AMES
„„ A ^ EN ' mot hébreu, usité dans 1 Eglise à la fin de toutes les prières solennelles, dont il est la conclusion ; il signifie fiât, ainsi soit-il. Les rêveries des cabalistes sur ce terme ne méritent pas de nous occuper. Le mot amen se trouvait dans la langue hébraïque, avant qu'ily eût au monde ni cabale ni cabalistes, Deut.. c. 27 f 15. '
La racine du mot amen est le verbe aman, lequel au passif signifie être vrai, fidèle, consiant, etc. On en a fait une espèce d'adverbe affirmatif, qui, placé à la fin d'une phrase ou d'une proposition, signifie qu'ony acquiesce, qu'elle est vraie, qu'on en souhaite l'accomplissement, etc. Ainsi dans le passage que nous venons de citer du Deutéronome, Moïse ordonnait aux lévites de crier à haute voix au peuple : Maudit celui qui taille ou jette en fonte aucune image, etc., et le peuple devait répondre amen ; c'està-dire, oui, qu'il le soit, je le souhaite, j'y consens. Mais au commencement d'une phrase, comme il se trouve dans plusieurs passages du nouveau Testament, il signifie vraiment, véritablement ; quand il est répété deux fois, comme il l'est toujours dans saint Jean, il a l'effet d'un superlatif, conformément au génie de la langue hébraïque et des deux langues dont elle est la mère, la chaldaïque et la syriaque. C'est en ce sens qu'on doit entendre ces paroles : amen, amen, dico vobis. Les évangélistes ont conservé le mot hébreu amen, dans leur grec, excepté saint Luc, qui l'exprime quelquefois par àXï|Gûç, véritablement, ou val, certainement. Bergier.
AMÉRICAINS, AMÉRIQUE. Quelques incrédules avaient soutenu qu'il était impossible de concevoircommenf l'Amérique s'est peuplée après le déluge ; d'où ils concluaient que ce fléau n'a pas été universel, et qu'il n'a pas submergé cette partie du monde.
Mais, depuis les nouvelles découvertes qui ont été faites par les navigateurs, il est démontré que depuis le
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nord-est de la Tartarie le passage en Amérique n'est ni long ni difficile.
La ressemblance que l'on a remarquée entre les habitants de ces deux continents achève de nous convaincre qu'ils ont une origine commune, que les Américains septentrionaux sont venus des extrémités orientales de l'Asie. M. de Guignes, dans son Histoire des Huns, a prouvé qu'au cinquième siècle les Chinois ont commercé avec l'Amérique, etl'on a trouvé des débris de vaisseaux chinois et japonais sur* les côtes de la Californie et de la mer du Sud. Au dixième siècle, les Norwégiens découvrirent l'Amérique septentrionale, et y envoyèrent une colonie qui fut oubliée dans les siècles suivants : ce qui arriva pour lors a pu se faire de même dans les siècles précédents.
L'auteur des Etudes de la Nature, tome 2, p. 621, a rassemblé plusieurs observations qui concourent à prouver que la population de l'Amérique méridionale s'est faite par les îles de la mer de Sud ; que les habitants des extrémités méridionales de l'Asie ont pu, d'ile en île, pénétrer aisément en Amérique. Les Noirs que l'on y a trouvés en petit nombre ne sont donc pas indigènes ; ils y ont été transportés par hasard ou autrement des côtes méridionales de l'Afrique.
La question de la population de l'Amérique n'est plus une difficulté parmi les savants ; lorsque les incrédules affectent de la renouveler, ils ne font pas honneur à leur érudition (1).
Ils n'ont pas parlé avec plus de prudence des missions qui ont été faites dans cette partie du monde, et des effets qui en ont résulté. De nos jours on a peint ces missions sous les couleurs lesplus noires ; on a soutenu et l'on a essayé de prouver que le fanatisme ou le zèle aveugle de la religion a été la vraie causedes cruautés que les Espagnols ont excercées sur les Indiens ; que douze ou quinze millions d'Américains ont été égorgés, le crucifix à la main, pour établir le christianisme en Amérique.
Pour réfuter complètement cette calomnie, il suffit d'établir un certain nombre de faits incontestables, et tous avoués par les écrivains mêmes qui l'ont avancée.
