‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 17 sur 96 · DU · texte numérisé non relu

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vie débauchée, dit M. Haas, et le soupçon qu'on eut de ses relations avec des puissances hostiles à sa patrie fia Suède) donnèrent facilement prise à ses ennemis, qui le firent emprisonner. Il resta captif pendant sept années dans l'Ile de Bornholm.

Il se rendit ensuite en Suède et y troubla de nouveau la carrière qui s'ouvrait devant lui en combattant le luthéranisme orthodoxe et officiel. 11 retourna en Allemagne, et la parcourut en tous sens.

« Dippel a laissé une masse d'écrits (à peu près soixatite-dix) dont le ton est grossier et le savoir superficiel.

Son nom est populaire parmi les Allemands ; il est synonyme de tête écerveléc. Sa personne y est complètement oubliée. On trouve un catalogue de ses ouvrages dans le Lexique historique d'Iselin, dans l'Histoire des Savants el des Ecrivains de la Hesse de Strieder. La plupart de ses écrits polémiques traitent de questions théologiques, philosophiques, de médecine el d'alchimie. Il adopta pour la plupart de ses écrits les plus agressifs le pseudonyme de Christianus Democritus. » Le Noir.

DIPTÈRES [Théol. mixt. scien. entomol.) — Les diptères forment un ordre d'insectes à deux ailes et six pieds dont nos mouches, cousins, moucherons, etc., font partie. Il y a, dan-, leur organisme, deux choses dont on n'a pu encore trouver la raison d'être ; ce sont les balanciers et les cueillerons. Nous avons parlé des balanciers (V. ce mot) que quelques naturalistes ont cru destinés à faire contrepoids aux ailes, mais qui n'ont pas encore, en réalité, leur explication; les cueillerons sont ces sortes de petites coquilles nacrées qui sont situées sous les ailes; prenez une mouche et vous les verrez aussitôt; l'usage en est absolument inconnu, quoique l'esprit des observateurs s'ingénie depuis si longtemps pour le trouver ; car, athées ou non, ils ne peuvent jamais se figurer que le petit être ait quelque chose qui lui soit inutile, et ils ne seront satisfaits que du jour où ils pourront dire de cet appareil : voilà son but, comme ils

peuvent h; dire, par exemple, du SU mil- dont la bouche de l'insecte es armée.

Les diptères ont pour rôle, dans la nature, de hâter la décomposition des matières animales dont la salubrité générale a toujours grande hâted'ètre délivrée. Mais comment de si petits insectes peuvent-ils produire un tel résultat? Linné a dit, à propos de ce problème, que « trois mouches consomment le cadavre d'un cheval aussi vite qu'un lion. » Le mystère devient de plus en plus étrange, direz-vous.

Voici le mot de l'énigme : Les diptères déposent dans les viandes une si grande quantité de larvés molles et apodes qui en sont si voraces que pendant le temps qu'un lion mettrait à se nourrir du cadavre d'un cheval, la multitude de ces larves produite par trois mouches, est assez grande pour le réduire au squelette.

On sait, d'ailleurs, que les diptères constituent la principale nourriture du plus grand nombre des oiseaux. Dieu a bien fait tout ce qu'il a fait.

Le Noir.

DIPTIQLÏES, terme grec qui signifie double, plié en deux. C'était un double catalogue, dans l'un desquels on écrivait le nom des vivants , et dans l'autre, celui des morts, dont on devait faire mention dans l'office divin. 11 répondait au mémento des vivants et an mémento des morts, qui font partie du canon de la messe. On effaçait de ce catalogue le nom de ceux qui tombaient dans l'hérésie ; c'était une espèce d'excommunication.

Il est bon de se souvenir que l'on ne récitait pas le nom des morts, uniquement pour honorer leur mémoire, mais que l'on y ajoutait des prières pour leur salut éternel ; nous le voyons par la manière dont Tertullien et saint Cyprien en parlent au troisième siècle. La prière pour les morts n'est donc pas une invention nouvelle, comme le soutiennent les protestants.

Basnage, Histoire de VEglise, I. 18, c. 10, § 1, prétend que l'Eglise des deux premiers siècles ne connaissait point les diptiques ; ce fut Hégésippe, dit-il, qui donna lieu à cet usage,

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environ l'an 170, en dressant le catalogue et la succession «les évêques des lieux dans lesquels il voyageait, particulièremenl de 'eux deCorinthe et de Home; voilà probablement ce qui donna lieu de réciter, dans la liturgie, le nom de ces évoques, et d'y joindre ensuite celui des fidèles. Si saint Jean Chrysostome a pensé que cet usage venait des apôtres, c'est i[ue, selon 1" style de son siècle, il a cru qu'une coutume établie pour lors dans toute l'Eglise était d'institution apostolique. Voilà comme, sur une simple conjecture, les protestants récusent le témoignage des auteurs les plus respectables.

Dodwel, mieux instruit, a l'ait voir, Dissert. Cyprian., 5, que l'usage des diptiques est aussi ancien que l'Eglise chrétienne, et qu'il est probablement venu des Juifs; que saint Ignace, martyr, 3 fail allusion dans plusieurs de ses lettres aussi bien que l'auteur de l'Apocalypse, cl qui' ce1 usage sert .1 nous taire prendre le vrai sens de plusieurs passages du Nouveau Tes-

tanielil .

Nous convenons avec Basnage que le style du quatrième siècle était de rapporter aux .ipôtres toutes les institutions qui étaient alors observées généralement dans l'Eglise; cela prouve, contre les protestants, que

ces rites et ces coutumes n'étaient

pas de nouvelles institutions, comme ils le prétendent ; que les pasteurs du quatrième siècle ne se sont pas crus en droit de changer à leur gré ce qui avait été pratique avant eux ; que^'on tenait déjà pour loi-, la maxime établie dans la suite par saint Augustin, 1. 4, De Bap., contra Donat., e. i\-, n. 31 : « L'on a raison de croire que » ce qui est observé par toute l'Eglise, » qui n'a point été institué par les » conciles, mais toujours pratiqué, ne » vient point d'ailleurs que de l'au- » torité des apôtres. » Ainsi, rien n'est plus frivole que l'argument sans cesse répété par les protestants : tel rit, tel usage ne se voit dans aucun monument antérieur au quatrième siècle; donc il a été établi pour lors.

Nous avouons encore à Iiasnagc que l'action de mettre le nom d'un mort dans les diptyques .n'était pas

une canonisation, niais nous n'accordons point à Dodwel que l'on récitait les noms des morts dans la liturgie, uniquement atin de rendre grâces à Dieu pour eux, et non afin de prier pour eux ; nous ferons voir le contraire à l'article Moi

Bergieb.

