permettre, s'it n'y a ni récompenses à espérer, ni châtiments à craindre après la mort.

Abraham entend de la buuche de Dieu ces paroles consolantes : « Je se- » rai moi-même ta grande récompen- » se. » Gen., c. 15, f 1. Elle était bien faible, si elle devait se borner à la vie présente. Que faisaient à ce patriarche les bénédictions que Dieu lui promettait de répandre sur sa postérité? Abraham achète une caverne pour servir de tombeau à Sara son

épouse; il la laisse pour héritage à ses enfants. Jacob veut y être enterré et dormir avec ses pères. Gen., c. 47, f 30. La mort ne peut être censée un sommeil, qu'autant qu'il y a un réveil à espérer, Ce patriarche, près de mourir, assemble ses enfants :

» Je meurs, dit-il ; enterrez-moi dans » le tombeau d'Abraham et d'Isaac ; »

et s'adressant à Dieu, il ajoute :

« J'attends de vous, Seigneur, ma dé- » livrance et mon salut. »Gen., c.48, f 21; c. 49, f 18 et 29. Il n'était point question là de la guérison; Jacob savait bien qu'il ne rélèverait pas de sa maladie.

Joseph son fils, dans la même circonstance, dit à ses frères : « Après » ma mort, Dieu vous conduira dans » la terre qu'il a promise à nos pères » Abraham, Isaac et Jacob Transportez mes os avec vous. » c. 50, f 23. Cet ordre fut exécuté. Exod., c. 13, f 19. Si on nous demande où est gravé le dogme de l'immortalité, nous répondrons hardiment : Sur le tombeau des patriarches.

démontré que l'être sensitif est un être simple : or, la matière n'est point un être simple; donc l'être se sitif n'est punit matière.

Un être privativeaient affecté de sensations bornées à lui, et qui ne sont senties que par lui, est réellement distingué de tout outre être sensitif. Un être qui se sent soi-même ne peut se sentir hors de ini-mèuie; il ne peut se sentir dans un antre, il n'y a que lui qui puisse se senti: : donc chaque être sensitif et simple est réellement distingué de tout autre être sensitif.

Vous êtes assuré que vous ignorez ce que je sens, et je suis assuré aussi qnej'iguore ce que vous •entez ; nous connaissons donc arec certitude que nous sentons séparément, que votre sensation n'est pas la mienne, que votre être sensitif et le mien sont réellement et individuellement distincts l'un de l'autre.

Nous pouvons, il est vrai, nous communiquer nos sentiments et nos pensées par des paroles et par d'autres signes convenus; mais il n'y a aucune liaison nécessaire entro ces signes et ces sensations; l'on peut s'en servir également pour mentir et pour dire la vérité. Nous n'y avons recours que parce que nous savon que nos sensations sont incommunicables par elles-mêmes; l'usage de ces siguesest un aveu continuel de l'incommunicabilité de nos sensations et de l'individualité de nos ûmes.

Puisque l'être sei.sitif est nécessairement simple, il s'ensuit qu'on ne peut supposer un assemblage d'êtres qui aient la faculté de sentir, sans recounaitro qu'ils l'ont chacun en particulier, et que chacun d'eux doit sentir à part; que leurs sensations ne peuvent par elles-mêmes se communiquer de l'un a l'autre. Il s'ensuit qu un tout composé" de parties sensitives ne peut pas former une âme ou un fttre aensitif individuel, parce que chacune de ses

Parti' s sentirait privativement et séparément de autre. Il ne pourrait donc y avoir entre elles aucune réunion ni combinaison intime d'idées ; l'idée de chacune d'elles sprait inconnue aux a (très.

Il est donc évident qu'une portion de matière organisée, composée de parues réellement distinctes, placées les unes hors des antres, quoique rontiguës, ne peut pas former une àme ou un principe sensitif : or, toute matièru est composée de parties réellement distinctes; donc les êtres sensitfs individuels De peuvent être des substances matérielles.