1° Il est constant que les premiers Espagnols qui ont découvert l'Amérique, et ont commencé à y pénétrer, étaient la lie de leur nation, des aventuriers, des criminels échappés des prisons, des scélérats qui avaient mérité le supplice ; ils étaient conduits au delà des mers par la soif de l'or, par l'attrait du brigandage, par l'espoir de l'impunité. Il est absurde d'attribuer à de pareils hommes un zèle bien ou mal réglé ; la plupart n'avaient pas plus de religion que de mœurs. Quelques moines qui les suivirent en qualité d'aumôniers de vaisseaux, n'étaient ni assez puissants, ni assez habilespour réprimer la cruauté de ces malfaiteurs.
2° Après avoir exercé leur caractère féroce sur les Américains, les Espagnols ont fini par se faire la guerre,
Mil!
(I) a M. de Guignes, Mémoires de V Académie des Inscriptions, etc., a solidement répondu à l'objection, dans une di-seï tuton qui a pour titre : ftecherches sur les navigations des ChinoU ducoté de l'Amérique. « et illustre savaot qui, par son érudition dans les langues orientales, a si fort Étendu dob conna -sances histor ques, a indiqué dans cet ouvrage plusieurs manières dont l'Amérique a pu être peuplée pur les nations de notre continent; et il en a si bien pr <uvé la possibilité, et même pour quelques unes la facilité, qu'il ne doit rester aucune difficulté sur ce sujet pour ceux qui cherchent la vérité de bonne foi. Nous ajouterons à ces preuves, déjà si solides, une observation qui leur donne une nouvelle foi ce, et qui n'a pu être connue de cet habile aca iémicien, parce qu'elle n'avait pas encore été faite lorsqu'il écrivait. Kracheninnikoto a démontré que le conti eut de V Amérique tenait autrefois à l'Asie par le Kamtschatka. Voici la cote que l'éditeur fait sur ces paroles de non discours préliminaire.
• Suivant le récit de ce savant étranger, le con- ■ tlnentde l'Amérique s'èteud du sud-ouest au nord-
> est, presque partout à une éirale distance des côtes i du Kauitschatka, et les deux cô es semblent pa- » rallêles, surtout depuis la pointe des Kowriles, » jusqu'au cap de TVhouko sa. Il n'y a que deux b degrés et demi entre ce dernier cap et le rivage » de l'Amérique correspondant. On voit, par l'as- • pect des côtes, qu'elles ont été séparées avec.
> violence, et les lies qui sont entre deux forment s une espèce de diurne comme les Maldiv ■«. Les b habitants de l'Amérique correspondant à l'extré*
> mité orientale de l'Asie sont de petite taille, i basanés et peu barbus, comme les Kaintschadales,
> etc. Voyez les preuves de cette opinion dani
> l'ouvrage même de Kraclieninnikow, traduit an s second volu ne in-4o du voyage en Sibérie de i l'abbé Ciianpo. Ces preuves sont trop fortes pour î ne servir qu'a l'appui d'un système. »
s Les lions, les tigres, et les autres bètet sauvagel que las Espagnols ont trouvées dans le conti-
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par se déchirer et se dévorer les uns les autres ; ils ont traité les hommes de leur propre nation avec la même barbarie dont ils avaient usé à l'égard des Indiens. Ce n'est donc pas un zèle fanatique de religion qui a été le principe de leurs crimes.
3° Loin d'avoir envie de contribuer à la conversion de ces malheureux peuples, les conquérants ont traversé tant qu'ils ont pu les travaux des missionnaires. Ceux-ci n'avaient pas plutôt rassemblé un certain nombre d'Indiens, que les Espagnols venaient les enlever pour hs faire travailler aux mines. Ils ont donc tourmenté les Américains, non pour les obliger à se convertir, mais pour les forcer à fouiller les métaux, à découvrir leurs trésors, à fournir de l'or.
4° Le gouvernement d'Espagne a ignoré d'abord ces cruautés : loin de les autoriser par aucun ordre, il avait recommandé de traiter les Icdieus avec douceur; il fut enfin éveillé par les plaintes que Barthéleini de Las Casas, évèque de Chiapa, vint porter au nom des Américains ; l'on envoya des officiers et des magistrats en Amérique pour réprimer le brigan-
dage des Espagnols; mais le mal était fait, il n'était plus possible de le réparer.
5° Aucun tribunal ecclésiastique n'a justifié, approuvé, ni excusé la conduite des Espagnols. Lorsque le vertueux Las Casas la rendit publique et en informa sa nation, un seul docteur, nommé Sépulveda, payé parles grands qui avaient des possessions eu Amérique, osa soutenir que la violence était permise contre les Indiens. Son ouvrage fut censuré par les universités de Salamanque et d'Alcala; le conseil des Indes s'était opposé à l'impression, et le roi d'Espagne en lit saisir tous les exemplaires. Il est donc démontré que la soif insatiable de l'or, l'orgueil qui veut tout obtenir par la force, le ressentiment contre les Indiens dont on avait provoqué la cruauté, l'habitude de répandre le sang, ont été les seules causes des crimes commis eu Amérique par les Espagnols, et que le zèle fanatique de religion n'y est entré pour rien. Voyez Histoire d'Amérique, par M. Robertson.