DIRECTEUR DE CONSCIENCE, homme que l'on suppose éclairé et vertueux, qu'un chrétien consulte sur sa conduite, dont il suit les conseils et les décisions. Comme un confesseur est censé directeur de ses pénitents, l'on confond ordinairement ces deux termes.

Sans vouloir donner des leçons à personne, nous pouvons observer combien cette fonction est, difficile et redoutable. Plus un directeur sera sage et instruit, plus il craindra de donner de fausses décisions à ceux qui le consultent, de ne pas assez connaître le caractère personnel de ceux qu'il est chargé de conduire, de ne pas observer un sage milieu entre le rigorisme outré et le relâchement.

Saint Grégoire a dit avec raison que la conduite desàniesesi l'art des arts, par conséquent, le plus difficile de tous : mais s'il fallait, pour l'exercer, qu'un homme lut exempt de tous les défauts de l'humanité, personne ne serait, assez téméraire pour s'en charger.

Cependant Dieu a voulu que les hommes fussent conduits par d'autres hommes, les pécheurs sanctifiés par des pécheurs, que les saints mêmes fussent soumis à des guides beaucoup moins vertueux qu'eus.

Bergier.,

DISCIPLE, dans l'Evangile et dans l'histoire ecclésiastique, est le nom qu'on a donné à ceux qui suivaient Jésus-Christ comme leur maître et leur docteur.

Outre les apôtres, on en compte à Jésus-Christ soixante-douze, qui est le nombre marqué dans le chapitre 10 de saint Luc. Baronius reconnaît qu'on n'en sait point les noms au vrai. Le père Riccioli en a donné un dénombrement, fondé seulement sur quelques conjectures. Il cite pour ga-

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rants saint Bippolyte, Dorothée, Papias, Eusèbe et quelques autres, dont l'autorité n'est pas également respectable. Plusieurs théologiens pensent que les curés représentent les soixante-douze disciples, comme les évéques représentent les douze apôtres.

Il y a aussi des auteurs qui ne comptent que soixante-dix disciples de Jésus-Christ. Quoi qu'il en soit de leur nombre, les Latins l'ont la fête des disciples du Sauveur le 15 de juillet, et les Grecs la célèbrent le i de janvier.

N'oublions pas de remarquer que les apôtres et les premiers disciples de Jésus-Christ ont été en trop grand nombre, pour que l'on puisse supposer entre eux un complot tonné et un projet conçu de tromperies hommes sur les miracles, sur la mort, sur la résurrection et l'ascension de Jésus-Christ.

Saint Pierre dit qu'immédiatement après cet événement, les disciples étaient rassemblés au nombre de prés de si\ vingts. Act., c. 1, y Ci. Saint Paul nous assure que Jésus-Christ ressuscité s'est faitvoir à plus de cinq cents disciples OU frères rassemblés, / Cor., c, l.'i, y c. Les deux premières prédications convertirent à Jérusalem huit mille hommes. Tous étaient à portée de vérifier sur le lieu même, si les apôtres en imposaient sur les faits arrivés cinquante jours auparavant. L'on ne peut imaginer aucun motif d'intérêt temporel qui ail pu les engager tous à trahir leur conscience, et à reconnaître pour Fils de Dieu et Sauveur des hommes un personnage que les Juifs avaient crucifié. Voyez Apôthes, Pentecôte.

IlEROiEU.

DISCIPLINE ECCLESIASTIQUE. Il est clair que lemot latin disciplina signifie l'état des disciples à l'égard de leur mail re. Comme Jésus-Christ a établi ses apôtres pasteurs et docteurs des fidèles, ceux-ci leur doivent docilité et obéissance ; et comme, d'autre côté, les maîtres doivent l'exemple à leurs disciples, ils doivent aussi observer des règles pour le succès de leur ministère. Ainsi la discipline de l'Eglise est sa police extérieure, quant au gouvernement ; elle est fondée sur

les décisions et les canons des conciles, sur les décrets des Papes, sur les lois ecclésiastiques, sur celles des princes chrétiens, et sur les usages et coutumes du pays. D'uù il s'ensuit que des règlements, sages et nécessaires dans un temps, n'ont plus été de la même utilité dans un autre; que certains abus ou certaines circonstances, des cas imprévus, etc., ont souvent exigé qu'on fit de nouvelles lois, quelquefois qu'on abrogeât les anciennes, et quelquefois aussi celles-ci se sont abolies par le non-usage.

Il est encore arrivé qu'on a introduit, toléré et supprimé des coutumes ; ce qui a nécessairement introduit des variations dans la discipline de l'Eglise.

Ainsi la discipline présente de l'Eglise, pour la préparation des catéchumènes au baptême, pour la manière même d'administrer ce sacrement, pour la réconciliation des pénitents, pour la communion sous les deux espèces, pour l'observation rigoureuse du carême, et sur plusieurs autres points qu'il serait trop long de parcourir, n'estplus aujourd'hui lamème qu'elle était dans les premiers siècles de l'Eglise. Cette sage mère a tempéré sa discipline à certains égards, mais son esprit n'a point changé; et si cette discipline s'est quelquefois relâchée, on peut dire que, surtout depuis le concile de Trente , on- a travaillé avec succès à son rétablissement. Nous avons, sur la discipline de l'Eglise, un ouvrage célèbre du père Thomassin de l'Oratoire, intitulé : Ancienne d nouvelle discipline de l'Eglise touchant les bénéfices et les bcnejiciers, où il a fait entrer presque tout ce qui a rapport au gouvernement ecclésiastique, et dont .M. d'Héricourt, avocat au parlement, a donné un abrégé, accompagné d'observations sur les libertés de l'Eglise gallicane.

La discipline tient de plus près au droit canonique qu'à la théologie, ainsi nous ne devons l'envisager que relativement au dogme, et nous borner à montrer la sagesse avec laquelle l'Eglise s'est toujours conduite à cet égard.

De savoir si les pasteurs de l'Eglise ont reçu de Jésus-Christ le droit et

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l'autorité de faire des lois de discipline, c'est nue question que nous traiterons au mot Lois ecclésiasti-

OUKS.

Eu fait de discipline, il faut distinguer les usages qui tiennent aux dogmes de la loi, d'avec ceux qui regardent seulement la police extérieure : or, tout ce qui concerne le culte divin a un rapport essentiel au dogme. Pour savoir, par exemple, si l'usage d'honorer les saints, leurs images, leurs reliques, est louable ou superstitieux, il faut examiner si Dieu l'a défendu ou non, s'il déroge ou ne déroge point au culte suprême dû à Dieu ; c'est une question de dogme et non de pure police. Pour décider s'il est permis ou défendu de réitérer le baptême donné par les hérétiques, ou les ordinations qu'ils ont faites, il faut savoir si ces sacrements, administrés par eux, sont nuls ou valides. Nous ne pouvons affirmer que la communion sous les deux espèces est nécessaire ou indifférente, à moins que nous ne sachions si Jésus-Christ est ou n'est pas tout entier sous chacune des espèces consacrées, etc.