Dans une armée de vingt mille hommes, chaque soldat sent son existence individuelle : mais il est impossible que, de tous ces sentiment* particuliers et incjmmuuicables, il résulte un sentiment général par lequel toute l'armée se seute exister comme armée, ait la conscience des sensations de chaque soldat ; donc dans un composé de matières quelconque, quand même chaque, atome sentirait sa propre existence, il serait impossible qu'en vertu ue ces sentiments individuels, le tout on le composé se sentit exister, eût la conscience des sensations de chaque atome; donc le seutiment que j'ai de mon existence individuelle et des sen-ations qui affectent chacun de mes organes, o'est point et ue peut être le résultat du sentiment de plusieurs atomes de matière. Voilà une démonstration à laquelle les matérialistes n'ont jamais essayé de répondre.

IV. Je puis, an même instaut, éprouver plusieurs sensations différentes ; je sens tout ù la fois la chaleur du feu, l'odeur t la saveur d'un fruit, le plaisir de la musique, la beauté d'un tableau ou d'un fiaysage ; je juge laquelle de ces sensations m'est a plus agréable, je la ch ûsis et la préfère : il y a donc u i moi indivisible qui reçoit au même moment ces diflêreutes alfections. Puisque toute matière organisée est étendue et divisible, U est impossible

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Job, réduit au comble du malheur, ne perd point courage ; il dit : « Quand » Dieum'ôterait la vie, j'espérerais en- » coreenlui, » c. 13, f 15. «Lesleviers » de ma bière porteront mon espé- » rance ; elle reposera avec moi dans » la poussière du tombeau, » c. 16, ? 17. Hebr. Sur ce sujet, Salomon dit dans les Proverbes, c. 14, f 32, que le juste espère même dans sa mort. Que peut-il espérer, s'il meurt pour toujours?

Il est incontestable que les Egyptiens croyaient non-seulement à l'immortalité de Yâme, mais encore à la résurrection future; c'est pour cela qu'ils embaumaient les corps. Les Israélites ont demeuré plus de deux cents ans parmi les Egyptiens, et ils ont imité leur coutume d'embaumer; serait-il possible qu'ils n'eussent pas adopté la même croyance, si déjà ils ne l'avaient pas eue par la tradition de leurs pères? Mais nous en avons des preuves trop positives pour pouvoir en douter.

l.° Moïse leur défend d'interroger

les morts, pour apprendre d'eux les choses cachées, comme faisaient les Chananéens. Deut., c. 18, f H Malgré la défense, cette superstition fut pratiquée. Saùl fit évoquer par une pythonisse l'âme de Samuel, qui lui dit : « Demain vous et vos fils serez » avec moi. » I Reg., c . 28, t H Isaïe parle encore de cet abus, c 8* f 19; c. 65, t 4- Il n'aurait pas" eu lieu chez une nation persuadée crue les morts ne subsistent plus. C est pour cela même que tout homme qui avait touché un mort était censé impur.

2° En offrant à Dieu les prémices des fruits de la terre, un Israélite était oblige de protester qu'il n'en avait rien employé à un usage impur etqu'il n'en avait rien donné au mort. Deut., c. 26, f 1 3. L'usage de faire des offrandes aux mânes, ou aux âmes des morts de se couper les cheveux et la barbe et de les mettre dans leur cercueil de répandre du sang à leur honneur!

suppose évidemment la croyance de l'immortalité de l'âme; toutes ces

que le moi soit matière. La même particule de mon cerceau n'a pu recevoir au même instant cinq mouvements divers, encore moins les comparer et en juger. Bayl", après avoir pesé la force de ce raisonnement, ne craint point de conclure ainsi : On peut dire, sans hyperbole, que c'est nno démonstration aussi assurée que celles de géométrie. [Nouvelles de la républ. des lettres, août 1864, art. 6. p. 110.)

De même je puis sentir, au même instant, de la douleur dans les différentes parties de mon corps, distinguer et comparer ces divers sentiments simultanés, juger quel est le plus vif et le plus incommode; est-ce un atome indivisible de matière qui est mu en quatre ou cinq directions différentes, ou plusieurs atomes tiraillés chacun de son côté? La première supposition est impossible; dans la seconde, le mouveme.it ou l'ébranlement de l'atome A n'est point celui do l'atome B ; celui-ci ne peut avoir la conscience du mouvement de son voisin et la conscience de son propre mouvement : il ne peut donc les comparer m en juger. Lorsque je porte ma main i mon visage, le sentiment est double; mon visage sent ma main, et ma main sent mon visage; si une autre personne me touchait, le sentiment serait différent. Je distingue si j'applique sur mon visage un seul doigt, deux ou plusieurs ; si ces doigts sont courbés ou étondus, si l'un appuie pins fort que l'autre, etc; est-ce une molécule de matière qui se sent elle-même de plusieurs côtés, ou dans plusieurs parties différentes, qui a la conscience de cinq ou six attouchements divers ?