Des voyageurs désintéressés, des militaires, des imigateurs, ont rendu
nent de l'Amérique, sont encore une preuve qu'il était anciennement contigu au nôtre; car ils n'ont trouvé aucun de ces animaux dans aucune île éloignée de la terre ferme.
s Un savant russe, professeur de l'Académie de Pétersbourg, nommé 51. de Kracht'oiuiiikow, p routant des couuais.-anies qu'il a acquises par un long séjour dans le Kamtschutka, Histoire du Komis* ckatka, tom. I, pag. 3'JS, et des observations de M. Steller qui y a aus-i demeuré ] lusîeurs années, estime que rette presqu'île de l'Asie était autrefois contîguë à l'Amérique, d'où elle a été séparée par quelque grand treu bleuient de terre. Voici les preures qu'il en apporte:
» lo Le continent Je l'Amérique s'étend du sudouest au nord-est presque partout à une égale distance des côtes du Kauiischulka, et les deux côtes semblent parallèles, surtout depuis la pointe des Kowriles jusqu'au cap de Tehoukotsa.
» îo On voit par l'aspect des côtes qu'elles ont été séparées avec violence, et les lies qui sont entre deux forment uue espèce de chaîne comme les Maldives. Les tremblements de terre sont trèsfréquents dans le Kuiutschatka.
» 3» Quantité de caps s'avancent dans la mer jusqu'à l'espa' e de quinze lieues.
» 4° Les habitants do l'Amérique correspondant à l'extrémité orientale de l'Asie, qui est vis-à-vis îe Kamtsi'hatka, res^euibent aux Kaintseli adules. ïls sont épais, trapus et robustes; il* ont les épaules larges; leur taille est moyenne; leurs cheveux sont ooira et pendants, ils les portent épars; leur visage e. ■ t plat et basane ; leurs uez sont écrasés su us être
fort larges ; ils ont les y,Jx noirs comme du charbon, les lèvres épaisses, peu de barbe et le cou court. Ils se nourrissent de poissons, de botes marines et d'herbe douce, qu'ils apprêtent comme les Kamtsehatdales. Ils regardent comme un ornement particulier de se faire des trous dans les joues et d'y mettre des pierres de différentes couleurs ou des morceaux d'ivoire. Quelques-uns se mettent dans les narines des crayons d'ardoise delà longueur d'environ deux verchoks; quelques autres portent des os d'une égale grandeur sous la lèvre inférieure ; il y eu a qui en | ortent de semblables sur leur front; les naturels des îles qui sont aux environs du cap Tchoukotsa, et qui ont coin uiu mention avec ks Tehutiklehi, sont vraisemh'ahlement de la mémo oiigioe que ces peuples de l'Amérique, puisqu'ils regardent an si comme un ornement de se mettre des os au visage.
» Jjo Les Américains et les Kamtscbadales ont les osâmes traits de ■ is&ge.
s 6° Ils gardent et préparent l'herbe douce de la môme manière, ce que l'on n'a jamais remorqué ailleurs.
s 7° Ils se servent les uns et les autres du môme instrument de I ois pour allumer du feu.
» 8o Leurs haches sont de cailloux ou d'os : ce qui fait croire avec juste raisou à M. Steller que les Américains ont eu autrefois comunmicatiou avec les Kuintbuhadales. .
« 9o Leurs habits et leurs chapeaux sont fait* Comme ceux des Kamtscbadales.
a lûo Us teignent, de môme que les K.amtsehadales, leur peau avec de l'êcorce d'aune.
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justice dans plusieurs ouvrages aux travaux, à la sagesse, au zèle pur et véritable de ceux qui ont établi les missions de la Californie, du Paraguay, des Moxes, des Chiquites, du Brésil, du Pérou : les calomnies des ; protestants et des incrédules, qui les ont copiées, ne feront pas oublier l'éloge qu'en a fait l'auteur de l'JGsprit des Lois, 1. iv, c. 6. Il est fâcheux que la révolution arrivée eu Europe, qui a rappelé les missionnaires, ait entraîné la chute de la plupart de ces établissements aussi honorables à l'humanité qu'à la religion.