11 n'f]i est pas de même des usages de pure police. La loi imposée aux premiers chrétiens, par les apôtres, de s'abstenir du sang et îles viandes suffoquées, les épreuves auxquelles on soumettait les catéchumènes avant le baptême, la coutume de leur interdire l'assistance au saint sacrifice avant d'avoir reçu ce sacrement, de donner aux enfants la communion immédiatement après le baptême, de soumettre les pécheurs scandaleux à la pénitence publique, etc., sont des lois de simple police, elles n'intéressent point le dogme ; elles ont pu être utiles dans un temps, et peu convenables dans un antre; on a donc pu les changer sans inconvénient. Ici la tradition, ou l'usage des siècles précédents, ne fail pas loi ; mais il faut s'en tenir à la tradition, dans tout ce qui tient au dogme de près ou de loin.

Quelquefois une coutume, qui n'était point liée au dogme en elle-même, s'y trouve attachée par l'entêtement des hérétiques. Ainsi, lorsque les protestants ont attaqué la loi du carême,

sous prétexte que l'abstinence des viandes est une superstitionjudaïque, et que l'Eglise n'a pas le droit d'imposer aux fidèles des jeûnes ni des mortifications, lorsqu'ils ont exigé la communion sons les deux espèces, en soutenant qu'elle est nécessaire à l'intégrité du sacrement; lorsque les sociniens ont blâmé l'usage de baptiser les enfants, parce que, selon leur opinion, le baptême ne produit point d'autre effet que d'exciter la foi, etc. ; ils ont mêlé le dogme avec \a discipline, et ces deux choses sont devenues inséparables. Il est évident que, dans ces circonstances, l'Eglise ne pourrait changer sa discipline, sans donne]- aux hérétiques un avantage, duquel ils abuseraient pour établir leurs erreurs.

Quand il est question de savoir si tel point de discipline est plus ou moins ancien, l'argument négatif ne prouve absolument rien ; car enfin le défaut de preuves positives n'est pas une preuve, et le silence d'un auteur n'est pas la même chose que son témoignage. Pendant les ti'ois premiers siècles de l'Eglise, les pasteurs, loin à écrire et de publier les pratiques du culte el la discipline du Christianisme, les cachaient aux païens, ils n'en ont parlé que quand ils y ont été forcés pour répondre aux calomnies de leurs ennemis; que prouve donc le silence qu'ils ont gardé sur les rites et les usages que l'on observait pour lors?

Ainsi, lorsque les protestants ou leurs copistes viennent nous dire : On ne voit aucun vestige de tel usage avant le quatrième siècle; donc il ne remonte pas plus haut que cette épo-° que : ce raisonnement est faux. II y a um' preuve positive générale qui supplée au défaut des preuves particulières, savoir la renie toujours suivie dans l'Eglise de ne rien innover sans nécessité, de s'en tenir à la tradition et à la pratique des siècles précédents. Au troisième, lorsque les évêques d'Afrique voulurent réitérer le baptême donné par les hérétiques, ils se fondaient sur des arguments théologiques plus apparents que solides; le pape saint Etienne leur opposa la tradition, JfihU innovetur nisi quod tradttum est. Au second siècle,

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saint Irénée argumentait déjà de même. Dans la question de discipline touchant la célébration de la Pâque, les évoques d'Asie se fondaient sur leur tradition, et les Occidentaux y opposaient la leur; la dispute ne fiit terminée qu'au concile général de Nicée, et ce fut l'usage du plus grand nombre des Eglises qui décida. On ne croyait donc pas, au quatrième siècle, qu'il fût permis d'inventer et d'établir de nouveaux rites, un nouveau culte, des usages et des coutumes inconnues depuis les apôtres. Au cinquième, saint Augustin voulait encore que l'on s'en tint à cette règle, et l'on y a persévéré dans les siècles suivants. Si, dans la multitude des monuments du quatrième, nous trouvons des usages desquels il n'est pas parlé dans ceux des siècles précédents, il ne faut pas en conclure qu'avant ce tempslà ces usages n'étaient pas encore introduits, (.'est néanmoins sur ce raisonnement faux que les protestants ont lundi'' toutes leurs dissertations pour prouver que le culte, les usages, les dogmes même de l'Eglise romaine sont de nouvelles inventions, qui n'ont piis naissance pour le plus tôt qu'au quatrième siècle.

Nous m 1 prétendons pas dire que les pasteurs du quatrième n'ont fait aucune loi nouvelle, aucun nouveau règlement, en fait de police et de mœurs; le contraire est prouvé par les décrets des conciles tenus pour lors. Mais eniin on les connaît, un en sait l'époque et les raisons, et l'on voit que ces conciles ont pris pour règle et pour modèle ce qui avait de établi avant eux, et qu'ils se sont proposé de n'y pas déroger. On peut s'en convaincre en comparant ces décrets du quatrième siècle avec ceux que Ion appelle canons des apôtres, qui avaient été dressés dans les trois siècles précédents.

Quand nous trouverions un grand nombre de nouveaux usages établis au quatrième siècle, faudrait-il s'en étonner? Pendant trois siècles de persécution, les pasteurs de l'Eglise n'avaientpas eu la liberté de s'assembler quand ils l'auraient voulu, ni de mettre une uniformité parfaite dans la police extérieure des Eglises; ils ne

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purent le faire que quand Constantin eut autorisé ki profession publique du Christianisme, et que l'on put espérer que les lois ecclésiastiques seraient protégées par les empereurs Mais les protestants eux-mêmes sontils venus à bout de mettre d'abord 1 uniformité dans leur prétendue réforme? Non-seulement les différentes sectes se sont fort mal accordées mais chacune d'elles a changé ses dogmes et ses lois'comme il lin a plu Ils disent que les lois de discipline n'étant établies que par une autorité humaine, chaque société chrétienne a du être maîtresse de régler son régime comme elle le jugeait à propos.

Mus, |» nous ne voyons point cette liberté régner chez les sociétés chrétiennes des trois premiers siècles auxquelles les protestants ne cessent de nous renvoyer; les canons des apôtres étaient des lois générales, dont plusieurs portaient la peine de suspense ou de dégradation pour les clercs, et d'excommunication pojfrles laïques. 2» Plusieurs do ces lois tenaient au dogme et y étaient relatives ; on ne pouvait y déroger sans mettre le dogme eu danger. Il en a ete de même chez les protestants • ils nont été engagés à quitter la discipline de I Eglise catholique, que pai . ce qu ils en avaient abjuré la croyance.