V. La nature de la pensée répugne par ellemême à la nature de la matière : que l'on subtilise celle-ci tant que l'on voudra, elle sera toujours étendue et divisible, les matérialistes en conviennent. La pensée, au contraire, est un acte simple,

indivisible, instantané, que l'on ne peut mesurer ni décomposer. Qui a jamais osé dire la moitié ou le quart de ma pensée, le premier ou le second instant de moi, jugement, la lenteur ou la vitesse de mon raisonnement, un morceau ou une fraction de doute, de choix, de volonté ? Penser, juger, douter, raisonner, vouloir, désirer, choisir, no sont point des actes susceptibles d'étendue, de durée ou de parties : ces actes simples peuvent-ils naître d'un principe double ou divisible ? un être composé ou étendu peut-il en être le sujet ? Selon un matérialiste célèbre, la pensée est divisible. Dans uue pêche, dit-il, j'aperçois la couleur, la rondeur, la mollesse, la fraîcheur, la pesanteur, l'odeur, la saveur : l'idée de pêcbo est composée d» ces différentes perceptions, elle est donc divisible. (Syst. de la nat., t. I, c. 8, p. 113.) Fausse conséquence. Une idée qui résulte de plusieurs idées successives n'en est pas pour cela composée. Quand j'aperçois d'abord la couleur, c'est une idée ; quand ja rem irquo la rondeur, c'est une autre idée, etc. Lorsqu'à la suite de ces idées simples, je forme l'idée complexe de pèche, les idées précédentes ne sont point des parties de celle-ci; de même que la première ne fait point partie de la seconde, ni la seconde de la troisième. Ce sont autant d'idées abstraites et distinctes. Une idée complexe n'a pas plus de partiel qu'une idée simple, l'objet est complexe ou composé, et non l'idée; c'est par métaphore que l'on, attribue à l'idée un terme qui ne convient qu'à son objet.

Un principe pensant, susceptible d'idées simple», ne saurait être lui-même composé ni divisible : une seule idée abstraite et simple est une démonstration invincible contre le matérialisme.

« Quoi I dit un déiste célèbre, je puis observer, • connaître les êtres et leurs rapports; je puis sen<

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superstitions sont défendues aux Juifs, parce qu'ils étaient enclins à y tomber. Levit., c. 19, jr- 27; Deut., c. 14, f 1 . Cela n'aurait pas été nécessaire s'ils n'avaient eu aucune notion d'une autre vie.

3° Le prophète Balaam dit, Num., c. 23, f 10 : « Que mon âme meure » de la mort des justes, et que mes » derniers moments soient sembla- » blés aux leurs. » Quelle différence peut-il y avoir entre la mort des justes et celle des pécheurs, s'il n'y a rien à espérer ni à craindre après la mort. Les premiers, sans doute, sont tranquilles et n'ont point de remords ; et pourquoi les seconds en auraientils, si tout finit avec cette vie?

4° Pour avertir Moïse de sa mort prochaine, Dieu lui dit : « Tu dormi- » ras avec tes pères. » Deut., c. 31, » ^r 16. a Monte sur la montagne de » Nébo ; tu y seras réuni à tes pro- » ches, comme ton frère Aaron est » mort sur la montagne de Hor, et » a été réuni à son peuple. » Deut., c. 32, f 49. Mais les parents de Moïse

■ tir ce que c'est qu'ordre, beauté, vertu; je puis

■ contempler l'univers, m'élever à la main qui le » gouvernejje pnisaimerle Lien, le faire, et je me • comparerais aux bêtes? urne abjecte, c'est la triste s philosophie qui te rend semblable a elles, ou plutôt » tn veux en vain t'avilir; ton génie dépose contre » teB principes, ton cœur bienfaisant dément ta » doctrine, et l'abus môme de tes facultés prouve i leur excellence en dépit de toi. » [Emile, t. III. » p. 60.) vi,

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