Mosheim, quoique luthérien, avait parlé des missions faites par les jésuites dans l'intérieur de l'Amérique.
avec une certaine modération ; il avait même applaudi au moyen que ces missionnaires employaient pour convertir les Sauvages. Rien, selon lui, n'était plus sage que de commencer par les civiliser avantde les instruire, et que d'en faire des hommes avant de vouloir en faire des chrétiens. Il avait cependant cherché à empoisonner le motif des missionnaires, en disant que ces prétendus apôtres avaient moins pour but la propagation du christianisme, que le désir àe satisfaire leur avarice insatiable
s * Toutes ces preuves réunies semblent ne pa laisser lieu de douter que le Kamtchatka n'ait été anciennement contigu à l'Amérique, et que les Américains qui sont vis-à-vis le Kamt-cllalka ne soient une colonie de Kaint6cbada!es, en supposant même que le continent de l'Amérique n'ait jamais été joint à celui do l'Asie. Ces deux parties du monde sont si voisines, que personne ne disconviendra qu'il ne soit très-possible que les habitants de l'Asie soient passés en Amérique pour s'y établir; ce qui est d'autant plus vraisemblable que, dans l'espace peu étendu qui sépare ces deux continents, il se trouve une assez grande quantité d'Iles qui ont pu favoriser cette transmigrât on.
• Plusieurs parties de l'Europe out éprouvé deB révolutions semblables a celle du Kamtschalka. La Sicile a été séparée de l'Italie, l'EspHgne de l'Afrique, la Grande-Bretagne de la France, l'île de Finlande du Groenland.
» Oo a mis avec raison les tempêtes au nombre des moyens par lesquels le Nouveau Monde a pu so | peupler. 11 faut ajouter que ce ne sont pas seule- I ment les vaisseaux qui peuvent être jetés pur les I venta, des cotes d'Afrique jusqu'en Amérique, comme I l'éprouva la flotte de Cabrai, mais encore desimpies j barques, ainsi qu'il arriva a celle dont le père Gu- ! ndlla raconte l'histoiie.
« M'étant trou vé en 1 73 1 (Hisl. de l'Orénoque, 1. n,
! » c. 31), au mois de décembre, dans la ville de
I » Saint-Joseph de Oruna, capitale du gouvernement
* de la Trinité de Barlovmto, situé à douze lieues
» de l'embouchure de l'Orénoque, j'appris des ha-
et leur ambition démesurée : et il citait pour preuve les sommes prodigieuses d'or qu'ils tiraient des différentes provinces de T Amérique. Hist.
ecclés. du dix-septième siècle, sect.
1, § 19. Mais son traducteur, mécontent de cette modération, soutient que Mosheim n'était pas assez mstruit ; que depuis ce temps-là il a été prouvé que les jésuites n'avaient point d'autre dessein que de se former au Paraguay une souveraineté indépendante des cours d'Espagne et de Portugal, de dominer despotiquement sur les Indiens sous prétexte de religion; que ce sont eux qui ont armé les Indiens, et qui les ont engagés à se révolter contre l'échange que ces deux cours avaient fait entre elles d'une partie de ces colonies; que telle a été l'origine de la disgrâce que les jésuistes ont éprouvée en Espagne et en Portugal. Il cite en preuve une relation publiée par la cour de Lisbonne eu 1758. Selon lui, Montesquieu, le savant Muratori, et d'autres qui ont fait l'apologie de ces missionnaires, ont trahi la vérité, ou ils étaient mal informés.
Pour rendre.croyables les relations publiées contre la conduite des missionnaires, il aurait fallu éclaircir
x bitants qu'il était arrivé dans leur port un bateau » dû Ténêriffe cliargé de vin, lequel était conduit x par cinq ou six hommes maigres et décharnés, lesx quels ayant fait provision de pain et de viande » pour quatre jours, passaient de Ténêriffe dans b une lie des Canaries. La tempête les ayant surx pris, ils furent obligés de s'abandonner à la x fureur des vents et des flots pendant plusieurs » jours; de sorte qu'ayant consommé le peu s de v.vres qu'Us avaient [iris, ils se virent ré- » duils à boire du vin pour toute ressource. Ils ato tendaient la mort à tontmonient, lorsque, par nno b grlee spéciale du Ciel, ils découvrirent l'Ile de la » Trinité, qui est vis-à-vie de l'Orénoque : ils b rendirent grAees à Dieu de ce succès inespéré. » Ils arrivèient et prirent fond dans le port d'Es- ■ pagne, au grand étonnemeut de la garnison et î des habitauts, qni accoururent tous pour être x témoins de ce prodige.