■r Ils nontjpoint laissé à chaque petite société de leur secte la liberté de

changer cette i velle discipline- ils

ont recueilli les décrets de leurs synodes, afin qu'ils fussent suivis par tous leurs ministres et leurs consistoires «'t plusieurs de ces décrets portent là

peine d excommunication. Discipline des calvinistes, c. :i et 0. Ainsi, ils se sont attribué l'autorité législative qu ils refusaient à l'Eglise catholique.

Mais un point de discipline que l'on ne doit pas oublier, parce qu'il est de tous les siècles, ce sont les lois observées dans les premiers temps de 1 Eglise, touchant les mœurs du clergé On ne peut, sans être édilié, lire ce qui en est rapporté dans les canons des apôtres, dans ceux des anciens conciles, dans les Pères, tels qu'Origène, saint Cyprien, saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, saint Augustin, etc. Leur témoignage est confirmé

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par celui des païens. L'empereur Julien, parjalousie, aurait voulu introduire,parmilesprètresdupagauisme, 1rs vertus qui rendaient recommandables les minislresdelareliçion chrétienne ; ses regrets, ses plaintes, ses exhortations a cesujet, sont un éloge uiiu suspect des mœurs du clergé.

Voyez sa lettre 19 a Axsace, pontife de i,,,l ,1,,.. el lesfragments recueillis par Spanheim. Ammien Marcellin rend justice de même aux vertus des évoques, liv. 27, p. 525 et 526.

Les lois ecclésiastiques ne se boruaient pas à défendre aux clercs les crimes, les désordres, les indécences , les divertissements dangereux : elles leur commandaient toutes les vertus, l'application à l'étude, la chasteté, la modestie, le désintéressement, la prudence, le zèle, la charité, la douceur, i'u ecclésiastique était dégradé de ses fonctions pour des fauies qui ne paraîtraient pas aujourd'hui mériter une peine aussi rigoureuse.

Cette sage discipline fut confirmée dans la suite par les 1ms des empereurs. Ils comprirent qu'un corps tel que le clergé devait être régi par ses propres luis; qu'il fallait, pour y maintenir l'en dre, «pie les premiers pasteurs eussent l'autorité de châtier et de corriger leurs inférieurs. Bingham, qui a rassemblé le- monuments ,1,. l'ancienne discipline, voudrait qu'elle fût remise en vigueur. Il rend ainsi hommage, sans \ penser; aux efforts qu'a faits le concile de Trente pourla rétablir. Orig. ecclés., tome J, liv. il. L'ouvrage sérail plu- avancé, si l'Eglise de France avail encore la liberté de tenir des conciles I , comme elle le Taisait autrefois; il n'y a pas de moyen plus efficace pour réformer le clergé. Bergieb.

DISCIPLINE, est aussi le châtiment

un la peine que souffrent les religieux q ni failli, ou que prennent volontairement ceux qui veulent se mortifier.

(ii g erèauea u' i pbu I» liai rté de

t r de» conciles, oeil «ans dpnte une is oaa pré-

cieu es libertés •<> i BgHee gallicane ,\tot tentée» île nus joupa |.ai' Lea ennemis île L'Eglise «le Roœe, lu !■..- . .. ri la maîtresse île toutes les Eglises da monde. Goussbx.

DIS

Dupin observe que, parmi les austérités que pratiquaient les anciens moines et solitaires, il n'est point parlé de discipline; il ne parait pas même qu'elle ait été en usage dans l'antiquité, excepté pour punir les

moines qui avaient péché. On croit

communément que c'est, saint Dominique l'Encuirassé et Pierre Damien qui oui Lntroduitles premiers l'usage de la discipline : m. lis, comme dom Mabillon l'a remarqué, Guy, abbé de Pomposie ou de Pompose, et d'autres

encore, le pratiquaient avant eux. Cet

usage s'établii dans le onzième siècle, pour racheter les pénitences que les canons imposaient aux péchés; et on les rachetait, non seulement pour soi, mais pour les autres. Voyez dom Mabillon. Bergier.

DISCIPLINE, 56 dit encore de l'il s-

trumenl avec lequel on se mortifie, qui ordinairement est de cordes nouées, de crin, de parchemin tortillé, etc. On peint saint Jérôme avec des disciplines de chaînes de fer, années de molettes d'éperons. Il ne

s'ensuil pas de la que ce saint \ ieil-

lard ''u ait fait usage : il avait assez dompté son corps par le jeune, par

le- veilles, par un travail assidu, pour

n'avoir pas besoin d'autres mortifications. Voyez Flagellation.

a eu.

DISPENSE. Quelque sages et nécessaires que soient les lois, il y a souvent de justes motifs de dispenser certains particuliers de les observer dans tel ou Ici cas ; ainsi, les supérieurs ecclésiastiques accordent souvent dispense de- empêchements de mariage, des inhabiletés a recevoir les ordres sacre- et à exercer les fonctions ecclésiastiques, et ces grâces ne promeut point que les lois de l'Église, portées a ce. sujet, soient injustes ou superflues : souvent un souverain est obligé de dispenser de ses propres lois.

Il a été très-convenable île défendre le mariage entre les proches parents, sud afin «le favoriser les alliances entre les différentes familles, soit afin de prévenir la trop grande familiarité entre des jeunes gens de même

DIS ol

famille, qui vivent ensemble, et qui pourraient espérer de s'épouser. Il était encore plus nécessaire d'empêcher que l'adultère ne devint un titre aux deux coupables pour contrarier un mariage, lorsqu'ils seraient libres, etc. De même, le respect dû aux fonctions augustes du culte divin, a été un juste sujet de déclarer certaines personnes incapables de les exercer.

Mais il est des cas où l'observation rigoureuse de la loi pourrait porter préjudice au bien commun, causer du scandale, empêcher un grand bien; alors il est de la sagesse des pasteurs de l'Eglise de s'en relâcher. Par exemple, lorsqu'une famille si' trouve malheureusement notée d'infamie, ses membres ne peuvent espérer de s'allier avec d'autres familles ; il n'est pas juste que, déjà trop affligés d'ailleurs, ils soient encore privés de La consolation de s'épouser au moins les uns 1rs autres. Il en est de même d'une personne qui, par des soupçons bien ou mal fondés, se trouverait frustrée de toute espérance d'établissement, si on ne lui permettait pas d'épouser un parent, etc.

Mais quelques censeurs de la discipline ecclésiastique sont étonnés de ce que les dispenses des degrés de parenté-les plus prochains, sont réservée-; au Saint-Siège, de ce que, pour les obtenir, il faut payer une somme ; ils ont imaginé que cet usage était un effet du despotisme des Papes, et venait d'un motif d'avarice et d'ambition : plus eurs écrivains satiriques, à l'exemple des protestants, ont pris de là occasion de déclamer.

S'ils avaient été mieux instruits des événements et des raisons qui ont donné lieu à cette discipline, ils en auraient parlé plus sensément. Dans le temps que l'Europe était partagée entre une multitude de petits souverains despotes, toujours armés, et qui ne respectaient aucune loi, les évèques n'avaient plus assez d'autorité pour faire observer celles qui concernaient le mariage : aussi la plupart de ces princes se tirent un jeu de cet engagement sacré, et donnèrent ainsi à leurs sujet le plus pernicieux exemple. 11 a donc été

DIS

absolument nécessaire que les Papes qui n'étaient pas dans ta dépendance de ces princes, veillassent sur cette partie essentielle de la discipline, se réservassent les dispenses, afin que l'embarras de recourir à Rome modérât l'ambition qu'avaient les particuliers de s'affranchir des lois ecclésiastiques sur le moindre prétexte.

Ensuite , lorsque l'Eglise s'est trouvée dans quelque besoin extraordinaire, il a semblé juste que ceux qui recouraient à ses grâces contribuassent à la soulager par leurs aumônes. Les fréquents malheurs de l'Europe ayant rendu ces besoins presque continuels, il a fallu établir une taxe, selon les différentes conditions : cet usage n'a donc rien eu d'odieux dans son origine. Si des esprits ombrageux et prévenus s'imaginent que cela s'est fait à dessein de faire passer à Home une partie de l'argent de la chrétienté, et que l'on a multiplié exprès les lois prohibitives, afin d'avoir occasion de faire payer un plus grand nombre de dispenses, ils se trompent, et quand ils osent l'affirmer, ils trompent ceux qui leur ajoutent foi. En établissant les lois, ou ne pensait qu'au besoin présent, et l'on ne pouvait pas prévoir l'avenir; en faisant une taxe pour les dispenses, on était affecté par d'autres besoins, et l'on ne pouvait pas prévenir tous les abus.

D'ailleurs, ce que l'on paie à Home pour les dispenses ne tourne point au profit de la cour romaine ; il est employé à l'entretien des missions pour la propagation de la foi, et il s'en faut beaucoup que les sommes que l'on en tire soient aussi considérables que l'imaginent les censenrs de cet usage.

Ceux qui ont accusé les Papes de s'attribuer le pouvoir de dispenser du droit naturel et du droit divin positif, et d'avoir accordé en effet à plusieurs personnes des dispenses de cette espèce, sont encore plus coupables; ils ont confondu malicieusement deux choses très-différentes. Autre chose est de déclarer que telle loi naturelle ou positive n'est pas applicable à tel cas, et qu'elle n'oblige personne en telle circonstance, et autre chose de

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dispenser quelqu'un de cette loi, en supposant qu'elle oblige. Tous les jours les tribunaux de magistrats interprètent les lois civiles, déclarent que telle loi n'est pas applicable dans telles circonstances ; mais ils ne dispensent personne d'y obéir quand cl les obligent; le souverain seul peut dispenser quelqu'un d'obéir à ses lois.

Les souverains pontifes, magistratsnés et pasteurs de l'Eglise universelle, consultés pour savoir si telle loi divine obligeait dans telles circonstances, ont décidé qu'elle n'obligeait pas, et ils en ont déterminé le sens; mais ils n'en ont pas pour cela dispensé :

une dispense s'accorde à un particulier, et ne regarde que lui : une interprétation de la loi concerne tout le monde. Les casuistes, les confesseurs, les jurisconsultes, sont dans le cas d'interpréter le sens des lois, sans avoir aucun pouvoir d'en dispenser.

Les Papes ont accordé et accordent enfuir la rémission des fautes grièves commises contre la loi divine, desquelles l'absolution leur a été réservée; mais ils ne dispensent pas pour cela les pénitents d'observer cette loi dans la suite; il en est de même des confesseurs. Avec de l'ignorance et de la malignité, on peut donner une tournure odieuse aux choses les plus innocente-. Au reste, il est absolument faux que la cour de Rome accorde toutes sortes de dispenses pour de l'argent et sans aucune raison ; ceux qui les demandent peuvent tromper, en alléguant des raisons fausses, mais elle n'en est pas responsable.

Quant aux conditions requises pour la validité des dispenses, aux formalités qu'il faut y observer, aux abus qui peuvent s'y glisser, on doit consulter les canonistes.

DISPERSION DES PEUPLES. Il faut que Moïse ait été bien sûr de l'histoire do premier âge du inonde, pour tracer avec autant de fermeté qu'il l'a fait, le plan de la dispersion des peuples et de leurs migrations.

Gen.,c. 10. Cependant, malgré toutes les recherches et les conjectures des critiques les plus bardis, l'on n'a en-

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core pu le, convaincre d'aucune erreur. Le dixième chapitre de la Genèse est reconnu pour le plus ancien monument de géographie, et le plus exact qu'il y ait dans l'univers. Ceux qui ont écrit après lui n'ont pas pu remonter asser haut pour nous instruire de l'origine des premières colonies qui ont peuplé les différentes parties du monde.

Les écrivains qui veulent faire la généalogie îles nations en comparant leurs opinions, leurs mœurs, leurs usages, nous paraissent suivre une fausse route, et raisonner sans fondement. Parce que tel peuple a les mêmes idées, les mêmes rites civils et religieux que loi autre, il ne s'ensuit pas que l'un a instruit l'autre, ou lui a servi de modèle. On a trouvé, des ressemblances entre des peuples qui n'ont jamais pu se fréquenter; ilsavaient, sans doute, puisé leurs usages et leurs préjugés dans la même source, savoir, dans les besoins de l'humanité et dans le spectacle île la nature. Ainsi, malgré la prévention dans laquelle ont été plusieurs savants, il n'est pas certain que les Phéniciens ni les Egyptiens soient les auteurs delà religion ei desfables des Grecs. I" Lorsque la Grèce n'était encore habitée que par quelques peuplades de Pélasges errants et sauvages, que] motif aurait pu engager des Phéniciens ou des Egyptiens S venir s'y établir? Leur sol était meilleur que celui île la Grèce; il n'était pas encore assez peuplé pour avoir besoin d'envoyer des colonies ailleurs, et la Grèce n'offrait encore aucun objet de commerce. 2" Les nations encore sauvages ne sont rien moins que disposées à recevoir les leçons des étrangers ; elles les regardent comme des ennemis : leur premier mouvement est de les chasser ou de les détruire.