b Que ce passugo ait été occasionné par le hasard b plutôt que par la volonté de ces panvres insui lairc*, je n'en Viux d'autres preuves que leur x déclaration, l'état misérable où ils étaient réduits, x et le passe-port de la douane de Ténêriffe, qui » marquait leur destination potu l'Ile de Palme ou » celle de Gomère qui appurtient aux Canaries, x Ce fait ainsi attesté, qui pourra nier que ce qui x s'est pa-sé de nos jours ne puisse être urrivé dans x les siècles passés, vu que c-s faits sont attestés b par des auteurs classiques? u Bullet, lîépnnses critiques, t. II, pag. 5i, édit. de Besançon, 1819.
Gousset.
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Îilusieurs doutes qu'elles ont naturelement fait naître ; nous les proposons avec d'autant plus de confiance, que nous en avons puisé la plupart dans l'ouvrage d'un militaire que l'on ne peut pas accuser de prévention, soit en faveur de la religion catholique, soit à l'égard des missionnaires et des missions. De l'Amérique et des Américains, par le philosophe Ladouceur, Berlin, 1771.
1° Il est difficile de comprendre comment des jésuites allemands avaient le courage de se dévouer aux missions de l'Amérique, par l'attrait d'y établir une souveraineté temporelle de laquelle ils ne jouissaient pas, et dont tout l'avantage revenait à leur ordre ou à leur société en Europe.
Car enlin on ne les accuse pas d'avoir eu au Paraguay, ou ailleurs, un train de souverains, d'y avoir étalé le faste, la magnificence, les commodités de la vie, et les plaisirs d'une cour européenne ou asiatique. Ils y étaient pasteurs, catéchistes, pères spirituels et temporels des Indiens ; ils supportaient tous les travaux du ministère ecclésiastique ; souvent ils s'exposaient à être massacrés par les nouveaux Sauvages qu'ils voulaient apprivoiser. On n'en a vu aucun revenir en Europe, pour y jouir de la récompense que la société devait accorder par reconnaissance à ceux de ses membres qui la rendaient souveraine en Amérique. Les officiers de la compagnie anglaise des Indes, après avoir exercé en son nom la souveraineté sur les bords du Gange, se sont empressés de venir dépenser en Angleterre le fruit de leurs concussions ; pas un seul jésuite n'a rapporté en Allemagne, ou ailleurs, la moindre partie des monceaux d'or qu'il avait amassés en Amérique pour le compte de la société. Ou ces missionnaires étaient conduits par des motifs de religion, ou c'étaient les plus vrais insensés qu'il y eût au monde.
2° Si leur gouvernement était absolu, dur et tyrannique, comment les Sauvages, originairement accoutumés à l'indépendance, consentaient-ils à le supporter? Comment ne désertaient-ils pas, comme fout les Nègres marrons rebutés de l'esclavage, pour
retourner dans les forêts î Les mis sionnaires n'avaient pas à leurs ordres une armée d'Européens, pour retenir les Indiens sous le joug malgré eux.
Si au contraire ce gouvernement était doux et paternel, nous ne voyons plus quel crime commettaient les missionnaires, en tirant les Indiens de l'état sauvage pour leur faire goûter les a^ antages de la société civile, et en les amenant par ce bienfait au christianisme. Il n'est défendu nulle part aux prédicateurs de l'Evangile de réunir, quand ils le peuvent, le bien temporel d'un peuple à son salut éternel.
3° On ne prouve point le droit qu'avaient les rois d'Espagne et de Portugal d'assujettir à leurs lois des peuplades d'Indiens originairement indépendants, de les échanger et d'en disposer comme d'un troupeau de bétail ; on ne dit point pourquoi des jésuites allemands étaient obligés en conscience de soumettre à l'un ou à l'autre de ces rois, les Sauvages qu'ils avaient civilisés, et quin'avaient reçu de Madrid ni de Lisbonne aucun secours, aucun bienfait, aucune marque de protection. La manière dont ces souverains ont traité leurs sujets, dans cette partie du monde, étaitelle propre à exciter l'ambition de leur appartenir ? En supposant même que ce sont les jésuites qui ont armé les Indiens, et les ont excités à défendre leur liberté, nous ne voyons pas encore en quoi ils se sont rendus coupables de sédition, de révolte, de trahison. Ou il faut accuser de ce crime les peuples des Etats-Unis de l'Amérique, ou il faut en absoudre les Indiens du Paraguay ; la cause de ceux-ci est même plus favorable, puisque jamais ils n'ont été sujets de l'Espagne ni du Portugal.