Les nations éloignées, chez lesquelles les Européens vont former des établissements pour le commerce, nesont pas, en général, fort empressées de recevoir notre langage, nos moeurs, notre religion ; et nos négociants pensent à autre chose qu'à les instruire et à les polieer ; ils laissent ce soin aux missionnaires : probablement il en fui de même autrefois, et nous n'avon-

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aucune raison de supposer Je contraire. Bergier.

DISPERSION DES APOTRES. Plusieurs Eglises font une fête ou un office en mémoire de la dispersion des apôtres pour prêcher l'Evangile. Nous devons observer à ce sujet que, quand même on pourrait supposer de la part des apôtres un complot ou un projet de tromper le monde, et d'en imposer sur le caractère et sur les actions de Jésus-Christ, il serait impossible que le secret eût été gardé avec une égale fidélité par douze hommes ainsi dispersés, qui ne pouvaient plus avoir aucun intérêt commun, dont la plupart même ne pouvaient conserver aucune relation directe avec leurs collègues. Il n'y a donc que la vérité qui altimètre assez puissante pour les assujettir tous à rendre le même témoignage, à prêcher l.i même doctrine, à former une seule Eglise de tous les adorateurs de Jésus-Christ. D'autre part, il leur eût été impossible de réussir dans leur projet, s'ils avaient senti qu'on pouvait les convaincre de faux sur quelques-uns des faits qu'ils annonçaient.

Voy. Apôtres, Ui^i iples.

L'intention de Jésus-Christ n'avait pas été que les apôtres se dispersassent d'abord ; en les élevant à l'apostolat, il leur avait défendu de prêcher pour lors aux Gentils et aux Samaritains, Matth., c. 10. jr 5 ; il voulait que leur mission commençât par les Juifs; et il avait dit. dans le même sens qu'il n'était venu que pour ramener les brebis perdues de la maison d'Israël, c. 13, f 2i- ; mais avant de monter au ciel, il leur ordonna de prêcher l'Evangile à toutes les nations, c. 28, f 19.

Après la descente du Saint-Esprit, les apôtres attendirent encore l'ordre du ciel avant de travailler à la conversion des païens, et ils le reçurent en effet dans la personne de saint Pierre, lorsqu'il fut envoyé pour instruire et pour baptiser le centurion Corneille avec toute sa maison. Act., c. 10 et 11. La descente du Saint- Esprit sur ces nouveaux chrétiens lit comprendre aux apôtres que le moment était venu de prêcher l'Evangile

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aux Gentils, aussi bien qu'aux Juifs.

Cette timidité sage et cette circonspection des apôtres démontre qu'ils n'étaient animés paraucuu motif d'intérêt, d'ambition, ni de vaine gloire.

Lorsque les hommes sont conduits par les passions, leurs démarches ne sont pas si mesurées, et leur zèle n'est pas aussi patient. Bergier.

DISPERSIONDU FAISCEAU LUMI- NEUX. (Théol. mixt.scien. phi/s. optiq.) — Nulle part peut-être l'ingéniosité de l'Auteur de la nature, s'il nous est permis d'user d'un tel mot en parlant du grand être, ne s'est manifestée avec autant de richesse et de splendeur que dans la décomposition d'un rayon de lumière par la dispersion des rayons élémentaires dont il se compose. C'est de là qu'il a tiré les couleurs et toutes leurs nuances avec leurs combinaisons infinies. La couleur, en effet, n'est ni dans notre œil, ni dans les corps que nous voyons colorés ; notre œil n'a que la propriété de recevoir et de transmettre au cerveau des impressions diverses auxquelles nous donnons les noms des couleurs, à l'occasion des images qu'il reçoit des objets, par l'entremise de la lumière. Les corps n'ont que la propriété de réfléchir ou de réfracter vers notre œil tel rayon plutôt que tel autre , le rayon violet si le corps est violet, le rayon rouge, si le corps est rouge etc., soit en absorbant, ou, si l'on aiine mieux, en neutralisant les autres rayons par destruction des ondes qui les constituent, soit en les envoyant dans d'autres directions. Mais la couleur en ellemême n'est ni l'un ni l'autre ; c'est quelque chose d'insaisissable qui n'a de réalité que dans l'espace, et encore cette # réalité n'est-elle qu'un mouvement. Nul ne l'a vue dans son essence, nul ne l'a palpée, et le génie seul peut dire, à l'aide de ses raisonnements métaphysiques : elle est quelque chose. Or, c'est de cet être sans assise et sans repos, on pourrait presque dire sans substance, que Dieu a tiré tant de merveilles !

Faites passer à travers un prisme transparent triangulaire, un rayon lumineux; le prisme ayant la propriété

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de disperseren des directions diverses ses rayons élémentaires au momentde leur passage dans l'air, milieu moins dense, ce qui s'appelle les réfracter, ces rayons iront se peindre sur l'écran qui les recevra en ses franges de .diverses nuances selon l'ordre suivant: Violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge. C'esl ce qu'on nomme le spectre de Newton, du nom de son inventeur; et ce spectre n'est luimême qu'un petit arc-en-ciel.

Supposez que le corps qui disperse ainsi les rayons ait, en même temps, la propriété de les réfléchir vers un œil qui en recevra l'image, il lui enverra cette image non pas blanche, mais diversement colorée; c'estlephénomène qui se produit dans l'arc-enciel oul'iris. On ne comprend pas toujours parfaitement la théorie de l'arcen-ciel, qui fut donnée, pour la première fois, par Descartes dans sa diopiriijiic, et que Newton compléta, pour ce qui concerne les couleurs, par sa découverte de la refrangibilite, trèsdifférente, des rayons élémentaires ; nous la ferons comprendre en quelques mots qui n'auront aucune prétention à l'exactitude scientifique, prétention qui ne manquerait pas de nous rendre inintelligible pourtous ceux qui ne s'occupent ni de physique ni de météorologie.

Soit une gouttelette d'eau suspendue dans l'espace et éclairée par le soleil ; si elle ne décomposait pas la lumière par une réfraction qui se l'ait en elle, et ne la réfléchissait pas ainsi décomposée, vous la voiriez blanche; elle la décompose, éparpille par conséquent les rayons en divers sens. Or, supposons quelle occupe dans l'espace, par rapport au soleil qui est derrière vous et par rapport à votre œil, une position telle que ce soit le rayon violet qu'elle envoie à votre œil, les autres si 1 perdant dans d'autres directions, vous la verre/ \ iolette au lieu de la voir blanche.

Tuile, la même supposition pour les six autres couleurs, \ons aurez un résultat pareil qui consistera à vous faire voir la goutte d'eau soit de couleur indigo, soit de couleur bleue, soit de couleur verte, etc.

Maintenant qu'arrive-t-il quand on

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voit un arc-en-ciel seformer dans l'as à l'opposé du soleil, soit dans lei nuages, pendantqu'ils se résolvent en pluie, soit dans l'éparpillernent humide d'une cascade ou d'un jet d'eau, soit dans tout autre cas? Il y a une infinité de gouttelettes qui, en tombant au gré du vent vers la terre, prennent par rapport à l'œil de l'observateur, toutes les positions. Celles qui se trouvent dans la condition et la position convenables pour se montrerviolettes, se montrent violettes, et il en résulte une bande violette qui est en tonne d'arc parce qu'elle est une partie de l'image du disque du soleil, qui se tonne ainsi dans le nuage comme dans une glace; il en est de même des autres couleurs pour les autres bandes; et c'est la réunion de ces bandes qui est l'areen-ciel. C'est la différence de l'angle sous lequel arrive à l'œil chaque sorte de rayon réfracté et réfléchi par la goutte d'eau, qui les distingue les uns des autres ; le rayon violet arrive sous un. angle de déviation de 40 degrés 1" minutes, le rayon rouge sous un angle de 42 degrés 2 minutes, et tons les autres, dans l'intervalle du violet au rouge, s'échelonnent d'après une loi fixe qui fait la régularité de

l' arc-en-ciel.

Si nous axions up oui qui put embrasser tous ces jeux du rayon solaire dans un nuage, nous verrions le disque du soleil, agrandi par la réfraction et la réflexion combinées, remplir tout Le firmament et y déployer les sept couleurs avec, toutes leurs

nuances. Il y aurait l'image intérieure dont le violet occuperait, le centre, le rouge la circonférence, el l'image extérieure en tonne d'immense auréole aux sept bandes rangées dans le sens inverse, le rouge formant la bande concentrique et le violet la bande excentrique. Quand il se forme dans notre o'il un second arc-en-ciel inverse du premier et moins lumineux, c'est un commencement de ce phénomène dont Dieu a voulu ne nous donner que le bord, comme un avant-goùt de ce que nous verrons dans l'autre vie avec, des sens perfectionnés. C'est le résultat d'une seconde réflexion et d'une seconde réfraction dans chaque

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gouttelette; Le second arc-en-eiel est ii ti écho du premier.

Laissons le reste à la science. Nous eu savons assez pour admirer le grand Dieu de la nature.

Le Ni un.

DISPUTE, DISSENSION, DIVI- SION. Les incrédules ont souvent écrit que. la révélation n'avait servi qn'à causer des disputes. Ils ignorent ou font semblant d'ignorer que 1rs hommes ont disputé depuis le commencement du monde; ils feront de même jusqu'à la lin; et que les nations qui ne disputent point sont ignorante ni stupides. Les disputes viennent de l'orgueil, de l'ambition, de l'opiniâtreté ; ce n'est pas la révélation qui a donné aux hommes ces maladies. Les philosophes on1 disputé pour leurs systèmes, les peuples pour leurs lois, pour leurs coutumes, pour leurs prétentions, aussi bien que pour leur religion ;les incrédules disputent pour se donner un relief de capacité et d'érudition ; ils combattent entre eux avec autant de chaleur que contre nous; il n'en est pas deux qui aient les mêmes principes et les mêmes opinions.

En général, il n'est pas vrai que ce soit la religion qui a divisé les peuples, et qui a fait naître entre eux les haines nationales ; c'est au ( oui raire parce que les peuplades oui été portées, dès l'origine, à se haïr mutuellement, que la religion, destinée a les réunir, a opéré souvent un effet contraire; Tout peuple non civilisé regarde un étranger comme un ennemi ; ce travers d'esprit, aussi ancien que la nature humaine, règne encore, autant que jamais, chezles Sauvages; tout objet avec lequel ils ne sont point familiarisés, .leur inspire de la crante et de la défiance, et ce sentiment n'est pas loin de l'aversion. Dés qu'une peuplade est voisine d'une autre, la jalousie, les prétentions touchant la chasse, la pèche, les pâturages, une querelle survenue par hasard entre deux particuliers, etc., ne tardent pas de les mettre aux prises. Dès l'origine du monde, nous voyons les peuplades naissantes se battre, se chasser, se déposséder, et

les plus fortes, toujours ambitieuses, asservir et dépouiller les plus faibles.

Dans cette disposition d'esprit, il était, impossible qu'elles s'accordassent en fait de religion; chacune voulut avoir des divinités locales et indigètes, des génies tutélaires, nationaux et particuliers; elle se persuada qu'autant ses dieux étaient portés à la protéger, autant ils étaient ennemis des autres peuplades. 1, 'inimitié naturelle avait donc précédé les dissensions en fait de religions ; celles-ci n'eu étaient pas la cause.

Une des premières vérités que Dieu avait révélées aux hommes, est qu'ils sont, tous frères, sortis du même sang et d'une même famille; cette leçon, loin de les diviser, aurait dû les réunir. Tue autre vérité que Dieu lit enseigner aux Hébreux par Moïse, est qu'il a donné lui-même à tous les peuples le pays qu'ils habitent, qu'il en a tracé les dimensions, et posé les bornes. Dcut., c. 42, f 8 ; il leur abandonne le pays des Chananéens pour punir ceux-ci de leurs crimes; mais il leur défend de toucher aux possessions des Iduméens, des Moabites, des Ammonites, etc. Il ne leur ordonne ni d'aller renverser les idoles de ces peuples, ni de leur faire la guerre pour cause de religion. Comment peut-on soutenir que ce sont les prétendues révélations qui ont divisé les hommes et les nations? Que l'on attribue, si l'on veut, ce pernicieux effet aux fausses révélations, telles que celles de Zoroastre et de Mahomet, qui" ont établi leur doctrine le fer et le feu à la main ; nous ne nous y opposerons pas ; mais il y a de la démence à faire le même reproche à la révélation que Dieu luimême a donnée aux hommes.

Jésus-Christ a donné pour sommaire de sa morale l'amour de Dieu et du prochain, par conséquent la charité et l'affection envers tous les hommes sans exception; ce grand commandement était-il destiné à les rendre ennemis les uns des autres? A la vérité, il a prévu et prédit que sa doctrine serait parmi eux un sujet de division, parce qu'il savait que les incrédules opiniâtres ne manqueraient pas de persécuter avec fureur ceux qui cm-

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brasseraient l'Evangile; c'est ce qui est arrivé en effet. Mais, de peur de les diviser, fallait-il les laisser dans l'aveuglement, dans l'erreur, dans les désordres ou ils étaient généralement plongés? « Quiconque l'ait le mal, .. dit-il, bail la lumière et la fuit. »

Joan., e. 3, f 20. Il déteste par conséquent ceux qui veulent la lui montrer; mai-, ce n'est pas la religion qui lui inspire cette aversion.