4° Puisque les jésuites, selon l'opinion de leurs accusateurs, ont toujours été aveuglément soumis et dévoués à la cour de Rome, nous ignorons pourquoi celles de Lisbonne et de Madrid, mécontentes de. ces missionnaires, n'ont pas porté d'abord leurs plaintes au pape, et n'en ont pas obtenu un ordre positif qui enjoignit à ces derniers de soumettre leurs nouvelles peuplades à la domination de
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l'un on de l'autre de ces rois. Ce parti n'eût-il pas été plus sage que de mettre des armées en campagne, et de dis-iper le troupeau en lui ôtant ses pasteurs? On sait que le mémoire, publiéen 1758parIacour de Lisbonne, fut l'ouvrage du marquis de Pombal, despote le plus absolu qui fut jamais, et dont la mémoire est aujourd'hui en exécration. Cette pièce n'est pas assez respectable pour opérer la condamnation des accusés, sans autre preuve.
5° Une nouvelle énigme à expliquer est la conduite des missionnaires. Ils ont armé les Indiens pour la défense de leur liberté naturelle; mais ils n'ont pas eu recours aux armes pour se maintenir en possession de leur prétendue souveraineté ; ils ont obéi sans résistance au premier ordre qui leur a été donné de quitter leurs missions; ils sont revenus en Europe, où ils étaient bien sûrs d'être maltraités, comme ils l'ont été en effet. Puisqueon leur suppose des trésors, s'ils avaient gagné lescolonies anglaises, qu'auraiton pu leur faire?
6° Nous ne demandons pas où sont aujourd'hui ces monceaux d'or que les jésuites tiraient de l'Amérique, ce qu'ils sont devenus, comment ils ont disparu; mais s'il est vrai, comme on l'assure, que les Indiens, désolés d'être privés de leurs pasteurs, se sont séparés et sont retournés dans leurs forêts; nous demandons ce qu'ont gagné les deux puissances qui ont fait cette destruction, et quel avantage elles peuvent tirer d'un pays désert, dont les habitants ont mieux aimé redevenir sauvages que de subir leur joug?
Que des protestants et des incrédules applaudissent à cette brillante expédition, nous n'en sommes pas étonnés : c'est un effet de leur fureur antichrétienne; mais lorsque des hommes, qui affectent du zèle pour la religion, semblent se réjouir de la destruction de plusieursmissions trèsnombreuses, on est tenté de leur demander s'ils croient en Dieu.
Disons-le hardiment : il n'est que trop prouvé par l'événement que les accusations formées contre les fondateurs de ces missions sont de pures
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visions et des calomnies ; l'on sent à présent la faute énorme que l'on a faite en y prêtant l'oreille : mais le mal est fait, et il ne sera pas réparé. Voyez Jésuites, Missions. Bergier.
Depuis l'époque dont parle ici Bergier, les deux Amériques se sont constituées en gouvernements réguliers qui sont presque tous des républiques ; et partout se font grandement sentir, se développent même, les heureux résultats des anciennes missions. C'est le Christianisme qui règne à peu près partout; une multitude d'évêchés se sont fondés en communion avec le Saint-Siège et fonctionnent bien. Dans l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, on est exclusivement catholique; dans l'Amérique du Nord, sous le régime de liberté absolue, les sectes sont nombreuses, mais les catholiques aussi. On comptait, il y a une trentaine d'années, vingt-tro is sectes principales, dont les noms suivent : les épiscopaux; les puritains, indépendants et presbytériens ; les congrégationalistes ; les méthodistes ; lesbaptistes; les quakers; les moraves; les unitariens ou sociniens ; les mennonites ; les swedenborgiens ; les bethléhémites ; les sianites; les bryanites; les ranters; les latitudinaires ; les plongeurs ; les tabernaculistes ; les chrétiens bibliques ; les universalistes ; les cambters; les shakers ; les mormons ou saints des derniers jours ; et les oivenistes. Quant aux catholiques, ils ont leurs églises et de nombreux évèchés ; ils formaient, en 1850, un dixième environ de la population totale des Etats-Unis et leur nombre s'augmentait chaque année, d'après une déclaration du concile de Baltimore, d'environ 250, 000, par les immigrations principalement.
Le Noir.
AMÉRIQUE (découverte de 1') , (Théol. tnixt. scien. histor. etgéograph.). — V.
Christophe Colomb.
AMÉRIQUEfEglisesd').fï7i<!oZ. hist eglis.) — V. Américains.