Eu effet, dés que le Christianisme eut l'ail des progrès, quelques philosophes voulurent le connaître. Frappés de la sublimité de ses dogmes, de la sainteté de sa morale, des vertus de ses sectateurs, des prodiges qu'ils

opéraient, ils teignirent de l'embrasser; mais au lieu de se soumettre au joug de la loi, ils voulurent régenter l'Eglise : de là les disputt s, les (Jmsions, les hérésies qui en troublèrent la paix. Mais ce u'est pas n itre religion qui donna aux philosophes la vaine curiosité, l'esprit de contradiction, l'ambition de dominer sur les esprits ; Us a\ aient tous ces \ ices avant d'être chrétiens, et nous les voyons encore chez leurs successeurs, qui ont renoncé au Christianisme.

Les protestants ont souvent exagère les disputes qui régnent entre les théologiens de l'Eglise romaine.

Nous voyons, disent-ils que malgré l'unité de foi prétendue el fa concorde dont elle se \ ante, elle ne cesse pas d'être agitée et divisée par les disputes les plus vives entre les franciscains et les dominicains, entre les scotistes et les thomistes, entre lés jésuites et leurs adversaires, et plusieurs de ces contestations roulent sur des objets très-graves.

Avant d'examiner chacun de ces objets, il y a une observation essentielle à faire. Malgré ces altercations si vives, tous les théologiens catholiques conviennent néanmoins d'une mémo profession de foi; il n'en est aucun qui ne souscrive aux décrets du concile de Trente, en matière de doctrine, et qui ne soit prêt à signer de même les décisions de l'Eglise, dès qu'elle aurait prononcé sur les objets actuellement contestés; jusqu'alors ils conviennent que ces questions ne tiennent point à la foi, ne sont, de

part ni d'autre, des erreurs dangereuses, ne sont pas un sujet légitime de schisme ni de séparation.

Il n'en est pas de même des divisions, en l'ait de doctrine, qui régnent parmi les protestants; elles les ont séparées d'abord en trois sectes principales, sans compter celles qui sont nées dans la suite, sectes qui n'ont entre elles aucune liaison, qui sont à peu près aussi ennemies les unes des autres qu'elles le soutdes catholiques.

Dans aucune de ces sectes tous les théologiens qui y tiennent ne voudraient, d'un consentement unanime, signer la même profession de i'oi, quoique leur recueil en contienne au moins dix ou douze. Aujourd'hui aucun luthérien ne reçoit purement et simplement la eonfession d'Augsbourg; aucun calviniste n'adopte, sans restriction, celles qui ont été laites du vivant de Calvin; aucun anglican ne s'en tient à ce qui a été décidé sous Henri Vlll, ou sous la reine Elisabeth.

Tous ce] lendantpré tendent a voir, pour seub' et unique règle de loi, l'Ecriture sainte. Il s'en tant donc beaucoup qu'ils aient entre eux la même unité de loi et de croyance que les catholiques.

Pour en venir au détail, Mosheim, Hts<. ecclés. iln seizième siècle, sect. 3,

I™ part., c. I, S 32, réduit les disputes de ces derniers a six chefs principaux:

Le premier, dit-il, regarde l'étendue de la puissance et de la juridiction du Pontife romain ; les ullramontains prétendent que le pape est infaillible; les théologiens français et d'autres soutiennent qu'il ne l'est pas, et que son jugement, en matière de doctrine, n'est point irrél'ormable; mais tous conviennent que ce jugement, une fois confirmé par l'acquiescement exprès ou tacite du plus grand nombre des évèques, est censé le jugement de l'Eglise universelle, et que tout catholique lui doit la même soumission qu'à la décision d'un concile général.

Qu'importe à la foi le surplus de la contestation? Vuyez Pape.

I.e second regarde l'autorité même de l'Eglise : les uns soutiennent qu'elle ne peut se tromper dans ses décisions, soit sur les points de doctrine, soit en matière de fait; les autres sont d'avis

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qu'elle n'est point infaillible sur les questions de l'ait. Il y a dans cet exposé une équivoque frauduleuse. Tout théologien, vraiment catholique, reconnaît l'infaillibilité de l'Eglise en matière de faits dogmatiques, parce que ces soi tes de faits tiennent essentiellement au dogme ou à la doctrine ; si quelques novateurs ont soutenu le contraire, ils ont été condamnés, et ont cessé d'êtres catholiques.

Voyez Fait dogmatique.

Lorsque Mosheim ajoute que quelques théologiens promettent l'héritage éternel à des nations qui ne connaissent ni Jésus-Christ, ni la religion chrétienne, et à des pécheurs publics, pourvu qu'ils professent la doctrine de l'Eglise, il invente une double calomnie. Autre chose est de soutenir que ces derniers ne cessent pas d'être membres du corps extérieur de l'Eglise pendant leur vie, et autre chose d'imaginer qu'ils peuvent être sauvés s'ils meurent dans le péché ; aucun théologien catholique n'a été assez insensé pour enseigner une de ces erreurs. Voyez Eglise, § 3.

Le troisième sujet de contestation cité par Mosheim, concerne la nature, la nécessité et l'efficacité de la grâce divine, et la prédest : nation. Or, tous les théologiens catholiques conviennent que la grâce est absolument nécessaire pour toute bonne œuvre méritoire et utile au salut, même pour former de bons désirs; que la grâce, cependant , n'impose à la volonté humaine aucune nécessité d'agir ; que l'action faite par l'impulsion de la grâce est parfaitement libre. Ceux qui ont voulu ■ soutenir le contraire, aussi bien que les protestants, ont été condamnés comme eux. On dispute seulement pour savoir en quoi consiste l'efficacité de la grâce, comment cette efficacité se concilie avec le libre arbitre de l'homme, et on convient de part et d'autre que c'est un mystère ; par conséquent la contestation n'est pas fort importante , et l'on pourrait très-bien s'en abstenir. Voyez Grâce, Jj 5.

Sur la prédestination, un théologien, s'il est catholique, enseigne que Dieu fait des grâces â tous les hommes, que s'il en accorde plus à l'un

qu'à l'autre, c'est l'effet d'un décret ou d'une prédestination de Dieu purement gratuite, indépendante de tout mérite de la part de l'homme. Quant à la prédestination au bonheur éternel, que nous importe de savoir si ce décret est absolu ou conditionnel ; si, selon notre manière de concevoir, il est antécédent ou subséquent à la prévision des mérites de l'homme ; s'il faut envisager ce bonheur plutôt comme la lin vers laquelle Dieu dirige ses décrets, que comme récompense de nos œuvres, etc.? Voyez Pré-

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