AMITIÉ. Plusieurs de nos moralistes incrédules ont enseigné qu'il n'y a point à' amitié désintéressée; que Yamitié ne fait que des échanges ; qu'il
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est impossible d'aimer quelqu'un, à moins que l'on n'en espère quelque avantage. Ils ont consulté sans doute leur propre cœur ; et comme ils se sont sentis incapables d'un sentiment d amitié pure, ils ont conclu qu'il en est de même de tous les hommes.
Jésus-Christ, qui connaissait mieux qu eux l'humanité, nous a prêché une morale très-opposée à la leur : « Si » vous n'aimez, dit-il, que ceux qui » vous aiment, quelle récompense » aurez-vous? les publicains en font » autant. » Matth., c. 5, f 46. Il se donne lui-même pour exemple d'une amitié parfaite : « Personne, dit-il, » ne peut témoigner un plus grand » amour qne celui qui donne sa vie » pour ses amis. » Joan., c. 13, y 13.
Dans ce cas, il ne peut y avoir aucun lieu à l'intérêt.
Quelques censeurs se sont plaints de ce que l'Evangile ne recommande pas l'amitié. Ils devaient faire attention que c'est un sentiment naturel qui ne se commande point; les lois prescriraient vainement à un homme d'avoir des amis, s'il n'a pas reçu de la nature les qualités propres à lui gagner l'affection de ses semblables.
Mais l'Evangile nous commande certainement toutes les vertus capables de nous concilier l'amitié de ceux avec lesquels nous vivons : la charité, la douceur, l'indulgence pnnrles défauts d autrui, la commisération pour ceux qui souffrent, l'empressement à faire du bien à tous, l'oubli des injures, 1 amour même des ennemis. Un chrétien, doué de toutes ces qualités, pourrait-il ne pas avoir des amis ? Jésus- Christ en a eu plusieurs; Lazare et ses sœurs étaient de ce nombre ; il a eu une affection particulière pour saint Jean ; cet apôtre se nomme luimême le disciple que Jésus aimait; souvent le Sauveur appelle ses disciples ses amis. Luc, c. 12, y 4. Il dit à ses auditeurs : « Faites-vous des amis » avec les richesses périssables de ce » monde, » c. 16, y 9. Il ne s'est donc pas borné à nous montrer, par ses paroles et par ses exemples, que l'amitié est un sentiment louable ; mais ù nous a appris à la sanctifier, à la fonder sur sa vraie base, sur la vertu.
Beugieil
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AMMIEN MARCELUN, (tkéol. hist.
btog. et bibliog.)— Cet historien païen, grec d origine, vivait encore dans le commencement du v 8 siècle. Il laissa xxxi livres qui reprenaient l'histoire ou 1 avait laissée Tacite, c'est-à-dire à 1 année 9 1 , et la conduisait jusqu'à l'an»
née 378 (mort de Valence.) Les treize premiers livressont malheureusement perdus, mais il nous reste les dix-huit derniers qui comprennent l'histoire de 352 à 378. C'est un historien empreint de la plus grande impartialité :
voici ce qu'en dit M. Fritz :
« Son ouvrage est demeuré la source principale de l'histoire de cette époque, dont il avait vu lui-même les événements et auxquels il avait pris part. Voulant de plus donner des preuves de son érudition, il ajoute, au récit des faits qu'il avait observés, toutes sortes de notices soit géographiques, soit économiques, qu'il avait recueillies sur la Germanie. Quoique ces digressions soient contraires aux règles que suivent les modernes en écrivant l'histoire, elles sont d'un haut intérêt, surtout pour les Allemands. Ce qui distingue Ammien comme historiographe, c'est son sévère amour de la vérité, son impartialité, son jugement sain, qualités qui ont obligé Gibbon lui-même à le citer avec éloge. La modération avec laquelle il parle des Chrétiens et de leur religion a fait admettre par plusieurs auteurs, entre autres par Mosheim, qu'il était Chrétien; mais cette opinion, dénuée de toute espèce de preuve historique, contredite par diverses circonstances, est généralement abandonnée. Il est certain qu'Ammien loue les Chrétiens et blâme les païens, mais le contraire est également vrai, et l'impartialité lui en faisait une loi. Quant à la forme et au style, le jugement que nous portons sur Ammien est moins favorable. Mais si, sans être un littérateur de profession, on s'aperçoit facilement de la dureté de son style, de la crudité de ses expressions, il ne faut pas oublier qu'Ammien était Grec d'origine et qu'il vivait en un temps où la langue latine était déjà bien déchue. »
LeNoie.
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AMMON. AMMONITES. Ammon, né de l'inceste de Lot avec sa fille puînée, a été la tige des Ammonites, peuple placé à l'orient de la Palestine. Certains critiques ont écrit que Moïse avait inventé cette origine obscure des Ammonites, afin de persuader à son peuple qu'il pouvait sans scrupule s'emparer de leur pays. Voyez Lot.
Au contraire, Moïse déclare aux Israélites que Dieu ne leur donnera pas un seul pouce du terrain possédé par les Ammonites, par les Moabites, ni par les descendants d'Esaû; il leur défend d'y toucher, parce que c'est Dieu qui a placé ces peuples sur le sol qu'ils occupent, comme il veut établir le sien dans le pays des Chananéens. Deut., c. 2, y S et suiv. Trois cents ans après, JepMé, bien instruit des intentions de Moïse, soutient aux Ammonites que les Hébreux ne leur ont pas enlevé un seul coin de terre, non plus qu'aux Moabites. Jud., cil, f 15. Lorsque Moïse décide que ces deux peuples n'entreront jamais dans l'Eglise du Seigneur, il n'ailègue point leur origine, mais le refus qu'ils ont fait de laisser passer les Israélites sur leurs frontières en sortant de l'Egypte.
Deut., c. 23, f 3. Il ne parle de cette origine que pour rendre raison à son peuple de la défense qu'il lui fait de la part de Dieu ; il n'avait pas tort de regarder les Ammonites comme des ennemis irréconciliables, ils le furent en effet. Lorsque David les vainquit et les subjugua, ils avaient provoqué la guerre par une insulte faite à ses ambassadeurs. Il Reg., c. 10 et suiv.
Et e'est mal à propos que l'on accuse ce roi d'avoir traité ce peuple avec cruauté. Voyez David. Bergieb.
AMMONITES. (Théol. mixt. scien.
paléontol.) — Les ammonites sont des coquilles fossiles qui ressemblent à des cornes de bélier ou d' ammon. Ces coquilles sont très-antiques, sans être pourtant les plus anciennes ; elles remontent jusqu'au temps des premières flores : (terrains secondaires.) Si Moïse n'en fait pas mention dans son tableau des six époques de la création, c'est qu'elles ne formèrent point une des exubérances capitales de la vie animale sur la terre, qu'elles ne se
développèrent qu'inaperçues au fond des eaux, qu'eniin elles ne furent pas un des traits principaux de la création, primitive, traits auxquels l'historien sacré entend se limiter. Le Nom.
AMMONIUS, (théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce philosophe, célèbre professeur de l'école d'Alexandrie au m° siècle, fut surnommé Saccas parce qu'il avait, àce qu'il paraît, commencé 1 par gagner sa vie à porter des sacs de farine dans les ports de mer. Ses parents, qui étaient chrétiens et habitaient Alexandrie, rélevèrent, au rapport d'Eusèbe et de Porphyre, dans la religion nouvelle. On cite parmi les élèves qu'il attira à ses leçons après qu'il eût fondé son école publique, Héraclas, Origène, Adamantius, un autre Origène, Plotin, Longin, Hérennius, Olympius d'Alexandrie. L'àme de sa philosophie consistait dans un système arrêté d'établir l'harmonie entre Platon et Aristote ; il fut le père de ce qu'on a appelé la philosophie néo-platonicienne, et il soutenait que cette philosophie n'était autre qu'un sommaire de toutes les vérités et de toutes les religions, y compris le Christianisme. Le paganisme et la religion chrétienne n'étaient pour lui que des formes diverses d'une même vérité. Porphyre prétend que, quand il s'adonna à la philosophie , il renonça au Christianisme et retourna au culte des dieux ; mais cette assertion du païen Porphyre est accusée de mensonge par Eusèbe et par saint Jérôme qui le disent auteur d'excellents écrits dans le sens chrétien. Saint Grégoire de Nysse cite un texte d'Ammonius. Hiéroclès prétend que Saccas ne laissa point d'écrits ; pour concilier ces contradictions, on a imaginé de dire qu'il y eut deux Ammonius, l'un chrétien et l'autre païen, et tous deux d'Alexandrie et contemporains.
Les ouvragescitésd 1 Ammonius sont un traité De consensu Moj/sis et Jesu, qui n'existe plus, et une Harmonie des évangiles dans laquelle les récits de Matthieu sont pris pour base. On trouve l'harmonie des évangiles de Saccas dans une traduction-de Victor, évèque de Capoue. On en a fait une réimpression dans la Biblioth. rnaxim. Patrum,